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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 22:06

 

M. Bertrand DELANOE, un maire de Paris hors du commun, par M. Amadou Bal BA – baamadou.over-blog.fr.

M. Bertrand DELANOE, élu parisien depuis le 20 mars 1977, et maire de Paris, depuis le 25 mars 2001, laissera, en mars 2014, une trace indélébile de sa gestion extraordinaire réussie de notre capitale. Aussi bien à Gauche qu’à Droite, on s’accorde à dire que M. DELANOE, un maire de Paris hors du commun, est entré dans l’Histoire de son vivant. Au moment où certains élus locaux de Gauche s’inquiètent de la répercussion négative des difficultés du gouvernement HOLLANDE sur les municipales prochaines, personne ne remet en cause, sérieusement, l’excellent bilan de M. DELANOE et de son équipe à Paris. Dans son dévouement à la ville de Paris, M. DELANOE a failli y laisser sa vie. En effet, il a été poignardé, à l’abdomen, le 5 octobre 2002, par un déséquilibré, lors de la 1ère édition de la Nuit blanche.

Pourtant M. DELANOE n’a jamais franchi le périphérique parisien, mais déjà quel parcours !

Le désastreux congrès du Parti socialiste à Reims du 14 au 16 novembre 2008 a mis fin, provisoirement, aux ambitions nationales de Bertrand DELANOE. C’est le seul congrès où le 1er Secrétaire de l’époque, M. HOLLANDE, n’a pas prononcé un discours de clôture. Dans cette débandade générale, et au moment où j’allais rejoindre la gare SNCF, je rencontre un élu parisien qui me demande, de façon comminatoire : «qu’est ce que tu fais-là ?». Comme si j’avais besoin d’une autorisation quelconque pour venir assister à un congrès du Parti socialiste. Je me suis retrouvé, en TGV, 1ère classe, sur le chemin de retour sur Paris, dans le même wagon que M. DELANOE, la mine déconfite. Plus tard, tout le monde sussurait qu’il allait être Ministre, après la visite royale de M. HOLLANDE à la mairie de Paris, suite son intronisation à l’Elysée, le 15 mai 2012. Ce chapitre, sur le destin national de notre maire, n’est peut-être pas clos.

Pour l’instant, tant mieux que M. DELANOE soit, jusqu’ici, resté au service des parisiens. C’est ce qui y a de mieux qui puisse nous arriver. Pourtant rien, dans son itinéraire ne présageait à cette extraordinaire destinée.

M. DELANOE, comme nous Français qui venons d’ailleurs, et notamment Mme Anne HIDALGO d’origine espagnole, a administré l’éclatante preuve que la naissance n’est pas un critère exclusif pour être un parisien convenable. Ce qui prime, quel que soit leu de naissance, c’est le lien affectif avec cette ville des Lumières. En effet, 70% des personnes qui habitent à Paris sont nées hors de notre capitale. En effet, M. DELANOE, de son grand-paternel, originaire de SAINT-PIERRE et MIQUELON, mais d’ascendance bretonne (Saint-Malo), est né à TUNIS, le 30 mai 1950, d’un père géomètre, Auguste DELANOE, et d’une mère catholique et infirmière, Yvonne DELORD, originaire du Périgourdin de par son père, et anglaise de par sa mère. La grand-mère maternelle, Renée SPEED, est née à Paris, dans le XVIIIème arrondissement, où son père était cocher. Tous les deux parents de M. DELANOE sont nés à Carthage en Tunisie. M. Bertrand DELANOE grandit à Bizerte, et fréquente, à l’âge de 6 ans, la chorale des Petits chanteurs des sables, dépendant des Petits chanteurs de la Croix de bois. En 1963, à la suite de la fermeture de la base militaire de BIZERTE et d’une séparation, sa mère vient s’installer en France, à RODEZ, en Aveyron. M. DELANOE y fait ses études secondaires, à l’Institution Sainte-Marie. Par la suite, il part pour Toulouse pour faire ses études d’économie. En 1973, au cours d’une réunion du Parti Socialiste, à Rodez, le jeune DELANOE qui a un talent d’orateur, se fait remarquer par le doyen Jean-Claude COLLIARD, envoyé spécial du président MITTERRAND, venu requinquer la fédération du socialiste de l’Aveyron. «Qui c’est ce garçon ?», demande t-il. Et ce sera le titre de la première biographie réalisé sur M. DELANOE par Philippe MARTINAT, en 2004.

M. DELANOE a connu quelques échecs en politique. En 1985, la tentative de parachutage, en Avignon, dans le Vaucluse, échoue. Les militants socialistes ont voté massivement contre lui. En 1988, il se présente aux élections législatives dans le 18ème ardt de Paris, contre Alain JUPPE, mais il est battu, nettement.

M. DELANOE prend ses distances par rapport à la politique. «François MITTERRAND et Lionel JOSPIN m’avaient proposé autre chose», confesse t-il. «Mais j’ai pensé que c’était la bonne occasion si je ne voulais pas faire de la politique toute ma vie». C’est l’incompréhension dans le sérail politique. «Il n’y a que Gaston DEFFERRE qui m’a compris», souligne M. DELANOE. En effet, M. DEFERRE (1910-1986), maire de Marseille,  organise des rencontres avec M. Jean-Luc LAGARDERE (1928-2003), président du groupe du même nom, et M. Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET, (1906-1996) patron du groupe PUBLICIS. Le premier lui propose de piloter un projet, aux Etats-Unis, dans le domaine des transports. Le second lui demande de redresser une entreprise qui gère des festivals. M. DELANOE décline ces deux offres d’emploi. M. DELANOE travaillera entre 1986 et 1992, pour le groupe Robert et Partners de Daniel ROBERT, auteur du slogan, en 1986, «au secours la Droite revient !».  «J’ai mesuré ce que cette échappée, hors de la logique d’un parcours politique classique, m’avait apporté en termes de maturité, d’humilité, de force de conviction et d’épanouissement personnel. Sans cette embardée, sans doute ne serai-je jamais devenu maire de Paris », reconnaît – il.

M. DELANOE est donc comme Julien SOREL, dans le «Rouge et le Noir» de STENDHAL. Il a hésité entre la politique et le secteur privé. «Si je n'avais pas fait le choix de l'entreprise privée à 35 ans, ma vie serait en partie ratée. Mais si je n'étais pas revenu à la politique à Paris, ma vie serait ratée aussi», souligne M. DELANOE.

D’un caractère trempé et parfois irritable, M DELANOE a un goût d’indépendance et de liberté affirmé. Il n’est pas comme les autres politiques. «J’avais envie d’indépendance» dit notre maire. M. DELANOE fondera sa société de communication MEDIA-TRAINING VECTEURS 7. Cette société a été liquidée en 1997. M. DELANOE est un homme atypique qui cultive sa singularité par rapport au microcosme politique. Il a une grande soif de liberté, d’exister par lui-même. «Je n’ai pas besoin du pouvoir pour être heureux», dit M. DELANOE. Il a assumé, publiquement, son homosexualité, au moment, c’était difficile et risqué politiquement de le confesser. Il aime passer ses soirées avec ses amis, notamment ses amis du monde du spectacle. On le voit peu sur les plateaux de télévisions. Il est fortement concentré sur ses missions. Ce rôle de conseiller en communication lui a été utile dans son mandat de maire de Paris. «J’ai fait autre chose. J’ai connu la vie en entrepris», dit –il. M. DELANOE aime à comparer sa fonction de maire à celle d’entrepreneur : «mes dix années dans le secteur privé ont contribué à m’apprendre la responsabilité, le management», précise t-il.

 

Tout en gérant son entreprise de communication, M. DELANOE a conservé son mandat de conseiller de Paris. M. DELANOE renoue les liens avec le président François MITTERRAND qui lui dit : «vous avez eu raison de partir ; cela vous va bien. Maintenant, il faut revenir». M. DELANOE est toujours resté viscéralement socialiste et militant. En effet, après son diplôme d'études supérieures d'économie, il fait son entrée en politique comme secrétaire de la Fédération des socialistes de l'Aveyron. En 1971, il adhère au Parti socialiste. M. DELANOE est  élu conseiller de Paris dans le 18e arrondissement le 20 mars 1977, puis réélu le 11 octobre 1986, le 19 mars 1989, le 18 juin 1995, le 18 mars 2001 et le 16 mars 200. Il est élu député (PS) de Paris en 1981 dans la circonscription de Montmartre, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Il devient alors porte-parole du PS, soit numéro trois national. Il devient premier secrétaire adjoint de la Fédération socialiste de Paris, député PS de Paris et secrétaire national adjoint chargé de la presse. Pendant deux ans, il est secrétaire national du PS, chargé des fédérations, de l'organisation et du contentieux. Il a été élu sénateur de Paris du 27 septembre 1995 au 27 mars 2001.

La politique est un virus. Une fois qu’on l’attrape, on en guérit que rarement. Après plus de 10 ans de léthargie, M. DELANOE reprend goût à la politique à la faveur d’une grande complicité avec Lionel JOSPIN, solidement implanté dans le 18ème ardt de Paris. JOSPIN c’est le mentor en politique ; c’est le «père qu’il n’a pas tué», et c’est ce scrupule qui l’a empêché d’accéder aux responsabilités nationales. En effet, M DELANOE a toujours lié son sort à celui de M. JOSPIN. Mais quand, il a voulu, au congrès de Reims en 2008, se hisser au 1er plan, c’était trop tard.

En revanche, M. DELANOE a eu la bonne intuition de comprendre, au bon moment, que la citadelle de Paris, aux griffes de la Droite, n’était pas imprenable. Déjà en 1995, six arrondissements sur vingt, avaient basculé à Gauche. La Droite n’a pas pu, cette année-là, rééditer un grand chelem. Dans son ouvrage de 1999, intitulé «Pour l’honneur de Paris», M. DELANOE a su capter cette vague qui montait, et qui allait conduire, la Gauche au pouvoir à Paris, en mars 2001. A l’époque, président du groupe socialiste à la mairie de Paris, et élu dans cette ville depuis 1977, M. DELANOE dégage dans cet ouvrage, sa conception futuriste de sa ville de Paris rêvée. M. DELANOE estime, à juste titre, que «Paris est déshonoré», et stigmatise un «système dévoyé», et clientéliste. «Au-delà du récit du récit des affaires, quel processus, quelle culture politique, ont rendu possibles des manquements graves à l’observation de la loi ou un usage contestable du bien public ?», s’interroge M. DELANOE. Paris est blessé par un «système mafieux», par l’opacité de la gestion du Parc Floral de Vincennes, le scandale des faux-électeurs, les attributions non-transparentes des logements sociaux, les «inepties urbanistiques», notamment aux Halles, à Belleville, la Z.A.C. Rive Gauche, le saccage du Boulevard Saint-Michel et des Champs-Elysées, etc. Le Chiraquisme municipal de M. CHIRAC a favorisé «l’hégémonie de la voiture». M. DELANOE ne se borne à dénoncer ; il propose une vision de Paris à l’horizon 2020. M. DELANOE trace les perspectives afin de dépasser les aspirations purement matérialistes de la Droite, en rappelant que la réalité n’est faite que d’utopie qui se sont réalisées. Son héroïne est une cycliste, Bérénice, qui circule dans une ville pleine de taxis, de piétons, de rollers, d’autobus, de places, comme la Nation, fermées au public.

Dans son ouvrage de «l’Audace !», en 2008, M. DELANOE se définit comme un «libéral», une sorte «d’indifférence bienveillante devant la singularité des choix de chacun». C’est une audace de dire que les valeurs de gauche sont compatibles avec le libéralisme.  Pour lui, la liberté doit être une priorité. Il n’y a pas d’égalité sans liberté. La Droite n’est pas libérale, mais conservatrice et lepénisée.

Quand, il a annoncé sa candidature en 2001, même certains de ses amis socialistes ne croyaient en ses chances. L’équipe municipale du 19ème avait, initialement, choisi M. Jack LANG, alors maire de BLOIS et Ministre de l’Education Nationale, lors des primaires socialistes pour la ville de Paris. M. LANG a finalement jeté l’éponge, et a perdu sa mairie de BLOIS. Et M. DELANOE a été élu, maire de Paris, le 25 mars 2001 et réélu le 21 mars 2008. M. DELANOE est le 15ème maire de Paris depuis la Révolution. Auparavant, il y avait une institution dénommée «le Prévôt des marchands» qui a connu des dirigeants restés célébres comme Etienne BOILEAU, Etienne MARCEL ; Guillaume BUDE, Michel-Etienne TURGOT, Jean-Baptiste François de LA MICHODIERE ou Antoine Louis-Fèvre de CAUMARTIN. A partir de la Révolution de prestigieux personnages ont dirigé la ville de Paris, comme Jean-Sylvain BAILLY entre 1791 et 1792, Louis ARAGO en 1870, Jules FERRY entre 1870 et 1871. Ces personnages, au-delà de la diversité de leur parcours, avaient, un point commun : ils étaient nommés. L’institution de maire de Paris a disparu entre  1871 et 1977, mais un président du conseil municipal de Paris, qui changeaient tous les ans, et un président du conseil général qui changeait les 6 ans étaient désignés. Paris, ville rebelle, est devenue particulièrement suspecte.

Après deux mandats, M. DELANOE  qui est fidèle à la capitale, semble avoir installé durablement la Gauche à Paris. L’élection de Bertrand DELANOE, en mars 2001, est un coup de tonnerre dans le paysage politique français. D’une part, en remportant cette élection, M. DELANOE est devenu un des personnages politiques, les appréciés et les plus aimés des Français. C’est un homme qui ne triche pas. Il est animé par des convictions et valeurs socialistes, pour bien commun. D’autre part, la Droite qui croyait son fief imprenable est, comme on le dit familièrement, «tombée des nues». En effet, M. CHIRAC, élu maire de Paris entre le 20 mars 1977 et le 16 mai 1995, est élu président la République, en se servant de la capitale comme un tremplin. M. Jean TIBERI, qui est toujours maire du 5ème arrondissement, est devenu maire de Paris entre 22 mai 1995 et le 24 mars 2001. La Droite n’a pas digérée cette défaite, et fait des municipales de 2014, un enjeu considérable pour rebondir sur le plan national.

 

 

Quelle que soit l’issue des municipales de 2014, et sans esprit partisan, M. DELANOE est un visionnaire. Il a su instaurer, à Paris, un véritable socialisme municipal bienveillant. Au moment où certains doutent de la Politique, M. DELANOE et son équipe, nous ont administré la preuve que la Politique c’est quelque chose de particulièrement noble. C’est tout simplement l’art de gérer la cité. M. DELANOE, contrairement à la Droite parisienne, a choisi, non pas de se servir, mais d’être au service des Parisiens. M DELANOE a réconcilié Paris avec les Parisiens. Il s’est entièrement et exclusivement consacré à Paris.

Depuis qu'il est maire de Paris, M. Bertrand Delanoë a considérablement développé l’offre de transports publics et réduit la circulation automobile à l'intérieur de l'agglomération. Il a favorisé les transports en commun, et a mis en place un dispositif de vélo en libre service : le «Vélib», «l’Auto-lib», le tramway. Malgré les nombreuses dégradations et les vols, le «Vélib» est aujourd'hui un "phénomène de société" à succès. Le tramway est opérationnel, confortable, et sécurisant ; ce qui contribue, notablement à la lutte contre la pollution, et améliore la circulation, ainsi que la qualité de vie des parisiens. Très populaire, M. DELANOE a crée de nombreuses manifestations dans la capitale dont Paris Plage sur les bords de la Seine, et en 2002 la Nuit Blanche. Le Maire de Paris a également instauré la gratuité de certains musées et a essayé d'améliorer l'accès aux logements sociaux. Aujourd’hui, ces projets qui sont devenus réalité, et qui ont amélioré la condition de vie des parisiens, ne sont plus critiqués. La gestion de l’espace public a été remarquable, notamment en ce qui concerne les Berges de la Seine, les Halles et la place de la République.

Certains esprits chagrins ont regretté que Paris soit transformé en «ville des bobos». En dépit, de deux batailles acharnées que notre capitale n’ait pas pu organiser des jeux olympiques. Il est impossible de tout réussir dans la vie. Le bilan est plus que, même si la formule est connotée, globalement positif.

M. DELANOE représente l’honneur en politique, par ses actes qu’on vient de dresser sommairement, par ses prises de positions et sa conception du pouvoir et de la Politique. Très vite, il n’a pas souhaité assumer un troisième mandat à Paris. Et, il soutient même sa première adjointe socialiste, Mme Anne Hidalgo, pour sa succession. «Je la soutiens, je ne la chaperonne pas», dit M. DELANOE. «Je suis son conseiller, mais elle est totalement autonome. Notre relation est saine et sympathique», précise M. DELANOE. La bataille de Paris n’est pas jouée, mais M. DELANOE fera tout pour que la Gauche gagne. M. DELANOE a si bien réussi, qu’on se demande si Mme HIDALGO, sa première adjointe qui a été à la bonne école, sera à la hauteur  de ce prestigieux héritage.

Ayant étudié, résidant et travaillant maintenant dans Paris de très longue date, j’ai pu apprécier, à travers diverses flâneries, combien notre belle capitale a changé, en bien. En conséquence, je voudrais, très modestement, exprimer ma très profonde gratitude à M. Bertrand DELANOE, et à toute son équipe, pour tous les bienfaits qu’il a prodigués aux parisiens. Je lui souhaite une longue vie paisible, plein de bonheur et une réussite, à toutes épreuves, dans ses nouveaux projets personnels et professionnels. J’exprime le vif souhait que l’héritage qu’il nous a légué de ce Paris du 21ème siècle, soit développé et fructifié par Mme Anne HIDALGO qui, je l’espère, reprendra, brillamment, le flambeau en mars 2014.

Bibliographie sélective :

DELANOE (Bertrand), Pour l’honneur de Paris, chronique 1977-2020, Paris, Calmann-Lévy, 1999, 248 pages ;

DELANOE (Bertrand), La vie, passionnément, Paris, Robert LAFFONT, 2004, 270 pages. C’est un ouvrage autobiographique.

DELANOE (Bertrand), De l’audace !, entretien avec Laurent JOFFRIN, Paris, Robert LAFFONT, 2008, 289 pages.

MARTINAT (Philippe), Bertrand DELANOE. Qui c’est ce garçon ?, Paris, Belfond, 2004, 290 pages.

M. BA Amadou - Mon Blog – Baamadou.over-blog.fr  -  Paris, le 3 novembre 2013. 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 22:32

«C'est quoi une vie d'homme ? C'est le combat de l'ombre et de la lumière. C'est une lutte entre l'espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur. Je suis du côté de l'espérance, mais d'une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté» écrit CESAIRE. Poète engagé de la Négritude, dramaturge et homme politique antillais, Aimé CESAIRE aurait eu 100 ans en 2013 (1913-2008). «Ma Négritude, ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre [...] ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil mort de la terre ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale» écrit CESAIRE. L’Organisation Internationale de la Francophonie, au cours d’un colloque tenu à Dakar, au Sénégal, du 20 au 22 mars 2013, lui a rendu un vibrant hommage. M. Macky SALL, président du Sénégal a considéré que le combat pour la Négritude est toujours d’actualité : «Le combat n’est pas dépassé si l’on considère que la négritude peut être définie comme étant l’ensemble des valeurs du monde noir. Bien entendu la forme de la lutte va changer mais nous avons notre apport dans cette mondialisation dévastatrice de l’identité. Nous avons besoin de rester nous-mêmes tout en étant ouverts». En effet, éminente figure intellectuelle du XXème siècle, Aimé CESAIRE est l’archétype du défenseur des idéaux d’égalité, de justice et de liberté.. «On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de millions d’hommes arrachés àe leurs Dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinage» écrit CESAIRE. Homme constamment préoccupé de la condition des défavorisés, des Noirs en particulier, CESAIRE a agi pour en changer la condition. Son combat politique, comme son œuvre littéraire, qui sont indissociables, sont intimement liés au mouvement de la Négritude qu’il cofonde avec le sénégalais Léopold Sédar SENGHOR et le guyanais Léon GONTRANS DAMAS. Pour CESAIRE, la Négritude «c’est le fait pour le Noir de se mettre debout et croire en son humanité». Aimé CESAIRE a conquis le droit d’être lui-même en revendiquant l’émancipation des Noirs. Pour lui «l’égalité est ou n’est pas». CESAIRE a donné la pleine mesure de son talent, dans sa contribution littéraire marquée par un souci de «dénoncer les impostures politiques et les injustices dans le monde», nous dit son biographe, Romuald FONKOUA. «CESAIRE est fascinant parce qu’il est l’homme de convictions, de principes et de refus. Il est dérangeant pour les mêmes raisons», ajoute le professeur FONKOUA. Notre poète a pu mener des activités littéraires et politiques. «C’est dans ma poésie que se trouvent mes réponses. La poésie m’intéresse, et je me relis et j’y tiens. C’est là que je suis. La poésie révèle l’homme à lui-même. Ce qui est au plus profond de moi-même se trouve certainement dans ma poésie», précise CESAIRE. Sa poésie, qui est une poésie «engagée» n'a pourtant rien à voir avec un discours politique, et dépasse largement le seul combat des Antillais pour retrouver leur souveraineté dans leur propre pays, pour devenir un appel universel à la dignité humaine, à l'éveil et à la responsabilité. Pour André BRETON «Aimé CESAIRE est tout l’homme, il en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases». Bref, CESAIRE est le porte-parole des opprimés : «Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cahot du désespoir» dit-il. Décrit comme un fichu caractère, obstiné, automédiqué, un hypocondriaque et d’une grande simplicité, avec une absence ostentatoire de luxe, CESAIRE a gardé son sens aigu de l’amitié. Il est toujours prévenant avec ses visiteurs. Ce culte de l’amitié, notamment à Léopold Sédar SENGHOR rencontré en 1931 au Lycée Louis LE GRAND, à Paris, fait qu’il est resté fidèle au continent africain considéré comme étant une composante essentielle de la personnalité martiniquaise.

 Amadou Lamine SALL, poète sénégalais, a expliqué cette relation privilégiée entre CESAIRE et SENGHOR : «L’un vient du Sénégal, d’Afrique, Senghor et l’autre vient des Caraïbes et c’est Aimé Césaire. Ils se lient d’amitié et c’est une rencontre décisive. C’est Senghor qui a fait découvrir d’où il venait, qui il était. C’est comme si cela avait été une nouvelle naissance. Senghor est un homme tranquille, il vit en Afrique trempé dans ses propres traditions alors qu’Aimé Césaire c’est un esclave révolté. Mais ils ont le même combat : la défense de la culture noire». CESAIRE a, sans cesse, rappelé aux Antillais cette origine africaine. Ces idées qu’il a confiées à son biographe, le professeur FONKOUA ne sont pas seulement l’expression d’une amabilité de circonstance. C’est avant tout et surtout, une conviction intime d’un «combat d’une vie». CESAIRE avait conscience du rôle de l’Afrique dans la reconnaissance d’une identité martiniquaise. Françoise VERGES a rappelé cette conviction : «Chez CESAIRE, être Noir renvoie à une histoire transcontinentale, et avant tout à l’Afrique qui fut la source de la diaspora éclatée à travers le monde». Cependant, les tenants du mouvement de la Créolité (BARNABE, CHAMOISEAU et CONFIANT, notamment) ont violemment reproché à Aimé CESAIRE de ne pas développer la spécificité de la culture caribéenne.
I – L’influence intellectuelle du cercle familial sur CESAIRE,
CESAIRE est un brillant élève, très timide, discret et particulièrement studieux. Ce caractère rigoureux et appliqué lui a été inspiré par son milieu familial. En effet, Aimé CESAIRE est né le 26 juin 1913, à Basse-Pointe, en Martinique, dans une plantation, Eyma où son père Fernand CESAIRE exerce la fonction de contrôleur de contributions. Les paysages de la Martinique n’ont jamais cessé d’alimenter sa poésie. «Mon enfance, c’était à Basse-Pointe et au Lorrain, ce sont les Côtes du Nord», dit CESAIRE. «Basse-Pointe  a structuré mon cœur, a structuré ma poésie», ajoute CESAIRE. Il est hanté par son lieu de naissance : «Basse-Pointe : la montagne, la rivière, la ravine». «Je viendrai à ce pays mien et je dirai : embrassez-moi sans crainte. Et, si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai», dit –il dans son ouvrage, Cahier d’un retour au pays natal. Pour un écrivain antillais, Daniel MAXIMIN, CESAIRE aimait comparer sa poésie à l’explosion de la montagne Pelée. Il parlait de «poésie peléenne» qui n’est pas effusion mais éruption volcanique. Mais le problème avec la montagne Pelée est que son sommet se rebouche après chaque explosion. Ensuite, il faut parfois attendre longtemps avant qu’une nouvelle explosion ait lieu. On dit alors : «Le volcan s’est suicidé !». CESAIRE vivait dans la crainte de ne pas voir la poésie se rejaillir du fond de son volcan intérieur.
De cette enfance, à Basse-Pointe, Aimé retient encore les histoires d’esclaves, leur soumission et leurs révoltes, leurs brimades et leurs bravoures, leurs privations et leurs héroïsmes. Avec l’expérience de la «rue Cases-Nègres», en référence à un romain de Joseph ZOBEL, notre poète a pris, très vite, conscience de la dureté du travail dans les champs et de la nécessité de ne pas se tuer à cette tâche. «Il fallait apprendre. C’était cela ou le champ de canne», confesse CESAIRE. Aimé CESAIRE est né dans une société multiculturelle où la diversité, loin d’inspirer la peur, comme on le constate maintenant en France métropolitaine, est vécue comme une formidable richesse. En effet, en Martinique, la civilisation est essentiellement métisse. Nous y trouvons, notamment, des Blancs, des Noirs, des Indiens et des Tamouls. Enfant, Aimé a appris la tolérance et le respect de l’autre. Le grand-père paternel, d’Aimé, Nicolas CESAIRE (1868-1896) était un instituteur. Décédé à l’âge de 28 ans, il a laissé deux enfants : Fernand, le père d’Aimé et une fille Constance.
Sa mère, Eléonore HERMINE, est femme au foyer, une couturière. Aimé qui est le 2ème enfant de la famille, a 6 frères et sœurs. Lorsque CESAIRE évoque son enfance, c’est l’image de sa grand-mère paternelle, Eugénie MACNI, qui revient souvent dans ses écrits. Institutrice, la grand-mère Eugénie MACNI, appelée affectueusement Man NINI, a initié le jeune Aimé aux rudiments de la langue française, et a forgé son mythe du «Royaume d’enfance», en référence à une expression du poète sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR. Pour CESAIRE, Man NINI représente «l’Afrique pure et parfaite» ou bien «un type africain extrêmement net, précis». La sœur de Man NINI a été magistrate à Dakar. CESAIRE décidera que sa grand-mère était une Diola, originaire de ZIGUINCHOR, en Casamance au Sénégal. Lors du Festival Mondial des Arts Nègres, en 1966 à Dakar, CESAIRE, président de cette manifestation, croit reconnaître dans la reine de Casamance SEBETH (déformation du prénom Elisabeth), qui lui accorde une audience, le visage de sa grand-mère NINI. La grand-mère est une sorte de directrice de conscience : «on venait la consulter pour tout», dit le poète.
La relation entre SAINT-PIERRE et le grand-père paternel, Nicolas CESAIRE, est présente dans les  écrits de notre poète. CESAIRE n’a pas passé son enfance dans cette ville volcanique. Mais c’est une ville intellectuelle marquée par l’obsession, pour la classe bourgeoise, de la culture française. CESAIRE s’identifie volontiers à la montagne Pelée : «j’ai l’habitude de dire que je suis peléen, c’est-à-dire, volcanique, explosif, imprévisible, violent, colérique, capricieux». «Si l’on se base sur la technique d’écriture et la double révolution qui caractérise son œuvre est un volcan de type peléen, et sa démarche est, à la fois, une stratégie, une pédagogie et une méthode. La caractéristique essentielle de ce type de volcan, c’est de rester plusieurs années en sommeil, puis un beau jour d’exploser, et de projeter des matériaux divers», selon Paul Christian LAPOUSSINIERE, auteur d’une thèse, en 1994, sur notre poète. SAINT-PIERRE, la ville du grand-père c’est surtout la reconstitution, a posteriori, d’une mythologie familiale. Un certain CESAIRE y a été condamné le 21 décembre 1833 pour insurrection contre l’esclavage. SAINT-PIERRE qui a connu des insurrections régulières, avant l’abolition de l’esclavage, a suscité chez CESAIRE le désir de rendre compte de l’héroïsme des esclaves et de leur soif de liberté.
Derrière le succès de chaque homme, il y a souvent une femme, incarnée ici par Suzanne ROUSSI - CESAIRE. C’est Léopold Sédar SENGHOR qui présente Suzanne ROUSSI, fille d’un employé d’usine et d’une institutrice, à Aimé CESAIRE. Ils ont été mariés le 10 juillet 1937, à Paris 13ème, alors que Suzanne ROUSSI (11 août 1915 – 16 mai 1966), était  étudiante à TOULOUSE, de passage à Paris. Devenu agrégé, en réaction contre le statu quo culturel martiniquais, le couple CESAIRE, épaulé par René MENIL et Aristide MAUGEE, fonde en 1941 la revue TROPIQUES, dont le projet est la ré-appropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. Suzanne n’a pas été que la femme d’Aimé CESAIRE, la mère de leurs 6 enfants. Elle a été une intellectuelle progressiste, une militante, une femme brillante et belle. Suzanne a écrit, en 1955, une pièce de théâtre : «Aurore de la liberté», non publiée. Cette pièce traite de la révolte de mai 1848 en Martinique. Suzanne a écrit 7 articles, dont une contribution majeure : «Léo FROBENIUS et le problème des civilisations», in TROPIQUES, 1941 n°1, pages 27-36. Finalement, Suzanne est restée particulièrement effacée, dans l’ombre de son mari.  Discrète, mais efficace, Suzanne a été de toutes les luttes de CESAIRE. Elle était sa muse.
CESAIRE rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse, au Lycée SCHOELCHER. Séparés depuis 1963,  leur divorce, puis la mort précoce de Suzanne le 16 mai 1966 d’une tumeur au cerveau, ont été les sources de grandes souffrances et d’incompréhensions au sein de la famille CESAIRE. CESAIRE a dit à ce sujet : «Suzanne et moi on se comprenait, tout ce que je peux te dire, c’est qu’on respirait ensemble. On respirait ensemble !».
II– Les rencontres qui ont influencé CESAIRE
Aimé CESAIRE, élève brillant du Lycée SCHOELCHER de Fort-de-France, poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au lycée Louis Le Grand, à Paris. C’est dans les couloirs de ce grand lycée parisien que, dès son arrivée, le jeune CESAIRE rencontre Léopold Sédar SENGHOR, son aîné de quelques années qui le prend sous son aile protectrice. Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé CESAIRE et son ami guyanais Léon Gontran DAMAS, qu’il connaît depuis le Lycée SCHOELCHER, découvrent progressivement une part refoulée de l’identité martiniquaise, la composante africaine dont ils intègrent, au fur et à mesure qu’émerge une conscience forte de la situation coloniale. Ce que SENGHOR et CESAIRE ont de commun : «c’est le refus obstiné de nous aliéner, de perdre nos attaches avec nos pays, nos peuples, nos langues», souligne le poète. CESAIRE précise encore davantage sa pensée : «ce qui m’a, en grande partie, préservé culturellement, c’est la fréquentation assidue des Africains. Ce contact a servi de contrepoids à la culture européenne». Pour lui «la Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noirs, de notre histoire, de notre culture». Il faut accepter «l’esprit de brousse». Ce qui fait dire à Romuald FONKOUA, son biographe, «CESAIRE fait ainsi entendre, par une voix plus intelligente et plus intelligible, ce que formulaient, de manière brouillonne et maladroite», les rédacteurs de certaines revues étudiantes. CESAIRE découvre, en hiver 1936, un ouvrage d’un ethnologue allemand, Léo FROBENIUS (1873-1938), et l’offre à SENGHOR. Cette découverte majeure est un tournant dans la pensée de CESAIRE : l’Afrique, terre de civilisation, avait une histoire sur laquelle on pouvait construire un discours rationnel. La suprématie intellectuelle et politique passe par la création d’un journal. Les contributions portent, essentiellement, sur la question de l’identité. Ainsi, en septembre 1934, CESAIRE fonde avec d’autres étudiants Antillais, Guyanais et Africains (Léon Gontran DAMAS, les sénégalais Léopold Sédar SENGHOR et Birago DIOP), le journal «l’Etudiant noir». C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra, pour la première fois, le terme de «Négritude», dans le n°3, de mars 1935, page 3, sous l’article de CESAIRE intitulé «la jeunesse noire et l’assimilation».
Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. «La Négritude résulte d’une attitude active et offensive de l’esprit. Elle est sursaut, et surtout de la dignité» dit CESAIRE. Il s’agit, au-delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. CESAIRE déclare en effet : «je suis de la race de ceux qu’on opprime». Il pose la solidarité des opprimés : «Le mouvement de la Négritude affirme la solidarité des Noirs de la Diaspora avec le monde africain» dit-il. Pour lui, la langue française est au service de la justice qu’il réclame «J’ai plié la langue française à mon vouloir-dire».
CESAIRE, brillant élève, au lycée Louis GRAND a la chance de rencontrer des hommes d’exception. On peut citer le croate Petar GUBERNICA (1913-2005), étudiant en linguistique qui l’a fait visiter ZAGREB. Le voyage en CROATIE lui fait penser à sa Martinique, et il écrit un de ses ouvrages majeurs : Cahier d’un retour au pays natal qui connaîtra plusieurs moutures. CESAIRE a été impressionné par la rencontre avec un peintre cubain, Wilfredo LAM (1902-1982), de passage en Martinique, en même temps qu’André BRETON. La mère de LAM est née au Congo, mais exilée à Cuba. Son père est d’origine chinoise. A partir de l’œuvre de LAM, CESAIRE prend conscience qu’il est possible, aux Antilles, de construire une civilisation originale et métissée.
On ne peut passer sous silence la rencontre entre CESAIRE et le sénégalais, Alioune DIOP (10 avril 1910, à Saint-Louis – 2 mai 1980, à Paris), éditeur de Présence Africaine qui a publié l’essentiel des œuvres de notre poète. Depuis sa rupture avec le Parti communiste français, CESAIRE avait besoin d’un espace propice à la publication de ses œuvres, sans censure. Pour Alioune DIOP, faisant référence à CESAIRE «la virulence de sa critique n’a d’égale que l’originalité de sa critique». Sous l’instigation d’Alioune DIOP, se tient à Paris, à l’amphithéâtre René DESCARTES, à la Sorbonne, du 19 au 22 septembre 1956, le 1er Congrès International des écrivains et artistes noirs. Et, CESAIRE tient la vedette de cette rencontre en exposant une contribution à ce congrès sur le thème : «culture et colonisation». CESAIRE opère une distinction entre culture et civilisation «la civilisation tend à l’universalité et la culture tend à la particularité. La culture, c’est la civilisation en tant qu’elle est propre à un peuple, à une nation». Pour lui, «la voie la plus courte pour explorer l’avenir  est toujours celle qui passe par l’approfondissement du passé». L’Europe ne peut apporter aux colonisés qu’une culture fragmentée. Et il explore enfin, la condition des Noirs américains.
La Seconde Guerre mondiale se traduit pour la Martinique par un blocus qui coupe l’approvisionnement de l’île par la France. En plus d’une situation économique très difficile, l’envoyé du Gouvernement de Vichy, l’Amiral ROBERT, instaure un régime répressif, dont la censure vise directement la revue TROPIQUES. Celle-ci paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943. La rencontre entre CESAIRE et André BRETON a été cruciale et déterminante. En effet, en 1941, lors d’un voyage qui doit mener  BRETON, à New York, fuyant le régime de VICHY, son bateau fait une escale forcée de 40 jours en Martinique. André Breton se promène dans les rues de Fort-de-France, en quête d’inattendu comme à son habitude, dans l’attente du surgissement de l’événement.
Entrant dans une mercerie, au hasard de l’achat d’un ruban pour sa fille, André BRETON découvre exposé dans la vitrine le premier numéro de la revue TROPIQUES paru quelques jours auparavant. «Si je suis ce que je suis, je crois en grande partie c’est à cause de BRETON, une sorte de raccourci pour me trouver moi-même», confesse CESAIRE. Le coup de foudre est réciproque. «La parole d’Aimé CESAIRE est belle comme l’oxygène naissant», souligne André BRETON. C’est un style parfois difficile d’accès, mais CESAIRE qui avait sa place à l’Académie française, nous a légué des contributions mémorables, tant par sa maîtrise de la langue française, que le sens du message délivré. Naturellement, l’œuvre de CESAIRE est vaste et complexe. Nous n’en évoquerons les traits saillants.
III– L’héritage culturel de CESAIRE
La plus belle rencontre est celle de CESAIRE avec lui-même, avec le peuple noir, et notamment les Caraïbes. Admis à l’Ecole Normale Supérieure en 1935, CESAIRE commence en 1936 la rédaction de son chef d’œuvre, le «Cahier d’un Retour au Pays Natal». Conçu comme un anti-poème, une sorte de poème en prose à la manière d'une saison en enfer de Rimbaud et des Chants de Maldoror de LAUTREAMONT, le «Cahier d'un retour au pays natal» est un long texte constamment remanié. Il est né d'une crise morale et spirituelle que traverse Aimé CESAIRE entre 1935 et 1936. La première version du poème est publiée en 1939, mais l'auteur ne cessera de la reprendre, de la corriger en y ajoutant des passages entiers jusqu'en 1956, date à laquelle il remet le dernier état du manuscrit à Présence africaine qui publie la même année cette version définitive du poème. Autobiographique comme le mot «Cahier» dans le titre le laisse entendre, évoquant quelque carnet ou journal intime, cet ouvrage raconte, en effet, un parcours initiatique qui conduit le narrateur-récitant du rejet de soi-même, de son histoire (noir, fils de colonisé, petit-fils d'esclave déporté) et de sa géographie : «cette ville inerte et ses au-delà de lèpres, de consomption, de famines, de peurs tapies dans les ravines», à l'acceptation de sa race et de sa négritude. Ecrivain engagé, CESAIRE refuse tout défaitisme : «Et surtout mon corps, aussi bien que mon âme, gardez-vous de croiser les bras en l’attitude stériel du spectateur, car la vie n’est pas un spectavle, car c’est une mer de douleurs n’est un proscenium, car l’homme qui crie n’est pas un ours qui danse» dit-il. Le processus de l'écriture entraîne le poète du désespoir à l'espoir, et au refus d'assumer le passé de sa race avilie, humiliée, soumise à l'affirmation d'une négritude triomphante, annoncée par l'image de «Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu'elle croyait à son humanité». Considéré comme le texte fondateur de la Négritude, ce poème est désormais associé aux combats raciaux et politiques des Noirs dans le monde entier. «Cahier d'un retour au pays natal», qui avait introduit le concept de «Négritude» dès 1939, concept regroupant l'ensemble des valeurs culturelles revendiquées comme propres aux Noirs et retournant en positif ce que le terme «Nègre» a de péjoratif, est l'un des plus importants ouvrages poétiques de l'époque. Le texte,  préfacé par André BRETON, qui reconnaît là un «grand poète noir» et qui s'enchante de la violence, du lyrisme de ce chant profond de la liberté, est une révolte du peuple noir contre l’injustice. Il a une dimension sociale et politique affirmée. «Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde» dit-il.
Le peuple noir a maintenant son chantre en la personne de CESAIRE. Il retrouve sa très ancienne et sa millénaire dignité. Le «Nègre» cède la place à un homme qui est aussi la mémoire du monde, le fier exemple de la force. Le style du poème est lyrique. Il reflète la subjectivité de CESAIRE, révolté face au désastre que représente, à ses yeux, la colonisation et sa honte d’avoir presque cru à ce mensonge, de s’être laissé aliéner par le regard et la pensée européenne. A la fin du poème CESAIRE refuse, cependant, la tentation de la haine pour le colonisateur. Ce qu’il souhaite c’est œuvrer pour la paix, l’égalité, l’amour.
En 1944, André BRETON rédigera la préface du recueil «Les Armes Miraculeuses», qui marque le ralliement de CESAIRE au surréalisme. C’est une fidèle continuation du Cahier d’un retour au pays natal. Le recueil Les Armes miraculeuses est le résultat d'une composition mouvementée. Soumis à de multiples changements, il rassemble des poèmes composés entre 1941 et 1945, après le retour du poète en Martinique. Cette oeuvre porte la marque d’une recherche éperdue de l’identité et d’un combat contre la négation de la conscience noire. Cette œuvre, même s’il est difficile d’en saisir la cohérence, est réputée ardue. CESAIRE est contraint à un langage opaque et superbement imagé, pour déjouer la censure coloniale et du régime vychiste.
Le voyage de CESAIRE en Haïti aura également influence considérable sur son œuvre. En effet, en 1944, invité à Port-au-Prince par le docteur MABILLE, attaché culturel de l’Ambassade de France, Aimé CESAIRE passera six mois en Haïti, donnant une série de conférences dont le retentissement sur les milieux intellectuels haïtiens est considérable. CESAIRE écrira un essai historique sur Toussaint LOUVERTURE (1743-1803), et consacrera une pièce de théâtre au roi Henry CHRISTOPHE (1789-1815), héros de l’indépendance. Césaire définit une échelle dans la contestation suivant les strates sociales de Saint-Domingue qui l’exprime : La fronde des Grands Blancs, la révolte des Mulâtres, la révolution Nègre. Toussaint LOUVERTURE qui apparait assez tardivement dans la construction, est le point culminant de cette étude quand ce dernier reprend, façonne la révolte des esclaves et prenant à la lettre le principe d’égalité et de liberté proclamé par la France, déploie tout son savoir et son énergie pour arracher et préserver cette liberté acquis par les anciens esclaves. Ce livre est passionnant. D’abord parce qu’on y découvre la fascination de CESAIRE à l’égard de l’homme d’Etat, TOUSSAINT-LOUVERTURE. Fasciné, mais lucide Aimé CESAIRE, plonge le lecteur au cœur de débats passionnants de cette Révolution française, dont la question coloniale a été une des grandes échardes. Comment en effet concilier le principe et l’idéal absolu de justice qui ont été affirmés pour la Nation et l’intérêt mercantile ?
Alors que son engagement littéraire et culturel constitue le centre de sa vie, Aimé CESAIRE est happé par la politique dès son retour en Martinique. Pressé par les élites communistes, à la recherche d’une figure incarnant le renouveau politique après les années sombres de l’Amiral ROBERT, CESAIRE est élu Maire de Fort-de-France, la capitale de la Martinique, en 1945, à 32 ans.
L’année suivante, il est élu député de la Martinique à l’Assemblée Nationale. Le député CESAIRE sera, en 1946, le rapporteur de la loi faisant des colonies de Guadeloupe, Guyane Française, Martinique et la Réunion, des Départements français. Ce changement de statut correspond à une demande forte du corps social, souhaitant accéder aux moyens d’une promotion sociale et économique. Conscient du rôle de la départementalisation comme réparation des dégâts de la colonisation, Aimé CESAIRE est tout aussi conscient du danger d’aliénation culturelle qui menace les Martiniquais. La préservation et le développement de la culture martiniquaise seront dès lors ses priorités. Partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris, CESAIRE fonde, dans la Capitale française, la revue Présence africaine, aux côtés du Sénégalais Alioune DIOP, et des Guadeloupéens Paul NIGER et Guy TIROLIEN. Cette revue deviendra ensuite une maison d’édition qui publiera plus tard, entre autres, les travaux de l’égyptologue Cheikh Anta DIOP, et les romans et nouvelles de Joseph ZOBEL.
Peu enclin au compromis, Aimé CESAIRE, révolté par la position du Parti communiste français face à l’invasion soviétique de la Hongrie en 1956, publie une «Lettre à Maurice THOREZ», en date du 24 octobre 1956, pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qui a pour ambition d’instaurer un «type de communisme martiniquais plus résolu et plus responsable dans la pensée et dans l’action». Le mot d’ordre d’autonomie de la Martinique est situé au cœur du discours du PPM. CESAIRE abandonne son idéal révolutionnaire, l’indépendance de la Martinique et soutiendra en 1981, le socialiste François MITTERRAND.
Parallèlement à une activité politique continue, il conservera son mandat de député pendant 48 ans, et sera maire de Fort-de-France pendant 56 ans.  Aimé CESAIRE poursuit son œuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours marqués au coin du surréalisme (Soleil Cou Coupé en 1948, Corps perdu en 1950, Ferrements en 1960).
En 1950, c’est dans la revue Présence africaine que sera publié pour la fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l’idéologie colonialiste européenne, que CESAIRE compare avec audace au nazisme auquel l’Europe vient d’échapper. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l’auteur qui met à nu les origines du racisme et du colonialisme européen. Dans le «Discours sur le colonialisme», CESAIRE estime qu’une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Le fait est que la civilisation dite «européenne», la civilisation «occidentale», telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les deux problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la «raison» comme à la barre de la «conscience», cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.
CESAIRE fait donc défiler les penseurs européens propagateurs des théories basées sur la supériorité de la race blanche comme devant le trône de la raison humaine et prononce pour chacun un jugement sans appel, clair et rationnel. Il ne manque pas non plus d'énumérer la cohorte de personnes qui, nourris par ces théories, ont piétiné l'Afrique et l'ont marquée de leurs mauvais exemples. La dernière partie de ce discours faisant la critique de la notion de «Nation» et évoquant implicitement l'idée d'immigration à travers l'histoire, ne peut que laisser dans l'esprit du lecteur l'image de la fourmilière dans laquelle vient marcher le promeneur qui se fait ensuite envahir tout le corps par les fourmis. Le promeneur inconscient oublie toujours que les fourmilières, telles qu'on les voit dans les champs, sont des organisations structurées qui ont un commerce réglementé à l'intérieur mais aussi avec l'extérieur. En mettant le pied sur elles et en détruisant leur organisation, il engendre un mouvement d'éparpillement qu'il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, d'endiguer.
En 1948 «Soleil cou coupé», dont le titre est extrait du dernier vers de Zone de Guillaume APOLLINAIRE, traduit la blessure atroce de la séparation originelle avec l'Afrique. Le poète évoque aussi les Antilles, l'océan et sans doute les souffrances de la traversée qui continuent de scander la mémoire collective antillaise : «Soleil serpent oeil fascinant mon oeil/et la mer pouilleuse d'îles craquant aux doigts des roses/lance-flamme et mon corps intact de foudroyé/l'eau exhausse les carcasses de lumière perdues dans le couloir sans pompe/des tourbillons de glaçons auréolent le coeur fumant des corbeaux». 
En 1950, «Corps perdu», évoque les corps jetés par-dessus le bord des navires esclavagistes et perdus à jamais, et traduit parfaitement le désarroi du poète politicien face aux insultes qu'on lui lance, aux fins de non-recevoir que la France impériale oppose à ses projets : «Nègre, nègre nègre depuis le fond/du ciel immémorial/un peu moins fort qu'aujourd'hui/mais trop fort cependant..». C’est un recueil de dix poèmes qui constitue un tournant dans l'écriture de CESAIRE. Il est nourri des premières expériences politiques du poète  à une période où l'idée de l'indépendance des anciens colonisés n'était pas encore acquise. Finie l'ère de l'optimisme béat et idéaliste sur lequel le Cahier s'est clos. Le mythe est battu en brèche par le réel.
A partir de 1956, il s’oriente vers le théâtre. Avec «Et les chiens se taisaient», texte fort, réputé impossible à mettre en scène, il explore les drames de la lutte de décolonisation autour du programme du Rebelle, esclave qui tue son maître, puis tombe victime de la trahison. Cette pièce, c’est la vie d’un homme, d’un révolutionnaire, revécue par lui au moment de mourir au milieu d’un grand désastre collectif.
«La tragédie du Roi Christophe», en 1963, qui connaît un grand succès dans les capitales européennes, est l’occasion pour lui de revenir à l’expérience haïtienne, en mettant en scène les contradictions et les impasses auxquelles sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants. C’est la pièce maîtresse des tragédies de la décolonisation. CESAIRE a su créer un personnage d’une haute grande stature qui a été pendant longtemps incarné par le comédien sénégalais, Douta SECK. Le Roi CHRISTOPHE est l’homme qui participe de la force vitale et l’homme du verbe.
«Une saison au Congo», en 1966, met en scène la tragédie de Patrice LUMUMBA, père de l’indépendance du Congo Belge. Patrice LUMUMBA va tenter de rendre à son peuple une liberté depuis longtemps perdue. Mais la jalousie, la corruption et la quête du pouvoir ont perdu ce héros de l’indépendance. La pièce est une dénonciation sans fard. LUMUMBA a été, certes, tué, mais il est vainqueur, en raison de sa vision du devenir de l’Afrique. «Il est certain que tu es un prophète Patrice. Celui qui marche devant et profère. C’est là ta force et ta faiblesse» écrit CESAIRE.
 «Une tempête», en 1969, inspirée de William SHAKESPEARE, explose les catégories de l’identité raciale et les schémas de l’aliénation coloniale. Pensant à l’origine situer l’action de cette adaptation de SHAKESPEARE aux Etats-Unis, il choisit finalement les Antilles, gardant tout de même le projet de refléter l’expérience noire aux Amériques. Un navire sombre dans les eaux furieuses d’une tempête infernale. Depuis l’île où il a été exilé, à la suite d’un funeste complot, le duc et magicien, Prospero, contemple le naufrage, et voit débarquer ses ennemis d’autrefois. La vengeance est proche. Mais l’esclave, Caliban, se révolte, et rien ne sera plus comme avant. CESAIRE démystifie le merveilleux pour mieux faire surgir le chant de la liberté.
 En 1982, le dramaturge revient à la poésie avec «Moi, laminaire», avec ces mots : «J'habite une blessure sacrée/j'habite des ancêtres imaginaires/j'habite un vouloir obscur/j'habite un long silence/j'habite une soif irrémédiable/j'habite un voyage de mille ans/j'habite une guerre de trois cents ans». CESAIRE se définit, à travers le titre, en se comparant aux laminaires qui sont de longues algues accrochées aux roches sous-marines des îles Caraïbes. Ces algues battues par les flots sont le symbole de l’identité déterminée par la mer, par le vent, mais aussi par  cette impossibilité d’enracinement qui sonne comme un échec pour CESAIRE. On sait combien la Négritude fut, pour lui, un moyen de se rattacher à un passé, à une tradition, pour mieux imaginer ce Nègre nouveau auquel il aspire pour lui-même et pour son peuple. Les limites de la Négritude ont peut-être été atteintes car celle-ci n'a pas su fermer la blessure de la déportation, ni étancher la soif du renouveau. Seule la poésie, mémoire de la langue mise en valeur dans ce recueil consacré à la valence et à la poétique des mots, peut-elle encore faire barrage contre le désastre et la «torpeur de l'histoire».
Enfin, en 2005, paraît «Nègre je suis, nègre je resterai», livre d'entretiens avec Françoise VERGES. Mme VERGES avait remarqué ceci : «il se fatiguait vite, la fatigue de l’âge, après une longue vie».
L’écrivain, mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France, est enterré le 20 avril 2008 à la Martinique. Une plaque lui a été dédiée, à Paris, au Panthéon, le 6 avril 2011, lors d’un hommage national. A l’occasion de cette cérémonie, et pour le président François HOLLANDE, la figure d’Aimé CESAIRE est «intimement liée à l’esprit de la République et à la lutte contre l’esclavage, le colonialisme, la brutalité». «Aimé CESAIRE l’a fait avec ses mots de poète, et l’a fait aussi avec ses actes d’homme politique», a ajouté le président HOLLANDE. Sans nul doute, un hommage tardif de la France, mais un hommage solennel et bien mérité tout de même. En effet, CESAIRE, avant d’être le poète de la Négritude, s’inscrit dans la descendance des grands poètes français, comme RIMBAUD, LAUTREAMONT, MALLARME, APPOLINAIRE, PEGUY, BRETON ou Saint-John PERSE, avec lesquels il partage une conception incantatrice et insurrectionnelle de la parole poétique.
Dans sa préface à l’édition espagnole du Cahier d’un retour au pays natal, Benjamin PERET a rendu un hommage à Aimé CESAIRE «j’ai l’honneur de saluer ici un grand poète de langue française qui soit apparu depuis vingt ans. Pour la première fois, une voix tropicale résonne dans notre langue, non pour exprimer une poésie exotique, ornement de mauvais goût dans un intérieur médiocre, mais pour faire briller une poésie authentique qui jaillit des troncs pourris d’orchidées de papillons dévorant la charogne ; une poésie qui est le cri sauvage d’une nature dominatrice, sadique qui avale les hommes et leurs machines comme les fleurs les insectes téméraires». Aimé CESAIRE est l’un des plus grands hommes de culture du XXème siècle «Je définis la culture ainsi : c’est tout ce que les hommes ont imaginé pour façonner le monde, pour s’accomoder du monde et pour le rendre digne de l’homme» dit-il. La culture, «c’est tout ce que l’homme a inventé pour rendre le monde vivable et la mort affrontable» précise-t-il. En dépit des chaînes que continuent de porter l’homme noir, CESAIRE était habité par une espérance infinie : «J’ai toujours un espoir parce que je crois en l’homme. C’est peut-être stupide. La voie de l’homme est d’accomplir l’humanité, de prendre conscience de soi-même». Il ajoute «Je refuse de désespérer parce que désespérer, c’est refuser la vie. Il faut garder la foi».
Bibliographie, très sélective
1 - Contributions d’Aimé CESAIRE
1 – 1  Poésies d’Aimé CESAIRE :
CESAIRE (Aimé), Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Dakar, Présence Africaine, 1983, 93 pages ;
CESAIRE (Aimé), Soleil cou coupé  Paris, K. éditeur, 1948, 123 pages ;
CESAIRE (Aimé), Corps perdu, Paris, éditions Fragrance, 1950, 1247 pages ;
CESAIRE (Aimé), Ferrements, Paris, Seuil, 1989, 89 pages ;
CESAIRE (Aimé), Cadastre, suivi de Moi, laminaire, Paris, Seuil, 2006, 182 pages ;
CESAIRE (Aimé), Les Armes miraculeuses, Paris, Gallimard, 1946, 197 pages.
    1. 1-2 - Essais :
CESAIRE (Aimé), Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine,  1955, 72 pages ;
CESAIRE (Aimé), Lettre à Maurice Thorez, avant-propos d’Alioune DIOP, Paris, Présence Africaine,  1956, 16 pages ;
CESAIRE (Aimé), Toussaint Louverture : la Révolution française et le problème colonial, Paris, Club Français du Livre, 1960, 297 pages.
1-3 Théâtre :
CESAIRE (Aimé), Et les chiens se taisaient, Paris, Présence Africaine, 1956, 123 pages ;
CESAIRE (Aimé), La tragédie du roi Christophe, Paris, Présence Africaine, 1963, réédition en 1970, 153 pages ;
CESAIRE (Aimé), Une saison au Congo, Paris,  Seuil, collection Points, 1973, 133 pages ;
CESAIRE (Aimé), Une tempête, Paris, Seuil, collection Points, 1974, 91 pages.
2 – Critiques d’Aimé CESAIRE
BOUVIER (Pierre), Aimé Césaire, Frantz Fanon, portraits décolonisés, Paris, Les Belles Lettres, 2013, 280 pages ;
BRICHAUX-HOUYOUX (Suzanne), Quand Césaire écrit, Lumumba parle, Paris, L’Harmattan, 1993, 335 pages ;
COGEZ (Gérard), Aimé Césaire, Lausanne, Ides et Calendes, 2018, 127 pages ;
CONFIANT (Raphaël), Aimé Césaire : une traversée paradoxale du siècle, postface de Jean Bernabé, Paris, Stock, 1993, 354 pages ;
DELAS (Daniel), Aimé Césaire, Paris, Hachette supérieur, 1991, 223 pages ;
FONKOUA (Romuald), Aimé CESAIRE, Paris, Perrin, 2010, 392 pages ;
GOUNONGBE (Ari), KESTELOOT (Lilyan), Les grandes figures de la Négritude, paroles privées, Paris, L’Harmattan, 2007, 164 pages ;
KESTELOOT (Lilyan), Césaire et Senghor, un pont sur l’Atlantique, Paris, L’Harmattan, 2006, 200 pages ;
KESTELOOT (Lilyan), Comprendre cahier d’un retour au pays natal, Paris, L’Harmattan, 2008, 128 pages ;
KESTELOOT (Lilyan), KOTCHY (Barthélémy), Aimé Césaire, l’homme et l’oeuvre, Paris, Paris, Présence Africaine, Versailles, Les Classiques africains, 1993, 223 pages ;
LAPOUSSINIERE (Paul, Christian), Aimé CESAIRE : de l’expérience surréaliste à la période démiurge, Thèse Paris 3, 1994 ;
LEBRUN (Annie), Pour Aimé Césaire, Paris, J.-M Place, 1994, 66 pages ;
LOUIS (Patrice), Césaire raconte Césaire, Fort-de-France, Livres Antilles, 2006, 56 pages ;
LOUIS (Patrice), Césaire racontre avec un Nègre fondamental, Paris, Arléa, 2004, 71  pages ;
MOUTOUSSAMY (Ernest), Aimé Césaire : député à l’assemblée nationale,, 1945-1993, Paris, L’Harmattan, 1993, 185 pages ;
PESTRE de ALMEIDA (Lilian), Mémoire et métamorphose : entre l’oral et l’écrit, Thèse, Würzburg, Könisgshauser, Neumann, 2010, 432 pages ;
Société Africaine de Culture, «Hommage à Aimé Césaire», Présence africaine, 1995, pages 151-152 ;
VERGES (Françoise), Nègre je suis, nègre je resterai, entretien avec Aimé Césaire, Paris, Albin Michel, Itinéraires du Savoir, 2005, 149 pages.
Paris le 27 octobre 2013, actualisé le 31 mai 2018, par M. Amadou Bal BA -http://baamadou.over-blog.fr/
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
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Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 20:22

La Gauche et la question de la sécurité

Traditionnellement, en matière de sécurité, la Gauche est considérée, à tort ou à raison, comme humaniste,  angélique et donc laxiste. On a souvent reproché à la Gauche de s’occuper plus des délinquants que des victimes. Dans l’imaginaire populaire, la Droite inspirée par un goût de l’ordre et d’un esprit affirmé de décision, serait sécuritaire, donc efficace et protectrice. 

En fait, cette vision réductrice ne rend pas bien compte de la réalité. A Droite, M. SARKOZY avait promis de tout nettoyer au «Karcher». Après plus de 10 ans au pouvoir, en qualité de Ministre de l’Intérieur et de Président, son bilan en matière de sécurité, est globalement négatif.

A Gauche, cette famille politique est, dans les faits, traversée par différents courants : les idéalistes et les réalistes. Le courant humaniste semble l’emporter, à certains moments ou certains débats (M. Robert BADINTER, Mme Elizabeth GUIGOU). La suppression de la peine de mort, la présence de l'avocat dès la première heure de garde à vue ou la remise en cause des peines-planchers sont autant de mesures ayant heurté les tenants de la fermeté en matière de sécurité. Pourtant la Gauche a également ses tenants de la ligne dure qui veulent casser « les sauvageons », installer un «ordre juste», ou bouter les Rom hors de France (M. Gilbert BONNEMAISON, M. Jean-Pierre CHEVENEMENT, M. Pierre JOXE, M. Daniel VAILLANT, Mme Ségolène ROYAL, M. Manuel VALLS).

 La Gauche ayant réussi son «socialisme municipal» considérait, initialement, la Police Nationale, mais aussi les polices municipales et les sociétés de sécurité privée, comme des institutions incontrôlables qui oppressent les classes populaires. Entre 1981 et 1984, l’action gouvernementale tournera avant tout autour de la formation, de la déontologie et de la régulation de ces activités.  Le courant pragmatique n’est plus minoritaire comme elle a pu l’être par le passé. On le voit notamment au niveau local, où des maires de gauche n’ont aucune réticence à parler de sécurité, à s’investir dans les Contrats Locaux de Sécurité, à développer leur police municipale, ou à mettre en place de la vidéo-protection, comme Gérard COLLOMB, à Lyon par exemple. 

Sur le plan national, les cuisantes défaites de la Gauche aux élections en 1984, 1993 et en 2002, ont remis la question de la sécurité au centre du débat. En effet, la Gauche a perdu une partie de l’électorat ouvrier au profit d’une Droite dure ou du Front National. C’est à ce moment, et sous l’impulsion de personnalités comme Messieurs Gilbert BONNEMAISON, Daniel VAILLANT, Julien DRAY et Bruno Le ROUX, qu’émerge le discours, selon lequel, l’insécurité est une forme d’inégalité que la Gauche se doit de combattre, car elle touche avant tout les catégories les plus modestes.

Les élections municipales de 2014 remettront, sans nul, au centre du débat, la question de la sécurité. Pour ma part, cette sourde guerre médiatique, depuis juin 2013, entre M. Manuel VALLS, Ministre de l’Intérieur et Mme Christiane TAUBIRA, est un faux débat. Il n’y a pas d’un côté le méchant et de l’autre la laxiste. Il y a deux Ministres avec des fonctions différentes, mais complémentaires.

 

Quelles que soient les mutations idéologiques en cours, la question de la sécurité est indubitablement un bon filon politique que la Droite ou l’Extrême-droite, ont toujours efficacement exploité contre la Gauche, notamment en 2002. Il va de soi, que la Gauche est humaniste et progressiste. Tant mieux pour la démocratie. Mais cette «tare congénitale» a été un grave handicap, dans le traitement lucide des questions de sécurité.

Pour ma part,  la question de sécurité n’est ni de droite ou de gauche. En effet, le premier droit de chaque individu est de vivre en sécurité. L’Etat moderne, et donc l’Etat démocratique, a été construit autour de ce besoin vitale de sécurité. Assurer la sécurité de tous, n’exclut pas d’appliquer les lois républicaines de façon juste, humaine, proportionnée, et avec discernement, conformément aux valeurs de la Gauche. La Gauche devrait être complètement décomplexée sur ce thème majeur, à condition de bien clarifier sa position sur :

-        Sa politique migratoire, notamment les critères de régularisation, ainsi que les procédures de naturalisation. L’immigration étant arrêtée depuis 1974, quel rôle et quels moyens les Etats de Schengen, aux frontières extérieures, doivent-ils disposer ? Les principaux flux migratoires étant intra-communautaire, quel est le statut des Européens après l’épuisement des 3 mois de séjour ?

-        sa politique pénale juste : un équilibre entre la prévention et la répression. Comment traiter la délinquance juvénile et les incivilités ? quelle politique carcérale ? 

M. Amadou BA

Paris le 19 octobre 2013.

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 09:36

Municipales de 2014 : condamner la libération de la parole raciste et inciter à une attitude citoyenne et républicaine, notamment par le refus de l’abstention par M. Amadou Bal BA.

Une candidate du Front National aux élections municipales de 2014 avait apposé sur sa page personnelle de Facebook, une comparaison des Noirs aux singes (photo ci-contre). On voit bien que derrière le discours lisse du FN, qui veut devenir un parti républicain comme les autres, il y a une stratégie de dissimulation, lourde de menaces pour tout ce qui est différent.

La libération de la parole raciste a gagné du terrain. Il est inutile de l’occulter. Ainsi, un sondage récent montre que 82% des Français détestent, cordialement, l’équipe de France de football. Je ne sais pas comment a été choisi ce panel de sondage qui ne doit pas refléter la diversité de ce pays, mais cette équipe multicolore (si le Parti socialiste pouvait s’en inspirer) de gagner 3  à 0 contre la Finlande. Notre équipe n’a pas déméritée face à l’Espagne, championne du monde et d’Europe. Pourquoi tant de haine ?

Je ne puis non plus accepter que les fautes de quelquesFN-photo--raciste.jpg uns, qui appellent une sanction juste, soient le fardeau et la stigmatisation des autres.

Le vrai FN, même s’il pointe du doigt certaines choses inacceptables et qu’on n’a jamais acceptées, parce que l’écrasante majorité d’entre nous est respectueuse de lois républicaines, est fondamentale raciste.  C’est l’essence même du FN que d’être un adversaire résolu de l’égalité, et donc de la démocratie. HITLER est venu au pouvoir par les élections. On connaît, par la suite, les souffrances qu’il a infligées à ce vaillant peuple allemand.

J’invite donc tous ceux sont tentés de s’abstenir, à méditer sur cette photo qui en dit plus long sur les projets de société du FN et de cette Droite dite «décomplexée». Le traumatisme des élections présidentielles de 2002, avec l’élimination de M. JOSPIN, au profit du FN, est encore présent dans les esprits.

A ceux qui sont tentés de s’abstenir et qui croient que la Politique c’est sale ou que Droite et Gauche c’est pareille, cette photo scandaleuse du FN et cette banalisation du racisme devraient un électrochoc.

A ceux qui doutent ou sont dans la souffrance, je leur dis n’oubliez jamais que la France est un merveilleux pays, pour ses valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté.  Etant originaire du Sénégal, j’assume pleinement ce choix du cœur. Pour nous qui venons d’ailleurs, j’invite chacun  d’entre nous, à un comportement exemplaire. Il y a des opportunités à saisir, mais rien n’est gagné, acquis, conservé ou développé, sans effort. Tout le monde, Blancs ou Noirs, doit se battre, chaque jour pour s’en sortir.

Paris le 18 octobre 2013. 

 

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 10:54

Le coup de tonnerre de Brignoles : une menace grave contre les valeurs républicaines, par M. Amadou Bal BA,

Qu’on se le dise, franchement, même si ce n’était qu’une élection locale, une de plus, du fin fond de la France, cette partielle de Brignoles du 13 octobre 2013, est de lourde de significations politiques.

C’est avant tout, et incontestablement, une victoire des Amoureux de la haine, face au camp républicain. Le Front National, dédiabolisé, séduit même une bonne partie de l’électorat populaire. Désormais, personne, dans ce pays des droits de l’Homme, n’a plus peur honte d’être étiqueté fasciste. Ce parti, hors de la République, puisqu’il nie le principe d’égalité, posera, sans nul doute, un de ces jours, de sérieuses difficultés à la démocratie française qui recèle, sur ce point, une tare congénitale.

Cette élection partielle est un échec cuisant de la stratégie de M. Jean-Luc MELENCHON, dans sa guérilla aveugle contre le Parti Socialiste, de Front contre Front. M. MELENCHON, comme les Verts, refusent une alliance, dès le 1er tour, à Paris. Face à la menace, la Gauche est certes diverse, et le Parti Socialiste doit respecter ses alliés, l’unité autour des candidats sortant devrait être la règle.

Cette élection partielle condamne, sans appel, la stratégie de « Droite décomplexée » initiée par M. SARKOZY lors des élections de 2012. M. SARKOZY avait prétendu qu’il avait été vaincu, non pas par la Gauche, mais la «Crise». On voit, qu’en dépit de l’impopularité, sans précédent de M. HOLLANDE, l’UMP n’en profite pas. C’est par conséquent, un profond rejet de la stratégie du « Pain au Chocolat » de M.  Jean-François COPE. L’ancien Premier Ministre, M. FILLON, que l’on croyait pourtant modéré et républicain, a affiché publiquement, la lepénisation de l’UMP, en rejetant l’idée d’un front républicain contre le FN. L’UMP doit faire son examen de conscience. Mais cela c’est son affaire.

Quant au Parti Socialiste d’une façon générale, à chaque fois qu’il a été au pouvoir cela s’est mal terminé. Ainsi, à la du Cartel de Gauche en 1924, les Ligues factieuses ont failli prendre le pouvoir. Après de gouvernement de Léon BLUM, certains Socialistes ont voté les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN. Après le tournant de la rigueur, en 1983, le FN qui n’était qu’un groupuscule ostracisé par les républicains, a été installé, durablement, dans la vie politique, par un tour de passe de passe de François MITTERRAND. Le gouvernement de M. JOSPIN, qui n’avait pas démérité, a été éliminé au 1er tour des présidentielles de 2002. C’est la mort dans l’âme, que j’ai dû voter pour M. CHIRAC. Aujourd’hui, François HOLLANDE fait tout ce qu’il peut pour redresser les comptes de la Nation. C’est courageux et visionnaire de sa part. Il méritait le soutien au-delà de son camp, de tous les républicains. En effet, aucun gouvernement censé, quelle que soit sa couleur politique, ne pourrait remettre en cause, cette donne. Et, pourtant, le PS a perdu toutes les élections partielles au profit d’une Droite dure et idéologique.

Le chômage, notamment des jeunes, commence à baisser. Le rétablissement des comptes profitera, indéniablement, à l’économie. Car la France, puissance moyenne, ne peut pas vivre au dessus de ses moyens, tout en préservant son modèle social. Si tôt dit, certains Ayatohallahs de la Gauche vont vous répliquer «M. HOLLANDE ne fait pas une politique de Gauche, c’est pour cela qu’il a échoué». Pourtant, seul le Parti Socialiste, et donc François HOLLANDE peut être un barrage crédible au Front National.

En effet, le FN « s’il pose, parfois, de bonnes questions, apporte de piètres solutions », je paraphrase M. Laurent FABIUS. En effet, pour les 6 mairies qu’avait dirigées, auparavant, par le Front National, cela s’est terminé par un fiasco, et parfois devant le juge.  

L’UMP, lepenisée, et qui n’a pas fait un inventaire lucide de son échec en 2012, ne propose d’autres solutions que celles du FN.

Le Parti socialiste devrait faire un effort, dans les échéances électorales (municipales, européennes) à venir, un effort pour la diversité. La France est devenue multiculturelle, mais quand on consulte les têtes de liste à Paris, on a l’impression que, par un coup de baguette magique, il n’y a ni Asiatiques, ni Arabes, ni Africains, dans notre belle capitale. Ces listes étant closes et il faut les soutenir, sans état d’âme. Cependant, je demande à Mme HIDALGO de ne pas oublier, pour les postes éligibles de conseillers de Paris, de tenir compte, réellement, de cette diversité à Paris et de la respecter. La réserve de voix, importante, est dans ce secteur.

Je m’adresse à tous ceux qu’on considère «immigrés», mais qui sont en fait des Français venus d’ailleurs, de ne pas s’abstenir. Une Droite dure ou un Front National dans les municipalités, c’est encore, pour eux, une vie plus dure. Au nom du principe d’égalité, la Gauche a beaucoup fait pour ces populations et se le fait reprocher par le FN et l’UMP.  Par conséquent, il faut se mobiliser, massivement, en s’inscrivant, avant le 31 décembre 2013, sur les listes électorales, afin de conjurer la peste brune. Voter pour la Gauche, c’est s’assurer que le modèle républicain d’égalité et de fraternité sera préservé. S’abstenir c’est mathématiquement, renforcer l’autre camp. Il ne faut pas désespérer, ni avoir peur. Il faut en référence à cette expression biblique « entrer dans l’espérance », François HOLLANDE réussira, mais il lui faut du temps.

Paris le 14 octobre 2013.

 

 

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 21:02
Albert JACQUARD, un intellectuel, un humaniste et un farouche combattant de l’égalité (23 décembre 1925 - 11 septembre 2013)
Albert JACQUARD avant d’être un intellectuel, était avant tout un humaniste et un farcouche combattant de l’égalité. La compassion et la bienveillance qui l’animaient, me conduise à exprimer, publiquement, toute ma reconnaissance et ma gratitude, pour toute son énergie et son intelligence qu’il avait consacrées aux autres. Né à Lyon, dans une famille catholique, plutôt bourgeoise et conservatrice, Albert JACQUARD avait choisi de se consacrer aux autres, notamment les mal logés et les exclus. Il a produit un ouvrage en 1998 : « le souci des pauvres ». Albert était également un défenseur de l’égalité, un anti-raciste, sans concession, à travers, notamment son ouvrage « éloge de la différence », paru en 1981. Pour tous ces bienfaits qu’il a prodigués aux sans-grades et sans voix, je lui adresse, là où il est, mon infinie admiration.
Albert Jacquard est un chercheur et essayiste français. Spécialiste de génétique des populations, il a été directeur de recherches à l'Institut national d'études démographiques et membre du Comité consultatif national d'éthique.
Paris le 13 septembre 2013.                                                                        
 

 

Après ses études à l'Ecole Polytechnique et à l'Institut des statistiques, il travaille d'abord à la SEITA, puis au ministère de la santé. Il se tourne ensuite vers une carrière scientifique en allant étudier la génétique des populations aux Etats-Unis (Stanford). Il devient responsable du service de génétique à l'INED (Institut National d'Etude Démographique), en 1968. Expert en génétique auprès de l'OMS de 1973 à 1985, il enseigne également dans les Universités de Genève et de Paris VI.


Scientifique de haut niveau, Albert Jacquard est l'auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique ou d'essais dans lesquels il cherche à diffuser une pensée humaniste moderne pour faire évoluer la conscience collective. Sorte "d'Abbé Pierre laïque", Albert Jacquard participe à tous les combats qu'il estime justes, comme le droit au logement (il est président de l'association du même nom), la justice sociale, la lutte contre le racisme... Pour lui, l'enjeu majeur du XXIe siècle et le véritable moteur du changement sont davantage l'éducation que la finance. C'est ainsi qu'il parraine la Haute Ecole de Namur (Haute Ecole Albert Jacquard), en Belgique.

Albert Jacquard dénonce dans "J'accuse l'économie triomphante" les méfaits du capitalisme et soulève les problèmes de la société moderne : pollution, gaspillage, insuffisance ou insalubrité des logements, nécessité d'un partage des ressources...

Dans son ouvrage "Dieu ?" (2003), il traite des conséquences des découvertes scientifiques sur les croyants en soumettant la Bible et plus particulièrement le Credo à une lecture critique, appuyée par les sciences. Il délaisse vite la question insoluble de l'existence de Dieu pour s'intéresser au message du Christ, "un vibrant appel à la fraternité".

Albert Jacquard se déclare agnostique. Il attaque avec vigueur les religions et plus particulièrement celles fondées sur une révélation, sources de confort intellectuel et génératrice d'intégrisme. Ses propos révèlent une pensée matérialiste, tout en montrant une certaine fascination par le concept de Dieu et un intérêt pour les paroles de l'Evangile.
Bibliographie sélective : Éloge de la différence (1981), Moi et les autres (1983), Cinq milliards d'hommes dans un vaisseau (1987), Abécédaire de l'ambiguïté (1989), Voici le temps du monde fini (1991), Un monde sans prisons ? (1993), J'accuse l'économie triomphante (1995), Petite philosophie à l'usage des non philosophes (1997), L'équation du nénuphar (1998), A toi qui n'es pas encore né (1998), Le souci des pauvres (1998), La science à l'usage des non-scientifiques (2003), Dieu ? (2003), Tentative de lucidité : recueil de quelques-unes des chroniques diffusées sur France Culture (2003), Halte aux jeux ! (2004), Mon Utopie (2006).
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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 20:37

Le rôle et la place du  cadre dans le management territorial

Travailler sur de l’humain qui peut se révéler une entreprise délicate. Le développement de tout pays impliquera forcément une remise en cause des pratiques managériales. L’humain c’est la principale richesse d'un pays.

1 - Comment améliorer la performance de l’action publique ?

Compte tenu de la contrainte budgétaire les collectivités territoriales vont devoir faire mieux avec de moins de ressources.

Les tenants de la doctrine du «nouveau management public» (NMP) estiment qu’il est nécessaire d’introduire une logique de marché dans le secteur public en faisant appel à des concepts comme la flexibilité, l’efficience, la gouvernance ou encore l’évaluation. L’idée principale du NMP est que les méthodes du secteur privé sont jugées supérieures à celles du secteur public jugé bureaucratique, rigide, coûteux, centré sur son propre développement, peu innovant et ayant une hiérarchie trop centralisée.

C’est en raison de ces aspects idéologique et polémique que la doctrine du NMP avait, initialement, suscité de nombreuses réserves. Mais sous l’effet de la crise et par souci d’une saine gestion des deniers publics, le secteur public a progressivement intégré ces concepts, mais en les adaptant aux buts du service public. La finalité du NMP n’est pas de faire disparaître les services publics, mais les améliorer, constamment. Désormais, le débat portent non seulement sur les moyens affectés, mais aussi sur l’efficacité des dépenses, et donc sur le pilotage de la performance. Ainsi conçue la performance, dans le secteur public, consiste en la réalisation de la qualité voulue au juste coût, en d’autres termes à améliorer la qualité des services publics, maîtriser les coûts, respecter les délais. Il s’agit d’une culture nouvelle : celle du résultat pour gagner en qualité, en efficacité, en efficience.

Les missions fondamentales des collectivités territoriales restent la satisfaction de l’intérêt général : le service public, c’est le cœur même du management territorial. C’est dans ce contexte que se situent le rôle et la place du cadre. Concrètement, le cadre c’est celui qui détient, par délégation de l’employeur et sous son autorité, la responsabilité de prévoir, diriger, contrôler et coordonner les activités de la collectivité, avec un pouvoir de commandement. Les ressources humaines sont l’unique source vivante de l’organisation, créatrice de valeur ajoutée ; par suite sa gestion est primordiale. Le cadre doit être à même de manager la ressource humaine, de la valoriser ; il doit repérer les potentiels humaines, activer les énergies humaines, en encourageant l’initiative et les idées innovantes. 

Le principe de libre administration des collectivités territoriales a permis de progresser considérablement en termes d’autonomie de gestion des ressources humaines. Cependant la fonction publique territoriale est empreinte de règles, de coutumes difficiles à réformer ; ces contraintes sont notamment la rigidité du statut, le mode organisationnel, la nécessaire maîtrise des coûts budgétaires, l’exigence accrue des usagers et des élus.

Le paradoxe c’est que le statut de la fonction publique fait référence au grade, mais pas aux fonctions. Le cadre territorial cumule deux fonctions : un métier technique (un ingénieur, un comptable, etc.) et un métier de manager, c'est-à-dire de responsable d’une organisation, de moyens financiers et humains. Le cadre, lorsqu’il agit comme manager, doit s’adapter et gérer des équilibres. La seule expertise ne suffit pas, le cadre doit apprendre à décider et à connaître les valeurs de la collectivité. Mais la bonne connaissance de l’organisation ne suffit pas, le cadre doit être capable de déceler les structures informelles, la place des différents acteurs, leurs jeux de pouvoirs, et les réseaux d’influence. Le cadre doit s’adapter à ces différents contextes et personnalités qui l’entourent, et démontrer une vraie aptitude à gérer les relations humaines. Par conséquent, la qualité primordiale ne repose pas sur des compétences techniques, mais sur ses qualités humaines, sa capacité à comprendre ses différents interlocuteurs, clairement, coordonner des actions et définir des priorités.

2 - Comment définir le management ?

Le «management» c’est la manière de conduire une organisation et c’est aussi la manière dont se représente la finalité de cette organisation et son fonctionnement. «Manager», c’est avant tout visionner des objectifs, donner du souffle à l’action, convaincre, entraîner et responsabiliser ses collaborateurs.  Le cadre doit pouvoir activer et encadrer les énergies humaines, sources de la performance. Le cadre doit avoir reçu la confiance, l’adhésion de sa hiérarchie. Mais pour travailler efficacement, le cadre doit identifier les objectifs et les axes stratégiques, les moyens mis à sa disposition et les méthodes de fonctionnement de sa collectivité. Qu’est ce que donc, précisément, le management ?

Il existe deux écoles du management :

-        L’école classique du management (Max WEBER et Henri FAYOL) inspirée d’une organisation bureaucratique devant encadrer l’action de chacun de manière à atteindre les objectifs. Max WEBER a introduit la théorie de l’action rationnelle, selon laquelle il est important de dépersonnaliser les relations de travail en vue de renforcer l’équité dans les organisations.

 C’est Frédéric W. TAYLOR (1856-1915) qui a jeté les bases d’une théorie sur le management, comme science à part entière. Confronté aux contradictions soulevées par le mode de production artisanal, pour lui, la meilleure façon de réaliser une tâche consiste à fournir aux employés les outils et les formations appropriées et leur fixer des objectifs à atteindre en vue d’une certaine performance. Le taylorisme introduit le système de la spécialisation dans l’entreprise ; chaque membre de l’encadrement n’est responsable que d’un seul domaine.

Tenant de l’école classique Henri FAYOL (1841-1925) s’est intéressé aux questions «d’administration», plaidant pour la «capacité administrative».

 

-        L’école interactionniste du management qui est une réaction contre le fonctionnement mécanique des tâches, s’est intéressée aux dimensions affectives, émotionnelles et relationnelles aux situations de travail, ainsi qu’à la complexité des sources de la motivation humaine et du leadership ; ils sont les précurseurs de la gestion des ressources humaines.

 

L’école interactionniste s’est scindée en deux courants : les tenants du courant humaniste et les théoriciens de la contingence.

Le courant humaniste souligne la nature sociale des employés, leur sensibilité à la considération, le comportement en groupe et la nécessité de participer à la décision, bref leur désir de vivre comme des êtres humains dans l’organisation qui est source de motivation (Abraham MASLOW, Kurt LEWIN).

«L’école des ressources humaines » dirigée par Kurt LEWIN (1890-1947), a dans les années 30, mis en cause la conception taylorienne du travail, et a éclairé le management participatif sous un nouveau jour. L’homme n’est plus considéré comme un simple outil de production, le manager doit appréhender la dimension humaine des ressources humaines, notamment les relations qu’il entretient avec les autres objets de son environnement. L’individu est plongé dans son « champ social », c'est-à-dire au groupe auquel il appartient. Le lieu de travail n’est pas seulement un lieu de production, mais aussi un lieu de signification pour les individus. Pour que l’individu au travail soit plus performant, pour que le nombre de conflits diminue, il faudrait développer un nouveau management qui respecte le besoin de chacun d’être reconnu en tant qu’être humain.

Le courant de la contingence en stratégie (Chandler 1962 ; Woodward 1965, Lawrence et Lorsch 1967) introduit l’environnement, en montrant que les variations de celui-ci se répercutent dans l’organisation. Elle se définit comme une situation spécifique et évolutive qui conduit à rejeter des prescriptions uniques et standardisées. Cette contingence est structurelle, car les modifications dans les changements, dans les variables externes, provoquent des évolutions dans la structure. Bref, c’est la reconnaissance de la spécificité des services, et les moyens de les contenir, c'est-à-dire de contrôler les sous-ensembles, culturellement, distincts de l’organisation.

S’interrogeant sur le rôle du cadre et la structurant des organisations, Henry MINTZBERG, un canadien, estime que le manager doit situer son action à différents niveaux :

-        de l’agenda : conception, programmation ;

-        de l’information : contrôler, informer

-        des personnes : relier, être leader

-        de l’action : diriger.

Dans les années 1970, des approches sociologiques et socio-économiques des organisations s’intéressent au rôle des acteurs, à leurs systèmes de relations et aux jeux de pouvoirs, en dépassant la seule référence à la satisfaction des besoins individuels, chère à l’école des relations humaines. Ces différents aspects sont placés au centre des réflexions sur l’efficacité et la performance de l’organisation. Cette démarche a pour ambition de quantifier les facteurs qualitatifs de la productivité que représente le comportement de l’homme au travail.

Le management introduit d’autres données comme la conduite du changement, la gestion de la complexité et l’approche systémique.

Le management suppose une conduite du changement. Le changement apparait d’une part, comme des ruptures, des remises en question, des façons d’agir et de penser jugées insatisfaisantes, et d’autre part, comme le développement de compétences en vue de parvenir à la performance.

Mais Pourquoi changer ? Qu’est ce qui doit changer en termes organisationnels, en termes de culture maison, et dans les rôles et les pouvoirs ? Comment changer ?

Dans tous les cas le changement doit être inscrit dans la durée afin de faire face aux résistances (attendre le moment opportun et fixer une date butoir) et d’avoir de bonnes raisons de résister.

Le management implique la gestion de la complexité qui n’est ni la quantité d’éléments entrant en considération, ni la multiplicité des relations qu’ils entretiennent ensemble, mais c’est plutôt l’imprévisibilité, la façon dont les lianes s’entremêlent et s’entrelacent sur la figure, l’interrelation entre les éléments réunis ensemble.

I – Le cadre, un rouage essentiel de la collectivité

Le cadre c’est celui qui pilote une zone de responsabilité. Cependant, «diriger » ne signifie pas nécessairement «commander». Le management participatif est préférable au management directif. Par conséquent, le cadre doit avant tout entraîner, animer des équipes, insuffler l’énergie nécessaire à la réalisation des projets politiques. La fonction de cadre nécessite deux qualités essentielles : pouvoir s’adapter et optimiser l’unité de travail ; il est soumis à une exigence grandissante d’efficacité pour améliorer la performance ; son rôle consiste à développer la ressource humaine, facteur-clé de la réussite. Dans ce contexte, le cadre doit développer sa maturité professionnelle et psychologique, afin de s’adapter et faire face à la complexité. Mais il ne peut agir seul ; son action doit être inscrite dans l’action collective, en s’appuyant sur la culture du résultat qui elle-même renvoie aux concepts de «qualité», «d’efficacité» et «d’efficience ». Le cadre doit s’investir dans l’acquisition de nouvelles pratiques managériales, en priorisant la dimension humaine dans sa conduite d’action. En fait, manager est une véritable aventure humaine et nécessite une certaine dose de courage.

Le cadre territorial évolue dans une organisation relativement récente, complexe, mais dynamique et en pleine mutation. L’environnement interne des collectivités territoriales est empreint de règles et de contraintes qui limitent la réactivité de ces organisations, d’où la difficulté à s’adapter à l’environnement externe.

Le concept d’intérêt général, c'est-à-dire le service public, détermine le fonctionnement bureaucratique des collectivités territoriales. La notion de « bureaucratie » a pris une connotation péjorative, mais cela n’a pas été toujours le cas. Pour Max WEBER (1864-1920), un sociologue allemand, il faut remplacer la faveur, le népotisme, par la règle de droit ; c’est un remarquable progrès par le passé qui était marqué par l’arbitraire. Dans le modèle bureaucratique wébérien, l’autorité découle de la légalité et de la légitimité de ceux qui les donnent à l’opposé du bon vouloir d’un individu. Le modèle bureaucratique ou «rationnel légal », à l’opposé des modèles charismatique où l’organisation fonctionne par  dévouement de ses membres ou à un héros, ou au modèle traditionnel où elle fonctionne par obéissance de ses membres aux croyances et au sacré de ses membres.

Ce modèle wébérien est dépassé ; les principales critiques concernent le déplacement des buts, les règles deviennent des objectifs. Les collectivités territoriales ont pris conscience de leur manque d’efficacité et cherchent à se moderniser, avec une inversion de la logique de leur action. En effet, la logique de l’offre qui prévalait jusqu’ici, est remplacée par une logique du territoire et de réponse adéquate aux besoins de la population. Nous évoluons vers une personnalisation des services publics où l’usager est placé au cœur des préoccupations. Or, un des paradoxes de la situation, la gestion des ressources humaines est encore purement administrative et statutaire et ne permet de répondre efficacement à ces défis du changement.

La recherche de l’efficacité passe nécessairement par une approche stratégique, c'est-à-dire par une «vision claire de ce que notre collectivité veut devenir». Dans ce contexte, le rôle du cadre est d’aider les élus à effectuer des choix dans le cadre d’une politique générale : «choisir, c’est renoncer», a-t-on coutume de dire.

Quelle est la nature des compétences attendues du cadre territorial ?

Le cadre doit être en capacité d’aider les élus ou la direction à prendre les décisions, puis à établir des plans d’actions et les suivre, tout en encadrant leurs équipes. Par conséquent, les compétences attendues du cadre reposent, à la fois sur les capacités à comprendre l’environnement juridique, sans pourtant tomber dans une expertise qui ne leur permettrait pas de développer leurs compétences managériales. En effet, la mission principale du cadre est d’ordre managériale, c'est-à-dire d’animer les équipes.

Selon Serge ALECIAN et Dominique FOUCHER, il existe différents trois de management :

-        le niveau supérieur, les cadres de direction, c’est le management stratégique

-        le niveau intermédiaire, les Responsables d’unité, management opérationnel et stratégique

-        le niveau technique, les cadres de proximité, management opérationnel.

 

Le cadre doit conduire les objectifs en cohérence avec la stratégie politique, c’est avec le mandat des élus. Il doit établir une communication efficace avec ses interlocuteurs, notamment avec les élus. Se qualités personnelles et son sens de la diplomatie l’aideront à se positionner. En ce sens l’aide à la décision, pour le cadre, est un domaine délicat. Il doit se méfier de son expertise, et s’en servir uniquement pour conseiller l’élu et l’amener à prendre une décision, l’intelligence émotionnelle, c'est-à-dire sa capacité à gérer, sereinement, ses relations, représente un véritable atout.

La fonction la plus importante du cadre est le management des hommes ; il est à la fois «manager» et «leader». Si le «nerf de la guerre», c’est la gestion budgétaire, ce qui a pendant longtemps occulté la gestion des ressources humaines, aujourd’hui les cadres sont également attendus sur la qualité de leur style de management des hommes. Le bon cadre doit repenser l’organisation du travail ; il doit optimiser sa zone de responsabilité en préparant soigneusement les recrutements, en repérant les potentiels, en gérant les compétences, en évaluant ses collaborateurs, en stimulant les énergies et en construisant des plans de formations adaptés.

Peut-  on développer la polyvalence pour optimiser l’organisation du travail ?

La polyvalence consiste à occuper plusieurs postes de niveaux comparables ; elle est aux antipodes du taylorisme qui préconisait la spécialisation. Le décloisonnement de l’activité permet de réduire le temps d’attente et accroît ainsi l’efficacité des services rendus à la population. La polyvalence peut être utile dans la mise en œuvre d’un guichet unique, au sein des services elle permet d’assurer la continuité du service lorsque le spécialiste de la question est momentanément absent. Cependant, il faut bien évaluer le degré de polyvalence afin de ne pas mettre les équipes en échec.

La polyvalence nécessite de modifier le style de management ; il faut passer du management directif à un management participatif. Le management doit être fondé sur l’adhésion, la coopération, et non plus sur l’obéissance.

Dans ce contexte, le cadre doit asseoir sur son pouvoir sur sa légitimité. Cependant, il doit être également en mesure de comprendre et de s’adapter à son environnement ; il doit comprendre ses fondamentaux de gestion, sans tomber dans l’expertise, au risque de devenir complètement inefficace, s’il privilégie ses connaissances techniques au détriment de son métier de manager.

Le processus de décision ayant changé, le cadre doit développer l’autonomie et la confiance de ses collaborateurs, en construisant la décision collective, en donnant de la cohérence et du sens à ses projets. Par conséquent, la principale mission des cadres, c’est leur capacité à entraîner, et animer leurs équipes, et surtout leurs aptitudes personnelles à gérer les relations humaines. En fait, le cadre est doit être un bon généraliste, mais pas un expert ; il doit développer

-        une maturité professionnelle, en développant des compétences spécifiques (gérer un budget, déléguer, évaluer ses collaborateurs, négocier, prendre des décisions, motiver, atteindre des objectifs)

-        et une maturité psychologique (motivation, innovation, résistance au stress, gestion des émotions).

 

Cependant, la mise en œuvre d’un management participatif ne se décrète pas ; c’est un processus difficile à mettre en œuvre. Le cadre doit s’interroger sur son style de management avant d’adopter un autre. Le paradoxe vient de ce que le style de direction émane de la personnalité.

Par conséquent, on ne peut passer d’un style de management à un autre (style autoritaire ou permissif à un style participatif), sans avoir au minimum fait l’effort de se remettre en cause.

Une délégation bien construite représente un effet levier, autant sur le plan humain que sur le plan organisationnel. En effet, d’une part, la délégation permet à l’agent délégataire de gagner en autonomie, de valoriser ses compétences, et d’autre part, à l’organisation d’utiliser le temps de travail du cadre pour d’autres actions à mettre en œuvre.

Comment développer le diagnostic organisationnel, comme outil de changement ?

Le «diagnostic» a pour objectif de déterminer les dysfonctionnements, en analyser les causes et proposer des solutions. «Il n’y a pas des problèmes, il n’y a que des solutions», nous enseigne le bon sens

II – Le cadre face aux contraintes de son métier

Les marges de manœuvre du cadre peuvent être réduites ou anéanties, dans certains cas. Une collectivité territoriale est une organisation, à la fois politique et administrative, avec une gestion purement administrative et juridique des ressources humaines, conjuguée au manque de formation des cadres en management.

Les cadres étant placés dans une dualité hiérarchique (administrative et politique) sont souvent dans une position très inconfortable. En effet, l’exercice de l’autorité politique induit, dans certaines circonstances, un manque d’autonomie pour les cadres. Certains élus confondent parfois leur rôle, et s’ingèrent directement dans les services ; ce qui constitue, selon Stéphane DION, «une politisation fonctionnelle». En ce sens inverse, la « technocratie municipale », peut s’emparer du pouvoir et concurrencer les élus.

Toute la difficulté est comment recadrer les élus qui se comportent en chef de service  ?

Il y a des risques de dérives ; le pouvoir du cadre est fondé sur ses compétences spécialisées ; la complexité et la technicité des décisions à prendre, et le fait que les élus ne disposant de temps, pour contrôler efficacement l’action du pouvoir administratif, laisse une marge de manœuvre qui doit être utilisée à bon escient.

Une bonne partie de la solution  repose sur le savoir-être du cadre qui ne doit pas perdre de vue qu’il reste un subordonné du monde politique. Le cadre doit éviter de mettre en place une conception péjorative de la «technocratie municipale» qui ferait de lui, selon Stéphane DION «une autorité froide et distante, croyant détenir le monopole de la connaissance». 

Certaines contraintes qui pèsent sur le cadre sont des limites de la gestion des ressources humaines.

La gestion des ressources humaines représente un levier puissant de modernisation, encore insuffisamment développée. Les DRH ne sont pas encore affranchis d’une gestion purement administrative et n’accompagnent pas suffisamment les services. L’origine de ces dysfonctionnements repose sur plusieurs axes :

D’une part, les élus ne définissent pas ou peu leur politique RH ; ce défaut fait que les DRH «naviguent souvent à vue», sans objectifs prédéfinis.

D’autre part, la culture des collectivités territoriales est marquée par une rationalité juridique au détriment de la culture managériale.

La faiblesse de la fonction ressources humaines est très souvent mise en exergue : une gestion trop administrative, un défaut de prospective et une faiblesse de l’évaluation individuelle.

Dans les années 1980, la fonction « personnel », se transforme en fonction «Ressources Humaines». Ce changement d’appellation indique que le personnel n’est seulement qu’une source de « coût financier », mais c’est avant tout et surtout, une ressource dont il faut optimiser l’utilisation. Il faut une approche, personnalisée et stratégique des ressources humaines (GPEEC, qualité des recrutements, formations qualifiantes, gestion des compétences). La difficulté rencontrée par la fonction RH vient en grande partie de la rigidité du statut de la fonction publique qui ne s’est pas adapté aux données managériales nouvelles. Le statut était à l’origine destiné à protéger les fonctionnaires des pressions politiques et des sanctions arbitraires ; il permet, essentiellement, une garantie de l’emploi. Mais cette protection a été élevée au rang de «privilège» ; certains agents publics savent tout à fait valoir leurs droits, mais oublient quelque fois, leurs devoirs. Par ailleurs, certains agents rentrent en phase de démotivation, de longues années, sans être inquiétés. Le cadre territorial n’a pas souvent de leviers adaptés pour lutter contre ces phénomènes d’indolence ou léthargie. Ce sont des situations à la marge, mais elles peuvent paralyser une unité de travail et alimenter des conflits.

D’autres difficultés viennent du manque de formation en management qui se traduit par un déficit sérieux de ressources humaines. Sous l’effet de la contrainte budgétaire, le niveau d’encadrement des collectivités territoriales est très faible : 8% pour l’ensemble des collectivités territoriales et 6,6% pour les communes. Par ailleurs, les cadres ne peuvent pas souvent se dégager de leurs contraintes professionnelles pour aller se former ; ce qui constitue un obstacle sérieux quant à l’exigence de performance.

Les communes accusent un «déficit managérial sérieux» ; les communes positionnent souvent des cadres intermédiaires ou des catégories C, sur leurs services, et cela pour des raisons budgétaires. Or, le contexte actuel nécessite de plus en plus d’expertise. Il arrive que lauréats de concours soient recrutés, directement, sur des postes à forte responsabilité, sans formation managériale préalable. La plus part des managers se sont formés «sur le tas».

Les cadres doivent se former, préalablement, à leur prise de poste, et l’accent devrait être mis sur le management des hommes et des femmes qui constitue une donnée essentielle. En effet, les cadres peuvent commettre, involontairement, des dégâts ; un cadre, peu sûr, de lui diffusera inconsciemment ses doutes et ses craintes à son équipe ; ce qui favorisera l’absentéisme ou un taux de rotation élevé.

Le cadre territorial, avant ou aussitôt son recrutement, pourrait bénéficier de formations basées essentiellement sur la psychologie du management en vue de s’approprier aux concepts clés liés au management opérationnel, tels que la communication, la gestion des conflits, la délégation et la responsabilisation des collaborateurs, la gestion du temps et du stress. Il serait utile, par la suite de s’approprier de fondamentaux du management stratégique : comment améliorer la performance ? Comment favoriser l’innovation et la créativité ? Comment motiver ses collaborateurs ? Comment développer son savoir être ? Comment devenir un cadre mobilisateur ? Comment optimiser le travail d’équipe ? Comment évaluer et fidéliser ses collaborateurs ?

Dans cette optique, le DRH pourrait accompagner les nouveaux cadres lors de leur prise de fonction en insufflant une sorte de «culture maison» fondée, notamment sur le respect de l’intégrité, la disponibilité, l’écoute, une communication explicite, le partage de l’information, la mise en valeur du résultat et les progrès des collaborateurs. Le jeune cadre doit comprendre la mémoire collective de l’organisation, car le management c’est aussi une question de comportement, c'est-à-dire de qualités humaines de celui qui l’exerce.

Les entreprises ont développé un système d’accompagnement dénommé «le coaching» ; ce n’est ni du conseil, ni de la formation, ni une thérapie, mais cet outil permet d’accompagner les cadres dans leur évolution managériale, en rapport avec l’exigence d’adaptabilité. C’est un accompagnement personnalisé qui permet d’accélérer l’intégration des comportements et des compétences.

III – Le cadre et le développement de la «richesse humaine»

Le cadre territorial joue un rôle moteur, et une de ses missions est de parvenir à développer la richesse humaine, facteur primordial de réussite.

Le fonctionnement des collectivités territoriales ne s’inscrit pas dans la logique de rentabilité, mais dans celle de contrôle de gestion, de service public ; le service public n’a pas de prix, mais il a un coût qu’il convient de maîtriser.

Par conséquent, pour les collectivités territoriales, la performance c’est l’amélioration de la qualité des services, la maîtrise de leurs coûts, et le respect des délais ; c’est réussir à obtenir la qualité voulue, au juste coût.

 

Le management suppose une évaluation des politiques publiques qui consiste à mesurer l’efficacité de l’action. Les élus redoutent cette démarche qui risque de les renvoyer à leurs propres défaillances. En fait, ce qui perturbe les élus, c’est plus la transparence de l’évaluation que l’évaluation elle-même.

 

Le cadre doit mettre en œuvre un une communication efficace ; la performance ne doit pas faire oublier la construction d’un lien social, la relation à l’autre qui permet à tout être humain de s’épanouir. Le défaut de communication fait naître des incompréhensions et différends qui minent les relations professionnelles et aboutissent à des crises dans le service.

Dans les fondamentaux de la communication, le cadre doit avoir une vision claire de ce qu’il veut dire exactement, et au moment de l’échange, il doit pouvoir s’assurer que son interlocuteur a bien compris ce qu’il voulait faire passer. Il doit utiliser « le feedback » ou la reformulation afin de rendre l’échange compréhensif et positif.

Le manager doit apprendre à lire les signes, à écouter en profondeur ses collaborateurs, à ne pas fier à ses préjugés ; il doit s’ouvrir aux autres. Il faut savoir écouter, poser des questions, reconnaître et informer.

Le cadre doit être accessible et disponible et consacrer une partie de son temps à l’écoute avec patience et compréhension, en instaurant des moments de convivialité ou un climat propice au dialogue. Pour bien écouter, et donc être en mesure de répondre, utilement, il convient d’être attentif, c'est-à-dire chercher à comprendre ce que son interlocuteur perçoit et ressent, et ne pas se contenter d’entendre ce qu’il dit. L’écoute permet de prendre de la distance et de mettre en place un dialogue positif fait de respect mutuel.

C’est souvent la manière de dire les choses, que le contenu lui-même, qui est le plus souvent source de conflits, des incompréhensions, des blocages.

Il n’existe pas un profil idéal de leadership ; il convient de l’adapter aux différentes situations et aux différents interlocuteurs. Le leader doit ajuster en permanence son comportement. Simple, équilibré, dégageant de l’assurance, le leader doit donner envie d’agir, d’apprendre et devenir plus performant. La principale qualité d’un leader est c’est l’humilité face à la complexité de la nature humaine et à la dimension imprévisible des événements.

Le cadre doit créer un climat favorable à l’implication des agents ; un climat perturbé génère des dysfonctionnements qui sont souvent difficiles à corriger (absentéisme ; rotation ; manque de productivité). Une psychologie du management aiderait à prendre en compte les « besoins » de chaque agent. C’est Abraham MASLOW (1908 – 1970) qui a élaboré la « théorie des besoins ». Pour expliquer les sources de la motivation, MASLOW est parti du principe que tout homme a des besoins qu’il cherche à satisfaire et qui le pousse à agir.

En  définitive, la collectivité doit contribuer à la réalisation personnelle de ses agents, leur donner envie de progresser et d’améliorer leur niveau de compétences et leur comportement, pour répondre à des besoins sociaux d’estime, d’appartenance et de réalisation.

 

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 11:27

Municipales 2014 à Paris : un débat passionné autour de la désignation de la tête de liste socialiste dans le 5ème arrondissement.

Longtemps le 5ème arrondissement a vacillé. Mais longtemps la victoire, tant espérée, a échappé à la Gauche. Lynn Cohen-Solal, la chef de file historique dans cet arrondissement, a jeté l’éponge. Maintenant que la victoire, hautement symbolique, est à portée de main, la méthode de désignation de notre tête de liste fait débat.

En effet, La section PS du 5e arrondissement de Paris se rebiffe contre Anne Hidalgo. Lors d'une assemblée générale organisée le 30 août au soir, les militants ont refusé qu'elle leur impose la candidature de Marie-Christine Lemardeley comme tête de liste, regrettant qu'on les prive de leur droit de vote.

 La section demande au bureau fédéral du PS, qui doit se réunir lundi 2 septembre, de pouvoir choisir leur candidat lors d'un vote. La décision a été prise à l'unanimité de la cinquantaine de militants présents : 38 favorables, 5 se sont abstenus et 5 ont préféré ne pas participer au vote.

 Le secrétaire de section et soutien d'Anne Hidalgo, Axel Rabourdin, précise qu'il ne s'agit pas pour tous les militants de contester le nom imposé par la socialiste mais de s'élever contre sa méthode : « les militants demandent à désigner leur candidat par un vote pluraliste. Certains sont favorables à la candidature de Marie-Christine Lemardeley mais ça ne les empêche pas de protester contre le fait de ne pas être consultés. Ils veulent avoir leur mot à dire».   

 Pourquoi cette «rébellion» ?

Le situation du 5e arrondissement est très particulière. Mme Anne Hidalgo a choisi d'annuler le vote des militants qui devait avoir lieu le 10 octobre, comme dans tous les autres arrondissements parisiens, pour faire désigner sa candidate directement par le bureau fédéral.

 La socialiste se défend de tout coup de force et explique que "c'est la procédure habituelle" lorsqu'une personne issue de la société civile est en lice. Marie-Christine Lemardeley est en effet présidente de l'université Sorbonne nouvelle-Paris III et non encartée au PS.

 Confrontée à un vote militant, "elle n'aurait eu aucune chance", estime de son côté un militant du 5e pourtant pro-Hidalgo :

 Ce n'est pas contre elle, mais les militants votent pour des socialistes. N'importe quel candidat socialiste l'aurait emporté contre une non-encartée. 

Un non-choix pour les militants jugé nécessaire par Anne Hidalgo qui veut réserver la moitié des arrondissements à des femmes, objectif de parité oblige.

Mais cette décision n'est pas passée auprès des militants de la section qui, selon les termes du secrétaire de section, se sentent "sacrifiés" sans droit de vote.

La révolte est partie de Bernard Rullier, conseiller parlementaire de François Hollande, en campagne depuis des mois pour être désigné candidat. Voyant que sa candidature ne pourrait même pas être soumise aux militants, il a contre-attaqué. Vendredi, la section du 5e l'a donc suivi en réclamant un vote non verrouillé. 

Leur demande n'a cependant pas grande chance d'aboutir. Quelques jours plus tôt, Rémi Féraud, premier secrétaire fédéral du PS et directeur de campagne d'Anne Hidalgo, faisait de sa grande confiance dans le choix du bureau qu'il préside : «Je pense que le bureau fédéral validera la candidature de Marie-Christine Lemardeley»

 Le secrétaire de section pro-Hidalgo parle même d'une "protestation pour la forme" et assure qu'une fois déboutés, les militants se rangeront immédiatement derrière la candidate imposée :  «ils ont voté en connaissance de cause, je leur ai bien expliqué que le bureau fédéral serai inflexible. Ils se remobiliseront dès mardi matin pour Marie-Christine Lemardeley».

Reste à savoir comment réagira le porteur de la révolte, Bernard Rullier. Devant quelques journalistes, Anne Hidalgo a regretté son attitude, assurant qu'il "était au courant depuis un an que la place serait réservée à une femme" et le renvoyant à son statut de conseiller du président qui devrait "s'investir à 100%" dans son travail.

 Malgré les très vives tensions, les deux camps assurent que les discussions ne sont pas rompues et un ralliement de Bernard Rullier à Marie-Christine Lemardeley n'est toujours pas totalement exclu. Le camp Hidalgo pense que le conseiller de François Hollande rentrera dans le rang dès mardi matin, comme les militants.

Mais la Gauche est démocratique, et trouvera une solution honorable. L’essentiel est de battre M. Jean TIBERI qui représente un passé détestable, en termes de trafic d’électeurs, de favoritisme et d’emplois fictifs.

Paris le 31 août 2013.                                                                        

 

 


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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 10:22
«Lorsque je jette mon regard tout autour, je rencontre les ruines d’une orgueilleuse civilisation qui s’écroulent et s’éparpillent en vastes amas de futilité. Pourtant, je ne céderai pas au péché mortel de perdre confiance en l’homme : je fixerai plutôt mon regard vers le prologue d’un nouveau chapitre dans son histoire, une fois que le cataclysme sera terminé et que l’atmosphère sera rendue limpide avec l’esprit de service et de sacrifice. Ce nouveau jour pointera peut-être sur cet horizon, à l’Est, où se lève le soleil. Un jour viendra où l’homme, cet insoumis, retracera sa marche de conquête malgré toutes les barrières afin de retrouver son héritage humain égaré» dit-il son discours sur la «crise de civilisation». TAGORE, ce penseur de l’universel et réformateur social, cette «Grande sentinelle», ainsi que l'appelait GANDHI, mit en garde l'Inde et l'humanité tout entière contre les dangers du grégarisme, prépara et accompagna, avec intelligence et courage, ses compatriotes sur les chemins de la liberté, de la démocratie et de la modernité. «Où est le mensonge ? C’est de se considérer comme un tout séparé : reconnaître notre unité avec l’univers entier, fondre notre âme dans l’Ame universelle c’est connaître la Vérité» dit TAGORE. Pour lui, la vie, un service, n’est que joie : «Je dormais et je rêvais que la vie n'était que joie. Je m'éveillai et je vis que la vie n’est que service. Je servis et je compris que le service est joie».  A sa naissance, son père l’appela, «Rabindra», le soleil. «Chérubin de mon vieil âge, tes paroles éclaireront le monde» dit son père.  En effet, TAGORE  est un poète du Bengale, mais il appartient à toute l’Inde et à toute l’humanité entière ; il s’est fixé une vocation pour servir son pays et sa culture, ainsi que la langue Bengali.
Son pays, le Bengale, avait subi l’influence islamique, dès le XIème siècle. Cependant, depuis le XVIème siècle, avec un grand mouvement de dévotion à Dieu, maître et essence du monde, manifesté sous une forme humaine de Krishna et appelant un ardent amour, une vivante littérature mystique s’est développée au Bengale. Au XVIIIème l’empire britannique s’est substitué à l’empire Mogol, et la colonisation, contestée par la révolte des Cipayes de 1857, a étouffé la culture hindoue qui s’est enfermée dans un rigorisme, parfois absurde. Ram Mohum KOY combattit ce conservatisme. Le grand-père de TAGORE, Dvârkâtanath (1794-1846), ainsi que son père, Devendranâth (1817-1905), bien que proches des musulmans, suivirent cette ligne fixée par ROY. En raison de cet héritage culturel riche et tolérant, TAGORE se meut au-dessus des divisions, des partis pris et de passions, des  haines de races et de castes, des conditions et des croyances adverses. «Quant à la religion et à l’idéal social, ma famille était libre de toute routine conventionnelle, ayant été frappée d’ostracisme par la société, ensuite en rupture avec les croyances et les usages orthodoxes, cela nous rendait intrépides dans la liberté de pensée et nous permettait de tenter des expériences dans tous les domaines de la vie» dit TAGORE. Ainsi, donc, dans un recueil de poèmes, TAGORE rend hommage à Sant KABIR, un musulman Soufi (1440-1518), adepte de l’ascète Indou Ramananda, un réformateur religieux qui combattait le sectarisme et partisan de la religion de l’amour : «O, mon serviteur, où me cherches-tu ? Regarde ! Je suis auprès de toi. Je ne suis ni dans le temple, ni dans la mosquée ; ni dans le sanctuaire de la Mecque, ni dans le séjour des divinités Hindoues. Je ne suis ni dans les rites et les cérémonies, ni dans l’ascétisme et ses renoncements. Si tu me cherches vraiment, tu me verras aussitôt et un moment viendra où tu me rencontreras» écrit KABIR.
Pionnier du mondialisme, artiste universel, la contribution littéraire de TAGORE est un éloge des valeurs essentielles de l’humanité. «Je ne place ma confiance dans aucune institution nouvelle, mais dans tous les êtres, qui, à travers le monde, ont une pensée claire, des sentiments nobles, une vie droite, car ils sont le canal de la Vérité» dit-il. Humaniste, il condamne le matérialisme du capitalisme : «Il y a de graves questions que la civilisation occidentale a posées devant le monde et auxquelles elle n’a pas complètement répondu : les conflits entre l’individu et l’Etat, le travail et le capital, l’homme et la femme, les conflits entre l’avidité du gain matériel et la vie spirituelle de l’homme, entre l’égoïsme organisé des nations et les idéaux les plus élevés de l’humanité. Tout cela doit se résoudre en harmonie» écrit TAGORE, dans son discours à Tokyo, en 1917. Grand érudit, sa création artistique nous conforte, dans ce qu’il y a de profondément ancré dans l’âme humaine, la souffrance, l’espoir, la joie de vivre, le contact intime avec la nature et l’aspiration à une haute spiritualité. Il fonda une école, un institut de recherches agronomiques et artisanales, une école de musique et d'arts plastiques, une université aux disciplines innovantes. Il lança des érudits sur les traces du répertoire traditionnel conservé dans les villages et les communautés tribales. Il encouragea la vocation de personnalités telles que le cinéaste Satyajit RAY ou Indira GANDHI. Les nouvelles de TAGORE ont été influencées par des auteurs comme Guy MAUPASSANT. Premier non-européen à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, TAGORE est un auteur nationaliste prolifique, éclectique et humaniste. Son oeuvre est particulièrement vaste et riche (contes, poésies, philosophie, essais, romans, pièces de théâtre, chansons, peintures, etc.). Une de ses chansons est devenue, en 1971, l’hymne national du Bengale. Son inspiration est spirituelle, mystique et patriotique, mais aussi philosophique, amoureuse, exaltée et poétique. TAGORE fut un réformateur culturel et un polymathe qui modernisa l’art bengali en rejetant les restrictions qui le liaient aux formes indiennes classiques.
Les «Souvenirs d’enfance» de TAGORE sont caractérisés par l’absence de repères. II n’y a pas de chronologie qui puisse nous guider. Toutefois, TAGORE donne quelques pistes : son départ en Angleterre pour suivre des études de droit. En fait, cette autobiographie, nous précise son éditeur, a été écrite durant l’été de 1940, dans la petite bourgade de Kalimpong, près de Darjeeling. «Souvenirs d’enfance» a, par conséquent, été rédigé à la fin de la vie de TAGORE, sous la dictée. «Ce retour vers le plus lointain passé, celui des heures claires dans la fraîcheur des jours d’enfance est, semble-t-il, familier à ceux qui vieillissent», dit Christine BOSSENEC une des traductrices de cette biographie. Le style est limpide et simple, comme toujours avec TAGORE, d’une grande profondeur. C’est une œuvre intimiste dans laquelle TAGORE y évoque sa société aristocratique, son éducation, les habitudes des femmes, l’ambiance de la maison, les représentations théâtrales à domicile, les domestiques et les peurs qui le hantent, etc. Le fait que le texte soit écrit sous la dictée nous éloigne du style habituel de l’auteur, qui est traditionnellement lyrique, pêchu et parfois alambiqué. Si l'écriture est fluide et agréable, les idées sont, en revanche, bien amenées comme au fil d'une conversation, ou d'une histoire. C'est un conte qui se déroule à chaque chapitre, les auditeurs de l'époque et les lecteurs actuels basculent tout à coup dans un passé lointain ou dans un univers inconnu. Chaque petite anecdote se lit avec délice et l'on découvre petit à petit le quotidien de TAGORE, ses manies, le fait que, selon lui, tout jeune il était plutôt mauvais élève, à la limite du cancre. A tout le moins, il refusait la contrainte de l’école. Pour un homme qui a bâti une université, le paradoxe nous appelle tous à une profonde modestie.
Rabinadranath TAGORE est né le 7 mai 1861, dans la demeure familiale de Jorasanko, à Calcutta, une immense métropole du Bengale occidental, humide et chaude. La vie y est pénible. «Je suis né dans le Calcutta d’un temps déjà passé. (…) Il n’y avait ni tramway, ni autobus, ni automobiles. Il n’y a pas non plus de travail qui presse on avait tout son temps et la vie s’écoulait paisible», précise l’auteur. Vers la fin du XVIIème siècle, ses ancêtres avaient quitté leur terre natale pour s'établir à Govindpur, l'un des trois villages qui, plus tard, devait constituer Calcutta. Avec le temps, la famille TAGORE qui prospérait dans les affaires et la banque, acquit des biens et des intérêts commerciaux considérables. En effet, sa famille avait tiré des profits considérables de la puissance croissante de la British East India Company. Le père de Rabindranath, Devendranath TAGORE (1817-1905), vivait luxueusement et brava l'interdit religieux hindou de l'époque pour voyager en Europe, tout comme son contemporain, Ram Mohan ROY (1774-1833), le réformateur social et religieux du XIXème siècle.
Rabindranath est le plus jeune des 14 enfants de la famille. Son vrai nom, en bengali, «THAKUR» (homme noble, seigneur en sanskrit) a été anglicisé en «TAGORE». De constitution robuste, apparemment, notre auteur n’a jamais été malade : «je n’ai pas gardé de souvenir d’aucune fièvre sérieuse, et je n’ai jamais entendu le mot de paludisme», confesse TAGORE. Debendranath (1817-1905), son père, était l'une des figures marquantes d'une société bengalie qui s'éveillait à elle-même. Il avait fréquenté, pendant un certain temps, l'école anglo-hindoue de Rammohan ROYE dont le caractère, les idéaux et la piété l'avaient fortement influencé. Devendranath TAGORE était versé dans les philosophies occidentales et, bien que profondément religieux, n'acceptait pas tous les préceptes de l'hindouisme. Il devait avoir une profonde influence sur la façon de penser de son fils et sur son comportement dans la vie.
Issu d’une famille aristocratique, de Brahmanes, la plus haute caste de l’Inde, TAGORE perdit très tôt sa mère, Sarada DEVI (1830-1875). Il fut élevé par des domestiques et se plaint de cette «servocratie». TAGORE nous rappelle, dans ses «Souvenirs d’enfance», la présence bienveillante, mais parfois envahissante, des domestiques. Sa famille disposait d’un palanquin datant de l’époque de sa grand-mère. «Dans la cour d’honneur, voici Pari DASI, la servante, qui revient du marché, son panier rempli de légumes. Doukon, le domestique, apporte l’eau du Gange, le bambou sur l’épaule», décrit ainsi TAGORE l’activité de ces domestiques. Abdul, le marin, lui raconte de belles histoires de brigands, de crocodiles et de panthères. Un autre domestique, Brajeshwar, veille sur ses repas. TAGORE le considère pédagogue, mais aussi «vaniteux que maniaque et tatillon pour les questions de propreté». Ces domestiques n’ont pas laissé à TAGORE un agréable souvenir : «Tout est simple si on laisse les enfants être des enfants, s’ébattre et jouer à cœur joie. Mais lorsque vous essayez de les confiner, de les immobiliser, de contrarier leurs ébats, des problèmes insolubles se posent. Alors, le fardeau de l’enfant, si légèrement porté par lui-même, écrase les épaules des gardiens. Or, ce poids est très lourd à porter, même pour les êtres les plus proches et les plus aimants» dit-il dans ses souvenirs.
Le monde des adultes et celui des enfants était rigoureusement séparé : «Les enfants, de ce temps-là ne partageaient pas les plaisirs des grandes personnes, même de loin» nous dit TAGORE. Les femmes sont également séparées des hommes. Les grandes personnes avaient l’habitude de tout défendre aux enfants. Cependant, un jour, on lui permit d’assister à une représentation théâtrale à domicile. Il s’endormit avant la fin du spectacle. Les jours s’écoulaient avec monotonie. Un jour, son frère débarqua avec sa femme qui bouscula certaines coutumes ancestrales.
En effet, au Bengale, les femmes, même quand elles sont hindoues, observent le Purdah, une coutume musulmane qui prescrit la séparation des hommes et des femmes. Les femmes ne sortent que voilées. La belle-sœur de TAGORE fut la première à introduire une manière de porter le sari, la blouse et des pyjamas étroits. En voyant cette révolution vestimentaire, TAGORE pensa que «c’était une petite anglaise qui avait été kidnappée». A l’époque, il n’y avait aucun lien d’intimité entre les adultes et les enfants. Cependant, son frère et sa belle-sœur accordèrent une attention particulière à TAGORE qui n’avait que 12 ans. Sa belle-sœur lui apporte la révélation de l'amour humain qui doit communiquer avec l'amour de la nature et de Dieu. En 1884, le suicide de cette belle-sœur le bouleverse et le change à jamais. Dès lors, il apprend à renoncer à l'amour particulier pour mieux aimer la nature et Dieu, c'est-à-dire l'humanité tout entière. Homme d'une grande sérénité, d'une vitalité débordante et d'une inlassable résignation devant Dieu, il transforme la souffrance en joie. Il veut découvrir le Dieu de beauté dans la nature, dans le corps, dans la pensée, dans la parole, dans l'acte. Il veut que la vie devienne belle dans sa totalité.
TAGORE est issu d’une famille atypique de lettrés, philosophes et artistes, ouverts à diverses influences culturelles : «Le mode de vie, non conventionnel de notre famille provient de la confluence de trois grandes cultures, hindoue, musulmane et britannique. Mon grand-père appartenait à cette période où le faste des vêtements, du train de vie et des loisirs vit petit à petit ses ailes coupées et rognées pour les conformer à l’étroitesse des manières victoriennes, chiches en temps, en cérémonies et en apparat» dit-il. Il n’est donc étonnant que Rabindranath s’intéresse, dès son jeune âge, aux littératures indienne, française et anglaise. «J’ai eu le bonheur de naître dans une famille où la littérature, la musique et les arts sont devenus instinctifs. Mes frères et mes cousins vivaient dans le monde des idées ; la plupart étaient doués de talents naturels. En grandissant dans ce milieu, je commençais de bonne heure à penser, à rêver, à chercher l’expression de mes idées» dit-il. Dans une traduction bengalie de «Robinson Crusoé», il découvre la valeur intime entre l’homme et la nature. Il a 7 ans, quand un de ses neveux, plus âgé que lui, l’initie aux premières règles de la prosodie. Il note dans ses Souvenirs : «je commençai à importuner tout mon entourage avec mes essais de poésie».
En 1873, quand, il eut atteinte 11 ans, son père s’occupa, personnellement, de son éducation. Il l’emmena dans l’Himalaya, lui enseigna le sanscrit et l’anglais, et lui imposa une vie ascétique qu’il pratiquait lui-même. A l’âge adulte, cet homme majestueux, à la barbe biblique, aux longs cheveux d’argent et aux allures de prophète estime que «Les hommes doivent se retirer, petit à petit, de la vie active et se consacrer à la prière et à la méditation». Rabindranath lit des biographies, étudie l’histoire, l’astronomie, les sciences modernes, ainsi que le poème de Kalidasa, poète et dramaturge de la fin de l’Antiquité. A 13 ans, TAGORE publia ses premiers essais dans une revue mensuelle : «Le Savoir en Bourgeon». Sa première œuvre fut intitulée «Fleurs sauvages», suivie de «Lamentations». En 1878, à l’âge de 17 ans, TAGORE fut envoyé en Angleterre pour y faire des études de droit, s’y essaya, sans grands succès. Mais, il commença à découvrir la civilisation occidentale et se passionna pour la littérature anglaise, notamment Charles DICKENS. Il fut frappé aussi par le romantisme de la musique européenne, si différente de la pieuse musique indienne.
En 1880, à son retour d’Angleterre, il composa un drame musical destiné à être joué dans les soirées littéraires que l’on donnait parfois en sa famille, puis une œuvre poétique «Chants du soir» qui révèle le don merveilleux de notre auteur. TAGORE commence alors à déployer une activité littéraire prodigieuse. Le 9 décembre 1883, TAGORE se marie à Mrinalini DEVI (1873-1902), alors âgée de 10 ans. De cette union naîtront cinq enfants. Il commence à administrer le domaine familial. Il y écrit une bonne partie de son œuvre qui dépeint avec humour et émotion la vie quotidienne, en particulier celles villageois.
En 1890, il fera un second voyage en Europe et parcours la France, l’Italie et l’Angleterre. Désormais, il décide de se consacrer, plus qu’il ne l’a fait jusqu’alors, au service d’autrui. Il fonde, en 1901, une école Visva-Bharati, (La Voix Universelle), transformée en 1918 en université à Santiniketan une «un foyer de paix». TAGORE incarne un mouvement baptisé la «Renaissance bengalie». Lumière, air, contact immédiat avec la nature, progrès intellectuel et moral qui ne soient pas séparés d'un sain développement physique, cette université, en milieu rural, entendait célébrer la nature, les arts et la connaissance. Les élèves y jouissent du maximum de liberté. Ils suivent des conférences en plein air et gardent le contact avec la nature en se livrant au jardinage ou en gardant les vaches. La vie à Santiniketan laissa sa marque sur le travail littéraire de TAGORE. Il raconta l'Inde d'hier et d'aujourd'hui et exalta la noblesse de l'abnégation. Il publia aussi des romans plus réalistes tels que «Choker Bali» (Vision d'horreur) en 1901, «Naukadubi» (L'épave)  en 1903 et «Gora» en 1910. Il était à la recherche de l'Inde éternelle qui crée l'unité dans une étonnante diversité de races, de cultures et de religions. Ainsi, dans «Gora», enfant d’une dame anglaise adopté par un couple indien, il a foi dans une Inde sans castes, un monde où n’existera nulle discrimination féroce et absurde entre individus : «C’est toi qui est ma mère. La mère de mes rêves, que j’ai si longtemps cherchée pendant mon errance et mes vagabondages, assise à notre foyer et m’attendant sur le seuil de ma chambre. Pas de castes pour toi, tu ne fais pas de distinction entre les hommes. Tu ne connais pas la haine, tu ne donnes corps à rien, hors le bien qui est en nous. C’est toi qui es l’Inde». En lutte contre les préjugés, ce roman insuffle un message de compréhension mutuelle et de tolérance : «A pris fin en moi ce qui opposait l’Hindou, le Musulman et le Chrétien. Aujourd’hui, toute nourriture est ma nourriture». Par un message de liberté, TAGORE s’adresse à toute l’humanité : «Celui qui veut la liberté pour lui-même et qui craint que son voisin ne soit libre n’est pas digne de la liberté» écrit-il. 
L’amour occupe une place importante dans l’œuvre de TAGORE. «L'amour est l'ultime signification de tout ce qui nous entoure. Ce n'est pas un simple sentiment, c'est la vérité, c'est la joie qui est à l'origine de toute création» écrit-il. «Tagore fut tardivement amené à chanter ses plus belles chansons d’amour, les plus pures et le plus humaines, parce que son cœur reçut tardivement les blessures par lesquelles la main de Dieu ouvre des sources profondes : épreuves familiales, deuils, angoisses et maladies» écrit DSOUZA et DONCOEUR. Ainsi, dans «Aux bords du Gange», c’est une veuve qui réveille la passion. En effet, la jeune Kusum, devenue veuve à huit ans, revient dans sa famille aux bords du Gange. Discrète, dissimulée par ses vêtements de deuil, elle grandit sans que nul ne la remarque; Jusqu'au jour où un Sanyasi vient s'installer dans le temple de Shiva. «Toutes les fibres de mon coeur la reconnurent et mon âme tressaillit tout entière. Je ne doutais point que, de son côté, elle m'eût également reconnu» écrit-il dans «Aux bords du Gange».
Dans «La petite mariée», TAGORE nous apprend, qu’au Bengale, l'amour suit des chemins sinueux avant de triompher : quand le sérieux Apurbo tombe amoureux de Mrinmayi, une jeune villageoise vive et espiègle, et décide de l'épouser, sa mère se met alors en tête de transformer Mrinmayi en parfaite femme au foyer. Mais la jeune femme se révèle rétive et seul l'amour d'Apurbo pourra lui redonner sa joie de vivre. Giribala n'est encore qu'une petite fille lorsqu'elle vient demander à Sashi de lui apprendre à lire. Le temps passe, Giribala grandit, mais Sashi, absorbé par ses préoccupations d'adulte, ne comprend pas qu'elle attend de lui d'autres leçons. Dans «Le Naufrage», c’est un amour inattendu qui attend le héros. Ainsi, quand Ramesh reprit ses sens, il se trouva étendu sur les bords d'une île de sable. Il eut quelque peine d'abord à se rendre compte de ce qui lui était arrivé, puis, comme dans un rêve fiévreux, le souvenir de la catastrophe lui revint, et il se leva vivement. Sa première pensée fut pour son père et ses amis. Il regarda autour de lui, mais il ne vit pas trace humaine. Il erra le long des rives, cherchant en vain. Pressant le pas il vit alors, évanouie à terre, une jeune femme vêtue d'écarlate, comme une nouvelle mariée.
C’est un amour poétique qui l’inspire : «Ne pleurez jamais d'avoir perdu le soleil, les larmes vous empêcheront de voir les étoiles» dit-il. Dans «Mashi», il déclare sa flamme, en secret, à sa voisine : «Le sentiment que m'inspirait la jeune veuve dont la demeure avoisinait la mienne, était un sentiment de vénération. C'est du moins ce que j'affirmais à mes camarades et ce que je me répétais. Nabin lui-même, mon ami le plus intime, ignorait mon véritable état d'âme. Et j'éprouvais une sorte de fierté à pouvoir conserver à ma passion toute sa pureté en la reléguant dans les recoins les plus profonds de mon cœur. Ma voisine ressemblait à une fleur de Sephali mouillée par la rosée et tombée prématurément. Trop pure et trop resplendissante pour la couche fleurie de l'hymen, elle s'était consacrée au ciel. Mais semblable à un torrent qui descend de la montagne, une passion ne se laisse pas enfermer au lieu de sa naissance ; elle cherche à se frayer une issue. C'est pourquoi je m'efforçais de traduire mes émotions en poèmes. Mais ma plume rétive refusait de profaner l'objet de mon adoration». Le «Jardinier d’amour», TAGORE nous entraîne dans un érotisme courtois, très soft. Mais sous la plume de ce grand maître, l’amour humain, charnel, s’exprime avec une qualité exquise. «Mon cœur, oiseau du désert, a trouvé son ciel dans tes yeux. Ils sont le berceau du matin, ils sont le royaume des étoiles. Leur abîme engloutit mes chants. Dans ce ciel immense et solitaire laisse-moi planer. Laisse-moi fendre ses nuages et déployer mes ailes dans son soleil» écrit-il. Cette œuvre voluptueuse pourrait être résumée comme suit : à la fin du conseil des ministres, un haut dignitaire demande une audience à la Reine. Il ne vient pas solliciter une prébende, mais seulement devenir jardinier de la Reine. «Je garderai fraîche l’herbe du sentier où tu marches au matin», et il précise ses intentions : je viendrai y cueillir, dans un baiser, le grain de poussière qui, par mégarde, pourrait s’y être égaré».
Naturellement, c’est une quête presque impossible : «Je cherche ce que je ne puis trouver, je trouve ce que je ne cherche pas»  dit-il. «Mon cœur, oiseau du désert, a trouvé son ciel dans tes yeux. Ils sont le berceau du matin, ils sont le royaume des étoiles. Leur abîme engloutit mes chants. Dans ce ciel immense et solitaire laisse-moi planer. Laisse-moi fendre ses nuages et déployer mes ailes dans son soleil» écrit-il dans le «Jardinier d’amour». Dans une démarche mystique et transcendantale, comme à l’image du «Flower Power» (pouvoir de la fleur) TAGORE invite à la raison du cœur : «Ecoute, mon cœur, dans cette flûte chante la musique du parfum des fleurs sauvages, des feuilles étincelantes, d’un bruit d’ailes et d’abeilles. La flûte a ravi son sourire des lèvres de mon ami et le répand sur sa vie» écrit-il dans la «Corbeille de fruits».
TAGORE excelle dans l’analyse de l’âme féminine ; il poétise son courage, sa patience et sa tendresse. Ainsi, «La Maison et le Monde», publié pour la première fois en 1915, a pour cadre le Bengale du début du XXème siècle où sévissent de graves troubles. Récit à trois voix qui se croisent et se répondent, histoire d’amour centrée sur un bouleversant portrait de femme, ce livre, où se heurtent la tradition et la modernité, est aujourd’hui encore étonnamment moderne. L’héroïne de ce livre, qui a inspiré un film de Satyajit RAY, comparant les chances de bonheur d’une orientale et d’une occidentale disait qu’elles étaient au moins égales. L’Orientale n’exige rien, elle accepte le mariage comme une nécessité de la vie, alors que la femme occidentale revendique un bonheur comme un dû ; c’est pour cela que celle-ci est souvent déçue. «Le mariage est un devoir où l’attirance préalable n’a que faire, ce qui ne veut pas dire que l’amour soit exclu, mais il sera conquis et fait de concessions réciproques» écrit TAGORE. «Quatre chemins», écrit en 1934, raconte l’histoire d’une jeune femme révoltée, étouffant dans les conventions d’une société indienne conservatrice. La femme y a pour unique perspective de devenir une bonne épouse obéissante, puis une bonne mère. L’héroïne du roman, Ela, s’insurge contre cette place réservée à la femme, qui non seulement étudie, mais aussi milite pour l’indépendance de l’Inde. Son amour pour le poète Atindra bouleversera sa vie. Ce roman traite de deux thèmes : les limites de l’idéal révolutionnaire et la place de la femme dans la société.  «Je veux proclamer qu’à l’époque moderne les droits des femmes ne cessent d’augmenter. Elles ne doivent donc pas hésiter à dire la vérité, même à propos des hommes» écrit TAGORE. C’est encore le statut de la femme qui est à l’honneur dans «La Fugitive». Un Maharajah voulu, un jour, épouser une jeune fille indienne. Elle refusa en disant «Je ne veux pas passer toute mon existence avec des éléphants». La Fugitive, inspirée par Madâna, le Dieu de l’Amour, se réfugie dans ses sentiments affectueux : «Vous vivez sans repos et sans lumière, apprenez à nous et vos ténèbres seront éclaircies» dit-il. TAGORE rêve d’une femme aimée, «La nuit tombait. J’étais hantée de nostalgie. Quelles que fussent les paroles de mon chant, la douleur les traversait, car mes chants eux-mêmes avaient soir, ô mon amant, mon bien-aimé, mon préféré ! (…)  Descends parfois de ton trône et viens te mêler à nos plaisirs comme à nos douleurs ; caches-toi dans toutes les formes, dans toutes les jouissances, dans l’amour et dans mon âme, et là chante !». Comme «Albertine disparue» de Marcel PROUST, ce poème de TAGORE étudie l’amour, la jeunesse, mais aussi la souffrance.
C’est à l’âge de 40 ans que TAGORE commence à s’intéresser à la politique. Partisan d’un très large rapprochement entre l’Orient et l’Occident, il s’adapte mal aux exigences du nationalisme étroit indien, orienté vers l’affrontement. Pour TAGORE, le nationalisme est opposé aux vrais intérêts de la Nation : «adorer comme un Dieu un pays,  c’est le vouer au malheur» ; c’est le vouer à la servitude. Au nationalisme étroit, TAGORE oppose un large idéal de coopération entre toutes les races humaines. Il reste toute de même partisan de l’autonomie de l’Inde, par ses poèmes et ses chansons devenues populaires. Dans son ouvrage, «Le nationalisme», il estime que ce concept n’est pas politique, mais social. Le nationalisme des Occidentaux revêt une agressivité politique et commerciale. En nationaliste, il entretient ainsi, l’amour de la patrie. En effet, pour TAGORE la société capitaliste européenne n’a pas répondu de façon satisfaisante  à ces questions : «Les conflits entre l’individu et l’Etat, entre le travail et le capital, entre l’homme et la femme, les conflits entre l’avidité du gain matériel et la vie spirituelle de l’homme, entre l’égoïsme organisé des nations et les idéaux plus élevés de l’humanité». L’Occident est si loin de l’Orient qu’il ne peut comprendre que des propagandes utilitaires. L’Orient est dominé par la nature et le soleil.
Pour TAGORE, la liberté, telle qu’elle est conçue en Occident, comme un véritable esclavage soumis aux intérêts matériels. Nos prétendues classes responsables vivent dans l'aisance parce que l'homme ordinaire n'a pas encore compris sa situation. Voilà pourquoi le propriétaire le bat, le prêteur sur gages le tient à la gorge, le contremaître le maltraite, l'agent de police l'escroque, le prêtre l'exploite et le magistrat lui fait les poches. En Inde, la question du nationalisme éclipse tout, alors que l’unité de ce pays devrait prévaloir. Le monde entier ne devrait être qu’un seul pays : «Il n’y a qu’une seule histoire, l’histoire de l’homme. Toutes les histoires nationales ne sont que de simples chapitres de la plus grande» écrit-il. Il faut abandonner l’égoïsme et l’orgueil national. Le plus important, c’est le contact entre différentes races, pour réconciliation et une aide mutuelle. Dans «écrin vert» TAGORE revient sur ce thème. Surnommé Visva-kavi, poète du monde, son œuvre, tout ancrée dans l'esprit de l'Inde millénaire et dans l'amour de sa terre du Bengale, se situe en même temps dans une perspective universelle. Elle est caractérisée par sa vision de la planète décloisonnée de ses frontières et animée de la compassion de son auteur pour l'humain.
Jeune propriétaire terrien administrant les biens de sa famille, TAGORE en vint à comprendre comment l'éducation et la coopération pourraient transformer la vie rurale et se mit à réfléchir aux problèmes de l'éducation. Parlant en public des «vicissitudes de l'éducation», il plaida passionnément pour l'utilisation du Bengali. Dans la société, ce n'est pas la charité qui fait loi, mais la nécessité. Il faut donc, avant tout, que les êtres perçoivent le lien qui fait d'eux une société. S'il est une voie qui peut conduire à cette prise de conscience, c'est l'éducation. «Chaque enfant porte, en lui, l’espoir que Dieu n’est pas découragé au sujet de l’homme» dit-il. TAGORE comprit, à partir de sa propre expérience des attitudes des paysans et de leur comportement social, que la force ne pourrait être engendrée que dans une société villageoise autonome, prenant elle-même les décisions la concernant et déterminant son propre rythme de croissance. Il n'a cessé de revenir dans différents contextes sur ce thème de l'autosuffisance locale, des initiatives locales, de l'encadrement et du gouvernement locaux centrés sur la coopération. Tel pourrait être le point de départ d'une réorganisation de la société rurale fragmentée de l'Inde, d'une vie meilleure. TAGORE savait que l'éducation et les conseils de village étaient les seuls instruments existant du changement économique et social, et que les villageois auraient besoin d'aide extérieure, sous diverses formes, pour accomplir ce changement. Selon ses propres termes: «La pauvreté naît de la désunion, et la richesse de la coopération. Quel que soit l'angle sous lequel on se place, telle est la vérité fondamentale de la civilisation humaine».
C'est aussi de cette époque que datent ses débuts dans l'enseignement. Il créa une école où se trouvait son domaine, et y envoya ses propres enfants. Les élèves s'y familiarisaient avec diverses disciplines, dont l'anglais qu'enseignait un professeur anglais. TAGORE commença aussi à installer des coopératives, des écoles et des hôpitaux dans les villages situés sur ses terres et s'efforça d'introduire de meilleures méthodes d'agriculture et d'élevage. Il poursuivait en même temps son oeuvre littéraire. TAGORE a appelé cette période le «Sadhana», préparation, réflexion, austérité et auto-éducation en vue d'une vie sociale active. Il vivait soit dans son domaine, soit sur son bateau sur la rivière Padma, visitant les villages, parlant aux habitants et les écoutant parler de leurs difficultés. C'est ce qu'il apprit alors qui servit de base à ses expériences ultérieures dans le domaine de l'éducation.
En 1902, TAGORE perd sa femme. Son père disparaît en 1905, suivi en 1907 de son fils aîné. Cette grande douleur développe en lui une vie intérieure et une créativité littéraire importante. Il compose deux de ses œuvres majeures : le drame «Amal et la lettre du roi», et son «Gitanjali» ou «L’offrande lyrique». Il obtient en 1913, le Prix Nobel de Littérature pour un recueil de 157 poèmes bengali, «Gitanjali» traduit, en 1911, en anglais, «Songs Offerings» et «L’offrande lyrique» en français, par André GIDE. Immense poème en l’honneur de Brahma, inspiré de la pitié, mais une pitié profondément mystique, calme, douce, sans frénésie, ni délire. L’Offrande Lyrique est une succession de dialogues, de louanges à Dieu d’une poésie admirable : «Tes dons infinis, je n’ai que mes étroites mains pour m’en servir. Mais les âges passent, et encore tu verses, et toujours il reste de la place». Il est toujours question du Bengale, au XXème siècle, où sévissent des troubles. L’offrande lyrique est un récit à trois voix qui se croisent et se répondent, une histoire d’amour centrée sur un portrait bouleversant d’une femme.  C’est Alexis LEGER, alias Saint-John PERSE, un poète et critique guadeloupéen (1887-1975), qui a persuadé TAGORE de remettre «Gitanjali» à Gallimard, pour une traduction française, en se rendant chez lui, dans le quartier de South Kensington, à Londres, en octobre 1912, avec une lettre d’introduction d’Arthur FOX STRANGWAYS (1859-1948). «Gitanjali» est avant tout une œuvre hautement poétique «Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi. Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante. Les fleurs s'épanouiront dans mon être. Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon coeur, et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte» écrit-il. TAGORE y rappelle les valeurs de la vie qu’il défend : «Je plongerai dans l'abîme quitte à en toucher le fond. Je jouerai le jeu de ma défaite. Je jouerai tout ce que je possède. Et quand j'aurai tout perdu. Je jouerai jusqu'à mon être même. Et peut-être alors aurai-je tout reconquis. A travers mon total dépouillement» dit-il.  Inspiré par les Upanishads, chants sacrés hindous, «L’offrande lyrique» est un recueil d’un mysticisme fervent : «Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle. (…) Oui, mes illusions bruleront toutes en une illumination de joie et mes désirs mûriront tous en fruits d’amour» écrit-il.
Pour les lecteurs indiens, cet ouvrage représente le dépassement de la foi brāhmanique familiale vers la quête d'un dieu personnel, celui que TAGORE a appelé «le Seigneur de la Vie» : sa perception paradoxale, d'une présence bienveillante immanente et de l'impossibilité de la connaître, de l'appréhender, s'aiguise au fur et à mesure que lui sont dévoilées à travers une série d'expériences tantôt douces, tantôt aigres, les règles de sa participation à un jeu cosmique. L’offrande lyrique est une œuvre célébrant aussi la vie : «Le même fleuve qui court jour et nuit, à travers mes veines, court aussi à travers le monde et danse en cadence. C’est la même dont la joie fuse à travers la terre légère en innombrables brins d’herbe, et qui éclate en tumultueuses vagues de feuilles et de fleurs. C’est la même vie que le flux et reflux se jettent dans l’océan berceau de la naissance et de la mort. Je sens mes membres glorifiés, au toucher de cette vitalité. Orgueil ! Le battement de la vie des âges en ce moment dans mon sang». C’est un hymne pour une humanité universelle : «Chaque homme de ce temps doit se préparer à l’aube d’un nouvel âge où il découvrira son âme dans l’unité spirituelle de l’humanité entière» dit-il.  Entre tradition et modernité, cette œuvre majeur a inspiré le cinéaste indien, Satyajit RAY.
L’offrande lyrique a été ressentie en Occident, dans un contexte de la première guerre mondiale qui menaçait, comme une invitation à soutenir les valeurs essentielles de l’existence humaine. TAGORE, issu d’une famille bengalie sensible aux valeurs occidentales, développe une théorie originale de la spécificité culturelle de l’Asie et son rôle dans le devenir du monde. Il part du constat que la civilisation de l’Orient est essentiellement spirituelle. Dans la nécessaire synthèse entre l’Orient et l’Occident, ce «spiritualisme» oriental doit faire contrepoids au «matérialisme» de l’Occident. TAGORE prêche en faveur d’un rapprochement entre l’Orient et l’Occident, tout en restant attentif à une Inde non seulement spirituelle, mystérieuse et traditionnelle, mais aussi revendicatrice, libre fière et créatrice. Sa démarche est parfois contradictoire ou ambiguë, tout en exprimant le souhait de resserrer les liens avec d’autres cultures, il a la hantise de voir disparaître les spécificités culturelles de son pays. En effet, pour construire l’Inde nouvelle, il faut s’appuyer sur sa propre culture et ses propres valeurs afin de tirer le meilleur parti de ce que l’Occident peut apporter. Dans sa vie mythologique et historique de l’Histoire, la civilisation de la vallée de l’Indus ou civilisation Harappa, à la peau foncée, fut submergée par l’arrivée des Indo-Européens ou Aryens, à la peau claire, environ 2000 ans avant J.C. Ils repoussèrent les Dravidiens vers le Sud et épousèrent des femmes non-aryennes. Les forêts leur offrir la protection contre le soleil et les orages, la nourriture et aussi les matériaux pour construire et faire des sacrifices. Par conséquent, la civilisation indienne se construisit au contact avec la nature. L’Offrande lyrique est une œuvre grandiose, poétique, mais un peu ardue. Il faudrait s’accrocher pour en prendre le sens de la mesure : «Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi. Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante. Les fleurs s'épanouiront dans mon être. Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon coeur, et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte».
Dans «La Machine» TAGORE revient sur le thème de la civilisation, sur les rapports entre l’Orient et l’Occident. Il ne peut pas y avoir de civilisation, là où il n’y a pas de recherche désintéressée à la perfection. Or, l’individu qui cède au souci de la richesse et du pouvoir devient un brigand. Cet infernal souci a submergé en Occident toutes les autres préoccupations. Le monde tend à s’organiser comme une immense machine dont la morale exclusive est l’intérêt, la recherche du maximum de rendement au meilleur compte. La liberté ne sera bientôt que celle d’acquérir et de jouir. Par conséquent, la machine organise l’esclavage et s’alimente avec la guerre. Une nouvelle guerre mondiale serait la fin de l’humanité. Ainsi, dans ce roman, un Marajah a fait construire une machine qu’on abreuve du feu et des éclairs, pour endiguer une cascade, une cascade de la liberté, et réduire ainsi l’obéissance des paysans de la province voisine, qui sont enclins aux idées subversives et que l’on pourra affamer à volonté. Les sujets directs du Maharajah exultent de joie. La foule est prête à acclamer l’ingénieur. Mais le Prince héritier, au sacrifice de sa vie, ouvre la digue et détruit la machine. Les hommes des deux pays pourront désormais s’unir. Au cœur du rapprochement entre l’Orient et l’Occident, TAGORE place la spiritualité. «Vous nous envoyez plus de fonctionnaires et des machines, envoyez-nous des âmes» dit-il dans «La Machine».
Les poèmes de TAGORE ont éclipsé ses autres contributions littéraires. Dans ses «Réminiscences», il déclare que la poésie, au-delà des influences extérieures, est avant tout une expression personnelle : «comme une larme ou un sourire, un poème n’est que l’image de ce qui se passe à l’intérieur de nous. Il n’y a rien dans le monde, tout est dans le cœur».  Sa poésie, toute lyrique, nous révèle celle-ci dans toute son ampleur et, dans le même temps, nous confronte avec ce qu'il y a de plus profondément ancré dans l'âme humaine : la souffrance, l'espoir, la joie de vivre, le contact intime avec la nature et l'aspiration à une haute spiritualité. À l'image des grands fleuves du sous-continent indien, comme le Gange et le Brahmapoutre, elle est débordante et vivifiante. Elle veut embrasser le tout, en être la parole. Au cœur de l'instant passant elle cherche à retenir l'éternel : «Pour une fois, voyageur, sois imprudent et détourne-toi de ton chemin. Bien qu'éveillé, sois comme le jour captif d'un filet de brouillard. N'évite pas le jardin des cœurs égarés, là-bas, au terme de la mauvaise route ; là-bas où l'herbe est jonchée de fleurs rouges poussant à l'abandon, où des eaux mélancoliques sombrent dans la mer houleuse. Longtemps, sans repos, tu as veillé sur le butin des années inutiles ; qu'il soit enfin dissipé ! Il te restera le triomphe désespéré d'avoir tout perdu» écrit-il dans la Fugitive. Sa poésie, marquée par le lyrisme, le romantisme, le mysticisme des Rishis, la philosophie de KABIR, ainsi la musique populaire du Bengale rural, mettent l’accent sur la divinité intérieure et s’insurgent contre l’orthodoxie religieuse et sociale ; c’est une recherche d’une relation au divin à travers l’attrait de la nature et l’interaction émotionnelle du drame humain. Il chante la nature dans certains de ses poèmes : «J’ai aimé la lumière du soleil, le ciel et la terre verte. J’ai entendu le murmure argentin de la rivière dans l’obscurité de minuit. L’automne et les couchers de soleil sont venus à ma rencontre au tournant d’un chemin, dans la solitude, comme une fiancée qui lève son voile pour accueillir son bien-aimé. Cependant, ma mémoire reste parfumée de ces premiers jasmins blancs que j’ai tenus dans mes mains d’enfant» écrit-il dans «Jasmin». Le monde reste beau, si on se pose la question du sens, de ses joies et de ses souffrances. Par conséquent, TAGORE rend hommage à ses ancêtres, car il affirme que l’homme qui ne cherche pas à prendre sa destinée en main, à s’améliorer, à utiliser les talents que lui a donnés la nature, n’est qu’un parasite, comme les animaux inférieurs. L’homme doit donc se fabriquer des armes pour se défendre contre toutes les adversités. Par ses capacités intellectuelles, l’homme doit «transformer l’impossible en possible par ses propres prouesses». Entre l’individuel et l’universel, sa mission historique est la réalisation du Moi. Pour cela, et à travers le «Dharma», au cœur du système social, chacun est tenu d’acquérir une discipline et le contrôle de soi-même, et chacun doit accepter le code sacré des devoirs.
A son troisième voyage en Angleterre, le Roi d’Angleterre, en 1915, l’anoblit, et lui décerne le titre de chevalier : «Pour la profonde et noble inspiration, pour la beauté et la nouveauté que son génie poétique a su introduire aussi de façon brillante, sous la forme anglaise, dans la littérature occidentale». Après le massacre d’Amritsar, en 1919, TAGORE a renvoyé aux autorités britanniques les titres et décorations reçues. La même année sa fille aînée décède. En 1920, TAGORE se rend, à nouveau, à l’étranger, en Europe et aux Etats-Unis. Il rencontre Henri BERGSON et Romain ROLLAND. Plus tard, il rencontrera, également, Saint-John PERSE ainsi qu’Albert EINSTEIN. Cette expérience internationale fit naître, en lui, une nouvelle idée: il devait mettre son pays en contact avec le reste du monde.
Il sentait qu'un nationalisme étroit et excessif conduisait les hommes et les pays sur la voie du conflit, et qu'une institution devait avoir pour rôle de mettre en lumière l'unité des cultures du monde et des courants de connaissance. Pour lui, Santiniketan était cette institution et déjà, envisageait la création d’un centre international de culture et d'études humanistes. En 1930, il donne à Oxford une série de conférences Hibbert qui sont publiées l'année suivante sous le titre «La Religion de l'Homme». Sa doctrine religieuse se caractérise par l'universalité qui lui vient de la vision panthéiste de l'univers telle qu'elle est représentée dans les anciennes conceptions panthéistes des Upanishad, et telle qu'elle a été élaborée ensuite par les grands maîtres du «Vedânta». Dans la pratique, elle s'exprime par l'observance de la suprême loi d'amour dont il se fait le propagandiste avec sa parole inspirée, l'ampleur de ses images, la lumière, la force et la noblesse de son style. L'amour, dans sa valeur universelle, est pour lui le principe d'où découle tout bien, et si l'on veut inclure dans une expression unique sa vie et son oeuvre, on peut dire qu'elles sont un cantique d'amour. Anticolonialiste et nationaliste, il n’a pas éludé la question de la dignité des Indiens : «L'Angleterre ne pourra mentir à sa nature véritable, à tout ce qui l'a fait grandir. Devra-t-elle accorder l'indépendance complète ? Seulement il nous est difficile (à nous Hindous) de reconnaître ce qu'il y a de meilleur dans la civilisation occidentale et de l'accepter alors que nous vivons dans l'humiliation, dans l'ombre aveugle de la domination occidentale. Sachons que la machine est bonne quand elle aide la vie, non  quand elle l'exploite» écrit-il dans son discours de 1930 sur le colonialisme. L’Occident est marqué par l’exclusivisme «Elle puise sa nourriture dans les autres peuples et tente d’engouffrer tout leur avenir. Elle a la crainte constante de ces races au déclin de la grandeur ; ce déclin même, elle le considère encore comme un péril ; aussi veut-elle étouffer tous les signes de grandeur qui semblent dépasser son propre niveau, forçant les races d’hommes les plus faibles à demeurer éternellement dans leur faiblesse» écrit-il dans une conférence du 18 juin 1916 à Tokyo. «Il y a des habitudes qui ne sont pas de simples murs, mais des haies aux branches enchevêtrées. L’Europe a cultivé ces haies depuis de longues années jusqu’à ce qu’elles soient devenues denses, fortes et hautes. Elle a grandi dans son orgueil, elle y a soumis toutes ses habitudes extérieures et intérieures. Non seulement elle ne peut pas oublier qu’elle est l’Occident, mais elle saisit chaque occasion de le hurler à la face des autres pour les humilier» dit TAGORE. Ce qui est monstrueux n’est pas grand et l’orgueil n’est pas éternel.  La réussite matérielle dans l’injustice et la cruauté signifie que l’homme prend beaucoup de temps et d’espace pour tuer le temps et l’espace. Pour TAGORE, qui croit en un évangile de Vérité, avec une foi en l’humanité, une vraie civilisation devrait avoir deux objets : «de régulariser nos passions et nos appétits pour le développement harmonieux de l’homme ; l’autre de l’aider à cultiver l’amour désintéressé de son prochain. Ces idéaux sociaux créent le monde humain». Ce qui fait dire à Alexandre VAILLAT que TAGORE est «un dangereux révolutionnaire».
«Sâdhanâ», ou «La Réalisation du but suprême», occupe une place à part dans l'oeuvre du poète et philosophe. Ce recueil, qui expose les conceptions de l'auteur sur la vie, Dieu et la nature. TAGORE y aborde des questions essentielles : problèmes du mal et du moi, accomplissement de l'être dans l'amour. Dans «la religion de l’homme», les religions organisées finissent par devenir un outil de pouvoir, de tyrannie, et habitées par la cupidité et la recherche d’un profit personnel. La vraie religion devrait pratiquer la recherche de la vérité et de la bonté humaine, de la compassion, de la solidarité et du partage.
La religion est un outil pour le Bien suprême, une tentative de sauver l’homme, en l’aidant à se perfectionner. TAGORE est en harmonie avec la doctrine de Gautama Siddartha qui, en rupture avec l’orthodoxie brahmane du système inégalitaire des castes, avait professé l’idéal de la bonté et de l’amour. Il faut donc contribuer au bien-être, au bonheur et à la joie de vivre de tous,  en cultivant la grandeur d’âme. L’homme doit rester libre, dans son choix moral, et ne pas obéir aux règles absurdes. Ne pas subir, mais agir en harmonie avec le monde pour la justice et la fraternité. Le choix moral de l’individu, c’est cette lutte constante pour ce qui va nous sauver, et non nous asservir, et donc ce qui va nous tirer de l’abîme, pour aller vers l’universel : «Il faut outrepasser les barrières qui limitent l’individu, devenir plus que l’homme, devenir un avec le Tout» dit-il. TAGORE pense que ces idées de la poursuite du Bien souverain ont été reprises par les Grecs, les Chrétiens et les Musulmans.
Son ouvrage «Vers l’homme universel», paru en France en 1961, permet de découvrir le système philosophique de TAGORE, ses idées sur l’éducation, sa conception de la vie politique et sociale, ses opinions et sa lutte pour l’indépendance de l’Inde. L’unité de la pensée, synthèse et conciliation, résulte d’une attitude immanentiste. L’absolu que révère TAGORE est supérieur au monde, mais se réalise dans le monde. L’univers est donc à la fois une illusion et un être effectif. L’univers est fondé en Dieu, mais c’est aussi la morale, une vie vertueuse, fondée sur la justice et le sentiment d’humanité. Dieu n’est pas un Etre distinct ; il se confond avec l’Humanité, il comprend tout humain. La vie n’existe vraiment que dans l’action créatrice, et c’est en créant que l’homme adore le mieux Dieu. Ce livre révèle en outre l'universalité du talent du célèbre poète, conscient de la grande diversité de la vie et de la pensée humaine. L’idéal de TAGORE, en matière d’éducation, était à la fois révolutionnaire et traditionnel. Dans l’Inde, la déesse du savoir est Sarasvatî. Elle a le teint blanc, mais le point capitale, c’est qu’elle est vivant et qu’elle est femme, et qu’elle est assise sur une fleur de lotus. Ce que signifie ce symbole, c’est qu’elle réside au centre de la vie et du cœur de toute existence qui s’épanouit elle-même en beauté, à la lumière du ciel. En nationaliste et rejetant les méthodes britanniques, il eut la sagesse de comprendre que seules réussissent les révolutions qui s’appuient sur les acquisitions du passé. Il faut donc une éducation en lien avec la vie sociale et culturelle d’un pays. Il ne croyait pas non plus aux méthodes d’éducation étroites et figées. Il faut une éducation fondée sur l’harmonie, l’équilibre accompli de la personnalité et le développement des valeurs morales. Les objectifs fondamentaux de tout système éducatif viable, c’est la promotion de la créativité, la sensibilité esthétique, la liberté, la liberté, la joie et la conscience du patrimoine culturel d’un pays. Toute personne recèle une semence de divinité et peut se perfectionner, sans cesse. Il rejetait toute conception livresque de l’éducation ; il faut se doter  d’un esprit scientifique et critique : «Les livres se sont mis entre notre esprit et la vie. Ils nous privent de la faculté d’apprendre directement de la nature et de la vie» écrit-il et en appelle aux «connaissances propres du pays».
TAGORE est aussi un conteur.  «Le Vagabond et autres histoires», est un recueil de contes du Bengale pour une bonne entrée en matière dans l’œuvre de TAGORE. Ces nouvelles illustrent les qualités de son génie, sa vive imagination alliée à une vue pénétrante de la réalité, son sens large de l'humain, son intolérance pour l'injustice et la tyrannie. TAGORE a observé le drame des humbles vies des villageois avec une sympathie et une compréhension infinies, avec une profonde émotion. Ainsi, le «bûcher funèbre» relate la cruelle histoire d’une jeune fille mariée à un mourant, et qui est vouée au bûcher. Le père de Rabindranath a lutté pour abolir une tradition hindouiste insupportable, le «Sati», qui obligeait la veuve à monter le bûcher funèbre de son mari. «L’horoscope» met en garde, avec une grande finesse, contre la crédulité de ceux qui veulent se créer un monde meilleur, souvent illusoire. Dans le trésor caché, l’avidité est flétrie, sans ménagement. «Le vagabond», d’où est tiré le titre de l’ouvrage, est une histoire de liberté abreuvée de poésie.
TAGORE, à 80  ans, a vu venir la mort avec une grande sérénité et exprimé cette magnifique pensée : «parce que j’aime cette vie, je sais que j’aimerai la mort aussi bien». Dans l’un de ses poèmes, il précise «je n’ai pas seulement vécu, j’ai vécu dans l’amour». TAGORE est décédé le 7 août 1941, à Calcutta, sa ville natale. TAGORE réclamait une vie dépouillée et un cœur pur. Il chercha à créer un monde où «la vie serait belle comme des fleurs d’été, et la mort belle comme des fleurs d’automne». Il avait réfléchi sur la mort et le destin de sa contribution littéraire : «Lorsque la Mort viendra et me soufflera : «Tous les jours sont finis», je lui dirai : «J’ai vécu dans l’amour et non seulement dans le temps ». Et elle me demandera : «Que restera-t-il de tes chants ? ». Je répondrai : «Je l’ignore, mais ce que je sais, c’est souvent pendant que je chantais, j’ai trouvé mon éternité». Pour Romain ROLLAND, son grand ami : «Rabindranath TAGORE est, pour nous tous, le symbole vivant de l’Esprit, de la Lumière et de l’Harmonie, le chant de l’Eternité s’élevant au-dessus de la mer des passions déchaînées».
Bibliographie très sélective.
1 – Contributions de Tagore
TAGORE (Rabindranath), “Le message de l’Inde au Japon”, conférence du 18 juin 1916, Cahiers des idéalistes français, avril 1917, n°3, pages 69-76 ;
TAGORE (Rabindranath), “Une universalité orientale”, in L’inde et son âme écrits de grands penseurs de l’Inde contemporaine, Boulogne-sur-mer, Chitra, CAQHögman, 1928, pages 11-14 ;
TAGORE (Rabindranath), Amal et la lettre du roi, traduction d’André GIDE, présentation André GIDE, Paris, Gallimard, Répertoire du Vieux-Colombier, 1924, 48 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Chansons de Rabindranath Tagore, traduction d’Arnold Adriaan Bake, préface de Philippe Stern, Paris, P. Geuthner, 1935, 129 pages ;
TAGORE (Rabindranath), De l’aube au crépuscule, traduction de Laurence E. Fritsch, préface d’Albert Schweitzer, Collection Les Petits livres de la Sagesse, la Table ronde, 1998,  128 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Gitanjali ou L’offrande lyrique, traduction d’André Gide et Hélène du Pasquier, Paris, Gallimard, Collection du Monde Entier, 1963, 172 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Gora (roman), traduction de Marguerite Glotz, Paris, Serpent à plumes, 2002, 711 pages ;
TAGORE (Rabindranath), L’écrin vert, traduction, présentation et annotation de Sarju Gita Banerjee, Paris, Gallimard, collection connaissance de l’Orient, série indienne 116, 141 pages ;
TAGORE (Rabindranath), L’esquif d’or. Anthologie de l’œuvre poétique, traduction de Saraju Gita Banerjee, préface de Louis Frédéric et introduction de Saraju Gita Banerjee, Paris, Gallimard, Collection Connaissance de l’Orient, 1997, 192 pages ;
TAGORE (Rabindranath), La demeure de la paix (Santiniketan), Paris, Stock, 1998, 263 pages ;
TAGORE (Rabindranath), La fugitive, suivi des poèmes de Kabir, traduction de René de Brimont et Henriette Mirabau-Thorens, Paris, Gallimard, Connaissances de l’Orient, 1962, 272 pages ;
TAGORE (Rabindranath), La machine (drame en prose, en 1 acte), traduit par F Benoît et A C Chakravarty, présentation Marc Elmer, Paris, Rieder, 1929, 190 pages,
TAGORE (Rabindranath), La maison et le monde (roman), traduction Frédéric Roger-Cornaz, Paris, Payot, 1991, 214 pages ;
TAGORE (Rabindranath), La petite mariée, suivi de nuage et soleil, traduction de Kameleswar et Bhattacharya et Christine Bossenec, Paris, Gallimard, 2004, 128 pages ;
TAGORE (Rabindranath), La religion de l’homme, présentation de Nalini Balmir, de Paris, Bayard, 2017, 335 pages ;
TAGORE (Rabindranath), La religion du poète, traduit par Tougard de Boismilon et A de Anglais, Paris, Payot, 2015, 144 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Le Christ, traduction Dominique Lecroq, postface Laura Santoro, Paris, Brepol, 1995, 163  pages ;
TAGORE (Rabindranath), Le jardinier d’amour suivi de la jeune lune, préface de Jean-Michel Gardair, Paris, Gallimard, Collection Poésies, 1963, 206 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Le naufrage (roman), traduction d’Henriette Mirabaud-Thorens, Paris, Gallimard, 1999, 301 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Le vagabond et autres histoires, traduit du bengali par Christine BOSSENEC et Kamaleswar Bhattacharrya, introduction de Somnath Maitra et préface de Christine Bossenec, Paris, Gallimard, Collection Folio, 1962, 215 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Mashi,  traduction d’Hélène du Pasquier, Paris, Gallimard, Collection l’Imaginaire, 2012, 168 pages ;
TAGORE (Rabindranath), My Life in My Words, introduction d’Uma Dasgupa, New Delhi,  Penguin Viking, 206, 395 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Nationalisme, traducteur Cécil Georges-Bazile, Paris, A Delpeuch, 1924, 161,  pages ;
TAGORE (Rabindranath), Œuvres poétiques, Paris, Club du meilleur livre, 1961, 308 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Poèmes de Kabir, traduction de H. Miraubaud-Thorens, Paris, NRF, 1922, 228 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Quatre chapitres, traduction de France Bhattacharya, Paris, Zulma, 2005, 153 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Reminiscences, London, MacMillan, 1917, 272 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Sâdhanâ (La réalisation du but suprême), Paris, Albin Michel, préface Jean Herbert, 2013, pages ;
TAGORE (Rabindranath), Souvenirs d’enfance, traduit du bengali par Christine BOSSENEC et Rajeshswari Datta, Paris, Gallimard, Collection l’Imaginaire, 1964, 160 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Souvenirs, traduction de E. Pieczynska, Paris, Gallimard, 1986, 226 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Talks in China, Rupa and Company, 2002, 162 pages ;
TAGORE (Rabindranath), Vers l’homme universel, notes de Mme Nicole Balbir, traduction de K. Johnson, Paris, Gallimard, Collection Du Monde Entier, 1964, 368 pages.
2 – Critiques de Tagore
ASLAN (Odette), Rabindranath Tagore, Paris, P. Seghers, 1939, 189 pages ;
BANERJEE (Hiranmay), Rabindranath Tagore, New Delhi, Ministère de l’Information, 2011, 4ème édition, 196 pages ;
Bibliothèque Nationale de France, Rabindranath Tagore (1861-1941), préface de Julien Cain, introduction de Julien Filliozat, Paris, B.N.F, 1961, 149 pages ;
BOSE (Buddhadeva), Tagore, a Portrait of Poet, Calcutta, Papyrus, 1994, 116 pages ;
CHALLAYE (Félicien), «Rabindranath TAGORE, philosophie et poésie», in Les philosophes de l’Inde, Sri Aurobindo Ashram, Pondichéry, Inde, 1956, 330 pages, spéc. pages 230-245 ;
CHAN (François), Rabindranath Tagore (1861-1941),  Paris, textes et documents, 1965, 55 pages ;
CHANDLER (Stéphane), «Rabindranath Tagore», Poésie, mars 1937, n°3, 16ème année, pages 43-59 ;  
CLERMONT-TONNERRE de (Elisabeth) «La fugitive, Rabindranath Tagore», La Revue hebdomadaire, 23 décembre 1922, n°51, 31ème année,    pages 444-454 ;
Comité du centenaire de Tagore, Souvenir du centenaire, Pondichéry, Comité du Centenaire de Tagore, 1962, 205 pages ;
DSOUZA (Jérôme) DONCOEUR (Paul), «La vie et l’œuvre de Rabindranath Tagore», Etudes, 5 octobre 1933, tome 217, pages 673-694 ;
GILLET (Louis), «Un roman de Rabindranath Tagore»,  Revue des Deux-Mondes, janvier 1920, pages 206-217 ;
GOMMES (M.-L), Introduction à Rabindranath Tagore, Paris, Revue des jeunes, 1942, 83 pages ;
GOSE (Sisirkumar), Rabindranath Tagore, New Delhi, Sahitya Akademi, 2007, 152 pages ;
HAY (Stephen, N.), Asian Ideas of East and West. Tagore and his Critics in Japan, China and India, Cambridge, Massassuchetts, Havard University Press, 1970, 480 pages ;
JHA (Narmadeshwar), «Rabindranath Tagore», Perspectives, (UNESCO) 1994 n°3-4 (91-92), pages 631-638 ;
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LAUMONIER (Alfred), “Le mysticisme de Rabindranath Tagore”, L’Archer (Toulouse), février 1931, pages 209-230 ;
LINE (Sylvie), Tagore, pèlerin de la lumière, Monaco, Paris, Le Rocher, 1987, 316 pages ;
MOULENES (Anne-Marie), «Gide et Tagore», Etudes, juin 1969, pages 851-863 ;
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PIOLLET (Maurice), “Un éducateur hindoue : Rabindranath Tagore”, Le Christianisme social, avril 1938, n°4, pages 327-345 ;
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ROLLAND (Rolland), Hommage à Rabindranath Tagore, Tokyo, France-Asie, 1961, 2780 pages ;
SUNDARAM (Vellalore, Anaswamy), Rabindranath Tagore, préface de Madan Mohan Malaviya, lieu, date et éditeur non précisés, 38 pages ;
THOMPSON (Edward), Rabindranath Tagore, Poet and Dramatist, Oxford University Press, 1926 et 1948, 330 pages ;
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U.N.E.S.C.O., Tagore, Néruda, Césaire, pour un universel réconcilié, Paris, Unesco, 2011, 192 pages.
VAILLAT (Alexandre), «Le réveil du nationalisme hindou : le message de Tagore», La Revue Hebdomadaire, 16 avril 1921, n°16, pages 282-304 ;

Paris, le 13 août 2013 et actualisé le 5 juin 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 15:39

Comment bien vivre ensemble dans le respect mutuel ?

Durant le week-end du 20 au 21 juillet 2013 des émeutes ont secoué une ville sensible, Trappe, dans les Yvelines. À l'origine des violences : un contrôle de police. Les forces de l'ordre ont, en effet, voulu vérifier l'identité d'une femme, Cassandra, portant un voile intégral sur la voie publique ; ce qui est interdit depuis 2011. La situation a, alors, rapidement dégénéré. Le compagnon de l'interpellée, Mikhael, un Français converti à l'islam, âgé de 21 ans, est accusé d'avoir agressé un policier, et tenté de l'étrangler pendant le contrôle. Ces incidents ont, une fois de plus, renouvelé cette interrogation majeure : comment bien vivre ensemble dans le respect mutuel ?

Le port du voile intégral, par certaines femmes intégristes musulmanes est, non seulement un acte de provocation et de défi à la laïcité, mais, et surtout, une double méprise de ce que c’est l’Islam. D’une part, ce serait-ce qu’une des épouses du Prophète Mahomet était commerçante, et était en contact direct avec des hommes. Les Femmes peuvent, et doivent, prendre toutes leurs responsabilités ; elles ont vocation à occuper la juste place qui leur revient dans la société. Une femme musulmane vient d’être nommée patronne de la police sénégalaise et la parité, dans ce pays musulman, à 95% a été appliquée aux législatives de 2012 et reste à l’ordre du jour des municipales de 2014. D’autre part, cette idée, saugrenue, des intégristes que la Femme serait un objet de désir et de tentation pour les hommes, n’a aucun sens. C’est une tradition née dans une société tribale ou dans l’imaginaire de nouveaux convertis, comme Cassandra et Mikhael. Ces usages, d’un autre âge, faits par et pour les hommes, sont uniquement destinés à asservir et soumettre la femme aux caprices des phallocrates.

Je suis consterné par les réactions inadéquates de ces «sauvageons» écervelés, qui brûlent les voitures de leurs voisins et les bus. Brûler la voiture du voisin, pauvre comme vous et qui en a besoin pour aller travailler n’a aucun sens politique ; c’est de l’idiotie. Ces dégradations et ce climat de violence accroîtront leurs difficultés dans leurs quartiers, ainsi stigmatisés. La désertification ira en s’accentuant (privation de commerces et services publics de proximité, dont les transports publics). Je ne demande pas qu’ils aillent incendier les biens des gens du château, à Neuilly sur Seine par exemple. Non, j’ai une profonde révulsion pour la violence. De ce point, j’adhère, sans limites, à la théorie de GANDHI sur la non-violence, qui est d’une efficacité redoutable en démocratie. Je constate que nos concitoyens venus d’ailleurs, ont choisi de rejeter, en masse, la participation aux consultations électorales. Ils favorisent ainsi la poussée du Front National dont les militants sont toujours bien mobilisés pour nous bouter hors de France. L’effet le plus désastreux de l’abstention concerne leurs conditions de vie des exclus. Quand on demande une place en crèche, un logement social, le financement d’une association et que l’on se désintéresse à la vie de cité, on se marginalise soi-même. Par conséquent, la Politique ce n’est pas quelque de chose de sale. La Politique reste noble si elle est entendue au souci de bien gérer les affaires de la Cité. Je suis admiratif de la grande faculté de la communauté juive, discrète, mais particulièrement bien organisée pour défendre utilement, les intérêts de ses membres. Par conséquent, quand, on citoyen, on  ne s’abstient pas aux consultations électorales. Voter ce n’est pas servir les ambitions personnelles du Politique, mais pour défendre efficacement ses droits. Les Politiques ne connaissent que les rapports de force. Or, de ce point de vue le bulletin de vote est nettement plus efficace que le bidon d’essence. C’est l’arme la plus redoutable au service des justes causes des plus faibles. Par ailleurs, nous sommes sous-représentés dans la vie politique (partis et institutions électives) et la haute administration. Même si la diversité a progressé ces dernières années, c’est une «diversité cosmétique et choisi». Le notable blanc choisi son Arabe ou son Nègre docile pour se donner bonne conscience. Une partie de nos concitoyens, issus de l’immigration, font de la Politique de longue date et ce sont parfois des militants aguerris et clairvoyants. Cependant, le refus des communautés arabes et noires de s’impliquer dans la politique, leur prive de base électorale et d’efficacité dans les actions concrètes de lutte pour l’égalité. Ils deviennent ainsi des «élus de seconde zone», sans pouvoir réel. Cette neutralisation des élus issus de la diversité qui deviennent des « Nègres de service», contribue encore à décrédibiliser la Politique. C’est toujours le Blanc qui décide pour nous, mêmes quand on a des élus. Il nous faudra, un jour, une organisation capable d’imposer aux partis politiques des représentants dignes de ce nom et de les former à la mobilisation, pacifique, citoyenne de tous ces jeunes égarés qui ne font que basculer dans la violence.

Je suis étonné du silence assourdissant des dignitaires religieux musulmans en France, sur le port du voile intégral. Ils devraient rétablir la vérité sur le statut des Femmes ; leur mission, en raison de leur poids moral, est de contribuer, significativement, à la cohésion sociale. Peut-être qu’on ne leur a pas donné l’occasion de le dire, sans concession. Pour ma part, je l’affirme haut et fort, mon Dieu à moi, mon Dieu de fer, est celui de l’Amour, de la fraternité et de la tolérance. Je dirai, sans blasphémer, que mon Dieu est nécessairement républicain. On ne peut être croyant de façon désincarné, sans s’intéresser aux questions de justice et d’égalité, en ce bas monde. Dans une Sourate du Coran, il est dit «Dieu est proche de vous que votre nœud gordien». Je souscris, sans réserves, à la conception du Mahatma GANDHI de la spiritualité : «Dieu est vie, vérité, lumière, amour. Il est le Bien Suprême». Sans cette compassion, il est impossible de vivre ensemble, où que l’on soit.

Il est particulièrement important que cette écrasante majorité silencieuse condamne, sans appel, tout acte d’un des nôtres qui est contraire aux règles de bienséance. On ne s’agglutine pas, on ne crache pas devant les immeubles. Encore moins, on ne dégrade pas les équipements publics qui sont les biens les précieux pour les plus démunis. On ne fraude pas les transports. Bref, on s’abstient de tous ces comportements indignes d’un citoyen de la République. Je trouve qu’on ne dit pas assez fort que les incivilités, le manque de savoir-vivre, ne font pas partie de nos valeurs culturelles. Si l’on veut combattre, efficacement, le racisme, il faut que chacun d’entre nous soit exemplaire dans son comportement. Les dérives d’une minorité font l’objet d’une exploitation politique honteuse des partis d’extrême-droite. Cela favorise la libération de la parole raciste, même si c’est un Blanc converti qui tente d’assassiner un militaire ou qui s’oppose à la police à Trappes. A chaque fois qu’un événement malheureux est médiatisé, on nous rétorque c’est encore un Noir ou un Arabe. Cela ne veut pas dire que les autres communautés notamment Blanche, Juive ou Asiatique, ne commettent pas de délit. Tout au contraire, on y enregistre des faits particulièrement graves. Mais n’importe quel incident, aussi mineur qu’il soit, commis par une personne d’origine étrangère, fut-elle française, c’est l’ensemble de l’immigration qui est stigmatisée. Je viens d’un continent, l’Afrique, qualifié de « berceau de l’humanité», où on respecte l’autre. Pour être respecté, il faut inspirer le respect. Quand on est citoyen, on a des droits, mais aussi des devoirs. Tout droit comporte, nécessairement, en contrepartie, des obligations. Il n’y a pas de droits sans obligations. La France est une société de liberté qu’on doit apprécier, à sa juste valeur. Mais cette liberté ne peut être garantie, efficacement, qu’avec le concours de tous, dans le respect mutuel. Une fois qu’on est exemplaire, on peut, la tête haute, et sans concession, défendre ses droits. Et être prêt à mourir pour cela.

L’Etat républicain est faible vis-à-vis des délinquants notoires, multi-récidistes et connus de tous. Tous les faits qui relèvent, non pas de la révolte sociale, mais d’infractions crapuleuses (contrebande, trafic de drogue, troubles de voisinage, fraude à la sécurité sociale, dégradations de biens publics ou privés, agressions), doivent être sévèrement sanction L’origine ethnique ou les difficultés sociales ne sont nullement une excuse, pour apporter une réponse pénale adéquate au trouble de l’ordre public. M. SARKOZY, dans sa rhétorique parfois excessive avait promis de « nettoyer tout cela au Karcher». J’appelle à une réaction, sans excès, particulièrement juste et proportionnée de l’Etat républicain, face à toute atteinte aux règles du savoir-vivre ensemble. Tous sont soumis à la loi et particulièrement ceux là qui nous pourrissent quotidiennement la vie. La lâcheté et la couardise nous empêchent de porter plainte. Même quand va à la Police, cela les ennuie de prendre une plainte, une simple mainte courante, souvent, classées, sans suite est prise, après une grande insistance. En effet, à Paris, dans le quartier de Barbès, on vend des cigarettes de contrebande sur la voie publique. A Paris, autour du Louvres, vers le Palais de justice, et surtout dans le métro, une bande de jeunes tziganes détroussent, en plein jour et au vu de tous (les caméras filment certaines rues), les touristes. Dans nos cités, les trafiquants de drogue font leur loi ; ce qui génère une bonne partie de l’insécurité. La Police nous dit «on les attrape et la Justice les relâche. Donc, on les laisse poursuivre leurs activités». On devrait réformer la loi sur ces violations, manifestes et publiques, de la paix et de la sécurité publiques. Certains exigent de réformer ou de restreindre notre système social, jugé généreux et qui occasionne des abus. Sans doute que les fraudeurs doivent répondre de leurs actes devant la justice. Les finances c’est les biens de tous et doivent gérés convenablement. Cependant, l’Etat n’a pas là aussi la responsabilité qui l’incombe. Quelle que son origine ethnique, il est parfois plus intéressant de rester sous le régime des aides sociales que d’aller travailler. Aucun gouvernement n’a pas rendre les minimas sociaux provisoires, comme un soutien et un encouragement à rechercher et trouver du travail. C’est là le grave problème.

En France, certains mineurs pensent que leur statut les autorise à enfreindre la Loi, en toute impunité. En Afrique, quand un jeune manque du respect à un Ancien, il reçoit immédiatement une correction, et on lui fait la leçon après. C’est l’une des faiblesses de la démocratie française, sa grande permissivité. Des parents qui exercent la moindre pression sur leur enfant sont convoqués devant la justice et sont privés de leur autorité parentale. Je ne suis pas un père fouettard. Je ne réclame pas des châtiments corporels à tout-va. Mais les parents ont le devoir de veiller l’éducation morale de leurs enfants et fixer des limites à ne pas dépasser. L’Etat républicain devrait instaurer un service civil d’un an, en Afrique ou au Maghreb, pour ces jeunes désoeuvrés. A leur retour, en France, une fois qu’ils auront découvert ce que c’est le sous-développement, les valeurs africaines, ainsi que l’encadrement militaire avec des règles à respecter, ils apprécieront mieux de vivre ici.

L’Etat républicain est, revanche, particulièrement, dur contre cette majorité paisible qui ne demande qu’à vivre légalement en France. L’Etat s’il doit traiter les troubles à l’ordre public, doit également, les causes profondes de ceux-ci et y apporter des solutions adéquates. Ainsi, les lieux de cultes pour les nos Ancêtres les Gaulois, ainsi que ceux la communauté juive, sont encouragés et même financés. Pour les autres, notamment les communautés musulmanes et bouddhistes, il ne leur reste que les prières de rue. Ainsi, depuis plus de 15 ans, les Musulmans, attendent un permis de construire pour une mosquée dans le 19ème arrondissement. Pendant, ce temps, la ville de Paris finance, à grands frais, des crèches et des écoles confessionnelles de mouvements extrémistes, les Loubavitch.

Je suis estomaqué de voir que les collectivités locales, pour acheter la paix sociale, pendant les vacances, organisent des séjours pour les trouble-fêtes. Sans doute qu’il faille miser sur la rédemption, toujours possible, de l’Homme. Il faut donner une chance, même à ceux qui ont fauté. Cet optimisme, sans limites, de la France, en la capacité de tout individu de s’amender, me va très bien. Mais de là à organiser des villégiatures pour ceux qui nous pourrissent la vie, je ne peux qu’exprimer le plus grand désaccord. En revanche, et à mon très modeste avis, il eût été plus utile de porter une attention, sans limites, à cette masse silencieuse, cette écrasante majorité de gens particulièrement estimables, qui veulent s’en sortir. On devrait organiser un système de récompense, notamment, pour les élèves méritants dans les écoles. Cela ne coûte rien à une autorité municipale de recevoir les meilleurs élèves, et d’encourager ceux qui ont bien travaillé, en dépit de conditions familiales ou sociales difficiles. Cet encouragement peut se manifester, notamment, par des dotations en livres, en chèques vacances, ou en aide à trouver un stage, un apprentissage, un emploi d’avenir, un job d’été, passer le permis de conduire en rapport avec un projet professionnel, financer une préparation d’un concours, etc.

Cette responsabilité de l’Etat républicain est encore plus critiquable dans le domaine de la régularisation des sans-papiers, pour le retard injustifié de faire adopter la loi sur le droit de vote des étrangers. La naturalisation est devenue un parcours de combattant. Quand on est Chinois, on a 5 fois plus de chances de changer de statut d’acquérir la nationalité française qu’un Arabe ou Noir. Par ailleurs, dans les années 80, 52 personnes ont été assassinées à coup de bidons d’essence, en plein sommeil, dans des squats, à Paris. Nous réclamons enfin une enquête sérieuse et que les criminels soient poursuivis devant la justice. Personne n’en parle. Pourtant, on nous inonde, parfois, d’informations redondantes et futiles. Lors des émeutes de 2005, les policiers impliqués dans la mort de deux enfants ont été blanchis ; c’est le cas de le dire. Là aussi, c’est un profond sentiment d’injustice qui ne passe pas. La Droite qui donne des leçons de morale à la Gauche devrait avoir la décence de se taire. Les troubles de voisinage, dans les quartiers sensibles sont devenus le phénomène le plus criant du laxisme de l’Etat.

Je repose la question de la place du Front National, dans le système politique français. Les cas algérien (1992), égyptien (2013) avec la poussée des fondamentalistes, et surtout l’arrivée d’Hitler au pouvoir, en 1933, ont bien montré qu’un parti, hostile à l’égalité, une des bases essentielles de la démocratie, n’a pas sa place dans la République. Tout parti, souhaitant recueillir le suffrage des électeurs, devrait signer une déclaration minimale de respect des valeurs républicaines, comme la Liberté, l’Egalité, la Fraternité, la Laïcité, ainsi que la forme civile du gouvernement. En attendant l’arrivée, toujours possible, de cette peste brune, la parole raciste a été libérée de façon extraordinaire en France, comme le montre l’ignoble déclaration du maire de CHOLET. On nous bave dessus, sans arrêt et en toute impunité, y compris par des injures venant des plus hautes autorités publiques,  les déclarations ignobles de Messieurs Nicolas SARKOZY, Claude GUEANT et Georges FRECHE. Cependant, on exige de nous de rester, en toutes circonstances des citoyens modèles, tranquilles et bien sages. Cette sourde colère qui gronde, depuis longtemps, dans les banlieues, ne devrait pas être sous-estimée.

Je suis inguérissable optimiste, persuadé qu’il faut du temps au temps et l’effort de tous pour bien vivre ensemble. Les Polonais, les Italiens, les Espagnols et les Portugais ont souffert en leur temps, de l’intolérance de certains. La cassure actuelle est profonde ; une simple étincelle peut tout faire basculer, dans l’impasse. Nous sommes au bord de la rupture, même si tout n’est pas perdu. Je suis, cependant, préoccupé quand on interroge les précédents de l’Histoire, concernant le passage de la Gauche au pouvoir. Drapé du manteau des valeurs républicaines d’égalité, de liberté et de fraternité, les expériences de gouvernement de la Gauche ont, souvent, fini dans des conditions quasi dramatiques. Ainsi, le Cartel de Gauche juin 1924 à juillet (Socialistes et Radicaux) a explosé devant le «mur de l’argent». En 1936, le gouvernement du Front Populaire (Socialistes, Communistes et Radicaux) de Léon Blum qui a mis en place des réformes sociales majeures, comme les congés payés, a été confronté aux ligues factieuses. Certains socialistes ont, hélas, voté les pleins pouvoirs pour le Maréchal Pétain. En 1981, l’espoir était immense. Mais le virage de 1983, et certains calculs politiciens pour casser la Droite, ont installé, hélas, le FN et ses idées, durablement, dans le paysage politique français. Même s’ils sont sous représentés au plan national et local, l’influence des idées FN, dépasse largement le cadre ce parti. Et, c’est là le danger qui guette la démocratie française : la lepénisation des esprits.

 

Tel un phénix, j’implore que cet espoir du bien-vivre ensemble que porte la Gauche ne soit pas déçu, à travers les municipales de 2014. François HOLLANDE n’a pas démérité. Loin de là. Je le trouve visionnaire, courageux, audacieux et particulièrement honnête. Cependant, le manque cohérence de la majorité, le caractère inaudible du discours de M. Harlem DESIR, premier secrétaire du PS, le chômage, le climat délétère en raison des mensonges de M. CAHUZAC, ainsi que de la vie de bâtons de chaise de M. DSK, ont brouillé notre message républicain. Nous devons garder espoir. Toute victoire de la Droite ou de l’Extrême-droite ne fera qu’engendrer de nouvelles souffrances et tensions. E président François HOLLANDE doit rester le rempart contre ces idées nauséabondes.

La Gauche, qui est un socialisme municipal, a mieux réussi, dans la durée, sa gestion des collectivités territoriales. Cependant, la ghettoïsation a dressé des murs presque infranchissables entre les différentes composantes de la société française. La France est devenue pluri-ethnique, mais on a du mal à l’admettre, de part et d’autre. Pour ces musulmanes voilées et pour ces jeunes qui ne savent même pas qui ils sont, le non-respect des valeurs républicaines est inacceptable. Pour nos ancêtres les Gaulois, nous serons toute notre vie, nécessairement, des immigrés. Le moindre écart est interprété comme un acte de déloyauté. Il faut abandonner sa culture et se fondre dans le magma dit républicain. On craint le soit disant «communautarisme », la double culture qui est pourtant une richesse si elle est bien gérée. Pourtant, nos Ancêtre les Gaulois, sont les premiers à nous rappeler, à la moindre occasion, que ne sommes pas comme les autres Français. Au détour chaque prise contact, on vous posera, souvent, une question pernicieuse «tu viens d’où ?». Jean-Marie LE PEN a bien résumé la situation : nous sommes des «Français à part entière, mais des Français entièrement à part».  Le regard que l’on porte sur nous devrait charger : nous sommes différents d’apparence, mais égaux à droits et devoirs.

Dans ces conditions, l’école,  le logement et le travail, sont devenus des enjeux considérables pour le bien-vivre ensemble.

L’école atteste bien que l’intolérance est une idiotie Très souvent ses premiers amis, d’une autre communauté, sont issus de l’école. L’école publique véhicule des valeurs d’égalité et d’intégration Nous devons lutter, farouchement, pour l’éducation, la scolarisation et la formation de nos enfants. Le racisme est, fondamentalement, la méconnaissance de l’autre. Les sondages montrent que les Blancs n’aimeraient pas avoir pour gendre un Noir et un Arabe, à plus de 70%. Cependant, dès qu’un Blanc connaît un Noir ou un Arabe, il s’empresse parfois de lui dire : «mais toi tu es intelligent, ou sympa, mais ce sont les autres qui nous pourrissent la vie». Ainsi, mon oncle Samba, de Nice, a été pendant longtemps cuisinier pour un militant du Front National. Ce dernier, au moment de son départ à la retraite, lui céda son restaurant, en lui disant : «toi, tu es travailleur, propre et honnête». Dès que Samba eut repris le restaurant, d’abord Juan Les Pins, puis à Nice, tout le monde, y compris, les gens de notre communauté, le mirent en garde : « à Nice, les gens c’est des fachos. Tu ne seras jamais accepté. Ton restaurant ne marchera pas». La clé de l’intégration est, en fait, non seulement dans l’exemplarité de notre comportement, mais aussi et surtout, dans notre cœur. «L’enfer ce n’est pas les autres», c’est l’idée que l’on se fait, parfois, d’un sentiment permanent de persécution. Par conséquent, pour bien vivre ensemble, comme l’a recommandé le Mahatma GANDHI, nous devons avoir la force d’aimer et respecter les autres. Et nous serions, alors, en paix avec nous-mêmes, pour nous concentrer, non pas sur les idées noires (c’est le cas de le dire), mais sur le sens que nous entendons à notre vie : s’orienter vers le Bien suprême. Et cela aussi la recherche de Dieu : nous perfectionner, sans cesse, pour être utile à nous-mêmes, à notre famille et à la société. Je reviens encore à GANDHI, ce prophète de la tolérance, et aux enseignements des religions monothéistes : «Dieu est Vérité et Amour». On ne fera rien de positif, dans sa vie, si on porte, en permanence, dans son cœur, la haine de l’autre et la violence. Je dois confesser que j’aime, sans limites, cette France républicaine, drapée d es valeurs d’égalité, de fraternité et de liberté. Je me battrai contre ceux qui ceux veulent détruire cette France des droits de l’homme, fut –il au péril de ma vie ou de ma liberté. Dans l’immédiat, face à la montée des périls et cette cassure profonde dans la cohésion sociale, la mobilisation pour les municipales de 2014, me paraît être un enjeu considérable.

Le travail est un facteur un puissant facteur d’intégration. Naturellement, le fait d’habiter dans une zone sensible, et de surcroît quand on s’appelle Mohamed, ne rend pas sa demande d’emploi attractive, pour certains employeurs. Il ne faudrait pas s’arrêter à ces idées convenues. J’estime que nos jeunes issus des banlieues, de plus en plus diplômés, sous-estiment ou méconnaissent les opportunités qu’offre l’entrée dans le secteur public. En effet, il y a de nombreux postes à prendre dans les fonctions publiques d’Etat, territoriale ou hospitalière. Le concours c’est l’égalité parfaite ; on ne peut pas suspecter les autres de discrimination. Quand, on est diplômé, il suffit de s’y préparer, méthodiquement, pour maximaliser ses chances. On peut entrer dans la fonction publique par la petite porte, par un concours de catégorie C ou B, et progresser vers la catégorie A, et prendre, par la suite, des postes à responsabilité. Dans cette démarche du concours, chacun est ainsi jugé, non par une «discrimination positive», mais ses capacités et ses mérites. Pour ce qui est de la haute administration (Etat et entreprises publiques), où les nominations sont discrétionnaires, le gouvernement, dans un souci d’équité, devrait nommer les personnes issues de la diversité à certains postes. Ces signaux positifs peuvent stimuler ceux qui sont enclins à sinistrose et au pessimisme. L’espoir est au cœur de la vie ; c’est un puissant facteur de mobilisation des énergies qui sommeillent en nous. Là aussi, même dans cette politique de discrimination positive et pour ne pas justement, la décrédibiliser, le critère de compétence doit rester le point nodal. Pour les autres jeunes qui veulent se destiner au secteur privé, les formations qu’ils entreprennent sont souvent inadéquates aux besoins des entreprises. Ce qui m’a le plus frappé c’est que ces jeunes ne savent pas ne savent pas se vendre sur le marché du travail. Dans mon métier de DRH, et lors des entretiens de recrutement, j’ai été sidéré, par certains comportements, ne pouvant qu’inciter, fortement, au rejet de la candidature : le portable qui sonne plusieurs fois, la mère, sans doute qui a un problème de garde, est venu avec 3 enfants qui ont perturbé l’entrevue, des effets vestimentaires surprenants, une grande innocence et une grande naïveté dans certaines réponses (j’ai perdu mon précédent emploi parce que je n’aime pas me lever le matin, je suis motivé pour un emploi dans le secteur public parce que je n’aime pas le travail trop dur, je veux tout de suite un CDI à temps plein, etc.). Certains jeunes qui obtiennent un emploi se font souvent licencier, non pas pour incompétence, mais en raison de leur méconnaissance de l’environnement du travail, des valeurs ou références culturelles (retards, conflits, refus de l’autorité, manque de savoir-vivre, etc.). Or, le savoir-être est l’une des composantes essentielles de la compétence qui ne résume pas seulement au savoir-faire. Dans le monde du travail, on comprend et tolère l’inexpérience, mais l’impolitesse isole le jeune et provoque le rejet. L’Etat, et peut la famille, ont un rôle stratégique et prééminent dans l’orientation, l’information des opportunités, l’apprentissage des techniques d’entretien et des règles de savoir-vivre, pour se maintenir, durablement, dans l’emploi.

 Le logement est au cœur du bien-vivre ensemble. Tout le monde appelle de ses vœux la mixité sociale. On craint pourtant les logements sociaux synonymes, pour les frileux, d’immigration, de pauvreté, de délinquance et d’assistanat. La fracture sociale devient de plus en plus grande. La rénovation, régulière, de parc de logement social, est une nécessité pour ces zones ne soient pas synonymes de relégation et ostracisées, plus que d’habitude. Pour l’instant les gens biens, même s’ils sont issus de l’immigration, ne cherchent qu’à fuir, ces quartiers à une forte concentration d’exclus.  Comment faire ?

Cette idée de Mme Ségolène ROYAL, candidate socialiste aux présidentielles de 2007, me paraît lumineuse : il faut que les locataires, après 10 ou 15 ans, puissent racheter leur logement en tenant des loyers déjà versés.

Il faudrait donner un sens nouveau à l’expression de « mixité sociale ». L’expérience de l’équipe de gauche, à Paris, conduite par Bertrand DELANOE, où cohabitent plus de 200 nationalité, me paraît une réussite sur laquelle on peut s’appuyer. Les arrondissements de l’Est parisiens qui concentrent les logements sociaux et les foyers de migrants et les squats, ont bénéficié d’une aide, sans précédent, pour rééquilibrer Paris. En particulier, l’expérience de l’équipe du 19ème arrondissement (38% de logements sociaux), confrontée aux demandes incessantes des communistes et des Verts, à encore plus de logements sociaux, mérite d’être valorisée. Dans le 19ème, la mixité sociale s’est traduite par la construction de logements en accession à la propriété, de résidences pour les étudiants, le développement de l’accueil des touristes, et particulièrement une audacieuse politique d’occupation de l’espace public (Paris Plage aux bords du Canal de l’Ourcq, rénovation de la Place Stalingrad et des jardins des Buttes-Chaumont, etc.). Mme Anne HIDALGO, candidate à la mairie de Paris pour 2014, a choisi deux axes stratégiques qui convergent vers le bien-vivre ensemble :

-        «Paris, une ville métropole», c’est-à-dire,  construction des logements, dans et hors Paris, au sein des départements voisins, mais mise en commun des ressources.

-        «Paris, une ville bienveillante». Durant ses deux mandatures, M. DELANOE a fortement investi dans les équipements publics et des opérations audacieuses d’animation de la ville. Il faut, à travers, le concept de « bienveillance », poursuivre cette œuvre magistrale et sans précédent, en créant davantage du lien social et de la solidarité. Faire tout pour que cette ville considérée, à tort, comme étant cité des « bobos », en perde pas l’essentiel : l’individu.

Par ailleurs il serait utile de donner un autre sens à l’expression de «logement social » qui ne signifie nullement pas «logements réservés aux pauvres», mais « logements à loyer raisonnables et accessibles en fonction de certains critères ». Dans ce contexte, rien ne s’oppose à ce que la classe moyenne, avec un quota de logements et des tarifs revus à la hausse, des propriétaires et des locataires avec des bas revenus, puissent cohabiter ensemble. Ces locataires peuvent, eux-mêmes, devenir propriétaires.

L’objectif majeur, à moyen et long terme, reste de construire  des logements suffisants, de qualité, avec des services de publics et des commerces de proximité, ainsi que des transports publics performants et sûrs. Finalement, l’objectif de François HOLLANDE, de rééquilibrer les comptes publics et de dégager des manœuvres de manœuvre, pour atteindre ces objectifs, me paraît louable. Pour l’instant, c’est douloureux, mais la finalité est hautement stratégique.

Croyants ou non croyants, que Dieu vous bénisse. Je prie pour une France et un monde républicains, fraternels, et soucieux du Bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.

Paris le 27 juillet 2013.                                                                       

 

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