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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 12:17

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 16:22

Kamala HARRIS, Running Mate de Joe BIDEN, le 3ème président Noir des Etats-Unis - la Convention démocrate

 

Le candidat démocrate, Joe BIDEN, pour les élections présidentielles américaines du 3 novembre 2020, a désigné Mme Kamala HARRIS, ancienne procureure, adversaire de la peine de mort, et sénatrice de Californie, en qualité ticket ou colistière (running mate). C’est la première fois qu’une femme métisse a des chances de devenir Vice-présidente des Etats-Unis.

J’attendais Michèle OBAMA, depuis mon premier post à la suite de la victoire de Donald TRUMP, comme candidate aux présidentielles de 2020 ; mais elle restera au centre de cette campagne électorale. Mais c'est Kamala HARRIS qui est sortie du chapeau. Née le 20 octobre 1964, à Oakland (Californie), Mme HARRIS, une protestante, fille d’un Jamaïcain et d’une Indienne, son prénom «Kamala» signifie «lotus» ; c’est aussi un nom alternatif de la déesse Lakshmi, épouse de Vishnou, une incarnation de la beauté, la prospérité et l’abondance. Mme HARRIS a effectué de nombreux séjours en Inde. Doug EMHOFF, son mari depuis 2014, est Juif. Sa mère, issue d’une famille de Brahmanes du Sud de l’Inde, arrivée à 25 ans aux Etats-Unis, après des études à Berkeley, deviendra chercheuse en cancérologie. Après le divorce, avec Donald HARRIS, professeur d’économie à Stanford, et père de Kamala, c’est sa mère, une militante des droits civiques, qui l’élèvera seule, avec sa sœur Maya. Kamala HARRIS a déjà une grande expérience politique ; elle avait déjà joué un rôle considérable dans la campagne de Hillary CLINTON. Kamala est une amie de Joseph dit Beau BIDEN (1969-2015), le fils aîné de Joe, décédé d’un cancer en 2015, et procureur général du Delaware.

Kamala HARRIS, une métisse, est désignée colistière de Joe BIDEN, tout le monde s'enthousiasme, et certains même disent qu’elle ne serait pas assez noire. Et après ?

On se souvient de l’espoir qu’avaient suscité les deux mandats de Barack OBAMA, son aspect hautement symbolique nous avait extasié. C’est en raison de cette victoire de Barack OBAMA que le champ des possibles, pour les racisés aux Etats-Unis, est plus que jamais ouvert. La classe politique française, enfermée dans ses privilèges de l’Homme Blanc, est dans le déni de ce système de ségrégation au pays de la prétendue universalité des droits de l'homme ; en fait, un Code de l’Indigénat qui ne dit pas son nom, une démocratie ethnique. Le rêve de Martin Luther KING de juger les individus, non pas sur la couleur de leur peau, mais sur leurs capacités, est devenu une haute probabilité.

A certains égards, Barack OBAMA avait déçu, notamment en ce qui concerne les violences contre les Noirs et la non-réduction des inégalités, même si l'Obama Care, la couverture médicale n’a jamais été remise en cause par Donald TRUMP. WEB du BOIS disait que le XXème sera la ligne de «partage des couleurs». C’est une analyse sociale et politique ; il demandait aux Noirs de refuser l’esclavage, la servitude et de réclamer l’égalité réelle, une juste place dans la société.

Cependant, les deux mandats de Barack OBAMA ont provoqué la revanche des petits Blancs, une victoire de Donald TRUMP, un suprémaciste, homophobe, xénophobe, unilatéraliste, misogyne et un goujat. Donald TRUMP, qui avait fait appel aux Russes, pour son premier mandat, ne reculera devant rien pour se faire réélire (Déni du Coronavirus, guerre froide avec les Chinois, attaque des Iraniens, sortie de l'OMS en pleine pandémie). Sa mauvaise gestion du Coronavirus et notamment cette hausse inconsidérée du chômage lui seront reprochées. «Make America Great» disait-il. Donald TRUMP n’a jamais pris au sérieux la pandémie du Coronavirus, et la situation ne cesse d’empirer. Ces présidentielles sont un référendum contre cette faute grave de Donald TRUMP : «La mauvaise gestion de la pandémie par le président nous a plongés dans la pire crise économique depuis la Grande Dépression. Et nous sommes en plein examen de conscience face au racisme et à l’injustice généralisée qui a fait descendre dans les rues une nouvelle coalition de consciences demandant un changement» dit Kamala HARRIS. Ou suivant un autre slogan de Donald TRUMP : «America First», mais l’image de l’Amérique s’est considérablement dégradée sous le mandat de Donald TRUMP qui méprise les questions d’environnement. Le président TRUMP est obnubilé par la reprise économique, mettant ainsi en danger la vie et la santé des Américains. Or, et en dépit de ces gesticulations, les Chinois sont devenus les patrons du monde. Contre le racisme et les violences policières, la jeunesse, de toutes les couleurs, est sur la scène politique pour réclamer Justice.

On dit de Kamala HARRIS que c'est une femme solide et expérimentée, une bombe contre Donald TRUMP qui n'a pas compris le danger que représente cette femme pour lui. «J’étais plus surpris qu’autre chose parce qu’elle a été très médiocre. Elle a eu de très mauvais résultats aux primaires. Et ça, c’est comme un sondage» dit Donald TRUMP, dans son mépris souverain. Le ticket BIDEN-HARRIS est une «promesse de reconstruire» un leadership et une Amérique multiculturelle, plus juste. «L’Amérique est en manque criant d’un dirigeant. Et pourtant nous avons un président qui se préoccupe plus de lui que de ceux qui l’ont élu» dit Kamala HARRIS.

Cependant aux élections du 3 novembre 2020, même si Joe BIDEN a théoriquement ses chances, mais rien n’est joué d’avance. En effet, la politique n’a d’intérêt que si elle change, vraiment, la condition de vie des citoyens. Il faudrait que le Monde d’après ne ressemble pas au Monde d’avant. La politique ce n’est pas la cosmétique, c’est l’égalité et la justice. Depuis l’affaire George FLOYD, nous serons très attentifs aux questions de Justice, au sens large du terme, aussi bien aux Etats-Unis, qu’en France avec ce projet de loi sur le séparatisme et en Afrique, avec ce soutien de la France-Afrique aux régimes monarchiques et préhistoriques. Les forces du Chaos doivent s’effacer au profit du Bien souverain.

La convention démocrate du 17 au 20 août 2020 a démarré, uniquement de façon dématérialisée, mais elle est relayée par les télévisions d’information continue avec de nombreux témoignages, dont ceux de Michelle OBAMA et du Sénateur Bernie SANDERS. Joe BIDEN a rassemblé largement son camp. Joe BIDEN est un homme de foi, qui a le sens de l’honneur ; il saura sauver l’économe, combattre efficacement la pandémie, écouter les scientifiques, et en homme intelligent, il saura bien s’entourer, pour prendre les bonnes décisions. 

Les interventions ont été organisées autour de 3 thèmes majeurs :

  • la question du leadership ;

  • de la Justice, de la lutte contre le racisme et les Violences policières ;

  • et la mauvaise gestion de la pandémie.

Michèle OBAMA, même si elle n’est candidate, pour l’instant à rien, a été la grande vedette de ce show. C’est elle qui a le plus caractérisé le régime de Donald TRUMP «Car à chaque fois que nous nous tournons vers la Maison Blanche pour une direction, ou du réconfort, ou un semblant de stabilité, ce que nous recevons à la place c’est du chaos, de la division et un manque complet et total d’empathie» dit-elle. Michelle OBAMA disait en 2016, «When they go low, we go high» ou «Quand ils s’abaissent, nous nous élevons». Avocate de Joe BIDEN, Michelle OBAMA a instruit surtout le procès de la gouvernance de Donald TRUMP, l’homme du Chaos et la division, qui «a montré qu’il n’était pas à la hauteur de la tâche » et fait preuve « d’un manque absolu d’empathie». Donald TRUMP est  leader qui «enhardit les suprémacistes blancs avec leurs torches» du KU KLUX KLAN. Le président américain s’attaque aux immigrants «avec des enfants séparés de leurs familles et jetés en cage». A la suite de la mort de George FLOYD, il voulait lever la troupe contre les manifestants antiracistes et leur a envoyé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Sa photo avec une Bible, à l’envers, témoigne d’un principe des principes d’amour du Christ. M

Dans sa brillante plaidoirie, Michelle OBAMA appelle à voter pour Joe BIDEN, «un homme profondément bon» et . «c’est quelqu’un qui écoute les autres, qui fait confiance à la science». Elle invite donc à ne pas s’abstenir : «Nous devons voter comme si notre vie en dépendait. Ce n’est pas le moment de s’abstenir ou de voter pour un candidat qui n’a aucune chance d’être élu» dit-elle.

Le thème de la Justice, de la lutte contre le racisme et les violences policières a été un temps fort de la Convention démocrate. Joe BIDEN était déjà allé, avec AL SHAPRTON, présenter ses condoléances, à la famille de George FLOYD. On peut dire qu’après Bill CLINTON, le seul président américain qui a des amis Noirs, et Barack OBAMA, on peut dire que Joe BIDEN est celui qui a plus compris et resté à l’écoute du peuple noir «We Know Joe BIDEN and Joe BIDEN know as» dit un représentant noir de Charleston, de la Caroline du Sud. Pour Joe BIDEN ces élections sont «le battle of Soul of this Nation». Aussi, les deux frères de George FLOYD sont venus témoigner. Leur frère n’est pas mort pour rien. Sa mort injuste a soulevé un vent d’espoir autour de la question de la Justice, du combat contre le racisme et les brutalités policières «Depuis 401 ans, la raison pour laquelle nous n'avons jamais pu être ce que nous voulions être et rêvions d'être, c'est parce que vous nous avez mis un genou sur le cou. Enlevez votre genou de notre cou ! (Get Your Knee out off our Necks !)», avait dit le Révérend AL SHAPRTON. A toutes les personnes mortes, injustement, de brutalités policières : «We never stop saying they names». Muriel BOWSER, maire de Washington DC, à la base du mouvement «Black Lives Matter» a délivré un puissant discours. Pour elle, «trop, c’est trop» nous voulons que nos enfants puissent aller se promener librement, sans être étouffés par les forces de l’ordre. Il y aura une grande manifestation, à Washington, le 28 août 2020, en hommage de «I Have a Dream» de Martin Luther KING.

Le gouverneur de l’Etat de New York, épicentre du Coronavirus, Andrews CUOMO, a insisté sur la mauvaise gestion de la pandémie par Donald TRUMP. Transparent, pédagogue et empathique, Andrew CUOMO, tranche avec les revirements de Donald TRUMP, ses lenteurs et son inefficacité, accusé d’avoir largement sous-estimé la dangerosité du nouveau Coronavirus et d’avoir tardé à agir.

Bernie SANDERS, l’aile gauche du Parti démocrate, qui a rallié, avec enthousiasme et sans ambiguïtés, Joe BIDEN, estime que l'avenir de la démocratie américaine est en jeu : «Il était nécessaire de faire barrage coûte que coûte à Trump pendant cette élection qui sera la plus importante de l’histoire moderne de notre pays» dit le Sénateur du Vermont. Auparavant et en ouverture de la Convention, Eva LONGORIA avait dit «Tous les quatre ans, nous nous rassemblons pour réaffirmer notre démocratie. Cette année, nous sommes venus la sauver.  Les presque quatre années passées sous la présidence de Donald Trump nous ont diminués et divisés. Et pourtant, au milieu de cette peur, de la peine et de l’incertitude, le peuple s’est rassemblé car nous savons que nous valons mieux que cela. L’Amérique vaut mieux que cela» dit-elle. L’objectif, dans l’unité, fixé par Bernie SANDERS est clair «Ensemble, nous avons fait bouger ce pays dans une direction nouvelle et audacieuse» dit-il. Même s’ils ne sont pas d’accord sur tout, Bernie SANDERS a jugé que Joe BIDEN a pris des positions plus progressistes pendant ces primaires. «Mais soyons clairs : si Donald Trump est réélu, tous les progrès que nous avons faits seront mis à mal», dit-il. Il faut «protéger cette nation», Donald TRUM, dans son incapacité de résoudre les crises, est sur le chemin de l’autoritarisme : «Ce président n’est pas seulement une menace pour notre démocratie : en rejetant la science il a mis en danger nos vies et notre santé» dit-il.  Dans cette crise du Coronavirus, Donald TRUMP manquant d’empathie, a fait preuve d’une grande désinvolture : «Néron jouait du violon pendant que Rome brûlait. Trump golfe» dit Bernie SANDERS.

 

On a remarqué aussi des défections de Républicains, venus apporter leur soutien à Joe BIDEN qui ratisse et rassemble désormais large (soutien de l’épouse de John MacCAIN et de Colin POWELL). Sans nier les différences politiques, Joe BIDEN, avec son leadership, comme un grand sage africain, a le pouvoir de rassembler tous, autour de l’essentiel. En homme normal, Joe BIDEN veut ramener l’Amérique à la sérénité et aux bons choix. Par ailleurs, Joe BIDEN, auparavant, initiateur d’une loi protégeant les femmes contre les violences conjugales, s’engage cette année pour les droits des Gays et Lesbiennes, ainsi que la protection de toutes les minorités, contre la détention illégale d’armes, la lutte contre le racisme et les violences policières.

 

Cette convention, pourtant dématérialisée, est également pleine d’émotion. Joe BIDEN, qui avait subi de nombreuses épreuves de la vie (décès en 1972 de sa première épouse Neila HUNTER et de son fils BEAU en 2015), est restée un homme de cœur et de compassion. Dans une situation de crise et de dramaturgie du Covid-19, l’Amérique a besoin d’un président humaniste qui sait écouter et réconforter, mais aussi prendre en charge leurs souffrances et leurs besoins, en apportant à l’Amérique les bonnes solutions.

 

Barack OBAMA, Hillary CLINTON, Muriel BOWSER et Kamala HARRIS sont  entrés en scène le mercredi 19 juillet 2020. L’ancien président, Barack OBAMA, s’est livré à une attaque frontale, contre le président en exercice, Donald TRUMP, accusé de menacer la démocratie, pour «ses propres intérêts». En effet, pour lui, «J’espérais que Donald Trump prenne ce job au sérieux. Qu’il ressente le poids de cette responsabilité et découvre une forme de révérence pour la démocratie placée entre ses mains. Mais il ne l’a jamais fait. Depuis quatre ans, il n’a montré aucun désir de se mettre au travail, aucun intérêt à utiliser la puissance de son mandat, si ce n’est pour son propre intérêt ou celui de ses amis» dit-il. Barack OBAMA estime que la démocratie est menacée aux Etats-Unis : «Cette administration a montré qu’elle était prête à démanteler notre démocratie si c’est nécessaire pour gagner. Ne les laissez pas vous prendre votre pouvoir. Ne les laissez pas vous prendre votre démocratie» dit-il. Rappelant la mémoire de John LEWIS (1940-2020), le mouvement «Black Lives Matter» ainsi que les combats pour les droits civils, «la vie des noirs a de l’importance, pas plus mais pas moins» dit-il. Aussi, Barack OBAMA invite tous les électeurs à aller voter massivement pour le ticket BIDEN-HARRIS, pour que «nos enfants ne grandissent pas sur une planète inhabitable» dit-il. «Ce soir, je vous demande de croire en la capacité de Joe [Biden] et Kamala [Harris] de sortir notre pays de ces temps sombres et de le reconstruire meilleurParce que c’est ce qui est en jeu aujourd’hui : notre démocratie» précise Barack OBAMA.

 

Kamala HARRIS a aussi attaqué dur : «Le chaos permanent nous laisse à la dérive. L’incompétence nous fait nous sentir apeurés. L’insensibilité nous fait nous sentir seuls. C’est beaucoup. Mais voilà : nous pouvons faire mieux et nous méritons beaucoup plus», dit-elle. Donald TRUMP a failli à tous ses devoirs, notamment en ce qui concerne la gestion de la pandémie : «L’absence de leadership de Donald Trump a coûté des viesIl n’y a pas de vaccin pour le racisme, nous devons faire le travail» dit-elle.

 

Hillary CLINTON, qui avait gagné, en voix, plus de 3 millions, avait perdu en 2016 contre Donald TRUMP : «Depuis quatre ans, les gens me disent Je n’avais pas réalisé combien il était dangereux (…) ou pire J’aurais dû voter dit-elle. Mme CLINTON demande donc aux électeurs de se mobiliser le candidat démocrate, Joe BIDEN.

 

Joe BIDEN, entré en scène le jeudi 20 août 2020, condamne l’étroitesse d’esprit, la haine. Joe BIDEN se pose en garant des valeurs de l’Amérique : «Le caractère, la compassion, la décence, la science, la démocratie, tout cela est en jeu», dit-il. Joe BIDEN en appelle à l'unité du pays, afin de «surmonter une époque sombre. Il y a trop de colère, trop de peur, trop de division» précise-t-il. Joe BIDEN se pose en futur président américain. Donald TRUM, est en déficit de leadership, incapable de faire face à «quatre crises historiques en même temps» : sanitaire, économique, raciale et climatique. Il a aussi cherché à se poser en commandant en chef, «Le temps des flirts avec les dictateurs est terminé». Ces élections du 3 novembre 2020, sont «un combat pour l’âme» de l’Amérique. Les électeurs devraient se mobiliser pour tourner la page «sombre des années Trump», qui a attisé «attisé les flammes de la haine» et a «échoué à protéger le pays» contre le COVID-19. 

 

A l’initiative du Révérend AL SHAPRETON, le prochain grand rdv est pour le 28 août 2020,  un clin d’œil à la fameuse Marche de Martin Luther KING du 28 août 1963 pour les droits civiques.

 

Paris, le 13 août 2020, actualisé le 21 août 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 


 

«Kamala HARRIS, Running Mate de Joe BIDEN. Et Après ?» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 16:21

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 09:56

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 22:13

Alassane Dramane OUATTARA président de Côte d'ivoire (RCI) un 3ème mandat à hauts risques

Élu en 2010 et réélu en 2015, le président Alassane Dramane OUATTARA, de la RCI, avait annoncé, initialement, qu'il ne se représentera pas aux présidentielles du 31 octobre 2020, pour un 3ème mandat. Il s'était déclaré attaché au respect de la parole donnée. A l'époque, dans un post du 5 mars 2020, j'avais salué cette décision comme un choix sur le chemin de l'honneur. C'est un peu mal connaître cet esprit «chef de village» de certains dirigeants africains ayant patrimonialisé le pouvoir étatique, devenu leur chose personnelle. «J’y suis, j’y reste» telle est devise de ces régimes monarchiques et préhistoriques. Ces potentats africains peuvent compter sur les indignations sélectives des Occidentaux, ne parlant de dictatures et de droits de l’Homme que pour justifier le contrôle leur pré-carré et la défense de leurs intérêts nationaux.

Cette décision hasardeuse et dangereuse de Alassane OUATTARA, de briguer un 3ème mandat, pourrait créer une situation à la malienne, dans un pays jadis prospère et stable, mais subitement ruiné par des années de guerre civile de 2002 à 2003. Sur le plan juridique, la Constitution de la RCI n'autorise pas 3 mandats successifs : «Le Président de la République est élu pour cinq (5) ans, au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois» proclame l’article 35 alinéa 1er de la Constitution ivoirienne, dans sa version du 2016. On se souvient de cette formule du président Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), gravement malade et qui s’accrochait au pouvoir «un chef Baoulé, ne démissionne pas ; il meurt au pouvoir» disait-il. Le président OUATTARA voulait mettre un mettre un chef d’Etat à sa botte en la personne de Amadou Gon COULIBALY (1959-2020), décédé, subitement le 8 juillet.

En effet, certains présidents africains n'en ont cure du respect des règles constitutionnelles, quand cela ne les arrange pas. Le président guinéen Alpha CONDE, après son un référendum constitutionnel, en pleine pandémie, et en dépit de nombreux morts, entend s'octroyer une présidence à vie, avec la complicité de Vincent BOLLORE, le patron de CNews où Eric ZEMMOUR nous insulte chaque soir. Il existe encore de nombreux régimes monarchiques et préhistoriques en Afrique notamment au Tchad, au Gabon, au Niger, en Ouganda, en Guinée Equatoriale et au Togo. Le Cameroun n’a connu que 2 présidents depuis son indépendance, Amadou AHIDJO et Paul BIYA, qui était son premier ministre. Au Togo, le pouvoir est transmis de père en fils de plus de 54 ans. Ainsi les élections présidentielles du 22 février 2020 ont été confirmées par la Cour constitutionnelle le 3 mars 2020 par une victoire à 70,18% de Faure GNASSINGBE.

Dans les années 60, le général de GAULLE avait mis en place un système d'indépendance dans la dépendance des pays africains (des chefs d'État acquis à la France, des accords de coopération et de défense pour surveiller ceux qui s'écartent du bon chemin, un FCA pour conserver les devises africaines et s'octroyer un vaste marché en Afrique relégué au rang de consommateurs).

Ces régimes monarchiques et préhistoriques, sans conscience sociale, génèrent, hélas, du terrorisme, des réfugiés et du fondamentalisme. En effet, six Français sont morts le 9 août 2020 au Niger, pays qui fournit l'uranium aux centrales nucléaires françaises. C’est une grande tragédie. On connaît aussi la situation malienne où le chef de l'opposition a été enlevé depuis le 25 mars 2020. Le groupe M5 a lancé le 5 juin 2020 une désobéissance civile. Cette situation malienne, si elle est mal gérée, pourrait se propager dans le reste de la sous-région. Or, la Côte-d'Ivoire recèle, potentiellement, tous les éléments d'une nouvelle explosion dans une zone déjà troublée.

Tout d'abord, l'ancien président, de 2000 à 2010, Laurent GBAGBO, arrêté et détenu d’abord par son concurrent, Alassane OUATTARA, pendant 8 mois, puis transféré à la Cour pénale international, a été acquitté en première instance en janvier 2019, après 7 années de préventive. Laurent GBAGBO ne peut, depuis lors, revenir dans son pays pour compétir à ces présidentielles du 31 octobre 2020. Ses partisans ont déjà manifesté le samedi 8 août 2020, à Paris, pour exiger son retour au pays. En RCI, d'autres opposants préparent, activement, des actions de désobéissance civile, comme au Mali, dès le 10 ou 11 août 2020.

Ensuite d'autres «Caïmans» sont à l'affût, comme l’ancien rebelle Guillaume SORO qui menace le recours à la force, s'il n'était pas entendu. Konan BEDIER, le milliardaire, affûte ses armes.

Enfin, pendant ce temps, et comme toujours, la France aurait choisi son poulain, en la personne de Tidjane THIAM, un banquier. La RCI, c’est un gâteau juteux, comme le Gabon, que la Françafrique n’abandonnera pas facilement. Ainsi, à la mort, de Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993) étaient présents à ses obsèques : François MITTERRAND, Edouard BALLADUR, Valery GISCARD-D’ESTAING, 7 anciens premiers ministres français et Jacques DELORS, président de la Commission européenne des droits de l’Homme : «La France, pour sa part, perd en Félix Houphouët-Boigny un ami de toujours. Elle n'oublie par le ministre d'Etat qu'il fut en France. Félix Houphouët-Boigny a été l'artisan éminent de l'amitié profonde qui unit durablement la France et la Côte d'Ivoire» écrit le président MITTERRAND. La richesse amassée par Félix HOUPHOUET-BOIGNY, à lui tout seul, à sa mort, est évaluée à plus de 7 milliards, sans compter un important patrimoine immobilier en France et à Nassau aux Bahamas, et des comptes bancaires en Suisse (USB et Citibank). Samuel MARECHAL, Directeur général du Front National de la Jeunesse, le père de Marion MARECHAL, a épousé Cécile, l'aînée des petites-filles de Félix HOUPHOUET-BOIGNY. En raison d’un magot pareille, on dit que l’argent n’a ni d’odeur, ni couleur.

60 ans les indépendances dans la dépendance, c'est cela le triste sort de l'Afrique où des régimes favorables au Maitre sont installés et prêts à tout, contre leur peuple. Pour les forts, tout est question de matières premières, de débouchés, de terrorisme et d'Islamisme. Tout n’est que soumission, violence et prédation. Dans cette logique de domination, il faut «surveiller et punir», comme le dirait Michel FOUCAULT (1926-1984), ceux qui s’écarteront de la bonne voie (22 chefs d’Etat africains ont déjà perdu leur vie).

Le président MACRON dit parfois qu’il y aurait une sorte de «montée de sentiment antifrançais en Afrique». Nos ancêtres les Gaulois sont des esprits rationnels ; la France est un partenaire ancien de l’Afrique. En d’autres temps, d’autres méthodes. L'Afrique, c'est aussi des femmes et des hommes en quête de leur dignité souhaitant coopérer avec les autres fraternellement et équitablement, dans le respect mutuel, sans ce lien de soumission et d’ingérence permanente. Pour avoir ignoré cette donnée majeure (augmentation récente du droit d’inscription des étudiants africains, durcissement de la loi sur l’immigration, projet de loi sur le séparatisme, refus de reconnaître le racisme institutionnel et systémique ainsi que les violences policières, ingérences permanentes dans les affaires africains, comme au temps colonial), la France est en train de perdre d’importants parts de marchés en Afrique au profit de la Chine ; ce qui est fort regrettable. Le seul chemin viable est celui d'une coopération juste et équitable, en payant le bon prix des matières premières africaines. La France est un partenaire historique de l'Afrique et cela devrait le rester, mais sur une base du respect mutuel. Ce vœux pieux, de l'ordre d'une incantation morale, ne sera pas entendu, parce ceux qui pillent l'Afrique depuis des siècles. La solution ne viendra pas donc des autres qui n’ont aucun intérêt à ce que cela change, mais des Africains eux-mêmes. Bien des peuples ont commencé à se soulever, et à congédier ces régimes monarchiques et préhistoriques : Algérie, Zimbabwe et Soudan.

Une situation en RCI à suivre attentivement, comme le Mali.

Paris le 9 août 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 22:12

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 20:42

J'ai le privilège et l'avantage de rencontrer Mme Fatou SENE CAMARA, d'origine sénégalaise, mais malienne et patronne du Restaurant «Yan Kady» (c'est délicieux en Bambara) à Montreuil. Mme Fatou SENE CAMARA est également la représentante en France de Soumaila CISSE, cet opposant malien kidnappé, le 25 mars 2020, à la veille des législatives maliennes, dont la demande de libération est au cœur de ces actions de désobéissance civile du Groupe M. 5.

Mme Fatou SENE CAMARA fait partie de cette nouvelle race de capitaines d'industrie issus de la diaspora qui ont décidé de lancer leur entreprise : «si on veut, on peut» dit-elle à tous les racisés qui veulent se lancer dans les affaires. En effet, Mme SENE CAMARA a démarré avec un capital modeste de 1000 €, et a dû travailler de nombreuses années au marché, pour assembler un capital substantiel. Certains autoentrepreneurs débutent par des ventes en ligne, si cela est compatible avec l’activité. Mme SENE CAMARA a patienté de 2005 à 2014 avant de trouver un local en centre-ville de Montreuil, non loin de la mairie de notre ami, Patrice BESSAC. Montreuil, c'est la capitale du Mali en France avec ses nombreux foyers et ses ventes de maïs dans la rue. Les bureaux de vote des Sénégalais de l'extérieur étaient pendant longtemps situés à Montreuil avant d'être transférés à Saint-Denis.

Mme SENE CAMARA estime que c'est un métier d’entrepreneuse, est difficile et exigeant, il faut payer le personnel et les charges. En dépit de ces contraintes, quand on a un rêve, en s'accrochant, on finit par s’en sortir. Rien n'est donné facilement ; tout se conquiert. Le restaurant de Mme SENE CAMARA est devenu le lieu de rencontre de la jet set et des dignitaires maliens, mais aussi de nos ancêtres les Gaulois qui apprécient les grillades, les salades et le mafé.

Mme Fatima SENE CAMARA est également une militante politique aguerrie. Dès que Mme SENE évoque le nom de Soumaila CISSE on sent l’émotion et le ton monter d’un cran. Mme SENE CAMARA est, en effet, la représentante de l’Union pour la République et la Démocratie (URD), de Soumaila CISSE en France. Mme SENE CAMARA estime que le groupe M.5 devrait exiger, encore plus énergiquement, la libération de Soumaila CISSE qui s'est battu pour les droits de tous les Maliens. Mme SENE estime que Choguel Kokalla MAIGA est resté fidèle et loyal à Soumaila CISSE ; ce qui l'honore.

Le président Ibrahima Boubacar KEITA (IBK) fait des annonces régulièrement en disant que soit Soumaila CISSE est vivant ou qu'il va être bientôt libéré. Si IBK se veut si rassurant, c'est qu'il sait où est Soumaila CISSE, ou qu'il est pour quelque chose dans son kidnapping. Il n'est pas normal que le principal opposant d'un pays, à la veille d'un aussi grand scrutin comme les législatives, disparaisse et que les soi-disant démocraties occidentales, aussi soucieuses des droits de l'homme, soient restées silencieuses à ce sujet.

Mme Fatima SENE CAMARA, dont le père Mamadou SENE est un Sérère originaire de Saint-Louis, et la mère de la famille ANNE, une peule, a lancé un puissant appel au président Macky SALL pour la libération de cet opposant malien. Pour elle, en fait, Soumaila CISSE est le vrai vainqueur des élections présidentielles maliennes de 2018. Soumaila CISSE, un ami du président Macky SALL, a ses deux enfants vivant et travaillant dans ce pays, ainsi que d'autres membres de sa famille.

Mme Fatima SENE CAMARA de l'URD, informe que la diaspora malienne manifestera, en synchronisation avec le Mali, le mardi 11 août 2020, à Paris, à 14 h de Bastille à République. Sa première revendication est la libération de Soumaila CISSE détenu depuis le 25 mars 2020, avant la création du groupe M5 (créé le 5 juin 2020). IBK a élu dans un cadre démocratique, mais IBK qui kidnappe ses opposants, n'est pas un démocrate. Une démocratie sans opposants n'est pas une démocratie. Mme SENE réclame, naturellement, la démission de IBK pour sa mauvaise gouvernance et au nom des civils manifestant pacifiquement qui ont été tués par les forces de l'ordre.

«Iniché» (merci en Bambara) à Mme Fatima SENE CAMARA pour sa combativité et son esprit d'entreprise.

Restaurant «Yan Kady chez Fatou» 22 boulevard Rouget de Lisle, à 93100 Montreuil, métro ligne 9 mairie de Montreuil. Tél 01 42 87 07 50

Paris le 8 août 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 


 

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 20:42

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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 07:13

Il fut un temps où le Liban était considéré comme le jardin d'Eden ou la Suisse du Moyen-Orient. Les confréries religieuses, les différentes guerres dans la sous-région ont fait basculer le pays dans l'horreur. Il y a eu Sabra et Chatila, ce massacre impuni de 3600 Palestiniens en septembre 1982, assassinat de Rafiq HARIRI en 2005, la séquestration d'un premier ministre par l'Arabie saoudite, Saad HARIRI en décembre 2017, les 15 ans de guerre civile entre 1975 et 1990, les millions de réfugiés palestiniens et syriens (1,5 millions, soit 30% de la population), une population tenue en otage par des pratiques gouvernementales quasi-mafieuses, les conséquences économiques désastreuses de cette pandémie (chômage massif, cherté de la vie, trafics en tous genres, notamment l’électricité).

On croyait que le Liban avait touché le fond. Et voilà que ce désastre innommable enfonce encore plus un peuple déjà dans une grande souffrance. Ce drame nous touche tous, profondément. Au Sénégal réside une forte communauté libanaise depuis le milieu du 19ème siècle : «J'exprime, au nom de la Nation, mon soutien et ma solidarité au peuple libanais, suite à ces événements tragiques qui frappent la capitale Beyrouth» écrit le président Macky SALL. Une grande avenue à Dakar porte le nom d’un notable libanais, Abdelkrim BOURGI, le père de notre ami Albert BOURGI, professeur à sciences politiques. C'est son frère Robert, conseiller de BONGO qui avait offert les fameux costumes à François FILLON. La France a également des relations étroites avec les Libanais, ces ancêtres des Phéniciens, depuis le roi, Saint-Louis et a toujours soutenu les Chrétiens d'Orient. Le président MACRON s’est rendu au Liban pour «porter un message de Fraternité et de Solidarité des Français». La France a déjà envoyé un détachement de sécurité civile, plusieurs tonnes de matériel sanitaire et des urgentistes. Longtemps sous le joug de l'empire ottoman et de la Syrie, le Liban est retombé du 24 avril 1920 au 10 novembre 1943 sous mandat de la France. Mais c'est un État faible, où la moindre étincelle est explosive, en raison d'un compromis, non écrit, datant de 1943 : la présidence est réservée à un Maronite, celle du Conseil des ministres à un Sunnite et celle de la chambre des députés à un Chiite. Diverses forces extérieures interviennent, constamment, dans les affaires intérieures libanaises. Les Maronites, ou Chrétiens d’Orient sont soutenus par les Occidentaux et Israël, les Sunnites par les Syriens et les Saoudiens et les Chiites par les Iraniens. C'est un système communautariste et clientéliste qui génère une corruption systémique et à grande échelle. «Justice pour les victimes et pendez les corrompus» disent les jeunes.

Les Libanais sont un peuple de voyageurs, comme nous les Peuls, et sont attachés à leurs racines. Le poète Khalil GIBRAN, un homme faible physiquement, mais fort spirituellement, incarne bien ce Liban éternel qui attend sa résurrection ainsi que cette réconciliation entre l'Orient et l'Occident. Il chanté le Liban, une incarnation de sa mère : «La mère est tout dans la vie. Elle est la consolation dans la tristesse, le secours dans la détresse, la force dans la faiblesse. Elle est la source de la tendresse, de la compassion et du pardon. Celui qui perd sa mère perd un sein où poser la tête, une main qui le bénit et un regard qui le protège» écrit-il. Le cèdre symbole de son pays, emblème de grandeur, de noblesse, de force et de pérennité, occupe une place de choix dans sa contribution littéraire de ce poète national du Liban. En dépit des difficultés de son pays, Khalil GIBRAN est resté habité par l’espoir et l’espérance : «Vous avez votre Liban avec tous les conflits qui sévissent. J’ai mon Liban avec tous les rêves qui y vivent. Mon Liban est fait de collines qui s’élèvent avec prestance et magnificence vers le ciel azuré» écrit-il.

«Khalil GIBRAN (1883-1931), poète, éditorialiste, artiste, écrivain mystique et maudit», par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Khalil GIBRAN est «un porteur de souffle spirituel» suivant une formule de Jean-Pierre DAHDAH, un de ses biographes, qui sut repousser les frontières de la conscience et révéler les secrets de l’âme. Personnalité charismatique, d’une grande sensibilité artistique, ambitieux et solitaire GIBRAN est un chrétien maronite accordant une place de choix au Soufisme. Il avait un désir spirituel profond pour un monde plein de sens, imprégné de dignité. Son œuvre allie le romantisme aux frontières du mysticisme à une aspiration authentique au changement social. Poète et peintre d’expression arabe et anglaise, Khalil GIBRAN est né le samedi 6 janvier 1883, Bcharré, «demeure d’Astarté», au Nord du Liban et mort le 10 avril 1931 à New York. «Une étoile filante a illuminé notre ciel, sa course fut brève mais non ses retombées» dit Fouad HANNA-DAHER. A la fois peintre et poète, il séjourna deux ans à Paris, vécut à Boston et à New York, et attira un grand nombre de lettrés et d'admiratrices.

 

Editorialiste de journaux de langue arabe, GIBRAN est connu pour son livre «Le Prophète», un ouvrage qui a su «faire reculer les frontières de la conscience» suivant Marc de SMEDT. «Le Prophète» est aujourd'hui considéré comme un livre-culte dans le monde entier. Disponibles dans plus de quarante langues et dans plusieurs traductions en français, des millions d'exemplaires en ont été vendus depuis sa première édition, en 1923. Rarement livre de spiritualité a autant voulu dépasser, dans un langage clair et accessible à tous, les oppositions religieuses pour chanter les valeurs universelles qui, depuis la nuit des temps, consacrent la grandeur de l'humanité. Si la littérature de GIBRAN connaît encore un considérable succès c’est en raison du «besoin d’une éthique de vie simple et tolérante, ouverte sur l’intérieur de soi et sur le monde d’autrui, accueillant la magie de l’existence, les joies et tristesses du temps qui passe» dit Marc de SMEDT. GIBRAN est fortement influencé par la rébellion de Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) et le panthéisme de William BLAKE (1757-1827). Poète et philosophe libanais, inspiré des légendes d’Adonis et d’Astarté, Khalil GIBRAN est un écologiste avant l’heure. Il invoque la sainteté de la nature, notre devoir de la protéger et de l’ennoblir, de la sanctifier, de la célébrer et de communier avec elle. Dans ses écrits, les arbres, et en particulier, les cèdres sacrés du Liban, occupent une place de choix.

 

Son père, Khalil GIBRAN (1852-1909), était beau parleur et bon vivant, mais il avait un caractère irascible et un tempérament mercuriel. Mais son père savait administrer des leçons de tolérance religieuse à ses enfants. En 1891, alors que le jeune Khalil n’avait que 8 ans, son père qui était tenancier d’une boutique et percepteur d’impôts, à la suite d’accusations, à tort de malversations, sera mis en état d’arrestation, privé de salaire, ses biens ainsi que la maison familiale, sont confisqués. Quand le reste de la famille émigra aux Etats-Unis, le père fut contraint de rester au Liban pour rembourser les dettes contractées à la suite de son procès. Sa mère, Kamila RAHMé (1858-1903), est la fille d’un prêtre maronite versé dans les mystères théologiques, mélomane et polyglotte.

 

Sa mère devenue veuve, après deux années d’union, due se remarier le 14 août 1880, mais son second mari était impuissant. Sans attendre l’annulation de son second mariage, elle se donna à Khalil et le troisième mariage sera légalisé le 8 janvier 1881. De cette troisième union naquirent trois enfants : Khalil, Mariana et Sultana. Né sous le signe de la diversité, GIBRAN est conscient du génie qui l’inspire : «le génie est le chant du rouge-gorge à l’aube du printemps tardif» dit-il. «Mon école fut la prison de mon corps et les chaînes de mes pensées» souligne-t-il. Sa mère qui avait l’intuition du talent de Khalil l’initia à la musique et à la poésie et lui raconta divers contes, dont les Mille et une nuits. «Je n’éprouve guère le besoin de lui exprimer mes désirs parce qu’elle les devenait» dit-il. Khalil, solitaire, pensif et peu joyeux, avait ses ressources intérieures, sa passion pour le dessin. En dépit d’une grande tendresse pour sa mère, Khalil est révolté contre l’emprisonnement de son père. Marqué par le christianisme, son éducation a été assurée, à l’enfance par des prêtres. Lorsque son père fut libéré en 1894, la situation de la famille ne cessait de se dégrader. La famille, sans le père, se résolut d’immigrer aux Etats-Unis. Le souvenir du bateau qui les transportait a inspiré le «Prophète».

 

Sa famille débarque à New York le 25 juin 1895 et sera hébergée, chez l’arrière-grand-père de Khalil à Boston, pendant trois ans. Ville du dollar, du savoir et cosmopolite, on s’y partage la misère. La vie dans le quartier de l’autre côté de la voie ferrée est dure et impitoyable. Kamila s’improvise colporteuse de linge pour la communauté syrienne et ouvrira, par la suite, une boutique. Boston est un siège de l’intelligentsia américain où foisonnent des tendances orientalistes ; ce qui a permis à Khalil GIBRAN de belles rencontres. En effet, dans un centre social, Florence PIERCE, son professeur d’art, fut le premier, en 1896, qui a reconnu le talent de dessinateur de Khalil. Il posera pour Frederick, dit Fred, Holland DAY (1864-1933, photographe, éditeur et homosexuel) chez qui il découvre une importante bibliothèque et perfectionne son anglais. GIBRAN illustrera certains ouvrages publiés par Copeland and Day Publishers. GIBRAN est reconnaissant à l’égard de DAY qui a été «le premier à dessiller les yeux de ma jeunesse face à la lumière, vous saurez me donnez des ailes pour mon grand âge d’homme» dit-il dans une lettre de juin 1908. A Boston, GIBRAN rencontre Joséphine PRESTON PEABODY (1874-1922, poète et dramaturge), sa première muse. «Ecoutez la femme quand elle vous regarde, et non quand elle vous parle» dit-il à propos de Joséphine, séduit par sa beauté radieuse. «Je ne suis plus maronite, dorénavant, je suis un païen» dit-il au contact avec DAY. Khalil découvre la haute société bostonienne et fait exposer ses dessins à l’âge de 15 ans. Artiste immature, Khalil était triste.

 

Khalil GIBRAN retournera au Liban de 1898 à 1902. Pendant ce séjour, il lit beaucoup, et est séduit par le drame de Prométhée, celui d’Orphée, la philosophie de Pythagore, Zoroastre et la mythologie indienne. Son père, resté seul au Liban, a sombré dans l’alcool. Khalil, cet enfant étrange, solitaire, vif, lucide et critique, apprend le français. Il décide d’écrire, en 1899 un livre dont le titre initial est «Pour que l’univers soit bon». En fait, il s’agit de la première mouture du «Prophète» dont la rédaction durera 25 ans. Khalil tombe amoureux, sans conséquence d’une jeune fille, Hala. Dans les «Ailes brisées» il écrira, au printemps de sa vie, des poésies enflammées : «L’amour, par un jour, de ses rayons magiques, m’ouvrit les yeux, et pour la première fois il effleura de mon âme de ses doigts de feu».

 

Khalil retourne à Boston en avril 1902. Sa sœur Sultana va mourir le 4 avril 1902. Sa mère continue à se ruiner la santé en faisant les ménages. Sa mère est cancéreuse Son frère, Boutros, tuberculeux. Boutros va mourir le 12 mars 1903, à l’âge de 26 ans. Sa mère cancéreuse disparaîtra le 28 juin 1903, à 45 ans «Ma mère ne souffrira pas. Nous continuerons de souffrir et nous mourrons envie de la revoir» dit-il dans une lettre du 29 juin 1903, Frederik DAY. Khalil est profondément affecté par ces disparitions et songe à l’Evangile, selon Saint Jean : «En vérité je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, seul restera-t-il ; mais s’il meurt, il portera beaucoup de fruits». Toute chose meurt pour vivre. La vie est un voyage et la mort en est le retour. La douleur est au cœur de sa contribution littéraire. «La mère est tout dans la vie. Elle est la consolation dans la tristesse, le secours dans la détresse, la force dans la faiblesse. Elle est la source de la tendresse, de la compassion et du pardon. Celui qui perd sa mère perd un sein où poser la tête, une main qui le bénit et un regard qui le protège» dit-il. Mais Khalil trouve une autre consolidation dans ses écrits empreints de mysticisme : «La mélodie qui repose en silence au fond du cœur de la mère sera chantée sur les lèvres de son enfant». Khalil GIBRAN se réfugia en sa plume et son crayon, en prenant soin de préciser que «Le vrai plaisir dans cette vie ne peut nous atteindre que par le chemin de la douleur». GIBRAN est un écrivain de la douleur. «Si j’avais à choisir, je n’accepterai de changer les chagrins de mon cœur contre toutes les joies du monde». Dans une correspondance à Nakhlé GIBRAN (cousin vivant au Brésil) datée du 15 mars 1908, GIBRAN compare la vie aux quatre saisons de l’année «Le triste Automne arrive après le joyeux Eté, et l’Hiver furieux vient juste derrière le triste Automne, et le beau Printemps apparaît après le passage de l’Hiver furieux». Et GIBRAN d’ajouter «j’ai l’impression que la vie est une sorte de système de dette avec remboursement. Elle nous donne aujourd’hui afin de reprendre demain».

 

Avec le concours financier de Mary HASKELL, qui l’incite désormais à écrire aussi en langue anglaise, Khalil GIBRAN va séjourner à Paris, de 1908 à 1910, ville qu’il qualifie de «cité du savoir et des arts» et de «capitale des beaux-arts». GIBRAN a «l’impression d’être venu en ce monde pour écrire mon nom sur la face de la vie avec de grandes lettres. (…). J’ai l’impression que mon voyage à Paris sera la première étape sur une échelle qui atteint le ciel». Il espère terminer en France son ouvrage «Les Ailes brisées». Il s’impatientait d’aller à Paris, «au cœur du Monde» pour découvrir l’Opéra et le théâtre français, le Louvre, notamment Raphaël, Da Vinci et Corot. On sent qu’il est heureux de séjourner à Paris : «J’ai l’habitude de regarder la vie à travers les larmes et les rires, mais aujourd’hui, je vois la vie à travers les rayons dorés et enchanteurs de la lumière» dit-il dans une lettre du 28 mars 1908. C’est à Paris que GIBRAN découvre en NIETZSCHE ce «sobre Dionysos» et fut conquis par «Ainsi Parlait Zarathoustra». La lecture de ce philosophe allemand d’une érudition foudroyante, capable de démolir les anciennes habitudes de pensée et les préjugés moraux, révolutionna la pensée littéraire de GIBRAN. C’est à Paris, à l’atelier de Pierre-Amédée BERONNEAU (1869-1937), qu’il rencontra également Auguste RODIN qui l’initia à l’art et à la poésie de William BLAKE (Lettre 7 février 1909, à Mary HASKELL). C’est de Paris qu’il annonce avoir choisi la vie littéraire, avec ses souffrances, ses difficultés aux anneaux entrelacés et espère les surmonter. Si les obstacles n’existaient pas «il n’y aurait ni effort, ni labeur, et la vie s’en trouverait plus froide, plus vide et plus ennuyeuse» dit-il dans une lettre du 27 septembre 1910.

 

I - Khalil GIBRAN, un humaniste, visant à réconcilier l’Orient et l’Occident Humaniste,

 

Poète et philosophe, Khalil GIBRAN a su réaliser la synthèse de l’héritage oriental et la modernité occidentale. GIBRAN, dans sa mystique, est fortement inspiré par le Soufisme, une doctrine qui attaque, de façon frontale, l’Islam dogmatique et orthodoxe. Pour les Soufis, le sage est celui qui a la connaissance philosophique et l’expérience spirituelle. Un fidèle doit être constamment inspiré par l’Amour des autres, sinon il va perdre son Moi et sera livré à l’impérialisme religieux, tout à fait contreproductif. Cette prise en compte du Moi, dans le Soufisme que si Dieu «nous a donné la vie et l’existence par son être, je lui donne aussi la vie, en le connaissant dans mon cœur» dit Ibn ‘ARABI. «Dieu ne vit pas sans moi, je sais que sans moi, que Dieu ne peut vivre un clin d’œil» précise Angelus SILESUS. Dans son livre, «Le Jardin du Prophète» à une question posée qui est Dieu, en vérité, GIBRAN répond «pensez à un cœur qui contient tous les cœurs, un amour qui ceint tous les amours, un esprits qui réunit tous les esprits». Dans une passion évangélique, au lieu de louer un Dieu inaccessible, GIBRAN prêche l’amour, la compréhension mutuelle et la fraternité. Et, il précise «nous sommes le souffre et la flagrance de Dieu. Nous sommes Dieu, dans la feuille, dans la fleur, et souvent aussi dans le fruit». Face aux hypocrites, aux tyrans et aux fondamentalistes, GIBRAN assène cette vérité dans son «Prophète» : «Qui peut séparer sa foi de ses actes, ou sa croyance de ses occupations ? Votre vie quotidienne est votre temple et votre religion».

 

Par conséquent, dans sa conception de la religion, Khalil GIBRAN est farouchement hostile à tout fanatisme. Dans «Fossoyeur» la «Tempête» et «Fou» la plus grande joie et la seule préoccupation de GIBRAN est de creuser des tombes pour ceux qui vivent dans l’obscurantisme, car ils sont déjà morts, à leur insu, il y a belle lurette. GIBRAN se rapproche ainsi de la conception occidentale du Christ, un Dieu d’Amour, de Compassion et de Bienveillance qui n’écrase pas l’individu dans son désir de vie, dans un «Soi Divin». GIBRAN est pour la révolution sociale, la justice et la liberté. GIBRAN est, à ce titre, attiré par le mythe de Prométhée qui, en donnant à l’homme la première torche de feu, s’était attiré le courroux des dieux. GIBRAN a été capable d’amener jusqu’à nous la torche de feu et d’éclairer le chemin du genre humain. Avec NIETZSCHE, GIBRAN s’est retrouvé tel qu’en lui-même et a trouvé sa voie, à travers «Ainsi parlait Zarathoustra». «Le livre le renversa de fond en comble. Sa dénonciation amère et radicale des valeurs humaines semblait donner libre cours à son hostilité réprimée envers toutes les croyances humaines et les croyances conventionnelles existantes» dit Naimy MIKHAIL son ami et biographe.

 

Si le «Prophète» est dès le départ un succès, Khalil GIBRAN est resté pendant longtemps dans une relative obscurité. D’une part, bon nombre de textes en langue arabe n’ont été traduits en français que très tardivement ou pas du tout. D’autre part, son œuvre a soulevé des interrogations en Occident. GIBRAN s’efforçait dans ses écrits de militer pour la réconciliation entre le christianisme, l’islam, la spiritualité, et le matérialisme, l’Orient et l’Occident. Dans son désir de réconcilier le christianisme et l’islam, il disait qu’il «tenait Jésus-Christ dans la moitié de son cœur, et Mohamed dans l’autre moitié». Or, l’Occident, dans sa démarche ethnocentrique, a ignoré, superbement, le mysticisme «dépourvu de sens» de GIBRAN, rejetant ainsi toute démarche visant à favoriser l’unité de la culture. «L’Orient est l’Orient, et l’Occident est l’Occident, et jamais les deux ne se rencontreront» dit Rudyard KIPLING (1865-1936), prix Nobel de littérature. En France, des décennies après son introduction par Pierre LOTI et André GIDE, la contribution littéraire de GIBRAN demeure encore discréditée à tort et identifiée à un mélange de théosophie et de panthéisme. Cette méprise est le fruit de sa nature paradoxale et d'une cruelle méconnaissance du monachisme syriaque. Ses textes puisent leur sève aux sources mêmes du christianisme oriental, non exempts d'une influence soufie. «L’Occident est une machine et tout en lui est à la merci de la machine» dit-il dans une lettre du 1er janvier 1921.

 

Pourtant, sa contribution littéraire bouleversante «constitue un véritable pont entre pont entre l’Orient et l’Occident» suivant Suheil BUSHRUI, un de ses biographes. GIBRAN apporte un éclairage nouveau entre «le soi» et l’autre. Le soi étant pluriel et multiple, est plus un processus qu’une frontière. Il appelle au dépassement des particularismes fermés et corsetés à l’intérieur des frontières. En soi, l’individualité de la personne ne constitue pas son identité. L’homme est plus ce qu’il est ; c’est un pluriel conjugué au singulier. «Le moindre moi, contient un exemplaire complet de tous les mois» dit Victor HUGO, en référence à la doctrine soufie. Dans sa démarche de métissage culturelle, tendant vers l’universel, Khalil GIBRAN pense que «l’homme doit être envisagé comme un petit univers qui contient le grand».

 

Pour Khalil GIBRAN, dans son combat littéraire et nationaliste, l’avenir de la langue arabe qui inclut, selon lui, le Syriaque et l’Hébreu, dépend de celui de la pensée créatrice. La langue arabe n’aura avenir, si elle ne parvient pas à intégrer l’influence de la civilisation européenne et de l’esprit occidental, et si elle ne sait comment en extraire ce qui est bénéfique à son développement. GIBRAN a une obsession esthétique. Pionnier et novateur, dans l’intérêt qu’il porte au changement et l’avenir, il est l’ennemi déclaré des traditions et du retour au passé : «je ne suis pas un penseur, mais un créateur de formes». On sait que GIBRAN a été notamment influencé par William BLAKE dans son panthéisme. Un grand nombre de convictions leur étaient communes : une haine de l’orthodoxie hypocrite et asservissante, personnifiée par les mauvais prêtres ; la libération de l’amour physique des liens de la convention pour atteindre à la réalisation spirituelle ; la perception de la beauté au moment où elle semble éphémère, mais elle est, en vérité, éternelle ; et la découverte de miracles dans le cycle de la nature, et les choses ordinaires de la vie quotidienne. Tous deux mettaient en garde contre la raison, au nom de l’imagination. Tous deux défiaient les pièges de la logique pour se frayer une voie droite jusqu’à Dieu. Pour BLAKE et GIBRAN, ces révélations sont le don du poète.

 

Le Poète et le Prophète sont un. Visionnaire, GIBRAN est habité par le concept de «troisième œil». D’origine à la fois hindouiste ou bouddhiste, platonicienne ou néoplatonicienne, mais aussi biblique et relevant de la mystique chrétienne ou musulmane notamment soufie, la notion de «troisième œil évoque» surtout un désir de voir autrement, de voir au-delà de la vue et par-delà la vue commune ; c’est l’œil divin, c’est l’œil du cœur, l’œil de la connaissance, l’œil de la vision intérieure : l’œil frontal du dieu Shiva par lequel il surveille le monde. Dans son roman, «Les Ailes brisées» il s’agit d’un amour romantique, un amour intense et malheureux, entre le narrateur, un double de Gibran, et Salma Karamé, fille unique de Fâris Effandi Karâmé. Celui-ci sera contraint de marier sa fille à Mansour Bey Ghalib, neveu de l’évêque Boulos Ghâlib, cupide et intrigant. Comme toutes les histoires d’amour romantique, ce roman, un des premiers romans en langue arabe du XXe siècle pose le problème de la liberté d’aimer et du choix selon le cœur. Le «troisième œil» signifie dans ce roman, que l’amour ouvre les yeux à ce monde devenu aveugle. Le mouvement artistique moderne, s’il veut prendre le large vers les horizons clairs de l’idée, doit lutter contre les multiples empiètements de la laideur.

 

II – Khalil GIBRAN, son nationalisme et sa révolution littéraire

 

La contribution littéraire de GIBRAN est fortement inspirée par le Liban, terre traditionnelle de brassage religieux. Il grandit au cœur de la tolérance avant d'émigrer, très jeune, aux Etats-Unis pour fuir la misère. «Vous avez votre Liban avec tous les conflits qui sévissent. J’ai mon Liban avec tous les rêves qui y vivent. Mon Liban est fait de collines qui s’élèvent avec prestance et magnificence vers le ciel azuré» dit GIBRAN. Le cèdre, emblème de grandeur, de noblesse, de force et de pérennité est le symbole de son pays. La peinture de GIBRAN est imprégnée de la nature du Liban, l’homme étant un «amas de choses vivantes». Chrétien maronite, se revendiquant d’une ancienne noblesse, GIBRAN se définit comme ayant des origines chaldéennes, c’est-à-dire un descendant du frère d’Abraham, Nahor. En fait, il existe un grand brassage ethnique entre Arabes, Juifs et Chrétiens. Khalil GIBRAN, écrivain engagé, est combattu par le conservatisme arabe. Dans «L’hérétique», un jeune moine, Khalil, est chassé de son couvent par les autres moines auxquels il reprochait de vivre de simonies et d'abuser de la générosité d'un peuple pauvre et crédule. Puis il est recueilli par deux femmes, une veuve et sa fille, avant d'être arrêté pour être jugé par le Cheikh, de connivence avec le prêtre. Mais ce qui devait être le procès exemplaire d'un «hérétique» devient le réquisitoire implacable du pouvoir abusif et autoritaire des dirigeants, qu'ils soient politiques ou religieux, qui exploitent la misère et la détresse d'un peuple luttant durement pour survivre.

 

Dans son ouvrage intitulé «Le fou» celui-ci détruit pour mieux reconstruire de nouvelles fondations Le fou est celui qui jette les valeurs et traditions obsolètes et héritées du passé. En effet, GIBRAN a critiqué les influences corruptrices de sa patrie et l’image souillée de l’homme. Dans sa défense de positions humanistes, GIBRAN a violemment critiqué toutes formes de domination et de despotisme, en condamnant les inégalités sociales, les féodalités religieuses et politiques : «avec leurs fourberies et leurs ruses, ils ont semé la discorde entre les clans et creusé l’écart entre les confessions, afin de préserver leur trône et de rassurer leur cœur, ils ont armé le Druze contre l’Arabe, ils ont encouragé le Chiite à combattre le Sunnite, ils ont excité le Kurde à égorger le Bédouin, et ils ont encouragé le Musulman à s’opposer au Chrétien». La religion doit être envisagée comme élévation et liberté, en vue de réaliser l’humanité en l’homme, et non comme défection et soumission.

 

Ses premiers ouvrages, condamnés pour leur modernisme et leur tonalité anticléricale, furent brûlés, dans les pays arabes, sur la place publique. GIBRAN se sent rejeté par une partie rétrograde de son pays d’origine. En effet, sa littérature désinvolte, libérale et rebelle est une menace contre les traditions conservatrices des orientaux. «En Syrie, le peuple me qualifie d’impie, et en Egypte les hommes de lettres me dénigrent en disant : il est l’ennemi des lois justes, des liens familiaux et des traditions ancestrales». Pour Khalil GIBRAN «cette haine est le fruit de mon amour pour la bonté sacrée et spirituelle de chaque loi, car la bonté est l’ombre de Dieu en l’homme». Il prend soin de préciser le sens de sa contribution littéraire «Mon âme est ivre. Mon âme a faim de ce qui est beau» dit-il dans une lettre du 25 mars 1908 à Mary HASKELL. Pour GIBRAN, son véritable moi, lui permet d’échapper à tout ce qui n’est ni beau, ni élevé. Contre tous ceux qui s’attaquent à ses enseignements «immoraux et destructeurs de la famille», Khalil GIBRAN lance ce défi contre l’Eglise et l’Etat, dans son ouvrage «Esprits rebelles» : «Détruire la famille qui vit dans la misère, la haine, le malheur, telle est ma volonté. Si je pouvais détruire tous les foyers bâtis sur la tartuferie, le mensonge et la tromperie, je n’hésiterais pas une seule minute». Dans cette mission et tel un prophète de l’Amour, Khalil GIBRAN précise sa pensée dans son livre «La voix de l’éternelle sagesse» : «Je suis venu dire une parole, et je la dirai aujourd’hui. Même si la mort m’en empêche, elle sera dite Demain, car Demain ne laisse aucun secret au livre de l’Eternité. Je suis venu vivre dans la gloire de l’Amour et la lumière de la Beauté, qui sont le reflet de Dieu. (…). Ce que je dis aujourd’hui un seul cœur, des milliers de cœur le diront Demain».

 

Génie brûlant, artiste émigré, GIBRAN durant son séjour, à New York entre 1912 et 1931, a contribué à la renaissance de la créativité arabe. La nostalgie de sa patrie et l’attachement qu’il lui vouait ont suscité en lui des interrogations de fond sur la situation sociale du Liban. A travers l’émigration aux Etats-Unis, loin d’être en rupture avec son pays, GIBRAN, à travers sa contribution littéraire, a témoigné d’un attachement profond à sa culture et au Liban. C’est l’émigration qui lui a ouvert l’horizon du sens en même que celui de la vie. En s’éloignant du Liban, il s’en est rapproché davantage. En le quittant, il est devenu plus présent. L’exil a permis à GIBRAN d’agir, de penser et décrire en liberté, élargissant ainsi les limites de la conscience de soi et de l’autre. Sachant qu’il ne pouvait pas vivre de son art et qu’il fallait s’occuper de sa sœur, Mariana, née en 1885. Khalil GIBRAN commença à collaborer en qualité d’éditorialiste avec un journal arabe à New York, «Al-Mouhajir» ou «l’Emigrant» dirigé par Amin Al-GHRAHIB (1881- ?) qui l’aidera par la suite à diffuser ses ouvrages dans le monde arabe. Khalil y exprime à travers le symbolisme de la désillusion, ses souffrances, en s’attaquant aux lois humaines, à défaut de s’en prendre au destin. La mort détruit-elle tout ce que l’on construit, et le vent pulvérise-t-il tout ce que l’on dit ? En réalité, la réalité de la vie est vie. Il faut donc affronter la douleur et le désespoir de l’exil. C’est l’époque, à travers ses éditoriaux, où Khalil exalte l’amour avec un style subtil et des images sensuelles. Il est toujours amoureux de Joséphine PEABODY en dépit des barrières qui les séparent. «Mon âme m’a parlé du doute qui envahit ton cœur. Mais le doute dans l’amour est un péché, ma bien-aimée». GIBRAN dira, dans un article intitulé «Vision» qui sera repris sous le titre d’un ouvrage «La voix de l’éternelle sagesse» : «La Jeunesse marchait devant moi, et je la suivis dans un champ retiré. Dans le champ de la confusion. Prend garde ! Sois patient, car c’est du doute que naît la connaissance. Quiconque n’a jamais n’a jamais regardé la souffrance ne peut prétendre à voir la joie. Je vis l’amour et la haine se jouer du cœur de l’homme. Je vis l’homme dissimuler sa lâcheté sous le manteau de la patience et l’appeler la paresse tolérance, et la peur, la courtoisie. Je vis la Jeunesse qui lentement marchait à mes côtés. Et devant nous, l’Espoir ouvrait la marche».

 

GIBRAN rencontre Salim SARKIS, un réfugié révolutionnaire et qui professe des idées radicales contre les autorités ottomanes dans le journal «Mir’at al-Gharb» à New York. Il est présenté à Gertrude BARRIE, une féministe et séductrice, versée dans l’art de la musique, qui sera sa compagne, un certain temps. GIBRAN est tout de même d’une certaine sagesse : «Dans la nuit silencieuse vint la sagesse. Elle s’arrêta près de mon lit et me regarda avec les yeux d’une mère aimante. Puis, étanchant mes larmes, elle me dit : j’ai entendu les sanglots de ton âme et je suis venue la consoler. Ouvre-moi ton cœur, je le remplirai de lumière. Interroge-moi, et je t’indiquerai le chemin de la vérité». C’est l’époque, où il publie aux éditions «Al-Mouhajir» son livre «Musique». L’univers est un songe et le corps, une cage. La musique est le langage des âmes ; c’est l’écho du premier baiser posé par Adam sur les lèvres d’Eve. Et depuis cet écho ne cesse de ricocher du plaisir sur les doigts qui jouent et sur les oreilles qui écoutent : «Les musicien enseignent l’homme à voir avec ses oreilles et à entendre avec son cœur». Il est fondateur en 1920, du premier Cénacle Littéraire arabe à New York.

 

Dans une démarche messianique, avec une écriture énergique, chargée d’un grand pouvoir de révolte, Khalil GIBRAN a secoué les traditions et héritages littéraires arabes devenus poussiéreux. Ecrivain visionnaire, ouvrant le chemin du dépassement, marqué par l’appétit du savoir et du désir de modernité, il a proclamé que rien n’est immobile, et tout est mouvement perpétuel. Dans «Mon Liban, suivi de Satan», tous les textes ont pour trait commun la révolte de la sagesse de GIBRAN contre les pouvoirs religieux et politiques de son temps au Liban qui bafouent leurs idéaux spirituels et idéologiques au profit de bas intérêts immédiats. C'est que Khalil Gibran, pour reprendre la très belle formule d'Albert Camus, a trop «le goût de l'homme» pour ne pas lutter contre ce qui lui nuit, l'asservit, le dupe ou l'abaisse, et prôner ce qui peut élever l'homme vers l'humain.

 

Khalil GIBRAN va développer, de retour aux Etats-Unis, une intense activité littéraire et artistique. Il va rencontrer, dans son atelier, différentes personnalités qui vont poser pour lui. Il a fait le portrait notamment de Sarah BERNHARDT (1844-1923) et en fait un compte rendu peu flatteur «Elle a tenu à ce que je m’asseye loin afin que je ne puisse pas voir les détails de son visage. Mais, je les ai quand même vus. Elle a voulu que j’efface certaines rides, elle m’a même demandé de modifier la forme de sa bouche lippue ! Sarah BERNHARDT est difficile à satisfaire et à comprendre, il est pénible d’être en sa compagnie. Elle est soupe au lait, il faut la traiter comme une reine sacrée», dit-il dans une lettre du 27 mai 1913, à Mary HASKELL. GIBRAN donne un écho de sa rencontre avec Rabindranath TAGORE (1861-1941), poète, écrivain indien et prix Nobel de littérature de 1913. TAGIRE condamne le nationalisme, alors que ses «écrits ne reflètent, ni expriment une conscience universelle». Dieu est parfait. «Pour ma part, la perfection est synonyme de limitation, et je ne puis concevoir la perfection sans confiner l’espace et le temps», dit-il dans une lettre du 3 novembre 1917.

 

III – Khalil GIBRAN, un prophète et poète de l’Amour,

 

«Le Prophète», publié en 1923, est un texte magnifique, un grand poème mystique servi par un style qui vous emporte. Dans une lettre du 2 octobre 1923 de Mary HASKELL, à notre auteur c’est la première critique littéraire de ce livre : «J’ai reçu le Prophète aujourd’hui même. En le tenant pour la première fois dans mains, sous sa forme condensée en livre, j’ai compris qu’il allait au-delà de mes espoirs. L’anglais, le style et le choix des mots, tout est absolument exquis, tout n’est que pure beauté». Mary HASKELL rajoute ceci : «Ce livre comptera parmi les trésors de la littérature anglaise. Il nous révèle les recoins de notre être, et nous dévoile la terre et le ciel qui sont en nous. C’est le livre qui respire le plus d’amour jamais écrit». Aucun auteur arabe n’avait, depuis les Mille et une nuits, exercé une telle attraction universelle, excepté le «Prophète» qui a battu des records de ventes. «Je ne connais pas d'autre exemple dans l'histoire de la littérature d'un livre qui ait acquis une telle notoriété, qui soit devenu une petite bible pour d'innombrables» dit Amin MAALOUF, à propos du Prophète. Khalil GIBRAN représente l'un des phénomènes littéraires les plus étonnants du XXème.

 

Après douze années d’exil, son navire est enfin arrivé. La mer l’appelle. Bientôt, Almustafa reverra son île natale. Mais il ne quittera pas la cité d’Orphalèse sans dispenser à son peuple les enseignements de sa propre sagesse. Chaque aspect de la vie y est chanté en quelques pages. Chercheur de l’Absolu, il est prophète et poète. Almitra, la voyante, le questionne alors sur vingt-six thèmes comme l’amour, le mariage, les enfants, le don, le boire et le manger, le travail, la joie et la peine, les maisons, les habits, l’achat et la vente, le crime et le châtiment, les lois, la liberté, la raison et la passion, la connaissance de soi, l’amitié, le verbe, le bien et le mal, la prière, le plaisir, la beauté, la religion, la mort. Voici quelques-unes des sentences du «Prophète» : «L’amour suffit à l’amour. L’amour n’a d’autre désir que de s’accomplir». «C’est en donnant de vous-mêmes que donnez vraiment». «En vous dédiant au labeur, vous montrez votre amour véritable de la vie. Le travail est un amour rendu visible». «Votre joie est votre peine sans masque». «Pour accéder à la liberté, vous voudriez bien jeter des fragments de votre moi». «Laissez votre âme exalter votre passion jusqu’aux cimes de la passion, afin qu’elle puisse chanter». «Ecoutez le savoir de votre cœur». «Réservez à votre ami le meilleur de vous-même». «La beauté n’est que doux murmures. Elle parle dans notre esprit. La beauté est l’éternité qui se contemple dans un miroir». «Qui peut séparer sa foi de ses actes, ou sa croyance de ses occupations ?. Votre vie quotidienne est votre temple et votre religion». «Toutes vos heures sont des ailes qui battent dans l’espace entre soi et soi». «Les êtres humains ont faim de beauté, de vérité» dit GIBRAN.


 

Utilisant métaphores et émotions, l’auteur estime que «la chose la plus divine en l’homme est l’émerveillement qu’il a pour la vie». Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit, parlez-nous des Enfants. Et il dit : «Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et filles du désir de la vie. Vous pouvez leur donner votre amour et pas vos pensées». Il faut cultiver l’espace entre soi et soi. La souffrance est une condition préalable du vrai bonheur, et en fait, dans la réalité la plus profonde, elle ne peut s’en distinguer. L’amour conçu comme blessure et douleur, s’apparente à la douleur et au chagrin. C’est là un aspect majeur de la pensée soufie. Dans sa magie du verbe et la puissance de sa métaphore, le «Prophète» est l’un des rares livre qui «donne sens à notre vie et tente d’en dévoiler le saint visage» dit Marc de SMEDT. «On peut affirmer, sans la moindre hésitation, que son livre du Prophète représente le sommet de la carrière» dit Naimy MIKHAIL (1889-1988), un ami et biographe de notre auteur.

 

GIBRAN est fortement influencé par NIETZSCHE. En effet, le personnage d’Almustafa est d’une certaine manière «un surhomme» avec sa remise en cause de toutes les valeurs. GIBRAN, dans son élan mystique, aspire à un monde parfait. Mais il existe entre les deux penseurs des différences fondamentales. Pour NIETZSCHE, Jésus est Dionysos et GIBRAN, il est un pont entre le terrestre et le divin. Ils ont une source d’inspiration commune : la Bible et appellent à une réforme sociale radicale, à travers leur message prophétique considérant la vie comme un perpétuel jaillissement de création et de liberté.

 

Dans le «Jardin du Prophète», l’élu et le bien-aimé quitte son exil et retrouve son île natale qui n’est d’autre que le Liban, coupé de la civilisation moderne par la rigidité et l’archaïsme de l’empire ottoman. «Ayez pitié d’une nation qui acclame un tyran comme un héros, et trouve que le conquérant glorieux est bienveillant» dit-il à propos de l’occupation ottamane. Orphalèse est la Babylone américaine, «ayez pitié de la nation qui abrite mille croyances, mais dépourvue de religion». L’Amérique est une société industrielle et militariste prompte à vilipender la sagesse et la compassion. Publié en 1933, après la mort de GIBRAN, cet ouvrage rédigé à la suite de la mort de sa mère et de sa sœur, particulièrement sombre, témoigne de sa douleur. Les thèmes sont graves et traitent de la séparation, la laideur, le temps, la solitude. GIBRAN préconise l’abandon de soi, le retour à «l’immense vague de la mer» et l’effacement dans les lueurs du crépuscule. «Nous donnons souvent des noms amers à la Vie, mais seulement parce que nous sommes sombres et amers. Et nous la trouvons vide et dépourvue d’intérêt, simplement parce que notre âme erre dans des endroits désolés et notre cœur est grisé par un moi trop embarrassant» dit-il.

 

Khalil GIBRAN porta très longtemps en lui, «Jésus, fils de l’homme», qui est le prolongement direct du Prophète, et son couronnement. Jésus est conçu comme la somme de soixante-dix-sept témoignages ou prises de parole ou de visions qui singularisent ceux qui furent ses contemporains. On voudrait parler d’une «comédie humaine» où se côtoient les apôtres, les témoins des trois dernières années de la carrière terrestre de Jésus, et des personnages inventés (marchands, philosophes, poètes). Le Christ n’est donc pas un Dieu incarné, mais plutôt un homme qui a suivi un chemin divin, un grand poète appelant à l’amour, à la justice et à la liberté. Car, pour GIBRAN, le Fils de l’Homme est aussi le symbole du moi humain qui se dépasse, se détache de son individualisme égocentrique pour aller vers Dieu et, par cette voie ascendante, atteint à la plénitude de l'existence.

 

IV – Khalil GIBRAN et la place de la femme dans la société

 

Pour Khalil GIBRAN la société a aggravé les souffrances de la femme en généralisant les convoitises de l’homme. «L’homme achète la gloire, la puissance et le prestige, mais c’est la femme qui en paie le prix». GIBRAN en appelle à la libération et à la promotion de la femme. Les femmes occupent une place importante dans la contribution littéraire et artistique de GIBRAN. «Les femmes ont ouvert les fenêtres de mes yeux et les portes de mon esprit. S’il n’y avait pas eu la femme-mère, la femme-sœur et la femme-amie, j’aurais dormi parmi ceux qui recherchent la tranquillité du monde au milieu de leurs ronflements» dit-il dans une lettre de 1928, à May ZYADEH. Ainsi, dans son ouvrage «Les Ailes brisées », l’héroïne quitte le palais, les bijoux et les serviteurs, dès qu’elle entend l’appel de l’amour. Elle quitte le vieillard fortuné et s’en va vivre avec un homme pauvre qu’elle aime.

 

En 1908, GIBRAN en tire un recueil de textes «Esprits rebelles». Composé de quatre histoires d'amour tragiques, le livre pose le problème de la condition de la femme arabe et de sa position dans la société libanaise. La sanction de cette audace ne tarde pas à tomber : le livre est très sévèrement critiqué par l'Église maronite qui voit en lui une attaque du clergé et une incitation à la libération des femmes. L'ouvrage est jugé hérétique Khalil GIBRAN est un artiste en proie aux affres de la création, il est tiraillé, dans ses amours platoniques, entre deux femmes : Mary HASKELL et May ZIADé. «Mes sentiments sont comme l’océan avec son flux et son reflux ; mon âme est comme une caille aux ailes brisées. Elle souffre immensément quand elle voit les nuées d’oiseaux voler dans le ciel, car elle se sait bien incapable d’en faire autant» dit-il. Comme son contemporain Rainer Maria RILKE (1875-1926), GIBRAN représente «une dévotion à l’art, ce nomadisme volontaire ou subi, cette inaptitude à vivre dans la réalité et l’omniprésence de la femme, tantôt maternelle, tantôt sororale, tantôt amante» dit Anne JUNI.

 

Dans «Lettres d’amour», et à partir de 1912, Khalil GIBRAN entretient une longue correspondance amoureuse, sans jamais la rencontrer, avec une poète, essayiste et traductrice égyptienne, May ZIADé (1886-1941), qui durera jusqu'en 1931, date de sa mort. May suivra tous les registres qui vont de l'admiration à l'amitié profonde puis à l'amour platonique. Et ce qui fait toute la singularité de ces brûlantes. Khalil GIBRAN et May ZIADé étaient unis dans une quête d'inspiration soufie vers le «Dieu intérieur». GIBRAN aimait Joséphine PEABODY, mais il y avait une différence d’âge (9 ans), de couleur et de statut social. «Mon cœur m’appartenait, et le voila ton esclave» dit-il à Joséphine. Du 30 avril 10 mai 1904 une exposition pour ses tableaux est organisée à Boston, au Harcourt Studios, à l’atelier de DAY. Les symboles de la mort et de la douleur sont omniprésents dans ses toiles. Khalil fait une importante rencontre à l’occasion de cette exposition avec Mary Elisabeth HASKELL (1873-1964). Il dira par la suite sur cette femme que si les autres voyaient en lui la bête curieuse, le singe, Mme HASKELL était différente des autres : «Vous cherchiez à entendre ce qui était en moi, à me faire parler en faisant creuser au plus profond de moi». Mary HASKELL, féministe, libérale et dirigeante d’une école de jeunes filles, avait un esprit critique et pragmatique. «C’est la sympathie des amis qui transforme le malheur en une douce tristesse» précise-t-il à propos de son amitié avec Mary HASKELL. Ange gardien, protectrice et confidente de GIBRAN qui dira de Mary HASKELL : «Il y a dans la vie trois choses qui ont le plus compté pour moi : ma mère qui m’a quitté ; vous avez foi en moi et en mon œuvre ; et mon père, qui a révélé le combattant en moi».

 

V – Khalil GIBRAN et la postérité,

 

Esprit fort dans un corps faible, Khalil GIBRAN n’hésite pas d’évoquer sa santé fragile : «Ma santé est comme pareille à un violon entre les mains entre les mains de quelqu’un qui ne sait pas en jouer, car il en tire une âpre mélodie» dit-il dans une lettre de 1908. GIBRAN fume beaucoup, s’alimente mal et travaille sans cesse et surtout la nuit «Mon âme apprécie le silence de la Nuit, la venue de l’Aube, les rayons du Soleil et la beauté de la vallée» précise-t-il. Il se préoccupait peu de sa santé : «je suis un homme de faible constitution, mais ma santé est bonne parce que je n’y pense jamais et je n’ai pas le temps de m’en préoccuper».

 

En dépit de cette santé défaillante, Khalil GIBRAN travaillait plus de dix heures par jour «je passe ma vie à écrire et à peindre, et le plaisir que je prends à ces deux arts est supérieur à tous les autres», dit-il dans une lettre du 15 mars 1908. GIBRAN disparaît le 10 avril 1931. Le 10 janvier 1932, la dépouille de Khalil GIBRAN sera rapatriée au Liban et ensevelie dans la vieille chapelle du monastère de Mar Sarkis, à Bcharré, sa ville nationale. C’est maintenant le musée Khalil GIBRAN. Khalil GIBRAN doute et s’interroge sur le sens de sa contribution littéraire «Mes enseignements pourront-ils, un jour, être compris dans le monde arabe ou disparaîtront-ils comme une ombre ?». Pourtant, Khalil GIBRAN se sentit investi d’une noble mission : «Mon âme est affamée de ce qui est haut et beau. Je sens une force enfouie dans mon for intérieur qui veut se révéler sous une radieuse parure par des grandioses actions. Cela me donne l’impression d’être venu au monde pour inscrire mon nom en grandes lettres sur les faces de la vie».

 

Khalil GIBRAN espère que les Libanais et la postérité se souviendront de lui en ces termes : «Pense à moi quand tu vois le soleil descendre se coucher, en déployant son habit rouge sur les montagnes et les vallées comme s’il versait du sang au lieu des larmes, quand il dit adieu au Liban». Et il rajoute «Souviens-toi de mon nom quand tu vois les bergers assis à l’ombre des arbres, soufflant dans leurs roseaux et remplissant le champ silencieux de mélodies apaisantes comme le faisait Apollon quand il fut exilé dans ce monde». GIBRAN semble attiré par la mort «Je n’ai toujours pas saisi le mystère de la Lumière. J’ai maintes fois été amoureux de la mort ; je l’ai parée de doux mots avec des rimes longuement muries. Je n’ai toujours pas renoncé à mon amour pour la mort, mais je suis à moitié amoureux de la vie. La vie et la mort sont aussi belles l’une que l’autre» dit-il dans une lettre du 6 janvier 1909, à Mary HASKELL. «J’ai trouvé l’âme cheminant sur mon sentier. Car l’âme chemine sur tous les sentiers» souligne GIBRAN.

 

Référence bibliographique

 

GIBRAN (Khalil), Le Prophète, traduit par Didier Sénécal, Paris, Univers poche, 2012, 63 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Œuvres complètes, traduction de Jean-Pierre Dahdah, Salah Stétié, Rafic Chikhani et autres, présentation d’Alexandre Najjar, Paris, Le Grand Livre du mois, 2006, vol 1, 950 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Le jardin du Prophète, traduction de Claire Dubois, Paris, Casterman, 1985, 74 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Œuvres complètes, traduction de Jean-Pierre Dahdah, Salah Stétié, Rafic Chikhani et autres, présentation d’Alexandre Najjar, Paris, Robert Laffont, 2006, vol 2, 950 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Les miroirs de l’âme, introduction d’André Dib Sherfan, Montréal, Presses Select Ltée, 1979, 135 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Les ailes brisées, traduction de Fida et Rania Mansour, Beyrouth, Albouraq et Paris, Librairie de l’Orient, 2001, 143 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), L’envol de l’esprit, traduction d’André Dib Sherfan, Boucherville, (Québec), Mortagne, 1986, 279 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Esprits rebelles, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2001, 112 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Orages, traduction et adaptation d’Oumayma Arnouk El Ayoubi, Paris, La Renaissance, 2007, 241 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Jésus fils de l’homme, Paris, Albin Michel, 1990 et 2012, 256 pages ; GIBRAN (Khalil), L’errant, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 1999, 96 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), L’hérétique, traduction et préface d’Anne Juni, Rennes, La Part commune, 2000, 85 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), La voix de l’éternelle sagesse, traduction de Pasquale Haas, Paris, Librio, Spiritualités, 2006, 77 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Lorsque le bonheur vous fait signe suivez-le, calligraphies de Lassaâd Métoui, préface de Jacques Salomé, Paris, J-C Lattès, 2011, 124 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Les 7 cités de l’amour, textes et introduction de Thomas Golsenne, illustration et graphisme de Lassaâd Métoui, Paris, Véga, 2007, 255 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), La voix de l’éternelle sagesse, traduction de Béatrice Jehl, Paris, J’ai Lu, 1995, 117 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), La voix du maître, traduction de la version anglaise d’Anthony R. Ferris par Paul Kinnet, Boucherville (Québec), La Mortagne, 1988, 107 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Autoportrait, traduction d’Anne Juni, illustration et graphisme de Jean-Paul Gillyboeuf, Rennes, La Part commune, 2009, 158 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), L’œil du Prophète, anthologie, Paris, Albin Michel, 1991 et 2012, 264 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Le fou, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 1997, 64 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Le précurseur, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2000, 63 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Rires et larmes, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2002, 120 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Le sable et l’écume : aphorismes, Paris, Albin Michel, 1990 et 2012, 147 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Les cendres du passé et le feu éternel, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2005, 95 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Les Dieux de la terre, suivi de Iram, Cité des hautes colonnes, et de Lazare et de sa bien-aimée, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2003, 96 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Lettres d’amour, traduction d’Anne Juni, Rennes, La Part commune, 2006, 191 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Merveilles et processions, traduction de Jean-Pierre Dahdah, Paris, Albin Michel, 2013, 208 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), Mon Liban, suivi de Satan, traduction et préface d’Anne Juni, Rennes, La Part commune, 2000, 80 pages ;

 

GIBRAN (Khalil), MOUSSAVY (Salah), Amours et femmes, Bachary, 2005, 74 pages ; GIBRAN (Khalil), Paroles, Beyrouth, Albouraq, 2009, 175 pages.

 

Paris, le 5 août 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 19:35

Abdelkrim, juriste, fils de notable, fut d’abord le premier journaliste marocain, enseignant et juge, et a pris les armes contre l’occupant espagnol. Avant, Abdelkrim, il y avait eu de nombreux résistants africains (El Hadji Oumar Foutiyou TALL et Maba Diakhou BA au Sénégal, Béhanzin au Dahomey, Samory TOURE et Alpha Yaya DIALLO en Guinée). Cependant, toutes ces révoltes ont été matées ; ce qui a conduit au triomphe du colonialisme entre 1890 et la fin de la Première guerre mondiale. Le Sénégalais, Lamine SENGHOR, contemporain d’Abdelkrim, ancien tirailleur sénégalais, avait théorisé le colonialisme, à Paris, sans lutte armée ; sa résistance étant purement idéologique. Par conséquent, bien avant les guerres d’Indochine et d’Algérie, c’est donc bien Abdelkrim, au début du XXème siècle, au Rif, qui a levé, seul, dès 1920, sans le Sultan du Maroc, l’étendard de l’indépendance contre la domination coloniale franco-espagnole. Abdelkrim est donc devenu le chef d’un mouvement de résistance contre la France et l’Espagne au Maroc, puis l’icône des mouvements indépendantistes luttant contre le colonialisme. «Quand un pays est occupé, l’essentiel est de coordonner n’importe quelles forces pour évincer la présence visible gênante» écrit Pierre FONTAINE, dans «Abdelkrim, origines de la guerre nord-africaine». Abdelkrim parcourt le Rif et sensibilise les populations contre l’oppression coloniale au Rif : «Nous devons, sauver notre prestige et éviter l'esclavage à notre pays» dit-il. En 1921, les Espagnols envoient une armée de 100 000 hommes commandée par le général SYLVESTRE. Le 20 juillet 1921, à la bataille d’Anoual, l'armée espagnole subit un véritable désastre : 15 000 à 20 000 soldats tués, plus de 5 000 sont faits prisonniers, toute l'artillerie lourde espagnole et un véritable arsenal (fusils et munitions) tombent entre les mains des Rifains. De victoire en victoire, Abdelkrim repousse les Espagnols sur les côtes. Le gouvernement espagnol, en raison de cette crise, tombe. Pendant deux ans, il a tenu les montagnes du Rif et mis en place une véritable «République du Rif» de 1921 à 1926, vécue comme un prélude à la libération de tout le Maroc. Homme de culture et d'ouverture, celui qui qualifie l'Occident de «civilisation du fer» par opposition au Maroc rural et sous-développé, est tout, sauf un fanatique. Abdelkrim a un projet politique : faire du Rif une République moderne, développer l'économie et l'éducation, et la faire reconnaître par la Société des nations (SDN). Il pense faire accéder le Rif à l'indépendance en bonne entente avec les Espagnols. Mais pour les puissances occidentales réclamant une soumission totale des colonisés, le pouvoir ne se partage pas : «Un petit Etat indépendant et sauvage sur la côte méridionale de la Méditerranée ne pourrait être que dangereux pour l’Europe» disait le général PRIMO de RIVERA. Espagnols et Français, s’allient en 1926, pour vaincre Abdelkrim qui est exilé à la Réunion.

Abdelkrim, un nationaliste irréductible, lettré, stratège et organisé, a secoué, violemment, l’ordre colonial au siècle dernier. Sa résistance, une tentative vaine de se libérer du joug de l’étranger, est devenue le premier épisode des guerres de libération nationale qui allaient survenir. Juste moins de 6 ans après la Révolution russe de 1917, un peu partout dans le monde, des «révolutionnaires» ont eu les yeux tournés vers l’émir Abdelkrim, dont les méthodes de guérilla auront inspiré, par la suite Che Guevara, Mao Tsé-Toung et Hô Chi Minh. En effet, Abdelkrim n’a pas inventé la guérilla, forme de résistance du faible contre le puissant, mais il l’a pensée et théorisée, et un redoutable art de la guerre :  «Ce qui se joue au Rif c’est toute la puissance coloniale de l’Europe occidentale et surtout le destin de l’Empire africain de la France» dira le Maréchal Hubert LYAUTEY. En effet, le mouvement d’Abdelkrim retentit jusqu’en Bolivie, en Inde, en Chine et même au Mexique, et donne des idées aux révolutionnaires et indépendantistes du Tiers-Monde. Des mouvements nationalistes et indépendantistes naîtront en Tunisie et en Algérie. L’Espagne, ayant déjà perdu Cuba et les Philippines, et se sentant concurrencée par la France, est tentée d’abandonner la région aux rebelles. 

La guerre du Rif est également le premier entraînement des forces antirépublicaines en Europe, et en particulier, l’apprentissage du fascisme pour le général Francisco FRANCO (1892-1975) en Espagne et Philippe PETAIN (1856-1951), pour la France. La République du Rif met en lumière des intérêts concurrents et convergents des différentes puissantes occidentales, une stratégie perverse : «Abdelkrim met tout le système en danger ; c’est pour cela que les alliances presque «contre nature», qui vont se constituer sont fondées sur l’idée que peu importe qui contrôle le Rif, pourvu que cela ne soit pas un Marocain, même Rifain !» écrit Bruno ETIENNE dans la préface  «Abdelkrim, une épopée d’or et de sang». La guerre du Rif entre 1917 et 1923 a provoqué 13 crises ministérielles en Espagne. En 1923, le général Miguel PRIMO de RIVERA suspend la Constitution espagnole et en 1931, le roi Alphonse XIII abdiquera. Ce sont les prémices du fascisme et la guerre civile en Espagne. En France, le maréchal Hubert LYAUTEY (1854-1934) demande l’élimination d’Abdelkrim. «Au cours de la Grande guerre, nos ennemis étaient intéressés à nous créer les pires difficultés» écrit J. ROGER-MATHIEU. Le gouvernement français mit fin au proconsulat de LYAUTEY ; ce qui contribua à provoquer, entre communistes et socialistes, la dislocation des Blocs de Gauche. En effet, la France redoute la contagion anticoloniale, la victoire totale d’Abdelkrim aurait changé le cours de l’histoire d’un pays colonisé depuis peu. En France, les conservateurs mènent une campagne d’une violence inouïe contre Abdelkrim, considéré comme un dangereux islamiste et un communiste. Charles MAURRAS demande de ne pas tenir compte de la Convention de Genève et de gazer les Rifains. Pour l’extrême-droite, on ne négocie pas avec les insurgés, on les écrase. Plus que les intérêts français, c’est la «civilisation occidentale» qui est menacée. Abdelkrim, soutenu par ses coreligionnaires musulmans et par l’Internationale communiste, est présenté comme l’enfant monstrueux de deux fanatismes. Les journaux rivalisent dans les descriptions des atrocités de ces «indigènes» retournés à l’état sauvage. 

Pour les milieux colonialistes, la guerre du Rif est censée être une action de «rétablissement de l’ordre». Il ne s’agirait pas d’une guerre coloniale pour s’accaparer du sous-sol des montagnes du Rif censés être riche en minerai, mais d’une bataille entre races, d’une guerre contre l’Islam «Il fallait faire triompher l’Europe contre l’Afrique et le Christ, contre Mahomet» dit le maréchal LYAUTEY. «Il s’agit d’une lutte de l’Europe civilisée contre une tentative de l’Orient» dira Paul PAINLEVE (1863-1933), président du Conseil. La France de l’époque est dirigée, depuis le 11 mai 1924, pourtant de gauche, de tendance colonialiste, avec Gaston DOUMERGUE (1863-1937), en président radical-socialiste de 1924 à 1931. Le Maréchal LYAUTEY, pour des raisons de santé et jugé proche des Marocains, retourne en France, le 10 octobre 1925. Cependant, au début du XXème siècle, l’Occident connaît une formidable effervescence d’idées et d’idéaux, en réaction contre le fait colonial à son apogée. Aussi, des intellectuels de gauche s’engagent à détruire ce système oppressif qui exploite et asservit l’homme africain. C’est dans ce contexte que seuls, les communistes naissant, ayant rompu avec les Socialistes depuis le Congrès de Tours de 1920, soutiennent Abdelkrim, à travers un télégramme de 1924 de Pierre SEMARD (1887-1942), Secrétaire général du P.C.F. et Jacques DORIOT (1898-1945), responsable des jeunesses communistes. Un comité d’action est mis en place sous la direction de Maurice THOREZ (1900-1964). Des intellectuels (Louis Aragon, André Breton, Robert Desnos, Paul Éluard),  lancent, à l’appel de Henri BARBUSSE (1873-1935), une tribune dans le journal l’Humanité du 2 juillet 1925. Une grève générale est décrétée le 12 octobre 1925. Les surréalistes (André BRETON, Louis ARAGON, Raymond QUENEAU), horrifiés par la Première guerre mondiale, se sont dressés contre les visées coloniales contre le Rif : «Pas un sou, pas une goutte de sang pour le Rif» ou encore «Hissez le drapeau rouge, n’embarquez pas de cadavres en sursis pour la terre africaine». Pour Louis ARAGON (1897-1982) «Abdelkrim fut l’idéal qui berça notre jeunesse».

Le passé devrait instruire le présent. L’action de résistance d’Abdelkrim reste en effet, d’une très grande actualité, 60 ans après les indépendances, l’esprit colonialiste et esclavagiste restent plus que jamais vivace. Abdelkrim, né dans un pays tiraillé entre plusieurs tribus, au début sans armes, sans guerriers aguerris, a résisté, vaillamment à deux puissances coloniales «Depuis des siècles, le Métropolitain a oublié, ou n’a pas tenu compte, que, s’il s’élevait chaque fois un peu plus, le niveau matériel et moral de l’indigène, celui-ci, dans sa simplicité, évoluait» écrit Jean RENAUD. Cela atteste donc, pour les pays africains luttant de nos jours contre des régimes préhistoriques et monarchiques, que la politique reste, essentiellement, une question de volonté. Si l’on veut, on peut . C’est légitime de se remémorer de l’action héroïque d’Abdelkrim, afin de combattre l’amnésie et rallumer la flamme  de la lutte contre toutes les forces de domination ou d’oppression. En effet, Abdelkrim a été un jalon important de toute une généalogie militante dont il faudrait perpétuer le combat. Si la guerre du Rif est aujourd’hui un peu oubliée, elle a été, pour deux générations nouvelles, un moment marquant, au point d’avoir été qualifiée par le grand historien Charles-André JULIEN de «plus difficile guerre coloniale qu’ait faite la France» avant la décolonisation. La France et l’Espagne, ont dû se coaliser et aligner près de 500 000 hommes. Le maréchal Hubert LYAUTEY, considéré comme «mou» est assisté de 42 généraux, dont le général Philippe PETAIN, ainsi que dix escadrilles aérienne pour venir à bout du Rif. En effet, la Guerre du Rif ne fut réprimée qu'à l'aide des troupes françaises et en particulier de l'aviation et des armes chimiques :  le gaz «hypérite» ou «gaz moutarde». Le Rif a été une guerre particulièrement meurtrière «De toutes les entreprises coloniales, elle est celle qui aura coûté le plus cher en hommes et en argent» écrit en 1927, Victor BARRUCAND.

Une littérature abondante, notamment en espagnol, en portugais et en arabe, dont je n’ai pas pu prendre connaissance, est consacrée à la guerre du Rif . Un agent secret français de 1924 à 1926, Léon GABRIELLI (1877-1950) a produit ses mémoires sur le Rif. Abdelkrim y est décrit comme commandeur des croyants et chef d’une République «Personnellement, je n’ai aucune ambition, je n’aspire ni au Sultanat, ni au pouvoir absolu. Si je suis une gêne, je suis prêt à disparaître pour laisser ma place à un autre» rapporte-t-il un propos d’Abdelkrim. Jacques LADREIT de LACHARRIERE (1881-1958), qui a sans doute consulté les archives secrètes françaises, est le premier à avoir écrit sur le Rif, un ouvrage rigoureux et documenté. En dépit d’un point de vue colonial, il dresse un portrait intéressant d’Abdelkrim qualifié de «moderniste». Walter Burton HARRIS (1866-1933), un correspondant du Times au Maroc, a écrit en 1927, «France, Spain and the Rif».

Cependant, l’action d’Abdelkrim demeure encore enfouie sous le tapis de l’oubli en raison de la puissante propagande coloniale, voulant camoufler sa retentissante défaite au début du siècle dernier : «Peu d’hommes politiques ont laissé, dans l’histoire de leur époque, une trace aussi fulgurante que celle de Mohamed Ben Abdelkrim dit Abdelkrim, ou encore l’Emir, et ont été, par la suite, autant volontairement occultés. Un homme étonnamment en phase avec son époque. Un homme dont la stratégie guerrière a ébranlé le système colonial alors à son apogée et dont la prescience politique de réformateur a jeté les bases d’un Etat pré-moderne et révolutionnaire pour son temps et ses moyens» écrit Zakya DAOUD dans «Abdelkrim, une épopée d’or et de sang». La guerre, en dépit de cette masse de documents, pose une question essentielle : comment interpréter cet événement majeur. Dans son obsession identitaire et de hiérarchisation des cultures, ne datant pas de nos jours, le colonisateur l’a présentée comme le conducteur de la guerre sainte contre l’Occident : «Sorte de Vercingétorix berbère, il (Abdelkrim) a d’abord personnifié, au milieu des siens la résistance contre l’envahisseur chrétien, devenant en même temps, par la contagion de l’exemple, le symbole de la vieille Berbérie anarchique hostile à la formation historique de l’empire chérifien» écrit Robert MONTAGNE. En fait, et en dépit des calomnies, Abdelkrim, un nationaliste et partisan de l’unité africaine, tout en  plaidant pour la renaissance de la culture islamique, admirait, tout autant, le progrès européen moderne sur le plan matériel et culturel. Abdelkrim était un penseur réformiste, loin de vouloir mettre en place un Califat islamique, mais adapté à un Etat républicain à l’européenne. Abdelkrim s’est lui-même défini, comme un héritage multiculturel : «Je suis de race berbère et j'ignore à quel point vous nous sous-estimez mais j'affirme cependant que les berbères sont des gens avancés, qui ont hérité de nombreuses civilisations. Vous ignorez par exemple qu'en tant que berbère, je suis d'origine juive. Mes ancêtres sont ensuite devenus chrétiens, puis musulmans. Maintenant nous parlons l'arabe, langue du Coran, nous nous entendons en berbère, langue de nos aïeux mais nous conversons aussi en français, langue de notre pays asservi» dit-il dans un entretien avec un journal égyptien, «Aker Saa» de 1952. Abdelkrim est un berbère européanisé en surface, qui fit ses études occidentales à Melilla. C’est un financier consommé et c’est de bonne guerre les calomnies des Occidentaux à son égard le qualifiant de «barbare». Abdelkrim, un esprit libre, a voulu réunifier diverses tribus : «Quand un peuple, épris d’indépendance, habitué à l’insurrection et entraîné aux razzias, a conscience de son éparpillement et de sa mobilité qui lui permettent de faire longtemps échecs aux armées modernes ; il peut, s’il y voit des avantages, tolérer des amateurs, mais il se révolte contre les huissiers» écrit ROGER-MATHIEU. Le colonialisme ne tolérait pas les rebelles : «La hantise d’Abdelkrim obsédait l’opinion. Le Rif semblait s’incarner dans une seule silhouette. Il ne s’agissait plus que de capturer le Seigneur de la guerre paysanne» écrit Victor BARRUCAND.

La révolte d’Abdelkrim en réalité, a secoué le monde occidental, tout autant que les  Etats musulmans de l’époque et a mis en lumière, les lignes de fracture du monde arabe après la dislocation de l’Empire ottoman. Moustapha KEMAL (1881-1938) voulant mettre en place une  République et des réformes dont le droit de vote des femmes, dans un pays musulman. L’ensemble musulman est donc fracturé par un autre partage annonciateur, entre les résistances tribales ou rurales et les monarchies arabes. Dans ses mémoires recueillis par un correspondant de guerre du «Matin», J ROGER-MATHIEU, publiés en 1927 on y décrypte cette pensée conciliant l’Islam et la modernité et ses  «confessions sincères» à bord du bateau, «l’Abda», le conduisant en exil, à la Réunion. La sincérité de ces mémoires attribués à Abdelkrim a été mise en doute, par certains chercheurs, notamment les auteurs espagnols estimant que ce texte est défavorable à leur pays. Cependant, ROGER-MATHIEU, dont la rhétorique, dans l’introduction, celle du colonialisme français, semble avoir laissé une grande liberté d’expression à Abdelkrim, qui comprenait le français, sans le parler. Abdelkrim a été assisté par son frère, lors des entretiens et la transcription des réponses en arabe. «Il faut reconnaître que nous y trouvons des données historiques qui, soumises à vérifications historiques, sont dignes de foi» écrit Mohamed TAHTAH. C’est donc un document historique, même s’il faut l’accueillir avec une distance critique, notamment dans sa deuxième partie. On y entend, de façon claire, la voix d’Abdelkrim qui se sentait investi d’une «politique africaine» en vue de protéger «nos nationaux dans le Maghreb» et de réagir «contre l’anarchie». Il existe deux autres mémoires d’Abdelkrim. Abdelkrim a rédigé d’autres mémoires, pendant son exil, de 1926 à 1947, à la Réunion.  Germain AYACHE mes a consultés, mais à l’époque il n’existait que des bribes de ces seconds mémoires d’une soixantaine de pages. En 2017, à Rabat ont été publiés les mémoires complets de 173 pages en arabe et en français, mais peu accessibles. Abdelkrim aurait écrit d’autres mémoires pendant son séjour en Egypte de 1947 à 1963, mais personne ne peut en administrer la preuve irréfutable. Le beau-frère d’Abdelkrim, son ministre des affaires étrangères et confident, Muhammad ARZQAN, a produit des mémoires, inédits, en arabe. Un texte donc peu accessible. Au moment où Ahmad SRIJ a recueilli le témoignage de Muhammad ARZAQAN, celui-ci, en résidence surveillée, n’était pas libre de s’exprimer. Ce document comporte un intérêt sur l’origine de la famille d’Abdelkrim, cependant, la chronologie est chaotique, et à bien des égards, il s’agit d’une biographie, largement romancée : «Les hommes, surtout les nationalistes de tous les pays, préfèrent bien souvent une histoire plus fausse que la vraie pour survivre ensemble» écrit Bruno ETIENNE. Toutefois, Germain AYACHE, un chercheur marocain, a exploité dans sa thèse, en 1981 «Les origines de la guerre du Rif», les mémoires d’AZARQAN. Germain AYACHE a pu démontrer que la société rifaine n’était pas «sauvage», anarchique et insoumise à l’autorité du Sultan du Maroc, comme le prétendait la propagande coloniale. Les relations ne sont détériorées qu’au moment où le Maroc avait perdu sa souveraineté et que le colonisateur voulait réduire au silence la rébellion des Rifains. Germain AYACHE, fidèle à l’orientation du Grand Maroc de son pays, dépeint Abdelkrim, un héros, comme un «pro-espagnol» et la résistance rifaine ne serait qu’un épiphénomène de la résistance marocaine, un haut fait national marocain : «Les Rifains n’étaient pas que des Rifains. Ils étaient des Marocains. Ils avaient la mission séculaire de défendre les côtes contre les invasions des Chrétiens» écrit-il. 

Qui était Abdelkrim ?

De son nom complet Mohamed ben Abdelkrim AL-KHATTABI, est né vers 1882 à Ajdir, près d’Al-Hoceima, au Maroc et décédé le 6 février 1963 au Caire en Égypte), de son nom complet Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi. Il est descendant direct de SI Mohammed Ben Abd-El-Krim, originaire du Hedjaz, de Yambo, sur les bords de la Mer Rouge. Sa famille est venue s’établir au Maroc vers l’An 900, entre la Baie d’Alhucemas et Targuirt. Il n’est ni descendant du Prophète Mohamet, ni arabe, mais un Berbère qui appartient à la tribu des Béni Ouriaghel, unie, forte et clairvoyante, et ayant donc une ascendance sur les autres tribus éparses. Le Rif oriental est un peuple de 3 millions d’habitants, 18 tribus berbères sédentaires, vivant sur un territoire long de 300 km et large entre 50 à 80 km. Abdelkrim est très attaché à l’histoire et la liberté de son peuple, qui a pendant longtemps refusé de se plier à l’autorité du Sultan du Maroc. Le Rif, appelé par les Phéniciens «Agrath», pour les Romains «Ad Ripam», pour les Arabes, «Er Rif», désigne, sous ce nom, la région limitée au Nord par la Méditerranée, à l’Ouest par le massif des Djébala, et au Sud par une chaîne montagneuse, dite du Rif. En effet, le colonisateur fait démarrer l’histoire de son pays avec les occupations espagnoles et françaises. Pourtant, l’Histoire indique le contraire ; ce sont les Africains qui avaient d’abord occupé l’Andalousie. En effet, à la fin du XIème, les Almoravides, venus de l’Adrar, avaient fondé un royaume éphémère  qui s’étendait de la Mauritanie à l’Andalousie, avec pour capitale Marrakech. Les Almohades, originaires de l’Atlas, renversent les Almoravides, et s’installent eux aussi en Andalousie et infligent une sévère défaite au roi Alphonse VIII de Castille et de Tolède (1155-1214), en 1195, à Alarcos. Tous les Etats chrétiens d’Europe, sentant la menace africaine, s’unissent pour battre le Calife abbasside de Bagdad, Abdou Al Abbas AN-NASIR (1158-1225), en 1212, à la bataille de Las Navas Tolosa. Bien que la présence des Espagnols soit ancienne au Rif, elle était limitée aux enclaves des villes de Ceuta, prise en 1305 et Melilla en 1497, et n’avait donc aucune prise sur l’intérieur du Rif. Ces possessions espagnoles ont été pendant longtemps contestées par le Portugal, mais aussi par le Maroc, les Espagnols ayant été délogés de la Marmora en 1861 et de Larache en 1689. Auparavant, le Sultan Moulay Ismail BEN CHERIF (1645-1727) a assiégé Ceuta, pendant 30 ans, sans succès. En 1804, une révolte dans le Rif, menace gravement Ceuta. En 1871 et en 1893, les Rifains encerclent et attaquent, sans succès, Melilla ; un traité du 5 mars 1894 sera conclu avec les Marocains. Ils se révoltent également en 1909. C’est la guerre hispano-marocaine de 1859-60 qui marque le début, non pas de la colonisation espagnole, mais de sa réelle présence économique. A la conférence d’Algésiras (Espagne), la France qui avait des visées sur le Maroc, un Etat jamais colonisé, lui consent «une liberté économique sans aucune inégalité». Cependant, la France met sous tutelle le Maroc, un Etat encore indépendant, à travers «le droit de venir en aide au Sultan dans l’organisation de la police». La Banque d’Etat du Maroc est également sous tutelle des puissances occidentales (Allemagne, Espagne et Angleterre). En raison de troubles internes, le général LYAUTEY occupe Oujda le 29 mars 1907. Il faudra attendre l’année 1912 par 2 traités (Franco-marocain du 30 mars et franco-espagnol du 27 novembre) pour que le Maroc soit partagé en deux protectorats, l'essentiel du Rif revenant aux Espagnols, une terre montagneuse, jugée presque infranchissable et hostile aux étrangers. Si l’Espagne est restée retranchée dans Ceuta et Melilla, la France entrepris de soumettre le Maroc à un régime, non pas de protectorat, mais de colonisation, de fait. Les tribus du Rif, sans sultan du Maroc, essayèrent de combler ce vide, en se remettant à l’autorité de la famille AL-KHATTABI. Le Maroc sera indépendant le 2 mars 1956. Le 14 novembre 1975 l’Espagne rendra le Sahara espagnol au Maroc. Or, Léon L’Africain ou Hassan AL-WAZZAN (1496-1548), historien, géographe et philologue, avait déjà décrit le Rif au XVIème siècle : «Les Guméras font semblablement leur demeurance aux monts de la Mauritanie, c’est-à-dire aux monts regardant la mer Méditerranée, tenant et occupant toute la rivière qui s’appelle Rif» écrit-il dans «De l’Afrique contenant la description de ce pays». 

Abdelkrim AL-KHATTABI dit Si Zian (1860-1920), son père, un jurisconsulte a été nommé Cadi, par le sultan du Maroc, Moulay Al-HASSAN, le 10 juin 1879. La famille AL-KHATTABI respectait l’autorité du Maghzen, du Sultan du Maroc, aussi longtemps que ses tribus seront libres. Jouissant d’un prestige incontestable, en raison de sa droiture, de sa sagesse et de son aménité, il avait eu deux fils : M’hammed (1872-1967) et Abdelkrim, qui passent leur jeunesse chez leur oncle, Abdelsalam AL-KHATTABI à Ajdir. Abdelkrim se rend, par la suite, à Tétouan et à Fès aux universités de Attacine et Saffarine, pour préparer l’entrée à la grande université de Karaouine, pour le droit islamique. Abdelkrim étudie le droit espagnol à l’université de Salamanque, en Espagne. «Ma jeunesse est semblable à celle de mon frère. J’ai commencé mes études auprès de mon père ; puis, je me suis rendu à Tétouan et à Melilla. A la fin de mes études primaires, nous sommes désignés comme titulaires d’une bourse du gouvernement pour aller continuer à Mogador, nos études, dans une école normale, où je devins professeur au bout de deux ans» écrit Abdelkrim dans ses mémoires. Après le baccalauréat, il regagne Madrid, pour préparer son admission à l’école des Mines. Durant son séjour en Espagne, Abdelkrim a rencontré de hautes personnalités politiques, dont le Sous-secrétaire d’Etat des affaires du Maroc, ainsi que le Roi d’Espagne qui voulait l’inciter à une politique de collaboration avec son pays. Cependant, Abdelkrim jugera que les conceptions des hommes politiques espagnols étaient radicalement incompatibles, avec les principes de son père, qui voulait, pour le Rif, non seulement la prospérité, mais aussi la liberté, et son indépendance.

Homme d’une intelligence vive et souple, Abdelkrim a été nommé professeur et traducteur dans une école indigène à Melilla, après trois années de professorat, il fut nommé Cadi, juge musulman, à Melilla. Entre 1906 et 1915 il fut journaliste au quotidien de Melilla, «El Telegrama del Rif», section langue arabe, où il préconisaient la laïcité et la coopération avec les occidentaux afin de libérer la Oumma de l’ignorance et du sous-développement. Abdelkrim rendait des visites fréquentes à son père, «un partisan de l’unité africaine» précise-t-il. Son père était chef politique et chef de guerre : «J’étais entraîné au «baroud », au jeu du fusil et de la poudre» dit Abdelkrim, dans ses mémoires. Au retour, à son village, son père l’initie à la politique et lui confie une mission qui consistait à renseigner le Maghzen sur la politique et sur les intentions de l’ensemble du Rif, à son égard. Son père envisageait un regroupement dans le Rif, composé de 18 tribus et 3 millions d’âmes, de toutes les forces indigènes, pour battre  Jilali Ben DRISS, alias Rogui Bou Hamara (1860-1909), inféodé au Sultan du Maroc : «Les luttes intestines dans les villages y sont si constantes, si implacables, que nul n’ose construire sa maison près de celle du voisin, si bien que chaque regroupement humain se compose de fermes isolées, jalousement entourées de figuiers de Barbarie. L’anarchie est telle qu’il y a vingt ans, de véritables guerres d’extermination se livraient entre les clans rivaux» écrit Hubert MONTAGNE. Tribus batailleuses et grandes pillardes, elles savaient aussi s’unir devant un grave danger venant de l’extérieur. Abdelkrim, un homme lettré et en raison de sa science religieuse, avait suffisamment de prestige pour circuler dans ce monde de chaos et négocier avec les différentes tribus. Son père, suite à cette mission, obtint l’alliance de tous les chefs rifains. A cette époque, le Maroc était en proie aux pires dissensions, Moulay Hafid venait de battre son frère Abdel-El-Aziz. Son père s’allia donc avec Moulay Hafid pour battre Bou Hamara au Rif. Il mourra dans des conditions atroces à Fès.

En 1915, alors qu’il est Cadi, les Espagnols emprisonnent Abdelkrim, à la demande du maréchal Hubert LYAUTEY «en raison de relation que j’avais entretenues avec un certain Francisco Farle, un individu d’origine allemande, habitant à Melilla» dit Abdelkrim. C’est en effet, à ce moment que l’Espagne entre dans la danse. L’Allemagne, dans un jeu trouble, incitait les Marocains à l’indépendance : «Tout était confus, au début de la Grande guerre. La propagande contre la France était active et hostile. L’Allemagne flattait les ambitions nationales et locales» écrit Abdelkrim.  En effet, en 1944, Francisco FARLE lui avait promis des armes et de l’argent, s’il se révoltait contre le Maroc : «Le rêve de l’affranchissement de l’étranger se dressait devant moi» écrit Abdelkrim dans ses mémoires. Abdelkrim ne voulait pas se lancer dans une guerre contre le Maroc, mais voulait seulement l’indépendance du Rif : «Nous n’en voulons qu’à l’Espagne. Elle n’a pas su nous comprendre ; elle a révolté tous nos sentiments» disait Abdelkrim. Homme fier et énergique ne supportant pas les injures et les vexations, il tente de s’évader et se casse la jambe. Il sera libéré après 11 mois de détention ; les Espagnols voulaient l’armer contre la France, ce qu’il refusa.

Pendant l’incarcération d’Abdelkrim, son père avait entretenu, tout de même, des relations normales avec les Espagnols, jusqu’au moment ils voulaient établir au Rif un régime de protectorat, une sorte de colonie déguisée : «c’est faire preuve d’une étrange méconnaissance de l’âme musulmane, et particulièrement rifaine, que de croire qu’on peut triompher par le mensonge et la calomnie» dit Abdelkrim. Entre 1912 et 1920, son père voulait rester neutre, mais la persécution des Espagnols s’accentuait sur le Rif «Il n’existe pas assez de mots forts pour qualifier leur cruauté, sans exemple, à l’égard de nos populations» écrit Abdelkrim. L’Espagne a essayé de séduire la famille KHATTABI, en 1920, en proposant de réintégrer Abdelkrim dans ses fonctions d’enseignants et d’octroyer une bourse à son grand-frère pour Madrid : «Mes fils ne retourneront vers vous que si l’Espagne est décidée à collaborer, réellement, avec nous» dit son père. Un agent secret est alors envoyé par l’Espagne, pour surveiller la famille AL-KHATTABI. Une campagne de calomnies, propagande et de discrédit est engagée à l’encontre des AL-KHATTABI, présentés comme des «ennemis» de l’Espagne. En riposte, le père d’Abdelkrim organise, non pas une action violente, mais pacifique et politique de résistance à l’occupant espagnol. Son père tombe malade, et meurt dans des conditions suspectes, probablement empoisonné. Avant de mourir, le père d’Abdelkrim recommanda à ses enfants de «ne pas laisser asservir, honteusement» le Rif, et si cette mission se révélait impossible, de se mettre sous la protection de la France, un «pays juste et humain». La mort du père d’Abdelkrim n’a pas de révolte, mais un débat, dans les différentes tribus, sur la stratégie à adopter «Si vous ne pouvez pas défendre le Rif ; si vous ne pouvez pas en faire un pays libre et fortement organisé, évacuez-le» dit Mohammed TAHAN, un notable. A cette époque, Abdelkrim voulait éviter la guerre à son peuple ; il recherchait une solution négociée avec l’Espagne «Nous décidions d’écrire aux Espagnols pour les conjurer de renoncer à cette politique belliqueuse, et d’organiser, avec notre collaboration loyale, un régime profitable à leur pays, comme au nôtre» dit Abdelkrim. Cependant, l’Espagne ne jugeait pas nécessaire de négocier avec des tribus jugées arriérées, divisées et faibles.  En raison de cette démarche modérée de Abdelkrim à l’égard des Espagnols, sa famille est considérée par les nationalistes rifains, comme suspecte, «vendue» aux espagnols. 

 A l’époque, Abdelkrim n’avait ni armes, ni argent, ni armée fiable et disciplinée, mais il connaissait son pays et a engagé une guérilla contre les Espagnols : «Les Rifains avaient un avantage important sur leurs adversaires : ils combattaient dans leur pays qu’ils étaient seuls à connaître dans ses moindres méandres ; ils avaient repéré les passages, les endroits propices pour engager la lutte. Ils savaient que, lorsque dans certaines parties de leurs montagnes le combat au fusil n’était pas efficace, il était préférable de recourir à une avalanche de rochers qui, bien préparée, offrait le double avantage d’obstruer les défilés tout en décimant l’adversaire» écrit Pierre FONTAINE. C’est à ce moment que le général Manuel SYLVESTRE, un militaire très brave, mais dépourvu de tout sens politique, décide d’attaquer le Kelatès et Porto-Nuevo, pour chasser Abdelkrim de son pays. Pourtant, Abdelkrim refuse l’offre d’Etchevarieta, de 20 000 pesetas, pour attaquer le Maroc. Le nationaliste rifain a toujours rejeté la cupidité et le mensonge. Les Espagnols occupent alors Dar-Abara, en pays Tensamane ; ce qui donna l’occasion à Abdelkrim d’engager son premier combat de résistance d’envergure. La partie était pourtant risquée «Je disposais, à cette heure, de 300 guerriers. Je reviens me mettre à leur tête. Et malgré une pauvreté en munitions, je déclenchais la contre-attaque. Après un combat des plus durs, ma troupe réoccupa Dar-Abara» écrit Abdelkrim. Au cours de cette bataille, l’Espagne a perdu 400 soldats, dont 2 capitaines et 4 lieutenants et surtout un lot important d’armes. 9 morts rifains. Abdelkrim vient de gagner son premier galon de chef de guerre : «c’est un métier facile que de commander devant l’ennemi. Il suffit du bon sens et de la décision» dit-il. Abdelkrim saisit cette nouvelle gloire pour renforcer l’unité du bloc rifain, ainsi que ses positions acquises, tout en s’abstenant de toute contre-attaque. A Sidi-Boyane, le général SYLVESTRE y laisse 317 morts ainsi que des armes, contre 17 Rifains. Les canons sont mis en sûreté.

Abdelkrim a eu vent que le ravitaillement des Espagnols est défectueux ; il décide en conséquence de couper leurs communications avec Tizi Aza, leur base. Le général SYLVESTRE décide alors de contre-attaquer et à chaque fois, Abdelkrim récolte un important butin en armes et munitions, dont 15 canons. Le général SYLVESTRE donne alors l’ordre d’évacuer : «L’armée espagnole battait en retraite, littéralement, affolée, dans le désarroi si complet que nos guerriers eux-mêmes avaient de la peine, en progressant si rapidement, à croire à la réalité de leur victoire, à la catastrophe où sombrait l’ennemi» dit Abdelkrim. Plus de 100 postes militaires, tombèrent aux mains des rifains. Le bilan est lourd pour les Espagnols : 200 canons, 20 000 fusils, des obus, des milliers de cartouches, des vivres, des médicaments, 700 prisonniers, 15 000 morts et blessés espagnols, dont le général MORALES. Abdelkrim qui avait de l’estime pour ce général, fit transporter son corps à Melilla. A Mont-Arruit, le général NAVARRO et 2 colonels furent prisonniers. Estimant que son organisation militaire était encore embryonnaire, Abdelkrim s’arrêta aux portes de Melilla, il voulait éviter des «complications diplomatiques». Abdelkrim a regretté cette décision qu’il a considérée comme une grosse erreur : «J’ai manqué, ces jours-là, de clairvoyance politique nécessaire» dit-il.

En 1921, comme une retombée inattendue de leurs efforts pour détruire la puissance de Raisuni, un brigand local, les troupes espagnoles approchent des secteurs inoccupés du Rif. Abdelkrim envoie à leur général Manuel Fernández SILVESTRE Y PANTIGA (1871- 22 juillet 1921) un avertissement : s’ils franchissent le fleuve Amekran, il le considérerait comme un acte de guerre. Fernández Silvestre aurait ri en prenant connaissance du message. Le général installe un poste militaire sur le fleuve à Abarrán. Le même jour au milieu de l’après-midi mille rifains l’avait encerclé ; 179 militaires espagnols furent tués, forçant le reste à la retraite. Les jours qui suivirent après plusieurs escarmouches sanglantes pour les troupes de Fernández Silvestre un événement inattendu se produisit. En effet méprisant Abdelkrim, Fernández Silvestre décide de le défier, et avec 3 000 hommes Abdelkrim parvient en deux jours grâce à la ruse à vaincre l’Espagne. Pour l’Espagne, la bataille d’Anoual a été un véritable désastre. Elle y a perdu près de 16 000 soldats, récupéra 24 000 blessés 150 canons et 25 000 fusils. En outre, 700 soldats espagnols ont été faits prisonniers. Il s’agit aussi de la première défaite d’une puissance coloniale européenne, disposant d’une armée moderne et bien équipée devant des résistants sans ressources, sans organisation, sans logistique ni intendance. La victoire d’Anoual a eu un immense retentissement non seulement au Maroc mais aussi dans le monde entier. Elle a eu d’immenses conséquences psychologiques et politiques, puisqu’elle allait prouver qu’avec des effectifs réduits, un armement léger, mais aussi une importante mobilité, il était possible de vaincre des armées classiques.

Le 1er février 1921, Abdelkrim proclame la première République dans le monde maghrébin, et se proclame Emir, une fonction religieuse et politique. Il créa un parlement constitué des chefs de tribus qui lui vota un gouvernement. «Nous venons d’assister à la victoire d’un peuple, considérée par plusieurs, comme anormale, alors qu’il a souffert de l’hégémonie espagnole, dont l’armée a été chassée. L’équilibre des forces au Maroc a changé au détriment des impérialistes qui l’occupaient. Nous ne sommes plus face à une petite guerre de libération de trois millions d’hommes, mais nous sommes confrontés à des nations musulmanes, dont les peuples se comptent en dizaines de millions» dit Abdelkrim, lors de sa déclaration d’indépendance. AL-KHATTABI «n’est ni un rebelle qui cherche à atteindre le Roi, ni un avocat, ni un messager pour réformer. C’est un patriote qui libère sa terre et s’oppose à l’hégémonie étrangère. De nouvelles forces sociales ont émergé et réalisé des révolutions pour l’Equité au sein de la société, l’unification du pays et la modernisation des pouvoirs» écrivait déjà, en 1925, un Rapport du 2ème bureau français, Etat-major de guerre. Abdelkrim, un nationaliste, était un rénovateur. Il abolit le droit coutumier berbère, lutta contre le maraboutisme et les confréries, notamment salafistes, et voulait enraciner un Etat moderne au Rif, précurseur de l’action de Moustapha KEMAL en Turquie. C’est un Etat moderne soucieux des questions de justice et de réformes agraires. Chaque tribu, à sa tête avec une Douma (assemblée) élue, avait pour chef un caïd dont les attributions se révélaient assez semblables à celles des maires de France, à la seule différence qu’il possédait le pouvoir absolu, administratif et militaire d’un cercle délimité. Le caïd était chargé de l’état-civil, tenait des livres de naissances, de mariages, de décès. Le pouvoir législatif est confié à 80 députés directement élus par les tribus.

L’Espagne a été profondément traumatisée par la bataille d’Anoual et mobilise 200 000 hommes, en vue de récupérer les positions perdues jusqu’à Tizi-Aza et voulait racheter ses prisonniers. Abdelkrim en réponse, offre une proposition de paix négociée, mais que les Espagnols déclinent. En 1922, Abdelkader part à Londres, afin de rallier Edouard CHAMBERLAIN à sa cause, en vain. En 1923, il se rend à Paris, et descend à l’hôtel Terminus, à Saint-Lazare, et voulait rencontrer le président Raymond POINCARRE, afin d’assurer l’essor et l’industrialisation du Rif, et acheter des avions français, pour impressionner les tribus. Avant son départ de France, sans être reçu par le gouvernement, il apprendra que les troupes françaises avaient déjà envahi l’Ouergha, en vue de provoquer des soulèvements en masse des différentes tribus. Les Français considéraient que le Rif devrait être rattaché au Maroc : «Ils sont dans l’erreur s’ils considèrent que le Rif fait partie du Maroc. Géographiquement notre République fait partie de l’Afrique. Notre langue est si singulièrement différente des autres» dit Abdelkrim.

Abdelkader devant ces échecs attaquera les troupes françaises dans le Rif «une grande effervescence régnait dans les tribus du Rif, mais elle se calma un instant, à notre égard, la rébellion des tribus montagnardes. Le fait, pour nous, d’avoir mâté en partie cette rébellion, retrempa notre courage» dit Abdelkrim. Abdelkrim ne voulait pas vraiment engager une guerre frontale avec les Français, mais ces derniers n’acceptaient pas une République du Rif entre le Maroc et l’Algérie. Aussi, dès 1925, la France incite le soulèvement des tribus en s’appuyant sur les Beni Zéroual. En décembre 1925, Abdelkrim sentait sa cause perdue, il rêvait de l’indépendance du Rif, dans la modernité et l’unité «Je sentais un certain flottement des tribus qui m’avaient juré fidélité, et qui, jusque-là, ne s’étaient point départis de leur loyalisme. L’activité de nos officiers de renseignement avait été considérable parmi les tribus» dit-il. Toutes les tentatives d’Abdelkrim pour négocier la paix ont échoué. Les Français avaient exigé qu’il capitule, sans conditions, et être exilé au Maroc. Or pour lui, les Rifains «s’étaient battus pour leur indépendance, j’avais personnifié leur lutte, une lutte pour leur liberté. Ce n’était pas à moi d’abdiquer. C’eût été trahir» dit-il. Alors, le maréchal Philippe PETAIN vint avec 200 000 hommes, des avions et de l’armement lourd. En 1926, Abdelkrim allait perdre immanquablement «J’ai repris la lutte désespéré, par devoir, sans aucune lueur d’espoir, prévoyant ce qui ne tardait pas à s’accomplir : le lâchage progressif de mes guerriers, la soumission rapide des tribus» écrit Abdelkrim. Après la menace de génocide, Abdelkrim se rend comme prisonnier de guerre, demandant à ce que les civils soient épargnés : «Votre civilisation est celle du fer. Vous avez de grosses bombes, donc vous êtes civilisés ; je n’ai que des cartouches de fusil, donc je suis un sauvage» dira Abdelkrim, le jour de sa capitulation. En dépit de cette reddition, les puissances coloniales ne peuvent tolérer qu’un tel soulèvement reste impuni. Ainsi dès 1926 des avions munis de gaz moutarde bombarderons des villages entiers faisant des marocains du Rif les premiers civils gazés massivement dans l’Histoire, à côté des kurdes iraqiens gazés par les britanniques. On estime à plus de 150 000 le nombre de morts civils durant les années 1925-1926, mais aucun chiffre crédible ne peut être avancé.

Le 14 juillet 1926, sous l’Arc de Triomphe, le général fasciste Miguel PRIMO de RIVERA, entouré du président Gaston DOUMERGUE, d’Aristide BRIAND et, pour faire bonne mesure, du sultan Moulay YOUSSEF, célèbrent ensemble cette «victoire de la civilisation sur la barbarie». Mais que faire d’Abd El Krim, un prisonnier bien encombrant, trop célèbre pour être éliminé, danger potentiel par son charisme auprès des populations colonisées. En 1926, Abd el-Krim est exilé à la Réunion, où on l’installe d’abord jusqu’en 1929 au Château Morange, dans les hauteurs de Saint-Denis. Quelques années passent. Il devient habitant de la commune rurale de Trois-Bassins, dans l’ouest de l’île, où il achète des terres et construit une belle propriété. Il y vit douze à quinze ans. En mai 1947, ayant finalement eu l’autorisation de s’installer dans le Sud de la France, il embarque à bord d’un navire des Messageries Maritimes en provenance d’Afrique du Sud et à destination de Marseille avec 52 personnes de son entourage et le cercueil de sa grand-mère, le Katoomba. Arrivé à Suez où le bateau fait escale, Abdelkrim réussit à s’échapper et passa la fin de sa vie en Égypte, où il présidera le «Comité de libération pour le Maghreb arabe». Il a donc conseillé tous les leaders arabes en lutte pour l’indépendance, dont les Tunisiens et les Algériens. Il a reproché aux Marocains de pactiser avec la France au moment où l’Algérie menait sa guerre d’indépendance. Il fallait, selon lui, unir tous les pays africains. Il a rencontré d’autres combattants en lutte, comme Che GUEVARA (1928-1967), afin que «naissent un, deux, trois Vietnam». Abdekrim, au Caire, a repris le ministère de la parole : «Des milliers de personnes mourront si la France n’accorde pas l’indépendance à l’Afrique du Nord» déclaration reproduite par «le Monde», 20 septembre 1949. Au sortir de l’indépendance, la répression d’une révolte du Rif fait plus de 8 000 morts entre 1958 et 1961.

Dans son sommeil  et pendant le mois du Ramadan, Abdelkrim meurt, le 6 février 1963, d’une crise cardiaque au Caire. Gamal Abdel NASSER (1918-1970) lui accorda des funérailles nationales. De son vivant, Abdelkrim avait refusé de rentrer au Maroc après l’indépendance, et cela en dépit d’une visite de Mohamed V en 1960, au Caire. La situation, à ses yeux, manquait de clarté : «Je ne mettrai pas les pieds au Maroc tant qu’il y restera un soldat français» avait-il dit. Sa fille, Aïcha avait demandé, vainement, en 2013, que sa dépouille soit ramenée au Rif mais le Roi du Maroc, avait opté pour Raba.

Les méthodes de guérilla d’Abdelkrim ont inspiré les révolutionnaires du monde entier «Abdelkrim Al-Khattabi a été l’un des piliers des stratégies dont j’ai les bases de la guérilla» dira Mao ZE-DONG (1893-1976), devant une délégation de l’OLP. Mais la guerre du Rif a un tel retentissement que le nom d'Abdelkrim est devenu le symbole de la décolonisation. Abdelkrim avait de son vivant, sur la période (1920-1925), avec quelque amertume : «Je suis venu trop tôt».

Bibliographie sélective

AGERON (Charles-Robert), «La presse parisienne devant la guerre du Rif (avril 1925 – mai 1926)», Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, 1977, n°24, pages 7-28 ;

AIDI (Hisham), «Les blessures ouvertes du Rif», Multitudes, 2017, vol 3, n°68, pages 10-18 ;

Anonyme, «A propos du Rif», Archives Marocaines, 1927, pages 211-240 ;

Anonyme, «Le Rif», Archives Marocaines, 1927, pages 175-209 ; 

AYACHE (Germain), Les origines de la guerre du Rif, thèse Paris 1, Rabat, Smer, 1990, 372 pages ; 

BARBUSSE (Henri), Contre la  guerre au Maroc, Paris, Librairie de l’Humanité, 1925, 16 pages ;

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BIARNAY (Samuel), Etude sur les dialectes du Rif, Paris, Leroux, 1927, 600 pages ;

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CELARIE (Henriette), L’épopée marocaine, préface du maréchal Pétain, Paris, Hachette, 1928,  250 pages ;

Colloque international d’études historiques et sociologiques du 18 au 20 janvier 1973, sous la présidence de Charles-André JULIEN, Abd El-Krim et la République du Rif, préface René Galissot, Paris, François Maspero, 1976, 536 pages ;

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DAOUD (Zakya), Abdelkrim, une épopée d’or et de sang, préface de Bruno Etienne, Paris, Séguier, 1999, 447 pages ;

DAOUD (Zakya, ), Abdelkrim, une épopée d’or et de sang, préface de Bruno Etienne, Paris, Séguiers, 1999, 458 pages ;

DUCOULOMBIER (Romain) «La guerre coloniale oubliée», La vie des idées, 8 octobre 2008, pages 1-6 ;

DUMAS (Pierre), Abd-El-Krim, Toulouse, Le Bon Plaisir, 1927,  173 pages ;

DUNET (A-V), La sanglante aventure marocaine, Paris, Chez L’Auteur, 1926, 145 pages ;

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GABRIELLI (Léon), Abdel-Krim et les évènements du Rif (1924-1926), préface d’Alphonse Juin, Casablanca, éditions Atlantides, 1953, 232 pages ; 

HARRIS (Walter, Burton), France, Spain and the Rif, London, Edward Arnold, 1927, 338 pages ;

HUBERT Jacques, L’aventure riffaine et ses dessous politiques, Paris, Brossard, 1927, 375 pages ;

IFAL (Thami), «Abdelkrim, grandeur, misères, exil et mort», Le journal, du 23 au 29 octobre 1999, n°93, page 6 ;

JULIEN (Charles-André), Histoire de l’Afrique du Nord, Tunisie, Algérie, Maroc. De la conquête arabe à 1830, Paris, Payot, 1952, 367 pages ;

KHARCHICH (Mohamed), La France et la guerre du Rif (1921-1926), thèse sous la direction de Maurice Garden, Lyon II, Université Lumière, 1989, 426 pages ;

LADREIT de LACHARRIERE (Jacques), Le rêve d’Abdel-El-Karim, esquisse d’histoire marocaine, Paris, éditions coloniales, J. Peyronnet, 1925, 272 pages ;

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MADARIAGA de (Marie-Rosa), L’Espagne et le Rif : Pénétration coloniale et résistances locales (1909-1926), Paris Sorbonne-Nouvelle, 1988, 1 134 pages ;

MALBERT (Thierry), L’exil d’Abdelkrim AL-KHATTABI à la Réunion (1926-1947), Paris, Saint-Denis (La Réunion), Orphie, 2016, 191 pages ;

MEGDICHE (Cyrille), «Le Parti communiste français et le Maroc (1920-1938)», Cahiers de la Méditerranée, 1975, I, n°11, pages 117-121 ;

MIEGE (Jean-Louis), «L’arrière plan diplomatique de la guerre du Rif», in Mélanges Le Tourneau, vol II, pages 219-230 ;

Mohamed Ben Abd El Krim, Mémoires de la Réunion, traduction de Thami El Azzemouri, présentation de René Galissot et Maria Rosa de Madariaga, Rabat, Bouregreg, 2017, 173 pages (en français et en arabe) ;

MONTAGNE (Robert), «Abd El Krim», Politique étrangère, 1947, n°3, pages 301-324 ;

PIERRE (Inès), «Abdelkrim», L’Humanité, jeudi 22 juin 2017 ;

RENAUD (Jean) ONG-Chua, Ho-Chi-Minh, Abd-El-Krim et Cie, Paris, Guy Bussac, 1949, 236 pages ;

ROGER-MATHIEU (J), Mémoires d’Abd-El-Krim, Paris, Librairies des Champs-Elysées, 1927, 243 pages ;

SEMARD (Pierre), La guerre du Rif, Paris, Librairie de l’Humanité, 1926, 159 pages ;

TAHTAH (Mohamed), Entre pragmatisme, réformisme et modernisme, le rôle politico-religieux des Kathabbi, dans le Rif, (Maroc), jusqu’en 1926, Leiden, 1995, 246 pages ;

TERRIER (Auguste), Le Maroc, Paris, Larousse, 1931, 224 pages ;

TUQUOI (Jean-Pierre), «Abdelkrim le rebelle du Rif», Le Monde, 27 octobre 1999 ;

WANAIM (MBark), «La France et Abdelkrim : de l’apaisement politique à l’action militaire, 1920-1926», Cahiers de la Méditerranée, 2012, vol 85, pages 285-301 ;

ZURLO (Yves), Ceuta et Melilla, histoire, représentations et devenir de deux enclaves espagnoles, Paris, l’Harmattan, 2005, 320 pages

Paris, le 2 août 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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