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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 08:50

Un personnage légendaire du Sénégal : Samba Guéladio Diégui, par Amadou Bal BA

Article publié dans le journal "Ferloo", édition du 10 mai 2013.

L’épopée de Samba Guéladio Diégui est la plus connue des épopées peules. Victime de l’usurpation du pouvoir par son oncle, le récit magnifie ce prince peul qui mena une longue guerre de succession pour le royaume des Déniankobé au XVIIIème.
Nous avons recensé plusieurs versions romancées de la légende de Samba Guéladio Diégui.
Dans une version tirée des manuels scolaires Samba est jeune et séjourne dans un village avec sa mère, dans une contrée terrorisée par un monstre alors qu’il n’avait que 6 ans. Il tue ce monstre, selon Amadou LY, «le Tiamaba» ou le Guinârou, et épouse la fille du roi.


Le capitaine STEFF, administrateur colonial et commandant de cercle à Kaédi, en Mauritanie, dans une étude de l’IFAN de 1913, donne une autre version de ce récit merveilleux. N’ayant pas réussi à détrôner son oncle Boumoussa qui l’avait écarté, injustement, des charges princières, il s’exile, pendant plus de sept ans, chez les Maures, dans le Macina. Les habitants de ce pays manquaient d’eau et ne possédaient qu’une seule source gardée par un lion, le « Niamara Dallal » à qui il fallait sacrifier, une fois toutes les trois semaines, une jeune fille. Arrivé dans la contrée, Samba fut hébergé par une pauvre femme qui lui servit une eau de mauvaise qualité et lui raconta le calvaire du village. Samba Guéladio tua le lion et coupa sa patte droite comme preuve. Le roi maure, Ellène Ben Zikri, promit une forte récompense à celui qui a tué le lion. Samba prouva que c’est lui qui avait tué le lion. Les hypocrites jaloux de la soudaine notoriété du nouveau venu, ont demandé au roi maure de soumettre Samba à une autre épreuve : débarrasser les Maures de Birama Gouroury, fils de Ardo Gouroury, roi du Macina, qui venait souvent piller les vaches blanches des Maures. Samba triompha de combat et réclama aux Maures une armée pour reconquérir son trône au Fouta.
Une version, proposée par Blaise CENDRARS, pseudonyme de Frédéric Louis SAUSER (né en Suisse le 1er septembre 1887, mort à Paris le 21 janvier 1961) de 1927 en annexe à cet article, est manifestement tirée de la tradition orale. On y voit défiler les principaux personnages de la légende : le griot, Séwi Mallal, le captif, Doungourou, Oummoulatôma, le cheval de Samba, Boussalarbi, le fusil magique, la mère de Samba N’Diorgual est une infirme en référence à la légende de Soundiata KEITA. Le Guinârou n’est pas un lion, mais un crocodile. En toile de fond on retrouve la contestation de la légitimité du pouvoir de l’oncle de Samba.
Une version romancée a été colportée par les griots. Samba Guéladio Diégui était un excellent communicateur. Il aimait à s’entourer de nombreux griots, dont le célèbre Séwi Mallal Seydou, qui nous ont transmis sa légende. Jusqu’à présent on raconte encore, dans les villages plus reculés du Fouta-Toro, aux petits enfants, la légende de Samba Guéladio.
Des universitaires ont entamé des études sérieuses sur la légende de Samba Guéladio en s’appuyant sur des documents d’archives, dont notamment les contributions des professeurs Oumar KANE et Yaya WANE. Le professeur Amadou LY a soutenu en 1978 une thèse sur le sujet.
Sans pouvoir établir une date certaine de la naissance de notre héros, on peut soutenir qu’il est, vraisemblablement, né vers la fin du XVIIème siècle. En effet, un traité du 5 mars 1737 est signé entre lui et un représentant de la Compagnie des Indes. Par conséquent, Samba Guéladio Diégui est un contemporain du siècle des Lumières. Nous avons un témoignage, particulièrement précieux de l’époque de Samba Guéladio Dégui, c’est celui d’un prêtre français, le père Jean-François LABAT (1694 – 1720). Cet auteur a décrit, dans un ouvrage publié, à titre posthume, en 1728, le système de la dynastie des Dényankobé du début du XVIIème siècle. En effet, le père LABAT fait remarquer le souci d’indépendance de Samba Guéladio : «La première chose qu’il fit, dès qu’il fut monté au trône, fut de chasser les Maures tous les endroits de ses Etats où il était établi, comme le seul moyen de conserver le Royaume de ses ancêtres ».
Samba Guéladio Diégui est un prince Dényankobé. Le nom de Samba Guéladio Diégui est mentionné dans un ouvrage écrit des lettrés musulmans toucouleurs intitulé « Tarikh El Fuutiyu». Ces écrits donnent des renseignements précieux sur les souverains toucouleurs, les Satigui, qui ont régné sur le Fouta entre 1532 et 1776. Selon Yaya WANE, un chercheur de l’Université de Dakar, Samba Guéladio Diégui, 21ème Satigui,  a régné 10 ans. Il a succédé à Konko Boubou Moussa, à Guéladio Tabara, à Guéladio Diégui, le père de Samba. On remontant la généalogie, on s’aperçoit que Samba Guéladio Dégui est un descendant de Coli Ténguélla, celui qui a fondé la dynastie des Dényankobé au XVIème siècle, reprenant ainsi le Tékrour aux conquérants mandingues. Le Tékrour est alors rebaptisé le Fouta-Toro.
La première version écrite de l’histoire de Samba Guéladio Diégui est reproduite Blaise CENDRARS (1887-1961), un Suisse naturalisé Français, dans un ouvrage intitulé «Anthologie Nègre» de 1921. Blaise CENDRARS est l’un des premiers européens à considérer la tradition orale comme étant de la littérature. Avant cela, entre 1904 et 1910, François-Victor EQUILBECQ traverse le Sénégal et le Mali à la recherche de contes populaires. Il retranscrit, en 1913, l’épopée de Samba Guéladio, dans un ouvrage intitulé «Essai sur la littérature merveilleuse des nègres». EQUILBECQ mentionne que «pour bien connaître une race humaine, pour dégager ses procédés de raisonnement, pour comprendre sa vie intellectuelle et morale, il n’est rien de tel que d’étudier son folklore».
Comme le soulignent ces auteurs, ils ne font que puiser dans la tradition orale qui fleurit depuis des siècles au Fouta-Toro. Cette tradition orale a acquis, de génération en génération, une richesse et une ampleur considérables. Félicitons un griot, M. Sidy M’Bothiel, qui contribue, actuellement, à faire revivre cette légende, et a apporté son concours à certaines thèses de doctorat.
La légende de Samba Guéladio a donné naissance à une littérature merveilleuse, inspirée de la chevalerie, une épopée digne de l’histoire de Soundiata KEITA. Pourquoi plus de deux siècles après l’histoire de Samba Guéladio Dégui fascine t - elle encore ?
C’est une histoire vraie, mais elle est émaillée d’épisodes tirés du merveilleux qui font ressortir le caractère exceptionnel de notre héros qu’est Samba Guéladio Diégui. Chaque littérature merveilleuse a ses personnages de prédilection : êtres surnaturels ou surhumains.
 
Ceux que chantent les griots doivent se signaler par leur courage, leur intelligence, leur droiture, leur sens de l’honneur. Alors, la mémoire collective se charge d’estomper les coins d’ombre, de grandir le héros pour le hisser au rang des créateurs de valeurs.
Samba Guéladio Diégui possède toutes ces qualités. Il est courageux jusqu’à la témérité intelligent, d’une intelligence machiavélique, fier. Quel Ardo du Fouta ne saurait l’être ? A partir du moment où il a pris conscience de ses droits, rien ne peut s’empêcher d’atteindre son but. Il s’est agi d’une prise de conscience, et c’est le griot Sêvi qui sert de révélateur.
Samba est autre selon qu’il a affaire à des nobles comme lui, ou à des gens de castes inférieures. Il épargne d’une manière chevaleresque la vie de Birima, par égard pour la sœur de ce dernier qui est sa «Naoulé », ses pairs. Et même son oncle Konkobo Moussa, qui est pourtant, son ennemi principal, il ne consent à combattre avec lui que dans les règles de l’art. Et il pousse même la «délicatesse» jusqu’à fournir à plusieurs reprises une monture à son oncle pour qu’ils puissent se battre. Et pour finir il épargne sa vie. Il y a là, c’est l’évidence, tout un code du parfait chevalier auquel Samba obéit.
C’est le professeur Omar KANE, dont les travaux font, incontestablement autorité qui a bien décrit, à travers différentes archives, la vraie de Samba Guéladio Dégui qui est moins romantique qu’on ne le croit. Le professeur KANE s’est basé, en grande partie, sur les travaux du capitaine STEFF que j’ais pu lire et vous faire partager.
Samba Guéladio Dégui est originaire de Diowol Worgo, dans la région de Matam. Il est le fils de Guéladio Diégui qui a été Satigui du Fouta-Toro. Par conséquent, Samba Guéladio est de sang royal. Il est un descendant de la dynastie peul des Déniankobé qui a régné sur le Fouta Toro au XVIème siècle.
L’histoire de Samba Guéladio Dégui est liée à des règles de succession qui ont, à un certain moment donné, mal fonctionné sous le règne de Boubou Moussa. Voici ceux qui ont régné avant Samba :

  • Coli Tenguélla BA, le fondateur de la dynastie des  Déniankobé. Il a établi sa capitale à Toumbéré Guingué, et avait comme général, le fameux guerrier Nima.

  • Labba Tenguélla BA, frère de Coly

  • Samba Tenguélla BA, frère de Laba et de Coly

  • Guéladio Tabara, fils de Coly

  • Samba Laamou

  • Ciré Samba Laamou, fils de Samba Laamou

  • Bocar Samba Laamou

  • Guéladio Dikoui

  • Guéladio Diégui, père de Samba Guéladio Diégui, s’est illustré par sa sévérité et sa cruauté. Il s’aliéna, en peu de temps, tout le Fouta-Toro. Ses neveux, les Dényankobé, et ses cousins les Yalalbé et les Saybobé, étaient tous devenus ses ennemis.

Boubou Moussa, neveu de Guéladio Diégui. il a changé de capitale et vint s’installer à Gallé, entre Dondou et Diowol ; Diowol c’est le lieu de naissance de Samba Guéladio Diégui.
Contrairement à son oncle, Boubou Moussa était un bon Roi, aimé de tous qui fait rétablir la paix, la sécurité et la prospérité dans le Fouta-Toro. Il n’a mené aucune guerre pendant ses 23 ans de règne. Cependant, après son règne, Boubou Moussa a opéré un changement dans le fonctionnement du royaume de Fouta-Toro qui va déclencher une guerre de succession et faire entrer Samba Guéladio Diégui en scène. En effet, il a eu la malencontreuse idée de créer des charges qu’il réserve aux dignitaires Déniankobé et aux percepteurs d’impôts. Toutes les charges furent distribuées sans en réserver aucune pour Samba Guéladio Diégui, fils de son oncle Guéladio Dégui, ancien Satigui. Samba alla réclamer au Roi sa part, mais celui-ci lui répondit que la distribution est déjà faite, mais qu’il pouvait prendre tout ce qui est nécessaire pour vivre. A son retour, à la maison sa mère lui fit savoir ce que n’était pas une place honorable pour un prince. Le conflit n’ayant pas pu être résolu Samba Guéladio Diégui s’exila chez les Maures Brakna, à Laboudou entre Boghé et Podor. Samba Guéladio envoya ces Maures assassiner son oncle Boubou Moussa. 
Les Foutanké désignèrent un nouveau Satigui, Konko Boubou Moussa, le fils du défunt. Bien qu’il était l’héritier du trône, l’assemblée des notables, même sous la menace des Maures, refusa d’introniser Samba Guéladio considéré comme étant le commanditaire de sang contre son oncle. Après s’être élevé contre cette décision d’éviction qu’il considère contraire à la coutume, Samba entreprit plusieurs combats contre son cousin, Konko, mais il échoua, car ce dernier, dont le père était juste, était soutenu par la population.
De guerre lasse, Samba confia sa mère, ainsi que celle de son griot au Tounka de Tiyabou, près de Bakel. ll partit en exil accompagné de quatre personnes dont son captif, Doungourou et son griot Sévi Mallal. Il est à ce moment fermement résolu de conquérir le trône ou de mourir. Il se réfugia chez Ellel Ben Zekri, un roi Maure, dans le Macina, pendant 7 ans. Samba recherchait une armée pour prendre le pouvoir. Durant ce séjour, il s’illustra par de nombreux exploits qui convainquirent le Roi de lui prêter main forte et lui attribuer une forte armée. Il a tué le lion qui empêchait l’accès de la seule source qui fournissait de l’eau potable à la population. Il a vaincu Birama Gouriki qui prenait toutes les vaches blanches de la population. Il a enlevé des troupeaux de deux puissants princes voisins. Il a dressé un cheval particulièrement fougueux, qu’on croyait indomptable, en moins de 6 jours.
Comme Samba n’a pas donné de ses nouvelles pendant 7 ans. Le Tounka de Tiyabou qui le croyait mort, avait réduit sa mère en esclavage et l’a dépouillée de ses biens. A son retour, Samba Guéladio abattit le Tounka d’un coup de fusil, nomma un nouveau chef auquel il confia sa mère. Dans la tradition orale on raconte que Samba a humilié le Tounka devant la population en le faisant fouetter sur la place du village, mais qu’il ne l’a pas tué.
Samba est retourné au Fouta, après son armée pour conquérir le pouvoir et destituer son cousin, Konko Boubou Moussa. Après une rude bataille, Konko Boubou s’enfuit et alla se réfugier son frère Silèye N’DIAYE, à Orkodiéré, dans le Damga. Samba Guéladio entre à Gallé en triomphateur et se proclame Satigui, sans les notables ne lui conteste le titre. Depuis lors, on a coutume de dire «il est comme un lion au milieu d’un troupeau de moutons, sans berger». Cette maxime a été reprise par les griots Oulof : «L’éléphant n’a pas de berger».
Ivre de joie, Samba se livre à son activité favorite : le pillage. Il raçonne les Foutanké qui sont devenus ses sujets. Samba a la gâchette facile. Il tue ceux qui lui résistent ou portent atteinte à son honneur. Il va même jusqu’à tuer Guéladio Hindé, un très fidèle compagnon qu’il avait surpris avec sa femme. Mais ce meurtre annonce la fin du règne de Samba Guéladio et le déclin du règne des Déniankobé et l’émergence des Torodos, dont les souverains portaient le titre de Alamamy. Les Foutanké outrés par ce geste, quittèrent Samba, pour  rejoindre les pillards de Déniankobé dirigés par Silèye N’DIAYE.
Samba, resté seul avec son fidèle griot, Sévi Mallal, partit s’installer à Diam Wélli, dans le Boundou, près de Bakel. Silèye N’DIAYE apprenant cette fuite le poursuit jusqu’à Tiénpèngue.
Samba Guéladio, fatigué, malade de la poitrine, et abandonné de tous, il mourut quelques jours plus tard.
Silèye N’DIAYE fut élu Satigui en remplacement de Samba Guéladio. Mais ce régne c’était le début de la fin des Déniankobé qui allaient être supplantés par les Torodos, les Almamy.
Bibliographie sélective
 
STEFF (Capitaine), Histoire du Fouta-Toro, Dakar, IFAN, 1913, Fonds Brévié cahiers n°1-7 ; Fonds Gaden cahier n°1-338, 70 pages dactylographiées, spéc pages 26 à 50.
 
CENDRARS (Blaise), Anthologie nègre, Paris, Sans Pareil, 1927, 336 pages, spéc chapitre X – 37 intitulé « le geste de Samba Guéladio Dégui », pages 133-147 ;
 
EQUILBECQ (François-Victor), Essai sur la littérature merveilleuse des nègres suivie de contes indigènes de l’Ouest-Africain, Paris, E Leroux, 1913, 314 pages, spéc pages 94-96 ;
 
EQUILBECQ (François-Victor), Geste de Samba Guéladio Dégui, Paris, NEA, 1997, 348 pages ;
 
LABAT (Jean-Baptiste 1663 1738), Nouvelle relation de l’Afrique occidentale contenant une description exacte du Sénégal, Paris, PF Giffart,1728, spéc chapitre XI pages 196-211 intitulé du « royaume des Foulles ou des Siratique».
 
KANE (Oumar), « Essai de chronologie des Satigi du XVIIIème siècle, BIFAN, 1970 (32) n°3 pages 755 – 765 ;
 
KANE (Oumar), Le Fuuta-Toro des Satigi aux Almaami (1512 – 1807), Thèse d’Etat, Dakar, 1986, sous la direction de J DEVISSE, 3 volumes, 1124 pages, spéc pages 527 à  537 ;
 
LY (Amadou), Structures épiques et originalité poétique dans l’épopée de Samba Guéladio Diégui, Dakar, Université de Dakar, mémoire maîtrise, 1975, 352 pages ;
 
LY (Amadou), L’épopée de Samba Guéladio Diégui : une version inédite, Dakar, Université de Dakar, thèse 3ème cycle, 1978, 560 pages ;
 
KESTELOT (Lilyan) et DIENG (Bassirou), Les épopées d’Afrique Noire, Paris, Khartala, 626 pages, spéc pages 301-322.
 
CORRERA (Issagha) KAMARA (Amadou), Samba Guéladio Diégui, texte Pulaar par Amadou KAMARA traduit par par Issagha CORRERA, Dakar, IFAN, 1992, 257 pages ;
 
WANE (Yaya), «Les Toucouleurs du Fouta-Toro : stratification familiale et structure sociale », Dakar, Collection Initiatives et études africaines, 1969, n°XXV, 250 pages.
 
Paris le 8 mai 2013.
 
«Samba Guéladio Diégui », extrait de l’Anthologie Nègre, de Blaise CENDRARS, op. cité, pages 133-147.
 
Samba Guélâdio Diêgui, prince peulh du Fouta était fils unique de Guélâdio, roi du Fouta. Comme Samba arrivait à l’adolescence, son père mourut. Le frère du roi défunt Fonkobo Moussa, prit le commandement du pays. Quand ils furent devenus grands, il annonça qu’il allait leur partager le Fouta et, en effet, chacun d’eux en reçut sa part. Samba était resté avec sa mère, son griot nommé Sêvi Malallaya et un captif qui s’appelait Doungourou.
Le griot Sêvi vint trouver Samba. Il pleurait : - Pourquoi pleures-tu ? lui demanda Samba.
- Voici pourquoi, répondit le griot, ton oncle Konkobo a partagé le Fouta entre ses garçons. Et comme ton père n’est plus là, Konkobo n’a pas gardé de part pour toi. Samba s’est levé aussitôt. Il est allé trouver son oncle et lui a dit : - Eh bien, mon papa, où donc est ma part ?
- Je vais te donner quelque chose à toi aussi, a répondu Konkobo. Le premier cheval que tu rencontreras dans le Fouta, prends-le : il est à toi. Samba s’en est retourné. Il est allé à son griot et lui a dit :
- Mon papa m’a donné ma part à moi aussi !
- Et que t’a-t-il donné ? - Il m’a donné la permission de prendre le premier bon cheval que de rencontrerais.
- Mais ce n’est rien ce qu’il te donne ! Il agit mal envers toi !
Samba est revenu trouver son oncle Konkobo :

  • Mon papa, lui dit-il, je n’ai pas besoin de ton cadeau. Ce n’est pas cela qu’il me faut. Donne-moi ce qui me revient ; je ne te demande pas autre chose.

  • J’ai vu, répond Konkobo, un taureau superbe, dans le Fouta. J’y ai vu aussi une femme jolie. Prends l’un et l’autre. Je te les donne.

  • Samba est encore allé à Sêvi, le griot :

  • Eh bien ! lui-a-il dit, mon papa m’a donné une jolie femme du Fouta et un bœuf. Tout cela, je puis le prendre s’il me plaît de le faire.

  • ça ne vaut rien ! a répondu le griot ; c’est comme ce qu’il t’avait donné auparavant. Si tu rencontres une jolie femme qui soit mariée et que tu la prennes, son mari te tuera. Tu n’es qu’un enfant et tu ne connais rien.

Samba est revenu une fois encore.

  • Eh bien ! mon papa, a-t-il dit, je n’ai pas besoin de ce que tu m’offres. C’est ma part du Fouta que je veux !

  • S’il te la faut, répond Konkobo, arrange-toi pour la prendre. Sinon, tant pis pour toi.

Samba s’en est allé. Il selle sa jument Oumoullâtôma. Il s’est mis en route avec son griot Sêvi Malallaya, son captif Doungourou, sa mère et des captifs destinés à sa femme. A ce moment, il n’était pas encore marié. Il a dit :
- Maintenant, je m’en vais du Fouta.
Il est allé jusqu’à un village qui s’appelle Tiabo. C’est tout près de Bakel. Il a fait appeler le roi de ce pays :
-Tounka, lui dit-il, je te confie ma mère et la mère de mon griot. Il faudra que tu pourvoies à leurs besoins et à ceux de mes gens jusqu’à mon retour. Procure-leur de la nourriture et des vêtements. Loge-les bien, donne-leur de bonnes cases. Sinon, quand je reviendrai, si j’apprenais qu’ils ont manqué de vêtements et de vivres, je te couperais la tête.
Après cela, Samba et son griot ont passé le fleuve sans plus tarder. Ils se sont dirigés vers le pays dont le roi s’appelle Ellel Bildikry pour demander à ce dernier des guerriers et attaquer Konkobo Moussa, son oncle.
Ils ont marché pendant quarante cinq jours dans la brousse avant d’atteindre le pays des Peulhs. J’ai oublié le nom du roi de ce pays. Dès qu’il a vu Samba, il a dit :

  • voilà un bon garçon, sûrement c’est un fils de roi.

Il a fait abattre des bœufs et égorger des moutons et en a fait présent à Samba en disant :
-Tout cela, c’est pour toi. Il a fait appeler ses filles et leur a dit :
- allez trouver Samba qui doit partir demain. Allez causer avec lui et le distraire.
Les jeunes Peulhes sont restées près de Samba. Elles s’amusent avec lui. Puis elles l’ont quitté.

  • Il fait trop chaud, ont-elles dit, nous allons nous baigner.

Quand elles ont été parties, Samba s’est étendu sur le lit pour dormir. Une des jeunes filles avait ôté son collier d’or et, en partant, avait oublié de le reprendre. Une autruche est entrée dans la case, pendant le sommeil de Samba, elle a avalé le collier d’or.
Les jeunes filles reviennent et réveillent Samba :

  • J’ai oublié mon collier d’or tout à l’heure, dit l’une d’elles, où donc est-il ?

On le cherche et on ne trouve rien.

  • Oh ! dit Samba, penses-tu que je t’ai volé ton collier ?

  • Non, répond la jeune fille, mais enfin je suis partie la dernière et il n’y avait que nous deux dans cette case.

  • C’est bien ! murmure Samba. La jeune fille est partie trouver son père :

- J’avais laissé mon collier d’or chez cet homme qui est venu ici, lui dit-elle, et maintenant plus moyen de le retrouver.
- Crois-tu que ce soit lui qui te l’a pris ? demande le roi.
- Je n’en sais rien. Il n’y avait que nous deux dans la case. Le roi n’a pas dit ce qu’il pensait de cela. Il a seulement invité sa fille retourner près de Samba.
Pendant ce temps, Samba avait examiné le sol. "Il a aperçu l’empreinte des pattes de l’autruche. Il est alors allé trouver le roi, laissant la jeune fille dans la case :

  • Je te donnerai une calebasse pleine d’or, a-t-il dit, si tu veux me vendre ton autruche.

  • Tu peux la prendre, répond le roi. C’est entendu.

Samba a fait aussitôt appeler des hommes et leur a donné l’ordre de tuer l’autruche :

  • Quand vous l’aurez tuée, leur recommande-t-il, videz-là et apportez-moi ce que vous trouverez dans son corps.

Les hommes ont obéi et sont venus trouver Samba en présence de la fille du roi. Dans l’estomac de l’oiseau était le collier d’or.

  • Tu m’as accusé du vol du collier, dit Samba à la jeune fille. Je vais te faire attacher ! Et le roi l’a laissé libre d’agir comme il l’entendrait.

Mais Sêvi, le griot, intervient :
- Tu as tort d’agir ainsi, Samba. Nous avons quitté notre pays pour venir dans celui-ci et nous ne sommes que cinq. Si tu veux en faire à ta tête, il ne nous arrivera rien de bon. Laisse la fille du roi et garde-toi bien de la faire attacher. Samba a écouté le conseil de son griot. Et le lendemain, ils se sont remis en route vers le royaume d’Ellel Bildikry.
Ils ont marché quinze jours encore, en pleine brousse, et l’eau est venue à manquer.

  • Samba, dit le griot, je ne peux plus avancer ; je vais mourir ! Samba a conduit Sêvi à l’ombre d’un arbre et lui a dit ainsi qu’à Doungourou, son captif :

  • Attendez-moi ici. Il est parti sur Oumoullatôma, sa jument. Il a continué son chemin pendant deux heures et est enfin arrivé à une mare.

Là, il a aperçu un guinnârou de très haute taille en train de se baigner.
Le guinnârou se tourne vers lui et de toutes les parties de son corps jaillit du feu. Samba ne s’effraie pas, il le regarde bien en face.
Alors le guinnârou se fait grand jusqu’à toucher le ciel de sa tête.

  • Que fais-tu là ? lui demande tranquillement Samba. Tu veux voir si j’aurais peur de toi ?

  • Le guinnârou devient plus petit :

  • Jamais, dit-il, je n’ai vu d’homme si brave que toi. Eh bien ! je vais te donner quelque chose, et il lui tend un fusil :

-Samba, demande-t-il, sais-tu le nom de ce fusil-là.
- Non, répond Samba, je ne le connais pas.
- Son nom est Boussalarbi, reprend le guinnârou. Il te suffira de le sortir de son fourreau pour que ton adversaire tombe mort. Samba enlève sa peau de bouc de ses épaules. Il entre dans la mare pour puiser de l’eau et quand l’outre est remplie, il la place sur sa jument :
- Bon, se dit-il, je vais me rendre compte si ce que m’a dit le guinnârou est ou non la vérité.
Il sort le fusil du fourreau et le guinnârou tombe mort.
Ceci fait, Samba retourne à l’endroit où il a laissé ses gens, et trouve son père le griot qui chantait les louanges de Samba. Il lui fit boire de l’eau ainsi qu’à son captif. Le griot lui dit alors :

  • Eh bien ! Samba, qu’est-ce que ce coup de fusil que j’ai entendu au loin ?

    - C’est moi qui l’ai tiré, répondit Samba. Et il lui raconte l’aventure du guinnârou, et ce qu’il a fait de celui-ci :

  • C’est mal, répond le griot, c’est très mal ce que tu as fait là ! Quelqu’un qui te fait un tel cadeau, tu vas le tuer. Tu as agi injustement.

  • J’ai bien fait, répliqua Samba. Puisque je suis passé par ici, il pourrait en passer d’autres encore. Il n’ya pas que moi qui sois fils de roi, et le Fouta compte beaucoup de fils de rois, et il y en a beaucoup de braves dans le nombre. Tous sont aussi hardis que moi. Aujourd’hui, le guinnârou m’a donné ce fusil et demain il aurait fait un semblable présent à quelque autre. Il a fini de faire des cadeaux désormais. Personne ne possédera un fusil semblable au mien. Je suis le seul à en avoir un si merveilleux Après cela, ils se sont décidés à aller plus loin. Au bout de quelques jours, ils arrivent à la capitale du pays d’Ellel Bildikry. C’est une ville plus vaste que Saint-Louis. Depuis près d’un an, on n’y avait pas bu d’eau fraîche. Un grand caïman se tenant dans le fleuve et empêchait les habitants d’y puiser de l’eau. Chaque année, on livrait une jeune fille bien vêtue, avec des bijoux d’or aux oreilles, des bracelets aux poignets et aux jambes, aussi parée en un mot qu’une fille de roi. Le caïman était très exigeant et s’il ne la trouvait pas assez bien vêtue, il refusait l’offrande et leur interdisait de renouveler leur provision d’eau annuelle.

Au moment de l’arrivée de Samba, on était au dernier jour de l’année et les habitants se disposaient à livrer le lendemain une jeune fille au caïman Niabardi Dallo.
Samba s’arrête vers minuit devant une case de captifs qui se trouvait un peu à l’écart du village. Il appelle la captive qui était dans la case en lui disant :
- Donne-moi de l’eau, car j’ai soif. La captive rentre chez elle. Il y avait dans son canari de quoi remplir tout au plus un verre d’eau et cette eau était corrompue. Elle l’apporte néanmoins à Samba.
Celui-ci prend l’eau et la flaire et lui trouvant une mauvaise odeur, il frappe la femme qui tombe à terre quelques pas plus loin :

  • Comment, s’écrie t-il, je te demande de l’eau et c’est une telle saleté que tu m’apportes !

  • Oh ! Mon ami, répond la femme, il n’y a plus d’eau dans le pays. Avant d’en avoir de nouvelle, il nous faut sacrifier une fille de roi.

  • Eh bien, va, ordonne Samba. Montre-moi le chemin du fleuve

  • Je vais aller abreuver ma jument sur-le-champ !

La captive s’effraie :

  • j’ai peur d’aller au fleuve, dit-elle. Demain, le roi verrait la trace de mes pas sur la route, et il me demanderait :

« Pourquoi y es-tu allée, puisque je l’ai défendu à tous ? ».
Samba se fâche :

  • Si tu refuses de me conduire, menace-t-il, tu vas périr de ma main ! Prends le licol, Doungourou, et passe-le au cou d’Oumoullatôma.

  • Et toi, femme, marche devant moi.

Le captif se met en marche, menant après lui la jument. La femme leur montre le chemin :

  • Il mène tout droit au fleuve, dit-elle.

Samba, qui a pitié de sa frayeur, la remercie et la laisse s’en retourner.
Samba a marché jusqu’à ce qu’il arrive au fleuve. Il ordonne à son captif de se déshabiller et d’entrer dans le fleuve avec la jument pour la baigner. Le captif se dépouille de ses vêtements et entre dans l’eau. Et, aussitôt, du milieu du fleuve, Niabardi Dalla, le caïman, les interpelle :

  • Qui va là ? Crie-t-il.

  • C’est un nouvel arrivé, lui répond Samba.

  • Eh bien, le nouvel arrivé, que viens-tu faire ici ?

  •  Je viens boire !

  • Si tu viens pour boire, bois seul et ne fais pas boire ton cheval !

  • Le nouvel arrivé va abreuver sa jument ! réplique Samba. Il va boire aussi et avec lui son captif. Rentre dans le fleuve, Doungourou.

Le captif obéit. La jument gratte l’eau avec son pied

  • Eh bien ! le nouvel arrivé, tu m’agaces, sache-le !

Niabardi se dresse au milieu du fleuve et toute l’eau brille comme du feu.

  • Si tu as peur de ce que tu vois, crie Samba à Doungourou, et que tu lâches ma jument, je te tue en même temps que le caïman ! Après ces paroles, le captif tient ferme la jument. Le caïman vient à lui, les mâchoires grandes ouvertes, l’une en bas, l’autre en haut et, de sa gueule, le feu sort en abondance. Quand il est tout près, Samba tire sur lui. Le caïman est mort et le fleuve tout entier devient couleur de sang.

  • Où as- tu pu te procurer tant d’eau ? leur demande-t-elle. Et Samba :

- Tu as la langue trop longue. Puisqu’on te donne de l’eau, tu n’as qu’à boire, sans te préoccuper d’où elle vient !
Après avoir tué le caïman Samba en avait découpé un lambeau et l’avait emporté avec lui. Il avait aussi laissé à l’endroit du combat ses bracelets et une de ses sandales, car il savait bien qu’il n’y aurait personne capable de chausser sa sandale ou de s’orner les chevilles et les poignets avec ses bracelets. Samba a les pieds très petits.
Le lendemain, le roi Ellel Bildikry a convoqué tous les griots pour sortir du village et emmener la jeune fille au caïman qui permettra aux habitants de s’approvisionner d’eau.
On est allé chercher la jeune vierge et on l’a placée sur un cheval. Tous les griots la suivent en chantant :

  • Ah Jeune fille, disent-ils, tu es pleine de courage. Le caïman a mangé ta grande sœur. Il a mangé ton autre sœur aussi et tu n’as pas peur de lui. Nous allons avoir de l’eau.

  • Les griots chantent ainsi. Ils disent les cent victimes que le caïman a dévorées. Les voici tout près du fleuve. Ils font descendre la jeune vierge. Les autres fois, la jeune fille s’avançait assez loin dans l’eau, puis le caïman venait la happer. Celle d’aujourd’hui entre dans le fleuve et va jusqu’à ce qu’elle ait de l’eau à la hauteur de la poitrine. Elle grimpe sur la tête du caïman et s’y tient debout.

  • Le caïman est là, dit-elle, et je suis sur sa tête.

Et les gens ont dit :

  • Le caïman est irrité. Tu as eu des relations avec un homme. Tu n’es plus vierge ! Oh quel malheur ! C’est un jour maudit pour nous que celui-ci. Tu es une fille indigne !

Et aussitôt, ils sont allés chercher une autre jeune fille. La première, cependant, se défend avec indignation :

  • Vous mentez, dit-elle. Depuis que je suis née, aucun homme ne m’a touchée ! Jamais je n’ai partagé le lit d’un homme !

L’autre jeune fille a consenti à être sacrifiée au caïman :

  • J ’y vais ! a-t-elle répondu !

Elle est venue. Elle aussi est montée à côté de l’autre. Toutes deux maintenant, elles se tiennent sur la tête du caïman. Et son père s’écrit :

  • Le caïman est mort !

  • Que tout le monde entre dans le fleuve ! Permet alors le roi. Nous allons voir si c’est vrai ou non. Tout le monde est entré et on s’est rendu compte qu’il était vraiment mort.

  • Eh bien ! dit le roi, le premier qui dira qu’il a tué le caïman, s’il peut en donner la preuve, aura de moi tout ce qu’il demandera.

Ils sont là, un tas de menteurs, qui crient :
_ C’est moi qui l’ai tué !

  • C’est moi qui suis venu hier soir ici !

  • Le caïman voulait me manger, je l’ai tué !

Chacun raconte son histoire pour persuader le roi qu’il est le vainqueur du caïman et gagner une récompense.
Un captif qui se trouve là a ramassé les bracelets et la sandale :

  • Voilà les bracelets du vainqueur, dit-il, et voilà sa sandale : c’est celui à qui tout cela appartient qui a tué le caïman.

  • C’est bien, a décidé le roi, celui qui pourra mettre ces bracelets et chausser cette sandale, à qui ils ne seront ni trop grands, ni trop petits, c’est celui-là qui a tué le caïman. Ce sera lui qui recevra la récompense !

Chacun est venu, pour tenter l’épreuve. Mais personne ne peut réussir. La captive s’est alors avancée :

  • Il y a un nouveau venu ici, dit-elle. Il est descendu dans ma case. A son arrivée, il m’a demandé de l’eau. Je lui ai donné de l’eau est corrompue, la seule que j’avais.

Quand je la lui ai donnée, il m’a frappée. Ensuite, il est parti et est resté dehors trois heures de temps.
Et lorsqu’il est revenu, il m’a donné de la bonne eau. Il n’y a qu’à l’appeler pour voir. Pour moi, je suis sûre que c’est lui qui a tué le caïman.
Alors le roi a envoyé des hommes chercher le nouveau venu :

  • Qu’on me fasse venir cet étranger, dit-il. Vous lui ferez savoir que c’est le roi qui le demande.

    Les envoyés de l’almamy vont à la case. Ils ont trouvé Samba couché. Ils lui donnent une tape pour le réveiller. Samba, furieux d’être troublé dans son sommeil, leur allonge un coup de pied.

Alors, le roi envoie un autre homme pour tenter de le réveiller.

  • Laisse-moi dormir, jusqu’à ce que j’aie fini, lui crie Samba. Si on m’envoie encore quelqu’un, je le tuerai !

L’envoyé revient. Il raconte la chose au roi.

  • C’est bien ! Décide-t-il, je vais rester jusqu’à ce qu’il ait fini son sommeil.

Ils ont attendu deux heures de temps. Samba se réveille enfin. Il vient au fleuve.
Il salue le roi et le roi répond à son salut. Puis, il lui offre une place près de lui et l’invite à se reposer. Puis, prenant les bracelets et la sandale et les lui montrant :
- Est-ce à toi, tout cela ? Lui demande-t-il. Samba sort alors de sa poche l’autre sandale et se chausse les deux pieds. .. Eh bien ! dit le roi, tu vas venir loger chez moi. Et il lui donne une grande case, très haute, un vrai palais.
Le roi envoie des hommes chercher les bagages de Samba, amener ses captifs et sa jument. Tous sont installés dans le carré du roi. On tue des moutons en quantité, Samba reste deux mois près de lui et, tout ce temps-là, Samba avait sans cesse des jeunes filles chez lui. Au bout de ce temps, le roi a fait appeler son hôte :

  • Dans quelle intention es-tu venu dans ce pays ? De quoi as-tu besoin ?

Et Samba a répondu :

  • Je n’ai besoin que de guerriers !

Ellel Bildikry a mandé tous ses notables et leur a dit :

  • Le vainqueur du caïman nous demande de lui donner des guerriers.

  • Aller jusque dans le Fouta ! Ont protesté les notables. Comment pourrions-nous le faire ?

  • Cet homme, répartit le roi, est bien venu du Fouta jusqu’ici ! Il est arrivé ici. Depuis un an, nous ne pouvions renouveler notre eau. Il a tué celui qui nous empêchait de boire et, pour récompense, il ne nous demande que des guerriers. Il n’y a pas moyen de les lui refuser !

  • Eh bien ! Ont déclaré les notables, voilà ce que nous allons faire. Il y a un roi qui s’appelle Birama N’Gourôri. Qu’on envoie vers lui Samba Guélâdio Diêgui pour qu’il enlève les troupeaux de ce roi et nous en fasse présent. Alors, nous lui confierons des guerriers et nous irons avec lui dans son pays pour batailler.

Ce qu’ils conseillaient n’avait pour but que de se défaire de Samba par de fausses promesses. Ils comptaient bien qu’il perdrait la vie dans sa lutte contre Birama N’Gourôri, car ce roi-là, il est très fort.
Pour parvenir tout là-bas jusqu’au pays de Birama N’Gourôri, il faut à Samba traverser au moins dix-huit marigots et entre chacun de ces marigots, il y a huit jours de marche et même plus. Le troupeau de Birama est gardé par trois cents bergers vêtus les uns et les autres de boubous et de pantalons rouges , coiffés de bonnets rouges, bottés de rouge aussi et montés sur des chevaux de chef, des chevaux blancs.
Après avoir passé les marigots, Samba vient aux bergers :

  • Je vais vous prendre vos bœufs ! leur déclare-il.

  • Tu es fou, lui ont-ils répondu. Avant de prendre les bœufs, il faudrait que tu nous tues tous !

  • Allons ! ordonne Samba, marchez devant moi et menez les bœufs où je vous conduirai !

Les bergers refusent de lui obéir.
Ils tombent sur Samba, lance au poing. Ils portent des coups à Samba, mais les lances ne pénètrent pas, car il a de trop bons gris-gris.
Et c’est lui qui les a tous tués, tous à l’exception d’un seul.
Samba a fait prisonnier celui qu’il veut épargner. Il lui coupe les oreilles, puis lui dit : Va-t-en trouver Birama N’Courôri et raconte-lui que je lui ai pris ses bœufs.
L’homme est parti. Il arrive à la grande case de Birama. Le premier à qui il demande d’aller annoncer le massacre des bergers et le rapt des bœufs lui répond nettement :

  • Non ! Je ne veux pas y aller !

  • Ce jours- là, Birama dormait encore. Une de ses femmes, qui était en train de faire arranger sa tête à la façon des Peulhes :

  • Comment pourrez-vous annoncer une telle nouvelle à Birama ? a-t-elle demandé. Et les autres ont conseillé d’appeler tous les griots avec leurs r’halem

Les femmes sont venues près de celle-ci et de sa sœur. Elles ont préparé le mafélâlo avec des feuilles d’arbre. Une fois prêt, elles sont allées le déposer doucement à côté de Birama endormi. Puis elles ont recueilli du hamond sur les arbustes .Le hamond est une gomme parfumée que les wolofs appellent homoguêné ou thiouraye. La fumée a retombé sur Birama et Birama s’est réveillé.
Il voit les griots, tous avec leurs violons qui font de la musique :

  • Qu’a-t-il ? Qu’est ce que ça veut dire ? Telles sont les paroles à son réveil. Un homme s’avance en tremblant :

  • Il y’a un peulh qui est venu à tes bergers. Il voulait prendre tes bœufs ...

Il n’a pas achevé que Birama le tue.

  • Allah lui- même, crie-t-il avec colère ne pourra me les dérober !

Un autre homme s’est approché et raconte ce qui s’est passé. Birama le tue aussi. Il en a tué trois de cette façon. Tous se sauvent.
Alors entre la sœur de Birama apportant du lait caillé. Elle le pose devant lui en lui disant :

  • Voilà ce que tu es réduit à manger désormais puisque le Peulh s’est emparé de tes bœufs. On ne peut plus te donner autre chose.

Le roi Birama a enfourché son cheval Golo, l’alezan. Il chevauche plein de fureur et derrière le village il a atteint Samba Guélâdio.
Celui-ci fait arrêter le troupeau et attend tranquillement Birama.

  • C’est toi qui est venu voler mes bœufs ?

  • Oui, c’est moi. Mais je vais t’en laisser quelques uns si cela peut te faire plaisir. Quant au reste, je le garde pour moi.

  • Tu pourras le faire peut-être, dit Birama, mais il te faudra me tuer.

Samba a sorti sa pipe. Il bat le briquet, l’allume et fume quelques bouffées. Ceci fait :

  • Eh bien ! dit-t-il à Birama, à ton aise. Décide comme il te plaira. C’est ainsi qu’il a parlé au roi.

Le Birama pousse fermement sa lance contre Samba. La lance se casse net en deux morceaux. Il en saisit vivement une autre lance et frappe de nouveau. Il a frappé de toutes ses lances jusqu’à ce qu’il ne lui en reste plus une seule intacte. Alors Samba frappe à son tour. Sa lance se brise elle aussi.
Alors, il a sauté sur sa jument et tous les deux combattent à cheval et au-dessous d’eux les chevaux s’entre-déchirent et se battent furieusement. Enfin, Samba l’emporte et Birama s’enfuit.
Les voilà au tata de Birama. Ce tata comprend au moins huit enceintes, chacune ayant sa porte. Quant Birama se présente à la première, ses hommes le laissent passer et font feu sur Samba. Tant que la fumée des coups de fusil ne s’est pas dissipée, les hommes croient que Samba est tombé. Mais il n’en est rien, ils le voient toujours à la poursuite de leur roi.
Et à chaque porte le même fait se produit jusqu’à ce que Samba et Birama soient arrivés au milieu des cases.
Alors, Samba a cessé la poursuite :

  • Si ce n’était ta sœur qui te protége, je te tuerai ! dit-il au chef, mais je suis son naoulé (congénère) et je puis refuser sa demande à elle qui ne m’a pas offensé. Il retourne au troupeau, en sépare trois cent bœufs en disant :

  • C’est un cadeau que je fais à Birama et à sa sœur.

Il lui en restait autant comme au prix de sa victoire sur Birama N’Gourôri.
-Tu es un peulh comme moi, je ne veux pas que tu sois réduit à te nourrir de lait caillé.
Et il est parti avec ce qu’il avait gardé du troupeau.
Il arrive chez Ellel Bildikry

  • Voilà les bœufs de Birama N’Gourôri, dit-il.

  • C’est bien, répond le roi.

Les notables sont venus trouver ce dernier.- Cet homme est venu ici, lui disent-ils, il a tué Niabardi Dallo et de plus il a réussi à s’emparer des troupeaux de Birama ! Nos Grand’mères disaient que personne n’avait pu parvenir à les prendre, et lui, il a pu le faire ! Si nous partons en guerre avec lui , il nous fera tous périr !
- Vous êtes forcés de me fournir des guerriers maintenant, leur dit Samba.
 
Et les femmes du pays se sont écriées :

  • Puisque nos maris ont peur de t’accompagner, c’est nous qui irons avec toi, nous les femmes !

Ellel Bildikry fait appeler Samba et lui promet des hommes pour dans quelques jours.
Le village a quatre portes. Ellel Bildikry ordonne qu’on coupe de gros troncs d’arbres.
On les emploiera comme des marches d’escaliers. Quand le bois aura été haché par les pieds des chevaux, le nombre de cavaliers sera jugé suffisant.
De chaque estrade, Samba a vu pendant plusieurs jours défiler chevaux et cavaliers.
Enfin, il se déclare satisfait.

  • Aux fantassins de sortir maintenant ! dit-il. Et cependant, quelques jours encore il assiste à la sortie des fantassins :

  • Cela me suffit, dit-il. Nous n’avons plus qu’à partir.

Alors Samba se met en route pour le Fouta. Quand il en est tout près il ordonne à ses colonnes de poursuivre leur marche et de se diriger du côté de N’Guiguilone en suivant la rive du fleuve. Samba va voir sa mère qu’il a confiée au Tounka.
La colonne compte beaucoup de chevaux. Le jour où Samba l’a quittée pour aller à Tiyabo, dans le Fouta Tounka s’est dit : « Samba s’est sûrement perdu dans la brousse ».
Et, ne le craignant plus, il a expulsé du village la mère de Samba et les captifs de celui-ci.
Les captifs ont pris un pagne et ont fait une sorte de toiture comme dans les tentes des Maures et la mère de Samba s’est placée sous ce pagne pour s’abriter du soleil. Puis, ils se sont dispersés dans la brousse pour y chercher un peu de mil et chaque fois qu’ils voyaient un homme emporter sa récolte, ils le suivaient pour ramasser ce qui en pourrait tomber. Ils sont revenus avec le peu qu’ils avaient pu trouver : ils en ont fait un mauvais couscous et l’ont donné à la mère de leur maître pour la nourrir après y avoir ajouté des feuilles d’arbres cuites.
Il était à peu près deux heures. Quelques captifs étaient restés à côté de la mère de Samba. Tout à coup, ils entendent un griot. Il crie :

  • Ouldoy Guélâdio Diégui ! Ce qui signifie :

  • J’ai peur de Samba, je le respecte comme mon maître. Sa voix est haute et claire. _- C’est celle de Sêvi. Sûrement voilà Samba qui vient. Les captifs crient :

  • C’est un bambado qu’on entend. Sans doute Samba va arriver ! Et la mère de Sêvi di : - Mais oui, il me semble bien que c’est mon fils qui chante ainsi ! Mais la mère de Samba lui répond tristement :

  • Le griot est fou de chanter ainsi, car mon fils est perdu. Jamais plus je ne reverrai mon garçon. Mais aussitôt, la jument de Samba est arrivée au fleuve et Samba traverse l’eau, monté sur Oumoullatôma.

Et le Tounka dit à ses hommes :

  • Quand Samba va me demander, dites-lui que je suis mort depuis longtemps.

Samba maintenant est près de sa mère. Il la trouve à l’écart du village.

  • Que veut dire cela ? lui a-t-il demandé. Et sa mère lui répond :

  • Voilà, mon garçon, comme le Tounka nous a traités depuis ton départ.

  • C’est bien ! dit seulement Samba. Il va jusqu’à la maison du Tounka. Il demande aux gens :

  • Où donc est le Tounka !

  •  Qu’on aille me le chercher ;

  • Le Tounka est mort depuis longtemps.

  • Menez-moi à sa tombe. Fût-il mort, j’allumerai du feu pour le brûler !

On l’a mené un peu plus loin :

  • Voilà où le Tounka est enterré !

Samba appelle des hommes, fait creuser à l’endroit indiqué et on ne trouve rien.

  • Sortez-le de sa case, ordonne t-il. Il me le faut.

Il a traîné le Tounka jusqu’au milieu du village. Lui était resté sur sa jument. Il prend une branche et tendant le bras :

  • Entassez, dit-il, les bijoux, l’or, les pendals et les pièces deguinéesjusqu’à ce que le tas vienne à hauteur de ma main.

On a commencé à mettre en tas l’or, les pendals et les pièces de guinées. Quand le tas a atteint une hauteur d’un mètre, Sêvi saute de son cheval sur le tas. Il écrase les pagnes et dit :

  • Ce n’est pas assez haut, ajoutez-en toujours !

On en rapporte encore et Sêvi recommence à aplatir le monceau jusqu’à ce que Samba ait dit :

  • Cela suffit !

Samba, ensuite, s’adresse au Tounka :

  • Une autre fois, si je laisse ma mère chez toi, rappelle-toi ce que j’ai fait ou attends-toi  ce que je recommence !

Il prend avec lui les pagnes, les étoffes et l’or et les donne à sa mère et à ses gens. Puis, il se remet en route.
Il est allé jusqu’à Ouahouldé dans le Fouta. Il passe et continue sa route jusqu’à ce qu’il retrouve ses colonnes à N’Cuiguilone. De là, il envoie un messager à son oncle Konkobo pour lui dire de se tenir prêt et qu’ils vont se battre à Bilbaci. Il se porte lui-même en avant de N’Cuiguilone.
A ce moment, son oncle était à Sâdel, près de Kayaêdi. Samba va le trouver et voit que Konkobo l’attend avec son armée. Dans ce temps là, avant la bataille, on faisait un grand tam-tam et le tama de guerre qui servait aux griots s’appelait Alamari et la danse qu’on dansait n’était permise qu’aux bons garçons qui n’ont pas peur. On appelait aussi la danse Alamari, et elle se dansait la lance au poing.
Le tambour dont je parle était couvert avec la peau d’une jeune fille. De la place où il était, Samba entend le tumulte du tam-tam :

  • Eh bien, dit-il, je veux aller aussi là-bas ! Je veux danser Alamari !

Son griot, qui s’appelle Sêvi Mallalaya, lui demande :

  • Es-tu fou ? Tu dois rester ici jusqu’à demain.

Et Samba lui répond :

  • Dis ce que tu voudras, je m’en moque ! J’irai.

Samba traverse le fleuve. Il est ailé jusqu’au tam-tam et il est entré dans le cercle des assistants. Il se couvre la tête de son pagne, s’en voile la figure. Il vient danser, la lance au poing
Et chacun se dit :

  • Mais c’est Samba Guélâdio Diêgui !

Lui ne souffle mot. Le voilà dans le tam-tam. Il appelle ses cousins, les fils de Konkobo Moussa et leur dit :

  • Venez ! entrons dans la case de votre père. Nous allons causer ensemble.

Il y a là un captif du nom de Mahoudé Gâlé qui a mal à l’œil. Son fils lui demande :

  • Mon papa, comment voulez-vous combattre demain dans cet état ?

  • Apporte-moi un kilo de piment, répond le père. Il s’applique le piment sur l’œil malade et l’y maintient avec un bandeau. Puis il reste couché et quand il enlève le bandeau, son œil est rouge comme le feu, et il dit :

  • Quand la colonne de Samba verra un homme avec un œil aussi rouge, elle prendra la fuite de terreur.

A six heures du matin, les colonnes de Samba et celles de Konkobo ont commencé la bataille. Samba était resté couché dans la case de Konkobo Moussa. Il avait passé la nuit à blaguer avec ses cousins jusqu’à ce que le soleil se lève. A ce moment, il leur dit :
- Apportez-moi de l’eau, que je me débarbouille.
Et cela, il le dit devant beaucoup de monde. Puis il prend sa lance et sort du village. Il traverse les colonnes de Konkobo Moussa. Et le voilà qui se dirige ; voilà qu’il les atteint.
Il trouve sa jument où il l’a laissée, attachée au piquet. Il ordonne de la seller et son captif la selle. Il l’enfourche et part au galop. Il pénètre dans les colonnes de Konkobo
Il sort son fusil Boussalarbi du fourreau et, de chaque coup, il tue au moins cinquante guerriers.

  • Comment ! se disent les soldats de Konkobo, nous croyions que dès le début de la bataille les colonnes de Samba allaient prendre la fuite, et pas du tout, elles tiennent encore bon.

Alors découragés, ils abandonnent leur chef. Il faut voir comme ils décampent ! Mais Konkobo n’est pas de ceux qui fuient. Quand son cheval est tombé mort, il a pris de la terre et il en a rempli sa seroualla (pantalon). S’il voulait se sauver, il ne le pourrait pas, car la terre est trop lourde.
Samba tue tout ce qu’il trouve devant lui. Et le voici en face de Konkobo debout près de son cheval mort !

  • Eh bien, mon papa, demande t-il qu’est-ce qu’il ya ?

  • Voilà, répond Konkobo, on m’a tué mon cheval !

Samba court après un cavalier de Konkobo. Il le tue et ramène le cheval.

  • Mon papa, lui dit-il, monte sur ce cheval-là et continue à combattre !

Konkobo s’est remis en selle. Il se précipite sur les colonnes de Samba. Son deuxième cheval s’abat et tombe mort.
Samba est de nouveau venu à lui :

  • Eh bien ! mon papa, demande-t-il, on l’a encore tué, ton cheval ? Il va tuer un autre cavalier de Konkobo.

  • Mon papa, dit-il à son oncle, voilà une nouvelle monture.

Samba a ainsi remplacé au moins huit fois les chevaux tués sous son oncle. Il tue les garçons de konkobo, il les massacre tous. Maintenant le voilà maître du Fouta.
Il a mené son oncle Konkobo à l’écart du village et lui a dit :

  • Reste là désormais. Tu y demanderas la charité.

Lorsque Samba fut mort et qu’on l’eut mis en terre, un Peulh en passant près de sa sépulture, vit la tête de l’ancien roi du Fouta qui sortait du sol.

  • Ah ! dit-il, voilà une tête de cochon qui s’imagine n’être pas morte ! Il prit sa canne et frappa sur cette tête. Le bâton se cassa et un éclat pénétra dans l’œil du Peulh qui en est mort.

Les bambados du Fouta ont dit :
- Samba ne peut mourir ; c’est lui qui a tué le Peulh.

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commentaires

BA Amadou Bal 23/06/2014 14:41

Thank you so much and God bless you. With my best regards.

snoring causes 23/06/2014 09:03

This is a really and inspiring legend that would help you push you to your limits. It does have a great deal of share in the reshaping of the people at that town in a really good and positive manner. Thanks a lot for the post.

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