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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 21:10


Cet article a été publié dans le journal FERLOO édition du 18 janvier 2014.

 

Un

Considéré comme étant le pionnier du cinéma africain, ouvrier, autodidacte, écrivain populaire, Ousmane SEMBENE est un homme de gauche particulièrement engagé aux côtés des plus défavorisés. Son œuvre, qu’elle soit littéraire ou cinématographique, même si elle paraît parfois éclectique, témoigne d’une grande cohérence dans son engagement politique en faveur des sans-grades. L’homme à la pipe a choisi, délibérément, courageusement et obstinément, de se faire porte-parole des sans voix, de «ceux qui n’ont pas de bouche», en référence à une expression d’Aimé CESAIRE. «Je ne mettrai jamais à genou. Je veux parler à mon peuple, je ne peux le faire en cachette», dit-il. Renonçant à toute carrière politique, SEMBENE est l’un des tous premiers écrivains africains à avoir jeté un regard particulièrement critique sur l’Afrique postcoloniale. Révolté par les injustices sociales, il a décidé de consacrer sa vie toute entière pour le relèvement des exclus. «Il suffit d’écouter SEMBENE Ousmane, et l’on sait que sa vie et ses idées ne font qu’un», dit Siradou DIALLO, un journaliste de «Jeune Afrique». SEMBENE pense que les politiciens traditionnels, mus par leurs intérêts propres, sont enclins parfois à des compromis, voire des compromissions. «Ils sont Noirs dessus, leur intérieur est comme le colonialisme», dit SEMBENE. «Notre pays se meurt dans les mensonges et la fausse morale. Seule la fortune est valeur morale», dit SEMBENE, dans son film «NIAYE». Il y a une course effrénée à gagner plus d’argent devenu valeur suprême de la société, comme si la richesse procurait un statut de supériorité aux autres. SEMBENE souhaite que l’Afrique se dote d’une classe politique nouvelle résolue à transformer, révolutionnairement, la société en offrant aux déshérités toutes les chances de s’affranchir de la misère, de l’ignorance, et de toutes les traditions obscures et aliénantes. Lucide, et tourné vers lui-même, SEMBENE est authentiquement sénégalais et panafricaniste. Les romans et les films de SEMBENE sont un véritable miroir de la société africaine. Même si SEMBENE situe ses personnages dans la société sénégalaise, les problèmes qu’il expose se retrouvent partout en Afrique. Selon, le professeur Samba GADJIGO, un des biographes de notre auteur, «SEMBENE a dit non à toutes les impostures». En effet, pour SEMBENE le colonialisme a bon dos. On ne peut pas imputer, systématiquement, aux autres, tout ce qui ne va pas en Afrique. Les Africains sont responsables d’une bonne partie des souffrances qu’ils endurent. Prendre conscience de cette donnée est la condition nécessaire et préalable d’un vrai changement. Par conséquent, les Africains, prompts à se lamenter, doivent dépasser ce stade d’indignation, et être exigeants avec eux-mêmes, notamment avec leurs dirigeants. Bref, après l’indépendance politique, il faut décoloniser les esprits. De ce point de vue, SEMBENE a été un visionnaire. Quand on contemple la somme des difficultés rencontrées par les pays africains depuis l’indépendance (guerres, régimes autoritaires, diverses calamités, etc.), l’analyse de SEMBENE demeure encore, largement, pertinente. Rejetant la crispation identitaire et le repli sur soi, SEMBENE affirme qu’il ne se définit pas par rapport aux autres. SEMBENE est un inguérissable optimiste. Il refuse toute sinistrose et toute fatalité. Il veut encourager tout ce qui est bien. «Le pessimisme est un mouvement d’humeur, l’optimisme, une volonté», dit-il. «La seule voie pour nous de sortir de la pauvreté est de travailler dur», souligne SEMBENE.

Figure de proue dans la peinture des drames et souffrances des laissés-pour-compte, SEMBENE adopte une démarche réaliste. Il passe au crible la société traditionnelle, celle des indépendances, des politiciens véreux, de l’intolérance, des traditions archaïques et de l’aliénation religieuse. En effet, SEMBENE entonne, et c’est une position courageuse dans un pays musulman à plus de 95%, un violent réquisitoire contre les pratiques déviantes des religions monothéistes. L’aliénation religieuse a démultiplié les difficultés des exploités et des opprimés. Suivant SEMBENE, certains chrétiens et musulmans ne sont pas fidèles à l’enseignement moral de leur religion qui exige de tout croyant la pureté du corps et la probité permanente. Pour SEMBENE, il faut revenir à la doctrine originelle du monothéisme. Etre un vrai croyant c’est rester, en toute circonstance, fidèle à la morale traditionnelle de dignité et d’honnêteté. Les chefs religieux eux-mêmes sont accusés d’être des corrompus. Ils s’enrichissent en exploitant habilement la crédulité populaire et gouvernementale.

En raison de cette posture de gauche radicale et contestataire, SEMBENE n’a pas bénéficié de toute l’attention qu’il aurait méritée auprès des autorités publiques. Même s’il a été épargné au Sénégal, pays de tradition démocratique, d’arrestations arbitraires, SEMBENE a été ostracisé par le pouvoir senghorien et la presse d’Etat, alors que ses bureaux, ironie du sort, se situent à l’ancienne maison de radio et télévision. Il est vrai qu’il a participé, en 1966, au 1er Festival Mondial des Arts Nègres, à Dakar, avec deux films «Niaye» et « la Noire de …». Toutefois, le film de SEMBENE, «Ceddo», a été censuré au Sénégal. En effet, le président SENGHOR a estimé qu’il y a une erreur de transcription du titre du film, un seul «d», à «Cedo», au lieu de «Ceddo». Ce film traite de la résistance d’une communauté africaine à l’avancée de l’Islam au XVIIème siècle. «On peut faire autre chose que de regarder vers l’Arabie-Saoudite ou vers l’Occident. On peut regarder vers l’intérieur de l’Afrique, sa culture, sa spiritualité», rétorque SEMBENE. Sur le fond, SEMBENE reproche au président SENGHOR de rester inféodé aux intérêts du néocolonialisme, au détriment du bien-être des masses déshéritées. Le régime senghorien favoriserait, selon SEMBENE, une nouvelle bourgeoisie africaine bureaucratique, totalement assujettie aux intérêts de la France et des multinationales.

On comprend, dès lors, pourquoi en France SEMBENE est demeuré un illustre inconnu. Les salles de cinéma et les télévisions françaises ont refusé de diffuser ses films. On dénote un certain contentieux, à peine voilé, entre SEMBENE et l’ancien colonisateur : «J’ai renoncé totalement à la nationalité française que l’histoire m’avait imposée. Je n’ai aucune animosité à l’égard de la France. J’admire ce que ce peuple a pu faire de bon pour mon pays. Je ne demande pas à un peuple de me respecter, car je me respecte». Cependant, SEMBENE n’est pas un psychorigide. Il a consenti à quelques arrangements avec la France, ex-puissance coloniale qu’il a souvent fustigée. Ainsi, le 9 novembre 2006, un président de droite, M. Jacques CHIRAC, a fait décorer SEMBENE de la Légion d’honneur, par l’Ambassadeur de France à Dakar. SEMBENE justifie ainsi cet écart : «Je l’ai acceptée (la médaille), en sachant que je dirai tout ce que je pense de la France. Je crois que cette ligne est la plus juste». Auparavant, en 1968, André MALRAUX, Ministre de la Culture, avait consenti à SEMBENE, une avance sur recettes de 3 00 000 francs français (équivalents de 45 734 €), pour son film «Le Mandat», à condition qu’il soit tourné en deux versions, en Wolof et en français. Est-ce encore une contradiction ? «Je suis prêt à m’allier au diable, tout en restant fermement décidé à ne renier aucune de mes convictions politiques. Je ne veux pas faire un cinéma de pancartes», dit SEMENE. Fidèle à sa ligne de conduite de révolutionnaire, SEMBENE ne rend hommage qu’à la classe ouvrière française, et implicitement, à la CGT et au Parti communiste français : «Je n’ai pas vécu dans le milieu universitaire. La France, je ne l’ai connue qu’à travers les livres. Les ouvriers m’ont beaucoup apporté. Ils m’ont apporté une grande conscience de moi, des choses, de l’orgueil, de la fierté que j’avais avant d’arriver en France, mais ces sentiments ont été confirmés. J’étais responsable syndical dans ce milieu, c’était important».

La vie de SEMBENE est un roman qui aurait mérité un film. Pourtant rien ne prédestinait cet autodidacte, d’une enfance difficile et d’un avenir incertain, qui n’a pas terminé les études secondaires, à un itinéraire aussi exceptionnel et brillant. SEMBENE est né le 1er janvier 1923, à Ziguinchor, en CASAMANCE, dans le Sud du Sénégal, d’un père pêcheur, Wolof, un Lébou originaire de Dakar. Son père l’a déclaré en mairie le 8 janvier. «Mon père qui était analphabète en français, possédait la nationalité française. C’était un homme ouvert», dit SEMBENE, mais farouchement attaché à sa liberté : «La seule fierté de mon père, était de me répéter, je ne serai jamais l’employé d’un Blanc», précise SEMBENE. Issu d’un milieu populaire, il appartient à la catégorie des déshérités qu’il n’a jamais cessé de défendre. Dans sa jeunesse, son activité favorite était le vagabondage. «Mon enfance s’est passée entre l’eau, les arbres, la pêche et l’école coranique», dit SEMBENE. Une enfance mouvementée et des difficultés familiales, ont failli faire basculer SEMBENE dans la marginalité. SEMBENE devient, comme son père, Moussa, pêcheur. Mais il doit abandonner cette activité en raison d’un mal de mer qu’il ne peut pas dominer. Ses parents divorcent, et il connaît des difficultés relationnelles avec sa marâtre. SEMBENE est confié à un parent de son père à Dakar, mais il est renvoyé en CASAMANCE pour turbulence excessive.

SEMBENE vit à MARSASSOUM, dans le département de SEDHIOU, à 63 km de ZIGUINCHOR, jusqu’en 1935, chez Abdourahmane DIOP, un frère de sa mère, un instituteur révoqué de ses fonctions pour avoir giflé, en pleine domination française, un administrateur colonial, à la suite d’une dispute. SEMBENE décrit cet oncle comme étant «profondément religieux», et «un intellectuel au vrai sens du terme». Cet instituteur «écrivait en arabe, comme en français, il recherchait la franchise, et il détestait punir», dira SEMBENE. «Moi, je ne suis plus croyant, je crois seulement en l’homme. Mais j’ai gardé de cette éducation, l’idée qu’il fallait éviter de se laisser toubabiser, c’est-à-dire, s’européaniser», confesse SEMBENE. En 1936, SEMBENE rejoint Dakar, après la mort de son oncle, pour préparer le certificat d’études primaires. En 1937, il est renvoyé de l’école pour avoir battu le directeur, Pierre PERARLDI, qui l’accusait, à tort, d’avoir fait disparaître le livre d’un autre élève. SEMBENE a été puni pour l’exemple, en raison de son indiscipline fréquente. Aucune école publique ou privée ne voulant l’accueillir, SEMBENE s’adonne, à partir de 1938, à de petits boulots, notamment d’apprenti mécanicien, de plombier, de maçon, d’aide cuisinier ou de ferrailleur. Pendant un certain temps, SEMBENE suit des cours du soir, s’adonne à la natation. Il connaît une crise de mysticisme de 1938 à 1940. «Il devient musulman croyant à la recherche de la pureté, il se rase la tête et s’abime à la prière», souligne Paulin Soumanou VIEYRA, un de ses biographes.

Diplômé de l’école buissonnière, c’est en autodidacte inscrit à l’école de la vie que SEMBENE a complété et développé son savoir. Les prémices d’une conscience politique et syndicale ont déjà été enregistrées au Sénégal, avant son séjour en France. En effet, SEMBENE subit l’influence de Samba DERIGON, un vendeur de journaux qui lui en offre, et qui lui parle de la nécessité de l’indépendance nationale. Durant toute sa vie, SEMBENE sera un lecteur assidu la presse, et va s’inspirer des faits divers pour alimenter sa réflexion. SEMBENE commence à fréquenter les milieux syndicaux et contestataires, notamment au marché de Sandaga, à DAKAR. SEMBENE renoue également avec les gardiens de la tradition africaine, comme Yahi LAHO, qui auront forte résonnance dans son orientation nationaliste. Là aussi, ses promenades, ses échanges avec les autres, feront de lui, un extraordinaire observateur de la société sénégalaise en pleine mutation. «Cette plongée dans le passé m’a permis de ne pas perdre pied dans le tourbillon de la vie moderne et de trouver des points de référence à mon équilibre», dira SEMBENE. Dès son jeune âge, SEMBENE est passionné par le cinéma. «Je me rappelle quand j’étais gosse, quand la pêche était bonne, c’est lui (son père) qui me donnait le soir des sous pour aller au cinéma, et puis, qui me demandait : qu’est ce que tu vas voir dans l’histoire des Blancs ?» dit SEMBENE. Adulte, SEMBENE fréquente les salles en bousculant les portiers. Avant même de devenir réalisateur, SEMBENE a déjà acquis une culture cinématographique, sans commune mesure, comparé aux personnes de sa génération. Le film de Leni RIEFENSTAHL, les «Dieux du Stade», avec l’athlète noir, Jess OWENS, produit, en lui, une forte impression. «Avec ce film, il prend conscience de la notion de race. Dès lors, il pense davantage comme Africain, alors qu’auparavant, cela ne le préoccupait guère», écrit Paulin Soumanou VIEYRA. SEMBENE observe tout ce qui l’entoure : «J'ai beaucoup d'idées dans ma tête, parce que je vois les choses autour de moi, et chaque événement mérite d'être raconté», précise SEMBENE.

Engagé volontaire dans l’armée coloniale, au 6ème régiment de l’Infanterie, en 1942 à 1946, il est envoyé au Niger, au Tchad, en Afrique du Nord, à Marseille, puis à Baden-Baden, en Allemagne. Cette expérience lui fera réfléchir, par la suite, sur sa condition de colonisé. Dans ses films, un personnage représentant un tirailleur sénégalais, est souvent présent. Avant de retourner en France, il fait un bref séjour à DAKAR, et s’inscrit au syndicat des travailleurs de la construction. SEMBENE a eu l’opportunité de participer à la fameuse grève des cheminots qui a paralysé l’économie de la colonie du Sénégal du 11 octobre 1947 au 19 mars 1948, soit pendant 155 jours. Les ouvriers du rail veulent avoir les mêmes droits que leurs collègues français. C’est une grève où les idées paternalistes sur le Nègre docile jusque-là défendues par le colon, sont malmenées. SEMBENE n’a pas joué un rôle de premier plan dans cette grève de 1947. «J’y ai pris ma part, en troisième position, comme nombre de personnes. Cette épisode a été ma première école syndicale», dira SEMBENE. Mais il écrira un roman inspiré de cet épisode intitulé « Les bouts de bois de Dieu».

SEMBENE s’installera entre 1948 et 1960, en France, d’abord dans la région parisienne où l’usine Citroën, lui offre un poste de mécanicien. SEMBENE se rend, par la suite, à Marseille comme ouvrier d’une fonderie. Cependant, pour des raisons médicales, SEMBENE est contraint de renoncer à cet emploi. En 1949, SEMBENE trouve un métier de docker au port de Marseille. Il exercera ce métier pendant 10 ans. «Etre docker à Marseille, c’est un métier très dur, mais on formait une famille qui m’a permis de découvrir, non pas la France, mais le peuple de France», dira SEMBENE. C’est dans cette ville que le destin de SEMBENE bascule. La transmutation se produit, tant sur le plan intellectuel, idéologique que professionnel. «Je n’ai pas fait d’études, et c’est la France qui m’a appris tout ce que je sais», reconnaît SEMBENE. En 1950, SEMBENE adhère au Parti Communiste français au sommet de sa gloire. SEMBENE revendiquera, en 1979, à Ouagadougou, la capitale du Burkina-Faso, son appartenance à la mouvance communiste : «ma lutte est de classe, je la veux de classe. Même mort, je veux qu’on le sache». La France, dont le capitalisme renaît de ses cendres, est secouée par différents mouvements (guerres coloniales, guerre froide, revendications syndicales et pour l’indépendance, immigration du tiers-monde naissante). SEMBENE reçoit une formation à l’école des Cadres du parti. Pendant cette période, il voyage beaucoup en URSS, à Cuba et au Vietnam du Nord. Il rencontre Mao ZEDONG en Chine et échange, en privé, avec lui en français. Il se rend en Guinée de Sékou Touré, au Congo chez Patrice LUMUMBA. Au sein du Parti communiste, SEMBENE découvre la littérature en lisant les fameux «Cahiers du Sud» parus entre 1914 et 1966. Dans la bibliothèque du Parti communiste, SEMBENE découvre, notamment, un roman autobiographique de Jack LONDON, intitulé «Martin EDEN» qui sera, pour lui, une invitation à forcer le destin. Le héros de ce roman est un autodidacte qui souhaite devenir aussi meilleur que les enfants de la bourgeoisie. SEMBENE est, tout de suite, séduit par Jack LONDON (1876-1916), un militant de la gauche radicale, engagé pour la cause des ouvriers. SEMBENE, tout comme Jack LONDON, accorde une place de choix à l’art et à la littérature. SEMBENE, tout en renonçant à la carrière politique, a une conception particulière de l’Art. «Le cinéma est un meeting permanent avec le public pour mieux poursuivre ma quête de militantisme», précise SEMBENE. «Sans art, il n’y a pas d’homme libre. Personne ne peut nous octroyer la liberté. Il faut l’arracher», proclame SEMBENE. Cette adhésion au Parti communiste lui donne l’occasion de rencontrer de grands intellectuels comme Louis ARAGON, Simone de BEAUVOIR, Jean-Paul SARTRE, Edouard GLISSANT, Aimé CESAIRE, Léon GONTRAND DAMAS, Mongo BETI et David DIOP. SEMBENE est de tous les combats. Il milite au MRAP, contre la guerre d’Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie. A cette époque-là, la France a engagé une guerre coloniale au Vietnam. Responsable syndical, à la C.G.T., il participe à la grève qui bloque, pendant trois mois, les envois d’armes destinées à l’Indochine. En effet, Maurice THOREZ a lancé le 20 janvier 1949, le concept de «grève politique de masse». L’intransigeant Ministre de l’Intérieur de la SFIO et adversaire résolu des communistes, Jules MOCH (1893-1985), qualifiant ces grèves «d’insurrectionnelles», les a sévèrement réprimées. En 1961, SEMBENE poursuit une formation cinématographique à Moscou, pendant un an, sous la direction de Marc DONSKI et de Serguei GUERASSIMOV. S’il reste subjugué par Birago DIOP (1906-1989), il trouve, à cette époque, peu d’ouvrages, à son goût, sur l’Afrique. En définitive, avec ce vécu, son intelligence, sa capacité d’analyse et de synthèse, en fin observateur de la société sénégalaise SEMBENE a pu mener, à bien, une véritable carrière artistique.

Un accident de colonne vertébrale contraint SEMBENE à abandonner son travail de docker. En 1956, SEMBENE écrit son premier ouvrage, largement autobiographique : «Le Docker noir». SEMBENE n’écrit pas pour la vanité de prouver qu’il est devenu écrivain. Face à l’image dégradante que l’Occident renvoie aux Africains, SEMBENE estime que sa mission, «c’est d’être toujours fidèle à la réalité et d’essayer de pousser les hommes à réfléchir sur leurs conditions d’existence, à leur faire comprendre qu’il est possible de les améliorer, à tout moment». Pour Samba GADJIGO, un de ses biographes, «la dure réalité des quais lui a appris à ne pas être un de ces intellectuels délicats et très vite anéantis par la moindre contrariété».

Certains auteurs ont critiqué la qualité de l’expression écrite de SEMBENE qui serait d’un style «négligé», d’une esthétique «douteuse», voire d’un talent «médiocre» d’écrivain. Ces critiques sont excessives. Et tout ce qui est excessif n’a pas de signification. Inspiré d’une tradition de l’oralité, je soupçonne, très fortement, SEMBENE, porte-parole des masses paupérisées dont il est resté solidaire, d’écrire en vue des scénarios de ses futurs films. Dans certains de ses films, «Borom Sarret», NIAYE et «la Noire de …», SEMBENE choisit une voix Off. Il adopte une démarche de conteur, inspirée de la tradition de l’oralité, comme Amadou Hampâté BA, avant l’heure. Le personnage du griot a une place de choix dans ses autres films. En fait, SEMBENE est un griot, un fou du Roi qui dit la vérité. Il n’est pas un laudateur. «Le griot c’est celui qui enregistrait, déposait devant tous, sous l’arbre à palabre, les faits gestes de chacun. La conception de mon travail découle de cet enseignement : restituer au plus près du réel et du peuple», précise notre artiste. SEMBENE a adopté une démarche éducative et émancipatrice. Resté fidèle à lui-même, à ses convictions et à l’Afrique dans son authenticité, SEMBENE est un «écrivain populaire», suivant une expression d’Hilaire SIKOUNMO, par sa façon d’écrire et de filmer les réalités africaines, de valoriser les langues africaines, de choisir des acteurs non professionnels du cinéma souvent issus du théâtre, de magnifier les héros du quotidien, d’inciter, en permanence, à résister contre toutes les formes d’oppression et de discrimination. Entre littérature et cinéma, SEMBENE a déjà choisi : «Si j’ai un choix à faire entre le cinéma et la littérature, et ce choix est fait depuis longtemps, je suis pour la littérature», dit-il. Mais SEMBENE reconnaît que la littérature est un luxe pour les Africains. Peu de gens, même éduqués, lisent un roman du début à la fin. A l’heure de l’Internet, il faut faire court. En revanche, et inspirés de la tradition de l’oralité, les Africains sont toujours prompts à s’embarquer dans des discussions stériles et oiseuses, sans compter leur temps. La grande masse de la population africaine est analphabète. Par conséquent, pour SEMBENE, dans son style littéraire populaire, l’efficacité prime sur tout. Son souci primordial est de se faire comprendre par les petites gens.

SEMBENE est un homme irritable. Il est gonflé d’une juste colère contre les traces de siècles de domination et d’acculturation (islamisation, christianisation, colonialisme et néocolonialisme). Ainsi, quand un journaliste Burkinabé lui demande pourquoi il n’a pas terminé son film sur l’Almamy Samory TOURE (grand résistant contre la colonisation), projet datant de 1982, SEMBENE explose. Et sa réponse est cinglante : «Etes-vous déjà passé devant un hôpital africain ? Avez-vous parlé à un médecin qui ne peut pas sauver un homme faute de médicaments ? Qu’est-ce que ma souffrance de cinéaste face à cet homme ?». En effet, le cinéaste est en permanence en butte au manque de moyens, de techniciens, de réseaux de distribution, de salles de cinéma, d’autorisation à filmer dans certains pays. L’Internet et le téléchargement ont ruiné les derniers espoirs d’une industrie cinématographique africaine naissante. Une bonne partie des films de SEMBENE, est disponible sur YOUTUBE. SEMBENE n’a pas pu, non plus, achever son film : «La confrérie des rats». Un juge est assassiné en pleine ville, à Dakar. Il enquêtait sur l’enrichissement illicite et les biens mal acquis. Ce fait divers suscite l’engouement de la presse. Le gouvernement nomme un autre juge. Ce dernier va découvrir pourquoi on a tué son prédécesseur, et ses découvertes vont faire trembler la bourgeoisie bureaucratique. Ce projet de film, inspiré d’un fait divers réel, concerne le plus scandale politique que le Sénégal indépendant ait jamais connu. En effet, le 15 mai 1993, en plein jour, maître Babacar SEYE, ancien député-maire de Saint-Louis, vice-président du Conseil Constitutionnel, est assassiné, à Dakar, à quelques semaines des législatives. Arrivé au pouvoir en 2000, maître Abdoulaye WADE graciera, en 2005, par la loi Ezzan, les assassins du juge. Maître WADE, alors un opposant libéral au gouvernement socialiste d’Abdou DIOUF, voulait-il créer un électrochoc, pour prendre le pouvoir ? Actuellement, son fils, M. Karim WADE, est détenu en prison, pour avoir détourné 2 milliards d’euros. Pour organiser, sa défense ou sa contre-attaque, Karim met en cause l’actuel président du Sénégal, M. Macky SALL, en insinuant que, lui aussi, se serait enrichi illégalement. C’est un excellent scénario de film qui n’aurait pas déplu à SEMBENE Ousmane, fervent militant pour une rénovation des mœurs politiques et une moralisation de la vie publique.

En 1963, SEMBENE retourne définitivement au Sénégal et fonde une maison de production, «La Filmi DOMIREEW» (le Fils du Pays). Les thèmes abordés par SEMBENE sont nombreux : le rôle et la place de la femme dans la société, la dénonciation de la bourgeoisie bureaucratique corrompue et éloignée des préoccupation du peuple, le poids des traditions sociales, culturelles et religieuses entravant l’épanouissement de l’individu, et donc la vraie indépendance et le développement de l’Afrique, la quête d’une identité authentiquement africaine, les perversions sexuelles. SEMBENE, avec un même film, aborde un sujet principal, qui lui-même s’accompagne d’une multitude de thèmes annexes qu’il ne faudrait pas négliger. Par ailleurs, les créations de SEMBENE ont souvent un message caché qu’il faut décoder. En effet, le symbolisme est omniprésent présent dans ses postures intellectuelles. D’une manière générale, il y a, en permanence, quelque chose de subversif dans le propos de SEMBENE. Son œuvre est un appel permanent à l’insurrection contre l’injustice, une compassion pour les exclus. C’est un auteur qui ne s’adresse pas seulement qu’au pouvoir politique. SEMBENE interpelle chacun d’entre nous. En particulier, SEMBENE refusant la résignation, nous exhorte à prendre notre destin main. Nous devons rester, en toute circonstance, nous-mêmes et conserver notre dignité. Tel un Stéphane HESSEL (20 octobre 1917 – 27 février 2013), SEMBENE réclame, sans cesse, une indignation contre les injustices. Par ailleurs, les films de SEMBENE ont une valeur «archéologique», et mériteraient d’être classés par l’UNESCO au rang de patrimoine commun de l’Humanité. En effet, SEMBENE a fixé, avec sa caméra, des scènes de la vie quotidienne d’une Afrique en pleine mutation, à l’aube de l’indépendance, qu’il faudra transmettre aux générations futures. J’ajoute que les films de SEMBENE sont intemporels et universels, et peuvent être compris de tous, quelle que soit son origine nationale.

Deux importantes biographies ont été produites sur la vie SEMBENE par Paulin Soumanou VIEYRA et Samba GADJIGO. La communauté noire américaine, dans sa quête d’identité, s’est également intéressée, de très près, au travail de ce griot africain, d’un nouveau genre, par des ouvrages et des documentaires. J’en fais état dans la bibliographie sélective. Toutefois, dans cette contribution, sans négliger ces apports théoriques indispensables et pertinents, j’ai privilégié les romans, les films, les entretiens que SEMBENE a accordés à la presse. Je tenais à ce que puissiez déceler, avec une grande émotion, la voix claire, directe et personnelle de ce témoin extraordinaire de l’Afrique coloniale et postcolonial qu’est SEMBENE Ousmane. Agissant comme un prophète, SEMBENE a perçu, très vite, ce décalage entre l’Afrique moderne et l’Afrique traditionnelle : «J’ai vu en cette nouvelle Afrique plus de tragédies, plus de souffrances, depuis l’indépendance, que l’Afrique passée. Qui est responsable ? La mal gouvernance», dit SEMBENE. Et SEMBENE indique le chemin : «J’ai découvert l’art, comme l’aveugle découvre la vue. L’Art est politique. Sans art, il n’y a pas d’homme libre». SEMBENE est un agitateur, un cogneur, un irrépressible optimiste qui réclame, ardemment, un ordre nouveau dans lequel les opprimés retrouveront, dignement, leur juste place dans la société. Artiste de la réalité, forgeron des âmes, SEMBENE est un rêveur, mais un rêveur d’une autre Afrique.

 

 

 

I – SEMBENE Ousmane, un artiste de la réalité

SEMBENE est un féministe qui lutte pour la rénovation des mœurs politiques et de certaines traditions.

A – SEMBENE, un féministe de choix

SEMBENE est avare en informations sur sa mère. On sait seulement que sa mère, comme son père sont d’une condition très modeste. Sa mère faisait des ménages. Ses parents sont divorcés. Le discours féministe de SEMBENE serait-il une blessure de l’enfance enfouie, quelque part, et qu’il ne veut pas, par pudeur, exposer ? Ou est-ce, par principe, une posture révolutionnaire de lutte contre toutes les formes de discriminations ?

Quoi qu’il en soit, SEMBENE accorde une place de choix aux femmes dans ses créations littéraires et cinématographiques. Ainsi, le premier chapitre de son romain, le «Docker Noir», s’intitule «la Mère». La conception que les Africains ont de la place de la mère, et donc de la femme dans la société, est une philosophie éloignée des grilles de lecture des Occidentaux que peu, d’entre eux, en saisissent la portée réelle et sa profondeur : l’Afrique est maternelle. Ainsi, quand MATERRAZI insulte les parents de ZIDANE, à la coupe du monde de football, le 9 juillet 2006, c’est la victime de cette grave offense, pour nous Africains, qui reçoit un carton rouge pour son fameux «coup de boule». Quelle grave méprise sur nos valeurs, si on savait que l’homme africain aime et vénère sa mère ! L’Africain jure par sa mère et ne peut accepter qu’on porte atteinte à son honneur. Pour SEMBENE : «L’homme africain n’a aucune valeur intrinsèque. Il la reçoit de sa mère. La mère contient notre société». SEMBENE valorise, sans cesse la femme. Ainsi, dans «Emitaï» se sont les femmes qui se résistent à l’ordre colonial. Dans «Ceddo», c’est une princesse, Dior Yacine, qui indique la ligne de refus de la domination religieuse extérieure à l’Afrique. Dans le film la «Noire de..», la bonne immigrée, face au racisme, se suicide. Dans «Borom Sarret», le cochet dépouillé de sa charrette et désespéré d’une journée harassante sans récompense, retrouve espoir et espérance auprès de sa femme. Dans «Moolaadé », c’est encore une fois de plus, Collé Ardo Gallo SY, qui refuse une coutume dégradante pour la femme : l’excision de jeunes filles. Dans le «mandat», Ibrahima DIENG, menacé de brutalité par son usurier maure, est sauvé par ses deux épouses. Après l’agression de son photographe, M. DIENG est réconforté par ses femmes. Dans «Xala», face au culte de la richesse, ruiné et abandonné de tous, M. BEYE restera soutenu par sa première épouse. Dans « Les bouts de Dieu », la marche des femmes et leur soutien aux grévistes ont été décisifs. Finalement, les femmes de SEMBENE, toujours braves, combatives et dignes, sont restées maternelles et aimantes.

SEMBENE est un féministe qui a exposé «l’héroïsme au quotidien» des femmes et a condamné sans appel l’excision, l’inceste et la polygamie. Pour SEMBENE, nous avons trop de guerres en Afrique. Il y a aussi notre vie ; la vie continue après tout. Les actions quotidiennes ne sont pas retenues par les peuples. «Or, cette lutte souterraine, cette lutte du peuple, c’est ce que moi j’appelle l’héroïsme au quotidien, on ne leur a jamais édifié de statue», entonne SEMBENE. «Il s'agit d'une lutte dont le but n'est pas de prendre le pouvoir, et je pense que la force de l'ensemble de notre société repose sur cette lutte. Et c'est à cause de cette lutte que l'ensemble du continent est encore debout. Donc, j'ai essayé à ma façon de chanter les louanges de ces héros, parce que je suis aussi un témoin de cette lutte quotidienne », précise SEMBENE. Ainsi, dans son film «Moolaadé» ou le sortilège de l’espoir, SEMBENE traite de l’excision des femmes, de façon poignante. Dans un village africain, il est le temps du rituel ancestral de l'excision, considéré comme une purification des femmes. Collé Ardo Gallo SY, seconde épouse de Bathily, un notable du village a, sept ans auparavant, refusé de faire exciser sa fille. Ce matin-là, quatre fillettes se prosternent à ses pieds : elles ont échappé aux exciseuses et lui demandent protection. Celle-ci accepte et leur accorde ainsi le «Moolaadé», (titre en Peul), un droit d'asile qui peut entraîner la malédiction sur quiconque le violera. Pour le proclamer, elle tend quelques fils de couleur à travers l'entrée de sa cour. Dans le village, le conseil des hommes est révolté : Collé remet en cause leur position et une somme de traditions ancestrales. Deux des enfants qui ont refusé l'excision ont préféré fuir le village plutôt que de se réfugier chez Collé. On apprend bientôt qu'elles se sont jetées dans le puits plutôt que d'être reprises. Le chef ordonne que l'on comble le puits. Refusant de plier, Collé ne faiblit toujours pas et compte bien tout faire pour éradiquer la barbarie que représente l'excision. Pour que les femmes retournent à leur ancienne servitude, les hommes du village les privent de leurs postes de radio, par lesquels elles ont appris que le grand imam de la mosquée Al Ahzar condamnait l'excision. Avec «Moolaadé», le plus africain des films de SEMBENE en raison de sa structure narrative et esthétique. Nous sommes en présence d’un conflit de valeurs. L’une est traditionnelle, l’excision des femmes qui est le symbole par excellence de leur assujettissement. L’autre valeur, aussi ancienne que l’humanité, est le droit d’accorder sa protection au plus faible. Par conséquent, ce film pose dit SEMBENE «le substrat culturel africain». SEMBENE a reçu, pour «Moolaadé», une série de récompenses en 2004 : prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, prix un Certain Regard à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech.

SEMBENE a aussi valorisé «l’héroïsme au quotidien» de milliers de femmes à travers son film «Faat Kiné». Dans ce roman devenu un film, «Faat Kiné», propriétaire d’une station-service élève ses deux enfants, les pères ayant abdiqué à leurs responsabilités au profit d’une vie insouciante. En effet, à l’âge de 20 ans, à la veille du baccalauréat, Faat Kiné se retrouve enceinte et doit abandonner ses études. Faat Kiné parvient à éduquer ses enfants grâce à son courage et à sa ténacité. Faat Kiné s’est attelée à sa tâche et acquis les moyens de son indépendance. Les deux pères essaient de retourner au domicile conjugal, mais ils sont chassés par les enfants, sans ménagement. Chacun en prend pour son grade. Les femmes, en Afrique, sont de véritables «mères courage». SEMBENE est en lutte constante contre cette image dégradante et caricaturale que les Occidentaux ont de la femme africaine. En effet, pour certains Occidentaux, la femme africaine est soumise et craintive. Elle porte un fardeau sur la tête, avec un bébé suspendu à un sein flasque, et deux ou trois enfants pendus à ses basques. En revanche, la «Faat Kiné» de SEMBENE est une femme africaine moderne qui prend activement son destin en main. C’est la femme qui effectue, chaque jour, un acte héroïque en bravant les difficultés quotidiennes. Elle accomplit sa mission en dépit des contraintes sociales ou politiques. Bien des traditionnalistes africains ont été surpris du ton osé et des expressions verbales des enfants à l’égard de leur père.

Dans Voltaïque, qui est un recueil de 13 nouvelles, la plupart d’entre elles ont pour personnage central une femme. Ainsi, dans « Noire de …», SEMBENE dépeint une jeune fille domestique de maison qui suit ses patrons en France. Elle finit par se suicider, car elle ne peut plus supporter la vie qu’elle mène avec eux. Dans une autre nouvelle, «Les lettres de France», SEMBENE relate un mariage forcé. Une jeune fille est mariée à un vieil immigrant qui réside à Marseille. L’union conjugale, dans ces conditions, se révèle difficile. Une autre nouvelle, «Ses trois jours», traite du problème de la polygamie. Une jeune femme attend en vain que son mari vienne honorer sa couche, conformément aux lois islamiques, car c’est «son tour». SEMBENE décrit les affres auxquelles est en proie la protagoniste lorsqu’elle constate que l’époux ne respecte pas ses engagements matrimoniaux.

B – SEMBENE, un appel à garder notre dignité, notre noblesse d’esprit

Un des thèmes majeurs développés par SEMBENE est celui de la dignité. Même pauvres, les Africains doivent poursuivre un idéal de justice et d’égalité. SEMBENE brosse, souvent avec un humour hilarant, les tares de la société africaine postcoloniale, où le pouvoir de l’argent prime sur toute autre considération, et où les valeurs traditionnelles sont méprisées. La grandeur, n’est ni celle de la naissance ou de l’argent, mais une noblesse d’esprit. Chacun, gouvernant, comme gouverné, devrait être animé par la Compassion, cette attention constante aux autres, notamment les défavorisés, les victimes de la discrimination. Ousmane SEMBENE est véritable sociologue, ses romans sont des fresques de la société africaine contemporaine. Il a décidé de rester au plus près du réel, «afin que chacun puisse y déceler un peu de lui-même, selon la vie qu’il mène». L’enjeu c’est de provoquer une prise de conscience. Pour l’ancien directeur général de l’UNESCO, M. Amadou Mactar M’BOW : «Ousmane Sembène est un auteur, un créateur, qui se distingue par son réalisme et son engagement. Ses personnages, les tranches de vie, les événements qu’il décrit ou met en scène s’éloignent peu du vraisemblable. Chacune de ses oeuvres, chacune de ses productions comporte, par ailleurs, un message qui s’écarte peu de son engagement personnel, du sens qu’il a donné à ses combats. Sa démarche est pédagogique, même s’il ne cherche pas à s’ériger en donneur de leçons».

En 1962, le premier court métrage de SEMBENE, «Borom Sarret», confirme un SEMBENE rebelle qui apprécie la transgression. En effet, les beaux quartiers (Dakar Plateau) sont interdits aux charrettes, mais le cocher passe outre cette règle. Dans cette traversée de Dakar, le cocher rencontre, notamment, un chômeur, un mendiant handicapé, une femme enceinte sur le point d’accoucher, un homme qui va enterrer son enfant, un griot, un fonctionnaire qui déménage dans le centre ville, un policier. Le cocher finira par être dépossédé de son unique bien, sa charrette. SEMBENE décrit le quotidien d’un homme ordinaire, qui de clients misérables en mauvais payeurs, dépouillé de tout, ne trouvera réconfort qu’auprès de sa femme. Entre pauvreté et solidarité des exclus SEMBENE aborde, de façon concise, en 18 minutes, les problèmes de classe, d’urbanisme, de tradition, du modernisme, de la condition de la femme, de la corruption, de la misère. SEMBENE nous incite, une fois de plus, à rester digne, et à conserver notre noblesse d’esprit. Ainsi, SEMBENE fait dire au cocher, dépouillé par un griot des recettes de sa journée, et n’ayant comme déjeuner qu’une noix de colas offerte par son épouse : «Le même sang coule dans mes veines, ce n’est pas parce que la vie moderne m’a réduit en esclave que je ne suis pas noble, comme mes Ancêtres».

Dans «le Mandat», avec une musique traditionnelle éblouissante, la grande habileté de SEMBENE consiste, avec de modestes événements, à dépeindre des gens ordinaires de l’Afrique traditionnelle qu’une bureaucratie monstrueusement tatillonne ne cesse de harceler et rançonner. Un homme respectable, Ibrahima DIENG, a reçu un mandat de son neveu qui vit en France. C’est alors que commencent divers tracas. Comment retirer le mandat, puis qu’il ne possède pas de carte d’identité ? Comment avoir une pièce d’identité, s’il n’a ni extrait de naissance, ni photos, ni timbre fiscal ? Comment se déplacer dans Dakar, pour toutes ces démarches, s’il ne peut même pas payer les transports en commun ? Comment retirer le mandat, dont il ignore le montant et la répartition exacts, sans que tous ses nombreux créanciers, les mendiants et les parasites, ne le pourchassent ?

Le «Mandat» est une peinture sociale de la société africaine postcoloniale. SEMBENE y dénonce les aspects les plus archaïques de ce monde qui sont un frein considérable à l’épanouissement de l’individu. L’Africain est tiraillé entre les influences traditionnelles et modernes. L’Africain ne retient, très souvent, que les mauvais côté de sa propre civilisation et celle de l’extérieur. SEMBENE ne donne pas de solution. L’action militante de l’artiste doit se borner à dénoncer les tares de la société traditionnelle. Les petites gens sont visées par cette critique, notamment à travers l’appel à la solidarité traditionnelle. M. DIENG, dans cette logique traditionnelle est fustigée pour sa faiblesse devant ses femmes qui dirigent la maison. SEMBENE met en lumière le rôle et la place de l’argent dans cette société traditionnelle. M. DIENG, un polygame avec 7 enfants, maintient une vie façade d’homme aisé. La civilisation postcoloniale est devenue celle de l’argent qui sape la solidarité traditionnelle, et instaure l’individualisme et le matérialisme. SEMBENE prêche pour l’éducation du peuple et fait dire au personnage principal du film ceci : «Vous voyez ce qui peut vous arriver si n’avez pas d’instruction et si vous n’avez pas de papiers. L’instruction est une nécessité et les papiers sont aussi une nécessité pour avoir accès à la civilisation moderne».

La dimension politique est rarement absente dans les films de SEMBENE. La corruption et les détournements de deniers publics sont dénoncés. Ainsi, le mandat d’un modeste Dakarois est détourné par son neveu, un soit disant homme d’affaires. C’est la confiance mal placée du peuple à l’égard de ses dirigeants politiques qui volent et pillent les biens de la Nation, qui est trahie. L’extraordinaire acteur Makhourédia GUEYE, de son vrai nom, Mamadou GUEYE, dit «Baye Peulh», (Kaolack, vers 1924- Dakar, 6 avril 2008), qui joue le rôle d’Ibrahima DIENG, lance cette phrase pleine de sens politique : «Dans ce pays, seuls les malins vivent bien !».

Dans «NIAYE», de 1964, une nouvelle adaptée de «Véhi Ciosane», est une condamnation sans fard de l’inceste. SEMBENE décrit aussi et surtout, l’ébranlement de l’autorité de la noblesse et de la gérontocratie traditionnelles. En effet, les féodaux, liés au colonisateur, ont envoyé leur fils (personnage de Tanor) combattre dans les guerres coloniales, pensant ainsi perpétuer leur prestige sur les autochtones, à travers leur tradition de courage et de gloire. Mais, Tanor, revenu fou de la guerre, est la risée de tous. C’est ce sentiment de dépréciation de soi, de cette famille noble, qui provoque suicide, meurtre et convoitise du trône. Le tout se termine, non pas par la gloire escomptée, mais par le dépérissement de la noblesse, fortement décalée. Devant la conspiration du silence des sujets du Roi, et la tentation d’exil du griot, celui qui devrait dire la Vérité, SEMBENE procède, là aussi, à un appel vibrant à conserver notre dignité : «notre manque de discernement de la Vérité ne provient pas de nos esprits, mais plutôt du trop grand honneur que nous accordons à la naissance, à la fortune. Le pays n’a pas d’hommes dignes de ce nom». Et, SEMBENE de glisser cette phrase choc : «Une nouvelle vie commence, là où la Vérité sera un délit».

Dans «Guelwaar», avec la musique de Baba MAAL, on retrouve également un conflit de valeurs. Un noble et chrétien, Pierre Henri THIOUNE, est inhumé, par méprise, dans un cimetière musulman. Cela ne manque pas de provoquer des bouleversements et des situations aussi grotesques qu’effrayantes. Un conflit religieux peut éclater, à tout moment, sur la base d’un malentendu. «Guelwaar», et cela a un peu échappé à certains critiques, est une violente dénonciation de la montée de l’intégrisme religieux, complice du pouvoir politique. Comme dans «Véhi-Ciosane», SEMBENE aborde, à nouveau, le thème de la noblesse. «Le Guelwaar», ce n’est pas la noblesse du sang, mais c’est une façon d’être. Pour SEMBENE, un homme, pour être homme, doit incarner l’espoir et l’espérance de sa communauté, non pas pour lui-même, mais pour réaliser un idéal commun. Les thèmes abordés dans «Guelwaar» sont nombreux. Cette oeuvre s'intéresse à la honte, la servitude et dénonce, sous couvert d'un conte, la corruption, la mendicité d’Etat. Sophie, la fille du noble, se prostitue à Dakar afin de subvenir aux besoins de sa famille. Mais la prostitution est préférable à la mendicité d’Etat dont les produits sont détournés par les gouvernants. SEMBENE fait dire au fils de «Guelwaar», Barthélémy, dont le père a été assassiné pour avoir dénoncé, au cours d’un meeting politique, la mendicité d’Etat, une tirade sur la corruption et le détournement de deniers publics : «Les dons alimentaires et les crédits destinés aux paysans ont été détournés. Ces magots, volés au peuple, ont servi à une minorité de dirigeants à acquérir des villas, des châteaux et des appartements en Europe. (…). Des sommes énormes, dérobées au peuple, dorment dans les banques en Europe. Tous ces avoirs, mal acquis, dépassent même les dettes de leur pays».

Dans «Niwam», SEMBENE retrace un fait divers : un paysan étranger à la ville, circule dans Dakar, en bus, portant le cadavre de son enfant nouveau-né. Le bus traverse Dakar d'est en ouest. Des rencontres, des personnages et des situations isolent notre homme, revêtu de sa grande crainte. Ira-t-il jusqu'au bout de son voyage ?

Dans «Taaw», court métrage, SEMBENE dépeint une jeunesse, des quartiers populaires, confrontée à la dure réalité de l’existence. La mère s’efforce d’éduquer ses enfants avec toute la dignité des pauvres. Le père respecte la tradition en confiant ses enfants à un marabout pour leur éducation coranique. Mais le guide religieux transforme ses disciples en mendiants et les exploite. Le jeune homme recherche un travail au port, mais il faut payer pour entrer dans cette enceinte. Sa fiancée, enceinte lui, avance de l’argent. TAW ne cherche pas l’argent pour de l’argent. Il doit gagner honnêtement sa vie pour retrouver sa dignité. SEMBENE nous invite à une promenade dans les bidonvilles. C’est dans ce creuset, selon SEMBENE, «où se façonne la nouvelle Afrique». Une lutte cruelle se déroule entre l'Afrique des villages et celle des villes. Le langage, les contacts, les rapports, les amitiés, les inimitiés, le respect traditionnel, se font, se défont en fonction de l'argent, devenu seule valeur morale suprême. Le regard d'amour que SEMBENE jette sur ses personnages nous les fait aimer malgré la situation impitoyable.

A travers son roman, «O pays, mon beau peuple», en 1957, SEMBENE nous offre l'image d'une Afrique tourmentée, révoltée, qui veut se construire en rejetant une tradition aliénante. Après avoir servi dans l’Armée française, Oumar FAYE retourne au Sénégal avec sa femme française, dans son village de Casamance. Les difficultés ne tardent pas à se faire sentir, car le héros va tenter d’insuffler, dans le pays, un vent d’innovation et de progrès, bien opposé aux objectifs de l’administration coloniale. Ses compatriotes le considéreront comme un héros, lorsque M. FAYE sera assassiné par un mercenaire engagé pour le liquider. Dans ce roman, «O pays, mon beau peuple», SEMBENE nous présente un couple mixte, vivant en parfaite harmonie, mais qui est confronté au Sénégal à des préjugés sociaux, culturels et religieux. «Quelle idée peut- il avoir eue de la faisant venir ici ?», s’exclame un habitant du village en haussant les épaules. Oumar, le héros sénégalais de ce roman, est confronté au rejet de sa femme blanche, Isabelle, par sa famille. Mais, Isabelle, la blanche, elle est digne, fidèle et sympathique, finira par gagner l’estime de tous.

SEMBENE pose, très tôt la question de l’immigration, avec ces colons qui reviennent en France, après l’indépendance du Sénégal, avec leurs domestiques. La «Noire de …», inspiré d’un fait divers et de la nouvelle «Voltaïque», qui porte sur la problématique de l’exil, de ses souffrances et de la perte d’identité que cela engendre. La France c’est le pays de rêve, un désir de découvrir un pays mythique. Mais la bonne ne sait pas ce qui l’attend. Ce film dépasse la notion de race pour atteindre les rapports de classe. On parle la même langue, mais on n’arrive pas à bien communiquer.

II – SEMBENE Ousmane, un ingénieur des âmes, un forgeron des caractères

A – SEMBENE, un artiste politique

SEMBENE a une conception particulière du rôle de l’artiste. «Créer c’est participer à l’évolution des masses, c’est-à-dire essayer d’être ce qu’on appelle l’ingénieur des âmes ou le forgeron des caractères», dit SEMBENE. «Ce qui m’intéresse, c’est d’exposer les problèmes du peuple auquel j’appartiens. Pour moi, le cinéma est un moyen d’action politique», dit SEMBENE. Le professeur Samba GADJIGO a élevé SEMBENE au rang de Socrate africain. En effet, SEMBENE est un militant engagé pour que les consciences s’éveillent. «Comme les autres, je fais partie du monde, ma place je ne permets à personne de l’occuper, et je ne permets à personne de parler à ma place», souligne SEMBENE dans son voyage à l’intérieur de lui-même. «Le cinéma est nécessaire dans toute l'Afrique, parce que nous sommes en retard dans la connaissance de notre propre histoire», précise SEMBENE.

A son retour au Sénégal, après un périple au Mali, en Côte-d’Ivoire et en Guinée. La littérature étant un art nouveau pour le continent africain, les belles images qu’il a conservées du fleuve Congo, donnent à l’idée que le cinéma serait un formidable moyen de communiquer avec son peuple. Le gouvernement malien propose à SEMBENE de faire un documentaire sur l’Empire SONGHAY. A partir de cet instant, SEMBENE privilégie le cinéma afin de réconcilier le peuple et la littérature. L’analphabétisme et la précarité de la vie des populations déshéritées sont la source de son inspiration. SEMBENE sait que ces exclus n’ont pas les moyens de s’acheter un livre. Il plaide pour un cinéma grand public, militant, réaliste, politique et polémique. A une question du journal Libération, en 1987 «pourquoi filmez-vous ?», SEMBENE a répondu : «je ne sais pas encore pourquoi je filme, mais tout un peuple m’habite, et je dois témoigner de mon temps». Et il précise encore sa pensée : «En Afrique, on ne fait pas du cinéma pour vivre, mais pour communiquer, pour militer». Pour SEMBENE «le cinéma est, en Afrique, l’équivalent des cours du soir. C’est toujours une source d’enseignement permanent». Pour le professeur Samba GADJIGO, un des messages essentiels de SEMBENE est le suivant : «il n’y a pas d’avenir en dehors de la culture et qu’il ne saurait y avoir de culture sans mémoire». Ce que nous apprenons de la vie de SEMBENE, finalement, c’est la profonde conviction que l’homme ne vit pas que de pain ; il a aussi d’autres besoins, intellectuels, spirituels, qui constituent sa culture.

Les films, comme les romans de SEMBENE, témoignent du souci d’éduquer et de conscientiser les populations africaines. Il part du constat que la littérature, à l’orée de l’indépendance, est réservée à une élite, aux bureaucrates, aux gens dits «évolués» coupés du peuple. Cette littérature, qui est d’expression française, ne participe pas à la construction de l’identité nationale, à l’édification d’une société nouvelle. C’est par le truchement du cinéma que SEMBENE entend réconcilier le peuple et la littérature ; c’est l’Afrique populaire qui s’autocritique et se juge. Le cinéma se prête à la restitution de l’image de soi afin de contrebalancer la toute puissance de la culture occidentale. « Sur les écrans d’Afrique Noire ne se projettent souvent que des histoires d’une plate stupidité, étrangères à notre vie. Pour nous Africains, le problème cinématographique est aussi important que de construire des hôpitaux, des écoles, donner à manger à la population. L’important est pour nous d’avoir notre cinéma : c’est-à-dire de se revoir, de se saisir, de se comprendre soi-même par le miroir de l’écran », intervention de SEMBENE à la rencontre internationale des poètes à BERLIN du 12 au 24 septembre 1964. A une identité dévalorisée et, s’il faut le dire, niée, force est de répondre en réaffirmant, sans concession, la légitimité de cette identité. «L’Afrique doit reconquérir sa personnalité pour faire de sa différence un enrichissement pour le reste de l’humanité», souligne Paulin Soumanou VIEYRA, un cinéaste africain. «La culture est politique, mais c’est une autre politique», précise SEMBENE. C’est dans ce contexte que SEMBENE accorde une place privilégiée au Wolof. Les expressions et les néologismes Wolof abondent dans ses romans et ses films. Ardent défenseur des langues nationales, SEMBENE entreprend d’alphabétiser en Wolof. En 1971, il créé son journal, en Wolof, «Kaddu» (La Parole). Originaire de Casamance, région par excellence de la diversité culturelle, à l’image du Sénégal, SEMBENE a donné des titres en Peul, à certains de ses films. Ainsi, «Ceddo», est un guerrier peul, d’origine Wolof, Sérère ou Soninké, animiste, particulièrement réfractaire à l’islamisation et à la christianisation. L’un des acteurs du «Ceddo», questionne les musulmans : «Pourquoi votre Dieu serait-il meilleur que nos fétiches ?». Evoquant tous les pouvoirs arbitraires, SEMBENE donne, dans Ceddo », la réponse suivante : «Ce ne sont tous que des tiques. Ils se nourrissent de notre sang. Nous voulons que cesse l’iniquité». SEMBENE, insoumis et révolté en permanence, a mentionné sur le fronton, de sa maison, à Dakar-Yoff : «Gallé Ceddo», (la maison du rebelle). Le titre du film «Moolaadé», est également en Peul ; ce qui signifie rechercher asile et protection. Cette diversité et ce panafricanisme se trouvent dans la composition de ses équipes de tournage qui comptent des Sénégalais, des Maliens, des Ivoiriens, des techniciens français, marocains et tunisiens.

On retrouve, constamment, dans les écrits de SEMBENE ce puissant appel au changement, à la rénovation politique et syndicale, et à l’égalité réelle dans la justice. Ainsi, dans le premier roman de SEMBENE, «le Docker Noir», DIAW Falla mène à Marseille une existence misérable et précaire, mangeant un bol de riz, logé dans un hôtel infâme, heureux encore si le matin il a pu trouver une embauche. Il n’a, pour se retenir à la vie, que son amour Catherine SIADEM, et l’espoir de devenir écrivain. Le meilleur de lui-même, en effet, il l’a placé dans un roman qu’il a écrit pendant les brefs moments volés à la fatigue. Il confie son manuscrit à Ginette TONTISANE pour l’aider à le faire publier. Ginette le fait publier le roman sous son propre nom. Falla DIAW tue, accidentellement, Ginette. Il sera condamné. C’est une œuvre tragique, où le racisme et la pauvreté entrent en ligne. L’entourage hostile ne croit pas aux capacités intellectuelles de ce docker parce qu’il est noir. SEMBENE ne verse pas dans la facilité. Il n’oppose pas les Blancs aux Noirs. Il procède, en bon sociologue et en marxiste, à une étude dialectique basée sur la confrontation entre exploités et exploiteurs. «Il n’y a pas de haine véritablement, mais il y a un conflit d’intérêts que les uns et les autres mettent sur le compte de la peau, la thèse épidermique», dit SEMBENE. Le soutien du héros de ce roman viendra des exclus comme lui. SEMBENE fait dire à l’un des protagonistes de ce romain cette phrase qui éclaire son choix idéologique : «Ne mettez pas votre couleur en cause. Acceptez vos responsabilités d’aujourd’hui et celles de demain». Par conséquent, le docker noir n’est pas une étude sur le racisme en France, même si avec la franchise légendaire des Sénégalais, il dénonce la mentalité colonialiste de certains racistes français, les capitalistes. Le Docker noir est, avant tout, un long cri d’amertume où éclate le désir passionné de justice et de dignité. Par ailleurs, SEMBENE sort de la condescendance ambiante, et pose la place des immigrés ainsi que la visibilité des minorités en France, et notamment des Noirs en tant que groupe social. SEMBENE, une fois de plus, a vu juste. En effet, relégués au second plan, les Noirs de France sont devenus des «indigènes de la République».

 

B – SEMBENE, un anticolonialiste

SEMBENE est naturellement anticolonialiste, au moment où certains ont choisi l’assimilation. Sa critique contre le colonialisme est sans concession. Pendant la colonisation, on a fait croire que les Africains n’étaient que des sauvages, voire des singes, et l’Occident leur apporterait la civilisation. «En Afrique, il y a des cocotiers et des bananes, il y a surtout des Hommes», rétorque SEMBENE. Les colons ont réussi, pendant leur règne, à empêcher les Africains de se reconnaitre comme des êtres humains, et de s’exprimer selon la totalité de leur être. Ainsi, «Emitaï, Dieu du Tonnerre», est un film politique et historique. SEMBENE dédie ce film «à tous les militants de la cause africaine». Ce film relate le rapt, par des colons français, de jeunes gens en âge de combattre. A un militaire français qui disait que les tirailleurs allaient faire la guerre pour la «mère-patrie», la réponse ne s’est pas faite attendre : «nos enfants ne font pas la guerre pour nous, mais pour vous». Cela se produit dans un village également frappé par l’impôt obligatoire sur la récolte de riz. Les femmes ayant caché les récoltes sont exposées à un soleil brûlant avec leurs enfants. «Avec eux, il n’y a que la manière forte qui marche», lance un légionnaire venu mater la résistance. Les hommes s’interrogent et interrogent leurs Dieux. Le refus des villageois d’obtempérer aux injonctions des forces de l’ordre va de pair avec la résistance farouche que les femmes opposent à l’autorité coloniale. «Emitaï» se termine par un massacre. SEMBENE reste fidèle à sa ligne de conduite : les femmes se rebellent au prix de leur vie. «Emitaï» est un «conflit spirituel et le temporel» dira SEMBENE.

Cet anticolonialisme est flagrant dans le film «Camp de THIAROYE», dont le scénario initial de Ben Diogaye BEYE, jugé extrémiste, a été abandonné. Pourtant, la charge contre le colonialisme que profère SEMBENE, dans ce film, est violente. Ainsi, il fait dire, dans ce film, à un de ses personnages noir qui s’adresse à des militaires : «Vous insultez des soldats (les Tirailleurs sénégalais), qui étaient de toutes les batailles. Ils étaient de la première armée libre. Où étiez-vous en 1940 ?». Rappelons-le, la ville de Dakar, capitale de l’Afrique Occidentale Française, était aux mains des pétainistes jusqu’u 7 décembre 1942. SEMBENE en fougueux partisan de la liberté est un engagé volontaire, dans l’Armée française, dès 1942. Dans «le Camp de THIAROYE», SEMBENE relate les revendications des tirailleurs sénégalais confinés dans la banlieue de DAKAR, lors de leur retour d’Europe en 1944, juste avant à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Leur fierté d’anciens combattants qui ont lutté contre les Nazis, fait bientôt la place à une désillusion amère face au traitement injuste de l’administration coloniale. Ils réclament leur pécule de guerre, et s’insurgent contre les humiliations et le racisme de la hiérarchie militaire. Ils organisent une mutinerie qui fera 25 morts, et de très nombreux blessés. Les meneurs sont emprisonnés. Cette scène, dans le film, où les soldats français, avec une grande brutalité, ont massacré les tirailleurs sénégalais, a marqué les esprits. L’Ambassadeur de France, qui accompagnait le président Abdou DIOUF, et Jean COLIN, Secrétaire Général de la présidence (Paris 19 sept. 1924 - Bayeux, 17 oct.1993), lors du pré-visionnage, a quitté la salle avant la fin de la projection du film. Ce film réalisé, pourtant plusieurs années pourtant après la guerre, n’a trouvé aucun distributeur en France. SEMBENE affirme que lors du tournage, et cela n’a pas été vérifié, les services secrets français auraient tenté, sans succès, de le liquider, par un accident de la circulation déguisé.

 

SEMBENE, en anticolonialiste farouche, a immortalisé la grève de 1947 en écrivant, en 1960, un ouvrage intitulé : «Les bouts de bois de Dieu». Ce roman est une description détaillée des motifs de la grève de 1947. Les cheminots africains réclament une augmentation des salaires, des allocations familiales, des vacances annuelles, une retraite et le droit de se syndiquer. Soutenus par leurs épouses, les grévistes organisent une marche et descendent sur Dakar, siège de l’administration coloniale. Aux portes de Dakar, l’une des protagonistes, Peinda, s’effondre sous les balles de la police. Les grévistes obtiennent gain de cause, puisque l’administration engage des négociations. Dans ce roman, «Les bouts de bois de Dieu», les Africains veulent conserver les traditions, les lois du clan, les coutumes, mais le progrès, implacable, les pousse vers l’avenir. Au long de la ligne de chemin de fer, d'innombrables personnages se croisent et se rejoignent. Les Africains qui, tant que dure la grève, ont peur, peur du long silence des machines, et, surpris par ce mouvement, les Européens qui s'appliquent à conserver le prestige de la vieille Afrique. Mais au coeur de ces voix discordantes, de ces âmes déchirées, s'élève un amour de l'homme d'autant plus bouleversant qu'il est lucide. Respecter l'homme n'est pas chose aisée. Parallèlement, à cette intrigue dont l’implication sociale est le soubassement, il y a en filigrane une histoire d’amour, des solidarités et des traitrises qui s’affrontent. Ce roman réaliste, à la manière d’Emile ZOLA, est l’un des chefs d’œuvre de la littérature africaine, inscrit au programme scolaire de bon nombre de pays africains.

 

C – SEMBENE, un anti-néocolonialiste

SEMBENE dénonce, sans modération, tous ces régimes autoritaires et corrompus africains qui ont reproduit des comportements pires que le colonisateur. Après la décolonisation une bourgeoisie bureaucratique a pris la place des Blancs, sans se préoccuper du sort des exclus. Les Africains ont les qualités de leurs défauts. Ils n’ont jamais eu le monopole de la vertu, ni avant, ni de nos jours. SEMBENE est très critique à l’égard de certaines croyances, notamment, de la façon dont l’Islam a été dévié de son message originel. Pour lui, la religion est souvent vidée de sa substance. C’est une façade, un habit commode pour cacher les laideurs de l’homme, au lieu d’être une foi. Le pouvoir politique et administratif doit être au service du bien-être de tous, avec une attention particulière aux plus pauvres.

Dans «Xala», SEMBENE brosse, avec un humour délirant, un rapport de classe. Il s’autorise à faire le procès de la bourgeoisie locale qui revient de remplacer le colonisateur. «Je dénonce effectivement une classe, non pas une classe, une couche de population, qui se trouve en situation objective de privilèges indécents, de privilèges condamnables, parce qu’ils pervertissent le progrès social, inhibent les efforts du peuple vers le progrès, c’est-à-dire vers la réalisation de ses aspirations naturelles au mieux-être et au mieux-vivre», souligne SEMBENE. En cette période de moralisation de la vie publique, de lutte contre l’enrichissement illicite et les biens mal acquis au Sénégal, SEMBENE reste d’actualité. Dans «Xala», corrompu, autoritaire et suffisant, l’homme d’affaires, El Hadji Abdou Kader BEYE, a décidé de prendre une troisième jeune épouse. La nuit de noces, il est atteint par le «Xala», ou l’impuissance sexuelle. Le héros tente, par tous les moyens, de soigner ce mal qui devient, pour lui une obsession. Négligeant ses affaires, il est ruiné, et est ostracisé par ses pairs. La dernière scène s’achève sur une image fantasmagorique : un groupe de mendiants dirigés par un paysan qu’il avait ruiné, lui crachent dessus. Soudainement, il sent retrouver sa virilité.

Xala est un film éminemment politique. SEMBENE fait dire à un acteur «nous devons prendre notre destinée en main, et montrer que nous sommes capables comme les autres peuples». Dans «Xala», le symbolisme est omniprésent. L’impuissance sexuelle ne fait –elle pas référence à l’incapacité des gouvernements africains de remplir convenablement leur mission ? Entre tradition et modernité, et avec le bouleversement des valeurs, qu’est ce qu’être riche ou pauvre ?

Cette impuissance des gouvernements africains, les corruptions et détournements de deniers publics sont, une fois de plus, fustigés par SEMBENE. En effet, lors du vote d’exclusion de la chambre commerce pour chèque sans provision et détournement de deniers publics, l’homme d’affaires, M. BEYE, lance, à l’assistance, cette redoutable question : «Qui sommes nous ?». La réponse est sanglante : «si ce n’est de minables commissionnaires, moins que des sous-traitants. Nous ne faisons que de la redistribution des restes que l’on veuille bien nous céder. Nous sommes tous des culs-terreux du monde des affaires. Chacun, ici présent, est un salaud. Nous avons détournés des vivres destinés aux nécessiteux». Le mouton noir, l’homme d’affaires M. BEYE, est remplacé par un voleur à la tire qui a subtilisé le produit d’une année de récolte de paysans en difficulté.

Comme dans la plupart de ses films, à côté du thème principal, s’ajoutent d’autres grilles de lecture qu’il ne faudrait pas négliger. D’une part, Xala semble indiquer que la polygamie est destructrice de la famille. Si la première épouse de M. BEYE est dépeinte comme une femme résignée, sa fille Rama, incarnant la modernité, est une farouche contestataire de cet ordre injuste établi par l’Islam. D’autre part, SEMBENE dénonce le culte de l’argent-roi. M. BEYE ruiné, est abandonné de tous, notamment par ses deuxième et troisième épouses.

Dans «le Dernier de l’Empire», en 1985, une intrigue politique qui se déroule sur 6 jours, le président Léon Mignane a disparu, mystérieusement, après avoir fomenté un coup d’Etat dans le pays. La vacance du pouvoir est l’occasion pour les Ministres de s’affronter et de régler leurs comptes. Seul le doyen Cheikh Tidjane fait preuve de lucidité. Pour SEMBENE, ce roman est une «fiction politique», mais certains esprits malicieux y ont vu, le stratagème utilisé, en 1981, par le président SENGHOR pour céder le pouvoir à son premier ministre, Abdou DIOUF, sans organiser de nouvelles élections présidentielles.

Le 9 juin 2007, à la disparition de SEMBENE les hommages ont été unanimes. Pour M. Abdou DIOUF, Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, et ancien président du Sénégal, «l’Afrique perd un de ses plus grands cinéastes, et un fervent défenseur de la liberté et de la justice sociale». Pour maître Abdoulaye WADE président du Sénégal «SEMBENE est un homme de culture et de lettres, pionner du cinéma africain et intellectuel engagé». Dans son message, le président du Gabon, M. BONGO a rappelé que «son incommensurable œuvre dont les prémices prennent forme avant l’indépendance de son pays, il aura contribué, jusqu’à la fin de ses jours, à éveiller la conscience politique, sociale et artistique». Pour le professeur Samba GADJIGO : «Ce que j’ai trouvé d’exceptionnel dans la vie de SEMBENE, en plus de ce choix politique de libérer son peuple, c’est cette lucidité, cette conscience claire que si l’action politique peut répondre aux problèmes immédiats du présent, seul le combat par l’art, donc au niveau de la culture, peut s’inscrire dans la continuité de l’histoire». Et le professeur GADJIGO de préciser : «Ousmane SEMBENE n’est pas un démiurge. Il est plutôt un homme ordinaire. Mais il est aussi le plus extraordinaire de tous les hommes ordinaires que j’aie connus».

En définitive, pour son amour du Sénégal et de l’Afrique, SEMBENE a tenté de rejeter un regard critique sur les mœurs du continent noir. Il a dénoncé, avec virulence et ironie, la classe politique à l’aube de l’indépendance. SEMBENE a surtout examiné, avec compassion et sans concession, la situation des exclus, dans leur drame et leur héroïsme au quotidien. Précurseur du cinéma africain, marqué par un engagement social et politique, essentiellement motivé par le bien-être des exclus, SEMBENE a été intronisé, de son vivant, «l’Aîné des Anciens». SEMBENE est un «écrivain populaire», dans la mesure où toute son œuvre ne traite que des défavorisés. SEMBENE est leur griot, au sens où l’entendait, un écrivain guinéen, Camara LAYE, «un maître de la parole», un artiste et avocat des opprimés. SEMBENE a bien transcrit son attachement indéfectible aux valeurs de l’Afrique et ses peuples, fondement nécessaire et préalable à toute rénovation politique du continent noir. Ce message militant et d’espoir, pour un homme nouveau en Afrique, reste plus que d’actualité en cette période troublée, même plus de 50 ans après l’indépendance politique.

Bibliographie sélective

 

1 – Œuvres littéraires

 

SEMBENE (Ousmane), Les bouts de bois de Dieu, Paris, Press Pocket, 2002, 379 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Xala, Paris, Présence Africaine, 1995, 192 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Le mandat précédé de Véhi Ciosane Blanche-Génèse, Paris, Présence Africaine, 1966, 190 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Le dernier de l’Empire, Paris, Présence Africaine, 1985, 438 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Le docker noir Paris, Présence Africaine, 1973, 219 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), O pays, mon beau peuple, Paris, Pocket, 1975, 187 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Niiwam suivi de Taaw, Paris, Présence Africaine, 2001, 189 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Voltaïque, la Noire de …, Paris, Pocket, 2001, 215 pages.

 

SEMBENE (Ousmane), L’Harmattan, Paris, Présence Africaine, 1964, 299 pages ;

 

2 - Filmographie

1962- Borom Sarret
1963- L'empire Songhay
1964- Niaye
1966- La Noire de …
1968- Mandabi
1969- Traumatisme de la femme face à la polygamie
1969- Les dérives du chômage
1970- Taaw
1971- Emitaï
1972- L'Afrique aux olympiades, Basket africain aux J.O de Munich RFA
1975- Xala
1977- Ceddo
1987- Camp de Thiaroye
1992- Guelwaar
1999 - Heroïsme au Quotidien
2000- Faat-Kiné
2004- Mooladé.

3 – Quelques interviews de SEMBENE,

 

BUSCH (Annett) et ANNA (Max), sous la direction de, Ousmane SEMBENE, Interviews, Jackson, Mississipi, University Mississippi Press, 2008, 225 pages ;

Entretien avec France-Culture, avril 1967, à propos du film « La Noire de … »

Entretien avec Télérama du 15 au 21 décembre 1968.

Entretien de novembre 1968 accordé à Jeune Cinéma, n°34

Entretien avec Bingo, n°195, avril 1969, à propos du film «Le Mandat»

Entretiens Jeune Afrique n°629, 1973, pages 49 et n°795 pages 55-56, 26 février au 3 mars 1968 (film le Mandat)

Interview accordée à Tahar CHERIGA, «L’artiste et la Révolution», in Cinéma-Québec, 1974 (3) n°9-10, page 14.

Entretien à L’Afrique Littéraire et Artistique, 1979 n°51-53, page 114

Entretien à Les Cahiers de l’Auditeur, 1981, janvier-mars, n°12, page 3-6.

Entretien télévisé, avec Christine DELORME, 1992, à la Mosquée de Paris, sur le film « Guelwaar ».

Entretien avec Olivier BURLET, Africultures, janvier 1998,

Entretien avec Jacqueline LEMOINE, Le Soleil du 1er mars 1984

Entretien avec Samba GAGJIGO du 11 avril 2004

Interview au Journal l’Humanité, du 15 mai 2004

Entretien du 17 décembre 2004, «La leçon de cinéma», Dakar,

Entretien Valérie GANNE d’Afrik.com, à l’occasion du Festival de Cannes en 2004.

Entretien avec Bonnie GREER, The Guardian, dimanche 5 juin 2005,

Entretien du 6 décembre 2006, avec Malick SY, REWMI.

 

4 – Contributions sur SEMBENE,

 

GADJIGO (Samba), Ousmane SEMBENE, une conscience africaine : genèse d’un destin hors du commun, Paris, Homnisphères, 2007, 252 pages ;


GADJIGO (Samba), FAULKINGHAM (Ralph), CASSIRER (Thomas) et SANDERS Reinhard, sous la direction de, Ousmane Sembène : Dialogues with Critics and Writers, Amherst, University of Massachussetts Press, 1993, 123 pages ;

 

DIA (Thierno Ibrahima) et BARLET (Olivier), sous la Direction de, Sembène Ousmane (1923-2007), Paris, Africultures, février 2009, 216 pages ;

 

MURPHY (David), Imagining Alternatives in Film and Fiction - Sembene. Oxford, Africa World Press Inc., 2000, 275 pages ;

 

NIANG (Sada) sous la Direction de, Littérature et cinéma en Afrique francophone : Ousmane Sembène et Assia Djebar, Paris, L'Harmattan, 1997, 256 pages.

VIEYRA (Paulin Soumanou), Ousmane Sembène cinéaste : première période, 1962 - 1971. Paris, Présence Africaine, 1972, 244 pages.

VIEYRA (Paulin Soumanou), Ousmane Sembène cinéaste, Paris, Présence Africaine, 2012, 224 pages.

SIKOUNMO (Hilaire), Ousmane, écrivain populaire, Paris, l’Harmattan, 2010, 298 pages.

PFAFF (Françoise), The Cinema of Ousmane Sembene : A Pioneer of African Film, preface de Thomas CRIPPS, Westport, Connecticut, Greenwood Press, 1984, 207 pages ;

BESTMAN (Martin), Sembène Ousmane et l’esthétique du roman négro-africain, Sherbrook, Quebec, Éditions Naaman, 1981, 349 pages ;

PETTY (Sheila), A Call to Action : the Films of Ousmane SEMBENE, Westport (Connecticut), Praeger, 1996, 184 pages ;

 

BOURHANE (Hassane), L’œuvre littéraire et cinématographique de SEMBENE Ousmane, Thèse, Université de Cergy Pontoise, 22 février 2008, sous la direction de Romuald FONKUA, 263 pages.

 

DIOUF (Madior), Comprendre Véhi-Ciosane et le Mandat, Issy-Les-Moulineaux, Les Classiques africains, 1986, 64 pages ;

 

ENAGNON (Yénoukoumé), «SEMBENE Ousmane, la théorie marxiste et le roman, d’après l’étude de Véhi-Ciosane et de Xala», in PEUPLES D’AFRIQUE NOIRE, 1979, (11) pages 92-127.

 

IJERE (Muriel), «SEMBENE et l’institution polygamique», in ETHIOPIQUES, 1988 (5), n°1-2.

 

«SEMBENE Ousmane : 1923-2007», diverses contributions in AFRICULTURES, janvier 2009, n°76, Paris, l’Harmattan, 214 pages.

 

Paris le 22 janvier 2014. Par Amadou Bal BA – baamadou.over-blog.fr.

 

Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
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