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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 10:22

«Lorsque je jette mon regard tout autour, je rencontre les ruines d’une orgueilleuse civilisation qui s’écroulent et s’éparpillent en vastes amas de futilité. Pourtant, je ne céderai pas au péché mortel de perdre confiance en l’homme : je fixerai plutôt mon regard vers le prologue d’un nouveau chapitre dans son histoire, une fois que le cataclysme sera terminé et que l’atmosphère sera rendue limpide avec l’esprit de service et de sacrifice. Ce nouveau jour pointera peut-être sur cet horizon, à l’Est, où se lève le soleil. Un jour viendra où l’homme, cet insoumis, retracera sa marche de conquête malgré toutes les barrières afin de retrouver son héritage humain égaré» dit-il son discours sur la «crise de civilisation». TAGORE, ce penseur de l’universel et réformateur social, cette «Grande sentinelle», ainsi que l'appelait GANDHI, mit en garde l'Inde et l'humanité tout entière contre les dangers du grégarisme, prépara et accompagna, avec intelligence et courage, ses compatriotes sur les chemins de la liberté, de la démocratie et de la modernité. «Où est le mensonge ? C’est de se considérer comme un tout séparé : reconnaître notre unité avec l’univers entier, fondre notre âme dans l’Ame universelle c’est connaître la Vérité» dit TAGORE. Pour lui, la vie, un service, n’est que joie : «Je dormais et je rêvais que la vie n'était que joie. Je m'éveillai et je vis que la vie n’est que service. Je servis et je compris que le service est joie».  A sa naissance, son père l’appela, «Rabindra», le soleil. «Chérubin de mon vieil âge, tes paroles éclaireront le monde» dit son père.  En effet, TAGORE  est un poète du Bengale, mais il appartient à toute l’Inde et à toute l’humanité entière ; il s’est fixé une vocation pour servir son pays et sa culture, ainsi que la langue Bengali.

Son pays, le Bengale, avait subi l’influence islamique, dès le XIème siècle. Cependant, depuis le XVIème siècle, avec un grand mouvement de dévotion à Dieu, maître et essence du monde, manifesté sous une forme humaine de Krishna et appelant un ardent amour, une vivante littérature mystique s’est développée au Bengale. Au XVIIIème l’empire britannique s’est substitué à l’empire Mogol, et la colonisation, contestée par la révolte des Cipayes de 1857, a étouffé la culture hindoue qui s’est enfermée dans un rigorisme, parfois absurde. Ram Mohum KOY combattit ce conservatisme. Le grand-père de TAGORE, Dvârkâtanath (1794-1846), ainsi que son père, Devendranâth (1817-1905), bien que proches des musulmans, suivirent cette ligne fixée par ROY. En raison de cet héritage culturel riche et tolérant, TAGORE se meut au-dessus des divisions, des partis pris et de passions, des  haines de races et de castes, des conditions et des croyances adverses. «Quant à la religion et à l’idéal social, ma famille était libre de toute routine conventionnelle, ayant été frappée d’ostracisme par la société, ensuite en rupture avec les croyances et les usages orthodoxes, cela nous rendait intrépides dans la liberté de pensée et nous permettait de tenter des expériences dans tous les domaines de la vie» dit TAGORE. Ainsi, donc, dans un recueil de poèmes, TAGORE rend hommage à Sant KABIR, un musulman Soufi (1440-1518), adepte de l’ascète Indou Ramananda, un réformateur religieux qui combattait le sectarisme et partisan de la religion de l’amour : «O, mon serviteur, où me cherches-tu ? Regarde ! Je suis auprès de toi. Je ne suis ni dans le temple, ni dans la mosquée ; ni dans le sanctuaire de la Mecque, ni dans le séjour des divinités Hindoues. Je ne suis ni dans les rites et les cérémonies, ni dans l’ascétisme et ses renoncements. Si tu me cherches vraiment, tu me verras aussitôt et un moment viendra où tu me rencontreras» écrit KABIR.

Pionnier du mondialisme, artiste universel, la contribution littéraire de TAGORE est un éloge des valeurs essentielles de l’humanité. «Je ne place ma confiance dans aucune institution nouvelle, mais dans tous les êtres, qui, à travers le monde, ont une pensée claire, des sentiments nobles, une vie droite, car ils sont le canal de la Vérité» dit-il. Humaniste, il condamne le matérialisme du capitalisme : «Il y a de graves questions que la civilisation occidentale a posées devant le monde et auxquelles elle n’a pas complètement répondu : les conflits entre l’individu et l’Etat, le travail et le capital, l’homme et la femme, les conflits entre l’avidité du gain matériel et la vie spirituelle de l’homme, entre l’égoïsme organisé des nations et les idéaux les plus élevés de l’humanité. Tout cela doit se résoudre en harmonie» écrit TAGORE, dans son discours à Tokyo, en 1917. Grand érudit, sa création artistique nous conforte, dans ce qu’il y a de profondément ancré dans l’âme humaine, la souffrance, l’espoir, la joie de vivre, le contact intime avec la nature et l’aspiration à une haute spiritualité. Il fonda une école, un institut de recherches agronomiques et artisanales, une école de musique et d'arts plastiques, une université aux disciplines innovantes. Il lança des érudits sur les traces du répertoire traditionnel conservé dans les villages et les communautés tribales. Il encouragea la vocation de personnalités telles que le cinéaste Satyajit RAY ou Indira GANDHI. Les nouvelles de TAGORE ont été influencées par des auteurs comme Guy MAUPASSANT. Premier non-européen à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, TAGORE est un auteur nationaliste prolifique, éclectique et humaniste. Son oeuvre est particulièrement vaste et riche (contes, poésies, philosophie, essais, romans, pièces de théâtre, chansons, peintures, etc.). Une de ses chansons est devenue, en 1971, l’hymne national du Bengale. Son inspiration est spirituelle, mystique et patriotique, mais aussi philosophique, amoureuse, exaltée et poétique. TAGORE fut un réformateur culturel et un polymathe qui modernisa l’art bengali en rejetant les restrictions qui le liaient aux formes indiennes classiques.

Les «Souvenirs d’enfance» de TAGORE sont caractérisés par l’absence de repères. II n’y a pas de chronologie qui puisse nous guider. Toutefois, TAGORE donne quelques pistes : son départ en Angleterre pour suivre des études de droit. En fait, cette autobiographie, nous précise son éditeur, a été écrite durant l’été de 1940, dans la petite bourgade de Kalimpong, près de Darjeeling. «Souvenirs d’enfance» a, par conséquent, été rédigé à la fin de la vie de TAGORE, sous la dictée. «Ce retour vers le plus lointain passé, celui des heures claires dans la fraîcheur des jours d’enfance est, semble-t-il, familier à ceux qui vieillissent», dit Christine BOSSENEC une des traductrices de cette biographie. Le style est limpide et simple, comme toujours avec TAGORE, d’une grande profondeur. C’est une œuvre intimiste dans laquelle TAGORE y évoque sa société aristocratique, son éducation, les habitudes des femmes, l’ambiance de la maison, les représentations théâtrales à domicile, les domestiques et les peurs qui le hantent, etc. Le fait que le texte soit écrit sous la dictée nous éloigne du style habituel de l’auteur, qui est traditionnellement lyrique, pêchu et parfois alambiqué. Si l'écriture est fluide et agréable, les idées sont, en revanche, bien amenées comme au fil d'une conversation, ou d'une histoire. C'est un conte qui se déroule à chaque chapitre, les auditeurs de l'époque et les lecteurs actuels basculent tout à coup dans un passé lointain ou dans un univers inconnu. Chaque petite anecdote se lit avec délice et l'on découvre petit à petit le quotidien de TAGORE, ses manies, le fait que, selon lui, tout jeune il était plutôt mauvais élève, à la limite du cancre. A tout le moins, il refusait la contrainte de l’école. Pour un homme qui a bâti une université, le paradoxe nous appelle tous à une profonde modestie.

Rabinadranath TAGORE est né le 7 mai 1861, dans la demeure familiale de Jorasanko, à Calcutta, une immense métropole du Bengale occidental, humide et chaude. La vie y est pénible. «Je suis né dans le Calcutta d’un temps déjà passé. (…) Il n’y avait ni tramway, ni autobus, ni automobiles. Il n’y a pas non plus de travail qui presse on avait tout son temps et la vie s’écoulait paisible», précise l’auteur. Vers la fin du XVIIème siècle, ses ancêtres avaient quitté leur terre natale pour s'établir à Govindpur, l'un des trois villages qui, plus tard, devait constituer Calcutta. Avec le temps, la famille TAGORE qui prospérait dans les affaires et la banque, acquit des biens et des intérêts commerciaux considérables. En effet, sa famille avait tiré des profits considérables de la puissance croissante de la British East India Company. Le père de Rabindranath, Devendranath TAGORE (1817-1905), vivait luxueusement et brava l'interdit religieux hindou de l'époque pour voyager en Europe, tout comme son contemporain, Ram Mohan ROY (1774-1833), le réformateur social et religieux du XIXème siècle.

Rabindranath est le plus jeune des 14 enfants de la famille. Son vrai nom, en bengali, «THAKUR» (homme noble, seigneur en sanskrit) a été anglicisé en «TAGORE». De constitution robuste, apparemment, notre auteur n’a jamais été malade : «je n’ai pas gardé de souvenir d’aucune fièvre sérieuse, et je n’ai jamais entendu le mot de paludisme», confesse TAGORE. Debendranath (1817-1905), son père, était l'une des figures marquantes d'une société bengalie qui s'éveillait à elle-même. Il avait fréquenté, pendant un certain temps, l'école anglo-hindoue de Rammohan ROYE dont le caractère, les idéaux et la piété l'avaient fortement influencé. Devendranath TAGORE était versé dans les philosophies occidentales et, bien que profondément religieux, n'acceptait pas tous les préceptes de l'hindouisme. Il devait avoir une profonde influence sur la façon de penser de son fils et sur son comportement dans la vie.

Issu d’une famille aristocratique, de Brahmanes, la plus haute caste de l’Inde, TAGORE perdit très tôt sa mère, Sarada DEVI (1830-1875). Il fut élevé par des domestiques et se plaint de cette «servocratie». TAGORE nous rappelle, dans ses «Souvenirs d’enfance», la présence bienveillante, mais parfois envahissante, des domestiques. Sa famille disposait d’un palanquin datant de l’époque de sa grand-mère. «Dans la cour d’honneur, voici Pari DASI, la servante, qui revient du marché, son panier rempli de légumes. Doukon, le domestique, apporte l’eau du Gange, le bambou sur l’épaule», décrit ainsi TAGORE l’activité de ces domestiques. Abdul, le marin, lui raconte de belles histoires de brigands, de crocodiles et de panthères. Un autre domestique, Brajeshwar, veille sur ses repas. TAGORE le considère pédagogue, mais aussi «vaniteux que maniaque et tatillon pour les questions de propreté». Ces domestiques n’ont pas laissé à TAGORE un agréable souvenir : «Tout est simple si on laisse les enfants être des enfants, s’ébattre et jouer à cœur joie. Mais lorsque vous essayez de les confiner, de les immobiliser, de contrarier leurs ébats, des problèmes insolubles se posent. Alors, le fardeau de l’enfant, si légèrement porté par lui-même, écrase les épaules des gardiens. Or, ce poids est très lourd à porter, même pour les êtres les plus proches et les plus aimants» dit-il dans ses souvenirs.

Le monde des adultes et celui des enfants était rigoureusement séparé : «Les enfants, de ce temps-là ne partageaient pas les plaisirs des grandes personnes, même de loin» nous dit TAGORE. Les femmes sont également séparées des hommes. Les grandes personnes avaient l’habitude de tout défendre aux enfants. Cependant, un jour, on lui permit d’assister à une représentation théâtrale à domicile. Il s’endormit avant la fin du spectacle. Les jours s’écoulaient avec monotonie. Un jour, son frère débarqua avec sa femme qui bouscula certaines coutumes ancestrales.

En effet, au Bengale, les femmes, même quand elles sont hindoues, observent le Purdah, une coutume musulmane qui prescrit la séparation des hommes et des femmes. Les femmes ne sortent que voilées. La belle-sœur de TAGORE fut la première à introduire une manière de porter le sari, la blouse et des pyjamas étroits. En voyant cette révolution vestimentaire, TAGORE pensa que «c’était une petite anglaise qui avait été kidnappée». A l’époque, il n’y avait aucun lien d’intimité entre les adultes et les enfants. Cependant, son frère et sa belle-sœur accordèrent une attention particulière à TAGORE qui n’avait que 12 ans. Sa belle-sœur lui apporte la révélation de l'amour humain qui doit communiquer avec l'amour de la nature et de Dieu. En 1884, le suicide de cette belle-sœur le bouleverse et le change à jamais. Dès lors, il apprend à renoncer à l'amour particulier pour mieux aimer la nature et Dieu, c'est-à-dire l'humanité tout entière. Homme d'une grande sérénité, d'une vitalité débordante et d'une inlassable résignation devant Dieu, il transforme la souffrance en joie. Il veut découvrir le Dieu de beauté dans la nature, dans le corps, dans la pensée, dans la parole, dans l'acte. Il veut que la vie devienne belle dans sa totalité.

TAGORE est issu d’une famille atypique de lettrés, philosophes et artistes, ouverts à diverses influences culturelles : «Le mode de vie, non conventionnel de notre famille provient de la confluence de trois grandes cultures, hindoue, musulmane et britannique. Mon grand-père appartenait à cette période où le faste des vêtements, du train de vie et des loisirs vit petit à petit ses ailes coupées et rognées pour les conformer à l’étroitesse des manières victoriennes, chiches en temps, en cérémonies et en apparat» dit-il. Il n’est donc étonnant que Rabindranath s’intéresse, dès son jeune âge, aux littératures indienne, française et anglaise. «J’ai eu le bonheur de naître dans une famille où la littérature, la musique et les arts sont devenus instinctifs. Mes frères et mes cousins vivaient dans le monde des idées ; la plupart étaient doués de talents naturels. En grandissant dans ce milieu, je commençais de bonne heure à penser, à rêver, à chercher l’expression de mes idées» dit-il. Dans une traduction bengalie de «Robinson Crusoé», il découvre la valeur intime entre l’homme et la nature. Il a 7 ans, quand un de ses neveux, plus âgé que lui, l’initie aux premières règles de la prosodie. Il note dans ses Souvenirs : «je commençai à importuner tout mon entourage avec mes essais de poésie».

En 1873, quand, il eut atteinte 11 ans, son père s’occupa, personnellement, de son éducation. Il l’emmena dans l’Himalaya, lui enseigna le sanscrit et l’anglais, et lui imposa une vie ascétique qu’il pratiquait lui-même. A l’âge adulte, cet homme majestueux, à la barbe biblique, aux longs cheveux d’argent et aux allures de prophète estime que «Les hommes doivent se retirer, petit à petit, de la vie active et se consacrer à la prière et à la méditation». Rabindranath lit des biographies, étudie l’histoire, l’astronomie, les sciences modernes, ainsi que le poème de Kalidasa, poète et dramaturge de la fin de l’Antiquité. A 13 ans, TAGORE publia ses premiers essais dans une revue mensuelle : «Le Savoir en Bourgeon». Sa première œuvre fut intitulée «Fleurs sauvages», suivie de «Lamentations». En 1878, à l’âge de 17 ans, TAGORE fut envoyé en Angleterre pour y faire des études de droit, s’y essaya, sans grands succès. Mais, il commença à découvrir la civilisation occidentale et se passionna pour la littérature anglaise, notamment Charles DICKENS. Il fut frappé aussi par le romantisme de la musique européenne, si différente de la pieuse musique indienne.

En 1880, à son retour d’Angleterre, il composa un drame musical destiné à être joué dans les soirées littéraires que l’on donnait parfois en sa famille, puis une œuvre poétique «Chants du soir» qui révèle le don merveilleux de notre auteur. TAGORE commence alors à déployer une activité littéraire prodigieuse. Le 9 décembre 1883, TAGORE se marie à Mrinalini DEVI (1873-1902), alors âgée de 10 ans. De cette union naîtront cinq enfants. Il commence à administrer le domaine familial. Il y écrit une bonne partie de son œuvre qui dépeint avec humour et émotion la vie quotidienne, en particulier celles villageois.

En 1890, il fera un second voyage en Europe et parcours la France, l’Italie et l’Angleterre. Désormais, il décide de se consacrer, plus qu’il ne l’a fait jusqu’alors, au service d’autrui. Il fonde, en 1901, une école Visva-Bharati, (La Voix Universelle), transformée en 1918 en université à Santiniketan une «un foyer de paix». TAGORE incarne un mouvement baptisé la «Renaissance bengalie». Lumière, air, contact immédiat avec la nature, progrès intellectuel et moral qui ne soient pas séparés d'un sain développement physique, cette université, en milieu rural, entendait célébrer la nature, les arts et la connaissance. Les élèves y jouissent du maximum de liberté. Ils suivent des conférences en plein air et gardent le contact avec la nature en se livrant au jardinage ou en gardant les vaches. La vie à Santiniketan laissa sa marque sur le travail littéraire de TAGORE. Il raconta l'Inde d'hier et d'aujourd'hui et exalta la noblesse de l'abnégation. Il publia aussi des romans plus réalistes tels que «Choker Bali» (Vision d'horreur) en 1901, «Naukadubi» (L'épave)  en 1903 et «Gora» en 1910. Il était à la recherche de l'Inde éternelle qui crée l'unité dans une étonnante diversité de races, de cultures et de religions. Ainsi, dans «Gora», enfant d’une dame anglaise adopté par un couple indien, il a foi dans une Inde sans castes, un monde où n’existera nulle discrimination féroce et absurde entre individus : «C’est toi qui est ma mère. La mère de mes rêves, que j’ai si longtemps cherchée pendant mon errance et mes vagabondages, assise à notre foyer et m’attendant sur le seuil de ma chambre. Pas de castes pour toi, tu ne fais pas de distinction entre les hommes. Tu ne connais pas la haine, tu ne donnes corps à rien, hors le bien qui est en nous. C’est toi qui es l’Inde». En lutte contre les préjugés, ce roman insuffle un message de compréhension mutuelle et de tolérance : «A pris fin en moi ce qui opposait l’Hindou, le Musulman et le Chrétien. Aujourd’hui, toute nourriture est ma nourriture». Par un message de liberté, TAGORE s’adresse à toute l’humanité : «Celui qui veut la liberté pour lui-même et qui craint que son voisin ne soit libre n’est pas digne de la liberté» écrit-il. 

L’amour occupe une place importante dans l’œuvre de TAGORE. «L'amour est l'ultime signification de tout ce qui nous entoure. Ce n'est pas un simple sentiment, c'est la vérité, c'est la joie qui est à l'origine de toute création» écrit-il. «Tagore fut tardivement amené à chanter ses plus belles chansons d’amour, les plus pures et le plus humaines, parce que son cœur reçut tardivement les blessures par lesquelles la main de Dieu ouvre des sources profondes : épreuves familiales, deuils, angoisses et maladies» écrit DSOUZA et DONCOEUR. Ainsi, dans «Aux bords du Gange», c’est une veuve qui réveille la passion. En effet, la jeune Kusum, devenue veuve à huit ans, revient dans sa famille aux bords du Gange. Discrète, dissimulée par ses vêtements de deuil, elle grandit sans que nul ne la remarque; Jusqu'au jour où un Sanyasi vient s'installer dans le temple de Shiva. «Toutes les fibres de mon coeur la reconnurent et mon âme tressaillit tout entière. Je ne doutais point que, de son côté, elle m'eût également reconnu» écrit-il dans «Aux bords du Gange».

Dans «La petite mariée», TAGORE nous apprend, qu’au Bengale, l'amour suit des chemins sinueux avant de triompher : quand le sérieux Apurbo tombe amoureux de Mrinmayi, une jeune villageoise vive et espiègle, et décide de l'épouser, sa mère se met alors en tête de transformer Mrinmayi en parfaite femme au foyer. Mais la jeune femme se révèle rétive et seul l'amour d'Apurbo pourra lui redonner sa joie de vivre. Giribala n'est encore qu'une petite fille lorsqu'elle vient demander à Sashi de lui apprendre à lire. Le temps passe, Giribala grandit, mais Sashi, absorbé par ses préoccupations d'adulte, ne comprend pas qu'elle attend de lui d'autres leçons. Dans «Le Naufrage», c’est un amour inattendu qui attend le héros. Ainsi, quand Ramesh reprit ses sens, il se trouva étendu sur les bords d'une île de sable. Il eut quelque peine d'abord à se rendre compte de ce qui lui était arrivé, puis, comme dans un rêve fiévreux, le souvenir de la catastrophe lui revint, et il se leva vivement. Sa première pensée fut pour son père et ses amis. Il regarda autour de lui, mais il ne vit pas trace humaine. Il erra le long des rives, cherchant en vain. Pressant le pas il vit alors, évanouie à terre, une jeune femme vêtue d'écarlate, comme une nouvelle mariée.

C’est un amour poétique qui l’inspire : «Ne pleurez jamais d'avoir perdu le soleil, les larmes vous empêcheront de voir les étoiles» dit-il. Dans «Mashi», il déclare sa flamme, en secret, à sa voisine : «Le sentiment que m'inspirait la jeune veuve dont la demeure avoisinait la mienne, était un sentiment de vénération. C'est du moins ce que j'affirmais à mes camarades et ce que je me répétais. Nabin lui-même, mon ami le plus intime, ignorait mon véritable état d'âme. Et j'éprouvais une sorte de fierté à pouvoir conserver à ma passion toute sa pureté en la reléguant dans les recoins les plus profonds de mon cœur. Ma voisine ressemblait à une fleur de Sephali mouillée par la rosée et tombée prématurément. Trop pure et trop resplendissante pour la couche fleurie de l'hymen, elle s'était consacrée au ciel. Mais semblable à un torrent qui descend de la montagne, une passion ne se laisse pas enfermer au lieu de sa naissance ; elle cherche à se frayer une issue. C'est pourquoi je m'efforçais de traduire mes émotions en poèmes. Mais ma plume rétive refusait de profaner l'objet de mon adoration». Le «Jardinier d’amour», TAGORE nous entraîne dans un érotisme courtois, très soft. Mais sous la plume de ce grand maître, l’amour humain, charnel, s’exprime avec une qualité exquise. «Mon cœur, oiseau du désert, a trouvé son ciel dans tes yeux. Ils sont le berceau du matin, ils sont le royaume des étoiles. Leur abîme engloutit mes chants. Dans ce ciel immense et solitaire laisse-moi planer. Laisse-moi fendre ses nuages et déployer mes ailes dans son soleil» écrit-il. Cette œuvre voluptueuse pourrait être résumée comme suit : à la fin du conseil des ministres, un haut dignitaire demande une audience à la Reine. Il ne vient pas solliciter une prébende, mais seulement devenir jardinier de la Reine. «Je garderai fraîche l’herbe du sentier où tu marches au matin», et il précise ses intentions : je viendrai y cueillir, dans un baiser, le grain de poussière qui, par mégarde, pourrait s’y être égaré».

Naturellement, c’est une quête presque impossible : «Je cherche ce que je ne puis trouver, je trouve ce que je ne cherche pas»  dit-il. «Mon cœur, oiseau du désert, a trouvé son ciel dans tes yeux. Ils sont le berceau du matin, ils sont le royaume des étoiles. Leur abîme engloutit mes chants. Dans ce ciel immense et solitaire laisse-moi planer. Laisse-moi fendre ses nuages et déployer mes ailes dans son soleil» écrit-il dans le «Jardinier d’amour». Dans une démarche mystique et transcendantale, comme à l’image du «Flower Power» (pouvoir de la fleur) TAGORE invite à la raison du cœur : «Ecoute, mon cœur, dans cette flûte chante la musique du parfum des fleurs sauvages, des feuilles étincelantes, d’un bruit d’ailes et d’abeilles. La flûte a ravi son sourire des lèvres de mon ami et le répand sur sa vie» écrit-il dans la «Corbeille de fruits».

TAGORE excelle dans l’analyse de l’âme féminine ; il poétise son courage, sa patience et sa tendresse. Ainsi, «La Maison et le Monde», publié pour la première fois en 1915, a pour cadre le Bengale du début du XXème siècle où sévissent de graves troubles. Récit à trois voix qui se croisent et se répondent, histoire d’amour centrée sur un bouleversant portrait de femme, ce livre, où se heurtent la tradition et la modernité, est aujourd’hui encore étonnamment moderne. L’héroïne de ce livre, qui a inspiré un film de Satyajit RAY, comparant les chances de bonheur d’une orientale et d’une occidentale disait qu’elles étaient au moins égales. L’Orientale n’exige rien, elle accepte le mariage comme une nécessité de la vie, alors que la femme occidentale revendique un bonheur comme un dû ; c’est pour cela que celle-ci est souvent déçue. «Le mariage est un devoir où l’attirance préalable n’a que faire, ce qui ne veut pas dire que l’amour soit exclu, mais il sera conquis et fait de concessions réciproques» écrit TAGORE. «Quatre chemins», écrit en 1934, raconte l’histoire d’une jeune femme révoltée, étouffant dans les conventions d’une société indienne conservatrice. La femme y a pour unique perspective de devenir une bonne épouse obéissante, puis une bonne mère. L’héroïne du roman, Ela, s’insurge contre cette place réservée à la femme, qui non seulement étudie, mais aussi milite pour l’indépendance de l’Inde. Son amour pour le poète Atindra bouleversera sa vie. Ce roman traite de deux thèmes : les limites de l’idéal révolutionnaire et la place de la femme dans la société.  «Je veux proclamer qu’à l’époque moderne les droits des femmes ne cessent d’augmenter. Elles ne doivent donc pas hésiter à dire la vérité, même à propos des hommes» écrit TAGORE. C’est encore le statut de la femme qui est à l’honneur dans «La Fugitive». Un Maharajah voulu, un jour, épouser une jeune fille indienne. Elle refusa en disant «Je ne veux pas passer toute mon existence avec des éléphants». La Fugitive, inspirée par Madâna, le Dieu de l’Amour, se réfugie dans ses sentiments affectueux : «Vous vivez sans repos et sans lumière, apprenez à nous et vos ténèbres seront éclaircies» dit-il. TAGORE rêve d’une femme aimée, «La nuit tombait. J’étais hantée de nostalgie. Quelles que fussent les paroles de mon chant, la douleur les traversait, car mes chants eux-mêmes avaient soir, ô mon amant, mon bien-aimé, mon préféré ! (…)  Descends parfois de ton trône et viens te mêler à nos plaisirs comme à nos douleurs ; caches-toi dans toutes les formes, dans toutes les jouissances, dans l’amour et dans mon âme, et là chante !». Comme «Albertine disparue» de Marcel PROUST, ce poème de TAGORE étudie l’amour, la jeunesse, mais aussi la souffrance.

C’est à l’âge de 40 ans que TAGORE commence à s’intéresser à la politique. Partisan d’un très large rapprochement entre l’Orient et l’Occident, il s’adapte mal aux exigences du nationalisme étroit indien, orienté vers l’affrontement. Pour TAGORE, le nationalisme est opposé aux vrais intérêts de la Nation : «adorer comme un Dieu un pays,  c’est le vouer au malheur» ; c’est le vouer à la servitude. Au nationalisme étroit, TAGORE oppose un large idéal de coopération entre toutes les races humaines. Il reste toute de même partisan de l’autonomie de l’Inde, par ses poèmes et ses chansons devenues populaires. Dans son ouvrage, «Le nationalisme», il estime que ce concept n’est pas politique, mais social. Le nationalisme des Occidentaux revêt une agressivité politique et commerciale. En nationaliste, il entretient ainsi, l’amour de la patrie. En effet, pour TAGORE la société capitaliste européenne n’a pas répondu de façon satisfaisante  à ces questions : «Les conflits entre l’individu et l’Etat, entre le travail et le capital, entre l’homme et la femme, les conflits entre l’avidité du gain matériel et la vie spirituelle de l’homme, entre l’égoïsme organisé des nations et les idéaux plus élevés de l’humanité». L’Occident est si loin de l’Orient qu’il ne peut comprendre que des propagandes utilitaires. L’Orient est dominé par la nature et le soleil.

Pour TAGORE, la liberté, telle qu’elle est conçue en Occident, comme un véritable esclavage soumis aux intérêts matériels. Nos prétendues classes responsables vivent dans l'aisance parce que l'homme ordinaire n'a pas encore compris sa situation. Voilà pourquoi le propriétaire le bat, le prêteur sur gages le tient à la gorge, le contremaître le maltraite, l'agent de police l'escroque, le prêtre l'exploite et le magistrat lui fait les poches. En Inde, la question du nationalisme éclipse tout, alors que l’unité de ce pays devrait prévaloir. Le monde entier ne devrait être qu’un seul pays : «Il n’y a qu’une seule histoire, l’histoire de l’homme. Toutes les histoires nationales ne sont que de simples chapitres de la plus grande» écrit-il. Il faut abandonner l’égoïsme et l’orgueil national. Le plus important, c’est le contact entre différentes races, pour réconciliation et une aide mutuelle. Dans «écrin vert» TAGORE revient sur ce thème. Surnommé Visva-kavi, poète du monde, son œuvre, tout ancrée dans l'esprit de l'Inde millénaire et dans l'amour de sa terre du Bengale, se situe en même temps dans une perspective universelle. Elle est caractérisée par sa vision de la planète décloisonnée de ses frontières et animée de la compassion de son auteur pour l'humain.

Jeune propriétaire terrien administrant les biens de sa famille, TAGORE en vint à comprendre comment l'éducation et la coopération pourraient transformer la vie rurale et se mit à réfléchir aux problèmes de l'éducation. Parlant en public des «vicissitudes de l'éducation», il plaida passionnément pour l'utilisation du Bengali. Dans la société, ce n'est pas la charité qui fait loi, mais la nécessité. Il faut donc, avant tout, que les êtres perçoivent le lien qui fait d'eux une société. S'il est une voie qui peut conduire à cette prise de conscience, c'est l'éducation. «Chaque enfant porte, en lui, l’espoir que Dieu n’est pas découragé au sujet de l’homme» dit-il. TAGORE comprit, à partir de sa propre expérience des attitudes des paysans et de leur comportement social, que la force ne pourrait être engendrée que dans une société villageoise autonome, prenant elle-même les décisions la concernant et déterminant son propre rythme de croissance. Il n'a cessé de revenir dans différents contextes sur ce thème de l'autosuffisance locale, des initiatives locales, de l'encadrement et du gouvernement locaux centrés sur la coopération. Tel pourrait être le point de départ d'une réorganisation de la société rurale fragmentée de l'Inde, d'une vie meilleure. TAGORE savait que l'éducation et les conseils de village étaient les seuls instruments existant du changement économique et social, et que les villageois auraient besoin d'aide extérieure, sous diverses formes, pour accomplir ce changement. Selon ses propres termes: «La pauvreté naît de la désunion, et la richesse de la coopération. Quel que soit l'angle sous lequel on se place, telle est la vérité fondamentale de la civilisation humaine».

C'est aussi de cette époque que datent ses débuts dans l'enseignement. Il créa une école où se trouvait son domaine, et y envoya ses propres enfants. Les élèves s'y familiarisaient avec diverses disciplines, dont l'anglais qu'enseignait un professeur anglais. TAGORE commença aussi à installer des coopératives, des écoles et des hôpitaux dans les villages situés sur ses terres et s'efforça d'introduire de meilleures méthodes d'agriculture et d'élevage. Il poursuivait en même temps son oeuvre littéraire. TAGORE a appelé cette période le «Sadhana», préparation, réflexion, austérité et auto-éducation en vue d'une vie sociale active. Il vivait soit dans son domaine, soit sur son bateau sur la rivière Padma, visitant les villages, parlant aux habitants et les écoutant parler de leurs difficultés. C'est ce qu'il apprit alors qui servit de base à ses expériences ultérieures dans le domaine de l'éducation.

En 1902, TAGORE perd sa femme. Son père disparaît en 1905, suivi en 1907 de son fils aîné. Cette grande douleur développe en lui une vie intérieure et une créativité littéraire importante. Il compose deux de ses œuvres majeures : le drame «Amal et la lettre du roi», et son «Gitanjali» ou «L’offrande lyrique». Il obtient en 1913, le Prix Nobel de Littérature pour un recueil de 157 poèmes bengali, «Gitanjali» traduit, en 1911, en anglais, «Songs Offerings» et «L’offrande lyrique» en français, par André GIDE. Immense poème en l’honneur de Brahma, inspiré de la pitié, mais une pitié profondément mystique, calme, douce, sans frénésie, ni délire. L’Offrande Lyrique est une succession de dialogues, de louanges à Dieu d’une poésie admirable : «Tes dons infinis, je n’ai que mes étroites mains pour m’en servir. Mais les âges passent, et encore tu verses, et toujours il reste de la place». Il est toujours question du Bengale, au XXème siècle, où sévissent des troubles. L’offrande lyrique est un récit à trois voix qui se croisent et se répondent, une histoire d’amour centrée sur un portrait bouleversant d’une femme.  C’est Alexis LEGER, alias Saint-John PERSE, un poète et critique guadeloupéen (1887-1975), qui a persuadé TAGORE de remettre «Gitanjali» à Gallimard, pour une traduction française, en se rendant chez lui, dans le quartier de South Kensington, à Londres, en octobre 1912, avec une lettre d’introduction d’Arthur FOX STRANGWAYS (1859-1948). «Gitanjali» est avant tout une œuvre hautement poétique «Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi. Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante. Les fleurs s'épanouiront dans mon être. Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon coeur, et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte» écrit-il. TAGORE y rappelle les valeurs de la vie qu’il défend : «Je plongerai dans l'abîme quitte à en toucher le fond. Je jouerai le jeu de ma défaite. Je jouerai tout ce que je possède. Et quand j'aurai tout perdu. Je jouerai jusqu'à mon être même. Et peut-être alors aurai-je tout reconquis. A travers mon total dépouillement» dit-il.  Inspiré par les Upanishads, chants sacrés hindous, «L’offrande lyrique» est un recueil d’un mysticisme fervent : «Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle. (…) Oui, mes illusions bruleront toutes en une illumination de joie et mes désirs mûriront tous en fruits d’amour» écrit-il.

Pour les lecteurs indiens, cet ouvrage représente le dépassement de la foi brāhmanique familiale vers la quête d'un dieu personnel, celui que TAGORE a appelé «le Seigneur de la Vie» : sa perception paradoxale, d'une présence bienveillante immanente et de l'impossibilité de la connaître, de l'appréhender, s'aiguise au fur et à mesure que lui sont dévoilées à travers une série d'expériences tantôt douces, tantôt aigres, les règles de sa participation à un jeu cosmique. L’offrande lyrique est une œuvre célébrant aussi la vie : «Le même fleuve qui court jour et nuit, à travers mes veines, court aussi à travers le monde et danse en cadence. C’est la même dont la joie fuse à travers la terre légère en innombrables brins d’herbe, et qui éclate en tumultueuses vagues de feuilles et de fleurs. C’est la même vie que le flux et reflux se jettent dans l’océan berceau de la naissance et de la mort. Je sens mes membres glorifiés, au toucher de cette vitalité. Orgueil ! Le battement de la vie des âges en ce moment dans mon sang». C’est un hymne pour une humanité universelle : «Chaque homme de ce temps doit se préparer à l’aube d’un nouvel âge où il découvrira son âme dans l’unité spirituelle de l’humanité entière» dit-il.  Entre tradition et modernité, cette œuvre majeur a inspiré le cinéaste indien, Satyajit RAY.

L’offrande lyrique a été ressentie en Occident, dans un contexte de la première guerre mondiale qui menaçait, comme une invitation à soutenir les valeurs essentielles de l’existence humaine. TAGORE, issu d’une famille bengalie sensible aux valeurs occidentales, développe une théorie originale de la spécificité culturelle de l’Asie et son rôle dans le devenir du monde. Il part du constat que la civilisation de l’Orient est essentiellement spirituelle. Dans la nécessaire synthèse entre l’Orient et l’Occident, ce «spiritualisme» oriental doit faire contrepoids au «matérialisme» de l’Occident. TAGORE prêche en faveur d’un rapprochement entre l’Orient et l’Occident, tout en restant attentif à une Inde non seulement spirituelle, mystérieuse et traditionnelle, mais aussi revendicatrice, libre fière et créatrice. Sa démarche est parfois contradictoire ou ambiguë, tout en exprimant le souhait de resserrer les liens avec d’autres cultures, il a la hantise de voir disparaître les spécificités culturelles de son pays. En effet, pour construire l’Inde nouvelle, il faut s’appuyer sur sa propre culture et ses propres valeurs afin de tirer le meilleur parti de ce que l’Occident peut apporter. Dans sa vie mythologique et historique de l’Histoire, la civilisation de la vallée de l’Indus ou civilisation Harappa, à la peau foncée, fut submergée par l’arrivée des Indo-Européens ou Aryens, à la peau claire, environ 2000 ans avant J.C. Ils repoussèrent les Dravidiens vers le Sud et épousèrent des femmes non-aryennes. Les forêts leur offrir la protection contre le soleil et les orages, la nourriture et aussi les matériaux pour construire et faire des sacrifices. Par conséquent, la civilisation indienne se construisit au contact avec la nature. L’Offrande lyrique est une œuvre grandiose, poétique, mais un peu ardue. Il faudrait s’accrocher pour en prendre le sens de la mesure : «Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi. Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante. Les fleurs s'épanouiront dans mon être. Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon coeur, et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte».

Dans «La Machine» TAGORE revient sur le thème de la civilisation, sur les rapports entre l’Orient et l’Occident. Il ne peut pas y avoir de civilisation, là où il n’y a pas de recherche désintéressée à la perfection. Or, l’individu qui cède au souci de la richesse et du pouvoir devient un brigand. Cet infernal souci a submergé en Occident toutes les autres préoccupations. Le monde tend à s’organiser comme une immense machine dont la morale exclusive est l’intérêt, la recherche du maximum de rendement au meilleur compte. La liberté ne sera bientôt que celle d’acquérir et de jouir. Par conséquent, la machine organise l’esclavage et s’alimente avec la guerre. Une nouvelle guerre mondiale serait la fin de l’humanité. Ainsi, dans ce roman, un Marajah a fait construire une machine qu’on abreuve du feu et des éclairs, pour endiguer une cascade, une cascade de la liberté, et réduire ainsi l’obéissance des paysans de la province voisine, qui sont enclins aux idées subversives et que l’on pourra affamer à volonté. Les sujets directs du Maharajah exultent de joie. La foule est prête à acclamer l’ingénieur. Mais le Prince héritier, au sacrifice de sa vie, ouvre la digue et détruit la machine. Les hommes des deux pays pourront désormais s’unir. Au cœur du rapprochement entre l’Orient et l’Occident, TAGORE place la spiritualité. «Vous nous envoyez plus de fonctionnaires et des machines, envoyez-nous des âmes» dit-il dans «La Machine».

Les poèmes de TAGORE ont éclipsé ses autres contributions littéraires. Dans ses «Réminiscences», il déclare que la poésie, au-delà des influences extérieures, est avant tout une expression personnelle : «comme une larme ou un sourire, un poème n’est que l’image de ce qui se passe à l’intérieur de nous. Il n’y a rien dans le monde, tout est dans le cœur».  Sa poésie, toute lyrique, nous révèle celle-ci dans toute son ampleur et, dans le même temps, nous confronte avec ce qu'il y a de plus profondément ancré dans l'âme humaine : la souffrance, l'espoir, la joie de vivre, le contact intime avec la nature et l'aspiration à une haute spiritualité. À l'image des grands fleuves du sous-continent indien, comme le Gange et le Brahmapoutre, elle est débordante et vivifiante. Elle veut embrasser le tout, en être la parole. Au cœur de l'instant passant elle cherche à retenir l'éternel : «Pour une fois, voyageur, sois imprudent et détourne-toi de ton chemin. Bien qu'éveillé, sois comme le jour captif d'un filet de brouillard. N'évite pas le jardin des cœurs égarés, là-bas, au terme de la mauvaise route ; là-bas où l'herbe est jonchée de fleurs rouges poussant à l'abandon, où des eaux mélancoliques sombrent dans la mer houleuse. Longtemps, sans repos, tu as veillé sur le butin des années inutiles ; qu'il soit enfin dissipé ! Il te restera le triomphe désespéré d'avoir tout perdu» écrit-il dans la Fugitive. Sa poésie, marquée par le lyrisme, le romantisme, le mysticisme des Rishis, la philosophie de KABIR, ainsi la musique populaire du Bengale rural, mettent l’accent sur la divinité intérieure et s’insurgent contre l’orthodoxie religieuse et sociale ; c’est une recherche d’une relation au divin à travers l’attrait de la nature et l’interaction émotionnelle du drame humain. Il chante la nature dans certains de ses poèmes : «J’ai aimé la lumière du soleil, le ciel et la terre verte. J’ai entendu le murmure argentin de la rivière dans l’obscurité de minuit. L’automne et les couchers de soleil sont venus à ma rencontre au tournant d’un chemin, dans la solitude, comme une fiancée qui lève son voile pour accueillir son bien-aimé. Cependant, ma mémoire reste parfumée de ces premiers jasmins blancs que j’ai tenus dans mes mains d’enfant» écrit-il dans «Jasmin». Le monde reste beau, si on se pose la question du sens, de ses joies et de ses souffrances. Par conséquent, TAGORE rend hommage à ses ancêtres, car il affirme que l’homme qui ne cherche pas à prendre sa destinée en main, à s’améliorer, à utiliser les talents que lui a donnés la nature, n’est qu’un parasite, comme les animaux inférieurs. L’homme doit donc se fabriquer des armes pour se défendre contre toutes les adversités. Par ses capacités intellectuelles, l’homme doit «transformer l’impossible en possible par ses propres prouesses». Entre l’individuel et l’universel, sa mission historique est la réalisation du Moi. Pour cela, et à travers le «Dharma», au cœur du système social, chacun est tenu d’acquérir une discipline et le contrôle de soi-même, et chacun doit accepter le code sacré des devoirs.

A son troisième voyage en Angleterre, le Roi d’Angleterre, en 1915, l’anoblit, et lui décerne le titre de chevalier : «Pour la profonde et noble inspiration, pour la beauté et la nouveauté que son génie poétique a su introduire aussi de façon brillante, sous la forme anglaise, dans la littérature occidentale». Après le massacre d’Amritsar, en 1919, TAGORE a renvoyé aux autorités britanniques les titres et décorations reçues. La même année sa fille aînée décède. En 1920, TAGORE se rend, à nouveau, à l’étranger, en Europe et aux Etats-Unis. Il rencontre Henri BERGSON et Romain ROLLAND. Plus tard, il rencontrera, également, Saint-John PERSE ainsi qu’Albert EINSTEIN. Cette expérience internationale fit naître, en lui, une nouvelle idée: il devait mettre son pays en contact avec le reste du monde.

Il sentait qu'un nationalisme étroit et excessif conduisait les hommes et les pays sur la voie du conflit, et qu'une institution devait avoir pour rôle de mettre en lumière l'unité des cultures du monde et des courants de connaissance. Pour lui, Santiniketan était cette institution et déjà, envisageait la création d’un centre international de culture et d'études humanistes. En 1930, il donne à Oxford une série de conférences Hibbert qui sont publiées l'année suivante sous le titre «La Religion de l'Homme». Sa doctrine religieuse se caractérise par l'universalité qui lui vient de la vision panthéiste de l'univers telle qu'elle est représentée dans les anciennes conceptions panthéistes des Upanishad, et telle qu'elle a été élaborée ensuite par les grands maîtres du «Vedânta». Dans la pratique, elle s'exprime par l'observance de la suprême loi d'amour dont il se fait le propagandiste avec sa parole inspirée, l'ampleur de ses images, la lumière, la force et la noblesse de son style. L'amour, dans sa valeur universelle, est pour lui le principe d'où découle tout bien, et si l'on veut inclure dans une expression unique sa vie et son oeuvre, on peut dire qu'elles sont un cantique d'amour. Anticolonialiste et nationaliste, il n’a pas éludé la question de la dignité des Indiens : «L'Angleterre ne pourra mentir à sa nature véritable, à tout ce qui l'a fait grandir. Devra-t-elle accorder l'indépendance complète ? Seulement il nous est difficile (à nous Hindous) de reconnaître ce qu'il y a de meilleur dans la civilisation occidentale et de l'accepter alors que nous vivons dans l'humiliation, dans l'ombre aveugle de la domination occidentale. Sachons que la machine est bonne quand elle aide la vie, non  quand elle l'exploite» écrit-il dans son discours de 1930 sur le colonialisme. L’Occident est marqué par l’exclusivisme «Elle puise sa nourriture dans les autres peuples et tente d’engouffrer tout leur avenir. Elle a la crainte constante de ces races au déclin de la grandeur ; ce déclin même, elle le considère encore comme un péril ; aussi veut-elle étouffer tous les signes de grandeur qui semblent dépasser son propre niveau, forçant les races d’hommes les plus faibles à demeurer éternellement dans leur faiblesse» écrit-il dans une conférence du 18 juin 1916 à Tokyo. «Il y a des habitudes qui ne sont pas de simples murs, mais des haies aux branches enchevêtrées. L’Europe a cultivé ces haies depuis de longues années jusqu’à ce qu’elles soient devenues denses, fortes et hautes. Elle a grandi dans son orgueil, elle y a soumis toutes ses habitudes extérieures et intérieures. Non seulement elle ne peut pas oublier qu’elle est l’Occident, mais elle saisit chaque occasion de le hurler à la face des autres pour les humilier» dit TAGORE. Ce qui est monstrueux n’est pas grand et l’orgueil n’est pas éternel.  La réussite matérielle dans l’injustice et la cruauté signifie que l’homme prend beaucoup de temps et d’espace pour tuer le temps et l’espace. Pour TAGORE, qui croit en un évangile de Vérité, avec une foi en l’humanité, une vraie civilisation devrait avoir deux objets : «de régulariser nos passions et nos appétits pour le développement harmonieux de l’homme ; l’autre de l’aider à cultiver l’amour désintéressé de son prochain. Ces idéaux sociaux créent le monde humain». Ce qui fait dire à Alexandre VAILLAT que TAGORE est «un dangereux révolutionnaire».

«Sâdhanâ», ou «La Réalisation du but suprême», occupe une place à part dans l'oeuvre du poète et philosophe. Ce recueil, qui expose les conceptions de l'auteur sur la vie, Dieu et la nature. TAGORE y aborde des questions essentielles : problèmes du mal et du moi, accomplissement de l'être dans l'amour. Dans «la religion de l’homme», les religions organisées finissent par devenir un outil de pouvoir, de tyrannie, et habitées par la cupidité et la recherche d’un profit personnel. La vraie religion devrait pratiquer la recherche de la vérité et de la bonté humaine, de la compassion, de la solidarité et du partage.

La religion est un outil pour le Bien suprême, une tentative de sauver l’homme, en l’aidant à se perfectionner. TAGORE est en harmonie avec la doctrine de Gautama Siddartha qui, en rupture avec l’orthodoxie brahmane du système inégalitaire des castes, avait professé l’idéal de la bonté et de l’amour. Il faut donc contribuer au bien-être, au bonheur et à la joie de vivre de tous,  en cultivant la grandeur d’âme. L’homme doit rester libre, dans son choix moral, et ne pas obéir aux règles absurdes. Ne pas subir, mais agir en harmonie avec le monde pour la justice et la fraternité. Le choix moral de l’individu, c’est cette lutte constante pour ce qui va nous sauver, et non nous asservir, et donc ce qui va nous tirer de l’abîme, pour aller vers l’universel : «Il faut outrepasser les barrières qui limitent l’individu, devenir plus que l’homme, devenir un avec le Tout» dit-il. TAGORE pense que ces idées de la poursuite du Bien souverain ont été reprises par les Grecs, les Chrétiens et les Musulmans.

Son ouvrage «Vers l’homme universel», paru en France en 1961, permet de découvrir le système philosophique de TAGORE, ses idées sur l’éducation, sa conception de la vie politique et sociale, ses opinions et sa lutte pour l’indépendance de l’Inde. L’unité de la pensée, synthèse et conciliation, résulte d’une attitude immanentiste. L’absolu que révère TAGORE est supérieur au monde, mais se réalise dans le monde. L’univers est donc à la fois une illusion et un être effectif. L’univers est fondé en Dieu, mais c’est aussi la morale, une vie vertueuse, fondée sur la justice et le sentiment d’humanité. Dieu n’est pas un Etre distinct ; il se confond avec l’Humanité, il comprend tout humain. La vie n’existe vraiment que dans l’action créatrice, et c’est en créant que l’homme adore le mieux Dieu. Ce livre révèle en outre l'universalité du talent du célèbre poète, conscient de la grande diversité de la vie et de la pensée humaine. L’idéal de TAGORE, en matière d’éducation, était à la fois révolutionnaire et traditionnel. Dans l’Inde, la déesse du savoir est Sarasvatî. Elle a le teint blanc, mais le point capitale, c’est qu’elle est vivant et qu’elle est femme, et qu’elle est assise sur une fleur de lotus. Ce que signifie ce symbole, c’est qu’elle réside au centre de la vie et du cœur de toute existence qui s’épanouit elle-même en beauté, à la lumière du ciel. En nationaliste et rejetant les méthodes britanniques, il eut la sagesse de comprendre que seules réussissent les révolutions qui s’appuient sur les acquisitions du passé. Il faut donc une éducation en lien avec la vie sociale et culturelle d’un pays. Il ne croyait pas non plus aux méthodes d’éducation étroites et figées. Il faut une éducation fondée sur l’harmonie, l’équilibre accompli de la personnalité et le développement des valeurs morales. Les objectifs fondamentaux de tout système éducatif viable, c’est la promotion de la créativité, la sensibilité esthétique, la liberté, la liberté, la joie et la conscience du patrimoine culturel d’un pays. Toute personne recèle une semence de divinité et peut se perfectionner, sans cesse. Il rejetait toute conception livresque de l’éducation ; il faut se doter  d’un esprit scientifique et critique : «Les livres se sont mis entre notre esprit et la vie. Ils nous privent de la faculté d’apprendre directement de la nature et de la vie» écrit-il et en appelle aux «connaissances propres du pays».

TAGORE est aussi un conteur.  «Le Vagabond et autres histoires», est un recueil de contes du Bengale pour une bonne entrée en matière dans l’œuvre de TAGORE. Ces nouvelles illustrent les qualités de son génie, sa vive imagination alliée à une vue pénétrante de la réalité, son sens large de l'humain, son intolérance pour l'injustice et la tyrannie. TAGORE a observé le drame des humbles vies des villageois avec une sympathie et une compréhension infinies, avec une profonde émotion. Ainsi, le «bûcher funèbre» relate la cruelle histoire d’une jeune fille mariée à un mourant, et qui est vouée au bûcher. Le père de Rabindranath a lutté pour abolir une tradition hindouiste insupportable, le «Sati», qui obligeait la veuve à monter le bûcher funèbre de son mari. «L’horoscope» met en garde, avec une grande finesse, contre la crédulité de ceux qui veulent se créer un monde meilleur, souvent illusoire. Dans le trésor caché, l’avidité est flétrie, sans ménagement. «Le vagabond», d’où est tiré le titre de l’ouvrage, est une histoire de liberté abreuvée de poésie.

TAGORE, à 80  ans, a vu venir la mort avec une grande sérénité et exprimé cette magnifique pensée : «parce que j’aime cette vie, je sais que j’aimerai la mort aussi bien». Dans l’un de ses poèmes, il précise «je n’ai pas seulement vécu, j’ai vécu dans l’amour». TAGORE est décédé le 7 août 1941, à Calcutta, sa ville natale. TAGORE réclamait une vie dépouillée et un cœur pur. Il chercha à créer un monde où «la vie serait belle comme des fleurs d’été, et la mort belle comme des fleurs d’automne». Il avait réfléchi sur la mort et le destin de sa contribution littéraire : «Lorsque la Mort viendra et me soufflera : «Tous les jours sont finis», je lui dirai : «J’ai vécu dans l’amour et non seulement dans le temps ». Et elle me demandera : «Que restera-t-il de tes chants ? ». Je répondrai : «Je l’ignore, mais ce que je sais, c’est souvent pendant que je chantais, j’ai trouvé mon éternité». Pour Romain ROLLAND, son grand ami : «Rabindranath TAGORE est, pour nous tous, le symbole vivant de l’Esprit, de la Lumière et de l’Harmonie, le chant de l’Eternité s’élevant au-dessus de la mer des passions déchaînées».

Bibliographie très sélective.

1 – Contributions de Tagore

TAGORE (Rabindranath), “Le message de l’Inde au Japon”, conférence du 18 juin 1916, Cahiers des idéalistes français, avril 1917, n°3, pages 69-76 ;

TAGORE (Rabindranath), “Une universalité orientale”, in L’inde et son âme écrits de grands penseurs de l’Inde contemporaine, Boulogne-sur-mer, Chitra, CAQHögman, 1928, pages 11-14 ;

TAGORE (Rabindranath), Amal et la lettre du roi, traduction d’André GIDE, présentation André GIDE, Paris, Gallimard, Répertoire du Vieux-Colombier, 1924, 48 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Chansons de Rabindranath Tagore, traduction d’Arnold Adriaan Bake, préface de Philippe Stern, Paris, P. Geuthner, 1935, 129 pages ;

TAGORE (Rabindranath), De l’aube au crépuscule, traduction de Laurence E. Fritsch, préface d’Albert Schweitzer, Collection Les Petits livres de la Sagesse, la Table ronde, 1998,  128 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Gitanjali ou L’offrande lyrique, traduction d’André Gide et Hélène du Pasquier, Paris, Gallimard, Collection du Monde Entier, 1963, 172 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Gora (roman), traduction de Marguerite Glotz, Paris, Serpent à plumes, 2002, 711 pages ;

TAGORE (Rabindranath), L’écrin vert, traduction, présentation et annotation de Sarju Gita Banerjee, Paris, Gallimard, collection connaissance de l’Orient, série indienne 116, 141 pages ;

TAGORE (Rabindranath), L’esquif d’or. Anthologie de l’œuvre poétique, traduction de Saraju Gita Banerjee, préface de Louis Frédéric et introduction de Saraju Gita Banerjee, Paris, Gallimard, Collection Connaissance de l’Orient, 1997, 192 pages ;

TAGORE (Rabindranath), La demeure de la paix (Santiniketan), Paris, Stock, 1998, 263 pages ;

TAGORE (Rabindranath), La fugitive, suivi des poèmes de Kabir, traduction de René de Brimont et Henriette Mirabau-Thorens, Paris, Gallimard, Connaissances de l’Orient, 1962, 272 pages ;

TAGORE (Rabindranath), La machine (drame en prose, en 1 acte), traduit par F Benoît et A C Chakravarty, présentation Marc Elmer, Paris, Rieder, 1929, 190 pages,

TAGORE (Rabindranath), La maison et le monde (roman), traduction Frédéric Roger-Cornaz, Paris, Payot, 1991, 214 pages ;

TAGORE (Rabindranath), La petite mariée, suivi de nuage et soleil, traduction de Kameleswar et Bhattacharya et Christine Bossenec, Paris, Gallimard, 2004, 128 pages ;

TAGORE (Rabindranath), La religion de l’homme, présentation de Nalini Balmir, de Paris, Bayard, 2017, 335 pages ;

TAGORE (Rabindranath), La religion du poète, traduit par Tougard de Boismilon et A de Anglais, Paris, Payot, 2015, 144 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Le Christ, traduction Dominique Lecroq, postface Laura Santoro, Paris, Brepol, 1995, 163  pages ;

TAGORE (Rabindranath), Le jardinier d’amour suivi de la jeune lune, préface de Jean-Michel Gardair, Paris, Gallimard, Collection Poésies, 1963, 206 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Le naufrage (roman), traduction d’Henriette Mirabaud-Thorens, Paris, Gallimard, 1999, 301 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Le vagabond et autres histoires, traduit du bengali par Christine BOSSENEC et Kamaleswar Bhattacharrya, introduction de Somnath Maitra et préface de Christine Bossenec, Paris, Gallimard, Collection Folio, 1962, 215 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Mashi,  traduction d’Hélène du Pasquier, Paris, Gallimard, Collection l’Imaginaire, 2012, 168 pages ;

TAGORE (Rabindranath), My Life in My Words, introduction d’Uma Dasgupa, New Delhi,  Penguin Viking, 206, 395 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Nationalisme, traducteur Cécil Georges-Bazile, Paris, A Delpeuch, 1924, 161,  pages ;

TAGORE (Rabindranath), Œuvres poétiques, Paris, Club du meilleur livre, 1961, 308 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Poèmes de Kabir, traduction de H. Miraubaud-Thorens, Paris, NRF, 1922, 228 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Quatre chapitres, traduction de France Bhattacharya, Paris, Zulma, 2005, 153 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Reminiscences, London, MacMillan, 1917, 272 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Sâdhanâ (La réalisation du but suprême), Paris, Albin Michel, préface Jean Herbert, 2013, pages ;

TAGORE (Rabindranath), Souvenirs d’enfance, traduit du bengali par Christine BOSSENEC et Rajeshswari Datta, Paris, Gallimard, Collection l’Imaginaire, 1964, 160 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Souvenirs, traduction de E. Pieczynska, Paris, Gallimard, 1986, 226 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Talks in China, Rupa and Company, 2002, 162 pages ;

TAGORE (Rabindranath), Vers l’homme universel, notes de Mme Nicole Balbir, traduction de K. Johnson, Paris, Gallimard, Collection Du Monde Entier, 1964, 368 pages.

2 – Critiques de Tagore

ASLAN (Odette), Rabindranath Tagore, Paris, P. Seghers, 1939, 189 pages ;

BANERJEE (Hiranmay), Rabindranath Tagore, New Delhi, Ministère de l’Information, 2011, 4ème édition, 196 pages ;

Bibliothèque Nationale de France, Rabindranath Tagore (1861-1941), préface de Julien Cain, introduction de Julien Filliozat, Paris, B.N.F, 1961, 149 pages ;

BOSE (Buddhadeva), Tagore, a Portrait of Poet, Calcutta, Papyrus, 1994, 116 pages ;

CHALLAYE (Félicien), «Rabindranath TAGORE, philosophie et poésie», in Les philosophes de l’Inde, Sri Aurobindo Ashram, Pondichéry, Inde, 1956, 330 pages, spéc. pages 230-245 ;

CHAN (François), Rabindranath Tagore (1861-1941),  Paris, textes et documents, 1965, 55 pages ;

CHANDLER (Stéphane), «Rabindranath Tagore», Poésie, mars 1937, n°3, 16ème année, pages 43-59 ;  

CLERMONT-TONNERRE de (Elisabeth) «La fugitive, Rabindranath Tagore», La Revue hebdomadaire, 23 décembre 1922, n°51, 31ème année,    pages 444-454 ;

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Paris, le 13 août 2013 et actualisé le 5 juin 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
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Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1914.
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