Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • Contact

Recherche

4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 21:11
Cet article a été publié dans www.ferloo.com du 4 juillet 2011 rubrique politique.
 
 
La vie du Président Senghor a été un véritable roman, digne d’une œuvre hollywoodienne ; il a été chef d’Etat, homme politique, poète, grammairien, chantre de la Négritude, militant de la francophonie, académicien, docteur honoris causa de 37 universités, ancien combattant et résistant, il a participé à la rédaction de la Constitution de la Vème République en France. Diplomate, député à l’Assemblée Nationale française, il fut Ministre sous la IVème République, sous le gouvernement d’Edgar FAURE. Premier Président d’un Sénégal indépendant en 1960, il a quitté volontairement le pouvoir en 1980.

 

Notre ambition n’est pas de survoler l’héritage de cet illustre personnage aux facettes multiples et particulièrement riches. La problématique générale de cette contribution se veut plus modeste, et est la suivante : dans quelle mesure le Président SENGHOR a-t-il contribué à la naissance et à la consolidation de l’idée de l’Etat dans notre pays ? Quels héritages nous a-t-il légués dans la construction de la Nation sénégalaise ? En particulier, en quoi le Président SENGHOR a-t-il été un visionnaire dans l’édification d’une République sénégalaise laïque, démocratique, pacifique, tolérante et rayonnante dans le monde ?

 

Il n’est pas inutile de rappeler, brièvement, qui était cet homme d’Etat, dont la vie se confond, à bien des égards, à l’histoire de son pays. Né à JOAL, dans la Petite Côte, non loin du Sine Saloum, au Sénégal, le 9 octobre 1906, SENGHOR a fait ses études à la mission catholique de NGAZOBIL, au collège Libermann et au cours d’enseignement secondaire de DAKAR, puis, à PARIS, au Lycée Louis-le-Grand et à la Sorbonne. Il est reçu à l’Agrégation de grammaire en 1935. Tout en enseignant les Lettres et la grammaire au lycée Descartes à Tours (1935 à 1938), il suit les cours de Linguistique négro-africaine de Lilias HOMBURGER à l’Ecole pratique des hautes études et ceux de l’Institut d’ethnologie à PARIS. Nommé professeur au lycée Marcellin Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, en 1938, il fut mobilisé en 1939 et fait prisonnier en juin 1940.

 

Réformé pour maladie en janvier 1942, il participe à la Résistance dans le Front National Universitaire. De 1944 jusqu’à l’indépendance du Sénégal, il occupe la chaire de Langues et Civilisations négro-africaines à l’Ecole Nationale de la France d’Outre-Mer. L’année 1945, marque le début de sa carrière politique, élu député du Sénégal à l’Assemblée Nationale française, il est, par la suite, constamment réélu en 1946, 1951 et 1956. Membre de l’Assemblée Consultative du Conseil de l’Europe, il est, en outre, plusieurs fois délégué de la France à la conférence de l’UNESCO et à l’Assemblée Générale de l’ONU.

 

Secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil, sous le cabinet d’Edgar FAURE entre le 23 février 1955 et le 24 janvier 1956, il devient maire de la ville de THIES, en novembre 1956. Ministre-Conseiller du gouvernement de la République française en juillet 1959, il fut élu le 1er Président de la République du Sénégal, le 5 septembre 1960. Homme de culture, il a organisé le 1er festival mondial des Arts Nègres, en 1966. Réélu président de la République sénégalaise en 1963, 1968, 1973, en 1978, il se démet, volontairement, de ses fonctions, le 31 décembre 1980. Le Président SENGHOR est décédé le 20 décembre 2001, mais il nous a légué un solide héritage qu’il faut conserver et développer, en termes d’indépendance, de conception du pouvoir ou de la Nation sénégalaise.

 

I - La conception d’un Sénégal indépendant :

La liberté dans l’interdépendance

 

L’acte fondateur de la République fut, sans nul doute, le choix pour Léopold Senghor d’appeler à voter « oui » au référendum du 28 septembre 1958 organisé par la France.

Le Président SENGHOR a opté, dès le départ, pour un processus d’indépendance pacifique, des liens privilégiés avec la France, un solide amarrage dans le camp de la liberté, un socialisme démocratique, et maintien de l’unité de l’Afrique.

Cette vision prophétique a, pourtant, été sérieusement contestée, sur le plan interne par le Parti Africain de l’Indépendance, d’obédience communiste, et sur le plan externe, par le Président Sékou TOURE de la Guinée-Conakry.

 

La contestation sur le plan interne et fédéral

Différentes contestations de la conception Senghorienne de l’indépendance eurent lieu, tant au niveau de la Fédération du Mali, qu’au sein de la classe politique sénégalaise.

L’une, première secousse contre la conception Senghorienne de l’indépendance, fut tout d’abord, l’échec de la fédération du Mali. Le Président SENGHOR s’est toujours érigé contre la balkanisation de l’Afrique. Après le referendum de 1958 qui a été largement approuvé par le peuple sénégalais, en janvier 1959, le Sénégal et le Soudan, créent la Fédération du Mali, dont DAKAR devient la capitale. Le malien Modibo KEITA est le Président, Mamadou DIA, le Vice-président, et SENGHOR, le Président de l’Assemblée fédérale. En décembre 1959, le Mali demande et obtient l’indépendance. Le 4 avril 1960 sont signés les accords de transfert du pouvoir de la Fédération du Mali.

Le 19 juin 1960, à minuit, la Fédération du Mali est indépendante et les accords de coopération sont signés avec la France. Mais le 20 août 1960, le Sénégal se retire de la Fédération du Mali. Cet échec est lié aux différences de conception du pouvoir entre SENGHOR et Modibo KEITA, notamment la répartition des postes clés, et surtout le veto opposé de Modibo KEITA à la candidature de SENGHOR à la présidence de la Fédération. Le Président SENGHOR change de Constitution, choisit Mamadou DIA comme Chef de Gouvernement et Lamine GUEYE comme Président de l’Assemblée Nationale.

Sur le plan interne, la vision du Président SENGHOR a été fortement remise en cause par l’opposition communiste. En effet, avant l’indépendance, le Sénégal connaissait déjà le multipartisme et l’opposition avait contesté le referendum de 1958. Ainsi, à la Place actuelle de l’indépendance, le 26 août 1958, devant les porteurs de Pancartes du Parti Africain de l’Indépendance (P.A.I.) et du Parti du Rassemblement Africain (P.R.A.), le général de Gaulle avait déclaré « nous ne contraignons personne, nous demandons qu’on nous dise OUI ou qu’on nous dise NON, nous en tirerons les conséquences ».

Bien après cette échéance, les dirigeants communistes et leurs militants ont continué une mobilisation, parfois violente, autour des slogans comme « MOMSAREW », africanisation des cadres, unité des forces patriotiques. C’est ce contexte de tension que le 31 juillet 1960 eurent lieu les premières élections régionales et municipales sous l’indépendance. A cette occasion, le Parti Africain de l’Indépendance de Majhémout DIOP, qui représentait la gauche radicale, a fortement contesté, l’option de l’indépendance prise par le Président SENGHOR.

Des heurts ont eu lieu, notamment à Mbour, Thiès et surtout Saint-Louis, ville natale de Majhémout DIOP ; de nombreux décès ont été enrelinkgistrés. C’est en raison de ces troubles graves de l’ordre public que le P.A.I. a été interdit par un décret n°60-267 du 1er août 1960, son leader a été emprisonné pour un an. Le PAI a vécu dans la clandestinité de 1960 à 1976, date de l’instauration d’un multipartisme limité au Sénégal.

Le jugement de l’Histoire a été l’échec cuisant du PAI aux élections de 1983 et l’intégration de son dirigeant dans le jeu politique démocratique multi-partisan, tel que l’avait conçu le Président SENGHOR à l’aube de l’indépendance.

Il ne faut oublier que le Président SENGHOR a été également contesté par une partie de son camp. En effet, le referendum de 1958 a provoqué l’éclatement de l’Union Progressiste Sénégalaise entre l’aile radicale, les partisans du NON, c’est-à-dire les indépendantistes comme Abdoulaye LY, Assane SECK, et Amadou Makhtar MBOW qui ont fondé la section sénégalaise du Parti du Rassemblement Africain (PRA) et les partisans du OUI (SENGHOR et Mamadou DIA). Là aussi le peuple sénégalais a tranché, sans ambiguïté le 28 septembre 1958 par le OUI à 97,60% des voix contre 2,40% des voix pour le NON (PRA et PAI). Cependant, fidèle à lui-même, le Président SENGHOR a, par la suite, nommé M. Assane SECK, plusieurs fois à des portefeuilles ministériels (Culture de 1966 à 1968 ; Education nationale de 1968 à 1973 et 1978 à 1981 - Affaires Etrangères 1973 à 1978 ; Equipement 1981 à 1983 sous Abdou DIOUF).

M. Amadou Makhtar MBOW a été Ministre de l’Education Nationale (1966-1968), Ministre de la Culture et de la Jeunesse (1968-1970), Sous Directeur, puis Directeur Général, de l’UNESCO (1970-1987). M Abdoulaye LY, plus intransigeant, a fait la prison entre 1964 et 1965, mais il a fini par rallier le point de vue du Président SENGHOR, pour devenir Ministre de la Santé Publique et des Affaires Sociales entre 1966 et 1970.

 

La contestation externe : le cas guinéen

La contestation la plus énergique du choix du Président SENGHOR est venue d’un pays voisin : la Guinée de Sékou TOURE. M. TOURE, fondateur de la section guinéenne du Rassemblement Démocratique Africain, maire de Conakry, député à l’Assemblée Nationale française, syndicaliste, a toujours eu une phraséologie révolutionnaire. Le général de Gaulle est reçu avec une grande froideur en Guinée ; pire, une vieille dame soulève son pagne sur son passage et crache sur sa voiture.

M TOURE déclarera le 25 août 1958 « il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférerons la liberté dans la pauvreté, à la richesse dans l’esclavage ». Le général de Gaulle lui rétorque que « l’indépendance est à la disposition de la Guinée, mais que la France en tirera les conséquences ». De son retour à Paris, le général précisera « puisqu’ils veulent l’indépendance, eh bien qu’ils la prennent, mais ils n’auront plus un sou ». A la suite du NON du 28 septembre 1958, la Guinée deviendra indépendante le 2 octobre 1958.

Le Président Sékou TOURE s’en prend violemment au Président SENGHOR qui est qualifié, à longueur de journée sur les ondes de la radio guinéenne de « valet de l’impérialisme », de « laquais de l’impérialisme ».

Curieux hasard de l’histoire, ce fougueux, et soit disant intransigeant « révolutionnaire » qu’était Sékou TOURE est mort le 26 mars 1984, dans un hôpital du Cleveland, aux Etats-Unis, le pays du « grand satan ». Après une parenthèse militaire sanglante, la Guinée est revenu dans le camp de la liberté avec l’élection de Alpha CONDE, le 21 décembre 2010.

 

La victoire de la Liberté

La chute du communisme depuis les années 1990 et la victoire du camp de la Liberté, ont validé les thèses défendues dès l’indépendance par le Président SENGHOR. Même si le multipartisme n’est pas la démocratie, il existe toujours des raisons de se révolter contre l’injustice, ce système a connu depuis lors un vif succès en Afrique. Le Sénégal, grâce à cet héritage senghorien, a connu une alternance démocratique en 2000. Il est regrettable que M. WADE n’ait pas saisi cette opportunité pour se hisser au rang d’homme d’Etat et entrer dans l’Histoire.

Pour le Président SENGHOR, la Liberté est indissociable de la République, des idées de justice sociale, sans lesquelles elle n’est qu’un vain mot. En effet, pour le Président Senghor, l’indépendance pacifique conduit sur le long chemin en quête de la dignité, de l’égalité et de la fraternité ; c’est tout le sens qu’il avait voulu donner à son socialisme africain, en privilégiant l’éducation, un moyen d’assurer l’égalité des chances.

 

II - La conception du pouvoir :

une République irréprochable Le refus du pouvoir personnel

 

Un des points majeurs de l’héritage senghorien, c’est le refus du pouvoir personnel ; c’est l’idée que la République doit être diligentée par des règles de droit précises, tant au niveau du fonctionnement de l’Administration, que de la dévolution du pouvoir au sein de l’Etat. Dans ce contexte, le choix des hommes, pour conduire les destinées de l’Etat, doit être fait en fonction, non pas des affinités politiques, amicales ou familiales, mais des critères de compétences. Le Président SENGHOR avait choisi les agents plus qualifiés pour être au service de son cabinet. La République fonctionne à travers une série de règles de procédure, de rites, de symboles ; l’improvisation et le folklore sont bannis.

Le Président SENGHOR avait opté pour un pouvoir laïc débarrassé de toute allégeance servile et coûteuse aux chefs religieux. Dans sa conception du pouvoir, le Président SENGHOR avait établi des règles de compétences précises qui sont dévolues aux Ministres, aux autorités administratives et au Parlement

Il est remarquable de noter que le Président SENGHOR avait introduit une éthique, une probité dans la gestion des affaires de l’Etat qui a fait de lui la référence en matière de République irréprochable. En dépit de sa longévité au pouvoir, son nom n’a été mêlé à aucun scandale financier, personne n’a pu lui reprocher un enrichissement personnel. Encore, mieux, il a inculqué à ses Ministres et à l’Administration, le respect des règles sur les marchés publics ; ce qui nous fait cruellement défaut sous la gouvernance des libéraux.

Le Président SENGHOR a instauré dans un premier temps un régime parlementaire bicéphale, mais qui a conduit à la crise de décembre 1962, puis il expérimenté un régime présidentiel strict avec la suppression du poste de Premier Ministre entre 1962 et 1970, et a enfin établi un régime présidentiel déconcentré entre 1970 et 1980, avant de quitter volontairement le pouvoir.

 

La crise du 17 décembre 1962 : un régime parlementaire bicéphale - deux caïmans dans le même marigot

La première Constitution sénégalaise du 26 août 1960 avait instauré un régime parlementaire, avec un parti unique, du type de la IVème République. Le Président de la République, L. S. SENGHOR, élu par un collège restreint, pour 7 ans, n’avait que des pouvoirs honorifiques, comme ceux de la Reine de Grande-Bretagne. Le Premier Ministre, Mamadou DIA, investi par l’Assemblée Nationale était, en fait, l’homme fort du régime ; « il détermine et conduit la politique de la Nation » et proclame l’article 26 de la Constitution. Cette situation a bien fonctionné entre 1960 et 1962, en raison de la confiance qui régnait entre les deux hommes. Le 17 décembre 1962, Mamadou DIA est renversé par une motion de censure et sera emprisonné, pour « tentative de coup d’Etat » à Kédougou entre 1962 et 1974, avec 4 de ses compagnons, Ibrahima SARR, Joseph M’BAYE, Validiodio NDIAYE et Alioune SARR. Comment interpréter cette crise politique qui a fortement ébranlé pays et la conception Senghorienne du pouvoir ?

Officiellement, le Président SENGHOR avait reproché à Mamadou DIA de « pratiquer une politique de clan. L’appareil administratif était au service du parti dominant et non de la Nation ». La clause de « primauté du Parti » sur l’Etat n’avait pas de base constitutionnelle. En fait, les raisons de cette éviction du Président de Conseil sont ailleurs. Les sources de ce conflit sont à rechercher dans la façon dont DIA avait conduit les relations internationales et surtout sa démarche nationaliste, commençaient à inquiéter SENGHOR.

 

La conduite des relations internationales n’était pas fixée de façon précise. Il en résulte que c’est le Premier Ministre qui se rendait régulièrement à l’extérieur pour rencontrer les chefs d’Etat étrangers ; ce qui accentuait l’isolement du chef de l’Etat et créé ainsi une frustration et donc une tension latente au sein de l’exécutif. Quand on a deux caïmans dans le même marigot cela finit par faire des vagues.

 

La chute de Mamadou DIA est due, également, à son orientation, plus nationaliste que celle de SENGHOR. Le Président du Conseil souhaitait instaurer une politique de « bonne gouvernance » en envoyant en prison tous les Ministres convaincus de détournements de deniers publics, s’ils refusaient de rembourser. Par ailleurs et surtout, Mamadou DIA a affirmé qu’il se conduirait comme « partenaire loyal » de la France, voire un ami, mais qu’il n’a jamais accepté d’être, cependant, « un partenaire inconditionnel, encore moins, un agent de la France fermant les yeux sur les manquements aux engagements contractés ».

 

Mamadou DIA était partisan d’un « socialisme autogestionnaire » comme celui de TITO, et d’un « islam éclairé, moteur du développement ». Mamadou DIA se dit un militant opposé « à la vassalisation du Sénégal » à la France, et à partir de juillet 1961, il a entrepris de nombreux voyages, notamment en Yougoslavie et en Union Soviétique ; cette forme d’intransigeance a fortement déplu à la France. Le Président SENGHOR étant fortement hostile au communisme, n’a pas apprécié ces déplacements qui menaçaient sa vision des relations privilégiées avec la France. Le régime présidentiel strict 1962 - 1970 ou la période de « glaciation »,

La Constitution du 7 mars 1963 instaure un régime présidentiel monocéphale ; le poste de Premier Ministre est supprimé. Une bonne partie des libertés est abolie, avec de nombreuses arrestations et détentions arbitraires notamment entre 1962 et 1965 ; bref, le Sénégal aura vécu une période de « dédiaisation », de « glaciation ». Les partisans de Mamadou DIA sont évincés de l’Etat et une nouvelle garde Senghorienne et rajeunie monte au pouvoir. Le Président SENGHOR a les mains libres, et réussit même, le 14 juin 1966, à fusionner le parti du pouvoir l’UPS et le PRA en une seule entité. Réélu Président de la République en 1968, Senghor décrétera l’état d’urgence avec la grève des étudiants. Les différentes secousses cessent miraculeusement avec les cérémonies de funérailles de maître Lamine GUEYE, président de l’Assemblée Nationale, premier avocat africain. Lors de ses obsèques, le Président SENGHOR a salué la mémoire de celui qui « rassemblait, en sa personne, tous les dons : l’intelligence, l’aisance et la générosité, la culture et l’éloquence ».

La période de 1974 à 1981 : le dégel ou la période de renouveau avant le départ volontaire

En 1973, le SENGHOR, candidat unique à sa succession, se fait réélire pour la troisième fois, Président du Sénégal. Un multipartisme limité, avec le vote de la loi sur les courants, est instauré ; en dépit des critiques, c’est une période de renouveau démocratique. L’UPS devient le Parti Socialiste ; Abdoulaye WADE créé le Parti Démocratique Sénégalais, Majhémout DIOP rétablit le PAI et le professeur Cheikh Anta DIOP tente en vain de faire reconnaître l’Union pour le Renouveau Démocratique.

Ce multipartisme limité avait été précédé de la libération de Mamadou DIA et de tous les prisonniers politiques. C’est une clôture d’une page sombre de l’histoire politique du Sénégal que le Président SENGHOR dit avoir regretté en ces termes « Bien sûr, je le regrette, dit Léopold Sédar Senghor, vous savez il y a 17 ans que je suis avec Mamadou Dia. C’est moi qui l’ai découvert et qui l’ai poussé à franchir les étapes de la carrière politique l’une après l’autre. Je le regrette mais le régime de l’exécutif bicéphale, nous en avons fait l’expérience, est impossible. Que se passent - ils autour du président du conseil et du président de la république ?, des clans rivaux se forment auprès du président du conseil et du président de la république, qui cherchent à les dresser l’un contre l’autre et vous en voyez les conséquences ».

Le Président SENGHOR qui a cependant, le sens de l’histoire, après avoir remporté les élections présidentielles, législatives et municipales de 1978, démissionnera de ses fonctions le 31 décembre 1980, pour céder le pouvoir à son Premier Ministre, Abdou DIOP. Il est rare, hormis le cas de Nelson MANDELA, qu’un chef d’Etat africain quitte volontairement le pouvoir, surtout lorsqu’il est parfaite santé et à la suite d’une victoire électorale. Il est encore plus rare qu’il prépare minutieusement et pacifiquement sa succession. M. WADE s’est séparé de tous ses successeurs potentiels (Macky SALL et Idrissa SECK), son fils n’est pas légitime, dans une République à le succéder. Il serait bien inspiré de ne pas se représenter en 2012.

En définitive, dans sa conception du pouvoir, en dehors du cas du mauvais départ de 1962, le Président SENGHOR a légué au Sénégal une République laïque, démocratique et sociale, débarrassée de tout pouvoir personnel ou népotique. Ces caractéristiques d’un Etat moderne, avec une majorité qui gouverne et une minorité qui s’oppose suivant des règles précises, ont conféré à notre pays une grande stabilité et une paix sociale. Le choix après 2012, de l’opposition si elle remportait les élections présidentielles, c’est de consolider ce choix du président SENGHOR en instaurant un régime semi-présidentiel du type de la Vème République.

 

III - La conception de la Nation sénégalaise :

La République du respect et de la compréhension mutuelle

 

Le Président SENGHOR a été le fondateur de la Nation sénégalaise. La Nation est une communauté humaine ayant une conscience d’être unie par une identité historique, culturelle ou religieuse. La Nation est davantage une construction idéologique qu’une réalité concrète ; ce qui explique la difficulté de lui donner une définition pleinement satisfaisante. Je souscris entièrement à la définition qu’en donne Ernest RENAN, à savoir que la Nation « c’est le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ».

Le Sénégal étant à plus de 96% musulman, le Président SENGHOR, issu d’une minorité ethnique (les Sérères) et religieuse (les catholiques) a su préserver cet héritage du « vouloir vivre en commun », en négociant habilement et prudemment l’indépendance, en instaurant une paix sociale entre les différents groupes ethniques, en faisant fructifier l’héritage démocratique ancré dans ce peuple de longue date. En Afrique, bien des Etats qu’on pensait solides et stables comme la Côte-d’Ivoire, ont raté le virage de la construction nationale, et sont confrontés à des tensions ethniques graves. D’autres Etats, à défaut de disparaître, se sont empêtrés dans des conflits ethniques ou régionaux qui rendent le quotidien de la population très difficile.

 

Un des puissants leviers utilisés par le Président SENGHOR, dans la construction de la Nation sénégalaise, a été sans doute la place de l’éducation dans sa politique. Le Budget de l’Education Nationale, représentant plus du tiers de celui de l’Etat, a permis le brassage de personnes d’origines diverses, et favorisé la compréhension mutuelle. L’école a été des moteurs de l’intégration des différentes ethnies dans le moule de la Nation. Le choix de la langue française, comme langue officielle du pays, et la place que le Président SENGHOR accordait à la culture, ont contribué à une compréhension mutuelle et à l’édification d’une République du respect.

 

Le Président SENGHOR a lui – même donné l’exemple, à travers la composition de ses différentes équipes gouvernementales qui ont toujours reflété la diversité de la société sénégalaise. Certes, la question de la Casamance, et celle des contrées périphérique comme le Fouta et le Sénégal Oriental n’ont pas été résolues de façon satisfaisante. Cependant, la place de la décentralisation dans la construction nationale n’a pas, non plus, été négligeable. L’unité de l’Etat est préservée, mais chaque échelon local peut participer à la gestion des affaires.

 

Conclusion : Nous avons tous le devoir, quelque soit notre choix politique, préserver et consolider cet héritage que le Président SENGHOR a laissé au Sénégal et au continent africain, pour que vive la République.

 

Paris, le 4 août 2011

 

Par Amadou Bal BA, Paris 19ème

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Liens