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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 17:52

A l’issue du Congrès de Tours, quand Socialistes et Communistes se sont séparés, Léon BLUM (1872-1950) avait lancé cette formule «Pendant que vous irez courir l'aventure, il faut que quelqu'un reste garder la Vieille Maison». Entre Socialistes et Communistes, quel jugement de l’Histoire, cent après ?

Du 25 au 30 décembre 1920, le Congrès de Tours s’est inévitablement achevé dans la scission. La tendance communiste avait choisi de faire allégeance aux Bolchéviques qui avaient pris le pouvoir en Russie en 1917. Au sortir de la Première guerre mondiale, et en dépit de la profonde crise, la SFIO avait du mal à formuler des propositions alternatives crédibles de sortie de crise. Les Communistes ont été les seuls à soutenir la première lutte de libération en Afrique, celle dirigée par Abdelkrim, dans le Rif marocain (voir mon article). Dans un texte du 26 juillet 1920, Lénine impose 21 conditions préalables pour l’adhésion des sections socialistes françaises à la nouvelle Internationale Communiste (Komintern), une stratégie révolutionnaire, notamment à la fidélité absolue à savoir «la rupture avec la tradition réformiste».

Marcel CACHIN (1869-1958), Directeur de l’Humanité et un des futurs artisans du Front populaire en 1936, est venu appuyer l’adhésion aux principes posés par Lénine : «Ce fait immense de la Révolution russe doit-être, camarades, présent à toutes nos pensées; il doit si on sait le comprendre, influer de manière décisive, sur les résolutions de cette assemblée. (...)On nous demande de faire un parti solidement organisé, totalement centralisé, vigoureusement dirigé. C’est une innovation, cela je le confesse. Les Russes l’ont fait chez eux ; ils nous ont donné l’exemple qu’il faudra suivre. (...) C’est une nécessité à l’heure où des événements intérieurs graves peuvent solliciter l’action de la classe ouvrière française.(...) .Nous avons le devoir de modifier d’urgence les statuts de notre Parti, et d’imposer (...) à tous ceux qui prétendent servir utilement et totalement le Parti, des devoirs précis, stricts, sévères» dit-il dans sa plaidoirie du 27 décembre 1920. Dans son intervention au congrès, le 28 décembre 1920, Ludovic-Oscar FROSSARD (1889-1946), en faveur de l'adhésion. «Le Parti décide d’entrer dans l’Internationale communiste qui coordonne les efforts de toutes les organisations prolétariennes révolutionnaires et dirige leur action libératrice. [...] Tous les éléments non encore acquis au communisme doivent être écartés de ces organismes et [...] des postes comportant des responsabilités. [...] Le Parti est résolu à observer les décisions de l’Internationale communiste et de son comité exécutif. [...] Le Parti décide d’entreprendre une propagande persévérante dans toutes les organisations prolétariennes(syndicats, coopératives et autres groupements) en vue de les gagner au communisme. [...] À dater du Congrès, le Parti se nommera Parti socialiste, Section française de l’Internationale communiste» souligne la volonté de la tendance communiste, largement majoritaire à ce Congrès. Ludovic-Oscar FROSSARD sera le premier Secrétaire général du futur Parti communiste, tout en déclarant sa fidélité à «la tradition socialiste», tacticien et opportuniste, il «ne peut à aucun degré nous condamner à nous figer dans l’immobilité du dogme». FROSSARD votera les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN, le 10 juin 1940 et deviendra un de ses ministres, à Vichy. Le journal l’Humanité, fondé par Jean JAURES, devient l’organe officiel de ce jeune parti. Du côté syndical, la CGT opère quant à elle sa scission en 1921, mais seule une minorité de militants rejoint le camp communiste, fondant la CGTU (CGT Unitaire). Les autres syndicalistes demeurent fidèles à l'esprit de la Charte d'Amiens de 1906, qui leur enjoint de demeurer hors de toute affiliation politique.

C’est Léon BLUM, au nom des Socialistes, minoritaires au Congrès : dénonce avec lucidité l'illusion d'une révolution violente dans le contexte français et le caractère totalitaire de l'Internationale communiste : «À notre avis, [l’adhésion à la IIIe Internationale] repose sur (...) une espèce de vaste erreur de fait, qui a consisté à généraliser, pour l’ensemble du socialisme international, (...) une expérience particulière et locale, l’expérience de la Révolution russe elle-même. (...)Que sera le parti nouveau que vous voulez créer ? (...) C’est au sommet un comité directeur de qui tout doit dépendre, c’est une sorte de commandement militaire formulé d’en haut et se transmettant de grade en grade, jusqu’aux simples militants. [...] Vous ce n’est plus l’unité que vous recherchez, c’est l’uniformité. (...)C’est pour cela qu’on prévoit des épurations périodiques. (...)Est-ce là le parti que nous avons bien connu? Non ! Le Parti que nous avons connu, c’était l’appel à tous les travailleurs (...) Quel est l’objet que le parti socialiste jusqu’à présent se donnait à lui-même ? C’est la transformation du régime économique. Lisez l’article dans lequel l’Internationale définit son but. Quel est ce but ? La lutte à main armée contre le pouvoir bourgeois. (...) Il y a opposition et contradiction formelles entre ce qui a été jusqu’à présent le socialisme et ce qui sera demain le communisme» dit le leader socialiste, le 27 décembre 1920.

Sous la Troisième République, c’est le Parti radical qui dominait la vie publique. Aussi, en dépit des divergences politiques graves en Socialistes et Communistes, ils étaient obligés de s’allier à des moments importants de l’histoire de France. En 1919, la victoire de des forces dites «Bloc national» consacrait une coalition de partis de droite et du centre qui souhaitent prolonger «l’Union sacrée» du temps de guerre une volonté de reconstruction d’un pays dévasté et par l’acharnement sur l’adversaire allemand. Cependant, la gauche, animée par un désir du maintien de la paix et du règlement de la question sociale, n’avait pas pu peser dans le débat politique. Le «Cartel des Gauches», sans les Communistes souhaitant la conquête révolutionnaire du pouvoir et l’abolition du capitalisme, verra le jour le 11 mai 1924. En effet, la scission de la S.F.I.O. entre socialistes et communistes, lors du congrès de Tours de décembre 1920, permet d’envisager l’alliance entre socialistes républicains et un parti radical-socialiste reconstitué autour des valeurs clefs de laïcité et de justice sociale. La victoire de la gauche est aussi nette que l’avait été celle du Bloc national ; mais la majorité composite est bien fragile. Edouard HERRIOT (1872-1957), un radical-socialiste, affronte ce qu’on a appelé «le mur de l’argent» ; les 200 familles les plus riches de France, par défiance, font pression à la Banque de France pour refuser les avances de l’Etat. Les déficits financiers et la panique budgétaire s’installe en raison d’une propagande sophistiquée contre le «Cartel des Gauches» lancée par la Fédération nationale catholique. En raison de cet échec, Raymond POINCARE (1860-1934), un homme de droite est rappelé, le 23 juillet 1926, au poste de président du Conseil. Il rassure les milieux financiers et rétablit l’équilibre financier et la confiance pour le milieu des affaires.

En dépit de cet échec en demi-teinte du «Cartel des gauches», un événement retentissant va résonner dans le paysage politique français, ce sont les journées du 6 février 1934, des ligues factieuses d’extrême-droite ont failli prendre le pouvoir. La crise de 1929 venait de produire des effets désastreux. Une loi du 10 février 1936 permettant de dissoudre les ligues factieuses, mais en réalité et comme de nos jours avec la loi sur le séparatisme, il s’agit de réprimer diverses associations réclamant l’indépendance en Afrique (Algérie, Cameroun, Madagascar) en Asie (Vietnam). Contrairement aux Socialistes, toujours absents des luttes sociales ou politiques, les Communistes soutenant les mouvements de libération, ont tout de suite perçu le danger. Aussi, une stratégie commune de lutte entre les concurrents Socialistes et Communistes est établie en vue d’un «Front populaire», lors du 2ème tour des législatives du 3 mai 1936, une coalition conduite par Léon BLUM et négociée avec le communiste Maurice THOREZ (1900-1964) et le radical de gauche, Edouard DALADIER (1884-1970). Ce scrutin se déroule dans un fond de vastes revendications syndicales de plus de 2 millions de personnes, avec occupation d’usines, de chantiers et de magasin. Le gouvernement du «Front populaire» décidera de mesures exceptionnelles, encore en vigueur, notamment, des augmentations de salaires, l'élection de délégués ouvriers dans les usines, l'établissement de contrats collectifs et non plus individuels, les congés payés, la semaine de 40 heures, des nationalisations (usines d’armement) et la création d’un office interprofessionnel de blé. La Gauche rime avec l’espoir. Dans les colonies africaines, plongées depuis longtemps dans la longue nuit de l’esclavage et de la colonisation, un puissant vent de liberté souffle. Mais le chômage ne cesse de monter, en dépit d’une dévaluation du Franc. Aussi, Léon BLUM décrète «la pause» le 13 février 1937. Irrésolu devant la conduite à tenir face à la guerre civile en Espagne avec ses 500 000 réfugiés, Léon BLUM est contraint à la démission le 21 juin 1937. Remplacé par Camille CHAUTEMPS (1885-1963), il reviendra, brièvement, au pouvoir, avec un gouvernement d’union le 13 mars 1938. Mais déjà la Nazisme est triomphant. De nombreux communistes seront expulsés du Sénégal, après le Front populaire ; la chappe de plomb retombe sur l’Afrique.

A la Libération, et cela a été occulté, le premier parti de France, c’était le Parti communiste, «un Parti des fusillés». Par conséquent, contrairement à une certaine propagande, Charles de GAULLE (1890-1970) ayant perdu les élections après la Seconde guerre mondiale a été profondément vexé et s’est retiré à Colombey-les-Deux-Eglises.  Cette période est marquée par le droit de vote des femmes et une nouvelle Constitution, celle de la IVème République (1947-1958), la plus démocratique qu’ait jamais connue la France et dont le préambule a été repris intégralement dans la Constitution de la Vème République encore en vigueur. D’importantes conquêtes sociales majeures, à travers le programme du Conseil national de la Résistance dit «les Jours Heureux» du 15 mars 1944, mis en oeuvres notamment à travers la sécurité sociale sous Ambroise CROIZAT (1901-1951). Cependant, Socialistes et Communistes vont encore s’affronter sur deux terrains épineux : la Guerre froides et les guerres coloniales. En effet, dans sa démarche internationaliste, et depuis Abdelkrim, les Communistes soutiennent les peuples colonisés en lutte. Or, à la Libération de graves crimes contre l’Humanité sont les colonisés (Massacres de Tirailleurs sénégalais en décembre 1944, de Sétif en Algérie le 8 mai 1945, de plus de 100 000 Malgaches en 1947, Indochine etc). Les Socialistes s’en accommodent,  Guy MOLLET (1905-1975) et François MITTERRAND (1916-1996) réprimeront durement les indépendantistes. L’instabilité gouvernementale sous la IVème République n’était pas due à la faiblesse de la IVème République, mais à l’incapacité de la classe politique française d’apporter des solutions adéquates aux revendications des colonisés, en termes d’égalité, de justice, voire d’indépendance. Par ailleurs, l’alliance entre Communistes et Socialistes a été brisée par Paul RAMADIER (1881-1961), un socialiste moral et humaniste, originaire de l’Aveyron et qui refusera la confiance au maréchal Philippe PETAIN (1856-1951). Le 5 mai 1947, les ministres communistes ayant voté contre la confiance au gouvernement auquel ils appartenaient, Paul RAMADIER met fin à leurs fonctions, excluant ainsi le Parti communiste du jeu politique pour plusieurs décennies. Désavoué par la direction du Parti socialiste conduite par Guy MOLLET, il résiste à cette pression en refusant de démissionner. Paul RAMADIER finira par démissionner le 19 novembre 1947, tout en recherchant «une Troisième force», une alliance sans les Communistes, où la Droite et les Socialistes remettent en cause les statuts des mineurs, des gaziers et électriciens, des cheminots et des travailleurs de Renault, et entament la guerre d’Indochine, en abandonnant les demandes de réparations à l’Allemagne pour les dommages de guerre.

Pendant longtemps Socialistes et Communistes seront écartés du pouvoir, Charles de GAULLE, revenu au pouvoir en juin 1958, et ses successeurs Georges POMPIDOU (1911-1974) et Valéry GISCARD d’ESTAING (1926-2020), triompheront pendant les «Trente glorieuses». Pendant cette époque, Guy MOLLET avait conduit le Parti socialiste au désastre et à la marginalisation ; il sera débarqué au Congrès d’Epinay, au gymnase Léo Lagrange des 11-13 juin 1971, François MITTERRAND ayant entamé de rassembler tout son camp. Les dirigeants communistes encore puissants été encore handicapés par leur alliance depuis 1920 avec les Russes, en dépit de la déstalinisation engagée de longue date : «Le bilan est globalement positif. Le socialisme a supprimé l'exploitation de l'homme par l'homme, a résolu des problèmes comme la faim, l'analphabétisme, le sous-développement. Il a permis des avancées dans les domaines du sport, de la culture, et, à un pays comme l'URSS, de se doter d'une industrie et d'une agriculture modernes, malgré toutes les insuffisances» avait dit Georges MARCHAIS, au XXIIIème congrès du Parti communiste, le 9 mai 1979.

François MITTERRAND construira avec les Communistes, une solide alliance qui conduira à la victoire du 10 mai 1981. Il voulait affaiblir le Parti communiste et prendre 5 millions de voix à ce parti, encore puissamment implanté dans des villes ouvrières de la proche banlieue parisienne, «la ceinture rouge». François MITTERRAND avait gauchi son programme «Changer la vie», tel est son slogan du programme commun de la Gauche. En dépit du contexte de Guerre froide et des menaces de l’Oncle Sam, François MITTERRAND prendra, le 23 juin 1981, quatre Ministres communistes (Charles FITERMANN, Anicet Le PORS, Jack RALITE et Marcel RIGOUT) qui feront un travail exceptionnel et marquant de 1981 à 1984. Certains disent que la Gauche de cette époque avait réalisé plus de réformes qu’à la Libération : «En ce qui me concerne, j’étais très heureux de cette victoire de mai 1981. Et pour moi, qui étais encore très jeune à la Libération, ce fut le grand moment politique de ma vie. Pour la première fois, les forces populaires connaissaient un grand succès électoral. Je sais bien qu’aujourd’hui on parle d’une époque où l’on se berçait de grandes illusions. Mais moi, je pense qu’il en faut, de ces grands rêves. On ne fait pas progresser un pays sans un grand projet et sans grandes espérances. Quant à la mythologie du « grand soir », elle existait encore un peu en 1981, mais surtout au sein de la droite, qui était en proie à la panique, plutôt qu’à gauche, où les gens, s’ils éprouvaient beaucoup de fierté, avaient bien conscience que ce serait difficile» dit Charles FITERMAN, Ministre des Transports (remboursement de 50% du titre de transport). «J’avais l’impression de participer à un niveau beaucoup plus élevé que d’habitude au changement pour lequel je mettais engagé il y a longtemps et qui tardait à venir J’étais adjoint au maire à Aubervilliers, une ville rude mais tendre. Il faut bien dire que notre arrivée faisait peur à certaines personnes, qui voyaient déjà les chars de l’Armée rouge sur les Champs-Élysées !» dit Jack RALITE (1928-2017). «Nous avions conscience que le combat serait dur. Mais nous avions aussi la conviction qu’il fallait prouver que nous étions capables d’être des hommes de gouvernement et de conduire les réformes. Je crois que nous nous y sommes employés tous les quatre» dit Marcel RIGOUT (1928-2014). Le statut de la fonction publique a été modernisé et démocratisé : «Sans faire preuve d’autosatisfaction, je pense avoir réussi, tout d’abord, à moderniser le statut des fonctionnaires de l’État, en y introduisant des notions qui étaient jusque-là purement jurisprudentielles (droit de grève, liberté d’opinion, droit de négociation pour les organisations syndicales). J’ai créé, ensuite, la troisième voie d’accès à l’ENA, celle réservée aux syndicalistes, aux élus et aux dirigeants d’associations, puis étendue aux agents publics des collectivités territoriales, des établissements publics hospitaliers et de la recherche. En revanche, j’ai moins bien réussi sur le terrain des réformes administratives. François Mitterrand, semble-t-il, n’admettait pas qu’un ministre communiste de la Fonction publique puisse s’atteler à la lutte contre la bureaucratie. Pour lui, il fallait qu’il reste le ministre des fonctionnaires, et donc des bureaucrates. J’avais notamment envisagé d’élaborer une charte entre l’administration et les citoyens. François Mitterrand et ses services n’ont pas cessé de combattre ce projet, qui s’est terminé sous la forme d’un décret croupion du 23 novembre 1983, qui a disparu depuis. Cette question était à l’évidence un enjeu politique qui m’a échappé» dit Anicet LE PORS.

Le 19 juillet 1984,  l’arrivée de Laurent FABIUS, au poste de Premier ministre, met fin au mandat des Ministres communistes qui s’en tiennent à «une participation constructive». Léon BLUM, en 1945 avait fixé le cap pour les Socialistes : «Il faut que nous montrions tout à la fois que nous sommes toujours le même Parti socialiste et que nous sommes en même temps un Parti socialiste renouvelé, rajeuni, transformé» disait-il. Or, la trajectoire des Socialistes a souvent oscillé entre «l’ambition et le remord» suivant le titre d’un ouvrage de BERGOUNIOUX et Gérald GRUNBERG, un discours de gauche dans l’opposition, et une pratique libérale au gouvernement. L’honneur d’un gouvernement de gauche, c’est de laisser dans l’Histoire des traces éblouissantes. Les élections législatives de 1993 ont été un désastre pour les Socialistes. A la suite d’une dissolution du Parlement, mal avisée du président CHIRAC (1932-2019), M. Lionel JOSPIN avait inauguré, sans les Communistes, un gouvernement de «Gauche plurielle» et fait un travail remarquable. Cependant, Lionel JOSPIN insista sur le fait que l'Etat ne pouvait pas tout faire et tenta de résoudre les contradictions que générait l'action gouvernementale en économie de marché pour un parti antilibéral en mettant en évidence une nouvelle distinction : «Oui à l'économie de marché et non à la société de marché» dit-il. Lionel JOSPIN dira, fort malencontreusement, en vue des présidentielles de 2002 : «mon projet n’est pas socialiste» et refusera de se rendre aux obsèques de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001). On connaît la dramaturgie du 21 avril 2002, le candidat Lionel JOSPIN étant éliminé au 1er tour des présidentielles, au profit de Jean-Marie LE PEN, chef du Front National.

Quel jugement de l’Histoire ?

En 1920, Léon BLUM avait, en substance, lancé aux Communistes à cette bravade, «vous êtes partis, mais nous resterons pour garder la Vieille Maison !».

Nos amis de 1917, les Communistes ont toujours été de très fidèles et loyaux alliés des Socialistes. A chaque fois leur participation à un gouvernement d’union de la Gauche, en 1936, en 1947 et en 1981, s’est traduite par des réformes éblouissantes et durables pour un progrès social. Cependant, force est de remarquer que le Parti communiste est en état de mort presque clinique. Robert HUE, avec ses défilés de mode à la Place Colonel Fabien, avait accentué la crise du PCF : «Je pense qu'il y avait des zones d'ombre, très fortes, dominantes mais qu'il y avait un certain nombre d'aspects positifs qui étaient mineurs par rapport à l'ensemble (...). Nous avons eu tort de ne pas nous séparer plus tôt de ce modèle (...). C'était une erreur» avait dit Robert HUE. Les dernières élections municipales ont été traduites par une perte de villes communistes importantes comme Champigny-sur-Marne, Saint-Denis et Aubervilliers, ville de Jack RALITE.

Les Communistes ont su toujours rebondir dans les grands moments et renaître tel un phénix. L’Histoire de notre temps est marquée par l’avancée des idées d’extrême-droite menaçant la République. Le président MACRON, dans sa stratégie vichyste, négrophobe et islamophobe a choisi, comme en 1940, le camp de la honte du déshonneur. Traditionnellement les Socialistes sont absents des grands combats syndicaux, sociaux ou de défense de la République.

Le Parti socialiste qui était au centre de la vie politique a failli disparaitre en 2017. En effet, la présidence de François HOLLANDE a été particulièrement désastreuse pour le Parti socialiste. «Le changement, c’est maintenant » avait promis François HOLLANDE qui se voulait « un président normal ». Le changement est arrivé, mais pas celui qu’on attendait, avec ce funeste projet de loi sur la déchéance de la nationalité qui lui collera aux baskets, toute la vie. Et son premier ministre, Manuel VALLS qui voulait débaptiser le Parti socialiste. Jean-Luc MELENCHON avait déjà quitté le navire, pour récupérer les électeurs de son ancien parti. Dans ces trahisons, Emmanuel MACRON que personne n’a vu venir, dans son «Ni de Droite, ni de Gauche» a débauché, bien des Socialistes tièdes et carriéristes. Finalement, Socialistes et Communistes ont actuellement un triste point de convergence : leurs Secrétaires généraux, M. Olivier FAURE et Fabien ROUSSEL sont d’illustres inconnus du grand public, confinés dans la stricte clandestinité comme en 1940.

Cependant, les forces de Gauche ont renoué avec la victoire aux dernières municipales avec la stratégie d’Union de la Gauche ; le Parti socialiste allié aux Ecologistes s’en est bien tiré.  Cette union, si elle résistait aux régionales et aux départementales de juin 2021, sera un puissant point d’appui, pour gagner aux présidentielles de 2022, j’espère avec une femme pour la première fois présidente, Mme Anne HIDALGO.

Références bibliographiques

BERGOUNIOUX (Alain), GRUNBERG (Gérard), L’ambition et le remords, les Socialistes français au pouvoir (1905-2005), Paris, Fayard, 2005, 616 pages ;

BERSTEIN (Serge), «L’argent et le pouvoir», Revue d’histoire moderne et contemporaine, juillet-septembre 1978, pages 487-499 ;

BLUM (Léon), Le Congrès de Tours, le Socialisme à la croisée des chemins : 1919-1920, Paris, Gallimard, 1919, réédition 2020, pages ;

BUTON (Philippe), «L’éviction des Ministres communistes», L’année 1947, 1999, pages 339-355 ;

GIRAULT (Jacques), «Le sens des mots ou retour sur le Congrès de Tours», Le mouvement social, oct-déc 2000, vol 93, pages 89-106 ;

GIRAULT (Jacques), 1920 Le Congrès de Tours, Paris, Messidors, 1990, 190 pages ;

GIRAULT (Jacques), Les héritages du Congrès de Tours 1920-1990, Paris, Carrefours de la pensée, 1992, 200 pages ;

KRIEGEL (Annie), Aux origines du communisme français, 1914-1920 : contribution à l’histoire du mouvement ouvrier français, Paris, Mouton, 1964, 466 pages ;

KRIEGEL (Annie), Le Congrès de Tours (décembre 1920), Paris, Julliard, 1964, 258 pages ;

KRIEGEL (Annie), Les Communistes français, essai d’ethnographie politique, Paris, Seuil, 1968, 320 pages ;

L’Humanité, «Il était une fois quatre ministres communistes dans le gouvernement Mauroy», Le Journal l’Humanité,  7 juin 2013 ;

MARCHELESI (Jean-Baptiste), Le Congrès de Tours (décembre 1920), Paris, Le Pavillon, Roger Maria éditeur, 1971, 357 pages ;

MONNIER (Frédéric), «Cartel des Gauches et gouvernements radicaux (1924-1926 et 1932-1936)», Histoire des Gauches en France, 2005, pages 227-237 ;

Parti Socialiste, (SFIO), 18ème congrès national tenu à Tours 26-30 décembre 1920, Paris 10ème, 1921, SFIO, 604 pages, spéc intervention de Ludovic-Oscar Froissard, pages 235-238 et spéc discours de Léon Blum  pages 243-251 ;

PERSON (Yves), «Le Front populaire au Sénégal (mai 1936-octobre 1938)», Mouvement social, avril-juin 1979, pages 77-101 ;

ROCARD (Michel), Si la Gauche savait, entretien avec Georges-Marc Benamou, Paris, Robert Laffont, 2005, 485 pages ;

THOREZ (Maurice), 1920-1935, Du Congrès de Tours au Front populaire : Le Parti communiste ses luttes, ses principes, ses mérites, ses progrès, Paris, Discours salle Wagram, 26 décembre 1935, 36 pages.

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