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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 17:14

Dans les échanges des 10, 11 et 12 septembre 2020 entre la junte et le mouvement M. 5, c’est une grave crise de confiance. En effet, dans un communiqué du 12 septembre 2020, le Mouvement M 5 reproche à la junte «la volonté d’accaparer et de confisquer le pouvoir du peuple au profit du CNSP ; les méthodes employées affaiblissent gravement le processus de transition» dit Choguel MAIGA, le porte-parole du M5. Ce mouvement estime que le projet de transition, lu par la junte à la clôture des négociations avec les forces vives du Mali, «ne reflète pas le point de vue et les décisions du peuple malien» précise Choguel MAIGA. En particulier, le document final de la junte n’est pas conforme aux différents échanges :

  • Sur le rôle historique du M. 5 et des martyrs des 10-12 juin 2020 (23 manifestants tués, plus de 150 blessés) dans la chute du régime d’IBK et la lutte du peuple malien pour le changement ;

  • Le choix majoritaire du changement, pendant la transition, dirigée par une personnalité civile ;

  • Le choix d’un Premier ministre civil de transition.

Par ailleurs, la junte a rajouté dans le document final des points qui n’ont jamais été évoqués lors des échanges :

  • Prérogatives du Vice-président de transition ;

  • Composition des collèges et modes de désignation du Président de la transition ;

  • L’acte fixant les clés de répartition du pouvoir entre les différentes composantes du CNSP et du Mouvement M  5.

Le M5 «condamne» la non-prise en compte «unilatérale» de la part de la junte, de nombreux points évoqués, sans rejet, ni réserves ou observations d’aucun participant, et qui ont donc fait l’objet d’un consensus :

  • Les Assises nationales sur la refondation ;

  • L’organe de gestion de la veille pendant la transition ;

  • Le Haut conseil consultatif ;

  • Une cour des comptes ;

  • Les dispositions à valeur constitutionnelle, pour la promotion et la responsabilisation, aux fonctions électives et nominatives, ainsi que  des femmes, des personnes handicapées et des jeunes ;

  • L’autorité de régulation de la communication audiovisuelle ;

  • La prolongation de la durée de la garde à vue des personnes poursuivies pour des faits de terrorisme ou d’atteinte à la sûreté nationale ;

  • La nomination à certains postes administratifs ou financiers impliquant la gestion de fonds publics, par décret en conseil des ministres ;

  • La reconnaissance des mécanismes traditionnels de règlement des litiges, fondés sur les us et coutumes des différentes communautés.

Le M 5, à travers son porte-parole, Choguel MAIGA, ne mâche pas ses mots et «dénonce les intimidations, les pratiques antidémocratiques et déloyales du CNSP, dignes d’une autre époque contre lesquelles la lutte pour le changement et la refondation a été enclenchée le 5 juin 2020».

L'irruption soudaine et inattendue de la Junte militaire au Mali, le 18 août 2020, a soulevé à la fois des espoirs très mesurés, mais aussi des inquiétudes.

Le colonisateur français, arque bouté aux anciennes méthodes de la Françafrique, sûr de l'efficacité de la méthode répressive et du soutien inconditionnel à IBK, n'a pas vu venir ce coup d'Etat. Puis, dans son réalisme la France, compte tenu du discours rassurant et mesuré de la junte, a envoyé la CEDEAO pour la pérennisation de ses intérêts. On connaît la formule «diviser pour mieux régner», en opposant des Africains à d’autres Africains. Dès le départ, la junte a privilégié les négociations sur la transition, avec des anciens dignitaires du régime, afin d’isoler une partie du mouvement M. 5, notamment Choguel MAIGA et l’Iman Mahmoud DICKO, jugés «radicaux».

Le peuple malien, sans s'interroger sur la transition, dans l'ivresse de la chute de IBK, a préféré jubiler, piller les anciens palais et se baigner dans la piscine de Karim KEITA, le fils de son père symbolisant, par sa cupidité et ses détournements, le profond rejet de l'ancien régime, pour sa mal-gouvernance.

Le groupe M5, dont la désobéissance civile depuis le 5 juin 2020, et qui en a payé le prix fort (arrestation des dirigeants, 23 morts et plus de 150 blessés), a contribué, décisivement, à la chute de IBK. «Le changement du 18 août 2020 est l’aboutissement de la lutte héroïque du peuple malien» estime le mouvement M 5. Mais cette victoire a un goût amer, puisque c'est la junte militaire qui a déposé pacifiquement IBK et a pris les rênes du pouvoir.

Le Comité national de salut public (CNSP) s'était engagé, en concertation avec toutes les forces de la Nation, dont le M5, pour une large concertation en vue de la transition. L'examen de la stratégie des coups d'états militaires en Afrique, des 60 dernières années, montre que, dans un premier temps, les militaires entendent, par un "Comité de salut public", rassurer la population. Une fois après avoir consolidé leurs assises, ils refusent de restituer le pouvoir  aux civils. Ainsi, tout récemment au Soudan, à la suite de la chute de Omar EL-BECHIR, il a fallu de nouvelles et vigoureuses manifestations pour que les militaires acceptent de négocier. Au Mali, le général Moussa TRAORÉ, est resté 23 ans au pouvoir.

Tout récemment la junte avait commencé, par des nominations essentiellement de militaires, à distribuer les prébendes ; ce qui a sérieusement irrité les représentants du mouvement M5, s'estimant trahis par les militaires. Il y a donc des craintes légitimes que la junte militaire ne vole la victoire du Mouvement M. 5, qui ne doit plus rester en marge de la transition. Les débats, au sein du Comité stratégique du M5 quant à la conduite à adopter à l'égard du CNSP, ont été souvent passionnés et houleux. Cependant la raison, la clairvoyance et l'esprit de dialogue, ainsi que l'intérêt du Mali ont prévalu. L'imam DICKO et Choguel Kokalla MAIGA ont insufflé au M 5 une bonne conduite à tenir : «Au départ le M5 avait fait preuve d’humilité et de retenu. Nous avions le choix de descendre dans la rue pendant des jours, pour montrer que c’est notre victoire, et par la même occasion mettre la pression sur le CNSP. C’est ce qui s’est passé dans d’autres pays. Au Soudan, il en a été ainsi. L’autre attitude était de nous dire que le CNSP est venu pour organiser une transition politique civile. Au rassemblement du 21 août, le CNSP a redit qu’il a parachevé l’action du M5. A partir de cela, tout le monde sait que le M5 est le principal acteur du changement au Mali. On ne reprend pas les manifestations, on laisse le CNSP calmer le jeu, puis on se remet à travailler sur la transition» dit Choguel MAIGA, porte-parole du M5. C’est un changement de régime pacifique et le CNSP a entrepris de bonnes opérations de maintien de l’ordre.

Choguel Kokalla MAIGA a indiqué qu'une rencontre, dans un climat constructif, a eu lieu entre le M5 et le CNSP les 26 et 29 août 2020 à l'effet de discuter sur les :

- organes et la conception de la transition ;

- leur pouvoir et missions de ces organes ;

- et la durée de cette transition.

Pour l’instant et à l’issue des négociations des 10, 11 et 12 septembre 2020, c’est une grave crise de confiance et de défiance du M  5 à l’égard de la junte militaire. Comment s’en sortir ?

On n’a, pour l’instant, aucune nouvelle de Soumaïla CISSE, l’opposant enlevé la veille des législatives.

Dans tous les cas, la réussite de la transition au Mali comporte plusieurs enjeux :

Tout d’abord, pour les Maliens eux-mêmes, qui ont souffert des 23 années de régime militaire de Moussa TRAORE et des années noires d’IBK. Le Mali pourrait entrer, une nouvelle fois dans la turbulence, si les manifestations de désobéissance civile reprenaient.

Ensuite, des peuples africains sont en lutte notamment en RCI et en Guinée pour recouvrer leur liberté. Au Togo, depuis les troubles du Mali, il sembleraient de nombreux généraux auraient été assassinés.

Enfin, la réussite de la transition serait une bonne occasion pour la France de réévaluer sa politique coloniale en Afrique, ne plus soutenir ces régimes monarchiques et préhistoriques qui créent de l’instabilité, et s’engager dans une coopération, mutuellement avantageuse.

Une situation qui oscille entre menaces et espoirs, à suivre, très attentivement.

Paris le 4 septembre 2020, actualisé le 13 septembre 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 


 

«Mali : Vers quelle transition ? dans quels délais ? Et quelle sera la place du Mouvement M  5 ?»par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Mali : Vers quelle transition ? dans quels délais ? Et quelle sera la place du Mouvement M  5 ?»par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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