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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 19:45

Karen BLIXEN, surnommée Tanne ou Tannia, est née DINESEN le 17 avril 1885, à Rungstedlund, d’une famille aisée de fermiers et marchands du Danemark. Sa mère, Ingeborg WESTENHOLZ (1856-1939), était une suffragette, luttant pour la liberté des femmes. La jeune Karen étudie les beaux-arts à Copenhague et la peinture à Paris et à Rome. Elle écrit à la même époque une série de textes qui passent inaperçus, cet insuccès la détourne, momentanément, de la carrière littéraire. Karen ayant des goûts aristocratiques, s’éprend de son cousin germain Hans von BLIXEN-FINECKE, mais ce sentiment ne sera jamais partagé. Karen finit par épouser en 1914 le frère jumeau de ce dernier, le baron Bror Fredrik von BLIXEN-FINECKE (1886-1946). «Avant que j’assume le direction de la ferme, la passion de la chasse et les «Safaris», avaient absorbé la majeure partie de mon temps. Lorsque je devins «fermière», je déposais mon fusil» écrit-il. Karen BLIXEN avec son mari exploitent ensemble une plantation de café, M’Bogani, sous les collines du N’Gong,  à 20 km de Nairobi, au Kenya. Se succèderont des drames de l'existence, comme la syphilis transmise par son mari infidèle, un divorce en 1925, la mort précoce de Denys FINCH HATTON qui l’avait abandonnée pour une aviatrice anglaise. En 1931, Karen BLIXEN quitte définitivement l’Afrique et retourne au Danemark pour se consacrer à l’écriture de romans. Connaissant de graves problèmes de santé, elle finit sa vie invalide.

Karen BLIXEN, qui écrivait en anglais et en danois, prit le nom d’artiste, Isak DINESEN ; «Isak» étant un prénom masculin, en référence à Wilhelm DINESEN (1845-1895), son père, officier ayant servi en France, écrivain et adoré, mais dont elle chérissait la mémoire. Son père, atteint de syphilis, se suicide en 1895 par pendaison, alors que Karen n'a que 10 ans. «Isak» signifie en Hébreu «celui qui rit». DINESEN est un retour à son patronyme. Refusant le coup du sort et de se plier au destin, au retour au Danemark, ses déceptions engendrent une vocation littéraire «Quand les dieux veulent vous punir, ils exaucent vos vœux» écrit-elle. En effet, «La ferme africaine» est une forme de réécriture de l’histoire, une revanche sur le destin ; elle avait perdu son mari, et son amant et sa ferme de production du café, sur les hauteurs peu rentable, a brulé. «J’ai possédé une ferme en Afrique, au pied du N’Gong. La ligne de l’Equateur passait dans les montagnes, vingt-et-cinq mille au Nord. (…) Vues de la ferme, les montagnes changeaient d’aspect au cours d’une même journée : tantôt elles paraissaient toutes proches, tantôt reculées à l’infini» ainsi démarre la «ferme africaine», des souvenirs d’une Européenne qui avait vécu au début du XXème siècle, en Afrique, et en pleine période coloniale. Sydney POLLACK a fait, en 1985, un film sous le titre «Out of Africa», avec Meryl STREEP et Robert REDFORT qui a remporté sept Oscars du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleure photographie, meilleure direction artistique, meilleure musique et meilleur son. «Si le nom de Karen Blixen est aujourd’hui connu du monde entier, c’est surtout grâce à Sydney Pollack et à son film «Out of Africa», qui restitue de manière assez convaincante la poésie d’un univers disparu porteur de nostalgie et de rêve, en lequel chacun pourra retrouver l’image qu’il se fait du paradis perdu» écrit Bernadette BERTANDIAS. Cependant, cette œuvre hollywoodienne ne relate, que sous forme romancée, la relation entre Karen BLIXEN et son amant, Denys FINCH HATTON.

 

En réalité, et en dépit de la qualité du film de Sydney POLLACK, dont la vocation est de distraire, Karen BLIXEN, éprise de l’Afrique traditionnelle et des Kikuyus, avait une connaissance et un respect profonds de ce monde, son organisation sociale et sa justice traditionnelle. La première partie du livre est consacrée à des considérations générales sur la vie à la ferme, avec les Kikuyus et les Massaïs, en pleine période coloniale, leur vie quotidienne, leurs pratiques coutumières et la relation avec l’église anglicane. La deuxième partie est constituée de courts chapitres, chacun relatant une anecdote, un événement qui a eu lieu. La troisième partie est consacrée au départ : la ferme n’étant plus rentable, doit être vendue. «Nous cultivions le café, mais ni l’altitude, ni la région ne lui convenait très bien ; et nous avions du mal à joindre les deux bouts. Jamais ma ferme n’a connu l’opulence, mais la culture du café est une culture à laquelle on ne renonce pas, elle vous tient constamment en haleine» écrit-elle. On décèle ici les qualités humaines de l’auteure, s’attachant à ce que les Africains occupant ces terres soient relogés.

 

Par ailleurs, ces souvenirs, avec la plume alerte de Karen BLIXEN, sont pleins de poésie que le film de Sidney POLLACK ne pouvait restituer. En effet, dans ce livre publié en 1937, Karen BLIXEN décrit sa vie en Afrique, et plus précisément au Kenya où elle a vécu de 1914 à 1931. Elle narre aussi sa découverte de la nature «authentique», celle des lieux comme celle des hommes : «Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête, c'était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie. Quand il rasait le sol, c'était le vent dans les buissons et les hautes herbes, mais ce n'était pas la pluie. Quand il bruissait et chuintait à hauteur d'homme, c'était le vent dans les champs de maïs. Il possédait si bien les sonorités de la pluie que l'on se faisait abuser sans cesse, cependant, on l'écoutait avec un plaisir certain, comme si un spectacle tant attendu apparaissait enfin sur la scène. Et ce n'était toujours pas la pluie. Mais lorsque la terre répondait à l'unisson d'un rugissement profond, luxuriant et croissant, lorsque le monde entier chantait autour de moi dans toutes les directions, au-dessus et au-dessous de moi, alors c'était bien la pluie. C'était comme de retrouver la mer après en avoir été longtemps privé, comme l'étreinte d'un amant» écrit-elle. Pendant son séjour en Afrique, elle a vécu des moments d'une intensité inoubliable, s'est fait des amis loyaux et a amassé beaucoup de souvenirs et d'anecdotes. Dans ses souvenirs, Karen BLIXEN relate d'exceptionnelles descriptions de paysage et de passionnantes pages sur la vie des animaux. «L’air est un élément essentiel de la vie et du paysage africain. Quand on fait un retour en arrière après un séjour de plusieurs années dans les hautes terres d’Afrique, on a l’impression curieuse que la vie s’y écoulait en l’air» écrit-elle.

 

Par ailleurs, Karen BLIXEN s’intéresse, en particulier aux Africains, spoliés de leurs terres par les Anglais, mais sont restés dignes et authentiques. Avant même Denys FNCH HATTON, le chasseur d'éléphants, cet «homme au cœur pur» qui écoute inlassablement ses contes, le cœur de Karen BLIXEN bat pour les splendeurs ocres du continent africain et la noblesse de ses habitants, leurs légendes et traditions. La ferme africaine est un récit de voyages et d'anthropologie, et dépeint une Afrique traditionnelle, sur le point de disparaître. Dans ce mode de vie africain, loin de l'agitation vaniteuse des colons, la vie semble être suspendue dans le temps ; on prend le temps de vivre et de respirer.

 

Lors de ses safaris, Karen BLIXEN avait remarqué que les animaux sauvages sont timides et craintifs. Aussi, l’art de marcher lentement, sans bruit, est un art que le chasseur doit maîtriser. «Dès que j’ai connu les Noirs, je n’ai eu qu’une pensée, celle d’accorder à leur rythme celui de la routine quotidienne que l’on considère souvent comme le temps mort de la vie» dit Karen BLIXEN. La chasse vous apprend le rythme de la vie africaine : «Ce que les bêtes sauvages m’ont appris m’a été très utile dans mes rapports avec les indigènes» écrit Karen BLIXEN. L’auteure avait compris la proximité des Africains avec la Nature, leur survie dépendant d'elle : «Je ne parvenais pas à obtenir leur avis sur le temps, et pourtant, ils savaient déchiffrer les signes dans le ciel et le vent bien mieux que nous. Leur survie même était en jeu. Ils comprennent donc la nature, la respecte et en échange la nature les préserve de la mort» écrit Karen BLIXEN. En effet, elle décrit ses rapports avec les Kikuyus, les indigènes travaillant pour elle dans sa maison et à la plantation de café ; l’auteure nous fait partager son attachement pour ses gens différents, mais dont elle respecte la culture. «J’ai éprouvé, dès ma première semaine en Afrique, beaucoup d’affection pour les indigènes. C’était un sentiment très fort et très spontané. La découverte de l’âme noire fut, pour moi, un événement, quelque chose comme la découverte de l’Amérique pour Christophe Colomb, tout l’horizon de ma vie s’en est trouvé élargi» écrit Karen BLIXEN.

 

Karen DINESEN est avant tout une formidable conteuse, une Schéhérazade des temps modernes : «Moi, je suis une conteuse, et rien qu’une conteuse et c’est l’histoire elle-même qui m’intéresse, et la façon de la raconter» dit-elle. Ainsi, dans «la ferme africaine», ses souvenirs, son amant, Denys, possédait cette qualité inestimable à mes yeux : il savait écouter une histoire. L'art d'écouter une histoire s'est perdu en Europe. Les indigènes d'Afrique, qui ne savent pas lire, l'ont conservé. Les blancs eux ne savent pas écouter une histoire, même s'ils sentent qu'ils le devraient. S'ils ne s'agitent pas, ou s'ils ne peuvent pas s'empêcher de penser à une chose qu'ils doivent faire toutes affaires cessantes, ils s'endorment. Ces mêmes personnes peuvent fort bien demander quelque chose à lire, un livre ou un journal, et sont tout à fait capables de passer la soirée plongées dans quelque chose d'imprimé, et même de lire un conte.

Curieusement, c’est dans les contes de Karen BLIXEN que l’on trouve des éléments substantiels de sa biographie. Face au destin qui ne l’a pas épargné, Karen BLIXEN oppose souvent le courage dans l'adversité, l’ingéniosité et sens du sacrifice l'opulence, et le mensonge affrontent l'humilité et la vertu, une façon de montrer que le conte est bien l'instrument privilégié de l'exploration des mystères de la personnalité et des obsessions fondamentales de l'humanité. «La qualité des contes de Karen BLIXEN ne dépend pas seulement de la force vive de la narration orale et de son suspens. Le fil d’argent des intrigues serpente dans des phrases d’une parfaite justesse et d’un accent incomparable. Déployant une incontestable force intellectuelle, elle accordait ses soins les plus exigeants à des matériaux qui, en d’autres mais n’eussent été que des drames de pacotille, des histoires d’une chimérique et lunaire extravagance» écrit-on, dans le numéro 887, de mars 2003 consacré à Karen BLIXEN

Son livre, «le Dîner de Babette» a été porté à l’écran. «Moi aussi, je suis une artiste» sont les derniers mots de ce livre écrit en 1958, pourraient résumer la personnalité de Karen BLIXEN.

Karen BLIXEN est décédée à Rungstedlund le 7 septembre 1962, sans avoir obtenu le Prix Nobel de Littérature. Karen BLIXEN est enterrée dans le parc de la propriété familiale de Rungstedlund. Sa ferme africaine au Kenya est devenue un musée.

Bibliographie très sélective

1 – Contributions de Karen Blixen

BLIXEN (Karen), Contes d’hiver, traduit de l’anglais par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 1982, 409 pages ;

BLIXEN (Karen), Histoire du petit mousse et autres contes d’hiver, traduit du danois par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 2016, 101 pages ;

BLIXEN (Karen), L’éternelle histoire, traduit du danois par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 1961 et 2002, 101 pages ;

BLIXEN (Karen), La ferme africaine, traduction du danois par Yvonne Manceron, Paris, Gallimard, collection Folio, 1978, 501 pages ;

BLIXEN (Karen), La soirée d’Elseneur traduction par Gleizal et Colette Huet,  préface de Marc Auchet, Paris, Librairie générale, 2004, 95 pages ;

BLIXEN (Karen), Le dîner de Babette, traduit du danois par Marthe Metzger, Lausanne, La Petite Ourse, 1969, 147 pages ;

BLIXEN (Karen), Les chevaux fantômes et autres contes, traduit de l’anglais par Doris Febvre, Paris, Gallimard, 1978 et 1996, 164 pages ;

BLIXEN (Karen), Les fils du roi et autres contes, traduction par Philippe Bouquet et Jean Renaud,  préface de Frans Lasson, Paris, Gallimard, 2011, 476 pages ;

BLIXEN (Karen), Les voix de la vengeance, traduit du danois par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 1990, 414 pages ;

BLIXEN (Karen), Lettres d’Afrique : 1914-1941, traduction de Philippe Bouquet, éditeur scientifique Frans Lasson, Paris, Gallimard, 2016, 619 pages ;

BLIXEN (Karen), Ombres sur la prairie, traduit de l’anglais par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 1962, 192 pages ;

BLIXEN (Karen), Le jeune homme à l’œillet, traduit de l’anglais par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 2016, 112 pages ;

BLIXEN (Karen), Les perles, traduction de Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 2012, 140 pages ;

BLIXEN (Karen), Histoire du petit mousse, traduction de Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 2016, 112 pages ;

BLIXEN (Karen), Sept contes gothiques, traduction par Gleizal et Colette Huet,  préface de Marcel Schneider, Paris, Stock, 1990, 508 pages.

2 - Critiques

BEAU (Véronique, V), Karen Blixen, une Européenne en Afrique, illustrations Dimitra Nikolopoulou, Paris, éditions à Dos d’âne, 2009, 45 pages ;

BERTANDIAS (Bernadette), Afrique, autres scène : histoire et poétique de l’identité dans les récits africains de Karen Blixen, Clermont Ferrand, Association des publications de la faculté de lettres et sciences humaines, 1997, 241 pages ;

DINESEN (Thomas), A l’ombre du mont Kenya : ma sœur Karen Blixen, traduit du danois par Jacques Privat, Lausanne, éditions Esprit ouvert, 2002, 156 pages ;

GELLY (Violaine), Karen Blixen, Paris, Libreto, 2015, 109 pages ;

GILLES (Daniel), «Karen Blixen ou la pharaonne de Rungstedlung», Cahiers des saisons, hiver 1963, pages 143-153 et Revue générale belge, 1963, vol 99, pages 49-59 ;

HANNAH (Donald), Isak Dinesen and Karen Blixen : the Mask and the Reality, London, Putman, 1971, 218 pages ;

LALOUX (Micheline), Karen Blixen : L’Afrique au cœur, essai biographique, Paris, La Pensée universelle, 1986, 110 pages ;

LEANDER HANSEN (Frantz), The Aristocratic Universe of Karen Blixen : Destiny and Denial of Fate, traduit du danois par Gay Kynoch, Brigton, Portland, Sussex Press, 2003, 165 pages ;

LIAUT (Jean-Noël), Karen Blixen  une Odyssée africaine, Paris, Payot, 2005, 227 pages ;

MIGEL (Parmenia), Tatania : A biography of Isak Dinesen, New York, Random House, 1967, 326 pages ;

PANDOLFO (Anne-Caroline), La lionne : un portrait de Karen Blixen, Paris, Sarbacane, 2016, 193 pages ;

RASMUSSEN (René) éditeur scientifique, Karen Blixen et l’art du récit, Odense, Odense University Press, 1997, 162 pages ;

RYDENG (Françoise), Karen Blixen et l’Afrique, Paris, F. Rydeng, 1971, 250 pages ;

THURMAN (Judith), Karen Blixen, Paris, Séghers, 1986, 504 pages ;

WESTENHOLTZ (Anders), The Power of Aries : Myth and Reality in Karen Blixen’s Life, Baton Rouge, London, Louisiana State University Press, 1982, 127 pages ;

WIVEL (Olé), Karen Blixen, un conflit personnel irrésolu, traduction du danois par Inès Jorgensen, Arles, Actes Sud, 2004, 187 pages.

Paris le 2 septembre 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 


 

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