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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 22:44

Mali : Coup d’Etat militaire, vers quelle issue à la nouvelle crise ?

 

On croyait que la technique des coups d’Etat militaires serait révolue en Afrique, les gouvernements civils sont désormais majoritaires dans ce continent. Et voilà qu’en plein mouvement de désobéissance civile, ce mardi 18 août 2020, le président Ibrahima Boubacar KEITA (IBK) et son premier ministre, Boubou CISSE, ont été arrêtés par les militaires. I.B.K., ainsi que le gouvernement, ont été contraints à la démission, et l’assemblée nationale dissoute.

Le président I.B.K. a mal géré la crise, au lieu de négocier et calmer le jeu, il a choisi l’affrontement et la répression. En effet, le vendredi 10 juillet 2020, alors que les manifestations sont restées pacifiques, depuis le 5 juin 2020, le président malien, IBK a envoyé les troupes d’élite tirer sur la population : 23 manifestants ont été tués, plus de 150 blessés graves. Tous les leaders de l'opposition malienne, dont Choguel Kokalla MAIGA, arrêtés, puis libérés, mais le mal est fait. Cela a crispé le climat et les négociations ont capoté en raison de ces erreurs graves d’IBK, qui aurait pu sauver sa tête, en organisant une période transitoire, qui va se faire maintenant, mais sans lui.

Suivant le M 5, juste avant le putsch, IBK était sur le point d’arrêter tous les opposants, pour les exiler à l’intérieur du pays, en vue de faire capoter la désobéissance civile. Si personne ne peut se satisfaire d’un régime militaire, ce putsch est donc venu à un point nommé, au moment où tout était bloqué, le Mali risquant un bain de sang. Dans un communiqué du 19 juillet 2020, le Groupe M. 5 RFP, dont le porte-parole est Choguel MAIGA, «prend acte de l’engagement d’ouvrir une transition politique civile». M 5 salue surtout «l’engagement héroïque» des Maliens ayant abouti à la destitution de IBK enfermé «dans l’entêtement et le déni». Le groupe M. 5 rend hommage aux victimes et suivra les poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes. Le Groupe M. 5, par une formule diplomatique, semble condamner le coup d’Etat et «se déclare profondément attaché à la démocratie, comme mode de dévolution et d’exercice du pouvoir, et entreprendra toutes les initiatives pour que notre pays puisse amorcer une véritable refondation de notre système politique et de gouvernance, à travers l’ouverture d’une transition républicaine et l’élaboration d’une feuille de route, dont le contenu sera convenu avec le CNSP». Le peuple adhère à ce changement, sans effusion de sang et les dirigeants M 5, à ce jour, n’ont pas été arrêtés. Par conséquent, le groupe M5 entend rester maître du jeu politique et se déclare, «plus que jamais mobilisé et déterminé» jusqu’à la restauration d’un «Mali démocratique, républicain et laïc, doté d’une gouvernance responsable et vertueuse».

Il ne faudrait pas que les militaires volent la victoire au M. 5. On se sait que les militaires, une fois au pouvoir, ont dû mal à le rendre aux civils, comme cela a été le cas récent au Soudan, après la chute de Omar EL-BECHIR. Une fois que les militaires ont goûté au pouvoir, tout ce qui est provisoire a tendance à devenir définitif, et les libertés compromises. Ainsi, lorsque le premier président du Mali, Modibo KEITA, a été renversé par un coup d’Etat militaire, Moussa TRAORE étant resté au pouvoir plus de 23 ans, soit du 19 novembre 1968 au 25 mars 1991. Amadou Toumani TOURE, un militaire, a organisé un coup d’Etat, avec une période transitoire du 26 mars 1991 au 7 juin 1992. Un autre coup d’Etat, avec Amadou Haya SANOGO, pour une période transitoire du 22 mars 2012 jusqu’au 3 septembre 2013, IBK ayant pris ses fonctions au 4 septembre 2013. Lui-même a été contraint à la démission le 19 août 2020. Combien de temps durera la nouvelle période transitoire ?

En tout cas, à chaque fois, le peuple malien, en arbitre, a fini par siffler la fin de la récréation. Choguel MAIGA a annoncé un grand rassemblement patriotique le vendredi 21 août 2020, pour «fêter la chute d’I.B.K». Le groupe M 5 a pour ambition que la période transitoire soit la plus courte possible, afin rendre, rapidement, le pouvoir aux civils. Au cours de ce meeting du 21 août, un ancien député, estime que la France se trompe d’appréciation dans la crise malienne ; ce n’est pas une question de partage du pouvoir, mais de mauvaise gouvernance d’IBK. L’ancien président, IBK, avait été en 2013, soutenu par toutes les forces vives maliennes, y compris par l’Imam Mahmoud DICKO, un nationaliste. En fait, la gouvernance de IBK s’est révélée désastreuse, c’est un feignant et un ivrogne, plusieurs bouteilles d’alcool fort ont été trouvées dans sa résidence, après sa chute. IBK a plongé le Mali dans un Chaos, sans précédent. Un autre intervenant, estime que le Mali appartient aux Maliens, et non aux Français. La France doit apprendre à respecter et coopérer, dans le respect mutuel avec les Maliens. Contrairement, à ce que prétend le président français, il n’y a pas eu de coup d’Etat au Mali, mais un soulèvement populaire, accompagné par les militaires, pour évincer IBK, en vue d’une bonne gouvernance. Selon un Touareg, représentant du Nord, foyer de la rébellion, le pouvoir appartient au peuple. Quand le peuple se révolte contre l’injustice, Dieu est avec lui, et il finit toujours par gagner, parce que son combat est noble et juste. On pensait que c’était impossible, mais les Maliens aspirent à la liberté et à la dignité. C’est une nouvelle ère qui commence, pour un Mali souverain, dans la dignité.

Dans une déclaration, lue à la télévision malienne, les militaires réunis autour d'un «Comité national du salut du peuple», avec une phraséologie se voulant rassurante, fondent leur prise de pouvoir sur le chaos régnant au Mali, et demandent aux forces patriotiques de les rejoindre, en vue d’organiser, à brève échéance, d’organiser des élections générales. Les militaires veulent une période transitoire, afin de «permettre au Mali de se doter d'institutions fortes». Les frontières sont fermées et le couvre-feu instauré. Les militaires entendent respecter les différents accords conclus avec les pays étrangers, notamment avec la France. Dans un putsch, sans effusion de sang, les militaires, dénonçant pêle-mêle «la gabegie, le vol et l'arbitraire», «la gestion familiale des affaires de l'Etat», une justice «en déphasage avec les citoyens», et «le terrorisme et l’extrémisme», envisagent de se fonder :

- sur les accords d’Alger des 15 mai et 20 juin 2015, pour retrouver la paix et l’unité du Mali ;

- et sur le plan interne, se baser sur les conclusions relatives au dialogue national du 22 décembre 2019 (Nouvelles élections législatives ; référendum pour la révision de la constitution du 25 février 1992 ; le redéploiement immédiat des forces armées et de sécurité reconstituées sur l'ensemble du territoire ; la relecture de certaines dispositions de l'accord pour la paix et la réconciliation nationale selon son article 65, ainsi que la négociation avec Amadou Koufa et Iyad Ag Ghali (dirigeants de groupes armés liés à Al-Qaïda) pour «ramener la paix au Mali»).

La France, dans un communiqué, a condamné, avec fermeté, ce qu’elle appelle «une mutinerie» et «exhorte les militaires à regagner, sans délai, leurs casernes». Que fera donc la France engagée militairement dans le Nord du Mali, et qui soutenait IBK, si les militaires réussissaient, définitivement, leur putsch ?

La France ne voit la situation malienne qu’à travers le fondamentalisme, le terrorisme et l’Opération Barkhane, qui, pour l’instant bien que coûteuse, n’a rien résolu. Le Mali n’a pas libéré la totalité de son territoire. Les Maliens sont confrontés, chaque jour, à des règlements de compte, à des assassinats, l’insécurité s’étant généralisée à tout le pays. Quelle est la valeur ajoutée de cette intervention militaire ?

Quelque chose ne marche pas en ce qui l'efficacité de cette force d'intervention française, le Mali s'enfonçant chaque jour davantage dans la tragédie. Ce coup d’Etat militaire ajoute une crise à d’autres crises au Mali (troubles internes, leadership, bonne gouvernance).

Quelle issue à cette nouvelle crise ?

On a trois camps en face au Mali :

- Les militaires, ce qui serait une régression démocratique ; ils prétendent organiser de nouvelles élections, après une période transitoire ;

- Le Groupe M5 et ses revendications de bonne gouvernance, ainsi que la libération de Soumaïla CISSE, enlevé le 26 mars 2020, la veille des législatives maintenues en pleine pandémie. Le groupe M. 5 est invité par les militaires à les rejoindre. Le groupe M 5 qui a contribué, de façon décisive, à la chute d’IBK va-t-il se mettre sous la coupe d’un régime autoritaire ?

- Et les partisans d’IBK, soutenus par la France qui fera prévaloir son point de vue, peut-être même par la force, comme au bon vieux temps. Déjà la France a convoqué le Conseil de sécurité et entend envoyer deux chefs d’Etat africains au Mali, dont les frontières sont fermées.

On n’a pas de nouvelles de tous les anciens dignitaires du régime malien. Une des question soulevée est celle des biens mal acquis. En effet, Karim KEITA, le fils de l’ancien président malien avait détourné, dans un pays pauvre, des milliards d’euros ; il posséderait notamment des villas au Sénégal et en Côte-d’Ivoire. Aucun audit sérieux n’a pas encore été établi. Par ailleurs, le téléphone portable de IBK, et probablement d’autres documents, ont été saisis ; cela permettra, probablement, de situer les responsabilités sur la tuerie de 23 manifestants.

On voit la stratégie de la France, c’est d’asphyxier le Mali. Ainsi, la CEDEAO a indiqué avoir suspendu l'ensemble des échanges financiers entre ses 15 membres et le Mali, et exclu ce dernier des organes décisionnaires de la communauté. Une des causes de l’échec des négociations de la CEDEAO a été le soutien inconditionnel de la France à IBK. La CEDEAO, un club de chefs d’Etats, défend des régimes contestés par leur peuple. La France, partenaire historique du continent noir, a toute sa place dans le jeu politique en Afrique, à condition de ne plus continuer à soutenir ces régimes monarchiques et préhistoriques rejetés par leur peuple. Les temps ont changé. IBK, dans un pays pauvre, venait d’acquérir un avion à 30 millions d’euros et son fils accusé de détournements de plusieurs milliards d’euros. Le régime militaires entend, à ce titre, de faire un audit financier et faire la chasse aux biens mal acquis. Les manifestants, en colère, ont tendance à brûler les résidences des anciens gouvernants pouvant contenir d’importants documents (flux financiers, biens à l’étranger, sort de Soumaïla CISSE, etc.).

Cette crise malienne est aussi un grave revers pour la France, qui n’a rien vu venir, et est restée enfermée dans un schéma colonial ancien, celui de la Françafrique de GAULLE et Jacques FOCCART, une Afrique indépendante, mais dans la dépendance. Pourtant, la France est, désormais, gravement concurrencée en Afrique par les Chinois. 60 ans après les indépendances, il est grand temps que la France réoriente sa politique africaine, dans le sens de la bonne gouvernance, de la démocratie, de la coopération mutuellement avantageuse, et surtout du respect mutuel. Les soi-disant questions d’aide, d’accords militaires ou d’intervention permanente dans les affaires intérieures africaines, sont mal ressenties par les populations africaines, en recherche de dignité, de liberté, de souveraineté, de respect mutuel et de coopération mutuellement avantageuse.

L’Union européenne et la France, soutiennent le soulèvement du peuple de Biélorussie manifestant contre un gouvernement autocrate, mais le Mali d’IBK, avec sa mauvaise gouvernance et les manifestants assassinés, est jugé respectable. En effet, cette crise au Mali, si elle est encore mal négociée, comme dans un passé récent, aura de fortes incidences désastreuses dans la sous-région, notamment au Niger, au Burkina-Faso, en Guinée-Conakry et en RCI ; ces pays sont confrontés soit à des troubles internes ou à des tentatives de chefs d’Etat de briguer un troisième mandat, en violation de la Constitution. De nombreux autres régimes monarchiques et dynastiques en Afrique, apparemment stables, peuvent, un jour, voir le peuple se révolter (Gabon, Tchad, Cameroun, Togo, Guinée-Equatoriale, etc.).

Dans une déclaration du 20 août 2020, la CEDEAO envisage d’envoyer une mission de médiation au Mali.

Une situation à suivre attentivement.

Paris, le 18 août 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Mali : Coup d’Etat militaire, vers quelle issue à la crise ?» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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