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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 20:36

«Journaliste chevronné et pionnier dans l'entreprise de presse et la formation des journalistes, homme de consensus et de dialogue, Babacar Touré aura été de tous les combats pour la liberté et la démocratie» écrit le président Macky SALL. Homme discret dans la vie, comme dans la mort, pionnier de la presse privée sénégalaise, né à Fatick, le 1er juillet 1951, Babacar TOURE est décédé le 26 juillet 2020. «Un monument de la presse s'effondre», titre Walf Quotidien. «La presse africaine, en particulier sénégalaise, perd l'un de ses monuments qui a gravé son nom dans les annales du pluralisme médiatique», renchérit «Le Soleil». «Un géant s'est effondré» écrit l’AS. La Ligue Démocratique a rendu hommage «l’homme de vision et de vertu, de courage et d’abnégation».

 

«Qui, au Sénégal ne connaît Babacar Touré ? Cet homme massif à l’œil malicieux, brillant parleur, mais aussi caractère entier connu pour sa franchise et parfois pour sa rudesse, est une belle figure de la presse sénégalaise qui ne manque pas pourtant d’acteurs de qualité. A la tête du groupe Sud Communication, il a acquis en moins d’une décennie une stature nationale, à la mesure de son rôle dans l’histoire de la presse indépendante dans son pays» écrit, en 2005, Thierry PERRET dans «le temps des journalistes : l’invention de la presse en Afrique francophone». Avant de l’avènement de Sud de Babacar TOURE, le paysage médiatique sénégalais était dominé, par une mentalité de parti unique, symbolisée par le journal Le Soleil, la voix de son maître. Il avait certes, à part le journal du Maître-chanteur, Mame Less DIA, une presse militante des partis politiques, des revues clandestines d’étudiants contestataires. Mais rien pouvait vraiment contrebalancer la propagande du pouvoir étatique, en permanence dans l’autocélébration et en dialogue avec lui-même. Une communication inégale et une concurrence faussée, dans une démocratie de façade, un parti unique de fait, ou à tout le moins dominant, sans alternance pendant 40 ans.

 

Babacar TOURE a été un acteur décisif de la marche du Sénégal vers le pluralisme politique et l’alternance. Il a émergé au moment où le président Abdou DIOUF avait lancé le multipartisme illimité. Il y avait, au départ, «Walfadjiri» ou «l’Aurore», de Sidy Lamine NIASSE (1950-2018), d’inspiration islamiste ou conservatrice. Babacar TOURE, titulaire d’une maîtrise d’anglais, d’un diplôme en science politique et sociologie, de la 7ème promotion du CESTI en 1979 est l’un des membres fondateurs, en 1983 du syndicat des journalistes, l'Union nationale des professionnels de l'information et de la communication du Sénégal (UNPICS) qui deviendra plus tard le SYNPICS, le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal. Babacar TOURE a été le président du Conseil national de régulation de l’audiovisuel, de 2012 à 2018. Journaliste et homme d’affaires, d’une rigueur morale et intellectuelle, recherchant un nouvel ordre de l’information, Babacar TOURE) est l’un des artisans de la création du Conseil des Diffuseurs et éditeurs de la presse du Sénégal. Babacar TOURE fut membre du Conseil économique et social du Sénégal, du bureau de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal et du «National Democratic Institute for International Affairs». Homme de réseaux, Babacar TOURE a été membre du conseil d’administration de l’Institut Panos, du Collège des conseillers africains de la Banque mondiale, et coprésident de la Conférence ministérielle Afrique/Etats-Unis, avec Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’Etat américaine.

 

L’aventure de Sud, démarre, en 1986, avec un capital de 300 € et une petite subvention de la fondation Ford. Babacar TOURE, un ancien de l’ONG Enda Tiers-Monde, et des amis dont certains viennent du journal le Soleil (Abdoulaye N’Diaga SYLLA, Sidy GAYE), Abdou Latif COULIBALY, et Boubacar Boris DIOP, fondent le journal Sud Hebdo qui deviendra Sud Quotidien. Babacar TOURE est servi par un climat politique électrique. C’est l’ascension de maître Abdoulaye WADE qui brûle tout et fait exploser les bombes. En 1989, le drame Sénégalo-mauritanien, ses morts et les 70 000 réfugiés provoque une explosion de la presse d’opinion. Il jouera un rôle important dans la réconciliation entre le Sénégal et la Mauritanie. Le président Abdou DIOUF, un grand démocrate est surpris par cette liberté de ton, mais ne la remet pas en cause.

 

Babacar TOURE est un professionnel de l’information, une information sérieuse et rigoureuse. «Les grands esprits discutent des idées, les esprits moyens discutent des évènements» dit-on. Or, une certaine presse au Sénégal se vautre dans les rumeurs, les ragots, les déballages, peu soucieuse de la vérité du respect de l’autre, c’est donc parfois la cupidité, le règne de la médiocrité. On déballe, on vomit sa haine ou on insulte. La recherche effrénée de la notoriété ou de l’argent n’effraie pas certains, même au prix de la vulgarité, de l’invective ou des calomnies. Babacar TOURE était aux antipodes de cette petitesse d’esprit. Il trempait sa plume dans les plaies, consolidant ainsi la démocratie sénégalaise.

 

Au démarrage de son aventure, en qualité de patron de presse, les procès ainsi que les intimidations, se multiplient, et les tirages sont encore limités. En dépit des pressions et menaces, Babacar TOURE et ses collègues ont choisi le professionnalisme, une presse d’enquête qui a bousculé la mentalité de parti unique depuis l’indépendance. Les articles, des enquêtes et les informations de première main, sont rigoureusement vérifiés. Amady Aly DIENG (1932-2015) s’illustre par les commentaires et les analyses politiques. Kader BOYE et Mamadou DIOUF, des intellectuels et universitaires, ont renforcé l’image de sérieux de Sud. Grand seigneur de la presse, il savait aussi cultiver l’esprit d’équipe afin de tirer le meilleur de ses collaborateurs, en pratiquant un management participatif, fondé sur le respect. Journaliste à la plume alerte et inspirée dans son éthique professionnelle, la qualité de l’expression écrite n’est pas suffisante : «ce sont les belles valeurs qui fondent qui fondent le journaliste» disait-il. Informer, c’est aussi éduquer, dans un idéal de liberté et de démocratie : «Sud est une école. C’était une école où l’on enseignait la vérité, la rigueur et le culte de l’excellence» dit El Hamidou KASSE, Ministre conseiller du président Macky SALL. Admirateur de Kwame NKRUMAH, Nelson MANDELA et Cheikh Anta DIOP, il était un grand militant de la cause du panafricanisme. En 1993, Sud finit par créer son réseau de distribution et son école de journalisme (ISSIC).

 

En raison de son dynamisme et sa capacité d’innovation Babacar TOURE est surnommé «le Magnat de la presse». Cependant, les ressources de la presse sénégalaise sont souvent modestes. Le 13 octobre 1995, Sud Quotidien publie un article révélant une fraude de la Compagnie sucrière du Sénégal, dirigée par l'homme d'affaires français Jean-Claude MIMRAN. Selon l'article publié par le journal, la compagnie a importé du Brésil du sucre blanc, raffiné, en le déclarant comme du sucre roux, considéré comme une matière première, et soumis à des droits de douane nettement inférieurs. Coût de la fraude, selon le Sud Quotidien : 1,7 milliard de francs CFA, soit 2 595 419 €. Jean-Claude MIMRAN, une famille connue et puissante en Afrique occidentale, puisqu'elle possède également les Grands Moulins de Dakar et d'Abidjan et la Compagnie bancaire d'Afrique de l'Ouest, conteste les dires de Babacar TOURE. L'Etat finit par estimer qu'il n'y a pas de fraude, ce que conteste Sud, qui continue sa campagne contre «la République sucrière».

 

En juin 1996, un procès intenté par Jean-Claude MIMRAN, avec une condamnation de 500 millions de FCA (7 633 587 €), le tribunal reprochant aux journalistes de ne pas pouvoir apporter la preuve de leurs affirmations. Cinq journalistes sont condamnés à un mois d’emprisonnement ferme. Pour les Sénégalais, c’est une grave atteinte à la liberté de la presse, en raison de la qualité des analyses et pluralité des opinions font de Sud Quotidien une référence en devenir sur le continent. Babacar TOURE écrit au président Abdou DIOUF contre cette sentence «excessive et injustifiée». Mais ce sera maître Abdoulaye WADE qui va convaincre MIMRAN de renoncer à cette lourde pénalité. Pendant ce temps, le journal «le Soleil» remonte, mais la mobilisation populaire a sauvé le Magnat de la presse. L’émergence des radios privées dont celle de Sud FM, la première radio privée du Sénégal, a contribué à l’alternance de 2000. Abdou Latif COULIBALY, Directeur de Sud-FM publie un ouvrage «Wade un opposant au pouvoir : l’alternance piégée ?». Le président Abou DIOUF avait attribué une autorisation à RFI d'émettre au Sénégal, sans tenir compte des demandes préalables des communicants sénégalais. En 1994, Sud FM a donc ouvert la voie aux autres radios privées sénégalaises. Mais Babacar TOURE n'a pas réussi à mettre en place une télévision privée viable, cela a été un de ses échecs. La radio Sud FM a donc mis fin au monologue dans le débat public. Les confrontations sont désormais animées et contradictoires, chaque candidat ayant désormais sa chance. Les résultats des élections sont annoncés, au fur et à mesure, en direct sur les radios. Difficile, dans ces conditions, de bourrer les urnes ou d’inverser les résultats. Par conséquent, si le Sénégal a connu sa première alternance en 2000, c’est grâce aussi, et en grande partie, à Babacar TOURE.


La Maison de la Presse du Sénégal portera le nom de Babacar TOURE, fondateur du Groupe Sud Communication et de la première radio privée.

 

Pour son souci d’indépendance, sa rigueur et son exigence de Vérité, je m’incline très respectueusement devant la mémoire du disparu, Babacar TOURE.

 

Référence bibliographique

 

PERRET (Thierry), Le temps des journalistes : l’invention de la presse en Afrique francophone, Paris, Karthala, 2005, 320 pages.

 

Paris, le 27 juillet 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Babacar TOURE (1951-2020), fondateur du Groupe Sud Communication, une presse indépendante» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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