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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 12:28

Cette pandémie du Coronavirus, avec son pendant de confinement en France, d'état d'urgence et de couvre-feu au Sénégal, fait resurgir de nombreuses questions fondamentales, dont celle du vivre ensemble, et en particulier de la qualité de nos relations sociales, et surtout de la direction que l’on souhaite assigner à notre existence, à notre destin commun sur cette planète.

La méthode chinoise de confinement strict, même si elle a, pourtant l'instant, produit de bons résultats, a révélé aussi de graves dégâts collatéraux : le fort taux de dépression et de suicides, des phénomènes occultés jusqu'ici.

La méthode de confinement italienne, dont s'inspire la France, a mis en lumière que les malades mouraient seuls, sans pouvoir dire adieu, de visu, à leurs familles. Les proches du malade, qui sont eux-mêmes confinés, doivent se contenter d'un compte-rendu aseptisé du médecin auquel ils ne croient pas vraiment ; ce qui encore rend leur confinement plus insupportable. Des médecins décident, à eux-seuls, sans consulter les familles, parmi les malades du Coronavirus, qui doit vivre, qui doit mourir. Cela fait froid au dos, quand on connaît la forfaiture des prétendus tenants d’un «Nouveau monde» qui ont saccagé l’hôpital, rejetant ainsi, honteusement, la responsabilité sur les épaules des médecins la lourde responsabilité de l’euthanasie. Par ailleurs, les morts du Coronavirus sont souvent enterrés sans cérémonie, hors de la présence de leur famille, et en masse. On a vu en Italie, des camions militaires se diriger au cimetière, avec leur sinistre cargaison.

Vivant en France depuis de nombreuses décennies, ce qui me frappe chez les Occidentaux, c'est l'extraordinaire pauvreté de leurs relations sociales. Avant le confinement, dans le métro parisien, tout le monde avait noté cette mode, consistant avec un casque, ces voyageurs en permanence échangeant avec les autres, mais à distance. Une forme de confinement électronique ; on veut parler aux autres, mais s’ils sont loin. Quand le métro s'arrête, claustrés dans leur monde virtuel, ces voyageurs branchés n'entendent pas, les sollicitations des voyageurs voulant descendre. Même dans les couloirs du métro, en temps-là bondés, je les voyais marchant, tout en tapotant sur leur portable, au risque de chuter ou de heurter les autres voyageurs. Ce refus d'entrer en relation avec l'autre, et cet isolement accentué, en restant en permanence isolé mais connecté, m'a paru être cette révélation majeure de la montée croissante de l'individualisme en Occident.

Avant ces recommandations de distanciation sociale, dans mes coutumes africaines, j'avais tendance à saluer, dans les couloirs de ma mairie tout le monde. Un jour, un agent d'entretien irrité, me répond, de façon désagréable : «Tu me connais ? Pourquoi tu me salues ?». Je lui dis : «Je vous salue parce que vous êtes un être humain. Tous les hommes sont mes sœurs et frères». Subitement, l'expression de son visage devient plus avenant et souriant ; cette dame me répond : «Je travaille ici depuis de nombreuses années. Je suis proche de la retraite. Tout le monde passe devant moi, chaque jour, sans remarquer ma présence». Il est vrai quand vous saluez deux fois un Européen dans la journée, il vous répondra, sèchement : « Je vous ai déjà vu ! ». Dire bonjour, plusieurs fois dans la journée, à un Français, c'est porter atteinte à sa liberté, envahir, indûment, son espace privé.

Depuis la fermeture des cafés parisiens, c'est pour le bien public, mais on sent une des conséquences rudes du confinement. Pour ma part, dans ce monde individualiste, et parfois égoïste de l'Occident, les cafés parisiens sont un haut lieu du bien-vivre ensemble et de sociabilité. Si je voue un profond culte aux cafés parisiens, c'est parce qu'ils symbolisent la défaite idéologique des gens aux idées courtes ; c'est le lieu par excellence de la mixité sociale, et où le racisme a été royalement vaincu. Les tabacs parisiens ont été même colonisés par les personnes de souche africaine, souvent passionnées de jeux du hasard (tiercé, loto, grattages, etc.).

Par conséquent, j'image la dureté du confinement pour les personnes fragiles (personnes isolées, âgées ou sans domicile fixe) comme les immigrés vivant dans de petites chambres, ou dans des foyers. Je suis frappé de constater, dans mes fonctions de DRH, que les premières sollicitations des agents concernent la question du logement. Les Français issus de l'immigration sont parfois mal logés, avec des familles très nombreuses, dans un appartement très exiguë ; ce qui peut être source de tensions ou de conflits. Plusieurs étrangers sans papiers, mais travaillant jusqu'ici, allaient chaque jour, au boulot, la boule au ventre, redoutant de faire l'objet d'un contrôle de police. Si ces illégaux ont perdu leur travail, avec le confinement, comment pourront-ils survivre, et envoyer un mandat, chaque mois, à leur famille restée au pays ? En particulier, de nombreux Sénégalais étaient des marchands ambulants, à la Tour Eiffel et à Sacré-Cœur, à Paris. Si je ne plains pas ces jeunes filles tziganes, spécialistes du vol à tire, en revanche, je m'interroge pourquoi ces trafiquants de drogue et de cigarettes, à Barbès, continuent toujours à officier dans la rue, et ne respectant pas le confinement.

Dans ce monde trépidant de Paris, à certains égards, le confinement pouvant durer jusqu’à la fin juin 2020, a des effets positifs. En effet, en famille, on se trouve plus durablement ensemble, pour partager nos joies et nos angoisses. Il est vrai que, pendant toute la campagne du 1er tour des municipales, mes enfants ne me voyaient presque pas. Quand je revenais, tard à la maison, j'étais occupé à rédiger un compte-rendu de mes escapades. Le matin de bonheur, j'étais déjà au bureau. Je les ai donc un peu négligés. Le premier jour du confinement, ma fille me dit, de façon ironique : «On dirait papa. Oui, je l'ai reconnu ; c'est bien lui !». En effet, le confinement, peut être une bonne occasion de marquer un temps de pause, de faire un bilan critique de sa vie, de rectifier le tir et de tracer des perspectives nouvelles. Qu’avons-nous donc fait de notre vie ? Quelles choses l’on estime fondamentales, de nature à rendre notre passage éphémère, ici-bas, plein de sens ?

Sans avoir la prétention de répondre, de façon satisfaisante, à cette redoutable question, à mon sens, et c’est ma part de vérité, prenons soin de notre famille, de nos amis et de toutes les personnes que nous aimons. Lutteur dans l’arène,  de longue date, j’ai vu les idées de progrès progressivement être vaincues par les gens du château. Il y a des jours où j’étais démoralisé, tout restant convaincu que l’égalité réelle et la justice ne pouvaient pas mourir. Et Voilà que subitement, cette cochonnerie de Coronavirus nous ramène à des enjeux fondamentaux : la santé, la paix et l’environnement, le bien-être de tous, je dis bien de tous, c’est-à-dire de tous les habitants de la terre, nos destins étant liés. Sans l’humain, leur pognon est démonétisée et n’aura aucune valeur. Oui, il faut bien abandonner des directives des marchés, ces guerres locales coûteuses, ces logiques de prédation et de violence des forts contre les faibles, pour une société internationale fondée sur la justice, la fraternité, la paix, bref, le bien-vivre ensemble, c’est-à-dire la Politique, au sens noble du terme, telle que l’entendait Aristote.

Le pic étant attendu dans les 10 jours à venir, le confinement va durer ; il faudrait donc se préparer, mentalement, à ce long siège. Facile à dire, mais difficile à vivre, quand j'aperçois le vaillant soleil printanier de ma fenêtre. Aussi, je loue les diverses initiatives, visant à rendre ce confinement plus supportable (Canal Plus, MK2 pour les films, les Furets du Nord pour les livres à télécharger, etc.).

Au Sénégal, le président Macky SALL, pour contourner la résistance criminelle et inconsciente des marabouts, a mis en place un état d'urgence et un couvre-feu de 20 heures à 6 heures, à partir du 25 mars 2020. Comment réussir la distanciation sociale dans le continent africain où, contrairement aux Occidentaux, les relations sociales perçues comme une marque d'humanité, sont parfois étouffantes et envahissantes ?

En Afrique, il n'y a pas de juste milieu. L'individu n'existant pas, il est écrasé par le groupe. Ainsi, à chaque fois, que je vais au Sénégal en vacances, c'est les 6 000 habitants de mon village, Danthiady, qui viennent me saluer. Les salamalecs sont longs et interminables. Une salutation brève est considérée comme un manque de considération. Aussi l'échange avec chaque personne peut durer 10 à 15 minutes. On vous demande des nouvelles de tous les Danthiadynabé de France, une communauté en France de plus  de 400 personnes. Et il faut répondre à ces litanies, à défaut ce serait une grave offense à la bienséance. Aussi, après trois jours, on est lessivé, et on en perd la voix. La seule issue, c'est la fuite, à M'Bour, la Côte-d'Azur du Sénégal. Songez également aux baptêmes, aux mariages et aux décès où il faut faire acte de présence, avec un billet de banque, c’est encore mieux. Aussi, les militaires dans les rues de Dakar, dans nuit la première nuit du couvre-feu, ont dû user de la force. Une force disproportionnée suivant pour certains. Mais les citoyens, comme les autorités religieuses, doivent entendre raison ; il y va de la santé et de la vie de tous.

Avant la colonisation, on connaissait les confinements de guerre. Ainsi, dans les anciens royaumes de mon Fouta-Toro, qui se combattaient sans cesse, les sièges étaient fréquents. El Hadji Oumar Foutiyou TALL avait des spécialistes du «Tata», une enceinte censée protéger des invasions. Sans victoire décisive de chacun camp, le siège est devenu une technique de guerre, avec ses conséquences comme la famine. Le siège de Sikasso par Samory TOURE, puis par les Français, a conduit au suicide de Babemba TRAORÉ, choisissant ainsi le chemin de l'honneur.

De nos jours, en Afrique, il faut aussi signaler que l'argent et phénomène de la monétarisation des relations sociales, ont tout perverti. Un de ces phénomènes majeurs est, bien sûr, ces marabouts affairistes et obscurantistes, refusant d'appliquer les mesures de distanciation sociale, s'ils n'ont pas, au préalable, reçu les subventions mensuelles de l'Etat (3000 Ziaras par an au Sénégal, rapportant des subventions aux confréries religieuses). Le phénomène WhatsApp me paraît, également, être le marqueur essentiel de la corruption des relations sociales africaines, marquant ainsi un virage important vers un individualisme désastreux. Ces groupes WhatsApp, mal utilisés, charrient parfois des torrents de boue ou des banalités dramatiques, chronophages, pouvant vous faire perdre votre temps. Cependant, et bien utilisé, le WhatsApp peut se révéler, en ces temps de confinement, un extraordinaire outil de rapprochement et de communication.

Prenez grand soin de vous-mêmes et de vos proches et amis. Portez-vous bien !

Paris, mercredi 25 mars 2020, 9ème jour de confinement, 1er jour d’état d’urgence et couvre-feu au Sénégal, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«9ème jour de confinement : comment tenir ce siège qui sera long ? Quelle qualité des relations sociales ? Quelle direction voulons-nous donner à notre existence ?» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«9ème jour de confinement : comment tenir ce siège qui sera long ? Quelle qualité des relations sociales ? Quelle direction voulons-nous donner à notre existence ?» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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