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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 17:09

«Tout ce qui est neuf est beau, sauf une tombe. Une tombe c’est une montagne de grains de sable de tristesse» disait mon arrière-grand-mère Dourmaa LY. Le 1er novembre, remue en moi bien des souvenirs douloureux. Vivant chez les leucodermes, je constate que dans cette rage de célébration de la vie, la mort est occultée, soigneusement cachée. Ayant quitté jeune mon pays d’origine, la mort y est l’affaire des adultes. Ma Xiao FAN souffrait depuis de nombreuses années de ce mal terrible qui la rongeait : le cancer. Le soir, à la maison, après les chimiothérapies, quand elle vomissait, abondamment, je sentais que la cause était perdue. Il régnait à la maison, une ambiance morbide, qui nous saisissait aux tripes. Mais tant qu’il y avait encore un semblant de vie, on espérait toujours un miracle. Habité par une espérance et un espoir, on ne se sentais jamais vaincu ; on croyait toujours au miracle. Tout au long de voyage pénible, on tenait le coup, par Amour et en raison du soutien inestimable des fidèles amis que son Marie-Laure COQUELET, les parents de Benjamin, et Etienne LU. Dans ces épreuves pénibles de la vie qu’on compte bien ses vrais amis ; ceux qui ne se contentent pas d’une compassion hypocrite, mais agissent au quotidien, solidairement. Entre le bureau, l’hôpital, l’école pour mon fils, comme un mort-vivant, j’ai perdu 7 kg. C’est à Jeanne GARNIER, à Paris 15ème, à l’unité de soins palliatifs, dans une nuit du 2 au 3 janvier que je voyais, pour la première fois, la face hideuse de la mort. Subitement vers 23 heures, Xiao FAN, comme un hoquet, commence à éructer. Je cours aller voir l’infirmière de garde ; celle-ci m’explique c’est le râle qui annonce la mort. C’est vers 2 heures du matin que la délivrance est arrivée dans mes bras. Aussitôt surgit une question à laquelle je n’étais préparé : fallait-il rapatrier le corps dans son pays d’origine ? de tradition bouddhiste une incinération serait-elle souhaitable ? ou l’enterrer à Paris ?

Ma bien-aimée n’ayant pas laissé de volontés claires, face l’indécision des parents qui m’ont laissé le choix de la bonne décision, j’ai opté pour l’enterrement au cimetière parisien de Pantin, avec un emplacement futur, pour moi. Musulman, je crois fondamentalement, que les morts ont besoin de nos prières et notre Amour dans ce grand voyage. Un mort n’est vraiment mort que quand les vivants ont cessé de l’honorer et de se souvenir de lui. C’est donc bien dans le cœur de vivants que gisent nos morts.

Y-a-t-il donc une vie après la mort ?

Croire ou ne pas croire, telle est la question. Personne n’est revenu pour nous renseigner sur ce qui se passe dans l’au-delà. Croyants ou non nous sommes parfois submergés par l’angoisse de la mort. Aussi, nous en sommes réduits à des débats religieux ou philosophiques sur ce en quoi nous devrions croire, en la vie  ici-bas ou à la vie Eternelle ?

Dans l’Egypte ancienne, berceau de la civilisation mondiale, et avant AKHENATON qui introduit monothéisme, la notion «d’éternité», la religion est «cosmothéisme» ; elle ne fait pas de distinction entre «Dieu» et «Monde», ou entre «Immanence» et «Transcendance». En effet, sous l’Egypte ancienne, l’idée règne que le souverain, après la mort s’envole au ciel et jouit de l’immortalité des êtres divins. L’état de mort n’est pas conçu comme une disparition, une chute totale hors de l’existence, mais comme une transformation dans le cadre de l’existence, une forme différente d’existence. Ré est le Dieu de la régénération interminable, Osiris est le dieu de la durée inchangeable, à travers le soleil, pour être, durer, se transformer et atteindre ainsi l’état final de perfection. C’est une rupture fondamentale avec les autres cosmogonies. Le «Livre des morts» (Todtenbuch), une œuvre religieuse sur la foi des temps reculés, sur les dieux et la mythologie, exprime l’idée qu’il y a un dieu en dehors du temps ; c’est un dieu qui existait avant la genèse du monde et qui existera après sa fin. Le mort a le privilège de prendre toutes les formes qu’il désire. Le jugement du tribunal d’Osiris n’est pas nécessairement une condition pour obtenir une faveur. La mort c’est «l’apparition au jour ou la sortie du jour». Sortir du jour ou de son jour, ne signifie pas nécessairement quitter la vie ou perdre à jamais l’existence. Il y a encore la vie de l’autre côté du tombeau. La mort signifiant seulement qu’on «est libéré de la durée limitée de la vie terrestre». Bref, c’est devenir quelqu’un de libre des limites du temps et de l’espace. Chez AKHENATON, Aton, le Soleil, est la source d’énergie vitale, le créateur de toutes choses. Cette pensée de l’Egypte ancienne est en rupture avec les autres conceptions de la vie. Ainsi, le Chéol hébraïque,  l’Hadès grec, le Pays sans retour babylonien, l’Orcus romain, sont tous des royaumes de morts, où les morts ne vivent pas, mais sont morts.

Cette pension de l’Egypte ancienne est à comparer avec l’Animisme africain. Les religions de l’Afrique traditionnelle sont fondées sur le culte des ancêtres : «Ceux qui sont morts ne sont jamais partis. Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire et dans l'ombre qui s'épaissit, les morts ne sont pas sous la terre : ils sont dans l'arbre qui frémit, ils sont dans le bois qui gémit, dans l'eau qui coule, dans l'eau qui dort, dans la cave, ils sont dans la foule, les morts ne sont pas morts», écrit Birago DIOP (19061989), dans son poème «Les Souffles». Renouant avec l’animisme africain, pour Birago DIOP la vie n’est pas synonyme d’existence : «les morts ne sont pas morts». «La mort, est le fruit de la vie. La vie est le fruit de la mort» dit un dicton au pays Diola, au Sénégal. «Il n’y a pas de frontière, en Afrique Noire, pas même entre la vie et la mort» précise M. Mohamadou KANE. La vie continue par-delà de notre existence. «Dans la cosmogonie négro-africaine, l’idéologie de la vie prime sur celle de la thanatologie, car la vie ne finit pas avec la mort. A contrario, elle la dépasse, la transcende et continue dans l’Au-delà. Ainsi, la mort n’est pas le dernier mot de la vie pour l’Africain. Celle-ci est, reste et demeurera une phrase en pointillés qui s’achèvera au village des ancêtres lors du retour final» dit Marcel ANGANGA. Les ancêtres vivent, en toutes choses, animées ou inanimées : «tous ceux sont morts ne sont pas partis». Un pacte nous lie à nos ancêtres ; c’est pour cela que nous devons les respecter. Wolé SOYINKA, prix Nobel de littérature, admirateur du dieu Yoruba, Yoruba, Ogun Abidiman, réaffirme la primauté de ces religions africaines ancestrales.

Le Dieu des chrétiens est fondé sur une autre rhétorique : «Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne peut venir au Père que par moi» dit Jésus. «Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages» dit le Christ. Dans la religion musulmane, au-delà des préjugés et des calomnies, le fidèle doit obéir aux commandements de Dieu, et le jour du Jugement Dernier, il sera rétribué par l’entrée au Paradis. Cette religion a imposé une éthique de la vie particulièrement exigeante, en plus de la prière, de l’aumône de la Chahada (reconnaissant d’un seul Dieu et que Mahomet est son envoyé) et le pèlerinage à la Mecque, si les moyens le permettent,  le fidèle doit mettre en conformité ses paroles à ses actes. L’hypocrisie est sévèrement banni, le musulman étant celui qui a un cœur pur. La rectitude est de rigueur.

Dans cette rude compétition entre l’immanence et la transcendance, les nihilistes ont posé une réponse tranchée. Suivant Sénèque qui célèbre la vie, chaque jour nous mourrons un peu : «L’homme ne tombe pas tout à coup dans la mort, mais qu’il s’avance vers elle pas à pas. Chaque jour nous mourons ; chaque jour nous enlève une partie de notre vie. Quel ridicule d’invoquer la mort, quand c’est la crainte de la mort qui a troublé votre vie» dit-il dans ses fameuses «lettres à Lucilius». «Nous n’avons peu de temps, nous en avons beaucoup perdu. La vie est assez longue si on en faisait toujours un bon emploi» dit-il. Donc, si la vie paraît courte, c’est qu’on l’emploie mal. «La vraie vie, n’est pas l’au-delà, mais c’est de profiter de chaque moment, comme un instant d’éternité : «Affirme ta propriété sur toi même, et le temps que jusqu'ici, on t'enlevait, on te soutirait ou qui t'échappait, recueille-le et préserve. Certains moments nous sont retirés, certains dérobés, certains filent. La perte la plus honteuse, pourtant, est celle que l'on fait par négligence. Veux-tu y prêter attention : une grande partie de la vie s'écoule à mal faire, la plus grande à ne rien faire, la vie tout entière à faire autre chose», écrit-il, dans ses «lettres à Lucilius». Pour Sénèque, Dieu réside dans l’homme de Bien, qui doit marcher vers la perfection : «Ce Dieu que vous implorez est près de vous ; il est avec vous, il est en vous. Un esprit saint réside dans nos âmes ; il observe nos vices, il surveille nos vertus, il nous traite comme nous le traitons. Point d’homme de bien, qui n’ait Dieu au-dedans de lui» dit-il à Lucilius. Penseur de l’immanence, Sénèque pense que Dieu est Nature et Raison.

Dans les doctrines nihilistes, Karl MARX (1818-1883) a posé une critique sévère de la religion : «La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole“ écrit-il, en 1843, dans «Sa contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel». MARX s’inspire de Ludwig FEUERBACH (1804-1872) qui disait que «l’homme fait la religion, la religion ne fait pas l’homme». Pour le philosophe allemand, Friedrich NIETZSCHE (1844-1900), «Dieu est mort», ce n’était qu’un pauvre homme. Le Dieu des chrétiens, fondé sur l’hypocrisie, est incompatible avec la vie ; synonyme de souffrances et de mort, dévalorisant le monde réel, ce Dieu réprime les plaisirs de la vie, la dignité de l’homme et fait l’éloge des faibles. NIETZSCHE fait appel à un surhomme pour libérer les hommes des préceptes divins, faux et illusoires. L’homme est esclave des religions qui l’empêchent de s’épanouir, de vivre pleinement.

Confucius, dans la pensée bouddhiste a introduit une religion sans Dieu qui a eu un succès considérable chez Voltaire et ROUSSEAU. Pour Confucius, aussi les gouvernants que les gouvernés, doivent dans leur conduite, adopter une attitude de rectitude, se perfectionner en permanence en pratiquant la vertu. L’écrivain russe, Léon TOLSTOI (1828-1910) qui n’est pas seulement que l’auteur de romans célèbres, est un mystique qui sera excommunié. «Moi, je ne serais plus, mais qu'y aura-t-il alors? Il n'y aura rien. Mais où serai-je donc, quand je ne serai plus? Est-ce vraiment la mort? Non, je ne veux pas» écrit TOLSTOI dans la «Mort d’Ivan Illitch». On connaît le titre de son ouvrage célèbre «Le royaume de Dieu est en vous». Jésus c’est l’Amour et la Vérité et cela vie éternelle. L’église ne serait qu’hypocrisie et vanité.

Mais qu’est-ce donc la vie ?

«Où est ma vie ? Où suis-je moi ? La vraie moi, qui aspirait autrefois à quelque chose d'élevé, au service de Dieu et à des idéaux ? Épuisée, tourmentée, je meurs à petit feu. Je n'ai de vie ni terrestre ni spirituelle. Alors que Dieu m'avait dotée de tout : santé, forces, capacités ... Et même bonheur. Pourquoi suis-je si malheureuse ?» s’interroge Léon TOLSTOI dans «La Sonate à Kreutzer». Pour cet écrivain russe, l’Homme a une haute mission à remplir : «Tout homme est venu au monde par la volonté de Dieu. Et Dieu a créé l'Homme de telle manière que tout homme peut perdre son âme ou la sauver. Pour sauver sa vie , il fallait renoncer à tous les plaisirs superflus, travailler, être humble, patient» écrit-il dans «Confessions». En effet, pour TOLSTOI, «le sens de la vie, est de fonder le royaume de Dieu sur la terre, c’est-à-dire de faire régner sur les rapports des hommes, au lieu de la violence, de la cruauté et de la haine, l’amour et la fraternité. Le moyen que nous devons employer pour atteindre ce but, est notre perfectionnement individuel, c’est-à-dire que nous devons remplacer l’obéissance à nos appétits égoïstes par l’exercice d’un charitable dévouement envers nos semblables, suivant le précepte évangélique qui résume la loi et les prophètes : Toutes les choses que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-leur aussi de même» écrit-il dans «Le sens de la vie».

Sénèque condamne également les vanités de la vie et incite à une vie fondée sur des valeurs hautes et exigeantes. Suivant Sénèque la vie est un combat, l’homme devant en permanence surveiller son comportement, s’écarter du vice et adopter un comportement vertueux et rechercher le bien souverain. Pour Sénèque, la sagesse c’est l’immortalité ; seuls les sages vivent «La vie du sage s’étend fort loin ; il n’est point renfermé dans les mêmes limites que les autres : seul, il est affranchi des lois de l’humanité : tous les siècles lui seront soumis comme à Dieu. La longueur de la vie est faite pour lui de la réunion de tous ses moments en un seul».

J’ajouterai, très modestement, que l’homme qui se laisse calomnier, insulter et qui ne défendrait pas son honneur et sa dignité, ne mérite pas ce qualificatif d’homme. La vie c’est vivre en harmonie avec ses principes, ceux du bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.

Paris, le 1er novembre 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Y’a-t-il une vie après la mort ?» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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