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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 22:59

La diaspora s’interroge parfois sur son devenir, son identité et sa place dans la société française. Pourtant le seul chemin qui vaille est d’investir les lieux de décisions, le pouvoir économique étant l’un des puissants leviers pour échapper largement à la servitude et forcer le respect. Or, et sans faire de bruit, une nouvelle race de capitaines d’industrie est en train de naître en France, et Marie BARTHELEMY, du restaurant «Le Petit Dakar», en fait partie. Il ne faudrait donc pas s’auto-limiter ou s’autocensurer. Si on se fixe des objectifs atteignables, et si on travaille dur pour cela, on finit toujours par vaincre tous les obstacles.

Le restaurant, «Le Petit Dakar» symbolise bien le Sénégal en plein cœur de Paris. Colonisé par mes compatriotes Ouolofs, je ne peux pas rester longtemps sans manger ce riz rouge aux poissons, que l’on appelle «Thiébou Dieun». La légende veut que ce soient les Saint-Louisiens qui fassent le meilleur «Thiébou Dieun» du Sénégal. Ici, à Paris, à chaque fois que je débarque au Petit Dakar, ils connaissent déjà mon choix. Tant pis, si ce plat national du Sénégal fait monter ma glucose ! J’accepte le risque. Au Petit Dakar, on y trouve, aussi, le poulet mariné aux oignons et citron, le «Yassa», ainsi que ce ragoût de bœuf avec de la pâte d’arachide, le «Mafé». Je n’oublie pas ces boissons que sont notamment cette décoction de feuilles d’hibiscus, «le Folléré» en Peul ou «Bissap» en Ouolof, le gingembre, ainsi que le jus du fruit de baobab. En bons Peuls, mes enfants adorent le «Thiaakiri», ce mélange de fromage blanc avec du mil. «Neddo Ko Bandoum», je me sens au Sénégal, à chaque visite au «Petit Dakar». Ce qui me frappe, dans ce restaurant, ce sont la chaleur de l’accueil et la qualité des produits proposés. L’un des membres de l’équipe, grand amateur de football, a répandu sa passion sur tous les murs du Petit Dakar.

Traditionnellement, les restaurants sénégalais sont à la périphérie, notamment au quartier de Château Rouge, dans le côté déshérité et populaire du 18ème arrondissement de Paris. Or, le «Petit Dakar» est situé à la rue Elzévir, à Paris 3ème, dans le huppé quartier, en plein centre de la capitale, au Marais.  A l’époque préhistorique, il y avait un bras du fleuve de la Seine, maintenant disparu, qui a laissé place à des marais. Dans cet endroit, avec ses eaux stagnantes et sales, on y cultivait des vignes, des potagers, des jardins et des cultures céréalières. C’est dans ce quartier que ce sont installés l’hôtel de ville, en 1357 et de nombreuses congrégations religieuses. Le Marais, situé à quelques mètres des Musées Cognacq-Jay, Picasso et Carnavalet, de la Maison de Suède, a été ou est habité par des gens célèbres comme Charles d’Anjou (1227-1285), roi de Naples et de Sicile, dernier fils de Louix VIII ; Henri IV(1553-1610), roi de France ; François MANSART (1598-1666), architecte ; Madame de SEVIGNE (1626-1696) écrivaine ; Victor HUGO (1802-1885) écrivain ; Eugène SPULLER (1835-1896), avocat, écrivain, journaliste et homme politique ; Colette (1873-1954), écrivaine ; André MALRAUX (1901-1976) ministre de la culture et écrivain ; Annie GIRARDOT (1931-2011), artiste ; Christian LACROIX, couturier, designer et illustrateur ; Jacques LANG, homme politique ; Carole BOUQUET, artiste, etc. Ce quartier du Marais, dont la plupart des bâtiments sont classés au patrimoine mondial de l’U.N.E.S.C.O, est également riche de sa diversité culturelle et ethnique : tous s’y côtoient, de façon harmonieuse. Le prix du mètre carré est l’un des plus élevé de Paris, entre 15 000 € et 21 000 €.

Le parcours et les origines de Marie BARTHELEMY, gérante du restaurant «Le Petit Dakar», reflète toute une riche diversité culturelle. En effet, Marie, est issue d’un père Diola, bibliothécaire aux archives douanières, et d’une mère Mandjaque, professeure d’espagnol et d’anglais. Son père, orphelin très jeune, a été élevé par une famille catholique. D’autres membres de sa famille sont restés animistes ou musulmans. Le multiculturalisme, qui effraie tant certains, est donc un trésor et une force qui cimentent la nation sénégalaise.

Par conséquent, rien ne destinait Marie BARTHELEMY à ouvrir un restaurant dans le très prestigieux quartier du Marais, à Paris. En effet, Marie après des études  secondaires à Dakar, a suivi une licence de gestion, à Nancy, en Lorraine. A l’aube de ses 26 ans, Marie a eu un échange avec son père sur son projet professionnel : «Le plus important dans la vie, c’est de faire ce pourquoi on a un don. Or depuis toujours tu es douée pour la cuisine», lui dit son père. «Je suis peut-être douée pour la cuisine, mais ce n’est pas une passion. En effet comme la majeure partie des sénégalaises j’ai appris à préparer les repas dès le plus jeune âge. C’est moi qui faisais à manger pour la famille et les invités» Son père l’a incitée en vain à faire une école hôtelière : «Quand on a un don pour quelque chose, c’est plus facile. On a moins d’efforts à faire. A partir du moment où tu es travailleuse, avec ce don, tu pourras être créatrice, la cuisine étant un art» lui rétorque son père.

De cet échange, Marie BARTHELEMY commence alors à réfléchir, sérieusement, sur l’orientation à donner à sa vie professionnelle. C’est ainsi qu’elle débarque dans le métier. Pour elle, la meilleure école, c’est d’aller sur le terrain et d’expérimenter le monde  de la restauration, avant de lancer son entreprise. Marie a trouvé un travail chez Pizza Hut, une chaîne de restauration qui marchait bien :  «En effet, j’ai passé les tests écrits, multiples entretiens au siège à Paris, sur le terrain à Nancy suite à ma candidature pour intégrer l’équipe de direction. J’ai été recalée, car durant mon évaluation j’ai refusé d’exécuter une consigne que je trouvais injuste. Ironie du sort on m’avait chassée par la grande porte et je suis revenue par la fenêtre avec l’aide d’un copain de l’I.U.T. qui arrondissait ses fins de mois en étant employé le soir après les cours» dit-elle. C’est ainsi que Marie a démarré à la plonge, dans un monde très masculin, à Nancy. C’était un travail éreintant, l’équipe était dubitative, mais le courage et la détermination de Marie ont fini par forcer l’admiration et le respect. L’avantage de la plonge, une fonction ingrate, c’est un travail isolé, à l’abri des bisbilles des autres membres de l’équipe. Très rapidement, en l’espace de trois mois, la responsable de Pizza Hut lui a demandé de faire de la production. En un an, Marie va passer, par la suite, en salle, pour faire le service. Ayant fait le tour je décide de partir et c’est à ce moment que la gérante me propose d’intégrer son équipe de direction (plannings, inventaires, gestion des produits, tout le fonctionnement administratif d’un restaurant).

Le siège décide de fermer son restaurant à Nancy et c’est ainsi que Marie choisit d’être dans le plan de restructuration pour Paris à condition de bénéficier d’une autre promotion. Marie a repris un nouveau poste en tant qu’assistante manager, chez Pizza Hut, à Alésia, Paris 14ème où elle a appris les ficelles du métier. A partir du moment où le produit est régulier, de bonne qualité, standardisé, le prix adapté, dans le respect des normes d’hygiène et de sécurité (HACCP) ; on a les clés de la réussite en matière de restauration. Par ailleurs, si on a un produit de qualité, sans le marketing, il est difficile de faire décoller les ventes. Maîtrisant le métier de la restauration : «Je commence à m’ennuyer l’envie de partir me reprend» dit Marie.  Son frère dans l’hôtellerie, faisant des audits pour redresser des affaires, a mis Marie BARTHELEMY en relation avec l’ancienne propriétaire du Petit Dakar, Mme Valérie SCHLUMBERGER, pour reprendre ce restaurant en décembre 2009.

Au démarrage de la reprise du restaurant «le Petit Dakar», Marie a pu bénéficier d’un soutien inestimable de son mari, d’amis proches et de la famille qui lui ont prêté de  l’argent. Une étude de marché a été faite et la banque a consenti un prêt. Marie, pour valider son BTS en gestion, avait déjà monté un dossier de création d’entreprise. L’expérience chez Pizza Hut a été très utile pour la connaissance des rouages de la restauration. A ce jour, Marie n’a pas subi de préjugés des habitants de ce quartier riche de Paris. Pour elle, le secret de la réussite : c’est la rigueur, le travail, le goût de l’effort et le professionnalisme. Au début, Marie a compris qu’elle devait être en cuisine, et  n’ouvrait que le soir, la matinée étant consacrée à la préparation des plats. Elle n’avait qu’un employé, le fidèle cuisinier, toujours présent. Son mari a considérablement a assumé son rôle de Papa en assurant la garde de leur fille Aînée qui n’avait à l’époque que trois ans. Au bout de la deuxième année, elle a pu embaucher une seconde cuisinière, et a gagné en qualité de vie. Progressivement, Marie a pu recruter une équipe de quatre employés. Marie avait, au départ, un management affectif, envers ses employés. L’équipe est fidélisée depuis 10 ans, sans un seul arrêt de travail injustifié. Il est normal de tenir compte des absences régulières (congés annuels, maternité, etc.). Le restaurant est fermé le dimanche et le lundi midi. Le samedi, Marie embauche des extras en cas de besoin. Ce n’est pas un restaurant qui exploite tout son potentiel , la priorité étant le bien-être de l’équipe, le paiement des salaires et des charges sans retard.

En France, quand on parle de l’immigration et de tout ce qui est différent, cela suscite l’inquiétude et les préjugés. L’expérience de Marie, comme celle de cette nouvelle race de capitaines d’industrie issue de l’immigration ou pas atteste bien qu’il faudrait donc se méfier des idées reçues. En effet, Marie, à travers la reprise du restaurant «Le Petit Dakar», c’est le triomphe du volontarisme, c’est la conviction profonde, que quand on veut, on peut. Après 10 années, Marie est fière de son restaurant «Le Petit Dakar». Marie recommande à la nouvelle génération, souhaitant monter leur affaire, d’en vérifier, au préalable, la faisabilité. Les avis de l’entourage sont peu utiles, s’ils ne sont pas éclairés par des chiffres conséquents. Surtout, il ne faudrait jamais abandonner ses idéaux : «quand on va au bout de ses rêves, on finit, toujours, un jour, par y arriver» dit Marie. Très souvent, les intuitions que l’on a, sont les bonnes. En revanche, on n’est pas tout seul quand on lance une entreprise. On ne peut pas contraindre les autres, notamment son équipe de travail à adhérer à son projet. Cependant, l’art de la persuasion, pour être meneuse d’hommes est importante : «Il faudrait mille et une astuces pour qu’ils s’approprient ton idée et qu’ils acceptent de la mettre en œuvre. Il arrive même qu’ils présentent vos idées comme les leurs, et là vous avez gagné le combat du management» dit Marie. Dans la conduite de son équipe, il faudrait séparer le privé du professionnel, tout en restant à l’écoute des difficultés personnelles de ses salariés, en évitant de «les materner». Le problème de l’assistanat est l’une des causes du retard de l’Afrique : Maintenir l’autre sous la dépendance, avec des aides, sans le rendre autonome, est la pire des solutions. «A partir du moment où chacun a, en lui-même, un potentiel et des capacités, il faudrait qu’il les valorise, pour s’en sortir» dit Marie. Dans ce bilan des 10 ans, Marie a vu des commerces ouvrir et fermer : «Je suis contente d’avoir réussi à mener de front ma vie familiale et professionnelle» dit Marie.

Marie BARTHELEMY n’a pas de regrets, même si elle estime qu’elle aurait pu aller plus vite, dans le développement de son restaurant. Cependant, Marie a encore des projets, l’avenir, pour elle, reste toujours l’entreprenariat : «Il faut prendre cette part, pour échapper, plus tard, aux conditions qui arrivent, de plus en plus difficiles» dit Marie aux jeunes français issus de l’immigration. «Je suis une passionnée de lecture, de par mon père, j’ai encore beaucoup de choses à faire au Petit Dakar, notamment faire découvrir les grands auteurs africains, à travers une bibliothèque, en 2020, et monter une épicerie pour promouvoir les talents de jeunes femmes, dans le cadre d’une économie sociale et solidaire, faire exposer, ponctuellement, le dimanche les associations et les artistes» dit-elle. Marie se déclare attirée par les Etats-Unis et le Canada, et aimerait que ses enfants soient bilingues : «Peut-être que j’ouvrirai le Petit Dakar sous une autre forme, la gestion d’un restaurant pesant lourd dans une vie de famille» dit-elle.

Le Restaurant «Le Petit Dakar» : 6 rue Elzévir, 75003 Paris - Métro Saint-Paul, ligne 1, bus 29 arrêt Turenne-Saint Gilles. Tél 01-44-59-34-74.

Horaires de service du lundi soir au samedi soir : déjeuner de 12h00 à 15h00– Dîner de 19h30 à 22h00.

Paris, le 23 novembre 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le Restaurant, «Le Petit Dakar», symbole du Sénégal en plein du Quartier du Marais, à Paris» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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