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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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18 juillet 2019 4 18 /07 /juillet /2019 18:06

En ce 18 juillet, date anniversaire de Nelson MANDELA, je vous invite à lire les lettres de prison cet exceptionnel combattant de la liberté, une des plus grandes du XXème siècle. Ces lettres révèlent l'héroïsme de l'homme qui a refusé tout compromis de ses valeurs.

Lutteur dans l'arène, je me reconnais dans son combat pour une Afrique debout : «Le nouveau monde ne sera pas construit par ceux qui restent à l'écart les bras croisés, mais qui sont dans l'arène réduits en haillons par la tempête et le corps mutilé par les événements» écrit-il.

Ce livre reproduit 255 lettres de Madiba, une conscience pour l'humanité : «Les mots de Madiba sont une boussole dans une mer de changement, une terre ferme au milieu de courants agités» écrit Barack OBAMA.

Ce livre est un cadeau de mes amis, frères et soeurs, collègues de Bagnolet quand j'ai quitté cette collectivité. Le monde du travail est parfois un espace de compétition, de mesquineries, de bassesses, de perfidies, mais il est surtout une lieu de solidarité, où l'on peut rencontrer des gens formidables, des êtres humains qui méritent ce qualificatif. A eux, et à vous tous mes amis du monde, lisez cet ouvrage, symbole d'espérance ; il vous révélera, ce que vous saviez, que le Bien souverain, l'Amour sont plus forts que la Haine, la Discorde ou les forces du Chaos.

Paru chez Robert Laffont, en 2018, avec 764 pages, ce livre est plus qu’une autobiographie, c’est un manifeste de résistance contre l’oppression que tout militant de la cause de l’humain devrait lire. MANDELA, resté 27 ans, 6 mois et 6 jours (du 5 août 1962 au 11 février 1990), a sacrifié sa vie pour un noble combat, celui de la liberté et de la dignité des Sud-Africains, victimes de l’Apartheid. Pendant ses dix premières années en prison, cet homme pacifique à la maîtrise exemplaire n’a, contrairement aux autres prisonniers, jamais vu ses conditions améliorées. Les prisonniers étaient classés en trois catégories : les grades C, (prisonniers de droit commun, les grades B ou primo arrivants et les D, les prisonniers politiques qui ont moins de droits. Ils n’étaient autorisés à recevoir qu’un seul visiteur tous les 6 mois et ne pouvaient écrire qu’une lettre de 500 mots, tous les 6 mois. MANDELA est resté dans cette condition de 1962 à 1973. Père de 5 enfants, il n’a pas été autorisé de les voir avant leurs 16 ans. Il a vécu dans le froid glacial et la chaleur étouffante, la saleté et la frugalité. Et les humiliations. Il a dû creuser des tranchées de 1,80 mètre, y descendre sur ordre des geôliers avant que ceux-ci ne se soulagent sur lui. Il n’a jamais su quand et pourquoi certaines lettres n’ont pas été envoyées. Alors il les recopiait toutes afin, si elles n’arrivaient pas, de pouvoir les refaire. Il est déchiré d’apprendre que sa fille n’avait pas reçu ses tendres vœux d’anniversaire. «Ils cherchent à me frustrer, me démoraliser, pour m’amener au désespoir et me briser», disait-il à ses avocats.

MANDELA n’a jamais rien lâché. Il y avait ses objectifs politiques. Et le respect. En mai 1963, à son arrivée à la prison de Robben Island, les gardiens fouillent ses vêtements et les jettent sur le sol humide. Mandela s’en plaint. Un gardien lui fonce dessus, agressif. Mandela raconte : «Alors je lui ai dit :Si tu me touches, je te traîne devant la haute cour, et quand j’en aurai fini avec toi, tu seras aussi pauvre qu’une souris de sacristie” Il s’est arrêté. Il avait peur. Pas moi. Pas parce que j’étais courageux mais il fallait fixer une limite», dit-il.

Les geôliers de MANDELA confisquent la majorité de son courrier et s’évertuent à le contrarier, à l’empêcher d’étudier, de correspondre et ont essayé, par tous les moyens, de saper son moral. La conduite de MANDELA, témoigne dans chaque lettre, de sa résistance inflexible, de son extrême courtoisie, de sa délicatesse attentionnée à chaque deuil, de sa finesse de jugement sur les hommes et les choses, de son souci des détails ; il est resté attentif à tout, en dépit de son isolement.

Ayant conservé ses objectifs politiques, plein de sagesse et de dignité, MANDELA ne renie rien de son éducation, des valeurs familiales, de ses racines et de sa condition de notable, de chef tribal et d’homme de culture. Résolument optimiste, il ne flanche pas et prend le leadership du combat contre l’Apartheid Mandela ne fléchit pas. Il prend la tête du combat au sein de la prison au nom des prisonniers politique tout en exprimant tendrement son soutien et son amour à sa femme Winnie et à ses enfants, interdits de visite jusqu’à l’âge de 16 ans. Ces lettres de prison souvent censurées «indiquaient une volonté et une politique délibérée de la part des autorités de me couper et de m’isoler de tous les contacts avec l’extérieur, de me frustrer et de me démoraliser, pour m’amener au désespoir et éventuellement de me briser» écrit MANDELA, le 11 décembre 1968.

Isolé il a décidé de s’appuyer sur sa famille, la flamme de l’espoir. L’aspect le plus précieux du moral d’un prisonnier, c’est le contact avec ceux qu’il aime et les nouvelles du monde extérieur. Ainsi, quand sa mère, Nosekeni, meurt, n’étant pas autorisé à assister à ses funérailles, il écrit en octobre 1968 à son neveu, un Chef Thembu :

«Fils bien-aimé,

Mon beau-frère, Timothy Mbuzo, m’a rendu visite il y a quelques jours et m’a dit que tu avais assisté à l’enterrement de ma mère. Ta présence au cimetière, malgré tes nombreuses occupations, me touche beaucoup et je voudrais que tu saches que je l’apprécie énormément. 

J’ai vu ma mère pour la dernière fois le 9 septembre de l’an dernier. Après notre rencontre, j’ai pu l’observer, alors qu’elle se dirigeait vers le bateau qui la ramènerait sur le continent et l’idée que je ne la reverrais plus m’a traversé l’esprit. Ses visites m’ont toujours bouleversé et la nouvelle de sa mort m’a durement frappé. Je me suis brusquement senti seul et abandonné. Mais mes amis ici, dont la sympathie et l’affection ont toujours été pour moi une force, m’ont aidé à supporter ma douleur et m’ont redonné le moral». 

Derrière chaque homme d’exception, se cache une femme d’exception. La propagande de l’Apartheid a tenté vainement de discréditer Winnie MANDELA. La contribution de Winnie à la chute de l’Apartheid a été décisive. Ainsi, en avril 1969, MANDELA écrit à son épouse :

«A Winnie Mandela, son épouse 

Enfin une photo de famille, «quel chefs-d’œuvre». Kgatho et ses soeurs sont incroyables et j’ai éprouvé une immense joie en voyant la photo de Maman. Ton petit portrait a presque créé une émeute. «Ayingo Nobandla Lo !» «N’est-ce pas sa jeune sœur !» «Madiba est resté trop longtemps en prison, il ne connaît pas sa belle-soeur», on m’a lancé toutes ces remarques et d’autres de partout. 

Ce portrait a soulevé en moi différents sentiments. Tu as l’air un peu triste, comme absente et souffrante, mais en même temps toujours adorable. La grande photo est une magnifique étude qui représente tout ce que j’aime en toi, la beauté ravageuse et le charme que dix années de vie conjugale et orageuse n’ont pas refroidis. Je soupçonne que tu voulais que cette photo m’envoie un message spécial qu’aucun mot ne pourra jamais exprimer. Sois sûre que je l’ai bien reçu. Tout ce que je veux dire, c’est que cette photo a réveillé en moi de tendres sentiments et atténué la saleté qui m’entoure. Elle a réveillé le désir que je ressens pour toi et pour notre douce et paisible maison.

Être l’objet de ton amour et de ton affection m’a rendu humble. Souviens-toi que l’espoir est une arme formidable même quand tout le reste est perdu. Tu es dans mes pensées à chaque moment de ma vie. Rien ne t’arrivera, ma chérie. Tu te remettras et tu te relèveras. 

Un million de baisers et des tonnes d’amour».

MANDELA écrit une autre lettre à Winnie, en février 1975, dans laquelle il évoque le profit à tirer de la prison :

«A Winnie

Incidemment, on peut découvrir que la cellule est un endroit idéal pour se connaître, pour rechercher de façon réaliste et régulière le fonctionnement de son esprit et de ses sentiments. A juger nos progrès en tant qu’individus, nous avons tendance à nous concentrer sur des facteurs externes tels que la position sociale, l’influence et la popularité, la richesse et le niveau d’études. Evidemment, ce sont des choses importantes Honnêteté, sincérité, simplicité, humilité, pure générosité, absence de vanité et disponibilité à aider les autres, ces qualités qui sont à la portée de tous, sont les fondements de la vie spirituelle.

En tout cas, si elle ne sert à rien d’autre, la cellule donne l’opportunité d’observer chaque jour sa conduite, de surmonter le négatif et de développer ce qui est positif en soi. Une méditation régulière, disons quinze minutes par jour avant d’aller dormir, peut être féconde. Au début, trouver les éléments négatifs de sa vie peut sembler difficile, mais à la dixième tentative la récompense est souvent excellente. Ne jamais oublier qu’un saint est un pécheur qui ne cesse de se réformer».

MANDELA écrit en janvier 1981, à sa fille, dont la visite a réchauffé son cœur.

«A Zindzi

Ma chérie, 

Au cours de cette année tu es venue me voir six fois et j’ai reçu neuf lettres de toi, chacune pleine d’amour et de bons souhaits. En plus des télégrammes, j’ai aussi reçu de toi des cartes d’anniversaire et de Noël. Tout cela m’a permis de chasser les rides de l’âge, de rendre mes membres plus souples et de faire circuler mon sang régulièrement. 

Je me souviens encore quand je t’ai vue les 20 et 21 octobre, comme tu étais belle en pantalon et le tissu de tes vêtements semblait réclamer notre attention, exigeant qu’on note que « cette jeune fille de l’autre côté de la séparation est Mantu». J’ai gardé en mémoire le choc de ta visite du 23 décembre. C’était un geste plein de signification pour une jeune dame de passer son 19e anniversaire en traversant et retraversant les eaux polluées de l’Atlantique. Tes visites ont apaisé la nostalgie que je ressentais brusquement quand je pensais comment toi et moi nous jouions à la maison et dans les autres repaires où je vivais. Comme d’habitude tu m’as laissé d’une humeur merveilleuse. Je n’oublierai jamais le souvenir de cette visite». 

Avocat de profession, et formidable épistolier, MANDELA a aussi utilisé ses lettres afin d’obtenir des autorités, le respect des droits de l’homme pour les prisonniers.

Ces lettres nous disent la colère, la maîtrise de soi, l’amour pour sa famille et son pays, d’un grand humaniste et formidable combattant de la liberté qu’a été Nelson MANDELA (1918-2013).

Bon anniversaire à Madiba.

Paris, le 18 juin 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Nelson MANDELA et ses lettres de prison» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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