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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 21:52

«Tout acte posé par un homme doit entrer dans l’histoire» dit un dicton du Dahomey. Héros national et résistant, Béhanzin-Hossou-Bowélé (le germe du monde) a été le 10ème et dernier roi du Dahomey du 6 janvier 1890 au 15 janvier 1894, un règne bref, mais qui a marqué les esprits. Son règne est «sans conteste le plus éclatant à cause de l'exemplarité de son combat pour l'intégrité territoriale et la liberté de la patrie» dit Jean Roger AYOYO. «C’est une vérité d’expérience banale que l’imagination populaire déforme l’histoire. Les personnages qui l’émeuvent ou excitent sa curiosité, elle les exagère, les grandit, parfois même démesurément, en fait des types surhumains. Le recul des siècles aidant, le mythe divinise le héros. Il ne s’agit pas ici de faire de Béhanzin un Priam, ou un Xerxès vaincu. On voudrait seulement le replacer dans le cadre de la vérité historique» écrit, fort justement, Daniel MASSE. Né vers 1845, sous le nom d’Ahokponou Gnacadja, il prend, en 1875, le titre de prince Kondo et décèdera, en exil, à Blida, en Algérie, le 10 décembre 1906. Son corps n’a été rapatrié au Bénin, à Djimé (Abomey), que le 9 mars 1928. Son nom, «Gbéhanzin Aïdjré» signifie «l’univers porte l’œuf que la terre désire». Béhanzin est arrivé au trône, dans un contexte particulier. Depuis le début du XVIème siècle, le royaume du Dahomey vivait en partie de l’huile de palme, mais aussi du trafic des esclaves. Or, en 1888, le Brésil, un ancien allié du Dahomey, a aboli l’esclavage. Les ancêtres de Béhanzin négociaient avec les Européens, d’égal à égal, sur la base des traités de commerce. En effet, le roi du Dahomey a témoigné, par ses actes, d’un grand esprit d’indépendance : «Le dédain avec lequel le Dahomey a, de tout temps, considéré les puissances européennes est un trait saillant de la fierté indigène» écrit Alain FOA. Cependant, à partir de 1885, les Européens se sont partagés l’Afrique ; le colonialisme est triomphant. Les Français, en particulier, avec peu de moyens militaires au départ, ont mis en place une stratégie, qu’ils appliqueront après l’indépendance, à travers la Françafrique, entreprendre, progressivement, la conquête du Dahomey, par les royaumes côtiers. Le roi de Porto-Novo, Toffa, est jugé accommodant et servile et a signé un traité de protectorat avec les Français. Glélé, le père de Béhanzin, alors malade, avait tenté de résister contre cette prédation. Béhanzin, peu malléable, nourri de cet héritage de résistance au colonialisme, a poursuivi et amplifié, vainement, l’action de son père. Le roi requin, avait déclaré la guerre aux Français sous forme d’allégorie «Le requin audacieux a troublé la barre». Béhanzin s’est toujours déclaré ami de la France et voulait le commerce avec ce pays, mais la donne avait changé, la France ne reconnaissant que ses serviteurs dociles, pour conforter son projet de conquête coloniale. «Un certain nombre de petits chefs de peuplades voisines des côtes, entre autres le roi Toffa, s’étaient mis sous le protectorat français. Or, le roi du Dahomey, habitué à être considéré comme le plus puissant souverain des parages, fut sans doute fort mécontent de nous voir établir aussi près de son territoire» écrit François DESPLANTES. Par conséquent, «la mise en dépendance», pour longtemps, de l’Afrique, avait bien commencé, pour reprendre une expression du professeur Catherine COQUERY-VIDROVITCH.

La littérature des administrateurs coloniaux ou des voyageurs européens, est pleine de préjugés, de caricatures et d’instrumentalisations à l’égard du royaume de Béhanzin, tant attaché à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Dahomey. La résistance et l’esprit d’indépendance de Béhanzin ont été occultés ou minimisés. En effet, tout en reconnaissant la valeur et l’adresse dans les combats des guerriers dahoméens, tant redoutés, le colonisateur considérait que la nation de Béhanzin, avec ses sacrifices humaines, l’esclavage et le fétichisme, serait uniquement un pays barbare : «Sous cet odieux despote, comme  sous les rois Glélé et Guézo, le pays était le théâtre des faits de cruauté les plus révoltants, le sang coulait à flot certains jours» écrit la Semaine des familles du 21 mars 1896. Cette renommée insultante et outrageuse à l’égard de Béhanzin est largement imméritée. Béhanzin est capable de générosité et bienveillance, notamment à l’égard de ses hôtes et prisonniers Européens. Il a tout simplement défendu courageusement la souveraineté de son pays, face à l’expansion coloniale. Pour ce fait, il a été déporté et mort en exil. «Ce n’est pas par raison d’humanité qu’on lui (Béhanzin) a fait la guerre. On a bien invoqué, pour faire accepter par l’opinion l’entreprise guerrière qui devait aboutir à la spoliation qu’on sait, le prétexte larmoyant de l’œuvre de civilisation contre des potentats qui se baignaient dans le sang. La vérité, il nous gênait dans notre désir d’expansion coloniale ; il nous barrait la route» écrit Daniel MASSE. En effet, Béhanzin, par sa bravoure et sa résistance, est comparé à Vercingétorix : «L’un et l’autre se sont opposés à l’envahisseur et à domination de leur pays. Tous les deux méritent également l’admiration de l’Histoire. Les Français considèrent Vercingétorix comme un héros national. Au nom de quoi commettrions-nous la grossièreté de considérer Béhanzin et Samory comme des Nègres sauvages et poltrons incapables de résister à César ?» écrit Albert TEVOEDJRE. Par conséquent, contrairement à cette propagande coloniale, le Dahomey est un peuple fier, guerrier et discipliné. Dans ce combat entre oppresseurs et opprimés, entre tondeurs et tondus, vainqueurs et vaincus, le pays de Béhanzin a traversé les siècles, et témoigne d’une histoire glorieuse : «Le royaume du Dahomey mériterait l’honneur de tenir la première place parmi les peuplades. Par son organisation, vraiment extraordinaire pour un pays noir, il les avait déjà surpassés de beaucoup. Ses rois, dont l’autorité justement redoutée ne s’employait pas uniquement à un arbitraire brutal et irraisonné, avait su lui donner une administration fortement hiérarchisée, une armée permanente et des embryons de services douanier et de justice» écrit Auguste LE HERISSE. Un prisonnier de Béhanzin pendant trois mois, E. CHAUDOIN, a reconnu ses qualités de diplomates : «Le Dahoméen, sous son masque noir, cache un profond politique. Diplomate consommé, avant d’attaquer une question, il l’étudie à fond, en voit le pour et le contre, la tourne de tous les côtés pour en connaître les points faibles et pouvoir répondre et parer à toutes les questions qui peuvent lui être posées».

Akaba (règne 1679-1708) fondateur du Royaume du Danxomé, un ancêtre du Roi Béhanzin, un roi jugé apathique et indolent, est le premier roi à avoir introduit le fusil dans son pays et entrer en contact avec les Européens. Son successeur, Agaja (règne du 1708-1728) étendit le Dahomey jusqu’à la côte, y compris Ouidah. Appelé d’abord par les Français «Côte des esclaves», puis Dahomey, lors de la fondation de cette colonie le 22 juin 1894, à la suite d’une campagne militaire des Français, ce pays, devenu République populaire du Bénin en 1975, pour réconciliation entre Fons et Yorubas, est coincé entre le Nigéria et le Togo ; sa partie septentrionale borde le Niger à l’Est et le Burkina Faso à l’Ouest. Les Fons, peuple guerrier et discipliné, ont conquis, progressivement, leurs voisins. Le Danxomé, ou Dahomey, avec comme capitale Abomey et ne formant qu’un cinquième du territoire, va progressivement vassaliser Allada ou Adanwssa dont Sawi est la capitale, ainsi Xweda ou Ouida. En effet, l’ancien royaume du Dahomey, Abomey avait une devise : «faire un Danhomé toujours plus grand» ; ce sont des guerriers aussi braves que fourbes, particulièrement attachés à leur pays. Le royaume du Dahomey «fondé par la ruse et la trahison, agrandi par une suite de guerres, enrichi par le pillage, maintenu par la violence, a été pendant deux siècles la terreur de ses voisins, comme le roi lui-même a été la terreur de ses voisins» écrit E. LEVASSEUR, dans la préface de l’ouvrage d’Alain FOA. L’histoire a retenu le nom du premier roi, Dako (règne vers 1625-1640). Il surprit son ennemi, Aïzonou-Dénou, en train de préparer l’indigo. Il le tua, mit son corps dans une jarre à indigo qu’il fit rouler ensuite sur le sol. Le deuxième roi est Ouegbaja, de 1650 à 1680. Au début du XVIIème siècle le peuple Fon avait un roi, dénommé Dan (serpent en langue Fon, règne de 1640-1650), détenteur du «Gongon» ou cloche sacrée, respecté par ses sujets. A la guerre, bien que peu nombreux, ce roi électrisait ses sujets, triomphait même quand il avait l’infériorité du numérique, et revenait de la guerre avec de nombreux prisonniers et un riche butin. En effet, Ago ou encore Tacoudonou, à qui Dan avait accordé l’asile, a obtenu du roi, toutes les faveurs qu’il demandait, sauf la cloche sacrée : «Vous me demandez un objet sacré que personne ne peut obtenir que mon successeur ; demain vous voudrez régner à ma place, et bientôt vous me demanderez mon ventre pour bâtir dessus votre maison !» dit Dan à Ago. Le roi Dan subira une première défaite devant Tacoudonou, un ancêtre de Béhanzin, à qui il avait accordé asile qui l’a trahi, emprisonné et fait décapiter : «Vous m’avez donné un territoire, j’en ferai un immense royaume ; vous m’avez refusé votre cloche en fer, je l’ai prise, elle m’appartient de droit, je vous demande votre ventre, pour y bâtir, non ma maison, mais les murs de ma capitale. Nous l’appellerons Dahomê», dit-il. En violation des règles de l’hospitalité, «il mit à mort Dan, suivant le serment qu’il avait fait de l’éventrer, et plaça son corps sur le toit du palais qu’il fit construire à Abomey, en mémoire de sa victoire» écrit Charles WALKENAER. Littéralement, «Dahomey» signifie «Dan» (roi des Fons), et «Homê» ventre de Dan, ou le ventre du serpent. L’usage modifiera la prononciation, des noms primitifs surgirent Dahomey et Abomey.

Béhanzin devient donc monarque après la mort de son père survenue le 28 décembre 1890. «Il fait nuit sur le royaume !» telle est la formule annonçant la mort d’un Roi. Le demi-frère du prince Kondo, Ahanhanzo, héritier direct, est mort dans des circonstances non élucidées, sans nul doute empoisonné par Béhanzin, seul fils de sa mère, mais il n’était pas l’aîné de son père, un polygame. Son père, Glélé, avait régné de 1858 à 1889, et excellait dans les allégories ; il se comparait «au lionceau qui sème partout la terreur aussitôt que ses dents ont poussé». Glélé vendait à prix d’or, comme esclaves les princes vaincus ainsi que tous ses prisonniers, notamment aux maisons françaises Victor Régis et Cyprien Fabre de Marseille, qui faisaient fonction de consuls. Glélé a fait nommer, en 1880, un Portugais, un «Yévogan», Juliao Felix DA SOUZA (1832-1887), comme Premier Chacha, en qualité de conseiller.

Le règne de Béhanzin démarre, dans la tradition du Dahomey, avec des sacrifices humains ; il faut honorer les ancêtres, à date fixe, chaque année ; ces fêtes ont été baptisées «coutumes» et les Dahoméens les appellent «funérailles du Roi». Dans une des grandes salles du palais étaient agenouillés, prisonniers de guerre ou condamnés à mort, les mains liées derrière le dos, cinquante hommes et cinquante femmes, ayant auprès d’eux un soldat le sabre nu. «Sur le geste du souverain tout puissant, les cent têtes roulèrent sur le pavé» écrit Alfred BARBOU. Les cérémonies pour célébrer l’avènement du nouveau roi et honorer la mémoire du monarque défunt, durent trois semaines : «Le roi, entouré d’un nombreux cortège, se rendit près de la tombe de son père, sur laquelle fut aussitôt amené un messager bâillonné, garrotté, que l’on décapita, afin qu’il allât, sans retard, annoncer au monarque défunt le commencement des réjouissances» écrit Alfred BARBOU qui considère que cette année 1890 est une des «plus belle et une des plus célèbre». Si ces coutumes, qui nous glacent le sang de nos jours, apparaissent comme des fêtes religieuses en l’honneur des morts et de la dynastie régnante, leur signification déborde largement du cadre guerrier ou religieux proprement dit ; elles expriment la civilisation dahoméenne dans sa totalité. Les jugements des administrateurs coloniaux s’avèrent parfois totalement erronés : «L’étude des coutumes et des mœurs du pays n’était pas la spécialité de ces colonisateurs qui se contentaient de donner un avis, sans prétendre faire œuvre d’ethnologue» écrit Théodore MONOD. La richesse et la munificence qui présidaient aux fêtes faisaient l’admiration des visiteurs de la cour de Béhanzin. Ces fêtes, à la fois d’intronisation et de funérailles, revêtent une dimension nationaliste. On enseigne à tous, l’histoire du Dahomey, les noms des fondateurs de la dynastie, leurs grandes conquêtes, leur bonté et générosité à l’égard du peuple, ainsi que les punitions à l’égard des méchants. Ainsi, cette leçon sur l’identité nationale entretient l’orgueil, cimente la bravoure et la résistance face aux envahisseurs.

Béhanzin, roi-dieu adulé et vénéré, dégageait une aura qui faisait trembler Blancs et Noirs. Le roi du Dahomey, un être sacré, porte plusieurs titres, notamment : «Dada», père de toute la Nation, le «Dokounnon», détenteur et dispensateur de biens, le «Sèmèdo», maître du monde, «l’Aïnon», maître de la terre, le «Jèhossou», maître des perles. Le Roi a «une autorité absolue, despotique même, ayant droit de vie et de mort sur tous les sujets. Ce qui pousse un attachement de ses sujets jusqu’à la vénération» écrit Eduard DUNGLAS. «La vie et la fortune de tous les habitants appartiennent, sans restriction, au Roi, qui est une espèce de Dieu, pour ses sujets» écrit Adolphe BADIN. Le nationalisme et la puissance de Béhanzin découlent de la conception dahoméenne du pouvoir monarchique. Le roi, dans la plénitude de sa souveraineté, n’écoute que sa volonté. Il tient entre ses mains capricieuses et la tranquillité de tous les sujets. «Le roi n’est plus un homme : c’est un dieu tout-puissant, et qui est plus triste encore, un dieu malfaisant, sans remords, ni conscience. Il règne par la crainte, et, malgré tout, par le respect. C’est un être sacré, enveloppé d’une atmosphère surnaturelle et de fétichisme», écrit Alain FOA qui a résidé au Dahomey de juin 1886 à mai 1890. Béhanzin est un roi qui a su garder, en toutes circonstances, son rang et sa dignité : «Les Européens mêmes, qu’il devrait accueillir avec affabilité, en raison de l’argent et des cadeaux, sont reçus avec froideur et indifférence ; il a l’air de craindre que toute gracieuseté de sa part soit reçue comme une reconnaissance tacite de son infériorité. Il ordonne à ses représentants de faire sentir son pouvoir aux Européens, dans toutes les occasions, et son royaume est devenu une souricière, où tout le monde est libre d’entrer, mais dont personne ne sort sans sa permission» écrit Alain FOA. Nous avons de nombreuses photos authentiques de Béhanzin, dans lesquels on le voit, souvent, abrité par un immense parasol, avec sa longue pipe en argent, son costume traditionnel, ses sandales. Fumeur, il crache dans un vase d’argent porté par une de ses femmes. Béhanzin est décrit comme «un beau nègre, quoi que de taille moyenne. La physionomie paraît intelligente, le regard est droit et luisant, comme un éclair d’acier. Il est habillé simplement à la façon des guerriers de son pays. Il fume la pipe qu’il garde à la bouche en parlant» écrit le père DORGERE qui a été son prisonnier. Si la production littéraire et historique des ouvrages français est empreinte de partis-pris, de préjugés et de censures, les nombreuses lettres de Béhanzin, avec un style inimitable, ont été reproduites par ces témoins directs. Une partie de ses correspondances a été regroupée par la Fondation Zinsou, en 2017. On y entend, de façon intelligible et sans intercesseur, la voix de ce héros et grand nationaliste dahoméen.

La cour de Béhanzin est «aussi aristocratiquement, aussi hiérarchiquement, aussi féodalement ordonnée que celle d’un Louis XIV ou d’un François 1er» écrit Louis NOIR. «Le Dahomey constituait un royaume parfaitement organisé, possédant tout ce qui fait le prestige d’une monarchie» écrit le révérend père DORGERE (séjour au Dahomey en 1881 à 1896). Le roi a, à sa disposition, le «Mingan», ministre de la justice et grand prêtre du fétichisme, le «Méhou», ministre du commerce et des douanes, le «Cambodé», trésorier, le «Gaôu», général en chef, le chef des eunuques, ainsi que les «Cabécères» ou «Agorigans», des conseillers ou chefs supérieurs, résidant dans chaque ville à la Gore (Préfecture, mairie et palais de justice), en charge de l’administration subalterne. Les interprètes, les domestiques et les espions jouent un rôle non-négligeable : «Lorsque les ministres du Roi communiquent avec lui (le dignitaire), ils se traînent jusqu’au trône et, quand ils y sont arrivés, ils se jettent à plat ventre, embrassent la terre, couvrent leur tête de poussière et, après avoir fait craquer leurs doigts à trois reprises, attendent dans la plus humble posture que le Roi daigne leur parler» écrit Jean BAYOL qui a connu Béhanzin. Il authentifiait ses messagers en leur procurant un «Makpo», une récade, un spectre royal en forme de crosse ou de hache pour garantir l’authenticité du message du souverain.

L’esprit de résistance et le nationalisme de Béhanzin sont peut-être inspirés de la mythologie de son pays. «Le Roi, quoi que maître absolu de ses sujets, est lui-même esclave des coutumes et des ministres du fétichisme : un empoisonnement serait à craindre s’il s’écartait de cette ligne de conduite» écrit Eduard DUNGLAS. En effet, le Dahomey des temps anciens, c’est le règne des forces de l’esprit, de l’animisme, ou la force du destin. Dans la cosmogonie dahoméenne, on raconte qu’à la création du monde, Blancs et Noirs eurent à choisir entre le pays de l’or et «Celui où on lit les livres». Les Noirs choisirent le pays de l’or croyant que c’était le meilleur. Depuis lors, les Africains doivent lutter en permanence contre la domination des Blancs. Quand Armand DUBARRY écrit que «La religion du nègre est comme sa vie, décousue et insensée», c’est une méconnaissance profonde de la cosmogonie chez Béhanzin. En effet, les Dahoméens croient au Bien ou le «Maou», mais aussi au Mal (maladie, haine, vengeance, démon, jalousie), le «Vaudou». Obala ou Onsé, fils du Ciel, est le dieu créateur et le justicier ; il rend des oracles et prédit l’avenir. «Chango», ou «Hévioso» chez les Fons, le tonnerre, est la divinité la plus redoutée. Pour punir les méchants, Chango charge son fils, Ara, la foudre, d’aller châtier ceux qui le méritent. «Ifa», dieu du mariage et de l’accouchement, est consulté pour tous les événements de la vie. Chez Béhanzin, l’Afrique est maternelle ; «Odoudoua» la terre, la mère des êtres, déesse de la maternité. Les Dahoméens, comme les anciens grecs, ont de nombreuses autres divinités (Olokun dieu de la mer, Olossa, la lagune, Oké, les montagnes, Oko, agriculture, Odjo, la pluie, Tchamana, la petite vérole, Kpaté, naufrage, Ogoun, médecine et guerre, Ogoungoun, dieu des morts, Eléda, intelligence, Djaoun, nourriture, Ipousi, la marche, etc.). Le «Dangbé» ou Dieu serpent, est le plus aimé, après la divinité du Créateur. La famille royale qui a conservé son statut coutumier et religieux, est garante de la religion du Vaudou, un culte du paganisme, qui s’est transporté aux Antilles et à Haïti. Des prêtres du fétichisme, mot venant du portugais, «fetiço» ou charme, ont un rôle primordial dans le royaume de Béhanzin. Lorsque la guerre est déclarée, il appartient au grand féticheur d’apaiser les esprits pour une issue heureuse et écarter les maléfices. Il pratique aussi la médecine traditionnelle ou fabriquer du poison. «Ces histoires de fétiches et de féticheuses, c’est bel et bien bon ; mais que, pour expliquer la résistance acharnée des troupes de Béhanzin» écrit BADIN.

Devant les rivalités et les confrontations entre les Français, les Anglais, les Portugais et les Allemands, Béhanzin entend préserver l’indépendance de son pays et fait monter les enchères entre ces puissances, en essayant de les dresser les unes contre les autres. En effet, à la fin du XIXème siècle, les puissances européennes s’évertuent à vouloir contrôler et assujettir le Dahomey, en contrôlant d’abord les royaumes côtiers, à travers un système du protectorat. «Le peuple dahoméen vivait de rapines et surtout de razzias d’esclaves, métier lucratif quand il se trouvait dans les comptoirs de la côte des traitants européens toujours prêts à acheter cette marchandise» écrit Alain FOA.  L’huile de palme du Dahomey se vend à Marseille et au Havre pour la fabrication des bougies et du savon. L’histoire du pays de Béhanzin est liée aux convoitises des Marranes portugais, installés à Cotonou et à Ouidah, sur l’huile de palme et les esclaves, «Un père vendra son fils pour une bouteille de rhum, un fils livrera son père ou sa mère à un marchand d’esclaves pour le même prix» écrit Armand DUBARRY dans «Voyage au Dahomey». Anglais et Français se concurrencent à Porto-Novo. Béhanzin est éduqué par un père national et jaloux de la souveraineté du Dahomey : «Les Blancs ont leur roi et moi je suis le roi des Africains. Il est bien que V.M. s’oppose à ce que les Blancs viennent s’emparer des terres des Africains. Si les Européens continuent de la sorte, les Africains sauront bientôt fabriquer de l’eau-de-vie, des tissus, du genièvre, de la verroterie et autres articles qu’ils transporteront là où les Européens vendent leurs articles. Il vaut mieux que chaque nation gouverne ses terres, les Blancs dans les leurs avec leur roi et moi, Roi du Dahomey, avec les miennes. Les Blancs ont pris les terres des Nègres, mais ceux-ci ne peuvent pas faire de même» écrit Glélé à Dom Louis, roi du Portugal, le 16 juillet 1887. Le père de Béhanzin ne reconnaît que la démarche de coopération, à travers l’accord commercial de 1841. Béhanzin, associé au pouvoir, avant de devenir roi, hérite de cette fibre nationaliste de son père, et défendra, tout au long de son règne, la souveraineté de son pays : «Cotonou appartient à mes pères. Je ne puis le céder à qui que ce soit, car ce serait un grand malheur pour moi : d’autant plus que, cédant ce territoire, le tonnerre tuerait tous ceux qui l’habiteraient, ce n’est pas possible» dit-il.

Dans la période de 1851 à 1884, un traité de commerce du 1er juillet 1851 est conclu entre la France et le roi d’Abomey, Ghézo (règne de 1818 à 1858) ; la France paye des impôts et taxes au Roi du Dahomey. Un traité du 19 mai 1868 avec le Roi du Dahomey cède à la France le territoire de Cotonou. Ce traité de 1868 est confirmé par un autre en date du 19 avril 1878, avec liberté pour la France de s’installer dans les ports. Cependant, les Français n’ayant encore suffisamment de forces armées, continuent de verser des taxes au Roi du Dahomey et la justice est rendue en son nom. La seule exception notable c’est que les sujets français sont dispensés d’assister aux cérémonies de sacrifices humains. Dans les racines de ce dissentiment avec le colonisateur, Béhanzin a pour ennemi le roi Toffa Houenou Baba Dassy de Porto-Novo, (1850-1908). Les Français ont surnommé Toffa, «Le Doux». Il est malléable et accommodant. Pour Alexandre d’ALBECA, «ce Noir n’avait pas la même morgue belliqueuse de son parent Glélé». Le roi Sodji conclut un traité de protectorat du 23 février 1863 avec la France pour échapper aux pays des Anglais qui ont bombardé son pays.  Fils du Sodji (1848-1864), Toffa doit s’exiler lorsque Mikpon s’empare du pouvoir en 1864. En dépit, des recommandations des Anglais, Toffa transige avec Da Glélé Kini-Kini, le père de Béhanzin. Quand le roi, Toffa, très favorable aux Français, arriva au pouvoir en 1875, confirma l’accord de 1863 plaçant Cotonou sous le protectorat français, Glélé considérant que ce territoire vassal relevant de sa souveraineté, contestera alors les nouveaux droits de douane imposés par le colonisateur : «Toffa, roi de Porto-Novo, pour se mettre à l’abri des incursions des Dahoméens, ses turbulents voisins, avait sollicité notre protectorat. Ceux-ci n’avaient pas vu d’un bon œil cette alliance d’un roi nègre avec les blancs exécrés, cette main mise sur le royaume de Porto-Novo» écrit le père DORGERE. Lorsque Victor BAYOL, représentant de la France, se rend à Abomey, Glélé refuse de lui accorder une audience privée. Il est seulement reçu par le prince Kondo, le futur Béhanzin. Par ailleurs, Toffa se méfiant des Anglais et du roi d’Abomey qui le maintient dans la suzeraineté, signe le 8 février 1882, un traité avec les Français, les dynasties régnantes de Dangbo et Kétenou, sont déportées à Gorée, au Sénégal. Toffa déclare céder dans Porto-Novo, le 13 mai 1883 «le titre et le pouvoir d’agent intérimaire de la République française et du chef de protectorat de mon royaume, sont transmis, à ce jour, à M. Henri GUILMIN».

Pour le royaume du Dahomey Porto-Novo relève de sa juridiction : «Les habitants, de famille Fon, avaient origine commune. Les souverains étaient cousins, et un lien de vassalité subordonnait Porto-Novo au Roi d’Abomey» écrit Alexandre d’ALBECA. En mars 1887, quand Toffa exerce des tracasseries et vexations sur les Dahoméens, Glélé riposte par l’envoi de son armée et Toffa s’enfuit au Nigeria. Béhanzin rejette, fermement, le protectorat français qui risque d’aboutir à la perte de souveraineté de son pays, et donc à la confiscation de ses terres, ainsi que la suppression d’une partie importante de ses revenus découlant des taxes en application du traité du 1er juillet 1851. C’est donc cette intrusion des Français qui provoquera, en avril 1889, un raid du royaume de Dahomey, contre Porto-Novo, dont Toffa est devenu le jouet du colon. En effet, les troupes dahoméennes se trouvent dans les environs de Porto-Novo, Toffa s’enfuit de son palais pour se réfugier en territoire britannique. Après un calme relatif, Toffa regagne Porto-Novo. Entre-temps, à la mort du roi Glélé, il est remplacé par son fils, Béhanzin. Les Français sont contraints de renégocier cet accord, avec le prince Kondo en 1889, le futur Béhanzin. Le 25 mars 1889, le roi du Dahomey attaque : «un feu terrible de l’ennemi assaillit la compagnie Lemoine et abattit quatorze hommes, dont trois mortellement atteints. Le commandant ne dut son salut qu’au dévouement de son ordonnance» écrit AUBLET dans «Guerre au Dahomey».

 Jean BAYOL profitant du passage du commandant TERRILLON, avec 400 tirailleurs sénégalais, convoque le 21 février 1890, des chefs indigènes Dahoméens, qui furent arrêtés et expédiés, immédiatement auprès de Toffa qui sera d’une grande brutalité à l’égard de ceux-ci. L’orgueil de Béhanzin en fut blessé ; il voua une haine féroce à Jean BAYOL. Notre amitié avec la France a toujours été grande (…) C’est M. Jean Bayol qui a fait la guerre de Cotonou, poussé par le roi Toffa. (…) Toffa est le roi de Porto-Novo à cause de nous. Son peuple ne voulait pas l’accepter, et sur notre message qu’il est monté sur le trône» écrit Béhanzin, le 30 avril 1890. Ce fut la guerre. L’Amazone, Nausica, la favorite de Béhanzin, est tuée pendant ces combats. Béhanzin prend en otages huit Français, et parfaitement au courant des règles internationales de la diplomatie, il refuse de s’en prendre aux autres nationalités. Béhanzin qui se déclare encore ami de la France n’en veut qu’à Toffa et Jean BAYOL. Il écrit directement au président de la République, pour tenter de négocier : «Jean Bayol est venu de la capitale du Dahomey pour faire un contrat touchant la question de Cotonou, et quand, pour la première fois, nous avons causé ensemble, le même Jean Bayol m’a raconté que les deux contrats qui se trouvaient au pouvoir de la France, avaient été reconnus comme entachés de fourberies. (…) J’ai capturé huit Européens et j’attendrais que Jean Bayol ait élargi mes autorités pour mettre également en liberté les prisonniers. J’attendrai que Votre Excellence justifie cette façon d’agir de Jean Bayol vis-à-vis de moi. Je regrette, qu’étant antique ami de la France, on ne m’ait pas transmis de sentiments de condoléance en ce qui regarde la perte de mon père» écrit-il, le 17 avril 1890 à Sadi CARNOT.

Béhanzin attaque à nouveau Toffa qui sera sauvé par les Français. Compte tenu des rapports de forces encore favorables au Dahomey, la France envoie, le 11 mai 1890, le père DORGERE négocier une paix précaire, une paix armée. Béhanzin estime que les Français sont venus troubler la paix de son royaume «Dieu, dans le principe, a créé le Noir et le Blanc, chacun pour habiter la terre qui lui a été désignée. Le Blanc s’occupe de commerce et le Noir doit faire commerce avec le Blanc, que les Noirs ne font aucun mal aux Blancs, et de même que les Blancs ne doivent faire aucun mal aux Noirs» écrit Béhanzin, le 18 août 1890, à l’Amiral de CURVILLE. A partir de janvier 1890 de nombreux navires français investirent la côte de Cotonou. De plus, des espions de Béhanzin avaient surpris des conversations des Blancs où il était clairement question d’arracher au Dahomey le contrôle de Cotonou. Béhanzin, avec le soutien des Allemands, attaque en février 1890, les postes français de Cotonou. Comble de la provocation, Jean BAYOL (1849-1905) ordonna l’enlèvement de deux chefs territoriaux de Cotonou et de Ouidah. Excédé par cet énième affront, Béhanzin, jusque-là patient, réunit son conseil et décida de partir en guerre malgré la désapprobation de l’oracle. Les Français avaient commencé à raser Cotonou et à en brûler les cases. Béhanzin et ses troupes composées de plusieurs milliers de guerriers et d’Amazones décidèrent enfin de riposter. Ses troupes séquestrèrent un groupe de français à Ouidah avant de lancer une violente attaque contre les installations françaises le 4 mars 1890 à Cotonou. La bataille fut sanglante : on compte 600 morts et plus de 1000 blessés dans les deux camps. Terrifiés par la violence de la riposte, Jean BAYOL et le commandant Sébastien TERRILLON (1846-1917) réclamèrent des renforts pour pallier à toutes attaques futures. Forts de leurs nouveaux renforts, les français revinrent à la charge et brûlèrent plusieurs villages des rives de l’Ouémé. Le 4 avril 1890 la France décrète un blocus à l’encontre du Dahomey.

S’avançant dangereusement vers Dahomey, les Français rencontrèrent une résistance si farouche que Oulard, le capitaine du navire bombardier commandé par TERRILON, en perdit la vie. Ce nouvel échec provoqua la chute du sulfureux Jean BAYOL et de Sébastien TERRILLON. Mais leurs successeurs toujours aussi passionnés par la guerre lancèrent de nouvelles attaques. Béhanzin riposta cette fois-ci en attaquant le 25 Avril 1890 un territoire Porto-Novien, Atchoukpa. La défaite infligée aux troupes françaises bien que aidées des guerriers de Toffa fut cinglante. La bataille terminée, Béhanzin se servit des otages français enlevés à Ouidah et emprisonnés à Allada, pour obtenir une trêve : «Tant que les otages ne nous sont pas rendus, nos troupes dévasteront les palmiers du territoire» écrit, le 2 mai 1890 Béhanzin à Victor BALLOT (1853-1939), administrateur de Porto-Novo. Aussi se lia-t-il d’amitié avec le père Alexandre DORGERE, l’un des otages qui, opposé aux velléités colonisatrices de la France, décida de négocier la paix entre Dahomey et le gouvernement français.

L’Armée dahoméenne est repoussée, mais les Français sont obligés de signer un accord du 3 octobre 1890 avec Béhanzin au terme duquel, le Dahomey s’engage à respecter le protectorat français du royaume de Porto-Novo. En contrepartie, le blocus est levé et la France s’engage, à titre compensatoire, pour l’occupation définitive de Cotonou, de verser, annuellement, 20 000 F (or ou argent) au Roi du Dahomey. Mais cet accord ne sera pas ratifié par le parlement français à la suite d’une polémique en métropole. «Le Dahomey a une fois de plus occupé la chambre. Il s’agissait de ratifier le traité conclu avec Béhanzin, monarque de ce pays. D’après ce traité, nous avons encore à lui verser annuellement une somme de 20 000 F. Quelques députés trouvaient ce cadeau inutile et ils avaient raison. Qu’avons-nous à gagner avec le Dahomey ? Rien, mais rien, absolument. Nous favorisons simplement les intérêts de deux ou trois grosses maisons de Marseille. (..) Nous avons des milliers d’ouvriers mineurs qui luttent pour obtenir un salaire leur permettant de vivre, et c’est à ce roitelet africain, sans importance, qu’on pense à envoyer de l’argent, au lieu de secourir les nôtres !» écrit L. SOURDILLON, dans le journal, «Le Cri du peuple». Le Parlement ayant refusé de ratifier le traité (108 pour, 389 contre), Sadi CARNOT ne payera pas la somme exigée par Béhanzin, considérée comme «un tribut payé à la France au roi du Dahomey et une marque de vasselage». C’est donc une grande crise entre la France et le Dahomey.

A la suite du départ de l’amiral CAVELIER de CURVILLE du Dahomey, une mission AUDEOUD est dépêchée auprès de Béhanzin. Le roi du Dahomey demande si les 20 000 F lui seraient payés et quand ? Béhanzin réclame la restitution du trésor en cauris de Cotonou. Béhanzin se prépare à la guerre en achetant des armes aux Allemands et aux Anglais, et en se constituant un trésor de guerre avec la vente d’esclaves, à la suite de l’expédition d’Abeokuta de juin 1891. Les Français décident, le 27 septembre 1891, de construire aussi un port à Cotonou, une base logistique pour leurs expéditions militaires contre Béhanzin. Le Secrétaire d’Etat aux colonies avait déjà fait voter, les 12 et 13 avril 1891, des crédits de 3 millions, en prévision de cette guerre : «Une opération sur Abomey pouvait seule mener au but, c’est-à-dire la puissance Béhanzin et assurer la sécurité de nos possessions du Bénin» mentionne un rapport, du 15 avril 1891. Dès le 3 mai 1891, une compagnie de 144 tirailleurs sénégalais avait déjà débarqué à Cotonou. Le 30 avril 1891, le colonel DODDS est pressenti en qualité de commandant supérieur au Bénin, avec des pouvoirs civils et militaires. «Ces gens-là se battent bien et ne craignent pas la mort. Il faudra du monde, beaucoup de monde, un corps expéditionnaire nombreux pour réduire le Dahomey» dit le colonel TERRILLON.

Astucieux, vindicatif, très attaché à la souveraineté de son pays, d’un fort caractère et résolu, Béhanzin, le requin résistera, vaillamment, au colonisateur français. Béhanzin adresse aux Français des provocations et injures : «Est-ce que j’ai été quelque fois faire la guerre contre vous ? Moi, je reste dans mon pays. (..) Je suis le roi des Noirs et les Blancs n’ont rien à voir à ce que je fais. Les villages dont vous parlez sont bien à moi, ils m’appartiennent et voulaient être indépendants, alors que j’ai envoyé les détruire et vous venez toujours vous plaindre. Je désirerai savoir combien de villages français indépendants ont été brisés par moi ? roi du Dahomey» dit-il. En septembre 1891, Béhanzin reprend ses incursions dans les territoires dépendant de Porto-Novo ainsi que dans les pays des Watchis sous influence française. Le Résident français proteste, mollement, dans une lettre du 21 septembre 1891. En novembre et décembre 1891, Béhanzin attaque la région d’Athiémé et de Grand-Popo. C’est la grande panique parmi les commerçants français. Le Résident français lance, le 10 décembre 1891, une mise en garde au Roi d’Abomey : «Vos soldats viennent encore de piller Ouatchicomé, un pays des Ouatchis avec lequel le Dahomey n’a rien à faire. La France  commence à se fatiguer de votre manière de faire et vous nous forcez à déchirer le traité, ce sera très mauvais pour vous». Dans sa réponse datée du 2 janvier 1892, Béhanzin écrit : «Obligé de vous demander une explication sur ce qu’on parle là et qui vous a obligé de m’écrire une lettre semblable. Alors, je suis le roi de tous les Noirs, et si quelconque de cette nation m’offense et que je veuille le punir, serait-il nécessaire que je donne satisfaction aux Blancs ? On a parlé beaucoup que je veux piller Grand-Popo et le territoire de Béta. Grand-Popo est mon pays. Je ne suis pas de votre égalité pour me faire une semblable insulte. Je trouve mieux, votre Excellence, rester à Porto-Novo tranquillet et faire commerce et de me laisser et ne me déranger plus».

En mars 1892, Victor BALLOT est nommé lieutenant-gouverneur du Dahomey et adresse une lettre de protestation, du 28 mars 1892, à Béhanzin à la suite de l’attaque de Porto-Novo : «Nous n’avons dû notre salut qu’à la bravoure de nos soldats et à la maladresse de  nos guerriers»  et enjoint de s’abstenir de toute nouvelle incursion, dans ce territoire, relevant du «drapeau français». Dans sa réponse du 31 mars 1892, Béhanzin estime que ce territoire est dahoméen : «Est-ce que j’ai été quelquefois en France faire la guerre contre vous ? Moi, je reste dans mon pays, et toutes les fois qu’une nation africaine me fait mal, je suis en droit de la punir. Cela ne vous regarde pas» dit-il. Béhanzin écrit à nouveau : «Je suis le roi des Noirs et les Blancs n’ont rien à voir à ce que je fais. Les villages dont vous parlez sont bien à moi» lettre du 19 avril 1892 au lieutenant-gouverneur, Victor BALLOT. Désormais, les colons qui préparent la guerre, refusent de répondre aux différentes lettres de Béhanzin.

Victor BALLOT monte l’expédition dirigée par Alfred Amédée DODDS (6 février 1842 à Saint-Louis – 18 juillet 1922, à Paris), un métis franco-sénégalais par ses deux parents (père Emery et mère, une Signare, Marie-Charlotte BILLAUD), qui débarque à Cotonou avec sept compagnies d’infanterie de 15 000 personnes, 800 légionnaires et escadrons de Spahis Sénégalais ; ce qui va changer, considérablement, la donne. Alfred DODDS, arrivé le 28 mai 1892, écrit à Béhanzin en sa qualité de commandant supérieur, pour l’enjoindre de libérer les trois otages français détenus à Ouidah. DODDS conteste les limites territoriales du royaume de Dahomey, telles que le conçoit Béhanzin : «La première fois, je ne savais pas faire la guerre, maintenant je sais. Si vous commencez la guerre, j’ai des troupes prêtes pour cela. J’ai tant d’hommes qu’on dirait des Vers qui sortent des trous. Je suis le Roi des Noirs et les Blancs n’ont rien à voir à ce que je fais» écrit Béhanzin. Dans une lettre du 2 juin 1892, DODDS intime l’ordre à Béhanzin de libérer les otages et retirer ses troupes de Cotonou et divers endroits. Béhanzin accepte l’échange de prisonniers, mais réaffirme sa souveraineté sur le Dahomey : «Je vous ai déjà dit que ce pays est le mien. Je l’ai fortifié car j’ai appris que la France veut en secret, faire la guerre au Dahomey» dit-il dans une lettre du 10 juin 1892. Les colons posent un blocus complet, à compter du 18 juin 1892. Alfred DODDS hausse le ton : «Nous sommes en droit de ne plus attacher plus d’importance à vos prétendus droits de propriété sur le Bas-Ouémé» écrit-il. Le 16 juillet 1892, le Ministre des colonies accorde à DODDS les renforts en effectifs demandés. Le 9 août 1892, par mesure de diversion, DODDS attaque par la côte et l’ouest de Cotonou.

Les Français déclareront la guerre à Béhanzin, son armée est composée de 22 000 combattants, sans cavalerie, avec un élément permanent les femmes, appelées Amazones, et tous les sujets du Roi sont appelés au moment de la guerre : «Chose étrange, c’est dans le pays où la polygamie est telle que le Roi peut avoir trois ou quatre mille épouses, c’est la région où elle est la plus maltraitée que la femme occupe la plus haute et la plus redoutable mission. (…) Les Amazones passent, à bon droit, pour le meilleur élément de l’armée dahomane, et leur roi avoue volontiers, que sans elles il ne gagnerait toujours pas des victoires» écrit Armand DUBARRY. Les Amazones en référence à la mythologie, encore appelés «Les Minos», «nos mères» ou femmes du Roi, en langue Fon, sont des vestales renonçant aux plaisirs de la vie, comme les vierges antiques de Thémiscyre, et se vouant entièrement à la guerre. «Les Amazones du Dahomey n’a rien à voir avec celle de l’Antiquité ; on les recrute parmi les pires mégères du pays. Une femme est-elle débauchée, acariâtre, indocile, insupportable, son époux ou ses parents en font cadeau au Roi qui l’enrégimente aussitôt» prétend Alfred BARBOU. En fait, contrairement à cette propagande coloniale, l’origine de ces troupes de femmes remonte au XVIIIème siècle, sous le roi Agadja (1673-1740) confronté à un manque d’effectifs masculins. Pour Alain FOA, les origines de cette armée permanente, composée de femmes, remontent au règne de Ghézou, traumatisé par la révolte populaire qui avait détrôné le roi Adonozan, las de sa tyrannie et de ses cruautés. Une armée stable rendrait le Roi maître de la situation. Le roi Ghézo en fit une troupe d’élite. Elles sont recrutées soit parmi les enfants des chefs, soit parmi les jeunes captives confiées aux femmes du Roi. Ces Amazones, garde d’honneur accompagnant le Roi, ont un statut sacré et sont conditionnées pour résister à la douleur et ignorent la pitié. Les Amazones doivent rester vierges, et leur amant est aussitôt décapité, et généralement, «elles ont la voix abominablement rauque, une voix de rogomme. Elles fument la pipe comme de vieux troupiers» écrit Adolphe BADIN. Equipées d’un fusil et de longues machettes tranchantes, elles décapitent leurs ennemis et exhibent leur tête tranchée ; ce qui peut démobiliser l’adversaire. «Ce sont elles qui ont lutté avec le plus d’énergie contre nos troupes, et il a fallu souvent les tuer à coups de baïonnette pour leur faire abandonner le malheureux soldat sur lequel elles s’acharnaient, au cours d’une bataille » écrit Jean BAYOL. En effet, la bravoure et surtout la loyauté des Dahoméens est reconnu par les colons : «Tout sait que pendant la campagne de 1893, nos troupes ne rencontrèrent pas d’adversaires plus redoutables, plus vaillants, plus tenaces, que les bataillons féminins dont plusieurs accomplirent de vrais prodiges de bravoure» écrit Paul MIMANDE. Un prisonnier des Dahoméens raconte, une scène au cours de laquelle son régiment avait fait prisonnier une Amazone, qui se débattait et d’un coup de dent enleva la moitié du nez d’un soldat français : «Mais, tuez-là donc ! », nous cria le capitaine. Les fusils s’abaissèrent. Elle nous regarda fixement et tomba morte sous les balles, sans avoir seulement sourcillé. Elle avait sur la tête, celle-là, une sorte de bonnet rouge bordé de jaune, avec une tête d’animal fantastique dessiné grossièrement et surmontée d’une paire de cornes. Je regrette même de ne l’avoir pas ramassé, ce bonnet, attendu que j’avais promis à ma fiancée de lui en rapporter un» écrit Adolphe BADIN. Les Amazones ont leur chanson préférée «Dahomey ! Dahomey ! Tes filles sont plus courageuses que les hommes. Les lionnes sont plus terribles que les lions, car elles ont leurs petits à défendre. Et, nous les Amazones, nous avons à défendre, le Roi, notre Roi et notre Dieu».

Désormais, les forces françaises allaient se heurter à l'armée de cet État africain fortement organisé et dont les troupes d'élite étaient composées de femmes-soldats, les amazones. «Vaincre ou mourir» telle est la devise des Amazones. «Le courage indomptable des guerriers et des Amazones, l’orgueil du roi Béhanzin, ont fait que l’armée dahoméenne a toujours tenu tête à nos troupes» écrit Jean BAYOL. Elles se battent «comme de véritables furies, en donnant à leur compagnon, l’exemple du courage et de la férocité. Leur rôle, à elles, est de viser l’ennemi aux jambes, puis de bondir sur les blessés, et de les achever en les égorgeant» écrit Adolphe BADIN. En effet, au mépris de la supériorité du feu français, elles se ruent à l’assaut. Certaines passent les lignes en rampant par terre sous les tirs pour chercher le corps-à-corps dans lequel elles excellent. «Ces amazones sont des prodiges de valeur, elles viennent se faire tuer à 30 mètres de nos carrés», écrira le capitaine JOUVELET dans ses mémoires. Avec lui, tous les hommes qui les ont combattues, impressionnés, saluent «l’extrême vaillance», «l’indomptable audace» de ces guerrières. «Les guerriers du Dahomey ont une grande confiance en eux, n’ayant que très rarement subis d’échec contre les Noirs» écrit Eduard DUNGLAS. «Il y a quelques bons tireurs ; on les appelle les chasseurs d’éléphant et ce sont eux qu’on fait monter en haut des arbres pour mieux viser et canarder nos officiers. Leur arme véritable, l’arme nationale du Dahoméen, c’est le couteau-manchette. D’un coup, ils abattent la tête d’un homme avec la même facilité qu’un simple bambou. Ce sont de véritables soldats, très bien entraînés. Ils sont organisés méthodiquement et formés en bataillons» écrit Alain BADIN. Le colonisateur, conscient de la grande valeur professionnelle des soldats dahoméens, les enrôlera dans son armée, une fois Béhanzin déchu de son titre. Ils ont «résisté avec un héroïsme farouche aux troupes courageuses du général Dodds» écrit Jean BAYOL.

Le courage des Amazones ne peut pourtant suffire à lutter contre les fusils et les pièces de canon de l’armée coloniale. Le 20 septembre 1892, Béhanzin attaque, mais ses troupes laissent sur le terrain 130 morts. En novembre 1892, les troupes d’Alfred DODDS se mettent en route sur Abomey et les Dahoméens, en dépit de l’inégalité des moyens, ont résisté : «Les Dahoméens tiennent bon cependant. Les pertes sont : tués, le lieutenant Mercier, un légionnaire, deux tirailleurs ; blessés : trois artilleurs, deux soldats d’infanterie de marine, dix légionnaires, sept tirailleurs», écrit Edouard AUBLET pour la journée du 2 novembre 1892. Cet auteur signale, pour la journée du 3 novembre 1892 «Trois heures durant, le carré résiste à chaque attaque générale sur toutes les faces qui sont enfilées et prises à revers, l’intérieur du camp est couvert de projectiles, le capitaine Rouget et le lieutenant Jacquot tombent blessés. L’acharnement mis par les soldats de Béhanzin  dans leur attaque a été grand. (..) Béhanzin a encore assez de prestige et d’autorité pour lancer ses troupes à l’assaut des Blancs et de la défensive opiniâtre repasser à l’offensive la plus audacieuse». Les pertes du côté français  : tués deux artilleurs et deux légionnaires ; blessés : un capitaine, un médecin, deux lieutenants, 25 Européens et 29 Tirailleurs.

Le colonel DODDS, nommé général de brigade le 9 novembre 1892, après avoir quelques jours hésité à entrer dans Abomey, engage des pourparlers avec Béhanzin. L’arrivée des Français, le 17 novembre 1892, dans Abomey, sonne le glas de ces combattantes de légende que sont les Amazones. Le général DODDS proclame, dans une note du 18 novembre 1892 que «les intérêts du peuple dahoméen sont désormais entre les mains de la France». Béhanzin est déchu de son titre de monarque : «En vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, déclarons que le roi Béhanzin-Ahy-Djéré est déchu du trône de Dahomey et banni à jamais de ce pays ; le royaume de Dahomey est, et demeure placé sous le protectorat exclusif de la France» écrit, à Porto-Novo, le 3 décembre 1892, le général Alfred DODDS. Les conditions de la paix jugées inacceptables, Béhanzin met le feu à Abomey et se retire vers le Nord.

Les Français ont installé, le 15 janvier 1894, le prince Goutchili, intronisé sous le nom d’Agoli-Agbo (1850-1950), un frère de Béhanzin, en qualité de roi fantoche ; il restera au pouvoir jusqu’en 1900. Goutichilli sera, par la suite déporté au Gabon. Le royaume du Dahomey fut morcelé en cercles administratifs, placés sous l’autorité d’administrateurs coloniaux. La résignation obséquieuse du nouveau roi, est perçue par les Dahoméens, comme un désastre national : «Prends garde Dahomey, Allada a trébuché, mais n’est pas tombé grâce aux Français !». Réfugié dans la forêt, Béhanzin a échappé un certain temps aux poursuites d’Alfred DODDS. La tradition orale veut que le roi du Dahomey ait été protégé, pendant ce temps, par des pouvoirs magiques, il aurait emporté avec lui, l’amulette du Dahomey, un bétyle aux grands pouvoirs. Le prince Goutchili dévoile aux Français la cache de Béhanzin qui se rend à Alfred DODDS. Béhanzin «fut livré par un de ses frères, ancien général en chef de son armée, qui n’hésita pas entre l’offre qu’on lui fît de le proclamer roi et la trahison» écrit Paul MIMANDE. Sur les indications de Goutchili, Béhanzin est capturé, dans la nuit du 25 au 26 janvier 1894, au village d’Acachapca. Le traité du 29 janvier 1894 marque la fin du conflit. La déclaration de réédition de Béhanzin, homme de culture et talentueux, est émouvante : «Compagnons d’infortune, derniers amis fidèles, vous savez dans quelles circonstances, lorsque les Français voulurent accaparer la terre de nos aïeux, nous avons décidé de lutter. Nous avions la certitude de conduire notre armée à la victoire. Quand mes guerriers se levèrent, par milliers, pour défendre le Danhomé et son Roi, j’ai connu avec fierté, la même bravoure que manifestaient ceux d’Agadjia, de Tegbessou, de Ghézo et de Glélé. Dans toutes les batailles, j’étais à leurs côtés. Malgré la justesse de notre cause et notre vaillance, nos troupes compactes furent décimées en un instant. Elles n’ont pu défaire les ennemis blancs dont nous louons aussi le courage et la discipline. Et déjà ma voie éplorée n’éveille plus d’écho. Où sont maintenant les ardentes Amazones qu’enflammait une sainte colère ? Où, leurs chefs indomptables : Goudémé, Yéwé, Kétungan ? Où, leurs robustes capitaines : Godogbé, Chachabloukou, Godjila ? Qui chantera leurs splendides sacrifices ? Qui dira leur générosité ? Puisqu’ils ont scellé dans leur sang le pacte suprême de fidélité, comment accepterais-je, sans eux, une quelconque abdication ? Comment oserais-je me présenter devant vous, braves guerriers, si je signais le papier du Général ? Non ! A mon destin, je ne tournerai plus le dos. Je ferai face et je marcherai. Car la plus belle victoire sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est victorieux, l’Homme resté seul et qui continue de lutter dans son cœur. Je ne veux pas qu’aux portes du pays des morts, le douanier trouve des souillures à mes pieds. Quand je vous reverrai, je veux que mon ventre s’ouvre de joie. Maintenant advienne de moi ce qui plaira à Dieu ! Qui suis-je pour que ma disparition soit une lacune pour la terre ? Partez-vous aussi, derniers compagnons vivants. Rejoignez Abomey où les nouveaux maîtres promettent une douce alliance, la vie sauve et, paraît-il la liberté. Là-bas, on dit que déjà renaît la joie, il paraît que les Blancs vous seront aussi favorables que la pluie qui drape les flamboyants de velours rouge ou le soleil qui dore la barbe soyeuse des épis. Compagnons disparus, héros inconnus d’une tragique épopée, voici l’offrande du souvenir : un peu d’huile, un peu de farine et du sang de taureau. Voici le pacte renouvelé avant le grand départ. Adieu, soldat, adieu !».

Béhanzin, toujours attaché à l’amitié avec la France, on lui a fait croire qu’il allait à Paris, négocier avec Sadi CARNOT. En fait, de 1894 à 1906, il a été déporté sur l'île de la Martinique où, avec sa famille et sa suite, il résidait au Fort Tartenson. Le budget pour les dépenses de son installation et l’entretien quotidien de sa cour a été progressivement diminué. Il sera transféré dans une autre villa. En 1897, il licencie son interprète et, en 1899, à la mort de son secrétaire, son fils, Ouanilo, devient son secrétaire particulier. Pendant cet exil de douze années, Béhanzin entreprend alors d’écrire aux autorités françaises afin de lui permettre de revenir au Dahomey. Béhanzin, qui se présente comme un «ami de la France» abusée par le roi Toffa, ne cesse d’écrire aux autorités françaises pour solliciter son retour au Dahomey : «Depuis mon départ du Dahomey, les climats étrangers ont fatigué ma santé. Mes sentiments ne doivent pas rester inconnus après une si longue absence. (…) Il me tarde à rendre à mon père les honneurs funéraires qui sont dus aux Rois de mon pays» écrit-il le 17 octobre 1898 au président français. Il écrit aussi, le 10 octobre 1902, au député de la Guadeloupe Gaston REACHE-GERVILLE (1854-1908) considéré comme «influent» et «généreux» ; les huit années d’exil ont ruiné sa santé. Il écrit aussi au gouverneur du Dahomey en invoquant son entière ?? dans son humanité et son esprit de justice et relate que sa santé décline. «Je serai pour la France, pour la politique française un agent dévoué et un fidèle ami, propagateur de ses idées» écrit-il au gouverneur le 28 février 1903. Il adressera également une lettre le 10 août 1903 au gouverneur du Dahomey.

Agé, malade et après des interventions du député Gaston REACHE-GERVILLE, Béhanzin reçoit un appui du député Gaston GERVILLE-REACHE et Hildevert-Adolphe LARA, directeur d’un journal. Mais Victor BALLOT, consulté, émet à chaque fois, un avis défavorable pour le retour de Béhanzin au Dahomey. Cependant, la France décide de le renvoyer, en 1906, en Algérie, en passant par l’Exposition coloniale de Marseille. L’abbé DUCROCQ a écrit un ouvrage sur le séjour en Algérie intitulé «Béhanzin s’ennui». Suivant cet auteur : «Malgré ses pipes, malgré ses alcools, malgré ses femmes, malgré sa cour, malgré mille divertissements organisés en son honneur, le Roi se déprime, il dépérit. D’aucuns prétendent l’avoir entendu fredonner l’air fameux : Rendez-moi ma patrie ! ou laissez-moi mourir !» écrit-il. Béhanzin meurt d’une pneumonie le 10 décembre 1906, à l’âge de 64 ans, à Blida, en Algérie. Sa dépouille retrouve le sol ancestral : il est solennellement inhumé à Djimé (Abomey), le 9 mars 1928.

Lors de la réédition de Béhanzin, les objets saisis par l’armée arrivent sur le territoire français, mais aucun inventaire ne permet de connaître l’étendue du «butin de guerre». Certaines collections privées et publiques attestent toutefois une grande dispersion des objets, dans l’espace et dans le temps, après le retour des officiers français. Entre 1893 et 1895, le général DODDS et le capitaine FONSSAGRIVES donnent au musée d’Ethnographie du Trocadéro à Paris vingt-sept objets pris pendant la conquête coloniale du nouveau Dahomey (Statues en fer du dieu Gou, le siège royal saisi à Cana). Ces objets ont été transférés, par la suite au Musée Jacques CHIRAC, Quai Branly. A l’occasion du centenaire de la mort de Béhanzin, une exposition, en collaboration du Musée du Quai Branly et la Fondation Zinzou, s’est tenue à Paris, pendant trois mois, en 2006-2007, autour du thème : «Béhanzin, roi d’Abomey». 275 000 visiteurs sont venus honorer cet événement. La France refuse toujours de restituer ce trésor au Bénin : «Les biens que vous évoquez ont été intégrés de longue date, parfois depuis plus d’un siècle, au domaine public mobilier de l’Etat français» estime la France.

Le «Dowomé», le palais de Béhanzin a été rénové, en 2006, en coopération avec le Japon et l’UNESCO, et déclaré patrimoine mondiale de l’humanité, en hommage à sa résistance au colonialisme. «L’Adoxo» ou la tombe de Béhanzin est dans la troisième cour. Un problème majeur de notre temps, reste celui de la souveraineté des Etats africains, riches en matières premières, mais maintenus encore en esclavage.

Le message marquant de son action anticoloniale est représenté par sa statue, érigée sur la place Goho à Abomey, au Bénin ; cette statue représente Béhanzin, drapé dans son pagne royal, la main tendue vers l'avant intimant l'arrêt. Ce monument se trouvant à l'entrée de la ville d'Abomey, représente la résistance face au colon ainsi que le refus de laisser sa patrie aux mains de l'étranger. «Le Requin se rend. Mais, les fils du Requin ne trahiront pas», tel est son message testament. «GBÊHANZIN, le combattant de la liberté, est plus grand que son vainqueur, plus grand couché que debout. Il a acquis sa stature de héros en affrontant l'armée d'un Etat puissant, la France, comme Toussaint LOUVERTURE, le champion de l'indépendance de Haïti, originaire du Danxomé, qui tint tête aux troupes de NAPOLÉON 1er» dira Jean PLIYA,

Bibliographie très sélective

AKOHA (Albert, Bienvenu), MEDAGBE (Apollinaire), Chant de Béhanzin, le résistant, Paris, L’Harmattan, 2011, 196 pages ;

AGUESSY (Cyrille) AKINDLE (A), Le Dahomey, Paris, Emom, 1955, 125 pages ;

AMEGBOH (Joseph), dit Barthélémy ELAUD, Béhanzin, roi d’Abomey, Dakar-Abidjan, NEA, collection les Grandes figures africaines, 1975 et 1983, 111 pages ;

Anonyme, «Discussion du projet de loi relatif à un arrangement conclu avec le Roi du Dahomey», Journal Officiel de la République française, Assemblée nationale, 28 novembre 1891, pages 2328-2344 ;

Anonyme, «La fête des coutumes au Dahomey : historique et essai d’interprétation», Annales, économies, sociétés, civilisations, 1964, n°4, pages 996-716  ;

AUBLET (Edouard), La guerre au Dahomey (1888-1893), Paris, Nancy, Berger-Levrault, 1894, 348 pages ;

BADIN (Adolphe), Jean-Baptiste Blanchard au Dahomey, journal de la campagne, par un marsouin, illustration P. Kauffmann, Paris, Armand Colin, 1895, 307 pages, spéc chapitre X, Le camp de Béhanzin, pages 139-155 ;

BARBACRIN, «Interview de Béhanzin», La Sorte, avril 1904, n°166, pages 3-4 ;

BARBOU (Alfred), Histoire de la guerre au Dahomey, Paris, Librairie universelle d’Alfred Duquesne, 1893, 154 pages ;

BAYOL (Jean), Les Dahoméens au Champ-de-Mars, mœurs et coutumes, exposition ethnographique coloniale, Paris, A. Herment, 1893, 21 pages ;

BEAUJEAN-BALTZER (Gaëlle), «Du trophée à l’œuvre : parcours de cinq artefacts du royaume d’Abomey», Gradhiva, revue d’anthropologie et d’histoire d’art, 2007 (6), pages 70-85 ;

BOUCHE (Pierre, abbé), Sept ans en Afrique Occidentale : La Côte des esclaves et le Dahomey, Paris, Plon Nourrit, 1885, 403 pages, spéc chapitre XIX, pages 327-342 ;

BRASSEUR (Paule) GARCIA (Luc), «Le royaume du Dahomé face à la pénétration coloniale : affrontements et incompréhensions (1875-1894)»,  Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1990, tome 77, n°287, pages 256-257 ;

BURTON (Richard, F), A Mission To Gelele, King of Dahome, London, Tinslay, 1864, vol 1, 386 pages et vol 2, 411 pages ;

CHAUDOIN (E), Trois mois de captivité au Dahomey, Paris, Hachette, 1891, 409 pages, spéc pages 263-336 et 372-383 ;

COQUERY-VIDROVITCH (Catherine), «Le blocus de Whydah (1877-1877) et la rivalité franco-anglaise au Dahomey», Cahiers d’études africaines, 1962, n°7, pages 373-419 ;

COQUERY-VIDROVITCH (Catherine), «Mise en dépendance de l’Afrique noire. Essai de périodisation : 1800-1970», Cahiers d’études africaines, 1976, vol 16, n°61-62, pages 7-58 ;

CORADIN (Jean, D), Béhanzin, la résistance dahoméenne, ses antécédents historiques, Port-au-Prince, Imprimerie des Antilles, 1981, 269 pages ;

CORNEVIN (Robert), «Les diverses épisodes de la lutte contre le royaume d’Abomey (1887-1894)», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1960, tome 47, n°167, pages 161-212 ;

CORNEVIN (Robert), Histoire du Dahomey, Paris, Berger-Levrault, 1963, 568 pages ;

CURVILLE de CAVELIER (Jules Marie Armand, vice-amiral), Le R.P Dorgère au Dahomey, Imprimerie O. Chambon, 1900, 19 pages ;

D’ALBECA (Alexandre), La France au Dahomey, Paris, Hachette, 1895, 234 pages, spéc chapitre XI, pages 177-212 ;

DA SILVA (Karim), Béhanzin face à l’envahisseur, Cotonou, éditions Silva, 1974, 50 pages ;

DESPLANTES (François), Le général Dodds et l’expédition du Dahomey, Rouen, Mégard, 1894, 224 pages ;

DJIVO (Joseph, Adrien), Le protectorat du Dahomey : Agoli-Agbo, 1894-1900 (la fin de la monarchie du Danxome), Abomey-Calavi, Université nationale du Bénin, Département d’histoire et d’archéologie, 1985, 122 pages ;

DJIVO (Joseph, Adrien), Le refus de la colonisation dans l’ancien royaume de Danxome, Paris, L’Harmattan, 2013, 2 volumes, 418 et 328 pages ;

DUBARRY (Armand), Voyage au Dahomey, Paris, Maurice Dreyfous, 1879, 282 pages, spéc pages 134-204 ;

DUCROCQ (Louis, abbé), Béhanzin s’ennuie, Arras, Sueur-Charruey, 1907, 20 pages ;

DUNGLAS (Edouard), «L’histoire dahoméenne de la fin du XIXème siècle à travers les textes», préface de Théodore Monod, Etudes dahoméennes, 1953, tome IX, 156 pages ;

DUNGLAS (Edouard), Contribution à l’histoire du moyen Dahomey (royaumes d’Abomey, de Kétouh et Ouidah), Porto-Novo, I.F.A.N, 1957, 2 vol, 185 et 152 pages ;

ETIENNE (Abel), Le R.P Dorgère, ancien missionnaire au Dahomey, préface du vice-amiral de Curville, Toulon, J. Alté, 1909, 331 pages ;

FOA (Edouard), Le Dahomey, histoire, géographie, mœurs, coutumes, commerce, industrie, expéditions françaises (1891-1894), préface de M. E. Levasseur, Paris, A. Hennuyer, 1895, 429 pages, spéc pages 1-54 ;

Fondation ZINSOU, Les cahiers de la Fondation, Béhanzin, correspondances et discours, coordonnateur professeur Joseph Adrien Djivo, Cotonou, 8 janvier 2017, 39 pages ;

FONSSAGRIVES (Jean-Baptiste), Notice sur le Dahomey publiée à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, Paris, 1900, 406 pages, spéc pages 9-34 ;

GANIER (Germaine), «Notes sur Jean Bayol (1849-1905)», Cahiers d’études africaines, 1975, vol 15, n°58, pages 287-301, spéc pages 295-298 ;

GOUDEZKI (Jean), La soumission de Béhanzin, Paris, Georges Ondet, 1895, 8 pages ;

Gouverneur général de l’AOF, «Le Dahomey», in Exposition coloniale de Marseille, Paris, Emile Larose, 1906, 354 pages, spéc pages 19-24 ;

Gouverneur général de l’AOF, «Le Dahomey», in Exposition coloniale internationale de 1931, Paris, Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales,  1933, 151 pages, spéc pages 1-9 ;

GOYAU (Georges), «L’activité pacificatrice d’un missionnaire : le père Dorgère», Revue d’histoire des missions, décembre 1937, pages 417-434 et 1938, pages 1-13 ;

GLEGLE (Maurice, Ahanhanzo), Le Danxome : Du pouvoir Aja à la nation Fon, Paris, Nubia, 1974, 282 pages ;

KAWADA (Unzô) sous la direction de, La restauration du palais du roi Gbéhanzin, palais royaux d’Abomey, un bien du patrimoine mondial, préface de Koïchoro MAATSURA, Villefontaine, Cratère-Enzag, Unesco, 2007, 28 pages ;

LE HERISSE (Auguste), L’ancien royaume du Dahomey, mœurs, religion, histoire, Paris, Emile Larose, 1911, 381 pages, spéc pages 338-352 ;

LOUIS (Patrice), Le roi Béhanzin : Du Dahomey à la Martinique, Paris, Arléa, 2011, 136 pages ;

MAIRE (Victor Louis), Dahomey : Abomey décembre 1893, Besançon, Abel Cariage, 1905, 102 pages, spéc pages 13-52 ;

MASSE (Daniel), «Béhanzin et le Dahomey», La revue hebdomadaire, 5 janvier 1907, pages 30-45 ;

MESSANVI GARCIA (Luc), «Archives et tradition orale : A propos d’une enquête sur la politique du royaume du Dahomey à la fin du XIXème siècle», Cahiers d’études africaines, 1976, vol 16, n°61-62, pages 189-206 ;

MICHEL (Michel), La campagne du Dahomey, 1893-1894 : La reddition de Béhanzin, présentation Jacques Serre, Paris, L’Harmattan, 2001, 147 pages ;

MIMANDE (Paul), L’héritage de Béhanzin, Paris, Perrin, 1898, 291 pages ;

MONTSERRAT (Palau-Marti), «A propos d’un ancien récit de voyage au Dahomey (1797)», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1er trimestre 1963, tome 50, n°178, pages 53-63 ;

NICOLAS (Victor), L’expédition du Dahomey en 1890, un aperçu géographique et historique, Paris, Limoges, Henri Charles-Lavauzelles, 1892, 152 pages ;

NOIR (Louis), Une amazone de Dahomey, Paris, A Fayard, 1892, 154 pages, spéc chapitre V, sur la cour de Béhanzin, pages 71-87 ;

PEHAUT (Yves), «L’histoire du Dahomey», Les cahiers d’Outre-mer, 1964, pages 106-109 ;

PLIYA (Jean), AHOYO (Jean Roger), Hommage au roi Gbéhanzin, héros national, Abomey, 2006, 39 pages ;

POIRIER (Jules), Campagne du Dahomey, précédée d’une étude géographique et historique de ce pays, préface de Henri Lavertujon, Paris, Limoges, Henri Charles-Lavauzelle, 1895, 370 pages, spéc pages 57-240 ;

SALINIS (A. de Le P), Protectorat français sur la Côte des esclaves (1889-1990), préface du vice-amiral de Cuverville, 1908, 565 pages, spéc pages 304 à 314 ;

SARR (Felwine) SAVOY (Bénédicte), Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle, Paris, novembre 2018, 232 pages, spéc pages 44-45 ;

SCHELAMEUR (Frédéric), Souvenirs de la campagne du Dahomey, Paris, Limoges, Henri Charles-Lavauzelle, 1896,  266 pages, spéc pages 240-255 ;

SNELGRAVE (William), A New Account of Some Parts of Guinea and the Slave Trade, London, James John and Paul Knapton, 1734, 288 pages ;

TEVOEDJRE (Alfred), L’Afrique révoltée, Paris, Présence Africaine, 1958 et 2011, 157 pages, spéc pages 145-146 ;

WAHL (Maurice), «Le Dahomey», La France aux colonies, Paris, Librairies imprimeries réunies, 1896, 304 pages, spéc pages 168-177 ;

WALKENAER (Charles, Athanase), Collection des voyages par terre et par mer : en différentes parties de l’Afrique depuis 1400 jusqu’à nos jours, Paris, Chez l’Editeur, imprimerie Auguste Desrez, 1842, tome XI, 560 pages, spéc pages 234-245.

Paris, le 13 mai 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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