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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 22:22

 

Disparu le vendredi 28 décembre 2018, à 90 ans, Seydou BADIAN est resté, jusqu’au dernier souffle, fidèle à ses engagements politiques et littéraires. Engagé en politique avant même l’indépendance du Mali aux cotés de Modibo KEITA, son premier et grand roman, paru en 1957 chez Présence africaine, intitulé «Sous l’orage» connaitra un succès qui fera lui l’un des écrivains africains les plus lus de sa génération. Apparemment le roman est court et l’intrigue simple. C’est «un roman bien agréable, facile à lire et à comprendre, sans grandes prétentions, mais qui sonne juste»  écrit Lilyan KESTELOOT. Cependant, derrière cette simplicité se cache une complexité : «A ne considérer que la linéarité de l’action, la schématisation des personnages, l’opposition tradition et modernisme, ne risque-t-on pas de méconnaître ce qui fait la richesse du roman : un récit fortement structuré où espace et temps sont traités en fonction d’objectifs précis, une organisation de relations entre personnages qui supporte et souligne chacun des éléments du conflits, une utilisation du discours qui marie habilement un genre propre à la littérature écrite en français et les divers types de manifestation de la parole traditionnelle en Afrique, donc des phénomènes oraux ? » s’interroge Françoise TSOUNGUI.

Il ne faudrait pas l’évacuer trop vite, en dehors de la question du conflit de génération, ce roman «Sous l’orage», une métaphore concernant le conflit des cultures, soulève l’interrogation suivante : Quelle attitude l’Africain doit-il avoir face à la tradition et à la modernité ? Que doit-il prendre dans l’une et l’autre ? Comment doit-il s’ouvrir sans s’acculturer ou sans se renier ?

Dans «Sous l’orage», Kany et Birama vivent, en ville, fréquentent l’école française et ils sont amoureux. Ils ont même envie de se marier. Ce projet, le père Benfa ne veut pas en entendre parler car il souhaite que sa fille soit la femme de Famagan, polygame et riche commerçant. Mais Kany refuse d’être mariée à quelqu’un qu’elle n’aime pas ; elle est soutenue dans sa fronde par Birama. C’est en discutant avec Tiéman, dans le village de son père, que le jeune Birama trouvera une réponse à ces questions. «Il ne s’agit pas évidemment de tout accepter… Les coutumes sont faites pour servir les hommes, nullement, pour les asservir. Soyez réalistes ; brisez tout ce qui enchaîne l’homme et gêne sa marche. Si vous aimez réellement votre peuple, si vos cris d’amour n’émanent pas d’un intérêt égoïste, vous aurez le courage de combattre toutes ses faiblesses. Vous aurez le courage de chanter toutes ses valeurs» dit Tiéman, ancien combattant et infirmier. Tiéman n’approuve pas totalement la culture occidentale qui, selon lui, manque de compassion et d’empathie à l’égard des défavorisés. En définitive, Kany n’épousera pas Famagan et les jeunes, grâce à Tiéman, comprendront que «la technique ne saurait être un critère de supériorité [car] elle n’est en quelque sorte qu’une volonté, une orientation, un besoin». Seydou BADIAN livre ici un message fort qui peut être résumé ainsi : quelle que soit leur importance, la science et la technique ne doivent pas être absolutisées ; ce ne sont que des moyens au service de l’homme, lequel homme est au début, au centre et à la fin du progrès car «l’homme n’est rien sans les hommes». Seydou BADIAN exhorte les Africains, devant les difficultés qui les attendent, à ne pas fuir, mais à les affronter : «Ne crie jamais et ne fuis jamais, quel que soit ce que tu auras en face. Un homme ne court pas. Quand on doit la vie à la fuite, on ne vit plus qu’à moitié. On est dominé soit par le souvenir de la peur, soit par la honte. On n’est plus un homme libre» écrit-il. 

Seydou BADIAN délivre un message de sagesse, dans ce conflit entre la tradition et la modernité, il faudrait adopter une synthèse lucide et réaliste, s’ouvrir aux autres, mais tout en conservant sa culture. Son père l’avait désigné pour le succéder à son fonds de commerce, mais il est le premier soudanais à se rendre à Montpellier, grâce à l’intervention d’Oumou Delly, un membre de sa famille appartenant au clan de Modibo KEITA. En effet, l’auteur a expérimenté ces conflits de cultures. C’est Charles CAMPOUX, professeur de Lettres, son mentor à Montpellier, qui l’ouvrit à la culture occidentale, tout en l’incitant à conserver la sienne. Né le 10 avril 1928, à Bamako, au Mali, Seydou BADIAN, après les études primaires et secondaires, il arrive en France en 1945 et entreprend des études de médecine à Montpellier, en France. Il soutient, en 1955, une thèse sur «Neuf traitements africains de la fièvre jaune». Rentré au Mali, en 1956, il est nommé médecin de circonscription à Bougouni. A l’indépendance, en 1960, partisan de Modibo KEITA (1915-1977), un président panafricaniste, tiers-mondiste et membre du groupe de Casablanca (Mali, Ghana, Maroc, Guinée), Seydou BADIAN, secrétaire chargé des questions économiques au parti, est nommé Ministre de l’économie rurale, puis Ministre du Plan de 1965 à 1966.  «De 1960 à 1968, nous nous sommes battus. Nous sommes efforcés de donner aux Maliens le sentiment qu’ils devaient être fiers d’eux-mêmes, fiers de leur pays et accepter certains sacrifices. Pour un pays, il n’y a rien de plus beau. Nous avions renoncé à l’argent et aux privilèges. Nous étions tous disposés à tout donner à notre pays, notre patrie» dit Seydou BADIAN. Il reprend en 1966, son métier de médecin. Le 19 novembre 1968, Moussa TRAORE renverse Modibo «c’est la déchéance morale» qui s’installe au Mali, avec des phénomènes de corruption d’une grande ampleur. Seydou BADIAN d’abord déporté à Kidal, finira par s’exiler au Sénégal. La France n’a pas apprécié les relations du Mali avec la Guinée de Sékou TOURE, le FLN de l’Algérie, Abdel Aziz BOUTEFLIKA, pendant la guerre de libération était basé à Gao. Le Mali de Modibo était aligné avec la Chine de Mao et Samir AMIN était un de ses conseillers. «L’Occident veut que l’Afrique soit une copie du monde occidental. Si tu te dresses contre cela, tu es pendu. Mais, ils sont dans l’erreur, historiquement et sociologiquement» dit-il. Mais «Le Mali est un grand pays. Nous avions notre histoire, nous étions au service de l’honneur, de la dignité, du bonheur du peuple malien» dit-il. «Aujourd’hui le Mali est penché et le bateau tangue mais ne chavirera jamais» dira en 2017, Seydou BADIAN.

Seydou BADIAN est l’auteur du texte de l’hymne national du Mali. Pendant sa retraite il a été conseiller de différents chefs d’Etat africains comme Denis Sassou NGUESSO, qui l’avait dépêché auprès de Thomas SANKARA, à la suite de sa sortie violente contre Félix HOUPHOUET-BOIGNY. Son avion avait fait escale en Côte-d’Ivoire, c’est à cee moment qu’il a appris que Thomas SANKARA et ses compagnons ont été exécutés, lors du coup d’Etat du 15 Octobre 1987 à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Il est l’auteur d’une pièce de théâtre, «la mort de Chaka», une ardente invitation à l’unité de l’Afrique. Dans son ouvrage «les dirigeants africains face à leurs peuples», il dresse le bilan du colonialisme, un grave handicap pour l’Afrique. «Ecrire c’est une forme de combat, mais la lecture n’est pas dans les priorités de la jeunesse»  dit-il. Seydou BADIAN s’affiche comme un maoïste, en pleine guerre froide. Il y expose son point de vue sur la voie socialiste du développement. La construction du socialisme «n’astreint pas à une solidarité exclusive avec des pays du même régime». Il recommande de renoncer à l’industrie lourde et aux aides conditionnées et opte pour une planification adaptée aux réalités africaines. L’objectif c’est de développer le pays, par la justice et le travail et compter sur ses propres forces, à travers le plan, la priorité est donnée à l’agriculture  diversifiée et vivrière, l’école, la santé et l’industrialisation (Comatex le textile de Ségou, la sucrerie, bétail avec abattoirs frigo, puis tanneries, Société malienne d’importation d’exportation des produits de 1ère nécessité avec prix accessibles, routes avec les voisins, chemin de fer). Le conseiller français disait qu’il fallait attendre 25 ans, pour développer la canne à sucre, Seydou BADIAN s’est adressé aux Chinois, qui en 15 jours, ont réglé la question. Cependant, il constate que les structures féodales sont un obstacle à l’édification du socialisme. Il fallait d’abord produire avant de redistribuer, être indépendant. «Des éléments de l’armée ont été manipulés. Il y a eu des radios crochets. Modibo Keita est mort avec 300 000 FCA (459 €) seulement» dit-il. «Nous devons le devoir d’être nous-mêmes, gagnant-gagnant, dans la dignité. L’aide est ridicule» dit Seydou BADIAN.

Si la France est intervenue, militairement, au Mali, sous François HOLLANDE, ce n’est pas pour combattre les terroristes, c’est parce qu’il a été découvert dans le Nord (Gao, Tombouctou), de l’or, du gaz de schiste, du pétrole et surtout ce minerai stratégique pour les centrales nucléaires qu’est l’uranium. Ce sont les géologues soviétiques qui ont mis en lumière ces richesses, le Mali n’est pas pauvre : «Nous sommes des amis de la France. Si nous allons ailleurs, c’est parce que la France nous a rejeté, d’une manière ou d’une autre» dit Seydou BADIAN.

Seydou BADIAN, le dernier survivant de l’équipe Modibo KEITA est resté fidèle à son mentor en politique «Nos parents étaient liés, mon père et le sien était des amis. J’ai une de mes tantes qui vient de la famille de Modibo»,  dit-il en 2015. Il révèle lors de l’éphémère fédération  avec le Sénégal, c’est le président SENGHOR qui avait choisi le terme de «Fédération du Mali». En effet, chronologiquement, dans l’histoire, il y avait d’abord l’empire du Ghana, ensuite du Mali et du Songhoy. Modibo, un Malinké était gêné, c’est Mahamane Alassane HAIDARA de Tombouctou, (1910-1981, sénateur du Soudan) qui l’a convaincu. Sénégal et le Mali étaient dirigés par des gouvernements différents sur le plan idéologique, mais le terme «Mali» a été conservé, après l’éclatement de la fédération.

Son testament politique est clair : «Modibo était un saint laïc, il avait de grandes ambitions pour son pays, ses idées étaient les miennes. Je souhaiterais que la jeune génération soit patriote, soit attachée, rivée à un Mali indépendant, un Mali de dignité, un Mali d’honneur. Le Mali est une grande et ancienne nation qui n’est pas une création coloniale. Il faut rester digne de cet héritage culturel. Il ne faut pas devenir esclave de l’argent qui est tyrannique. Il faut préférer l’honneur et la dignité. Le peuple vivra avec son idéal» dit-il. «Je compte sur les historiens pour dire que j’ai été un homme lié à son peuple, à son pays et à l’Afrique» dit-il.

«Pour l'Afrique et pour toi, Mali» (hymne national du Mali composé par Seydou BADIAN). Le Mali n’a pas conservé l’hymne rédigé par SENGOR pour la fédération du Mali.

A ton appel Mali

Pour ta prospérité

Fidèle à ton destin

Nous serons tous unis

Un peuple, un but, une foi

Pour une Afrique unie

Si l'ennemi découvre son front

Au-dedans ou au-dehors

Debout sur les remparts

Nous sommes résolus de mourir

Pour l'Afrique et pour toi Mali

Notre drapeau sera liberté

Pour l'Afrique et pour toi Mali

Notre combat sera unité

O Mali d'aujourd'hui

O Mali de demain

Les champs fleurissent d'espérance

Les cœurs vibrent de confiance

L'Afrique se lève enfin

Saluons ce jour nouveau

Saluons la liberté

Marchons vers l'unité

Dignité retrouvée

Soutient notre combat

Fidèle à notre serment

De faire l'Afrique unie

Ensemble debout mes frères

Tous au rendez-vous de l'honneur

Debout villes et campagnes

Debout femmes, jeunes et vieux

Pour la patrie en marche

Vers l'avenir radieux

Pour notre dignité

Renforçons bien nos rangs

Pour le salut public

Forgeons le bien commun

Ensemble au coude à coude

Faisons le sentier du bonheur

La voie est dure très dure

Qui mène au bonheur commun

Courage et dévouement

Vigilance à tout moment

Vérité des temps anciens

Vérité de tous les jours

Le bonheur par le labeur

Fera le Mali de demain


                                                Indications bibliographiques

 

1 – Contributions

BADIAN (Seydou), Congo, terre généreuse, forêt féconde, photographe Jean-Guy Jules, Paris, Jeune Afrique, Grands livres, 1983, 191 pages ;

BADIAN (Seydou), La mort de Chaka, pièce en 5 tableaux, Paris, Présence africaine, 1962, 61 pages ;

BADIAN (Seydou), La saison des pièges, Abidjan, NEI, CEDA  et Paris, Présence africaine, 2008, 222 pages ;

BADIAN (Seydou), Le sang des masques, Paris, Robert Laffont, 1976, 250 pages ;

BADIAN (Seydou), Les dirigeants africains face à leur peuple, Paris, François Maspéro, cahiers libres, 1964, 183 pages ;

BADIAN (Seydou), Noces sacrées : les Dieux de Kouroulamini, Paris, Dakar, Présence africaine, 1997, 187 pages ;

BADIAN (Seydou), Sous l’orage (Kany), Paris, Présence africaine, 1963, 152 pages ;

BADIAN (Seydou), Interview accordée le 22 septembre 2012, à Maliweb.net.

2 – Critiques

BATTESTINI (Monique), BATTESTINI (Simon), Seydou Badian, écrivain malien, Paris, Nathan, Classiques du Monde,  1968, 63 pages ;

HASSAN BOGOREH (Saida), Le langage du droit dans le roman africain : une étude anthropologique du roman «Sous l’orage» de Seydou Badian, mémoire DEA sous la direction d’Etienne Le Roy et Camille Kuyu Mwissa, Paris Sorbonne, 1998, 51 pages ;

JAQUEY (M.-C), «Le sang des masques de Seydou Badian», Notre Librairie, nov-déc 1977, n°39, pages 55-59 ;

KEITA (Cheik, Mahamadou, Chérif), «Le regard du roi» de Camara Laye et «Noces sacrées» de Seydou Badian», Proceeding of the Meeting of French Colonial History, 1982, Vol 6/7, pages 102-108 ; 

NGOLO (Gibau, Mundede), Le thème de la rencontre des cultures dans «Sous l’orage» de Seydou Badian, «L’enfant noir» et «Dramouss» de Camara Laye, «L’aventure ambigüe» de Cheikh Hamidou Kane, mémoire de maîtrise, Dijon, 1976, 92 pages ;

OLLESSONGO (Valentin), Tradition et modernisme dans la littérature négro-africaine (Seydou Badian, Mongo Béti, Chinua Achebe), Limoges, UER Lettres, 1982, 112 pages ;

TSOUNGUI (Françoise), Comprendre «Sous l’orage» de Seydou Badian, Issy-les-Moulineaux, Les classiques africains, 1985,  77 pages.

Paris, le 29 décembre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

«Seydou BADIAN KOUYATE (1928-2018), un homme de lettres malien» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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