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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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23 novembre 2018 5 23 /11 /novembre /2018 17:57

Critique d’art, musicologue, anticlérical, féministe avant l’heure, partisan de l’abolition de la peine de mort, du droit de vote, et viscéralement républicain, Victor SCHOELCHER consacra l’essentiel des combats de sa vie à l’abolition de l’esclavage et l’émancipation des colonisés. En effet, Victor SCHOELCHER, ancien sous-secrétaire d’État aux colonies du gouvernement provisoire fit voter le décret d’abolition définitive de l’esclavage le 27 avril 1848. «L’esclavage est un attentat contre la dignité humaine. En détruisant le libre arbitre de l’homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir. Il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Egalité, Fraternité» mentionnent les considérants de ce décret. Jusqu’ici, les études sur Victor SCHOELCHER ont été parasitées, uniquement, par les questions importantes d’abolition de l’esclavage, de marronnage et de dédommagement. En réalité, le système mis en place le 27 avril 1848, grâce à Victor SCHOELCHER, dépasse largement ces sujets.

D’une part, née des banquets et des barricades, cette Révolution fort sympathique, succédant le 24 février 1848 au gouvernement conservateur de François GUIZOT (1787-1874), a introduit une démocratie sociale. «Enrichissez-vous !» y compris sur le dos des esclaves, avait dit GUIZOT, dans son système de cupidité sans limites, abolir l’esclavage serait la ruine des colonies. Sur recommandation de la Commission SCHOELCHER, le 27 avril 1848, une série de décrets sont pris concernant notamment les droits sociaux des anciens esclaves âgés, la diminution du temps de travail portée à 9 h 30 par jour, l’école primaire obligatoire, les ateliers nationaux, une fête du travail, les jurys cantonaux, etc. Féministe avant l’heure, SCHOELCHER considère que «Toutes les servitudes se touchent, et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le temps est passé où l’on disait que la place des femmes était au salon ou à la cuisine». Pour lui, l’ignorance crée de nouvelles servitudes, d’où son attachement très profond à l’éducation. En effet, l’égalité réelle suppose une école ouverte à tous les enfants des anciens esclaves : «Travailler à détruire l’ignorance est pour le ministère une impérieuse obligation. Les écoles feront naturellement pénétrer de plus en plus l’amour de la République au fond des coeurs ; car l’instruction, en éclairant notre esprit, démontre que la République est, de toutes les formes de gouvernement, la plus rationnelle et la plus morale, celle qui prête le moins aux abus. Ce n’est aussi qu’en passant par l’école que les enfants deviennent des citoyens, connaissant bien leurs droits et leurs devoirs,  comprenant cette vérité essentielle que plus on a de droits plus on a de devoirs» écrit-il le 28 août 1878.

D’autre part, la Révolution schoelchérienne, fondée sur l’assimilation et l’égalité réelle, préfigure ce que sera la démocratie sénégalaise ; elle introduit la citoyenneté et son corollaire le droit de vote. En effet, si la démocratie sénégalaise est, de nos jours, apaisée, avec deux alternances (2000 et 2012), et sans coup d’Etat depuis l’indépendance, c’est que les Sénégalais votent depuis 1848.

Cependant, SCHOELCHER, dans ses études sur l’esclavage au Sénégal, concentrées sur les villes côtières, a négligé, la riche et originale vie politique dans le royaume du Fouta-Toro des Almamy (1776-1895). Ce régime politique de Thierno Souleymane BAL, bien avant la Révolution américaine et l’abolition de 1848, avait combattu farouchement l’esclavage, et mis en place un système électif fondé sur les principes éthiques de ses gouvernants.

Humaniste résolu, SCHOELCHER ne s’est jamais marié. Il avait voulu garder la liberté de ses élans, sa tête et son cœur, exclusivement en vue de l’efficacité de ses engagements pour l’égalité et la liberté. En effet, SCHOELCHER a fait de sa lutte pour l’abolition de l’esclavage, le but ultime de sa vie. «Schoelcher a porté la vérité jusqu’à la gloire» dit de lui, Victor HUGO. L’esclavage, c’est conserver le vaincu pour sa force de travail ; il devient ainsi «un instrument, ce n’est plus un homme. (…) Que fait l’esclavage ? Il commence par détruire ce principe (conscience et sentiment de la personnalité) de toutes les forces de l’âme, il fait d’un homme une chose» écrit Henri WALLON. Ainsi, donc l’esclave, cet être avili, est enchaîné à la volonté de son maître, toute sa vertu consistant à obéir. «Le maître est pour lui : famille, patrie, Dieu arbitre souverain du juste et de l’injuste ; toute l’existence de l’esclave se confond et s’absorbe dans cette vie supérieure» dit Henri WALLON qui fera partie de la Commission sur l’abolition de l’esclavage en 1848. L’esclavage contamine tout et corrompt tout. En effet, pendant quatre siècles, «biens meubles» par l’article 44 du «Code Noir» élaboré par Colbert, puis édité en 1685. En raison d’une mentalité coloniale et esclavagiste, cette situation de servilité continue encore, de nos jours, sous d’autres formes.

Issu d’une famille aisée, il aurait pu mener une vie bourgeoise bien tranquille et confortable. En fait, SCHOELCHER est un homme qui ne «marchande ni sa vie, ni sa fortune, ni son temps» estime Ernest LEGOUVE, un ami de 60 ans. «Schoelcher est une nature de héro ; il a la superbe impatience du danger» dit Victor HUGO. Marc SCHOELCHER, son père, né le 26 avril 1766 à Fessenheim, destiné à l’état ecclésiastique quitte l’Alsace, en raison des troubles de la Révolution, pour venir s’installer à Paris. Marc devient apprenti à la manufacture de porcelaine de Jean-Baptiste LOCRE (1726-1810). Il se marie le 20 juin 1796 avec Victoire Jacob, une marchande lingère, dont sont issus trois enfants (Marc-Antoine, Victor et Jules). Marc, un artisan compétent et talentueux, en 1806, aide la famille à ouvrir une autre boutique. Victor SCHOELCHER est né le 22 juillet 1804 au 60 rue du Faubourg Saint-Denis, à Paris. Mais, son père un peu frivole, ses parents vont se séparer, il est donc élevé par une mère pieuse, sans devenir croyant, SCHOELCHER en gardera une haute exigence éthique et morale, un grand amour pour les autres. C’est avec cette branche parisienne de sa famille, il y a eu une petite déformation du patronyme qui s’est transformé en SCHOELCHER. L’ajout de la voyelle «o» était voulu pour intensifier l’accent d’intensité sur la première syllabe pour donner au nom une prononciation plus parisienne. Après les études primaires, Victor entre au Lycée Louis Le Grand, il y rencontre, notamment Jules JANIN (1804-1874), écrivain, critique dramatique et d’art. Il quitte ce lycée, en 1819, pour des études sur l’art et les lettres.

Amateur de musique et collectionneur d’objets d’art, il fréquente les cercles libéraux. SCHOELCHER affirme son option politique antimonarchiste et républicaine. Pour lui, la franc-maçonnerie est un moyen de réaliser l’idéal de justice et de liberté. Il était athée, mais «c’est un athée qui fait croire en Dieu» écrit, son ami, Ernest LEGOUVE (1807-1903). Comme Confucius, il professait une religion sans Dieu, celle des Lumières et des principes de liberté et d’égalité. Il fréquente depuis l’adolescence les salons littéraires et politiques opposés au gouvernement de Louis XVIII, et s’inscrit à la société «Aide-toi, le ciel t’aidera», à la loge des «Amis de la Vérité» en 1831, puis à celle de la «Clémente Amitié» en 1844.

En 1829, son père l’envoie au Mexique avec une grosse pacotille de belle céramique. Ce ne fut pas un succès commercial, mais il a observé les usages et mœurs des mexicains et des mexicaines et en a rendu compte dans la Revue de Paris. «J’écrivais, pour la première fois et j’avais 25 ans» dit-il. Il est révolté contre la misère du monde : «Je ne savais pas qu’il y avait tant de profondes misères dans le monde. J’en découvre à chaque pas d’effroyables. C’est cependant une belle tâche de travailler à chercher le remède, à organiser un milieu social où toutes ces souffrances ne seraient plus possibles», dit-il. Dans une situation sociale préoccupante, il pressentait la Révolution de juillet 1830 : «J’avais l’intention de vous parler de la pluie qui nous inonde, de la famine qui va arriver, des affaires politiques qui deviennent excellentes pour les gens qui pensent aussi bien que nous», écrit-il le 15 juillet 1830 à un ami.

SCHOELCHER, même s’il avait une sympathie pour les idées libérales, n’était au début, qu’un abolitionniste modéré. Il était destiné à reprendre le commerce de son père. En effet, à la mort de son père, le 14 octobre 1832, il avait hérité d’une boutique de porcelaine : «Il ne savait ni vendre, ni acheter, ni administrer, ni fabriquer» écrit LEGOUVE. Le 24 mars 1833 il hérite aussi de la manufacture de son frère, Jules, mort à la Réunion. Il ne savait pas marchander et l’amour-propre le révolte à l’idée de s’asseoir à un comptoir. Il liquida son magasin, mais il lui restait le souvenir de ses voyages au Mexique, à la Havane et aux Etats-Unis. Mais il est frappé par la découverte de l’esclavage et vire au journalisme politique. En raison d’une épidémie de lèpre, il part, en 1840, pour la Jamaïque, la Dominique, la Martinique, Antigua, Saint-Thomas, Haïti et Cuba. Lors de son voyage en Martinique, en 1840, il observe que : «L’esclave n’a aucun recours contre l’arbitraire du maître, qui peut disposer de lui, à son gré. Ses enfants ne lui appartiennent même pas. La loi est inexistante pour lui ; elle le déclare chose mobilière et autorise sa vente ou sa location, comme s’il s’agissait de bêtes de somme ou d’instruments de travail. L’esclave, chose du maître, est à la merci de ce dernier, qui peut lui infliger, lorsqu’il le juge utile, les châtiments les plus barbares, comme les plus dégradants». Le célibat, le marronnage et le poison sont la conséquence de l’esclavage. Par conséquent, il découvre le visage hideux de l’esclavage : «A cette vue, jaillirent comme par explosion, des plus intimes profondeurs de son être, toutes ses vertus naturelles, la haine de l’injustice, la passion pour la liberté, la sympathie pour tout ce qui souffre. (…) Il rapportait un trésor d’indignation, qui était un trésor de charité. Sa vie avait un but, son âme un principe. Il était parti commis voyageur, il est revenu abolitionniste» écrit Ernest LEGOUVE (1807-1903). En 1833, il fait paraître une brochure «De l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale». Il adhère, en 1834, à la «Société française pour l’abolition de l’esclavage colonial». A compter de cette date, devenu défenseur intraitable de la cause des Noirs, en dépit de différentes menaces, il réclame l’abolition immédiate de l’esclavage. En 1839, il remporte le prix de l’association des Amis des Noirs que lance l’Abbé GREGOIRE sur le thème «Quels seraient les moyens d’expurger le préjugé injuste et barbare des Blancs contre la couleur des Africains ?».  Dans son étude, il conteste les théories justifiant l’esclavage et la colonisation au nom de l’infériorité intellectuelle des Noirs : «Quant à moi, il me reste démontré, qu’en fait, les Nègres sont une variété d’espèces d’animaux appelés hommes, et ils sont libres de droit !» dit-il.  Son combat change donc de nature, il ne demande plus la libération progressive et graduée des esclaves, mais exige  une abolition immédiate de l’esclavage, dans un ouvrage de 1842. Il devient célèbre pour cette cause qu’il défendra, sans relâche jusqu’à la fin de sa vie.

Toute la noble vie de SCHOELCHER est un apostolat pour la dignité et la liberté de l’Homme. Très jeune, il fut admis au Comité des Amis des Noirs, dont faisaient partie Alphonse Marie Louis de PRAT de LAMARTINE (1790-1869), Achille Léonce Victor, duc de BROGLIE (1785-1870) et François ARAGO (1786-1853). Il rencontre Henri GREGOIRE dit l’Abbé GREGOIRE (1750-20 mai 1831), membre de la société des Amis des Noirs, à partir de 1789 : «Personne n’a acquis plus d’honneur soutenant les Nègres que Grégoire ; son ardeur, loin de se refroidir, n’a fait qu’augmenter dans les obstacles. Tel est le caractère des hommes qui se dévouent à une noble cause» dit Jacques-Pierre BRISSOT. L'objectif des Amis des Noirs est bien de préparer la suppression de la traite et l'abolition de l'esclavage. Mais ils se heurtent aux intérêts des colons et à la haine des Montagnards, qui les envoient à l'échafaud, comme BRISSOT en 1793 ou les conduisent au suicide (CLAVIERE, CONDORCET). Seul l'abbé GREGOIRE échappe à la répression. Il est même élu à la Convention, où il demande «la mise hors la loi du commerce infâme». Sous son impulsion et celle de Danton, la Convention abolit l'esclavage le 4 février 1794. L'abbé GREGOIRE, qui continue de se battre et de publier des brochures en faveur de l'abolition de l'esclavage en France, mourra néanmoins, en  1831, sans avoir vu son pays revenir à la décision prise en 1794. SCHOELCHER connaissait aussi Alexis Henri Charles CLEREL, comte de TOQUEVILLE (1805-1859). Il a collaboré avec une série de journaux, dont «Le Journal du Peuple».

Par ailleurs, SCHOELCHER, avec sa bibliothèque riche de plus de 12 000 livres, était au fait des grands courants abolitionnistes dans le monde, en Angleterre et aux Etats-Unis. Ainsi, il s’est inspiré de ses devanciers, notamment les abolitionnistes Quakers, comme George FOX (1624-1691), Antoine BENEZET (1713-1874). Ces abolitionnistes voulaient élever les Noirs dans la connaissance de Dieu et engager leurs maîtres à les traiter, plus humainement. Le mouvement plus énergique est venu d’Angleterre. William WILBERFORCE (1759-1793) a obtenu, trois jours avant sa mort, un engagement du parlement à abolir l’esclavage. Républicain, défenseur courageux de la justice et de l’humanité, fondateur en 1788 de la Société des Amis des Noirs, une cause qu’il qualifie de «sacrée», Jacques-Pierre BRISSOT de WARVILLE (1754-1799), explique ainsi les raisons de son séjour Amérique : «Un des motifs du voyage que j’avais fait en Amérique était d’y servir la cause des Noirs et d’y étendre les rameaux de la société que je venais d’instituer à Paris» écrit-il. Clerc de procureur avec Robespierre, BRISSOT sera condamné à mort, en 1793, pour «conspiration». BRISSOT connaissait les abolitionnistes anglais, notamment Granville SHARP et Thomas CLARKSON (1760-1846). CLARK estime que les Noirs ne sont pas inférieurs aux Blancs, ils ne descendent ni de Caïn, ni de Cham : «Si le meurtre doit être honoré, si le christianisme n’est qu’un mensonge, il est évident qu’on peut se livrer au commerce des esclaves, sans remords, sans crime : mais si le contraire est vrai, comme la Raison le démontre, il faut regarder la servitude comme la plus impie, de toutes les coutumes, puisqu’elle heurte la Raison, la justice, la nature» écrit Thomas CLARKSON.

En homme très cultivé, franc-maçon et journaliste, Victor SCHOELCHER a sans doute eu connaissance de la production littéraire des abolitionnistes français, comme Jérôme PETION. «Cette traite est un acte de barbarie et d’inhumanité ; elle ne s’alimente que par des injustices de toute espèce. (…) La cupidité se masque souvent du voile de l’humanité pour parvenir plus sûrement à son but. En volant des hommes à l’Afrique pour les répandre dans les colonies, en demandant la protection des puissances étrangères pour soutenir ce brigandage, les trafiquants exposèrent  que ces peuples étaient livrés à l’idolâtrie, la plus extravagante, à la misère la plus affreuse, et c’était leur rendre un double service que les arracher à leur sort ingrat et de les soustraire aux peines éternelles qui les attendaient» dit, le 8 mars 1790, Jérôme PETION de VILLENEUVE (1756-1794), maire de Paris et membre de la société des Amis des Noirs. Et il ajoute : «L’homme seul a le droit de disposer de sa personne et de ses actions ; la misère n’altère point ce droit, et ne donne point, à un autre, de titre sur sa liberté». A la Révolution, dans les colonies, les planteurs redoutaient l’abolition de l’esclavage : «La plus grave cause de mésintelligence entre la métropole et les colonies résidait dans les craintes que les théories égalitaires contenues dans la Déclaration des droits de l’homme» écrit Arthur GIRAULT. La Convention a adopté l’abolition de l’esclavage, par acclamation, estimant «qu’elle ne devait pas se déshonorer en mettant en discussion le principe même de liberté».

Cependant, ce qui caractérise ses prédécesseurs, «c’est leur hésitation, leur opposition à l’abolition immédiate, mais seulement après un délai d’apprentissage» écrit  Guillaume SURENA. Les propriétaires d’esclaves ont toujours prétendu que l’abolition serait la ruine des colonies. Ainsi, Cyrille BISSETTE (1795-1858), un proche des Békés, colons blancs planteurs, a tenté de discréditer, vainement, SCHOELCHER. Pour les esclavagistes, les abolitionnistes ne seraient que des imbéciles, des fourbes ou des vaniteux en mal de popularité, ils ignoreraient la réalité économique dans les colonies. Cette guerre idéologique menée par les possédants avait intoxiqué les abolitionnistes. Ainsi, le duc de BROGLIE, fondateur en 1822, de «La société de morale chrétienne», pourtant un partisan de l’abolition de l’esclavage, partait d’un double principe : il faut accorder aux propriétaires d’esclaves une indemnité raisonnable et ménager la transition de la servitude à la liberté, en préparant les Noirs à en user, sagement. En effet, dans les années 1840, les courants antiesclavagistes européens étaient fortement influencés par le précédent de l’émancipation britannique de 1833-1838. En août 1833, «l’Abolition Bill», voté à Londres par le Parlement, accordait une importante indemnité aux planteurs et obligeait les esclaves à quatre à six ans d’apprentissage chez leurs anciens maîtres, c’est-à-dire de travail sans rémunération. Les autorités britanniques décidaient en 1838, de mettre fin à ce système, source incessante de conflits. «C’est donc toujours la même chose. Le temps passe, les idées s’épurent, la civilisation agrandit son empire, les peuples s’éclairent, les mœurs s’adoucissent ; les colons seuls, immobiles, n’oublient rien et n’apprennent rien. N’osant plus toutefois soutenir l’esclavage en principe, ils disent qu’il faut préparer les esclaves, mais à chaque loi préparatoire, ils s’écrient en gémissant : «C’est la destruction des colonies» !», écrit-il dans la Réforme du 28 juillet 1846.

Tirant les conséquences de ces démarches abolitionnistes où les planteurs voulaient s’assurer le leadership, Victor SCHOELCHER entreprit une démarche plus hardie, comme Moïse, il eut pour ambition de délivrer les esclaves, tout de suite et maintenant, de leur servitude : «Nous demandons, l’abolition immédiate et complète de l’esclavage dans les colonies françaises ; Parce que la propriété de l’homme sur l’homme est un crime ; Parce que l’épreuve des lois des 18 et 19 juillet 1845 a rendu plus manifestes que jamais l’insuffisance et le danger des moyens prétendus préparatoires ; Parce qu’aujourd’hui même ces lois ne sont pas encore appliquées dans leur entier ; Parce qu’on ne peut détruire les vices de la servitude qu’en abolissant la servitude elle-même ; Parce que toutes les notions de justice et d’humanité se perdent dans une société à esclaves ; Parce que l’homme est encore vendu à l’encan, comme du bétail, dans nos colonies ; (...) Parce que la prolongation de l’esclavage porte atteinte aux véritables intérêts des colonies et à la sécurité de leurs habitants ; Parce que l’abolition, en réhabilitant le travail agricole, y rattachera toute la population libre ; (...) Parce que l’affranchissement des Nègres français entraînera l’émancipation de toute la race noire ; Parce qu’en vertu de la solidarité qui lie tous les membres de la nation entre eux, chacun de nous a une part de responsabilité dans les crimes qu’engendre la servitude», écrit-il le 30 août 1847, dans sa pétition pour l’émancipation immédiate. «La clairvoyance et l’obstination de Schoelcher avaient donné le branle de la liberté. L’impétuosité nègre fit le reste», écrit CESAIRE. Victor SCHOELCHER rassemble ses articles parus dans différents organes de presse (Courrier français, Le Siècle, La Revue indépendante, la Réforme, etc.) et les publie, en 1847, sous le titre «Histoire de l’esclavage, les deux dernières années». Dans ce débat des années 1840, il insiste donc sur l’abolition, sans délai, de l’esclavage, qui était programmée par les conservateurs, dans 20 ans, soit en 1863. La lutte pour l’abolition de l’esclavage, de façon désintéressée, c’est «la conscience inflexible des devoirs éternels de l’homme envers l’homme» dit-il. Le 5 mai 1881, l’année du 33ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, Victor SCHOELCHER a fait remarquer : «La prédominance tourne toujours finalement au bénéfice des intérêts matériels. Les possesseurs d’esclaves repoussaient, avec passion, l’émancipation, et à les entendre, elle était grosse de catastrophes ; l’esclavage était inséparable de l’existence des colonies ; le détruire, serait leur ruine, à bref délai. Il est détruit, et la grande délivrance s’est accomplie avec une facilité qui a dépassé ce que les promoteurs pouvaient en espérer».

Quand l’abolition immédiate et absolue de l’esclavage fut adoptée, les colons poussèrent un cri d’indignation et de fureur, SCHOELCHE fut qualifié comme apôtre de massacre et de vol. L’esclavage aboli par la Convention en 1794, fut rétabli par l’Empire en 1802. «En vérité, je ne croyais pas qu’il serait si long et si difficile de tuer l’esclavage sous la République» écrit SCHOELCHER. En raison de ces attaques ignominieuses, SCHOELCHER a dû se battre en duel, pour sauver son honneur. Louis BONAPARTE, devenu Napoléon III, s’est engagé à l’article 1er du Senatus-Consul du 3 mai 1854, à ne pas rétablir l’esclavage. Les autres pays vont s’engager dans l’abolition de l’esclavage : Pays-Bas (1860), Portugal (1856-1867), Etats-Unis après la guerre de sécession (1864-1867) et Brésil en 1864. La Conférence de Vienne en 1815, celle de Vérone, en 1822, et celle de Berlin de 1885, interdisent, à ses signataires, de tolérer l’esclavage.

Elu député de la Martinique et de la Guadeloupe, en 1848, il opte pour le premier mandat, il laisse le second mandat à son suppléant Louisy MATHIEU, un ancien esclave. Il va siéger parmi les Montagnards de 1848 à 1951. Après son exil, il continuera de se battre contre l’esclavage jusqu’à sa mort.

I – Victor SCHOELCHER les combats pour la liberté et la citoyenneté

Les colons avançaient l’idée que les abolitionnistes n’étaient abolitionnistes que par ignorance, la bonté des planteurs adoucissait le sort des esclaves. Piqué au vif, SCHOELCHER s’embarque en Martinique, pour 14 mois. «Il faut détruire l’esclavage, non seulement pour les esclaves, mais pour les maîtres ! Car s’il condamne les Noirs à souffrir, il condamne les Blancs à faire souffrir ! Car, il torture les uns, il déprave les autres» écrit SCHOELCHER. Il part en septembre 1947, au Sénégal et visite la Gambie. Mais il ne se rendra pas au Nord, abolitionniste.

A – Le Sénégal et la question de l’esclavage

1 – La Révolution de 1848 et  l’esclavage au Sénégal

C’est afin «d’étudier l’esclavage musulman pour le comparer à l’esclavage chrétien» que SCHOELCHER partait le 4 novembre pour arriver le 12 novembre 1844 en Egypte.  Le statut de servitude en pays musulman n’avait selon lui «rien de commun avec l’esclavage occidental». Mais le sort misérables des fellahs d’Egypte, leur servitude, travaillant dans les fabriques du Vice-Roi, maltraités, mal rétribués et croulant sous les impôts, l’avait incité à qualifier le vice-roi Méhémet-Ali (1769-1849) de «négrier déguisé en civilisateur». Ses conclusions sont sévères : «Méhémet-Ali a tout flétri, tout corrompu, tout tué en Egypte, jusqu’à la fierté de l’Arabe du désert» écrit-il.

En août 1847, il embarque au Havre pour le Sénégal. Il voulait étudier la race noire, sur le sol même qu’elle habite et rechercher, dans la patrie d’origine des Noirs, les traces de leur valeur intellectuelle et morale. Il visita la Gambie, le port d’Albréda. Il voulait s’imprégner de la vie des esclaves : «J’ai dormi, dans une case, sur une natte où reposaient, à côté de moi, le maître et l’esclave ; mais c’est se tromper, étrangement, que de dépeindre cet esclavage de couleurs anodines. Il n’y a pas de servitude qui ne soit pas pleine de barbarie. J’ai rapporté de mon voyage en Sénégambie, des fers que les maîtres attachent aux pieds de leurs captifs désobéissants» écrit-il. SCHOELCHER était au Sénégal, quand la Révolution a éclaté le 24 février 1848. Son retour, à Paris, le 3 mars 1848, en plein bouleversement, mais avec un gouvernement hésitant, précipita l’abolition de l’esclavage. En effet, le témoignage de François ARAGO (1786-1853) est édifiant sur son rôle décisif : «Je regrettais beaucoup de ne pas pouvoir, dans ces premiers moments, m’éclairer des avis d’un homme qui avait noblement consacré sa vie à la classe déshéritée des Nègres, qui avait de ses besoins, de ses tendances, de ses mœurs, l’étude profonde, et, qui mieux est, l’étude désintéressée ; mais il était absent. Son zèle ardent l’avait porté à aller au Sénégal, examiner les conditions des captifs. Il ne fut de retour à Paris que le 3 mars. Dans un entretien que nous avons eu, le même jour, M. Schoelcher me prouva qu’il fallait, absolument, revenir à l’idée de l’émancipation immédiate» écrit-il. SCHOELCHER est nommé le 4 mars 1848, Sous-secrétaire d’Etat aux colonies et des mesures relatives à l’abolition de l’esclavage. «Considérant que nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves», une commission chargée de préparer l’émancipation immédiate des esclaves est créée ; elle est présidée par Victor SCHOELCHER qui s’est adjoint de quatre personnes, dont Henri WALLON, auteur d’un ouvrage sur l’histoire de l’esclavage dans l’Antiquité, son premier volume traitant des colonies.

En moins de deux mois, l’esclavage est aboli. Celui-ci foule le sol français, ou sa colonie, devient un homme libre. L’article 1er décret 27 avril 1848 est ainsi rédigé : «L'esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d'elles. À partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres, seront interdits». Pour Louis BLANC (1811-1882), l’abolition de l’esclavage, «c’est la consécration même du principe, le grand principe de l’inviolabilité humaine ; car, ne pas s’appartenir, c’est ne pas vivre» écrit-il. Quand le décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage est signé, François ARAGO lui dit : «Eh bien, mon cher ami, vous voilà immortel !».

SCHOELCHER, pour le Sénégal, a distingué les esclaves de case et les esclaves de guerre et les fugitifs. «Les esclaves sont nombreux chez les Ouolofs, mais ils sont traités avec tant de douceur qu’ils ne songent guère à déserter ; ceux-ci, lorsqu’ils sont nés dans la case, ne sont jamais vendus, à moins qu’ils n’aient commis quelque faute grave» écrit Gaspard-Théodore MOLLIEN (1796-1872), à propos des esclaves de case. Mais le sort des esclaves de guerre, système pratiqué par les royaumes du Cayor, du Djolof, du Oualo et du Sine, est moins enviable «Le Nègre est né sous le joug du plus odieux despotisme ; il n’ouvre les yeux à la lumière que pour voir les fers, et à peine, peut-il lever les faibles bras pour embrasser sa mère, qu’ils sont chargés de fer» écrit Dominique LAMIRAL. En effet, «Le souverain du Cayor a droit de mort et de pillage sur ses sujets» écrit MOLLIEN. Contrairement à une idée reçue, l’esclavage en raison de ces guerres, au Sénégal concerne une masse importante de personnes. Souverain absolu, le Damel du Cayor «s’arroge le droit de piller, de tuer et de vendre ses sujets par simple caprice» écrit Louis Léon FAIDHERBE (1818-1889). «Quand des chefs nègres font des razzias, pour vendre des captifs aux Blancs, les guerriers se font tuer ou s’échappent, et ce sont les masses non guerrières qu’on ramasse pour les vendre» écrit FAIDHERBE. «Toute l’Afrique n’est composée que d’un peuple d’esclaves, sans propriété réelle et constante, ne connaissant aucune jouissance et n’ayant aucune passion bien déterminée que pour la guerre et le brigandage» note avec exagération Dominique LAMIRAL (1750-1800). Le Damel du Cayor, vaincu en 1861 par les Français, renoncera à l’esclavage. En effet, les royaumes du Sénégal, encore puissants, se livraient des guerres incessantes, avec leurs lots d’esclaves, souvent avec l’appui des Maures. «La France a deux forces sur la côte, Saint-Louis et Gorée. Les contrées qui les avoisinent fournissent, tous les ans, environs 2 200 esclaves qui sont amenés dans ces deux forts. Le pillage, la guerre, les prétendus crimes, sont les principales sources de ce recrutement d’esclaves ; car, il y a peu d’esclaves de naissance» dit Jérôme PETION de VILLENEUVE.

L’article 2 de ce décret du 27 avril 1848 édicte que «Le système d'engagement à temps établi au Sénégal est supprimé». Par une dépêche du 30 octobre 1823, le Ministre des colonies envisageait de mettre progressivement fin à l’esclavage, mais en instaurant un système qui lui ressemble, celui des engagés à temps, pour des besoins économiques et militaires. La conférence de Berlin interdisait l’esclavage, à partir du 29 mars 1815, mais ne prévoyait que des opérations maritimes de contrôle contre les trafiquants d’esclaves. Aussi, les colons, pour contourner ce texte, se ravitaillaient dans l’intérieur du pays. En fait, l’esclave acheté et affranchi, doit souscrire un engagement de travailler pour les colons allant entre 10 et 14 ans. Dès sa prise de fonction, le gouverneur du Sénégal, Edouard BOUET-WILLAUMEZ (1808-1871) avait voulu s’attaquer à la question des engagés à temps. Le 16 janvier 1844, il avait pris l’avis du conseil privé de la colonie sur l’opportunité de la suppression du système des «engagés à temps». Pour lui, la colonie en tirerait le maximum de profit, en orientant désormais l’activité des engagés vers l’agriculture ou le service militaire. Pour les colons, l’éventualité de la suppression de l’institution des engagés à temps irait à l’encontre de leurs intérêts, d’autant que la prospérité de Saint-Louis en dépendait. C’est finalement, SCHOELCHER qui a mis fin à cet esclavage, qui ne dit pas son nom. Mais FAIDHERBE, par arrêté du 18 octobre 1855, avait permis un système de «location d’esclaves», pour avoir la maîtrise sur le fleuve, encore contrôlé par le Oualo, les Maures et le Fouta-Toro Central. Les mineurs sont rachetés et protégés par le service judiciaire. Les esclaves fuyant les zones de guerre seront libérés et sont inscrits à un bureau spécial. En revanche, les captifs de case sont rendus à leurs maîtres. Suivant l’article 5 d’un arrêté du 15 novembre 1862, les esclaves fugitifs venant de pays amis, considérés comme vagabonds, seront expulsés, pour motifs tirés de l’ordre public. «Ce qui se répète chaque jour au Sénégal, est mauvais, absolument illégal, et exige une prompte répression. L’autorité française y sacrifie le plus noble de nos principes fondamentaux de droit public, elle viole la loi de 1848 et accepte la légitimité de l’esclavage» écrit SCHOELCHER dans une intervention au Sénat du 1er mars 1880, devenu un ouvrage «L’esclavage au Sénégal».

L’extinction de l’esclavage est fixée au 1er janvier 1849, et concerne, pour les comptoirs, 6 000 personnes (ouvriers spécialisés, non agricoles), avec une indemnité de 4 millions de Francs (415 F par captif à Saint-Louis et 342 F à Gorée). Certains avaient tenté, pour l’appât du gain, d’y ajouter les esclaves de case, venus de l’intérieur du pays. L’abolition de l’esclavage par SCHOELCHER avait ébranlé les neufs principaux comptoirs : «La libération des esclaves arriva comme un coup de foudre. Les maîtres furent réduits, pour la plupart, à la plus grande gêne» écrivait en 1853, l’abbé David BOILAT (1814-1901), dans ses «Esquisses sénégalaises». Barthélémy DURANTIN-VALANTIN parlait, en 1849, de «l’immense dommage de l’émancipation qui pèsera longtemps sur la colonie et auquel l’exiguïté de l’indemnité sera loin de porter un suffisant allégement». Déjà, en 1789, Dominique LAMIRAL estimait que sans le concours des esclaves, les colonies ne pourraient plus fonctionner : «Les esclaves manoeuvrent ou traînent à bras ces navires (à Saint-Louis), parce que les équipages blancs sont insuffisants, et qu’ils ne pourraient pas résister à un travail aussi dur, dans un climat de feu». Dominique LAMIRAL, un esclavagiste, pousse même le cynisme jusqu’à affirmer que ces hommes seraient satisfaits de leurs servitudes : «On croirait que le nègre vendu était au désespoir ; Point du tout ; il fut un peu triste pendant deux ou trois jours, passé ce temps, il a toujours été fort gai, dansant, chantant et amusant tous les autres» écrit-il. LAMIRAL prétend même que le sort des esclaves serait adouci, ils seraient traités avec beaucoup d’humanité, plus que chez aucune autre nation : «Combien n’a-t-on pas vu à qui leur maître avait donné la liberté, être comme des oiseaux échappés à leur case ; Bientôt embrassés de cette liberté qu’ils désiraient, revenir à leurs anciens maîtres les prier de les reprendre» affirme-t-il.

FAIDHERBE, gouverneur du Sénégal (1854-1861 et 1863-1865), qui connaissait Victor SCHOELCHER, pour avoir séjourné en Guadeloupe de 1848 à 1849, était sensible à son discours abolitionniste. Victor SCHOELCHER, élu député, dédicacera l’ouvrage de FAIDHERBE sur le «Sénégal et ses dépendances». En effet, FAIDHERBE restera adversaire de l’esclavage : «Ses goûts le portaient déjà aux études ethnographiques, ses sentiments à la sympathie des déshérités. Il semble que, dès lors, il se soit senti la volonté d’aimer cette race maudite, de l’élever en dignité dans la famille humaine. Il entrevit, peut-être, dans un rêve de patriotisme et d’humanité, le rôle qu’il devait remplir avec tant d’éclat au pays des Noirs. Il est à croire que ses relations avec Schoelcher, le vénérable apôtre de l’abolition de l’esclavage, contribuèrent à fixer ses résolutions» écrit Ismaël-Mathieu BRUNEL, un de ses biographes. «Malgré les occupations absorbantes que la construction du Fort Joséphine imposait à Faidherbe, il se mit à réfléchir aux moyens de sortir les nègres de l’abjection où leur vie antérieure (esclavage) l’avait menée» écrit J. RIETY dans sa biographie.  

FAIDHERBE, un homme intelligent sorti de Saint-Cyr, à l’aube d’une industrialisation balbutiante, a compris que l’esclavage, dans sa forme antique, était condamné. En effet, le commerce de la gomme arabique, dont les quantités ne cessent de baisser, n’a pas plus d’avenir. L’arachide, introduite récemment au Sénégal, n’avait pas encore produit de résultats concluants. Par ailleurs, le marché des comptoirs était trop étroit (13 000 habitants à Saint-Louis et 4500 à Gorée). Le Sénégal était devenu un maigre archipel de comptoirs, «battu de flots tumultueux, où la vie ne pouvait qu’inquiète et misérable» écrit Georges HARDY. En ce milieu du XIXème siècle, la métropole a, de plus en plus, besoin de produits manufacturés, plus stratégiques. Le colon qui n’avait pas la maîtrise de l’ensemble du territoire sénégalais, était concurrencé par des royaumes esclavagistes du Cayor, du Djolof et du Oualo, soumettant les comptoirs français à diverses taxes : «Pour avoir le droit de commercer, nous étions soumis à des mesures vexatoires, humiliantes, et surtout onéreuses. La faiblesse avec laquelle, nous nous soumettions à leurs exigences, à leurs demandes de cadeaux sans cesse renouvelées, les encourageait à persévérer dans cette voie» écrit FAIDHERBE.

Pour renforcer la présence de la France au Sénégal, Anne-Jean-Baptiste RAFFENEL (1809-1858) préconisait, après son voyage au Sénégal entre 1843 et 1844, de «suivre une politique ferme, loyale et juste ; protéger les Noirs contre les Maures et les Peuls musulmans (Fouta-Toro), entretenir une armée spéciale, petite, mais solide, supprimer les escales, coutumes, traitants, toutes entraves commerciales». Pour des raisons militaires, et afin de conquérir tout le territoire sénégalais, les esclaves avaient le droit de venir se réfugier dans tous les postes militaires français, à condition de s’engager dans l’armée. C’est sur cette base qu’a été fondée la compagnie de laptots créée en 1765 à Gorée, mais fonctionnant avant 1848 avec des esclaves, puis celle des tirailleurs sénégalais, à partir de 1856. Par conséquent, le colon avait intérêt à l’abolition de l’esclavage, la disparition de ces royaumes sénégalais lui offre un immense réservoir de main-d’œuvre servile : «C’est par la guerre que se perpétue l’esclavage de traite ; sans la guerre, l’esclavage domestique, à force de s’adoucir, disparaîtrait de l’Afrique, comme il a disparu des autre parties du monde» écrit FAIDHERBE, gouverneur du Sénégal. «C’est en extirpant la traite en Afrique même, après l’avoir aboli aux îles, que la République protège le Sénégal des Maures» dit, de façon paternaliste, Marius MOUTET, alors Ministre des Colonies, le 11 juillet 1937.

2 – La Révolution de 1776 des Almamy et l’abolition de l’esclavage

Victor SCHOELCHER qui a visité, sous haute surveillance, les villes côtières du Sénégal et la Gambie, n’avait pas pu se rendre au Fouta-Toro, dans le Nord du Sénégal. Il faisait l’objet d’une surveillance policière étroite. Par ailleurs, le Fouta-Toro, un empire Peul, dans le Nord du Sénégal, était une zone jugée dangereuse, parce qu’en révolte contre la colonisation et le trafic des esclaves. En effet, le Royaume des Almamy fondé par Thierno Souleymane BAL, un de mes ancêtres, avait interdit l’esclavage depuis 1776, soit 18 ans avant la première abolition en France de 1794, et 72 ans avant le décret du 27 avril 1848. En effet, la dynastie des Almamy qui a régné sur le Fouta-Toro, est une réaction contre celle des Satigui, des Peuls Déniankobé animistes, alliés aux Maures et pratiquant l’esclavage et le pillage. «Ce pays (Le Fouta-Toro) était autrefois si peuplé que sans effort, il aurait été facile de tenir les Maures, dans une entière dépendance et de les assujettir à lui payer un tribut ; mais cette nation molle, sans vigueur et sans courage, s’est toujours laissée battre par des forces inférieures. Toujours pillés, toujours amenés en captivité, le nombre de ces peuples a considérablement diminué, il est réduit dans une espèce de dépendance, sous les Maures», écrit Antoine Edme PRUNEAU de POMMEGORGE (1720-1812), dans sa «Description de la Négritie». La Révolution des Torodos, au Fouta-Toro, en 1776, avec Thierno Souleymane BAL, non seulement a mis fin à ces razzias, mais aussi, et surtout, interdit l’esclavage sur son royaume.

Dominique LAMIRAL, arrivé au Sénégal le 15 avril 1789, pour se livrer au trafic d’esclaves, fait état de diverses taxes que doivent payer les Européens, pour traverser le Fouta-Toro, mais aussi de l’interdiction de l’esclavage dans cette partie du Sénégal : «L’Almamy, le chef de Peul, est le plus puissant d’entre eux ; ils nous a enlevé, cette année (1789), plus d’une cinquantaine d’esclaves». SCHOELER qui faisait du journalisme, est sans doute au fait de l’exposé du 8 mars 1790, au parlement, de Jérôme PETION de VILLENEUVE, faisant allusion à la prohibition de l’esclavage au Fouta-Toro : «Il est un roi d’une tribu nombreuse appelée les Pouls (Peuls) ; qui habite un assez vaste pays ; ce roi ayant élevé dans la classe des prêtres (Le Fouta-Toro est une dynastie, à cette époque, théocratique) a porté sur le trône plus de lumières que ses prédécesseurs (La dynastie précédente, celle des Déniankobé, alliée aux Maures, était des animistes, des pillards et des esclavagistes). Le sage Aluzammi (Almamy), s’est déterminé, en 1785, non seulement à refuser les présents de la Compagnie du Sénégal, non seulement à proscrire  de ses sujets, mais même il a déclaré qu’il ne permettrait à aucun marchand d’esclaves de passer sur ses terres avec ses esclaves. (…) On lui a suscité des ennemis qui ont pillé ses frontières ; on a  excité contre lui des Maures qui l’ont attaqué, qu’il a vaincus, et il est resté inflexible» écrit PETION de VILLENEUVE. Un explorateur français, Gaspard-Théodore MOLLIEN (1796-1872), ayant séjourné 22 ans au Sénégal à partir de 1817, et qui a visité le Fouta-Toro des Almamy, a confirmé ce témoignage. Le Peuls «possèdent une grande qualité : ils ont un esprit national. Ils ne se vendent entre eux ; c’est ce dont quelques peuples civilisés de l’Europe peuvent se vanter. Quand ils apprennent qu’un de leurs compatriotes, a été vendu, ils vont l’enlever des mains de ceux qui l’ont acheté» écrit MOLLIEN. Le gouverneur du Sénégal, FAIDHERBE, reconnaîtra, plus tard, également certaines qualités aux Foutankais : «Ils ne manquent pas de qualités : l’attachement à leur religion, leur patriotisme, leur haine de l’esclavage ; aucun citoyen du Fouta n’est jamais réduit en esclavage ; ils ne font d’esclaves que sur les infidèles.» écrit Louis Léon FAIDHERBE, dans sa «notice sur le Sénégal» dit-il.

SCHOELCHER connaissait Jacques-François, baron ROGER (1787-1849), arrivé au Sénégal en 1819, et premier gouverneur civil de ce territoire entre 1825 et 1827, il était membre de la Société des Amis des Noirs. Dans un roman, «Kelédor, histoire africaine», le baron ROGER a, dans une large mesure, popularisé le combat des Almamy du Fouta-Toro contre l’esclavage. C’est une création littéraire, mais le roman s’inspire de faits historiques qui «ont échappé aux précédents voyageurs. Malgré les bonnes descriptions du Sénégal, on n’a pas encore en Europe, des idées très justes sur certains détails de moeurs et d’institutions qui sont d’une assez haute importance» écrit, dans le bulletin de la société de géographie, en 1828, JOMARD dans son analyse du roman. «Les Sénégambiens ont reçu des Arabes, avec la loi musulmane, certains arts, certaines institutions qui ne sont pas indignes d’examen. Il faudra bien des années pour que l’Européen superbe s’accoutume à croire à l’aptitude intellectuelle de l’Africain» précise JOMARD. Par conséquent, cet ouvrage se déploie sur «deux registres de la fiction romanesque et du traité scientifique visant, pour l’essentiel, à contribuer à une prise de conscience en France d’une société et d’une culture lointaine» écrit dans la préface Kusum AGGARWAL. Le roman prend pour décor, au début, «La révolution politique arrivée en 1775, dans le pays de Fouta, et qui a fait passer le pouvoir royal aux mains des prêtres ; ils élisent entre eux l’Almamy, prince temporel et spirituel, et forment un conseil qui le révoque, à volonté» écrit JOMARD. «La révolution politique arrivée en 1775, dans le pays de Fouta, et qui a fait passer le pouvoir royal aux mains des prêtres ; ils élisent entre eux l’Almamy, prince temporel et spirituel, et forment un conseil qui le révoque, à volonté» écrit JOMARD. Le baron ROGER décrit le caractère prononcé, la fermeté et l’esprit d’indépendance des Peuls, ainsi que leur grande hostilité à l’esclavage «Ils sont passionnés pour la liberté. (…) Après leur Révolution en 1775, l’esclavage fut proscrit, on n’y admis aucun nouvel esclave, chose bien remarquable tout ancien esclave devient libre, dès qu’il sut lire. Les Foulhs (Peuls) vont jusqu’à croire que nous avons suivi leur exemple en proscrivant la traite» écrit JOMARD. En effet, en 1797, l’Almamy du Fouta-Toro, Abdoul Kader KANE, entreprend une expédition contre le Damel du Cayor, un roi animiste et esclavagiste. L’Almamy est fait prisonnier et les jeunes guerriers qui l’accompagnaient, dont Kelédor, âgé de 14 ans, est vendu comme esclave. A Saint-Domingue, il est revendu à un planteur espagnol, et se marie avec une jeune esclave qui lui donne un enfant. Il corrige le fils de son maître qui avait pris possession de sa femme, Mariette, et s’enfuit du domaine, devenant ainsi un nègre marron et rejoint Toussaint-Louverture. Il se bat en homme libre «La liberté est un trésor qui tient lieu de tous les autres ; des dangers sans nombre t’environneront ; la liberté donne le courage de les affronter» écrit-il.  Retrouvant des anciens esclaves Peuls, il décide de rentrer au Fouta-Toro. Mais il retrouve le village de ses ancêtres entièrement détruit. Il rejoint les bords du fleuve afin d’entreprendre des travaux agricoles, en homme libre. Le baron ROGER est un franc-maçon avec une fibre humaniste et antiesclavagiste. Il tente, en 1822, de faire du Sénégal une colonie agricole, avec la participation des esclaves affranchis, en vue d’exporter des produits exotiques en métropole. «À mon arrivée au Sénégal, il ne s’y trouvait pas un arbre à fruit, pas une plante utile, pas la moindre trace de ces richesses végétales qui, compagnes de l’homme civilisé dans tous les pays et selon les climats, le suivent pour fournir à ses besoins, à ses plaisirs... J’ai conçu qu’il y aurait une gloire vraie, une vive satisfaction à doter ces contrées de végétaux des deux mondes, cultivés par des nègres libres» écrit-il dans «Les Fables sénégalaises». Pour cette ambition agricole, il engage un jardinier, Jean-Michel Claude RICHARD, et le lieu conservera sa dénomination : «Richard-Toll» ou le «champ de Richard». Il pense que l’esclavage ainsi que le colonialisme seront appelés à disparaître «Il est de la justice, et même de la politique du gouvernement, de soutenir le faible contre le fort, sans nuire, cependant, à celui-ci» écrit-il. Tout en étant partisan de la colonisation, le baron ROGER a revalorisé l’image du Noir. De retour en France, parlementaire et membre fondateur de la Société des Amis des Noirs, SCHOELCHER fait participer le baron ROGER à la commission d’abolition de l’esclavage.

B – La Révolution de 1848 et la question de la citoyenneté au Sénégal

1 – Schoelcher, initiateur de la démocratie sénégalaise ?

Les Sénégalais qui votent depuis 1848, le doivent à Victor SCHOELCHER. Curieusement, le décret du 27 avril 1848 d’abolition de l’esclavage ne prévoyait pas expressément ce droit de vote pour les natifs des quatre communes, c’est «un privilège singulier et irrationnel, qui a son origine dans un simple accident historique» écrit Arthur GIRAULT. Le décret de 1848 supprimant l’esclavage, dit, en son article 6, que «Les Colonies purifiées de leur servitude» seront représentées à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas un droit nouveau, pour les indigènes qui n’ont pas été esclaves. En fait, c’est une simple instruction du Gouvernement provisoire, pour les élections dans les colonies, en exécution du décret du 5 mars 1848, qui institue, en son point 1, que, désormais le Sénégal et ses dépendances ont droit à un député et un suppléant à l’assemblée nationale. «Les élections auront lieu, dans les plus brefs délais possible, après la libération générale des esclaves devenus citoyens français» stipule le point 2. Ce texte a été remplacé, consolidé et intégré dans la loi du 15 mars 1849 qui sera promulguée au Sénégal, le 22 juin 1849, par le gouverneur Auguste-Léopold PROTET (1808-1862).  Mais l’exercice du droit politique est suspendu par l’Empire, de 1852 à 1870. Le gouvernement de la Défense nationale rétablira le droit de vote des Sénégalais, et des élections seront organisées par un décret du 29 janvier 1871, promulgué au Sénégal par arrêté du 9 mars 1871. Un décret du 10 août 1872, créé des communes de plein exercice au Sénégal (Saint-Louis, Dakar, Rufisque et Gorée). Un Conseil général est institué au Sénégal, par décret du 4 février 1879.

C’est un scrutin par arrondissement. Pour être électeur, il faut être âgé au moins de 21 ans. La nationalité peut se justifier par la possession d’Etat ou une résidence de 5 ans, dans l’une des communes de plein exercice. Pour les affranchis, l’article 1er de la loi du 24 avril 1833 édicte que toute personne née libre ou «ayant acquis légalement la liberté, jouit dans les colonies françaises, des droits politiques dans les conditions prescrites par la présente loi». L’article 20 de la Charte coloniale de 1833, avait fixé la majorité électorale à 25 ans, et avait instauré un suffrage censitaire, il faut être redevable d’impôts directs ; ce qui excluait les métis et les esclaves affranchis, de conditions modestes, et favorisait les colons Blancs.

«Le Fouta est une sorte de République dont l’Almami (le chef) est élu, et dont presque tous les habitants sont libres» dit Jean-Bernard JAUREGUIBERRY, Ministre des colonies et gouverneur du Sénégal (1861-1863) dans son échange avec SCHOELCHER sur «Le Sénégal et l’esclavage» page 79. En effet, bien avant 1848, au Fouta-Toro, de 1776 à 1895, les Almamy étaient également élus au suffrage universel indirect. «Le Fouta est une République avec un chef électif. La seule loi est le Coran. Le chef élu, est toujours un marabout savant ; la seule condition, c’est qu’il soit Torodo de caste. On ne nomme jamais un chef déjà puissant par lui-même. Son pouvoir est très éphémère et presque illusoire. Il est élu et renversé par des assemblées populaires de Torodo, qui sont les chefs héréditaires des principales tribus» écrit Louis Léon FAIDHERBE. Ce sont les Foutankais qui élisent «le futur Almamy et l’investissent du pouvoir qui n’est plus le privilège d’une maison particulière» écrit Cheikh Moussa CAMARA.  Ce système électif au Fouta-Toro, instauré depuis 1776, est attesté par différents autres témoignages : «Au Fouta, le gouvernement est théocratique et électif. Mais l’élection est soumise à certaines règles qui en restreignent l’exercice. La Nation, dans l’ordre politique, est formée par différentes familles ou tribus. Chaque tribu acclame un candidat. Il appartient au Conseil suprême de choisir sur cette liste. Ce Conseil, dont l’autorité s’exerce d’une façon permanente pendant la vie de l’Almamy, qui a le droit de réprimander, de déposer, même de condamnation à mort du souverain, est tout puissant pendant l’interrègne» écrit, en 1883, Jacques de CROZALS (1848-1915).  Le Fouta est dirigé par une oligarchie théocratique, chacun a une portion du territoire, mais exerce le pouvoir sous l’autorité de l’Almamy. Le Conseil composé de Cinq personnes «est aussi puissant que le Conseil des Dix l’était dans l’ancienne République de Venise», écrit Anne RAFFENEL (1809-1858).  Le nouvel Almamy intronisé porte un turban blanc, emblème de la souveraineté et un bâton noir orné d’une petite pomme d’argent, d’un tabala pour annoncer les grandes nouvelles et un cheval richement orné. Il doit jurer sur le Coran de conserver la religion intacte de ses ancêtres et de mener la guerre sainte contre les infidèles : «L’Almamy ne peut rien faire sans l’avis du conseil. Lorsqu’ils sont mécontents de ce chef, ils se retirent pendant la nuit dans un lieu élevé ; après une longue délibération, l’Almamy est renvoyé ; un autre est sur le champ élu à sa place ; ils le font venir devant eux et lui adressent ces mots : «Nous t’avons choisi pour gouverner notre pays avec sagesse» écrit MOLLIEN. L’Almamy doit remplir des qualités morales (générosité, courage, droiture, savoir islamique, sans discrimination concernant la caste). L’Almamy, qui est à la fois chef politique et religieux, était élu ; ce n’était pas un simple héritage familial, le titre devait revenir au musulman le plus noble, le plus intègre et donc le plus méritant. On ne connaissait pas le système de déclaration de patrimoine, mais l’Almamy qui s’enrichissait de trop était évincé du pouvoir et ses biens confisqués. Par conséquent, le Fouta-Toro ressemble à un régime parlementaire ; le souverain a des pouvoirs limités «Chaque Etat Foula constitue une République théocratique dont le chef, l’Almamy, n’exerce le pouvoir temporel et spirituel qu’avec l’aide des Anciens et des notables», Georges RAYNAUD, pour le Fouta-Djallon. «Lorsque la déposition de l’Almamy est prononcée, ce sont les enfants qui la lui annoncent en poussant des cris et en jetant des pierres et de la boue sur sa case ; alors il se retire, abandonnant toutes les marques de l’autorité. S’il n’obéit pas aux ordres de son successeur, il s’expose à être fustigé par ses anciens sujets» précise MOLLIEN. L’Almamy a des pouvoirs propres : celui de mener la guerre et de lever des impôts (dîmes sur les productions végétales, sur les marchandises traversant le royaume et sur le sel).

2 – Le droit au Sénégal, sa mise en œuvre et ses difficultés

Victor SCHOELCHER n’était pas un indépendantiste, mais un assimilationniste qui réclamait l’égalité des droits pour les colonisés, encore relégués au rang d’indigènes. Mais c’est aussi au nom de ces devoirs qu’un gouvernement républicain se doit, selon SCHOELCHER, de faire bénéficier les populations colonisées d’acquis sociaux et politiques tels que le bulletin de vote, l’école gratuite et obligatoire pour tous, la liberté d’expression, la liberté de conscience. SCHOELCHER n’a jamais cessé de dénoncer les hypocrisies coloniales : «Civiliser les populations sauvages ! Les arracher à la barbarie en les amenant dans nos colonies où elles prendraient nos moeurs politiques ! Ce langage n’a rien de nouveau pour les vieux abolitionnistes. Quand on allait trafiquer des nègres dont on faisait des esclaves «en les baptisant», c’était aussi «pour arracher des sauvages» à l’idolâtrie, pour conquérir des âmes à Dieu ! Les termes aujourd’hui sont changés, le fond est le même. Hypocrisie de pirates», écrit-il. En effet, c’est au nom de la politique d’assimilation, laquelle se fonde, selon Georges HARDY, sur ridée de «l’identité permanente du type humain», que le Sénégal est doté d’institutions électives.

Ces nouveaux droits accordés aux anciens esclaves s’accompagnent d’une liberté de la presse et d’une liberté d’expression : «Les colonies sont appelées, désormais, à jouir de tous les droits publics de la Nation. Si les sociétés coloniales, en présence de l’esclavage, redoutaient la libre discussion, elles doivent être affranchies de toute oppression de la pensée, comme de toute servitude de l’homme» mentionnent les considérants du décret du 2 mai 1848. Une des contreparties de ces libertés accordées aux esclaves, c’est que désormais, ils sont soumis aussi aux obligations militaires : «L’une des premières mesures à prendre d’urgence doit être celle qui aura pour objet d’appeler immédiatement la population que vous venez de rendre à la liberté à concourir à la défense de la patrie. (…) Faire participer tous et chacun à la dette de sang qui pèse sur les enfants de la Mère-patrie ; mettre à profit, dans l’intérêt de la France, la population nombreuse aux colonies, et surtout au Sénégal, qui se livre à la navigation et à la pêche» édicte François ARAGO, Ministre de la Marine et des colonies. 

Dans les faits, même si l’abolition de l’esclavage supposait l’attribution de tous les droits civils et politiques, la citoyenneté des nouveaux affranchis étaient souvent contestée, les colons se fondant sur le défaut d’assimilation. Par conséquent, et pendant longtemps, 5% des habitants du Sénégal étaient seulement concernés par le droit de vote. La crainte de donner la majorité aux indigènes est agitée comme un spectre. Les colons exigeaient donc des indigènes, et pour être électeurs, l’assimilation, c’est-à-dire, renoncer à son statut personnel, notamment à la polygamie.  Il est créé, par décret du 20 mai 1857, une justice musulmane. A partir de cette époque, les colons se sont souvent opposés au vote des esclaves affranchis, se fondant le défaut d’assimilation, les esclaves seraient des sujets français, parce que soumis à leur statut personnel. Un jugement du tribunal de Dakar, du 5 mars 1908, estimait que notamment que ces anciens esclaves sont des sujets français, soumis à leur statut personnel, et ne pouvant donc réclamer aucun droit électoral, à moins d’être naturalisés. Dans un arrêt de principe, du 22 juillet 1908, la Cour de cassation a rappelé que le droit de vote des indigènes originaires des quatre communes, est reconnu par la loi.

Par conséquent, sur le plan juridique, si les anciens esclaves sont libres, c’est qu’ils sont devenus citoyens, avec l’intégralité de leurs droits politiques, quelque soit leur statut personnel. Le Code civil a été promulgué au Sénégal le 5 novembre 1830 et prescrit que «Tout individu né libre, et habitant le Sénégal et ses dépendances, jouira, dans les colonies, des droits accordés par le Code civil aux citoyens français». Mais l’exercice de ce droit se heurtait souvent à la règle de l’assimilation : «Par le fait de cette renonciation, qui sera définitive et irrévocable, ils seront régis, ainsi que leurs femmes et leurs enfants mineurs, par les lois civiles applicables aux Français de la colonie» édicte l’article 1er du décret du 21 septembre 1881. C’est ainsi que les colons ont même tenté, vainement, de contester la nationalité française de Blaise DIAGNE, qui avait été premier africain élu député, le 10 mai 1914. L’islamophobie ne date pas donc de ce début du XXIème siècle. C’est une situation confuse, jusqu’en 1915. En effet la loi du 14 octobre 1915, pose, en son article 1er, le principe que les Sénégalais des communes de plein exercice sont soumis aux obligations militaires. «Ils sont incorporés dans les troupes françaises et soumis aux mêmes obligations et avantages» prescrit l’alinéa 2 de cet article. Pour vaincre les réticences des colons, la loi Blaise Diagne du 29 septembre 1916, publiée au JO du 1er octobre 1916, a rappelé que «les natifs des communes de plein exercice au Sénégal et leurs descendants, sont et demeurent des citoyens français, soumis aux obligations militaires prévues par la loi du 19 octobre 1915». Cette loi vise une catégorie importante de la population, dont des esclaves qui ont pris l’habitude de déclarer leurs enfants dans ces communes ; ce qui change la donne en matière politique. «Nous, Africains de France, avons choisi de rester Français, puisque la France nous a donné la liberté, et qu’elle nous accepte, sans réserves, comme citoyens égaux à ses citoyens d’origine européenne» dit Blaise DIAGNE (1872-1934). Lamine GUEYE (1891-1968), avocat et président de l’assemblée nationale, a consacré sa thèse sur ce sujet, et va, à travers, la loi n°46-940 du 7 mai 1946, octroyer la citoyenneté à tous les habitants du Sénégal, supprimant ainsi le Code de l’indigénat.

En 1870, il avait 9 556 électeurs au Sénégal,  pour 26 600 habitants dans les quatre communes, sur une population totale de 201 000 habitants. Tout électeur est éligible, mais pour être député, conseil général ou conseiller local, il faut savoir lire et écrire. Il n’est donc pas étonnant que les colons blancs et les métis se sont réservés la part du lion, dans ces élections, et cela jusqu’au 10 mai 1914, date de la victoire de Blaise DIAGNE. Pendant la Révolution, le décret du 16 Pluviôse An II,  proclame «l’abolition de l’esclavage, et décide que tous les hommes, sans distinction de couleur, sont citoyens français et jouissent de tous les droits accordés par la Constitution». En effet, la colonie du Sénégal avait déjà envoyé un député en France, en 1790. Dominique HARCOURT LAMIRAL décide alors ses concitoyens à rédiger des cahiers de doléances et se charge de les présenter devant les Etats Généraux ; il a défendu l’importance de la traite négrière pour l’économie coloniale. Mais, outre qu’il est désigné par quelques notables, européens et mulâtres, il siège à l’Assemblée versaillaise sans titre, sans statut défini. C’est sur le fondement de la circulaire du 2 mai 1848 et du décret du 27 avril 1848 que Barthélémy DURAND VALANTIN (1806-1864), un conservateur et monarchiste, est choisi le 31 octobre 1848 et réélu 1e 10 août 1849 par un corps électoral très restreint. Ayant dû démissionner, il est remplacé par un autre mulâtre de Saint-Louis, John SLEIGHT (17 août 1851). Mais avant que ce dernier ait pu régler la question de son éligibilité, la représentation parlementaire des colonies est supprimée par le décret - loi du 2 avril 1852 de Napoléon III. Elle est rétablie par la IIIème République naissante par un décret du 1er février 1871, puis à nouveau supprimée en 1876, l’administration locale craignant l’influence du député. A la suite de pétitions des habitants des communes, Jules GREVY consent à rendre aux électeurs sénégalais le droit de désigner un représentant au Parlement (décret du 8 avril 1879). Blaise DIAGNE, un Noir, provoque la première alternance, le 10 mai 1914. Les Sénégalais conserveront, leur député à l’Assemblée nationale française, jusqu’en octobre 1958, sauf durant la période du régime de Vichy.

II – Victor SCHOELCHER et la dignité de l’Homme Noir

«Évoquer Schoelcher, ce n'est pas invoquer un vrai fantôme. C'est rappeler à sa vraie fonction un homme dont chaque mot est encore une balle explosive» écrit Aimé CESAIRE. «Cet homme est un caractère, un caractère plein de noblesse, un esprit passionné de toutes les causes justes, un adversaire irréductible du mensonge et de l’hypocrisie, un serviteur absolu de la liberté, un homme plus grand que nature, un autre Abbé Grégoire, voila ce que fut Victor Schoelcher» écrit Victor BASQUEL.

A – Victor SCHOELCHER et sa lutte contre les préjugés

Les combats de Victor SCHOELCHER, en cette période de montée des populismes et de reflux des idées républicaines, est d’une grande actualité. La mentalité coloniale et esclavagiste est de nos jours, plus que puissante. Or, SCHOELCHER avait fondé, en 1878 et en 1880, deux journaux, «Les Colonies» et «Le Progrès», en vue de relever, fermement, les reproches absurdes adressés aux Noirs, de lutter contre le préjugé de couleur, «cette hydre aux cent têtes», et de tâcher d’amener tout le monde aux idées d’égalité et de concorde. Il s’est toujours insurgé contre la haine des castes, il a défendu, et a pris, sous sa protection, les dominés, notamment les colonisés et les esclaves, tant opprimés, calomniés et déshérités. «Il est impossible qu’au XIXème siècle la liberté ne finisse pas par vaincre la servitude. Rien de ce qui offense l’humanité ne peut durer sous la République» écrit-il dans «Le Sénégal et l’esclavage».

SCHOELCHER se déclare animé de l’amour du Bien, il aime à donner aux vaincus, il veut être utile à la cause de ses frères, les Noirs. Dans son ouvrage «Quels seraient les moyens d’expurger les préjugés injustes et barbares des Blancs contre la couleur des Africains et des sangs-mêlés ? », il a entendu mener une lutte résolue contre les préjugés, il le qualifie d’une «concession faite à l’amour et au désir de ramener à la vérité ceux qui se trompent». SCHOELCHER a démontré l’égalité intellectuelle des Noirs et des Blancs, en partant de l’ancienneté de la culture de l’Ethiopie. La prétendue incapacité cérébrale des Noirs, devenue une certitude «se lie intimement au fait de la domination et de l’oppression physique que l’homme blanc exerce sur le Noir».

Victor SCHOELCHER a mené la bataille des idées en critiquant le préjugé contre les Noirs : «Détruire la servitude des Noirs est le moyen le plus efficace pour détruire le préjugé contre les Africains» écrit-il dans «De l’esclavage, examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sangs-mêlés». Dans sa défense de cette race noire, si longtemps, si cruellement avilie, «Les propriétaires d’esclaves que vous, prêchassent à leurs frères cette loi de concorde. Ne laissez pas les partisans du statu quo s’emparer de tous les esprits, les corrompre» écrit-il. Les Noirs ne sont pas stupides parce qu’ils sont Noirs, mais parce qu’ils sont esclaves «L’infériorité intellectuelle des hommes en servitude, n’est pas chose nouvelle ; les comédies antiques sont pleines de traits contre l’imbécilité des esclaves» écrit-il. En fait, c’est la servitude, la domination qui avilie l’homme : «La prétendue pauvreté intellectuelle des Nègres est une erreur créée, entretenue, perpétuée par l’esclavage ; conséquemment, ce n’est pas la couleur, mais la servitude qu’il faut haïr» dit-il. Victor SCHOELCHER administre la preuve que les Noirs sont issus d’une civilisation ancienne, celle de l’Ethiopie et de l’Egypte, mais tombée par la suite en décadence. Ainsi, Hérodote, lorsqu’il parle des Colchidiens, les suppose de race égyptienne, par la raison qu’ils ont la peau noire et les cheveux crépus et ce sont les seuls avec les Ethiopiens qui pratiquent la circoncision. Actisanes, roi d’Ethiopie avait vaincu l’Egypte, devenue un certain temps sa colonie. Sous son règne, les lois ont été adoucies et la peine de mort abolie. Sabacos, vaincra aussi les Egyptiens. Les spéculations sociales étaient poussées dans ces pays. Suivant, Diodore, les Ethiopiens seraient les premiers hommes et ont instauré le culte des Dieux «Jupiter, aujourd’hui, suivi de tous les Dieux des Ethiopiens, reçoit des sacrifices» écrit Homère dans l’Iliade. Il relate également les récits des grands explorateurs (Mungo Park, René Caillé) qui ont trouvé les sociétés africaines pré-coloniales pleine d’humanité, d’hospitalité, de générosité, d’honnêteté et de sagesse. Il y a eu des Noirs illustres, des exemples tirés d’un ouvrage de l’abbé GREGOIRE, certains ont été canonisés, d’autres ont vécu dans des cours royales (Angelo Soliman au Liechtenstein, Amo, née en Guinée et savante en Hollande, Ignace Sancho en Angleterre, etc.). L’éducation seule fait l’homme. La servitude, dans l’Antiquité ne peut pas justifier les crimes de notre temps.

B – Victor SCHOELCHER et sa bataille pour l’égalité

Le combat majeur de sa vie est l’abolition de l’esclavage, mais il le lie à la défense de la République. «Sans moral et sans humanité, il n’y a pas de République» disait Jacques-Pierre BRISSOT de WARVILLE (1754-1793), le fondateur de la société des Amis des Noirs. Par conséquent, SCHOELCHER est un républicain de droit divin : «Son opinion politique n’est pas un principe, c’est un dogme. Il ne lui suffit pas que la France soit glorieuse, riche, heureuse, il la lui faut républicaine. Toute autre forme de gouvernement lui semble une usurpation» écrit LEGOUVE.

Partisan de l’égalité, SCHOELCHER réclame l’assimilation coloniale, qui consiste, en vue du développement harmonieux et prospère des colonies et du commerce qu’elles alimentent, à octroyer à leurs habitants une reconnaissance et un statut civique équivalent à celui de la population résidant en France hexagonale «Nous voulons la liberté pour tous en France, nous la voulons de même pour tous aux colonies ; nous voulons la justice impartiale en France, nous la voulons de même pour tous aux colonies, nous voulons l’égalité pour tous en France, nous la voulons de même pour tous aux colonies. En un mot : nous voulons la République en France, nous la voulons de même aux colonies», dit-il.

Il n’a jamais transigé avec son engagement républicain : «Je suis républicain depuis l’âge où l’on peut discerner le vrai du faux, le juste de l’injuste, le bien du mal. La République a toujours été pour moi le seul mode de gouvernement qui comportât les réformes sociales. Jamais je n’ai transigé avec la royauté, jamais je n’ai voulu lui prêter serment ; j’ai combattu sans relâche son principe et ses œuvres fatalement mauvaises». Il est obligé de s’exiler en Angleterre, aux côtés de Victor HUGO, pendant 19 ans, et refuse de bénéficier des lois d’amnistie : «La proscription éprouve les idées, épure les partis et grandit les hommes. Réjouissons-nous donc de souffrir, nous, soldats du progrès et serviteurs de l’idée républicaine» écrit-il. Pendant son exil à Londres, entre 1852 et 1870, il devint un spécialiste incontesté de l'oeuvre du compositeur Georg Friedrich HAENDEL, dont il constitua une collection de manuscrits inestimable. Il ne revient en France qu’à la chute de l’Empereur et pour la proclamation de la République, le 4 septembre 1870. Pendant la Commune, il participe, activement, à la défense du pays et réclame l’amnistie des Communards. Réélu député de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique, en 1871, il est élu Sénateur inamovible à partir de 1875, et s’inscrit au groupe de l’Union Républicaine. Hostile à la relégation des forçats en Guyane, il s’insurge, en 1877, contre la bastonnade dans les bagnes : «La société moderne ne doit pas se venger des coupables ; elle doit les redresser, les améliorer, et cela même est le but essentiel de la peine qui leur est justement infligée», dit le 5 janvier 1849. Le 16 mai 1877 il vote la défiance contre Mac MAHON. En 1881, il préside le Congrès anticlérical, refusant ainsi l’ingérence de l’Eglise dans les affaires de l’Etat. «J’ai cherché Dieu, sincèrement, gravement : je ne l’ai pas trouvé. Libre aux croyants indulgents de m’en plaindre, aux intolérants d’en prendre le sujet de m’athéiser, mais nulle personne sensée ne voudra me l’imputer à faute» dit-il en 1882, au Sénat. Il préconise l’enseignement primaire obligatoire et la protection des enfants abandonnés, délaissés ou maltraités. En 1889, son dernier ouvrage était consacré à une Vie de Toussaint Louverture, pour le centenaire de la Révolution française.

Conclusion

Infatigable travailleur, il n’a arrêté de fréquenter le Sénat qu’aux derniers moments de sa vie. Il se retire, alors, dans sa villa, à l’avenue d’Argenteuil, à Houilles : «Ma santé est bonne, mais j’ai perdu toute force physique. Je suis un homme fini, mais le cœur ne manque pas» écrit-il à un ami, le 3 septembre 1893. Mort dans la nuit du 25 au 26 décembre 1893, à son domicile, Victor SCHOELCHER, son corps est transporté aux pompes funèbres de la rue d’Aubervilliers, à Paris 19ème. Il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise, le vendredi 5 janvier 1894. «Pendant sa longue existence, il est resté, constamment, sans avoir jamais connu de compromissions, l’un des dignes et des plus purs représentants de la grande idée» qu’est l’abolition de l’esclavage, dit Charles DEMOLE (1828-1908), vice-président du Sénat. Gaston GERVILLE-REACHE (1854-1908), député de la Guadeloupe, a salué le courage et l’unité de la vie de SCHOELCHER qui «resteront parmi les plus beaux, les plus nobles exemples qui forment le patrimoine de l’humanité». Ernest DEPROGE (1850-1921), député de la Martinique dira : «Il avait, avec lui, l’esclavage aux colonies ; il avait vu les esclaves, avilis, saignants, meurtris, et, de ce jour, il avait voué à cette race un amour qui n’a fini qu’avec sa vie. Il l’aima de toute la force de son cœur, de toute la force de son intelligence ; il l’aima parce qu’elle était éternellement opprimée, et que, lui, était le Grand Juste. Jamais un homme ne mit  plus de passion au service de la justice et de la vérité, et n’eut une plus haute idée de la vie humaine».

«Je ne suis pas un grand esprit ; je ne suis qu’une intelligence de cinquième ordre et je serais heureux si ma vie servait à prouver qu’un homme peut être quelqu’un sans posséder une intelligence au-dessus de la moyenne, par la seule intégrité de sa manière d’être, par la dignité de sa vie qui force le respect de ses concitoyens» dit, très modestement, Victor SCHOELCHER. Cependant, le 21 juillet est devenu une fête traditionnelle aux Antilles en l’honneur de Victor SCHOELCHER. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, Aimé CESAIRE (1913-2008) dénonçait, cette démocratie malade et méfiante : «elle marchandait avec Victor Schoelcher. Elle lésinait avec Victor Schoelcher, mieux elle essayait mesquinement d’escamoter Victor Schoelcher, comme si on peut escamoter cette ombre formidable qui inlassablement monte la garde à l’une des portes de la conscience humaine. (..) S’il me fallait, l’aide de mots, rebâtir devant vous l’homme admirable qu’a été Victor Schoelcher, j’irais chercher parmi les mots les plus solennels du dictionnaire, et pour définir le style de vie du bienfaiteur de la race noire, ce style de vie où l’éthique se subordonne jusqu’à la moindre pensée et jusqu’au moindre réflexe, je dirais que Victor Schoelcher a voulu être, a été toute sa vie durant : une conscience. (..)Honnête, Victor Schoelcher le fut, car il ne transigea jamais. Contre le préjugé et l’injustice, il y a un antidote : l’esprit de Victor Schoelcher».

En 1938, Gaston MONNERVILLE (1897-1991) émettait la proposition du transfert des cendres de SCHOELCHER au Panthéon, soutenue par le groupe «Souvenir de Victor Schoelcher», est acceptée, mais sa réalisation est différée, à cause de la guerre. L’idée est reprise en 1948. Les deux assemblées adoptent un texte proposé par Gaston MONNERVILLE : «en lisant à haute voix, du haut du fauteuil présidentiel, ce texte de loi, bref et clair, qui consacrait l'immortalité de Schoelcher et d'Éboué, j'étais violemment ému. Je voyais surgir autour de moi, et monter, comme en une résurrection subite, la cohorte innombrable de tous ces opprimés qui, pendant des siècles, avaient souffert de la servitude, et qui, par ma voix devenue la leur, criaient en cet instant : Schoelcher a bien mérité de l'Humanité». Le transfert des cendres aura lieu, le 20 mai 1948, en présence du président Vincent AURIOL (1884-1966). François MITTERRAND, après l’alternance du 10 mai 1981, déposera, le jeudi 21 mai, une rose rouge, sur la tombe de Victor SCHOELCHER.

Le Sénégal, dans une loi n°2010-10 du 5 mai 2010, a déclaré l’esclavage et la traite négrière, crimes contre l’humanité.

En France, le 10 mai commémorant l’abolition de l’esclavage, correspond à l’adoption par le Parlement français de la Loi TAUBIRA du 10 mai 2001 considérant que l’esclavage est un «crime contre l’Humanité». Ce texte instaure aussi, pour cette date, une journée du souvenir et de réflexion contre la traite négrière, la plus grande tragédie de l’Humanité, par son ampleur, sa durée, le silence qui l’a entouré, et, c’est surtout un crime resté impuni.

En 2019, une Fondation, qui sera localisée au Musée de la marine, à la Place de la concorde à Paris, sera dédiée aux mémoires et à l’abolition de l’esclavage. A mon sens, s’en tenir uniquement au souvenir du passé et aux commémorations serait trahir et pervertir le combat de Victor SCHOELCHER qui avait lié l’abolition de l’esclavage à la lutte contre les préjugés, pour la défense de la République et la citoyenneté. En effet, en ce début du XXIème siècle, les combats de Victor SCHOELCHER restent plus que d’actualité avec ces mentalités coloniale et esclavagiste, cette résurgence des populismes et des nationalismes, ce libéralisme sauvage et ses logiques de prédation, d’oppression, de violence, et donc toutes ces servitudes de l’Homme. La conquête pour les droits de l’homme est un combat de chaque instant.

Indications bibliographiques

1 – Contributions

SCHOELCHER (Victor), Abolition de l’esclavage : examen critique du préjugé contre la couleur des africains et des sang-mêlés, Paris, Pagnerre, 1840, 187 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Abolition de la peine de mort, Paris, Eugène Soyer et Cie, 1851, 46 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Colonies étrangères et Haïti : résultats de l’émancipation anglaise, Paris, Pagnerre, 1843, 486 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Colonies étrangères et Haïti : résultats de l’émancipation anglaise, la servitude ne peut plus se régler humainement que par l’assassinat, Paris, Pagnerre, 1843, 388 pages ;

SCHOELCHER (Victor), De l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale, Paris, Paulin librairie, 1833, 160 pages ;

SCHOELCHER (Victor), De la pétition des ouvriers pour l’abolition immédiate de l’esclavage, Paris, Pagnerre, 1844, 24 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Des colonies françaises abolition immédiate de l’esclavage, Paris, Pagnerre, 1842, 443 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Esclavage et colonisation, avant-propos Charles-André Julien, préface Aimé Césaire, Paris, PUF, 1948, 218 pages et 2018, 256 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Histoire de l’esclavage les deux dernières années, Paris, Pagnerre, 1847, 567 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Histoire des crimes du Deux décembre, Paris, John Chapman, 1852, 469 pages ;

SCHOELCHER (Victor), L’Egypte en 1845, Paris, Pagnerre, 1846, 366 pages ;

SCHOELCHER (Victor), L’esclavage au Sénégal en 1880, Paris, Librairie centrale des publications populaires, 1880, 120 pages ;

SCHOELCHER (Victor), La famille, la propriété et le christianisme, introduction de Victor Poupin, Paris, Librairie de la bibliothèque démocratique, 1873, 190 pages ;

SCHOELCHER (Victor), La grande conspiration, du pillage de l’incendie et du meurtre à La Martinique, Paris, Lechevalier éditeur, 1875, 142 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Le deux décembre : massacres dans Paris, Paris, Librairie de la bibliothèque démocratique, 1874, 191 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Le procès de Marie Galante, Paris, E. de Soye, 1851, 92 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Le vrai Saint-Paul : sa vie, sa morale, Paris, Librairie centrales des publications populaires, 1879, 227 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Les captifs au Sénégal, Paris, 1848, 10 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Polémique coloniale 1871-1881, Paris, Dentu, 1882 et Pointe-à-Pitre, Université des Antilles, 2018, 296 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Polémique coloniale, Paris, Dentu, 1882, 366 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Protestations des citoyens français nègres et mulâtres contre des accusations calomnieuses, Paris, E. de Soye, 1851, 48 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Proverbes et locutions des Nègres : l’intelligence de l’homme, l’égalité de la race blanche et de la race nègre, préface Jean-Marc Laleta-Ballini, Champigny-sur-Marne, éditions du Phare, 1998, 117 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Restauration de la traite des Noirs à Natal, Paris, Imprimerie, E. Brière, 1887,  16 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Victor Schoelcher, homme d’Etat et écrivain français, émancipateur de la race noire, préface de Jean-Louis Lejeune, Paris, Revue mondiale, 1935, vol 2, «Les lettres martiniquaises», (1829-1881),  62 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Vie de Toussaint Louverture, introduction de Jacques Adélaide-Merlande, Paris Karthala, 1982, 456 pages, édition originale, Paris Ollendorff, 1889, 455 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Voyages aux fleuves Sénégal et de Gambie, Paris, 1847, 7 pages ;

SCHOELCHER (Victor), Les engagés à temps, Paris, 1848, 22 pages ;

SCHOELCHER (Victor), «La vie de Bernard Palissy», La revue de Paris, 1834, tome IV, pages 296-324.

2 – Critiques

2- 1 – Critiques de Schoelcher

ALEXANDRE-DEBRAY (Janine), Victor Schoelcher ou la mystique d’un athée, Paris, Perrin, 2006, 360 pages ;

BASQUEL (Victor), Un grand ancêtre : Victor Schoelcher (1804-1893), Rodez, Imprimerie P Carrère, 8 pages ;

BICHET (Daniel), Vie et œuvre de Marc Schoelcher, Fessenheim, La maison Schoelcher - Musée de la Hardt, 1984, 11 pages ;

BISSETTE (Cyrille-Auguste-Charles), Réfutation du livre de M. Victor Schoelcher, intitulé, «Des Colonies françaises», Paris, D’A.-T Breton, 1843, 84 pages ;

BLERALD (Philippe, Alain), «La problématique dans le discours abolitionniste de Victor Schoelcher», Revue française de science politique, avril 1988, Vol 38, n°2, pages 249-271 ;

BOUGENOT (Louis), «Victor Schoelcher», La Nouvelle revue, juillet 1921, pages 3-30, 123-144, 216-238, 317-340 ; septembre 1921, pages 44-62, 155-177, 233-256 et 325-339 ; novembre 1921 pages 18-33, 157-170, 245-256 et 349-365 ; janvier 1922, pages 45-61 ;

CESAIRE (Aimé), «Hommage à Victor Schoelcher, suivi de discours à la jeunesse», Amicale Charles Péguy, 1948, pages 32 pages ;

CESAIRE (Aimé), Victor Schoelcher et l’abolition de l’esclavage : suivi de trois discours, Bibliothèque du Capucin, 2004, 90 pages ;

DUSSAUGE (Matthieu), «Victor Schoelcher (1804-1893) itinéraire d’un collectionneur et humaniste au XIXème siècle», Bulletin de la société d’histoire de la Guadeloupe, 2014, n°169, pages 58-89 ;

ENNE (Francis), Panthéon républicain, Paris, Fayard, 1874, 228 pages ;

FEDERINI (Fabienne), L’abolition de l’esclavage de 1848, une lecture de Victor Schoelcher, Paris, Karthala, 1998, 108 pages ;

GAINOT (Bernard), «Victor Schoelcher, abolitionniste et républicain. Approche juridique et politique d’un fondateur de la République», Annales historiques de la Révolution française, juillet-septembre 2001, pages 124-126 ;

GERVILLE-REACHE (Gaston), Notice biographique sur M. Victor Schoelcher, Paris, Imprimerie de Claverie, 1880, 35 pages ;

GIROLLET (Anne), «Victor Schoelcher et la franc-maçonnerie», in Eric Saunier et Christine Gaudin, éditeurs, Franc-maçonnerie et histoire : bilan et perspectives, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2003, pages 77-91 ;

GIROLLET (Anne), Victor Schoelcher, abolitionniste et républicain, approche juridique et politique d’un fondateur de la République, Paris, Karthala,  2000, 414 pages ;

GIROLLET (Anne), Victor Schoelcher, républicain et franc-maçon, Paris,  EDIMAF, collection «Encyclopédie maçonnique», 2000, 126 pages ;

GRAGNON-LACOSTE (Thomas-Prosper), Notice sur Victor Schoelcher, Paris, E. Dentu, 1882, 15 pages ;

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LAYBOURN (Norman), L’émigration des Alsaciens et des Lorrains du XVIIIème au  XXème siècle : au-delà des mers, Association des Publications près Les universités de Strasbourg, 1986, tome 2, pages 172-173 ;

LEGOUVE (Ernest), Soixante ans de souvenirs, Paris, J. Hetzel,  1887, Vol 1, 410 pages, spéc chapitre VII, «Victor Schoelcher», pages 93-116 ;

MAGALLON-GRAINEAU (Eugène), L’exemple de Victor Schoelcher, Fort de France, Imprimerie officielle, 20 juillet 1944, 13 pages ;

PARAF (Pierre), Schoelcher, Paris, Martinsart, 1978, 61 pages ;

ROBO (Rodolphe), L’abolition de l’esclavage, la République et Victor Schoelcher, Cayenne, 1983, 14 pages ;

ROUSSE (Eugène), Hommage à Victor Schoelcher, Saint-André, Imprimerie Graphica, 1994, 61 pages ;

SAINTVILLE (Léonard), Victor Schoelcher 1804-1893, Paris, Fasquelle, 1950, 269 pages ;

SATINEAU (Maurice), Schoelcher : héros de l’abolition de l’esclavage dans les possessions françaises, Paris, Mellottée, 1948, 156  pages ;

SCHELCHER (Robert) «Hommage à Victor Schoelcher, un homme qui dérange», Annuaire, Société d’histoire de la Hardt et du Ried, 1998, pages 111-142 ;

SCHELCHER (Robert) «Un Alsacien de Paris : le Porcelainier Marc Schelcher-Schoelcher», Annuaire, Société d’histoire de la Hardt et du Ried, 1993, n°6, pages 55-66 ;

SCHELCHER (Robert) «Victor Schoelcher», Annuaire, Société d’histoire de la Hardt et du Ried, 1995, pages 75-77 ;

SCHMIDT (Nelly), «Schoelchérisme et assimilation dans la politique coloniale française :  de la théorie à la pratique aux Caraïbes entre 1848 et 1880», Revue d’histoire moderne et contemporaine, avril-juin 1988, tome 35, n°2, pages 305-340 ;

SCHMIDT (Nelly), «Victor Schoelcher, mythe et réalité», Révolutions et mutations au XIXème siècle, 1988, n°4, pages 51-73 ;

SCHMIDT (Nelly), Victor Schoelcher et le processus de destruction du système esclavagiste aux Caraïbes, au XIXème siècle, Thèse de doctorat en Lettres, sous la direction de François Caron, Paris IV, La Sorbonne, 1991, 440 pages ;

SCHMIDT (Nelly), Victor Schoelcher, Paris, Fayard, 1994, 444 pages ;

SEVERE (Victor) «Inauguration de la statue de Schoelcher», Journal officiel de la Martinique, Mardi 27 septembre 1904, n°76, pages 500-501 ;

SOMET (Yokorepa), «Victor Schoelcher et nous», A.N.K.H, 2008, n°17, pages 146-161 ;

SURENA (Guillaume), «Schoelcher/Césaire et le destin des peuples noirs», Le Coq-Héron, 2008, Vol 4, n°195, 57-65 pages ;

TARDON (Raphaël), Le combat de Schoelcher, Paris, Fasquelle, 1948, 127 pages ;

TERSEN (Emile), choix des textes, «Victor Schoelcher», Présence africaine, 1949, n°6, pages 15-21 ;

VACQUERIE (Auguste) «Victor Schoelcher», Le Rappel, jeudi 27 décembre 1893, n°8693, page 1 ;

VAPEREAU (G), Dictionnaire universel des contemporains contenant toutes les personnes notables, Paris, Hachette, 1873, 181 pages, spéc pages 157-158 ;

VAUTHIER (Gabriel) «Lettre de Victor Schoelcher sur l’émancipation des Noirs», La Révolution de 1848 et les révolutions du XIXème siècle, juin 1925, tome 22, n°110, pages 453-456.

2- 2 – L’abolition et les abolitionnistes

Gouvernement de la Martinique, Divers décrets relatifs à l’abolition de l’esclavage et à l’organisation de la liberté, Fort de France, Martinique, E. Rueil-Le et CR Arnaud, 1848, 48 pages, doc Manioc.org, références 60208 ;

BISSETTE (Cyrille, Charles), Lettres sur l’esclavage, Paris, Imprimerie de Poussielgue, 12 août 1846, 37 pages ;

BISSETTE (Cyrille, Charles), Lettre sur la liberté politique et civile dans les colonies, Paris, Imprimerie de Poussielgue, 31 août 1850, 3 pages ;

BONNET-MAURY (Georges), «La France et le mouvement anti-esclavagiste au XIXème siècle)», Revue des Deux Mondes, 1er juillet 1900, pages 132-166, spéc page 161 ;

BRISSOT de WARVILLE (Jacques-Pierre), Adresse à l’Assemblée nationale pour l’abolition de la traite des Noirs, par la Société des Amis des Noirs de Paris, Paris, L. Potier de Lille, 3 février 1790, 12  pages ;

BROGLIE duc de (Achille, Léonce, Victor), Discours du 22 mars 1822 sur la traite des Nègres, Paris, L.E Herhan, 1822, 154 pages ;

CARNOT (Hyppolite), De l’esclavage colonial, Paris, Revue indépendante, 1845, 86 pages ;

CLARKSON (Thomas), Histoire du commerce homicide appelé traite des Noirs, ou cri des Africains contre les Européens, leurs oppresseurs, préface de l’abbé Grégoire, Paris, Les Marchands de Nouveautés, 1822, 87 pages ;

CLAVIERE (E.), Adresse de la Société des Amis des Noirs, Paris, Imprimerie du Patriote français, 10 juillet 1791, 317 pages ;

CLERE (Jules), Histoire du suffrage universel de 1789 jusqu’à nos jours, Paris, Librairie André Sangnier, 1875, 208 pages, spéc pages 73-82 ;

Comité national pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage, Mémoire de la traite, de l’esclavage et des abolitions, Paris, Album pédagogique de 2017, «Abolitions et citoyennetés», 32 pages ;

FOX (George), An Autobiography, préface Rufus M. Jones, Philadelphie, Friend’s Book Store, 1919, 584 pages ;

GAINOT (Bernad), DORIGNY (Marcel), La Société des Amis des Noirs, 1788-1799. Contribution à l’histoire de l’abolition de l’esclavage, Paris, UNESCO, collection mémoires de peuples, éditions UNESCO/EDICEF, 1998, 429 pages ;

MONTROL de (François), Mémoires de Brissot, sur ses contemporains et la Révolution française, Paris, A. Barbier, A.R.M. Le Duc de Chartres, 1830, Vol I, 405 pages ; Vol II, 492 pages ; Vol III, 428 pages, spéc chapitres 1 et 2, pages 2-111 ; Vol IV 436 pages ; 

NAVILLE (Pierre), «L’abolition de l’esclavage et la Révolution française», Présence africaine, 1949, n°6, page 22 ;

WALLON (Henri), L’esclavage dans les colonies, pour servir d’introduction à l’histoire de l’esclavage dans l’Antiquité, Paris, Debrozy, Magdeleine et Cies, 1847, 154 pages ;

WILBERFORCE (William), Lettre à l’Empereur Alexandre sur la traite des Noirs, traduction de Benjamin Laroche, Londres, G. Schulze, 1822, 83 pages ;

WILBERFORCE (William), Résumé du discours à la Chambre des communes du 27 juin 1822 sur l’état actuel de la traite des Nègres, traduction de Benjamin Laroche, Londres, G. Schulze, 1822, 23 pages.

2- 3 – Le Sénégal et les colonies

ANTIER (Chantal), «Le recrutement dans l’empire colonial français 1914-18», Guerres mondiales et conflits contemporains, 2008, Vol II, n°230, pages 23-36 ;

BADJI (Mamadou), «L’abolition de l’esclavage au Sénégal : entre plasticité du droit colonial et l’Etat de droit», Droit et cultures, 2006, Vol 52, n°2, pages 239-274 ;

BLANC (Louis), «De l'abolition de l'esclavage aux colonies», Revue du progrès politique, social et littéraire, 1840, tome 1er, pages 3-17 ;

BOTTE (Roger), «L’esclavage africain, après l’abolition de 1848, servitude et droit du sol», Annales, Histoire, Sciences sociales, 2000, 55ème année, n°5, pages 1009-1037 ;

BOUCHE (Denise), «Un voyage d’information bien dirigé : Victor Schoelcher au Sénégal (septembre 1947 à janvier 1948)», Conjonction, (Port-au-Prince), 1967, n°105, pages 21-26 ;

BOUET-WILLAUMEZ (Louis-Edouard), Commerce et traite des Noirs aux côtes occidentales d’Afrique, Paris, Imprimerie nationale, 1848, 230 pages, spéc chapitre III, «répression de la traite des Noirs», pages 213-227 ;

CAILLARD (Gabin), «Le baron Roger (1789-1849), gouverneur du Sénégal, député du Loiret», Académie d’Orléans, Mémoires 2008, 6ème série, tome 18, pages 15-30 ;

CHAZELAS (Victor), «Les droits électoraux des indigènes au Sénégal et la Révolution de 1848», Révolution de 1848 et révolutions du XIXème siècle, décembre 1928, janvier-février 1929, tome 25, n°127, pages 220-233 ;

COCHUT (A), «De la société coloniale, abolition de l'esclavage», Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1843, Vol III, n°2, pages 177-228 ;

CULTRU (Prosper), Histoire du Sénégal du XVème siècle à 1870, Paris, Larose, 1910, 376 pages, spéc pages 323, 327 et 357 ;

DARESTE (P.), «Le droit électoral des indigènes au Sénégal», Recueil de législation et de jurisprudence coloniales, 1910, pages 1-16 ;

DEMONGEOT (A), «L’esclavage et l’émancipation des Noirs au Sénégal», Tropiques, juillet 1949, Vol 47, n°312, pages 10-17 ;

GALOS (Henri), «Les colonies et l’émancipation depuis la Révolution de février», Revue des Deux Mondes, septembre 1848, Vol 23, n°5, pages 741-772 ;

DIOUME (Oumar), «Entretien : Thierno Souleymane Bal, mérite qu’on le fasse connaître dans son pays» accordé à Aissatou Ly, Le Quotidien, (Sénégal) du 4 novembre 2017 ;

DIOUME (Oumar), Lumières noires de l’humanité, inventeurs, héros, artistes, sportifs, Paris, Nouvelles éditions numériques africaines, N.E.N.A, 2013, 194 pages, spéc section 10, «Abdoul Kader Kane, l’abolition de la traite négrière et l’indépendance nationale du Fouta-Toro» pages 89-96  ;

DORIGNY (Marcel), «Intégration républicaine des colonies et projets de colonisation de l’Afrique : civiliser pour émanciper ?», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 89-105 ;

DORIGNY (Marcel), «La société des Amis des Noirs et les projets de colonisation en Afrique», Annales historiques de la Révolution française, 1993, n°293-294, pages 421-429 ;

DURAND-VALANTIN (Barthélémy), Mémoire, pétition à l’Assemblée nationale, par les commerçants européens du Sénégal, Bordeaux, 1849, et Paris, Hachette/B.N.F., 2016, 42 pages ;

FAIDHERBE (Léon), Notice sur la colonie du Sénégal et sur les pays qui sont en relation avec elle, Paris, Arthur Bertrand, 1859, 99 pages, spéc sur le Fouta pages 43-48 ;

FAURE (Claude), «La garnison européenne du Sénégal et le recrutement des premières troupes noires (1779-1858)», Revue d’histoire des colonies françaises, 2ème semestre, 1920, tome X, pages 5-108 ;

GAFFAREL (Paul), La politique coloniale en France, de 1789 à 1830, Paris, Alcan, 1908, 496 pages, spéc pages 30-32 ;

GIRAULT (Arthur), Principe de colonisation et législation coloniale, Paris, Librairie de la société du recueil général des lois et des arrêts, 1904, tome I, n°176, 789 pages, spéc pages 650-660 ;

GUEYE (Lamine), De la situation politique des Sénégalais originaires de communes de plein exercice, telle qu’elle résulte des lois du 19 octobre 1915, 29 septembre 1916 et de la jurisprudence, préface d’André Weiss, Paris, De la Vie universitaire 1922, 104 pages,   ;

JOMARD, «Analyse de l’ouvrage «Kelédor, histoire africaine», du Baron Roger», Bulletin de la Société de géographie, 1828, n°58, pages 61-76 ;

HARDY (Georges), La mise en valeur du fleuve Sénégal, de 1817 à 1854, Paris, Emile Larose, 1921, 376 pages, spéc pages 334-335 ;

LAMIRAL (Dominique), L’Affrique et le peuple affricain : considérés sous tous les rapports, avec notre commerce et nos colonies, l’histoire politique et la morale des nègres, leur caractère, leur génie, leurs mœurs et leurs gouvernements, Paris, Victor Desenne, 1789, et Paris, Institut des Langues orientales, archives d’études africaines, 1974, 399 pages, spéc pages 21 et 180-220 et 279-316  ;

M’BAYE (Saliou), «La représentation du Sénégal au parlement français par la Seconde République (1848-1951)», Bulletin IFAN, juillet 1976, série B, tome 38, n°3, pages 517-551 ;

MOLLIEN (Gaspard-Théodore), Découverte des sources du Sénégal et de la Sénégambie en 1818, précédée d’un récit inédit sur le naufrage du Radeau de la Méduse, Paris, Charles Delagrave, 1889, 317 pages, spéc page 173 ;

MOURALIS (Bernard), «Roger, Jacques-François, baron, Kelédor, histoire africaine», compte rendu, Etudes littéraires africaines, 2007, Vol 24, pages 73-74 ;

OUDIN-BASTIDE (Caroline), «L’Afrique dans le discours abolitionniste de Victor Schoelcher : de la réfutation de «l’infériorité native des Nègres», au projet africain», Afrique et histoire, 2005, Vol 4, n°2, pages 179-173 ;

PASQUIER (Roger), «A propos de l’émancipation des esclaves au Sénégal, en 1848», in Hommage à Robert Delavignette, Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1967, tome 54, n°194-197, pages 188-208 ;

PETION de VILLENEUVE (Jérôme), «Discours sur la traite des Noirs du 8 mars 1790», Archives parlementaires de 1787 à 1860, 1ère série (1787-1799), tome 12, du 2 mars au 14 avril 1790, Paris, Librairie administrative P. Dupont, 1881, pages 79-94, spéc page 82 sur l’interdiction de l’esclavage au Fouta-Toro  ;

PRUNEAU de POMMEGORGE (Antoine, Edme), Description de la Négritie, Paris, Amsterdam, Maradan,  1789, 284 pages, spéc page 51-53 ;

RENAULT (François), «L’abolition de l’esclavage au Sénégal : l’attitude de l’administration française (1848-1905)», Revue Française d’Outre-mer, 1er trimestre 1971, tome 58, n°210, pages 5-81 ;

ROGER (Jacques-François), Kelédor, histoire sénégalaise, Paris, A. Nepveu, 271 pages 1829, Moreau,  2 volumes, Paris, INALCO, 1974, Paris, L’Harmattan, présentation de Kusum Aggarwal, 2007, 169 pages ;

SAINT-MARTIN (Yves-Jean), Le Sénégal sous le Second Empire, Naissance d’un empire colonial (1850-1871), Paris, Karthala, 1989, 678 pages ;

SECK (Ibrahima), «Les Français et la traite des esclaves en Sénégambie», Dix-huitième siècle, 2012, Vol. I, n°44, pages 49-60 ;

UNESCO, Sites liés à la traite négrière et à l’esclavage en Sénégambie, pour un tourisme de mémoire, présentation de M’Baye Guèye, Paris, Unesco, 2005, 96 pages ;

VERGNAUD-ROMAGNESI (Charles-François), «Notice historique et biographique sur Roger, député du Loiret», Archéologie du départ du Loiret, 1849, tome III, 8 pages ;

VILLARD (André), Histoire du Sénégal, préface du gouverneur général Boisson, Dakar, Ars Africae, Maurice Viale, 1943,  pages, spéc pages 91 et suivantes ;

ZUCCARELLI (François), «La vie politique dans les quatre communes du Sénégal, 1872 à 1914», Ethiopiques, octobre 1977, n°12 ;

ZUCCARELLI (François), «Le régime des engagés à temps au Sénégal (1817-1848)», Cahiers d’études africaines, 1962, Vol 2, n°7, pages 420-461.

Paris, le 23 novembre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

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