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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 00:25

«Ma voix connaît trente années de silence, trente années de brimades» écrit Mariama BA, une éminente pionnière de la littérature sénégalaise, devenue célèbre grâce à son roman, «Une si longue lettre». L’engagement littéraire de Mariama BA, un acte hautement subversif contre l’ordre établi, entonne l’hallali contre la misogynie séculaire et ancestrale, déclenchant ainsi un vaste mouvement d’émancipation de la femme africaine ayant pris une ampleur considérable, depuis lors. On connaît cette chanson des écoliers africains, dans Mamadou et Bineta : «Les coqs chantent, le jour paraît tout s’éveille dans le village. Pour que le couscous soit prêt, femmes debout et du courage». Aminata SOW FALL (voir mon article), une grande dame des lettres du Sénégal, apprécie, à sa juste valeur, la démarche de Mariama BA, dans son article paru en 1983, «Du pilon à la machine à écrire». Elle écrit «Chanson d’écolier, certes, campant merveilleusement l’image de la femme au pilon. Mais surtout condensé significatif du rôle assigné à la femme dans la société africaine : mère nourricière, travailleuse et douce». Certains hommes, comme Paul HAZOUME (1890-1980) dans son roman, «Douguicimi», paru en 1938, avait dénoncé l’égoïsme des hommes et la nécessité de reconnaître la femme comme un être humain. Mais il ne contestait pas sa condition et son assujettissement à l’homme. Le cinéaste et écrivain sénégalais, Ousmane SEMBENE (voir mon article, 1923-2007) était aussi féministe. Cependant, dans cette littérature, c’est à travers le point de vue masculin qu’est montré la situation des femmes, «à la lueur de leurs rêves, de leurs aspirations sociales ou politiques ou selon les désirs de la société» écrit Aminata SOW FALL. L’écrivaine sénégalaise, Awa THIAM, dans son roman «La parole aux négresses», paru en 1978, avait dénoncé, de façon véhémente, l’asservissement des femmes : «Longtemps, les Négresses se sont tues. N’est-il pas temps qu’elles recouvrent leurs voix, ou reprennent la parole, ne seraient ce que pour dire qu’elles existent ?». En effet, les femmes ont été pendant longtemps écartées de l’écriture (Poids des traditions, double fonction de mère et travailleuse salariée, absence d’études poussées, etc.). En définitive, c’est Mariama BA qui a secoué, vigoureusement, le cocotier : «Comment ne pas prendre conscience de cet état de fait agressif ? Comment ne pas être tenté de soulever ce lourd couvercle social ? C'est à nous, femmes, de prendre notre destin en mains pour bouleverser l'ordre établi à notre détriment et ne point le subir. Nous devons user comme les hommes de cette arme, pacifique certes, mais sûre, qu'est l'écriture» écrit-elle.

En effet, «le roman (Une si longue lettre) est résolument féministe et décrit avec sensibilité et sobriété la fragilité du statut de la première femme chez ces deux héroïnes aussi attachantes l’une que l’autre» écrit Lilyan KESTELOOT. Mariama BA ne se bat pas pour ou contre les hommes, mais simplement pour l’épanouissement des femmes qui ont trop longtemps souffert, et qui souffrent encore de l’amputation de leurs libertés. Elle a pris sa plume pour faire un procès retentissant à la polygamie, à l’égoïsme et l’inconstance des hommes, ainsi qu’à leurs trahisons. Mariama BA envisage, résolument, dans son roman, «Une si longue lettre», l’ardente nécessité, pour la femme, de se libérer, de s’émanciper, et de reprendre, pleinement, sa place dans la société, qu’elle n’aurait pas dû perdre. Ainsi, à la mort de son mari, Ramatoulaye, l’héroïne et la narratrice du roman, prend la plume pour se confier à Aïssatou, grande amie de ses années d’étudiante. Evoquant leurs aspirations féministes et leurs idéaux d’indépendance, entre tradition et modernité, elle revient sur l’injustice et les trahisons qui ont scellé leurs sorts : la polygamie qui est entrée, par effraction dans leurs vies. Peu de femmes ont pris place parmi les grands noms de la littérature africaine, alors qu'elles sont souvent au cœur du sujet des ouvrages africains francophones.  Mariama Bâ, romancière sénégalaise, a su se démarquer et a joué un rôle précurseur dans cette littérature, ce qui lui a permis d’obtenir une renommée internationale. Certes, le sujet concernant la libération de la femme était dans l’ère du temps : «corps esclave, corps torturé, corps sensuel ou corps maternel. Le corps de la femme apparait comme une grande machine à fantasmes et la représentation du corps de la femme noire est un des derniers tabous de la littérature de nos jours» écrit Françoise NAUDILLON. Cependant, c’est Mariama BA qui fut la première à mettre au jour certaines réalités sociales propres à l’Afrique post-coloniale, plus particulièrement au Sénégal, notamment la condition des femmes. «L’écrivain a un rôle d’éveilleur de conscience et de guide» dit-elle en 1980, à Francfort. Elle a donc engagé une bataille frontale contre l’hégémonie patriarcale, teintée d’un regard paralysant et dissuasif. En effet, la femme qui revendique ou qui proteste était souvent discréditée, calomniée ou mise au banc de la société. Mariama BA a donc brisé la glace. A travers sa contribution littéraire, elle invite la femme à prendre la plume pour dénoncer cette oppression : «C’est à nous, femmes, de prendre notre destin en mains pour bouleverser l’ordre établi à notre détriment et de ne point le subir. Nous devons user contre les hommes cette arme, pacifique, certes, mais sûre, qu’est l’écriture» ajoute-t-elle dans son discours de Francfort sur «la fonction politique des littératures africaines». Par conséquent, Mariama BA a donc été une figure littéraire féminine majeure en Afrique au XXème siècle. Elle fut une femme écrivaine engagée affirmant et réaffirmant les droits de la femme, qui ne doit plus être passive face à l’homme, décidée à combattre l’hégémonie masculine. Elle dédicace son roman : «A toutes les femmes et aux hommes de bonne volonté». Le personnage de Ramatoulaye rappelle cet engagement pour l’émancipation des femmes : «Nous étions de véritables sœurs destinées à cette mission émancipatrice. Nous sortir de l’enlisement des traditions, superstitions et mœurs ; nous faire apprécier de multiples civilisations, sans reniement de la nôtre ; élever notre vision du monde, cultiver notre personnalité, renforcer nos qualités, mater nos défauts ; faire fructifier en nous les valeurs de la morale universelle».

Toutefois, le féminisme assumé et revendiqué de Mariama BA recèle deux grandes originalités par rapport aux combats engagés dans les pays occidentaux. D’une part, le modernisme, le savoir acquis à l’école française, ne signifie nullement, pour Mariama BA, un reniement de sa culture, des valeurs traditionnelles et familiales, et de sa religion. La culture sénégalaise reste un élément essentiel dans sa vie et sa contribution littéraire, comme en témoigne un texte de jeunesse, produit lors de la dernière année d’étude à Rufisque : «J'avais huit ans et je criais "Tam-tam emporte moi". Puis un jour, vint mon père, vint l'école, et prit fin ma vie libre et simple. On a blanchi ma raison ; mais ma tête est noire, mais mon sang inattaquable est demeuré pur, comme le soleil, pur, conservé de tout contact. Mon sang est resté païen dans mes veines civilisées et se révolte et piaffe aux sons des tam-tams noirs» écrit-elle en 1947.

D’autre part, pour bien des auteurs en Occident, le féminisme doit rimer avec la liberté sexuelle, une libération du corps. «Chaque femme fait de sa vie, ce qu’elle souhaite. Une vie de femme dissolue est incompatible avec la morale. Que tire-t-on des plaisirs ? Un vieillissement précoce et l’avilissement» écrit-elle. En effet, Mariama BA, dans ce conflit entre la tradition et la modernité, réaffirme son attachement à la religion musulmane et à l’aristocratie, à une conception pudibonde, et non licencieuse, de l’écriture du corps de la femme : «Mon cœur s’accorde aux exigences religieuses. Nourrie, dès l’enfance, à leurs sources rigides, je crois que je ne faillirai pas» dit Ramatoulaye. Ce roman est épuré de toute revendication jouissive et libertine. Tout en comprenant les tenantes de la liberté sexuelle la femme ne pouvant se réaliser que dans le couple : «Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple» dit Ramatoulaye, qui «reste persuadée de l’inévitable et nécessaire compatibilité entre l’homme et la femme». Mariama tente de concilier la tradition et la modernité «Nous sortir de l’enlisement des traditions, des superstitions et des mœurs, nous faire apprécier les multiples civilisations, sans reniement de la nôtre» écrit-elle. Mariama croit en l’influence libératrice de l’école pour les femmes.

«Une si longue lettre», comme l’indique son titre, est un roman épistolaire. La narratrice, Ramatoulaye, s’adresse du début à la fin du roman à sa meilleure amie Aïssatou, sous une forme de «confidence» qui «noie la douleur». La forme épistolaire exprime donc «la souffrance et la création» littéraire, mais aussi la modernité, «le rêve et la méditation philosophique», avance Ousmane DIA. En effet, ce récit, écrit à la première personne, dévoile des secrets et prend corps au sein de l’amitié : «J'ai voulu donner au roman une forme originale. En général, l'auteur se met en dehors des personnages et raconte. J'ai choisi la forme d'une lettre pour donner à l'oeuvre un visage humain. Quand on écrit une lettre, on dit je. Ce «je» s'identifie à Ramatoulaye et non à l'auteur» précise-t-elle dans l’entretien avec Touré DIA. Mais cette amitié n’est qu’un prétexte pour dénoncer, violemment, la condition des femmes. C’est une charge portée contre une société traditionnelle corsetée, dominée par le mâle, mais aussi, l’influence néfaste des vieilles femmes ainsi que la religion ne sont pas épargnées. En effet, Ramatoulaye écrit à son amie d’enfance, Aïssatou, une lettre lui annonçant le décès de son mari, Modou, d’une crise cardiaque. Ramatoulaye décrit, minutieusement, les différentes cérémonies de présentation des condoléances, avec leur défilé incessant de convives. Ces cérémonies, fastueuses, doivent se prolonger jusqu’au terme du délai de viduité de 4 mois et 10 jours, pendant lesquels la veuve doit rester recluse. Ramatoulaye découvre la trahison de son mari, non seulement il était polygame, mais il avait également hypothéqué sa maison. Le récit n’est pas linéaire, la narratrice revient sur les qualités de Modou, pendant les fiançailles. En dépit de ses  qualités, c’était «un mari trop poli pour être honnête», dit la mère.

A la vie dans la rage et l’aigreur qu’aurait été, pour elle, une vie polygamique, Aïssatou choisit la rupture, radicale, définitive. Elle est professeur des universités. Avec ses seuls enfants pour bagage, elle quitte la quiétude financière de son foyer pour une vie de bagarre qui s’ouvre positivement sur une carrière aux États-Unis. Le choix de la liberté, le choix d’une vie sans concession, même à celui qu’elle aime réellement. Mawdo BA c’est le témoignage de la faiblesse d’un homme qui laisse s’échapper celle qu’il aime et qui, en choisissant de baisser les armes face à sa mère, s’est choisi une mort lente et douloureuse, par absorption quotidienne de couleuvres cyanurées.

Contrairement à Aissatou, par courage ou lâcheté, Ramatoulaye choisit de s’accrocher à son homme. Elle opte, désespérément de garder la tête haute, de rester dans son foyer, dans l’espoir  de refaire sa vie ou de vivre avec ses enfants, sans père. «Je survivais. Je me débarrassais de ma timidité pour affronter, seule les salles de cinéma. (..) Je mesurais, aux regards étonnés, la minceur de la liberté accordée à la femme» écrit-elle.

En définitive, ce roman, «Une si longue lettre» aurait pu, aussi, s’intituler «Lettre ouverte à tous les mufles et prédateurs sexuels du monde entier». En effet, les scandales sexuels récents, notamment à Hollywood, à l’Académie du Prix Nobel de Littérature et même au sein de l’Eglise, invitent les Occidentaux, souvent prompts à donner des leçons au Tiers-monde, à un peu plus d’humilité et de modestie. Ce roman interpelle tous ces misogynes dans la classe politique française, qui par leurs sarcasmes, leurs attaques inqualifiables, ont tenté d’humilier et de détruire des femmes remarquables comme Christiane TAUBIRA, Ségolène ROYAL, Rama YADE, Rachida DATI, Anne HIDALGO et Edith CRESSON. Je me sens particulièrement solidaire du combat des femmes et de toutes les minorités, y compris les homosexuels du Sénégal, qui luttent pour l’égalité et la tolérance. On connaît tous les barrages mis sur le chemin de l’égalité réelle pour les Français issus de l’immigration. Dans ces conditions, on comprend mieux l’audace et l’originalité de la contribution littéraire de Mariama BA mettant en scène des personnages féminins qui ont du mal à se situer, et même plus largement à exister dans une société corsetée, marquée par la crise des valeurs traditionnelles. Une certaine violence émane de ce récit où les institutions écrasent les individus sous le poids de règles désuètes, entraînant alors la femme, contre son gré, dans un mariage polygamique typiquement musulman. Une sorte de désespérance et de violence pour ces femmes qui, par amour, se résignent à subir ces conditions. Mariama BA présente et conteste cet ordre établi, signe d’un malaise de la société contemporaine. Ici, la femme africaine affirme sa singularité par la prise de parole et l’écriture.

Mariama BA a peu écrit, mais sa contribution littéraire dense, composée de deux romans seulement, a considérablement marqué notre temps. La qualité de son expression écrite témoigne d’un style magnifique, une langue belle et lyrique, voire philosophique. Ses récits, avec une intrigue bien ficelée, démarrant sans bifurcation, accrochent le lecteur dès les premières lignes et le tiennent en haleine. On a envie de lire, tout de suite, le chapitre suivant. S’il est vrai qu’en raison de la puissance de sa dénonciation, le combat pour le féminisme a éclipsé les autres sujets, Mariama BA, avec sa verve et son récit poignant, brasse des thèmes d’une grande richesse, comme l’amour, l’amitié, la trahison, la dégradation des mœurs, l’éducation et l’histoire. D’une manière générale, ce conflit entre tradition et modernité, est le fil conducteur de ce roman «Nous étions d’accord qu’il fallait bien des craquements pour asseoir la modernité dans les traditions. Ecartées entre le passé et le présent, nous déplorions «les suintements» qui ne manqueraient pas». Au passage, Mariama BA se fait sociologue et philosophe. Guidée par une grande économie de mots, sans digression, Mariama BA évoque l’amour et le bonheur du mariage dans un couple uni, et puis la cruauté de la trahison, l’influence néfaste des familles, et donc la jalousie, la colère et même la rupture pour l’une des protagonistes, la souffrance ou la résignation, mais aussi la dégradation des mœurs, l’inconstance des maris libidineux. «Alors que la femme puise, dans le cours des ans, la force de s'attacher, malgré le vieillissement de son compagnon, l'homme, lui, rétrécit de plus en plus son champ de tendresse. Son œil égoïste regarde par-dessus l'épaule de sa conjointe. Il compare ce qu'il eut à ce qu'il n'a plus, ce qu'il a à ce qu'il pourrait avoir» écrit-elle. Finalement, même si le féminisme a vampirisé tout le reste, des thèmes riches sont traités dans ce roman : l’amour, l’amitié, la trahison, les castes, l’éducation, le conflit entre tradition et modernité. Ce roman est également un voyage dans l’histoire, enseignement et éducation.

«La saveur de la vie, c’est l’amour. Le sel de la vie, c’est l’amour» écrit-elle. Le thème de l’amour, au cœur de sa réflexion, est décliné dans tous ses aspects. Mariama BA valorise l’amour maternel «On est mère pour illuminer les ténèbres. On est mère pour couver quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue s’enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin» écrit-elle. Cependant, à l’égard de ses enfants, Mame Coumba N’DIAYE, sa fille et biographe, a relaté «l’amour-passion» de sa mère, ses coups de colère, sa sévérité et ses punitions : c’est une mère exigeante, pour rendre ses enfants meilleurs. Ainsi, quand sa fille tombe enceinte d’un étudiant, le personnage de Ramatoulaye est convaincu par la plaidoirie d’Ibrahima SALL, convoqué, qui dira «Votre fille est mon premier amour. Je souhaite qu’elle soit l’unique». En dépit de la trahison de son mari, Ramatoulaye rappelle le profond amour entre un mari et sa femme : «J’ai aimé passionnément cet homme, dire que je lui ai consacré trente ans de ma vie, dire que j’ai porté douze fois son enfant». Mariama BA donne sa définition du mariage qui «n’est pas une chaîne. C’est une adhésion réciproque à un programme de vie» écrit-elle. Pour Mariama BA, l’amour de sa famille, et notamment de son mari, revêt un caractère majeur «Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple, tout en respectant le choix des femmes libres. J’ai aimé ma maison. (…) Tu connais ma sensibilité, l’immense amour que je vouais à Modou» et en dépit de la trahison, elle dit «ma vérité est que, malgré tout, je reste fidèle à l’amour de ma jeunesse». L’auteure est sur ce point en rupture avec la tradition : «Une femme doit épouser l’homme qui l’aime, mais point celui qu’elle aime ; c’est le secret du bonheur durable» lui disait-on. «L’amour si imparfait, soit-il, dans son contenu et son expression, demeure le joint naturel entre deux êtres. C’est de l’harmonie du couple que naît la réussite familiale». Le personnage d’Aïssatou invoque également la question de l’amour dans sa lettre de rupture avec Mawdo qui a pris une deuxième épouse, sous la contrainte de sa mère : «Si tu peux procréer sans aimer, rien que pour assouvir l’orgueil de ta mère, je te trouve vil. (…) Je me dépouille de ton amour, de ton nom. Vêtue du seul habit valable de la dignité, je poursuis ma route». Quand les hommes sont marqués par la bestialité des instincts, par des trahisons charnelles, ce n’est plus de l’amour : «Je ne pouvais pas être l’alliée des instincts polygamiques» dit-elle. Mariama rend hommage à son institutrice, Berthe MAUBERT pour son altérité : «Le mot aimer avait une résonance particulière en elle. Elle nous aima sans paternalisme».

L’amitié est supérieure à l’amour «J’ai toujours chanté l’amitié. Elle n’a pas les limites égoïstes de l’amour, ni ses exigences. Elle a des élans nobles, doux et entiers» dit-elle. Mariama a donc une conception exigeante de l’amitié «L’amitié a des grandeurs inconnues de l’amour. Elle se fortifie dans les difficultés, alors que les contraintes massacrent l’amour. Elle résiste au temps qui lasse et désunit les couples. Elle a des élévations inconnues de l’amour». Ramatoulaye a de l’amitié pour Mawdo qui n’a pas pu sauver son mari terrassé par une crise cardiaque : «ses yeux rougis témoignent de quarante années d’amitié». A Daouda qui courtisait Ramatoulaye devenue veuve, il est offert l’amitié. Mariama BA ne conçoit l’amour que dans le mariage «Mon cœur n’aime pas Daouda Dieng. Ma raison apprécie l’homme. Mais le cœur et la raison sont souvent discordants. (…) L’estime ne peut justifier une vie conjugale» fait-elle dire à Ramatoulaye. Mariama revient sur la force de l’amour, dans le Chant écarlate : «On ne peut rien contre l'amour. Celui qui lutte contre l'amour est semblable à celui qui veut assécher la mer».

La trahison est présente dans ce roman. Modou, le mari de Ramatoulaye, a épousé Binetou, une amie de sa fille, Daba. A la mort de son mari polygamique, elle écrit : «Je mesure, avec effroi, la trahison de Modou. L’abandon de sa première famille. Mort sans le sou». La veuve est dépouillée de sa maison au profit de sa belle-mère. La trahison génère l’amertume, et la tentation de la résignation, dans un pays musulman, est grande : «Pour vaincre ma rancoeur, je pense à la destinée humaine. Chaque vie recèle une parcelle d'héroïsme, un héroïsme obscur fait d'abdications, de renoncements et d'acquiescements, sous le fouet impitoyable de la fatalité». Pour se prémunir de la fatalité, et avoir envie de lutter en tant que femme, Mariama a ses recommandations : «Pour vaincre la détresse quand elle vous assiège il faut de la volonté, quand on pense que chaque seconde écoulée abrège la vie, on doit profiter intensément de cette seconde, c'est la somme de toutes les secondes perdues ou cueillies qui fait les vies ratées ou réussies» écrit-elle. Il est aussi question de racisme dans ce roman, Jacqueline, venant d’un autre pays africain, est affublée du sobriquet de «Gnac», une broussarde.

Mariama évoque la question des castes. Dans ce roman, Mawdo BA, un médecin noble et Guelwar du Sine, est marié à Aïssatou, de la caste des forgerons : «Un mariage controversé. (..) Un Toucouleur qui convole avec une bijoutière ? Jamais, il n’amassera de l’argent». La mère de Mawdo, «rigide et pétrie de morale ancienne», est attachée «à la véracité de la loi du sang». Mais Mariama défend une autre noblesse, celle de l’esprit : «Chaque métier, intellectuel ou manuel, mérite considération, qu’il requiert un pénible effort physique, des connaissances étendues ou une patience de fourmi». Aïssatou gagne sa noblesse par le travail, elle a étudié et a eu un poste aux Etats-Unis. Les livres «te permirent de te hisser. Ce que la société te refusait, ils te l’accordèrent : des examens passés, avec succès, te menèrent, toi aussi, en France. L’école d’interprétariat, d’où tu sortis, permit ta nomination à l’ambassade du Sénégal aux Etats-Unis». La noblesse d’esprit, c’est aussi rester fidèle à sa famille : «Les princes dominent leurs sentiments, pour honorer leurs devoirs» écrit-elle.

L’éducation est présente dans les thèmes traités par Mariama BA «Le rêve d’une ascension sociale fulgurante pousse les parents à donner plus de savoir que d’éducation à leurs enfants. La pollution s’insinue autant dans les cœurs que dans l’air» écrit-elle. Pour Mariama BA, le moderne accompagne aussi la dégradation des mœurs : «Je jugeais affreux le port du pantalon quand on n’a pas, dans la constitution, le relief peu excessif des Occidentales. Le pantalon fait saillir les formes plantureuses des Négresses, que souligne davantage une cambrure profonde des reins» écrit-elle. Pourtant, le personnage de Ramatoulaye entame l’éducation sexuelle de ses filles «Je ne voulais pas armer mes filles en leur offrant l’immunité du plaisir. Le monde est à l’envers. Les mères jadis enseignaient la chasteté. (…) J’insiste sur la signification sublime de l’acte sexuel, une expression de l’amour» écrit-elle.

Mariama BA, c’est un mélange de dictons sénégalais et de philosophie tirés de la tradition orale ou de dictons de sa grand-mère : «La honte tue plus vite que la maladie» ; «On ne brûle pas un arbre qui porte des fruits» ; «On ne change pas les habitudes d’un homme fait» ; «La vie n’est pas lisse, on y bute des aspérités» ; «On n’abat pas l’arbre dont l’ombre vous couve. On l’arrose. On le veille» ; «On a beau nourrir un ventre, il se garnit quand même à votre insu».

Mariama BA était une militante associative, tout en étant très proche du Parti socialiste de SENGHOR et de son club Soroptimiste, elle n’était pas une militante politique : «A regarder les tiraillements stériles au sein d’un même parti, à regarder l’appétit de pouvoir des hommes, je préfère m’abstenir» écrit-elle. «Si la femme est animée d’un idéal politique, si elle ne veut pas être un support, un objet qui applaudit, si elle a un message politique, il lui est difficile de s’insérer dans un parti politique», dit-elle en 1979. Pour elle, «quand on a envie de travailler sainement, qu’on ne recherche pas à être connue, les associations féminines offrent des cadres d’évolution aux angles plus arrondis». Cependant, Mariama BA revendique, pour les femmes, une juste place dans le jeu politique : «La femme ne doit plus être l’accessoire qui orne, l’objet que l’on déplace, la compagne qu’on flatte ou calme avec des promesses. La femme est la racine fondamentale de la Nation où se greffe tout apport, d’où part aussi toute floraison. Il faut inciter la femme à s’intéresser davantage au sort de son pays» écrit-elle.

Les chercheurs se sont longtemps et longuement interrogés : ce roman est-il autobiographique ?

Son roman a, incontestablement, des éléments tirés de la vie de l’auteure : Ramatoulaye, est une femme divorcée, résidant au quartier de la Médina, à Dakar, c’est une enseignante, confrontée, dans l’éducation de ses enfants, à la dégradation des mœurs. Il est indubitable que ce roman s’est enrichi de l’expérience personnelle de Mariama BA. Par ailleurs, ce roman a une dimension historique. L’école normale supérieure des Institutrices de Rufisque étant créée en 1938, le vécu de Mariama BA, au frémissement des idées d’indépendance, est un aspect important de sa création littéraire, notamment en ce qui concerne le rôle et la place des femmes dans la société. Germaine Le GOFF qui a dirigé cette école entre 1938 et 1945, a exercé une influence décisive sur Mariama, dans son combat pour l’identité et l’émancipation des femmes. Mme Le GOFF avait pour ambition de former de jeunes filles «assez cultivées, maîtresses de maisons indigènes assez parfaites» écrit-elle. «Une si longue lettre» ce roman est-il pour autant autobiographique ?

Mariama BA avait écarté une réponse positive à cette question, en affirmant, à la sortie de son roman qu'elle n'avait «ni la grandeur d'âme, ni les qualités de son héroïne», il était donc difficile de savoir dans quelle mesure l'œuvre n'était pas d'inspiration autobiographique. La récente publication de la biographie de Mariama BA, par sa fille Mame Coumba NDIAYE, donne des éclairages nouveaux sur ce roman. Troisième fille, issue du premier mariage, Mame Coumba présente une biographie romancée, dans laquelle les affects ont pris une part considérable : «Au-delà des liens profonds faits de complicité totale et d’affectueuse tendresse, Mame Coumba conquiert et revigore, par l’amour incommensurable qu’elle portait à sa mère, amour qu’elle a su magnifiquement rendre compte tout au long de son ouvrage» écrit Aminata Maïga KA (1940-2005), dans sa préface.

A certains égards, cette biographie m’a semblé manquer de distance critique, elle est restée, fondamentalement, un cri du cœur pour une mère exceptionnelle, et quelle mère !

Mame Coumba, sa fille et biographe, s’interrogeait dans son avant-propos : «Je me demandais comment j’arriverais à avoir cette objectivité froide et impartiale, cette distanciation non intime, qui font la force des biographes, pour écrire un livre crédible sur Mariama Ba». Dans sa préface, Aminata Maïga KA estime, qu’en «véritable intellectuelle, elle (Mame Coumba N’DIAYE) a du prendre du recul par rapport à ses sentiments, pour promener un regard critique sur la forte personnalité de sa mère qu’elle appelle «Mariama Ba» avec beaucoup de détachement, de rigueur, voire de sévérité». En effet, Mame Coumba a fait, considérablement, avancer la recherche, et cela à plus d’un titre, elle a pu accéder à une correspondance inédite et des carnets de notes de Mariama BA, à des documents épars, déjà publiés, mais difficiles d’accès, qu’elle a regroupés, en annexe. Pour la question qui nous occupe : est-ce un roman épistolaire ou biographique ?

Mame Coumba, me semble-t-il, a tranché, définitivement, la question. C’est une voix autorisée. «Le grand mérite de Mariama Ba, c’est d’être placée au cœur de ce roman, d’avoir cohabité avec l’héroïne jusqu’à céder aux tentations de la biographie» écrit Mame Coumba N’DIAYE. Suivant cette biographe, le livre auquel pensait Mariama, au départ  n’avait rien à voir avec sa vie personnelle. «Une si longue lettre» était né, fortuitement, des confidences de deux sénégalaises, amies de l’auteur que les déboires conjugaux avaient plongées dans le désarroi, loin de leur pays» écrit Mame Coumba N’DIAYE.

Mariama BA, née le 17 avril 1929, à Dakar, a vécu essentiellement avant l’indépendance et durant la deuxième moitié du XXème. A moins de quatre ans, la petite Mariama perd sa mère des causes de la peste, dont elle ne garde que peu de souvenirs, si ce n’est «le sourire froid et figé de vieilles photographies» écrit-elle. Mariama, la benjamine d’une famille de quatre enfants, garde peu de souvenir de ses deux soeurs aînées, mortes à deux années d’intervalle. En l’absence d’une figure maternelle, qu’il juge indispensable pour l’éducation de ses deux filles, le père de Mariama les confie  à leurs grands-parents maternels.

Mariama BA nait à la rue Armand Angrand, à Dakar au Sénégal le 17 avril 1929, dans une famille musulmane, «si elle ne vivait pas dans l’opulence, elle était à l’abri du besoin» écrit Mame Coumba N’DIAYE, sa biographe. L’auteure, Mariama BA, précise «Dans notre cour, traînaient à longueur de journée aveugles et éclopés que grand-mère nourrissait». La famille transférera sa résidence au quartier de la Médina à Dakar, et Mariama habitera avec Obèye DIOP, à Fann-Résidence, toujours à Dakar. Son grand-père paternel, Mody Coumba BA, est un Peul originaire de Bakel, mais dont les ancêtres seraient du Mali, dans le Macina. Cheikh Anta DIOP (voir mon article), dans sa thèse, a établi que les Peuls viennent de l’Egypte ancienne. Le grand-père maternel de Mariama travaillait comme interprète pour l’administration coloniale française, à Saint-Louis, puis a transféré sa résidence à Dakar. Bien que de culture ouolof, Mariama BA, de son patronyme, est, incontestablement, une descendante de Coly Tenguella BA (voir mon article), celui qui avait fondé l’Empire des Déniankobé ayant régné 400 ans sur le Fouta-Toro. En effet, tous les BA, sont des nobles et descendants de cet empereur du Fouta-Toro, dit Cheikh Moussa Camara (voir mon article), un grand spécialiste de la généalogie des Hal-Poulaar. Ce côté de la noblesse peule a donc été occulté au profit des ses origines de l’aristocratie ouolof. En effet, son grand-père maternel, El Hadji Macoumba DIOP, était un homme discret et pieux musulman. Sa grand-mère, Coumba Diaw DIOR, était une femme fière et forte, héritière de la lignée royale des souverains de l’Etat ouolof du Cayor. «Très représentative de l’ancienne aristocratie cayorienne, elle avait une conscience très nette de son milieu social, signe irréfutable de ses origines. Yaye Coumba appartenait à la lignée royale. (..) Elle en avait l’allure fière et solennelle, la noblesse de caractère, le sens poussé de l’honneur qui préférait la mort au déshonneur» écrit-t-elle. Incarnation vivante du matriarcat africain pilier de la société et garante de l’ordre social, la grand-mère aura une très forte influence sur sa petite-fille, sur son caractère, sa foi musulmane ardente et sa perception des droits des femmes. «Brave grand-mère, je puisais, dans ton enseignement et ton exemple, le courage qui galvanise au moment des choix difficiles» écrit-elle. Mariama BA avait bien détecté, dès son jeune âge, à travers l’éducation de sa grand-mère, la puissance du pouvoir des femmes, notamment pendant la nuit, sur l’oreiller : «Grand-mère disait que si la femme parlait, bien des élimanes (imams) ne seraient plus à la tête des prières. C’est dans la nuit d’alcôve que les réalités éclatent, loin des regards et des haines. Toute carapace se fend. L’individu dans sa vérité fait face à soi-même, face à sa femme. Les décisions éclaboussent le jour, nées de la réflexion et du raisonnement des femmes» écrit-elle. Mame Coumba N’DIAYE, de renchérir, «Yaye Coumba qui, selon tous les témoignages familiaux, s’est faite le chantre de la grandeur du féminisme». Mariama sait, dans son combat pour le féminisme, la dette à l’égard de sa grand-mère : «A la gloire de grand-mère, qui, par sa voix, m’a apprise que la femme est un être précieux» écrit-elle.

Son père, Amadou BA (1892-1967), a été ministre de la Santé à l’époque de la loi-cadre, entre 1957 et 1958. Sa mère, Fatou Kiné GAYE meurt en 1933, alors qu’elle n’avait que quatre ans ; elle est alors confiée à sa grand-mère Yaye Coumba. L’hostilité des traditionnalistes à l’égard de l’inscription des filles à l’école française, était encore vive : «L’éducation des filles passait par la soumission à l’homme. Elle passait également par le renoncement, l’abdication de leur personnalité et les érigeait en servante de l’époux qui avait en main, «la clef du Paradis» écrit Mariama BA, dans ses carnets que cite Mame Coumba N’DIAYE. Son père, Amadou BA, un militant socialiste, «affichait des idées libérales et se référait à sa propre philosophie» écrit Mame Coumba N’DIAYE. «J’eus la chance de fréquenter l’école grâce aux instances réitérées de mon père qui, à chacun de ses congés, priait mes grands-parents de lui accorder cette faveur. Je fus la première à changer de voie. Depuis, des cousins et cousines ont suivi le pas» écrit Mariama BA. En effet, Amadou BA, son père, l’inscrit à l’actuelle école des jeunes filles, devenue école Berthe MAUBERT.  «Puis un jour, vint mon père, vint l'école, et prit fin ma vie libre et simple» écrira-t-elle en 1947.

Talentueuse, et ayant un goût prononcé pour la lecture, son père l’a aidée et soutenue dans ses études : «En même temps que l’école, mon père fortifiait mes acquis. Financier, mais homme de lettres, il m’a appris à lire. Ses retours de voyage m’inondaient de livres. Je lui dois de savoir m’exprimer oralement. Il me faisait raconter en français ce que j’avais lu et ne se lassait jamais de me reprendre» écrit-elle. Mariama a rendu hommage à ce père visionnaire, à la base de sa carrière littéraire : «Un père hors du commun, pionnier de l’émancipation féminine de la première heure. Son option d’hier me propulse aujourd’hui au-devant de la scène» écrira-t-elle. Mariama BA a subi l’influence de sa directrice d’école, Berthe MAUBERT, qui, au CM2, organisait des cours supplémentaires pour le rayonnement de son école et lui a inculqué les règles grammaticales qui régissent la langue française. En effet, à la fin du primaire Mariama obtient son certificat d’études primaires, mais grand-mère s’oppose à ce qu’elle fasse de longues études. Pour bien des gens traditionnalistes, adversaires de l’éducation des jeunes filles : «le remède apporté par l’école des Blancs est plus dangereux que le mal lui-même» écrit Mame Coumba N’DIAYE. Les filles de l’époque de Mariama, étaient censées devenir secrétaire, sage-femme ou femme au foyer. «J'avais choisi d'être secrétaire. J'avais à cette époque 14 ans. L'importance du choix d'un métier ne m'apparaissait pas du tout. C'est la directrice de l'école des filles qui est venue me retirer du groupe des élèves du secrétariat» confesse Mariama BA, dans l’interview accordée à Alioune Touré DIA. En effet, Berthe MAUBERT la Directrice de l’école, ayant repéré son talent littéraire, l’incite à s’orienter vers des études plus poussées : «Tout le monde, mais pas toi. Tu es intelligente. Tu as des dons. Même si tu ne veux pas y aller, tu vas préparer le concours pour le renom de notre école», dit-elle. La Directrice écrivit au père de Mariama, alors en voyage au Niger : «Mon père absent, Mme Berthe Maubert dut vaincre seule la résistance familiale» écrit Mariama BA. Dans son roman, elle rend hommage à cette française «Je n’oublierai jamais la femme blanche, qui la première, a voulu, pour nous, un destin «hors du commun».

En juin 1943, Mariama passe le concours organisé à l’échelle de l’ex-AOF (Afrique occidentale française) et en sort première. Suivant l’influence de son enseignante, Germaine Le GOFF (1891-1986), elle a choisi l’enracinement et l’ouverture «enracinement dans nos valeurs traditionnelles propres, dans ce que nous avons de bien et de beau, et ouverture aux autres cultures, à la culture universelle» dit-elle dans l’entrevue accordée à Alioune Touré DIA. En effet, Mme Le GOFF, une institutrice, avait pour préoccupation, d'ouvrir aux filles africaines la possibilité de fréquenter l'école. Après un séjour au Mali, de 1923 à 1926, et de longues années d’enseignement, elle fut chargée de créer, en 1938, peu de temps après le Front populaire, au Sénégal, la première Ecole Normale d'institutrices ouverte aux Africaines. Elle y travailla jusqu'à sa retraite, en 1945. Enseignante laïque, du temps où l’Eglise accompagnait le colon, Germaine Le GOFF, est une humaniste laïque. «La femme noire africaine n'existe pas dans l'esprit du colonisateur, et sans égalité des sexes, il n'y a aucun progrès possible, ni en France, ni en Afrique, ni ailleurs» estime Mme Le GOFF. Elle préconise un système éducatif basé sur le travail, la tolérance, l'égalité et la liberté religieuse. « Mme Le Goff avait une vision juste de l'avenir de l'Afrique. Son éducation reposait sur les principes que nous entendons prôner aujourd'hui : «enracinement et ouverture» dit Mariama BA à Alioune Touré DIA. Par conséquent, l’école, loin d’être une source de dépersonnalisation coloniale, est ressentie, par elle, comme un moyen de libération de la femme. Le thème de l’éducation occupe une place importante de son roman. «Un remarquable éducateur français pensa un jour, contre les habitudes livresques, que la première tâche, dans un pays agricole, est de susciter des élites paysannes» écrit Emmanuel MOUNIER. «Nous avons droit, autant que vous, à l’instruction qui peut être poussée jusqu’à la limite de nos possibilités intellectuelles» écrira Mariama BA.

En classe, les devoirs de Mariama sont jugés très bons. C’est déjà à l’école, «dans les ferments intellectuels où elle côtoie tant d’idées, que se scella définitivement le destin littéraire du futur écrivain. Elle éblouissait tant par son intelligence et derrière un air de rien, battait les records de bonnes notes dans la plupart des disciplines», écrit Mame Coumba N’DIAYE, sa fille et biographe. Mme LE GOFF, la responsable de l’établissement, montre, le 15 avril 1947, un écrit de Mariama, à Emmanuel MOUNIER (1905-1950) et Maurice GENEVOIX (1890-1980), de la revue «Esprit», alors en visite au Sénégal. Ce dernier trouve le texte (Enfance à Dakar) intéressant et le publie. Maurice GENEVOIX écrira sur ce texte : «Les dons personnels y éclatent, mais sa portée, à mon sens, dépasse le cas particulier». Encouragée par ces monstres de la littérature française, de là date le penchant de Mariama BA pour l’écriture. «Il est étonnant de constater combien cette première livraison prenait le pas sur le réel. Elle comporte malgré des traces de fiction, une haute teneur autobiographique» écrit Mame Coumba N’DIAYE.

La publication du roman, «une si lettre longue lettre» a été possible avec l’appui de Mme Annette M’BAYE d’ERNEVILLE. Le poète sénégalais Birago DIOP (voir mon article), se plaignait du fait qu’il n’y avait pas beaucoup de femmes sénégalaises en littérature : «Je suis très fière d’avoir «marrainée» Une si Longue Lettre de Mariama Bâ et le Baobab fou de Ken Bugul. J’ai pris l’initiative de les présenter aux Nouvelles Editions Africaines parce que les génies ne se reconnaissent pas eux-mêmes […] Il a fallu que Birago Diop, qui ne la [Mariama Ba] connaissait pas, dise au cours d’une réunion du comité de rédaction : “Mariama Bâ, c’est une bête de plume».

Mariama BA enseigne pendant douze ans, avant d’être mutée au sein de l’Inspection régionale de l’enseignement, en tant qu’inspectrice. Parallèlement à sa carrière de fonctionnaire, elle se marie trois fois : elle a trois filles avec Bassirou N’DIAYE, une fille avec Ablaye N’DIAYE, décédée en 1988, et cinq enfants avec le député et ministre Boubacar Obèye DIOP (1922-1995), dont elle divorcera. Mère de neuf enfants, Mariama BA a évoqué ses trois mariages qui se sont soldés, à chaque fois, par un divorce. Un des grands mérites de la biographie de Mame Coumba BA, troisième fille du premier lit, de Bassirou N’DIAYE, est d’avoir exploité les écrits inédits de Mariama BA, et elle fait état des mariages malheureux de sa mère (pages 45-65), de ses engagements pour le féminisme, et probablement, de l’influence de ceux-ci sur ce roman, «Une si longue lettre». Le mariage avec Bassirou N’DIAYE, avec une différence d’âge de 11 ans, a duré 4 ans de bonheur intense : «Cet homme avait la stature, le visage de guide, de cœur sensible». Ce mariage s’est fracassé sur un des thèmes majeur du roman, «une si longue lettre», à savoir le conflit entre la tradition et la modernité, la duplicité, voire la tyrannie des hommes. «Tout ce qui touchait l’émancipation féminine était perçue comme une hostilité. (…) J’avais rêvé d’un épanouissement dans la dignité. J’ai cru possible l’alliance des valeurs de l’ordre ancien et notre idéal de liberté. Quand, je l’ai connu Bassirou avait des idées en avance sur son temps. Il m’étonnait. (…) Mais c’est en véritable héritier des privilèges du passé qu’il s’installa dans notre couple. (…) Il me voulait tendre, empressée mais faible, dépossédée de tout « ce surplus » qui rentrait dans ma féminité. (..) Ce n’était pas du mariage que je voulais sortir, mais du lien étouffant qui semblait m’éloigner de ma véritable personnalité. (…) Les conflits devenaient réels et fréquents. (…) En prenant le parti de rompre, j’ai choisi d’exister. (..) Je devais vivre. J’avais choisi de lutter» écrit-elle. Moins d’un an après ce divorce, Mariama BA se remarie avec Ablaye N’DIAYE, «un médecin discret, presque timide, mais qui ne manquait pas de culture et, encore moins d’humour. (…) Il m’apportait, en plus de son affection, l’équilibre familial qui m’avait manqué. Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple. Au moment des premiers doutes, j’avais compris que je me suis trompée de voie». Mame Coumba N’DIAYE voit dans ces déboires conjugaux de Mariama BA, les origines de son féminisme. Mariama BA se remariera, une troisième fois, avec Obeye DIOP, un militant politique, (Ministre de l’information de 1960 à 1962, député de 1983 à 1988), un brillant intellectuel, un homme de culture et de plume, partisan de l’indépendance. «L’eau douce des beaux discours, n’étanche pas certaines soifs. J’incline vers l’audace et le défi» dit-elle, sceptique, à propos des prétentions politiques des dirigeants africains. «En nous libérant, que l’homme se libère aussi» écrit Mariama, restée ferme dans ses engagements pour le féminisme. Le couple aura résisté pendant 20 ans, avant de se dissoudre. Ce conflit des valeurs et de la tradition serait, selon Mariama BA, la source de l’échec de ses trois mariages : «C'est de l'intérieur d'un contexte réactionnaire, fait de tensions multiples, entre l'ancien et le moderne, de crises avec nous-mêmes, avec nos partenaires masculins, que la plupart d'entre nous ont tenté d'asseoir un amour neuf qui était condamné avant de naître» écrit-elle.

Conclusion

Disparue le 17 août 1981, à Dakar, à 52 ans, des suites d’un cancer du poumon, Mariama BA, une écrivaine intelligente, talentueuse et douée, une fierté pour le Sénégal et l’Afrique, nous laisse le goût amer d’une carrière inachevée. «Sur son lit d'hôpital, Mariama Bâ, m'exhortait à saisir les Nouvelles Editions Africaines pour qu'elles publient avant sa mort, car elle se savait condamnée, son roman «Un Chant écarlate» écrit Aminata Maïga KA. Auteure du  livre, «Un chant écarlate», publié à titre posthume, Mariama BA nous parle, dans ce roman, d’un couple mixte soumis à l’épreuve d’un environnement familial traditionnel et hostile. La première partie du roman se fixe sur l’histoire entre Ousmane et Mireille. C’est là la mise en place du drame qui commence par une idyllique histoire d’amoureux qui se battent l’un pour l’autre. Ils se rencontrent sur les bancs d’un lycée dakarois et c’est le coup de foudre ultime. Ousmane, fils d’un ancien combattant, Djibril Guèye, un homme fier et de grande moralité. Ousmane est très proche de sa mère, Yaye Khadi, femme totalement vouée au bonheur de son mari et de son père. Ils sont très proches, au point où Djibril Guèye, le père, s’en inquiètera. Et ceci n’est pas neutre car la très grande proximité d’Ousmane d’avec sa mère va avoir un impact énorme sur ses choix, ou ses non-choix, dans son couple plus tard.  « Ousmane, aimes-tu cette fille longue comme un rônier, plus laide qu’une hyène ? Sa tête ressemble à celle d’une tortue qui rentre et sort son cou» lui dit-elle. La seconde partie du roman, elle, est fixée sur le couple Ousmane-Mireille et leur combat pour résister à la vie dans un milieu urbain entouré d’un environnement campé dans ses traditions. Mariama BA décrit de façon magistrale le choc que peut ressentir Mireille face à l’envahissante présence de l’entourage d’Ousmane. Fille unique, elle est née et a grandi dans un milieu aristocratique et elle se retrouve entourée d’amis qui viennent et partent sans s’annoncer, à tout heure, qui ne tiennent aucun cas de son chez elle, sont sans gêne et la considère à peine. Et au-delà des amis sans gêne d’un mari qui ne veut faire de concession, exige de sa femme qu’elle «comprenne» tout et accepte tout, il y a l’hostilité de Yaye Khadi. «Elle se curait les dents et crachait sur le tapis, sans ignorer que son geste, après son départ, allait déclencher la bagarre». Ousmane n’a pas pris la mesure de ce qu’est pour une mère de n’avoir pas de bru du cru. De devoir renoncer aux honneurs d’un baptême traditionnel fait de fastes et de présents, durant lequel toutes grand-mère se change en parangon de mère à qui toute la communauté rendra hommage. Quand la famille De La Vallée décide de renier Mireille qui s’est exilée par amour à Dakar avec un «ça», Djibril Guèye accepte le choix de son fils, mais Yaye Khadi, elle, n’accepte pas Mireille. Cette dernière connaîtra un destin tragique.

«C’est sur les genoux de la femme que se forme ce qu’il y a de plus précieux au monde : un honnête homme» écrit Mariama BA, en 1976, en l’hommage de Germaine LE GOFF. Infatigable dans son combat, elle réitérait «Je voudrais être l’interprète de la paysanne que fanent, prématurément, la sous-alimentation, la recherche de l’eau, les pénibles démarches. (…) Je voudrais répercuter, sans colère, mais en échos retentissants, toutes les voix étranglées, les voix des sœurs opprimées, maintenues dans des moules d’évolution dépassée, qui ont la tête de maternités incontrôlées» dit-elle, à l’assemblée nationale, le 25 mars 1979, lors de la journée nationale de la femme. Si Mariama BA savait la difficulté de la tâche pour l’émancipation des femmes, elle était restée optimiste pour l’avenir «Les irréversibles courants de libération de la femme qui fouettent le monde ne me laissent pas indifférente. Cet ébranlement qui viole tous les domaines, révèle et illustre nos capacités. Mon cœur est en fête à chaque fois qu’une femme émerge de l’ombre», écrit-elle. Depuis sa mort, Mariama BA est devenue un mythe et une icône mondiale pour l’émancipation des femmes, sa réputation et sa célébrité ne cessent de s’étendre à travers tous les continents. On la cite à chaque fois qu’il est question de féminisme : «Dame, la mort est aussi belle que fut la vie» écrit-elle. Son roman, «Une si longue lettre» a été traduit en 17 langues, ce qui lui vaut le Prix Norma en 1980. Mariama BA est enseignée au Sénégal, en Afrique, et son roman a été traduit, notamment en langue anglaise sous le titre «So Long Letter» et figure au programme des études africaines. Un nombre incalculable de thèses et d’articles ont été écrits sur son roman, «Une si longue lettre». La relève est assurée, avec notamment Ken Bugul M’BAYE, Fatou DIOME, Liking WEREWERE, Calixthe BEYALA, etc. Son nom est immédiatement reconnu par le moteur de recherche Google, et bien orthographié ; ce qui constitue une forme de consécration. Comme l’a si bien dit Mame Coumba NDIAYE, sa biographe et fille : «Ce que le temps n’a pas voulu accorder à Mariama Bâ, elle l’a gagné dans le cœur des hommes».

Indications bibliographiques

1 – Contributions

BA (Mariama), Un chant écarlate, Dakar, Paris, Présence africaine, 1981, 250 pages ;

BA (Mariama), Une si longue lettre, Dakar, les Nouvelles éditions sénégalaises, 1979 et 1987, 131 pages ; Paris, Le Serpent à plumes, collection motif, n°137, 2001, et Paris, Groupe Privat/Le Rocher, 2005n 164 pages ;

BA (Mariama), So Long a Letter (Une si longue lettre), traduction de Modupé Bodé-Thomas, Oxford, Heinnemann, collection «African Writers», série n°248, 1989 et 1981, 90 pages ;

BA (Mariama), «Succès littéraire de Mariama Bâ pour son livre Une si longue lettre», interview d’Alioune Touré Dia, Amina 84, novembre 1979, pages 12-14 ;

BA (Mariama) collaboratrice, M’BAYE d’ERNEVILLE  (Annette), éditeur scientifique, Femmes africaines, propos sur les thèmes de femmes et société, suivi de «Une si longue lettre» de Mariama Bâ, avec 5 compositions de Gnagna Diène, Paris, Martinsart, 1982, 356 pages ;

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2 – Critiques

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WARD (Cynthia), “Reading African Women”, Modern Language Association (Toronto), déc 1993, pages 27-30.

Paris, le 7 novembre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

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