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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 15:07

Du 13 au 14 octobre 2018 se sont tenues les universités de la Rentrée des éditions Présence Africaine, à «La Colonie», près de la Gare du Nord, à Paris. Le thème général a porté sur "les identités afro-diasporiques". Comment articuler tous les discours sur le terme «Afro», avec ses diverses déclinaisons (afropéen, afropolitain, afrofuturiste, afro-féministe, afro-descendant, afrotopia, afro-européen, afro-caribéen, etc.), pour agir, profondément, sur les identités plurielles, éclatées tendues entre plusieurs imaginaires, lieux et appartenances ?

«Le racisme est la dévalorisation profitable d'une différence» ou, plus techniquement, «le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression», écrit Albert MEMMI. Par conséquent, les Noirs et leurs diasporas, dans un contexte de discriminations raciales, de violences, de mémoires coloniales non apaisées, ont besoin de s’affirmer et se réaffirmer, pour se reconstruire, dans un contexte de montée des extrêmes et du populisme. Les Universités de la rentrée de Présence africaine ont été organisées autour de 8 tables rondes.

Première table ronde : «Comment articuler les afro-déclinaisons» : intervenants : Marie-Inaya MUNZA,  Nadia Yala KISUKIDI, Valérie CADIGNAN, Véronique KANOR et Christian DZELLAT. Modératrice Adiaratou DIARRASSOUBA.

Pour les Antillais, immigrés en France métropolitaine, l’objectif des parents travaillant souvent à la Poste, dans les hôpitaux ou à la Douane, est que leurs enfants s’intègrent dans la société française, qu’ils oublient leur langue et leur culture. Finalement, ces enfants sont «freinés», ils restent au fond de la cale, leur créole devient une langue abîmée et martyrisée. Cependant, ils finissent, un jour, par découvrir le racisme, et partent à la recherche de leur identité. Il y a plusieurs façons d’être Noir en France, mais cela veut dire quoi, exactement ?

Les Antillais cultivant du mépris à l’égard des Africains, ont eu du mal à admettre qu’ils sont des afro-descendants ; ils ont subi un grand lavage de cerveau. Dans l’idéologie coloniale, pour être un Homme, il faut être un Blanc, et donc l’Afrique ne ferait pas partie de l’identité des Antillais. Etre Noir en France, c’est relever de la minorité, et donc lutter en permanence contre les injustices.

Pour les Français, nés en Afrique, mais qui ont grandi en France, certains concepts nouveaux ont été inventés, comme «Afro-européens». Il faut assumer deux cultures : africaine et française. Dans l’esprit colonial, inspiré de l’assimilation, ces personnes sont sommées de faire un seul choix : la culture gauloise. Le Noir, ne s’interroge pas au début sur le racisme, il découvre progressivement sa condition de colonisé dans les actes de la vie courante (Recherche d’un logement ou d’un emploi) ; c’est la société qui lui renvoie cette image souvent négative. Il ne faudrait pas adopter une attitude négative et se replier sur soi ; il faudrait s’inscrire dans son développement personnel, optimiser ses compétences. La double culture n’est pas une tare, mais une formidable richesse. Il faut pouvoir bien se sentir dans les deux cultures ; il n’y a pas lieu de «rougir» de sa peau. Tout au contraire. Il faut se mobiliser et s’organiser pour reconquérir son identité, faire évoluer les mentalités, déconstruire les préjugés et les stéréotypes.

Les choses ont mis du temps à bouger à travers les siècles d’esclavage et de colonisation, et subitement, dans les luttes de reconquête des identités, le vocabulaire s’est enrichi (Afro-descendants, racisés, Afro-européens, Afro-Carabéens, etc.). L’objectif n’est pas de s’autolimiter, mais d’explorer toutes les potentialités. Car les identités des Noirs sont multiples et complexes, comme le sont celles des Blancs. On n’a pas à obéir aux injonctions des autres en vue de nous autolimiter, nous assimiler, nous restreindre à une seule culture ; l’identité qui nous est renvoyée est celle que veut nous imposer la colonialité. Il faudrait pouvoir explorer toutes les potentialités que nous offrent la citoyenneté et la démocratie. «La richesse, c’est l’ouverture d’esprit» dit-on.

Noir, c’est un Code, on est fier d’être Noir, mais qu’est-ce qu’on en fait après ? Il faut refuser l’hégémonisme excluant, ne pas se laisser diminuer. Certains sont habités par un désir ardent de s’intégrer, de se dissoudre dans la société française, et ainsi de s’oublier. Mais, il faut pouvoir s’organiser et agir, utilement, contre les discriminations et les violences. Revendiquer son identité n’est pas une agression contre les autres. Tout au contraire. C’est une démarche pour être en paix avec soi-même, afin de bien-vivre avec les autres. Si on ne sait pas qui est on et où est-ce qu’on va, on s’est souvent rempli de mal-être et de colères stériles. Par conséquent, la recherche de son identité est une voie vers l’apaisement et l’harmonie.

La société coloniale a mis en place, dans les institutions, un discours d’effacement de la parole des Noirs. Notre communauté manque de leader charismatique qui parle pour les autres. Il y a des personnalités qui émergent de temps en temps, mais elles sont autocentrées, par un désir de promotion personnelle. Il y a toujours ce souci d’autocélébration en disant : «J’ai été le premier Noir à avoir fait ceci ou cela». Il faudrait donc décoloniser les modèles censés représenter les Noirs en France. Nos organisations noires, au lieu de faire uniquement la promotion de leurs dirigeants, devraient aider notre communauté à se recentrer sur ses objectifs stratégiques (Travail, logement, citoyenneté, luttes contre les violences et discriminations, bien-vivre ensemble).

Deuxième table ronde : «la fin des utopies collectives ?». Intervenants : Amzat BOUKARI-YABARA et Sakiko NAKAO, modérateur, Joao GABRIELL.

Au XXème siècle, le panafricanisme a constitué un vaste mouvement intellectuel, politique et culturel ayant privilégié les rencontres, les luttes et les échanges, afin de mettre fin aux barrières mentales et géographiques. «Sans l’Afrique, les diasporas n’ont pas d’identité, sans les diasporas, l’Afrique perdrait de vue aussi l’ampleur de sa contribution passée et actuelle à notre monde, que l’étendue mondiale de ses responsabilités» écrit Elikia M’BOKOLO. Le panafricanisme est donc une façon de «penser l’Afrique» suivant Amzat BOUKARI. Cependant, actuellement, les grandes utopies politiques collectives sont à bout de souffle. Par conséquent, le panafricanisme est le dernier grand récit à avoir eu l’ambition politique de faire du continent africain à la fois une identité commune et un même rêve politique, cet objectif, de nos jours, semble complètement délaissé. Pour l’instant, le grand récit identitaire des Noirs reste encore le panafricanisme, avec ses ambitions politiques :

- le panafricanisme en Afrique a été le souci de retrouver la souveraineté, et donc de décoloniser le continent noir ; le combat pour la souveraineté (Franc CFA, Françafrique) reste plus que d’actualité ;

- le panafricanisme, pour la Diaspora, a pour objectif de reconstruire l’Afrique là où elle existe ; le «Black to Africa» ne signifie pas, nécessairement, un retour physique en Afrique, mais une sauvegarde des valeurs culturelles africaines, là où on habite ;

- le panafricanisme, de Diaspora à Diaspora, mène un combat mémoriel et pour la réparation des dégâts commis l’esclavage et la colonisation.

Les récits de ce début du XXIème siècle des Noirs concernent la lutte contre la négrophobie, le racisme et les violences. Par conséquent, pour retrouver son identité et son humanité, il faut décoloniser les esprits. A ce titre, les nouveaux concepts «d’Afro-européen» sont à condamner, c’est une apologie, soft, de l’assimilation, au sens l’entend la colonialité. La communauté des Noirs doit rester un espace de dialogue en vue de combattre le racisme et les préjugés. L’Afro-business s’est développé autour de la création des Noirs, mais des logiques de prédation et de dépolitisation des grands mythes du panafricanisme.

Troisième table ronde : «Les nouvelles identités dans la littérature jeunesse». Intervenants : Laura NSAFOU, Madina GUISSé, Michel BAGOé, Marie-Dominique IGOHO PAPAL, et modératrice, Carole BENEBA.

La littérature jeunesse ne colle pas toujours à la réalité de ses lecteurs. La diversité culturelle africaine encore trop souvent absente, est cruciale, car elle joue un rôle clé dans le développement de l’enfant. Les jeunes lecteurs originaires d'autres cultures ne trouvent pas assez de modèles qui leur ressemblent.

Qu’est-ce qu’être Noir en France ? C’est être en accord avec soi et se réapproprier son patrimoine culturel. Nous vivons, certes, un globalisé qui a tendance à tout uniformiser par la logique du libéralisme, en niant les différences, donc nos identités et la diversité. Mais nous devons nous libérer de ce diktat colonial, entamer un devoir de mémoire, assembler ce puzzle pour reconquérir nos identités, pour un bien-vivre ensemble avec toutes les composantes de la société.

La deuxième génération a une conception fantasmée, déformée et même dévalorisée de l’Afrique. En effet, les enfants regardent des bandes dessinées occidentales ou japonaises ; ils s’identifient aux personnages qu’ils regardent, sans prêter attention aux stéréotypes qu’ils véhiculent à l’encontre des dominés. Tout en refusant d’isoler les enfants du reste de la création artistique mondiale, il faudrait s’ouvrir aux autres, nos enfants devraient s’émanciper de toute idéologie dominatrice et regarder les bandes dessinées qui leur ressemblent. En effet, la production artistique, notamment les bandes dessinées produites par les Noirs, devraient démanteler les stéréotypes, constituer un espace de déconstruction, pour nous réconcilier avec nos racines africaines. Il n’est pas facile pour ces auteurs de se faire publier par les maisons d’éditions, dont le souci premier est la rentabilité financière. L’avenir est, peut-être, dans l’auto-édition afin de diffuser, largement, ces bandes dessinées qui racontent notre histoire.

Quatrième table ronde : «Nouvelles identités, nouvelles sexualités». Intervenants : Jo GUSTIN, Stéphane GERARD, Eric FASSIN et Sophie BESSIS. Modérateur Mohamed M’Bougar SARR.

Les mouvements L.G.B.T.Q.I. ont été passés sous silence dans les réflexions identitaires des diasporas africaines, comme si une gêne persistait encore au moment de les aborder. Marginalisés, occultés, combattus ou discriminés, les pratiques et choix sexuels de ces communautés font, pourtant, partie de l’identité des Noirs qui subissent encore des discriminations multiples et variée. Un slogan est entrain de monter en puissance : «l’intersectionnalité», à savoir la nécessité de mener, de façon énergique et prioritaire, des luttes résolues contre toutes les formes de discriminations, y compris quand elles touchent aux orientations sexuelles. Pour ces mouvements, comment être pleinement soi, sans se trahir, ni  se mentir, et quel qu’en soit le prix ?

Dans les sociétés occidentales, il faut dénoncer les logiques de violence, l’islamophobie, la négrophobie, le sexisme, l’homophobie et toutes ces logiques coloniales et racistes, pour réclamer une société fondée sur l’égalité, la justice et la tolérance.

Dans les pays africains, au Maghreb, et notamment dans les sociétés dominées par les religions monothéistes ont toujours condamné les sexualités non orientées vers la procréation. Ces orientations sexuelles existent de longue date dans les sociétés africaines, à défaut, d’être acceptées, elles n’étaient que tolérées. Après les indépendances, il y a eu basculement : l’homosexualité est devenue une maladie importée d’Occident. Une thèse complotiste a même vu le jour : l’homosexualité introduite par les Occidentaux, traumatisés par la natalité galopante en Afrique, viserait à faire diminuer la population du continent noir, qui serait une menace. La Grèce Antique, à travers l’homosexualité masculine, partait de l’idée que le véritable amour ne pouvait pas concerner la femme, reléguée au rang de la procréation ; ce qui constitue une forme de sexisme et de misogynie.

Par conséquent, s’est développée en Afrique, une logique de répression des homosexuels, sauf dans quelques rares Etats (Afrique du Sud, Cap-Vert). La Tunisie a posé le débat, tout récemment, non pas sous l’angle de l’orientation sexuelle, mais celui de la défense des droits humains.

D’une manière générale, même les organisations progressistes, la lutte contre les discriminations dont sont victimes les Gays et Lesbiennes, n’est pas une priorité. Pourtant, il faudrait une convergence des luttes, une intersectionnalité, une alliance de toutes les personnes victimes de la violence, des marginalisations et du racisme. En effet, un racisme entraine toujours un autre racisme.

«Au Sénégal, un bon homosexuel est soit caché, soit drôle, soit mort» écrit Mohamed M’Bougar SARR dans «De purs hommes». Pourtant, on peut être musulman et être Gay, rien dans le dogme ne l’interdit. Les francs-maçons comme les homosexuels sont persécutés au Sénégal. «En nous taisant sur l’homophobie au Sénégal, nous entérinons l’idée que toutes les vies ne se valent pas» précise M. SARR.

5ème table ronde : «Autour de 8 ans de pouvoir» : Intervenants : Ta-Nehesi COATES et Abd Al Malik. Modérateur, Pap N’DIAYE, historien. Avec la participation de Black History Month.

Le livre de Ta-Nehisi COATES, «Autour de 8 ans de pouvoir», traduit chez Présence Africaine, évoquant les deux mandats de Barack OBAMA, s’insurge contre les violences faites aux Noirs aux Etats-Unis. Il sera aussi question de la réussite «Noire». Les débats engagés le 12 novembre au Musée Jacques CHIRAC ont continué le 13 octobre 2018 à la Colonie.

Ta-Nehisi COATES, essayiste et journaliste à «The Atlantic», est né le 30 septembre 1975, à Baltimore (Maryland), une des villes les plus violentes d’Amérique. «Etre Noir, dans Baltimore de ma jeunesse, c’était comme être nu face aux éléments, face aux armes à feu, aux coups de poing, aux couteaux, au crack, au viol, à la maladie». Pourtant, et pour COATES, cette nudité n’a rien d’une erreur, rien de pathologique elle n’est que le résultat logique et volontaire d’une politique, la conséquence prévisible de ces siècles passés à vivre dans la peur. «C’est le système qui fait de ton corps un objet destructible» dit-il. Né dans un monde noir, entouré de la prospérité, les images que lui renvoyaient les mass médias, dans sa jeunesse, sont une déformation de la réalité. Sa mère est enseignante et son père, membre des «Blacks Panthers», un éditeur, lui a inculqué l’estime de soi et la défense des valeurs culturelles de l’Afrique, dans un pays plombé par la ségrégation raciale, 400 ans d’esclavage, et une violence inouïe à l’égard des Noirs.

«Pendant les huit années de la première présidence noire, une période de « bon gouvernement noir», OBAMA est apparu comme le gardien de l’ordre et comme un architecte soucieux de l’équilibre» écrit COATES. Les deux mandats, hautement symboliques, de Barack OBAMA n’ont pas mis fin à la violence policière contre les Noirs. Certains pensent que c’est la violence des Noirs qui serait même à l’origine de la terreur de l’Amérique blanche. OBAMA, pourtant un président poli, éduqué, vertueux, «un bon Nègre», a été remplacé par un Blanc suprémaciste, Donald TRUMP : «C’est  la peur qui a donné aux symboles du racisme, déployés par Donald Trump, suffisamment de force pour qu’il devienne président et soit ainsi en position de nuire au monde entier» écrit COATES. Pour certains, seuls les Blancs auraient un pouvoir légitime de gouverner le pays. En effet, l’Amérique, tout en appréciant la musique noire ainsi que leur force de travail, est restée, fondamentalement, esclavagiste. L’Amérique est un pouvoir fondé sur l’oppression et la violence contre les Noirs. Par ailleurs, le droit de vote des Noirs aux Etats-Unis est remis en cause par divers procédés (Fermetures de nombreux bureaux de vote, radiations suite à condamnations, influence négative de la jurisprudence de la Cour suprême maintenant dominée par les suprémacistes).

M. COATES ne connaît que l’Afrique fantasmée, son séjour en France, lui a permis de découvrir la condition des Noirs, une situation de colonisés. Il remercie Présence africaine pour son combat en faveur du panafricanisme et de la conscience noire. Les Européens Blancs, alors qu’ils traitent leurs Noirs en indigènes de la République, sont fascinés par Barack OBAMA. Il est probable, suivant COATES, c’est une manière de soulager leur mauvaise conscience au regard des pratiques colonialistes en France.

5ème table ronde : "Légitime défense, légitime violences" : Michaël NERJAT, Abd Al Malik, Assa TRAORE et Françoise VERGES. Modératrice, Stéphanie HARTMANN.

L’affirmation des droits politiques, c’est aussi et surtout un droit légitime du citoyen de résister contre les violences de l’Etat ayant mis en place un système d’oppression, notamment contre les jeunes issus de l’immigration (affaires Adama TRAORE et Théo). Les violences policières persistent, et quand on n’a pas la bonne couleur de peau, on ne peut pas se promener, sereinement. On a l’impression que contre les racisés, les forces de l’ordre auraient un permis de tuer, en toute impunité. Ces violences de l’Etat ne sont pas seulement que physiques, elles peuvent se manifester par des mensonges, des calomnies, des instrumentalisations, un déni de droits administrations (régularisation des sans-papiers, regroupement familial, retraites) à l’encontre des racisés. Le colonialisme et l’impérialisme organisent la prédation, à travers des guerres locales qui sont des sources d’asservissement, et il faut «ajouter la fabrication économique de vies vulnérables et fragiles» écrit Françoise VERGES dans «L’homme prédateur». Humilier, déshonorer et tuer. L’esclavage et le colonialisme ramènent aux questions de vulnérabilité, de fragilité, de lâche, mais aussi au courage de leurs victimes de se dresser contre l’injustice.

Le racisé, ce n’est pas «le dernier des Français» suivant le titre d’un ouvrage d’Abd Al Malik ; c’est avant tout un citoyen de la République qui a entendu parler de «Liberté, Egalité et Fraternité». Les Noirs sont aussi la France. Abd Al Malik prêche pour une spiritualité républicaine : «Ma démarche est apolitique, au sens de partisane ou de politique politicienne. Je ne recherche pas le pouvoir et ne briguerai jamais aucun mandat. Voici simplement ma parole, celle d’un citoyen concerné, comme des millions d’autres, par le présent et l’avenir de son pays. Celle d’un artiste qui ne vit pas en périphérie, mais en plein milieu d’une douleur que seule la fraternité véritable pourra guérir» écrit-il. Le Noir, être hybride et dominé, inspiré par un humanisme républicain, ne demande pas vengeance dans sa rencontre avec l’oppresseur, mais justice, égalité, fraternité et bien-vivre ensemble.

Face aux injustices, il peut se battre pour être rétabli dans ses droits. C’est un appel à la révolte, à la résistance contre l’oppression, contre ces violences illégitimes ; il y a des vies à protéger. Le droit à la résistance à l’oppression est expressément consacré à l’article 2 de la Déclaration du 26 août 1789. Or, l’Etat a tendance à criminaliser l’autodéfense. Les familles des victimes de ces violences sont devenues, malgré eux des soldats ; elles n’ont pas pourtant demandé à mener cette lutte pour la justice et la vérité. C’est une bataille médiatique et judiciaire. L’Etat n’a pas le droit de tuer les jeunes de banlieue marginalisés et stigmatisés, sous prétexte qu’ils auraient un casier judiciaire. «Quand une catastrophe vient de se produire, il y a l’instant qui suit. (…) Je ne lutte plus, je connais plus la peur. Je suis au-delà. Cet étrange silence me procure même un étrange sentiment d’apesanteur, qui me place entre deux mondes. Celui des vivants et celui des morts» écrit Assa TRAORE, dans «Lettre à Adama».

6ème table ronde : "Les langues de l'identité", intervenants : Rafael LUCAS, Stéphie ROSE, NYOT NYOT et  Gabriel OKOUNDJI. Modérateur, Ousmane N’DIAYE

La langue est un puissant symbole d’identité. La langue française a été présentée, pendant longtemps, comme un instrument de domination et de discrimination coloniales, un instrument de la Françafrique. Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime RECLUS, il s'agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. Cependant, progressivement, elle est devenue «un butin de guerre» suivant KATEB Yacine. Ainsi, des auteurs, comme Ahmadou KOUROUMA, ont enrichi la langue française avec des expressions Malinké. Des auteurs se battent pour écrire dans leur langue nationale (L’Association Dentaal Fouta-Toro est entrain de créer un dictionnaire Peul, N’Gugi Wa Thiongo au Kenya et Boubacar Boris DIOP au Sénégal). Les jeunes issus de l’immigration peuvent prendre des cours à l’INALCO.  De nouvelles application, notamment Babélio peuvent être téléchargées pour apprendre les langues. Les maisons d’édition à défaut de soutenir les écrivains en langues nationales, l’auto-édition pourrait se développer. Il faudrait aussi encourager la traduction des grands classiques de la littérature mondiale dans les langues nationales africaines.

7ème table ronde : "Artistes, à vos cartes d'identité", intervenants : Khalid LYAMLAHY, Emo de MEDEIROS, Julie ABISSEGUE et  Alexis PESKINE, modératrice, Aminata AIDARA.

L’écriture est une souffrance, mais aussi c’est un chemin  vers la découverte de son identité. En raison de cette «aventure ambiguë » en référence au titre d’un ouvrage de Cheikh Hamidou KANE, de cette double-appartenance : comment être d’ici et de là-bas sans que ces deux identités entrent en conflit ?

Ce qu’on croyait autre est aussi soi, l’ailleurs est également le lieu qu’on habite. Les artistes africains redessinent les cartes des identités.

7ème table ronde : "Les Afros aux fourneaux et à la mode". Intervenants : Nelly WANDJI (Galerie Nelly Wandji), Youssouf FOFANA (Maison Château Rouge), Rudy LAINE (New Soul Food) et Christian ABEGAN. Modératrice Hortense ASSAGA.

La gastronomie et la mode africaine sont de plus en plus mis en valeur pour une nouvelle génération d’entrepreneurs issus de l’immigration. Des marques se font jour, comme «Maison Château-Rouge» de Youssouf FOFANA. Chefs étoilés, créateurs en vogue, restaurants aux cartes réinventées, stylistes originaux, défilés, livres, expositions, etc. L’assiette, le cheveu, le vêtement ne sont pas qu’esthétiques ou gustatifs ; ils disent quelque chose d’une identité qu’on cherche à retrouver, à réinventer ou à sauver de l’oubli et de l’uniformisation.

Les entrepreneurs issus de l’immigration ouvrent des galeries et des restaurants, lancent des marques. Ils sont partis d’un rêve, d’une passion, d’une vision qu’ils veulent partager avec les autres. Ils insistent  sur la nécessité de recouvrir l’identité par la créativité africaine, par dès fois une reconquête de produits oubliés, comme le Wax, la qualité culinaire. Ils ont lancé des pistes de réflexion pour créer son entreprise :

- partir d’abord, de l’autofinancement, avec des fonds modestes, lancer une collecte avec la participation de la famille ou d’amis ; solliciter une banque dès l’expérience est concluante ;

- connaître les ficelles du métier dans lequel on souhaite s’engager, notamment en évitant les marques ethniques ; faire de la qualité ; le Wax ne pouvant se porter en hiver, quel produit de substitution pendant cette période ?

- partir au début de la vente sur Internet ou choisir les «Boutiques éphémères» ; collaborer avec les grands groupes.

 

8ème table ronde : "Représenter l'identité". Intervenants : Jean FALL  (CINEWAX), Virginie EHONIAN (NOORU BOX), Martial ZE BELINGA et  Michel BAMPELY. Modératrice, Douce DIBONDO.

Le succès immense qu’il a eu et l’enthousiasme qu’il a suscité dans les communautés africaines ont fait de «Black Panther» un symbole : pour la première fois, avec cette ampleur, un super héros noir africain était mis en valeur et à l’honneur au cinéma. On a beaucoup mis en avant la possibilité, pour la jeunesse surtout, de s’identifier à un héros issu de leur communauté.

Après de nombreuses luttes, les industries de l’art et de la pop culture semblent vouloir accorder une plus grande place à la représentation des noirs. Ceux-ci sont non seulement plus visibles, mais encore, montrés sous un jour qui évite l’écueil de la caricature. Il est devenu urgent de construire une image pour évoluer dans la société française. «Cinéwax» une association de Jean FALL, est un outil de promotion du cinéma africain. La culture urbaine qui avait mobilisé les jeunes de banlieue dans les années 80, est sur le point d’être récupérée par le libéralisme, dans une perspective purement commerciale.

Clôture : "Lectures de textes" par le groupe «Poetry Afrikanista».


En 2019, les Universités de la rentrée, célébreront les 70 ans de Présence africaine.

Indications bibliographiques très sélectives

ABD AL Malik, Camus, l’art de la révolte, Paris, Fayard, 2016, 178 pages ;

ABD AL Malik, La guerre des banlieues n’aura pas lieu, préface Mazarine Pingeot, Paris, Le Cherche Midi, 2012, 219 pages ;

ABD AL Malik, Le dernier des Français, Paris, Le Cherche Midi, 2010, 174 pages ;

ABD AL Malik, Place de la République, pour une spiritualité laïque, Paris, Indigènes éditions, 2015 28 pages ;

ABD AL Malik, Qu’Allah bénisse la France, Paris, Albin Michel, collection espaces libres, 2007, 224 pages ;

BOUKARI-YARABA (Amzat), Unite ! Une histoire du panafricanisme, Paris, La Découverte, 2014 et 2017, 371 pages ;

COATES (Ta-Nehesi), Huit ans au pouvoir : une tragédie américaine, traduction de Diana Hochraich, Paris, Présence africaine,  2018, 303 pages ;

COATES (Ta-Nehisi), Le grand combat, traduit par Karine Lalechère, Paris, éditions autrement, 2017, 267 pages ;

COATES (Ta-Nehisi), Une colère noire, lettre à mon fils (Between the World and Me), traduit de l’anglais par Thomas Chaumont, préface d’Alain Mabanckou, Paris, Autrement, 2016, 202 pages ;

GUISSé (Madina), Neiba Je-sais-tout ou presque : Tu sais garder un secret ?, Paris, Publishroom, 2017, 70 pages ;

KANOR (Véronique), Combien de solitudes, Paris, Présence africaine,  2013, 65 pages ;

KISUKIDI (Nadia, Yala), Bergson ou l’humanité créatrice, Paris, CNRS éditions,  2013, 305 pages ;

SARR (Mohamed, M’Bougar), De purs hommes, Paris, Philippe Rey, Dakar, Jimsaan,  2018, 190 pages ;TRAORE (Assa), VIGOUROUX (Elsa), Lettre à Adama : Vérité et Justice, Paris, Seuil, 2017, 187 pages ;

VERGES (Françoise), L’homme prédateur : ce que nous enseigne l’esclavage sur notre temps, Paris, Albin Michel, Bibliothèque idées,  2011, 220 pages ;

ZE BELINGA (Martial), «In-Dépendances» : Discours sur le colonialisme après la colonie, Paris, Teham, 2012, 143 pages ;

ZE BELINGA (Martial), NUBUKPO (Kako), TINEL (Bruno), DEMBELE (Demba, Moussa), Sortir l’Afrique de la servitude monétaire : à qui profite le Franc CFA ?, Paris, La Dispute, 2016, 243 pages.

Paris, les 13 et 14 octobre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

Retrouver son identité, pour être en paix avec soi-même et les autre, pour un bien-vivre ensemble.
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