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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 23:12

La colonisation, «C'est un crime. C'est un crime contre l'humanité. C'est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes» a déclaré le candidat à la présidentielle de 2017, M Emmanuel MACRON. On parle souvent du devoir de mémoire, il est donc bon que l’on ne se limite pas à l'évocation, importante et capitale, du nazisme et du régime du régime de Vichy. Il est, plus que jamais, nécessaire d’abandonner les indignations sélectives, et de mettre aussi en lumière les crimes commis contre l’Humanité ayant marqué un passé colonial particulièrement sanglant. «Le génocide est amoral par essence. Il n’y a pas de bon génocide, pas de génocide juste» écrit Yves TERNON. Le concept de génocide ne s’applique pas seulement qu’à la Shoah, un crime monstrueux contre l’Humanité commis par les Nazis, il est également pertinent pour l’esclavage et la colonisation. Aucun peuple n’a le monopole de la souffrance, UN étant égal à UN. Par conséquent, ces crimes de la colonisation, en raison du déni et du silence qui les entourent, sont un obstacle majeur au bien-vivre ensemble. En raison de cette conspiration du silence et de ce déni, face à la montée des populismes et du racisme, les Noirs et les Arabes sont devenus, désormais, les nouveaux Juifs d’Occident.

Le droit international définit le génocide comme «la destruction d’une nation ou d’un groupe ethnique. D’une manière générale, génocide ne signifie pas nécessairement la destruction immédiate d’une nation, sauf quand il est réalisé par des meurtres de masse. Il se propose de signifier plutôt un plan coordonné de différentes actions visant à détruire les fondements essentiels de la vie de groupes nationaux, pour anéantir ces groupes mêmes» écrit Raphaël LEMKIM, en 1945. Si le XXème siècle aura eu le triste privilège de connaître la barbarie organisée, administrée, étatisée, avec notamment lors de la deuxième guerre mondiale, la souffrance des peuples colonisés est plus ancienne, et s’étend sur une longue période qui continue encore sous d’autres formes : «Ce qui caractérise principalement la vie d’un Noir, c’est la souffrance, une souffrance si ancienne et si profonde qu’elle fait partie de presque tous les instants de sa vie», dit Martin Luther KING. En effet, la colonisation, visant à conquérir des territoires, au besoin par la force, impliquait dans sa logique, une démarche génocidaire, c’est «des techniques de destruction politique, sociale, culturelle, religieuse, morale, économique, biologique et physique» des peuples dominés, au sens où l’entendent les Nations Unies (résolution 260 (III) de l’A.G. de l’O.N.U. du 9 décembre 1948). La colonisation fut bien coupable d’un crime contre l’Humanité : «Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme» écrit, fort justement, Aimé CESAIRE dans son «discours sur le colonialisme». En effet, habillé du manteau de «mission civilisatrice», en réalité, la colonisation est un crime contre l’humanité en ce qu’elle introduit, à travers ses objectifs de prédation, des phénomènes d’aliénation, d’oppression et  d’humiliation permanentes du colonisé, avec une grande dose de violence. Avec la colonisation «Le matin de l’Occident en Afrique noire fut constellé de sourires, de coups de canons et de verroteries brillantes. Ceux qui n’avaient point d’histoire rencontraient ceux qui portaient le monde sur leurs épaules» dit ironiquement Cheikh Hamidou KANE. Cette hiérarchisation des civilisations est déjà, en elle-même, un attentat contre l’esprit des Lumières et le caractère prétendu universel des droits de l’Homme : «Je suis inconditionnellement contre toutes les oppressions, je vois dans l’oppression le fléau majeure de la condition humaine, qui détourne et vicie les meilleures forces de l’homme ; opprimés et oppresseurs (…). Si la colonisation détruit le colonisé, elle pourrit le colonisateur» écrit Albert MEMMI, un grand spécialiste des questions coloniales (Voir mon article). «Le colonialisme refuse les droits de l’homme à des hommes qu’il a soumis par la violence, qu’il maintient dans la force et l’ignorance, donc, comme dirait Marx, en état de sous-humanité» écrit SARTRE.  

Les nombreux crimes remontent au début de la colonisation. Ainsi, pendant la Première guerre mondiale, Blaise DIAGNE (1872-1934), député du Sénégal, et Secrétaire d’Etat aux colonies, avait fait enrôler, de force, de nombreux Tirailleurs Sénégalais. Devant les résistances, il leur avait promis la nationalité française à la fin de la Guerre. Cependant, le colonisateur, non seulement n’a pas honoré cette promesse, les anciens combattants africains n’avaient pas les mêmes pensions que les Français, pire encore, ces pensions furent gelées jusqu’en 2010. «La France nous connaît lorsqu’elle a besoin de nos soldats, mais elle continue à nous traiter comme des êtres inférieurs lorsque le danger est passé» écrit Lamine SENGHOR (1889-1927, voir mon article), le premier grand pourfendeur du colonialisme.

En Amérique, les colons anglais ont exterminé les Indiens, les «Natives Americans», et les ont parqués dans des réserves. A la veille de cette conquête, les Indiens étaient environ 18 millions répartis en 52 tribus, 600 000 en 1800, 400 000 en 1850, ils ne sont que 250 000 en 1890. En 1831, Alexis de TOCQUEVILLE s’interrogeait : «Et que sont devenus les Indiens ?», un homme lui répond : «Les Indiens, ils ont été je ne sais pas trop où, par-delà les grands lacs ; c’est une race qui s’éteint ; ils ne sont pas faits pour la civilisation, elle les tue». Les causes de ce génocide ont été identifiées par TOCQUEVILLE : «Ce n’est pas cependant que nous leur fassions souvent la guerre, mais l’eau-de-vie que nous leur vendons à bas prix en enlève tous les ans plus que ne pourraient faire nos armes. Ce monde-ci nous appartient, ajoutaient-ils ; Dieu, en refusant à ces premiers habitants la faculté de se civiliser, les a destinés par avance à une destruction inévitable. Les véritables propriétaires de ce continent sont ceux qui savent tirer parti de ses richesses» écrit-il. Alexis de TOCQUEVILLE, en analyste politique exceptionnel et en sociologue hors pair, est un témoin majeur de cette période génocidaire. En effet, il a examiné, scrupuleusement, la démocratie américaine, ses penchants, son caractère, ses passions, mais aussi ses préjugés, ainsi que les relations entre maîtres et serviteurs. Le diagnostic qu’il établit, dans son livre, «La démocratie en Amérique», sur le génocide des Indiens, est sans appel : «On n’avait jamais vu parmi les nations un développement si prodigieux, ni une destruction si rapide […] L’amour instinctif de la patrie les attache au sol qui les a vu naître, et ils n’y trouvent plus que la misère et la mort. […] On ne saurait se figurer les maux affreux qui accompagnent ces émigrations forcées. Au moment où les Indiens ont quitté leurs champs paternels, déjà ils étaient épuisés et réduits. La contrée où ils vont fixer leur séjour est occupée par des peuplades qui ne voient qu’avec jalousie les nouveaux arrivants. Derrière eux est la faim, devant eux la guerre, partout la misère». L’Amérique s’est illustrée aussi par un autre génocide, ce sont ces 400 années d’esclavage (20 millions de morts pour la traite Transaltantique) qui continuent encore de faire des vagues. En effet, en ce début du XXIème siècle, pour être un bon Américain, légitime à gouverner ce pays, il faudrait être, suivant les suprémacistes, de souche irlandaise. Ainsi, les suprémacistes avaient tenté, vainement, de contester la nationalité américaine, de Barack OBAMA (44ème président des Etats-Unis de 2009 à 2017) né d’une mère américaine et d’un père Kenyan. Son successeur, Donald TRUMP, qui a des origines allemande et écossaise, a réactivé tous ces relents racistes nauséabonds. Face à ces impostures et ces mensonges, les Indiens avaient déjà répliqué : «Quand le sang de tes veines retournera à la mer, et que la terre de tes os retournera dans le sol, alors peut-être, te rappelleras-tu que cette terre ne t’appartient pas, mais c’est toi qui appartiens à cette terre» dit un proverbe indien Navajo.

Les Britanniques arrivés en Australie, en 1778, ont déclaré ce territoire «Terra Nullius» alors que les Aborigènes y résident depuis de 40 000 ans. James COOK (1728-1779) y installe un régime raciste en niant tout droit aux Aborigènes, considérés comme des êtres qui «réunissent toutes les choses mauvaises que ne devrait jamais présenter l’humanité, et plusieurs dont rougiraient les singes, leurs congénères». Les Aborigènes, composés de 500 tribus réparties sur tout le territoire australien, sont progressivement, comme les Indiens d’Amérique, enfermés dans des réserves. «En premier lieu je crois en l'Empire britannique, et en second lieu je crois en la race britannique. Je crois que la race britannique est la plus grande des races impériales que le monde ait connues» affirme en 1895, Joseph CHAMBERLAIN (1836-1914), ministre Britannique des Colonies. Les épidémies et le massacre de ce peuple réduisent leur nombre de 1 million à 60 000 individus, en seulement un siècle d’invasion. Le «fardeau de l’homme blanc» porté en étendard «glorieux» par la Couronne britannique révèle, toute sa cruauté et son inhumanité, dans le génocide des Aborigènes. Les Aborigènes de Tasmani ont subi le même sort. Rudyard KIPLING (1865-1936), écrivain britannique, Prix Nobel de Littérature en 1907,  a été également un des plus fervents défenseurs de la colonisation. Dans son poème de 1899, «Le fardeau de l’homme blanc», il popularise davantage la hiérarchisation des civilisations ; l’Aborigène étant, selon lui, un sauvage, le «fardeau» qui pèse sur l’homme blanc est de le civiliser, en s’exposant à de nombreux périls : «O Blanc, reprend ton lourd fardeau : envoie au loin ta plus forte race, jette tes fils dans l’exil pour servir les besoins de tes captifs ; pour lourdement équipé, veiller sur les races sauvages et agitées, sur vos peuples récemment conquis, mi-diables, mi-enfants» écrit Rudyard KIPLING.

Au Jardin zoologique d’Acclimation, à Paris, entre 1877 et 1912 (30 exhibitions), aux Expositions Universelles de 1878, 1889 et 1900 (400 Nègres, Touaregs, Malgaches exposés) puis aux Expositions coloniales à Marseille en 1906 et 1922, à Paris en 1907 et 1931, ont été organisés, ce qu’on appelle des «Zoos humains» où l’on exposait des colonisés. Les théâtres privés et les foires s’y mettent également. Dans ces exhibitions, des individus, mêlés à des bêtes sauvages, étaient mis en scène derrière des grilles ou des enclos. Présentés comme des cannibales ou des bêtes, les visiteurs les haranguent et leur jettent de la nourriture. «Les "zoos humains", symboles oubliés de l'époque coloniale, ont été totalement refoulés de notre mémoire collective. Ces exhibitions de l'exotique ont pourtant été, en Occident, une étape majeure du passage progressif d'un racisme scientifique à un racisme populaire.» écrit Nicolas BANCEL. L’idée de promouvoir un spectacle zoologique mettant en scène des populations exotiques apparaît en parallèle dans plusieurs pays européens au cours des années 1870. En Allemagne, tout d’abord, où, dès 1874, Carl HAGENBECK, (1844-1913), revendeur d’animaux sauvages et futur promoteur des principaux zoos européens, décide d’exhiber des Samoa et des Lapons comme populations «purement naturelles» auprès des visiteurs avides de «sensations». Le succès de ces premières exhibitions le conduit, dès 1876, à envoyer un de ses collaborateurs au Soudan égyptien dans le but de ramener des animaux ainsi que des Nubiens pour renouveler l’«attraction». Ainsi, commencèrent les zoos humains à travers toute l’Europe. Bien des personnes exposées à zoos, dès fois en hiver, y laissèrent leur vie, peu donc retournèrent dans leur pays d’origine.

Ce qui a frappé les esprits au début au milieu du XXème, ce sont ces Algériens, en pleine guerres coloniales, qui ont été noyés dans la Seine. Jusqu'ici, ces crimes se déroulaient hors du territoire métropolitain, et sans images. Et voilà que ces crimes, que l'on cachait ou niait, s'exposent à la vue de tous, sous leur face la plus hideuse, dans cette belle ville des Lumières. En effet, le 17 octobre 1961, des Algériens, répondant à l’appel du F.L.N., qui manifestaient à Paris, à côté de Saint-Michel, sont jetés à la Seine, dont des femmes et des enfants. Mohamed, qui avait participé à cette manifestation, et que j’ai rencontré, me raconte que des nervis l’ont poussé à aller se réfugier vers le café du Départ. Il n’y avait pas, à l’époque, de station de métro à cet endroit. Les gars d’extrême droite demandaient aux manifestants s’ils savaient nager. Ceux qui ne savaient nager sont tout de suite balancés au fleuve, les autres, ils les lestaient avec un sac de sable, afin qu’ils ne puissent pas remonter à la surface. Le bilan est lourd : 395 morts et plusieurs disparus, dont certains ont, en fait, été rapatriés en Algérie, au Douar, et torturés à mort dans des camps de concentration. Par ailleurs, des massacres ont été perpétrés aussi en banlieue parisienne, notamment sur le Pont de Neuilly et à Argenteuil.

La manifestation du 17 octobre 1961, s’insurgeait contre une mesure discriminatoire du 5 octobre 1961, qui instaurait un couvre-feu visant, uniquement, les Algériens ; cet arrêté de Maurice PAPON (1910-2007), conseillait  aux «travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris». Ceux qui sont parvenus à se rassembler crient : «Algérie algérienne !», «levez le couvre-feu !» ou encore «libérez Ben Bella !». Ce crime contre l’Humanité, est le fait du préfet de Police de l’époque, Maurice PAPON. Ce sinistre personnage, déjà connu dans la déportation de 1560 Juifs de Bordeaux, pour ces méfaits, le 2 avril 1998, est condamné à dix ans de réclusion criminelle pour «complicité de crime contre l’humanité». Laissé libre, car il se pourvoit en cassation, Maurice PAPON s’enfuit en Suisse, mais il est arrêté. Il ne fera que trois ans à Fresnes, en raison de son état de santé. Il meurt en 2007 et est enterré avec sa Légion d’honneur. En revanche, en ce qui concerne les assassinats d’Algériens, c’est l’impunité totale pour Maurice PAPON, due au grave manque d’organisation et de cohésion des Français issus de l’immigration.

La manifestation se déroule en pleine négociation des accords d’Evian, conclus en 1962, mais le Premier ministre, Michel DEBRE (1912-1996), est particulièrement hostile à l’indépendance de l’Algérie, il a donc encouragé et couvert de son autorité, les activités criminelles de Maurice PAPON, qui n’a jamais été inquiété pour ses méfaits. Aucune commission d’enquête n’a été diligentée.

Cette «permission de tuer» les Algériens remonte, en fait, aux pouvoirs spéciaux donnés à la police dans une réglementation d’exception proposée par le gouvernement socialiste de Guy MOLLET (1905-1975), et votée, le 12 mars 1956, par tous les députés, de gauche et de droite, à l’exception d’un député communiste, Robert BALLANGER. «La décision (de voter les pleins pouvoirs, à l’instigation de Maurice Thorez) a été prise avant tout à partir de l'idée qu'il fallait laisser intactes les possibilités de rassemblement et d'action du mouvement populaire, pour prolonger la volonté exprimée lors des élections et exiger la négociation et la paix en Algérie. (…)Je crois, en effet, qu'il y a eu une erreur d'appréciation. Nous avions pensé que ce vote favoriserait le développement du mouvement populaire alors qu'il a contribué, au contraire, à le désarmer, puisqu'il a contribué à une réelle désillusion. Nous étions conscients que le Parti socialiste était en train d'amorcer une politique d'alliance avec la droite, mais nous pensions que notre vote freinerait considérablement ce processus ; dans la réalité, cela n'a pas été le cas, nous nous sommes trompés» dit Roland LEROY, député et membre du Comité Central du P.C.F. La Gauche, et notamment les socialistes, n’a pas été exemplaire dans ces crimes commis pendant la colonisation. «Les Fellaghas, il n’y a qu’à les tuer» avait dit François MITTERRAND. C’est cette unanimité de la classe politique, favorable à la colonisation, mais des nuances, a permis aux tortionnaires de se livrer à leurs activités favorites. «Je hais les indifférents. Je crois (…) que «vivre signifie être partisans». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents» a écrit Antonio GRAMSCI.

En Algérie, les crimes commis à Sétif, qualifiés simplement «d’événements», annonçaient déjà la guerre d’indépendance sanglante, pour les deux parties, qui allait venir. En effet, le 8 mai 1945, jour de la Libération, à Sétif, lors d’une manifestation, les policiers tuent le porte-drapeau Bouzid et trois Algériens. En représailles, la population tue 74 Européens. La loi martiale est instaurée, et le grand massacre va commencer. Ces massacres auront fait 45 000 morts. C’est un crime odieux, sans images et naturellement les archives étant cadenassées. Ce génocide porte en lui, les prémisses de la guerre d’indépendance de l’Algérie, une guerre sans nom : «Evénements d'Algérie", "opérations de police" ou "de maintien de l'ordre" : la Guerre d'Algérie fut longtemps une guerre sans nom. Les mots pourtant, tout autant qu'ils masquent la réalité» écrit Benjamin STORA.

Au Sénégal, le 1er décembre 1944, des Tirailleurs sénégalais, démobilisés qui réclamaient leur solde, sont massacrés à la mitrailleuse lourde, plus de 300 morts jetés dans une fosse commune. Les archives ont été rapatriées en France. En dépit du combat, héroïque d’Armelle MABON, une universitaire de Bretagne, le gouvernement refuse la révision judiciaire et tout accès à ces archives. Ousmane SEMBENE, un cinéaste sénégalais, a produit un film sur le Camp de Thiaroye, que tous les distributeurs français ont naturellement refusé de diffuser. Les tombes étaient anonymes, mais le film de SEMBENE, «Le Camp de Thiaroye», paru le 5 septembre 1990, a mis en lumière ce crime odieux, un véritable génocide à l’encontre ceux qui étaient venus défendre la «Mère-patrie».

En 1947, l’insurrection qui avait eu lieu à Madagascar, a fait plus de 100 000 victimes. A la fin de la Seconde guerre mondiale, au lieu de récompenser les anciens combattants réclamant, non pas l’indépendance, mais l’égalité, la citoyenneté, une répression terrible s’est alors abattue sur les Malgaches : «Ironiquement, le malaise a explosé à cause de la mauvaise gestion des administrateurs de la France Libre, qui avaient durci le Code de l’indigénat et rétabli le travail forcé pour alimenter l’effort de guerre», rappelle Jean FREMIGACCI. A partir de mai 1946, un mouvement de désobéissance civile, de véritables dissidences des populations se développent dans certaines régions de l'île, et pas seulement dans celles qui se révoltent. Et tout cela débouche sur un climat pré-insurrectionnel dès novembre 1946 avec d'importantes conséquences : la répression administrative et policière se met en marche. La Police utilise la violence, la torture, pour obtenir des aveux. Extrêmement médiatisée au départ, par le Parti communiste, évincé du gouvernement de Paul RAMADIER le 5 mai 1947, ce crime contre l’Humanité est vite tombé dans l’oubli. Depuis lors, une conspiration du silence s’est installée.

La guerre d’Indochine de 1946 à 1954, témoigne également des crimes commis contre l’humanité dans ce pays.  Des révoltes sporadiques avaient lieu dans ce pays, mais après la Seconde guerre mondiale qu’elles vont changer de nature et devenir insurrectionnelles sous la direction de Ho Chi MINH (1890-1969). Les autorités coloniales ont eu du mal à résoudre la terrible famine de 1944-1945. Dans un premier temps, les autorités coloniales reconnaissent le concept de «Vietnam libre et unifié» dans le cadre de l’Union française. Mais la situation se dégrade le 23 novembre 1946, 6000 Vietnamiens sont tués à la suite d’incidents au port de Haiphong. D’escalades en escalades, c’est la radicalisation des partisans de Ho Chi MINH. En mars 1954, les Français seront pris au piège à Dien Bien Phu.

En pleine guerre froide (Le Nord est pro-soviétique, le Sud est dirigé par des hommes de paille de l’Occident), les Américains entameront, au Vietnam, leur guerre coloniale de 1964 à 1975, comme en Irak, avec des motifs fallacieux (Prétendue agression de deux destroyers américains dans le golfe du Tonkin). La plus grande puissance du monde, avec 500 000 homes va gazer et incendier le Vietnam. En effet, les défoliants chimiques, le napalm et l'«agent orange», sont utilisés à très grande échelle.  L'US Air Force s'en sert pour brûler le couvert végétal, les habitations en bois et les récoltes. Les populations civiles en ont payé le prix fort. En dépit de ce génocide, et le Vietnam sera, en 1975, réunifié, mais les séquelles de  cette guerre sont encore perceptibles à travers le désastre écologique et les malformations. Certains G.I.A, de retour aux Etats-Unis vont sombrer dans la folie ou se suicider. On parle de 58 000 victimes américaines, et personne n’a compté le nombre de morts vietnamiens. Un afflux massif de boat-people débarquera en France, pour s’installer, notamment au XIIIème arrondissement de Paris. Ces guerres locales allumées ou entretenues par les Occidentaux finissent toujours par se retourner contre eux. La guerre du Vietnam a coûté en vies humaines, mais aussi beaucoup d’argent, inutilement. Martin Luther KING (1929-1968) avait, dans son sermon du 30 avril 1967, dénoncé violemment la guerre du Vietnam : «Permettez-moi de préciser d’emblée que je considère cette guerre comme injuste, mauvaise et vaine. Je prêche aujourd’hui devant vous sur cette guerre parce que ma conscience ne me laisse pas d’autre choix. Il est temps que l’Amérique entende la vérité sur ce conflit tragique. Dans les conflits internationaux, la vérité a de la peine à se faire jour car la plupart des nations se trompent sur leur propre compte. Les rationalisations et la recherche incessante de boucs émissaires nous rendent aveugles à nos péchés. (…)Et l’esprit humain a énormément de peine à secouer toute l’apathie de sa pensée conformiste et de celle du monde qui l’entoure. Une des difficultés à parler aujourd’hui provient du fait qu’il y a des gens qui cherchent à assimiler le désaccord à la déloyauté. (…) Il existe un rapport évident et presque simpliste entre la guerre et la lutte que je mène avec d’autres en Amérique. (…)on estime à 500 000 de dollars le coût de chaque soldat ennemi tué alors que nous ne dépensons que cinquante-trois dollars pour chaque personne rangée parmi les pauvres et que l’essentiel de ces cinquante-trois dollars est destiné au salaire de personnes qui ne sont pas pauvres. Aussi, j’ai été de plus en plus obligé de considérer la guerre comme une ennemie des pauvres et de m’y opposer pour cette raison» dit-il. Peut-être, pour cette position lucide et courageuse, Martin Luther KING a été assassiné le 4 avril 1968.

Pendant l’insurrection de l’U.P.C au Cameroun, n’ont seulement les résistants ont été massacrés (Ruben UM NYOBE, Woungly KISSAMBA) mais aussi la population a été gazée au napalm. Déjà le 8 août 1914, les Allemands avaient pendu, pour rébellion, Rudolph Duala Manga Bell, fils du roi Manga Bell. Les militants de l’indépendance ont été pourchassés et tués, comme le cas, en 1960, de Félix MOUMIE empoisonné à Genève par un agent des services secrets français. Sous Ahmadou AHIDJO et Paul BIYA, des pions importants de la France, une chape de plomb et une répression féroce se sont abattues sur le Cameroun menacé d’implosion en raison de ces régimes dictatoriaux et préhistoriques aux ordres de l’ancienne puissance coloniale.

Même après l’indépendance, la colonisation a continué de faire des victimes. Le tout premier à en faire les frais fut Patrice LUMUMBA (1925-1961) (Voir mon article), premier ministre du Congo. Depuis lors, son pays, pourtant riche en matières premières, a subi une guerre civile et reste encore destabilisé. Le général de GAULLE (voir mon article), dans sa décolonisation pacifique, a mis en place un régime d’indépendance, dans la dépendance, ce qu’on appelle la «Françafrique» et qui perdure encore, à travers des régimes africains aux ordres (Congo, Gabon, Cameroun, Togo, Guinée Equatoriale, Tchad, etc.). Plusieurs chefs d'Etat africains ont été tués parce qu'ils sont censés représenter une menace pour les intérêts de la France, dont Thomas SANKARA. Pas moins de quatre attentats manqués contre Sékou TOURE (1922-1984) de la Guinée, avec la complicité de SENGHOR. Les Occidentaux n'hésitent pas de liquider les personnes qui contrarient leurs affaires, l'affaire Jamal KHASHOGGI (octobre 2018), ce journaliste saoudien, est un exemple récent.

Pendant la campagne des présidentielles de 2017, le candidat Emmanuel MACRON, en  la visite en Algérie, avait qualifié la colonisation de «crime contre l’humanité». Des organisations bien intentionnées ont crié au loup, à la concurrence mémorielle et il a reculé. «La colonisation, c’est du passé» dira-t-il à un jeune. Le président MACRON cherche même à rapatrier en Algérie, Harkis, ceux qui étaient du côté des colons pendant la guerre d’indépendance, et de ce fait ont trahi leur pays.

Cependant, le président Emmanuel MACRON a accompli un pas important. Le militant communiste, Maurice AUDIN (1932-1957) a bien été assassiné par l’armée française en juin 1957. Maurice AUDIN «est mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France». Le président MACRON a annoncé l’ouverture des archives. Mais cette reconnaissance est partielle, elle ne concerne pas les disparus et les ressortissants algériens victimes également de ces tortures, notamment par un certain Jean-Marie LE PEN, devenu respectable.

Finalement, la colonisation est bien un crime contre l’humanité. Et pour apaiser les esprits, en d’une meilleure compréhension, entre  les peuples, ainsi qu’un bien-vivre ensemble, il est demandé au gouvernement français :

- d’ouvrir les archives, pour l’ensemble des guerres coloniales, y compris le massacre au Camp de Thiaroye en 1944 ;

- de reconnaître que la colonisation est un crime contre l’humanité ; ce qui est demandé ce n’est pas la repentance, mais la reconnaissance de ces crimes d’Etat ; d’apposer une stèle à Saint-Michel en raison du génocide du 17 octobre 1961 ;

- et d’indemniser les victimes de ces génocides du colonialisme.

Indications sommaires bibliographiques

Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples africains, sous la direction de François Arzalier et Jean Suret-Canale, Madagascar 1947 : la tragédie oubliée, colloque Asfa des 9, 10 et 11 octobre 1997, Université Paris VIII, Saint-Denis, Temps des Cérises, 1999, 250 pages ;

BANCEL (Nicolas), BLANCHARD (Pascal) GERVEREAU (Laurent), sous la direction de, Images et colonies, Paris, BDIC, et ACHAC, 1993, 304 pages ;

BANCEL (Nicolas), BLANCHARD, Zoos humains, XIXème et XXème siècles, Paris, LA Découverte, 2002, 479 pages ;

BIGEARD (Marcel), Ma guerre d’Indochine, Paris, Hachette, 1994, 160 pages ;

BLANCHARD (Pascal), Zoos humains : l’invention du sauvage, Arles, Actes Sud, Beaux Arts, hors collection, 2011, 384  pages ;

BOSA (Bastien), Itinéraires aborigènes : Histoire des relations raciales dans le Sud-Est autralien, Paris, Karthala, 2012, 657 pages ;

BRAECKMAN (Colette), Lumumba : un crime d’Etat, Bruxelles, Aden, collection sur des Charbons ardents, 2002, 110 pages ;

BRASSINE de BUISSIERE (Jacques), KESTERGAT (Jean), Qui a tué Patrice Lumumba ?, Louvain-La-Neuve, Paris, Duculot, 1961, 228 pages ;

BRASSINE de la BUISSIERE (Jacques), Enquêtes sur la mort de Patrice Lumumba, thèse de doctorat, Bruxelles, 1991,  volumes 1 et 2, 601 pages et volume sur «les témoignages» ;

BRUNET (Jean-Paul), Police contre FLN,  Le drame d'octobre 1961, Paris, Flammarion, 1999, 345 pages ;

CASTEJON (Vanessa), Les Aborigènes et l’Apartheid australien, Paris, L’Harmattan, 2005, 269 pages ;

CAZEMAJOU (Jean), La guerre du Vietnam et l’opinion publique américaine 1963-1973, Paris, Presse Sorbonne Nouvelle, 2018, 200 pages ;

CESAIRE (Aimé), Discours sur le colonialisme, suivi de discours sur la Négritude, Paris, Présence africaine, 2013, 92 pages ;

COLLOMB (Gérard), «La photographie et son double. Les Kaliña et le «droit de regard» de l’Occident»,  L’Autre et nous, éd. Syros-Achac, 1995, pages 151-157 ;

COULON (Paul), «Le fardeau de l’homme blanc (The White Man’s Burden)», Histoires et Missions Chrétiennes, 2012, Vol 1, n°21, pages 3-4 ;

DE WITTE (Ludo), L’assassinat de Patrice Lumumba, Paris, Karthala, 2000, 412 pages ;

EINAUDI (Jean-Luc), La bataille de Paris, Paris, Seuil, 2007, 432 pages ;

FLEURY (Georges), La guerre en Indochine, Paris, Perrin, 2003, 690 pages ;

FREMIGACCI (Jean), «Madagascar, insurrection de 1947, ce que révèlent les reconstitutions historiques», Etudes coloniales, 19 avril 2007 ;

GARRIGUES (Emmanuel), Villages noirs, Zoos humains, L’Entretemps éditions, 2003, 235 pages ;

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KANE (Cheikh Hamidou), Les gardiens du temple, Paris, Stock, 1995, 337 pages ;

KIPLING (Rudyard), «The White Man’s Burden (Le fardeau de l’homme blanc)», McClure’s Magazine, février 1899, traduction de A.M Sohn et Jacques Bouillon, Le XIXème siècle et ses racines, Histoire/Seconde, Paris, Bordas, 1981, page 345 ;

LE QUANG (Van, Don), La guerre américaine d’Indochine : 1964-1973, Paris, éditions Universitaires, 1973, 221 pages ;

LEMKIN (Raphaël), «Genocide : A Modern Crime», Free World, avril 1945, vol 4, pages 39-43 ;

LEROY (Roland), «Guerre d’Algérie, l’erreur des pouvoirs spéciaux», entretien avec Jean-Paul Monferran, L’Humanité, 8 juin 2001, rubrique Monde ;

MBEMBE (Joseph-Achille), U’m Nyobe Ruben : le problème national Kamerunais, Paris, L’Harmattan, 1984, 444 pages ; 

MBEMBE (Joseph-Achille), U’m Nyobe Ruben, écrits sous maquis, Paris, L’Harmattan, 1989, 296 pages ;

PORTES (Jacques), Les Américains et la guerre du Vietnam, Paris, éditions complexe, 1993, 358 pages ;

RABEARIMANANA (Lucile), FREMIGACCI (Jean), RAZAFIMBELO (Célestin), éditeurs scientifiques, L’insurrection de 1947 et la décolonisation de Madagascar : à travers les régions  «où il ne s’est rien passé», Antanarivo, (Madagascar), éditions Tsipika, 2008, 453 pages ;

RABINBACH (Ansom), «Raphaël Lemkin et le concept de génocide», traduction de Claire Devon, Revue d’Histoire de la Shoah, 2008, Vol 2, n°189, pages 511-554 ;

SCHAMBERGER (Beate), Camp de Thiaroye, éditions universitaires européennes, EUE, 2018, 144 pages ;

STORA (Benjamin), Les mots de la guerre d’Algérie, Presses universitaires du Mirail, 2005, 127 pages ;

TERNON (Yves), L’Etat criminel : les génocides au XXème siècle, Paris, Seuil, 1995, 456 pages ;

TOCQUEVILLE de (Alexis), De la démocratie en Amérique, introduction et notes de Philippe Reynaud, Paris, Flammarion, G.F. n°1443, Philosophie, 2010, 304 pages ;

TOCQUEVILLE de (Alexis), Quinze jours au désert, suivi de Course au Lac Oneida, préface de Claude Corbo, Paris, éd. Le Passager clandestin, 2011, 112 pages ;

TRAN (Van, Don), Les guerres du Vietnam : Un quart de siècle au Vietnam du Sud, Paris, FeniXX, Vertiges publications, 1985, 422 pages ;

TRONCHON (Jacques), L’insurrection malgache de 1947, Paris, Karthala, 1986, 398 pages ;

VALETTE (Jacques), La guerre d’Indochine, 1945-1954, Paris, Armand Colin, collection Histoire, 1994, 432 pages ;

WILLAME (Jean-Claude), Patrice Lumumba : la crise congolais revisitée, Paris, Karthala, 1990, 496 pages.

Paris, le 17 octobre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

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