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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 16:49

C'est le temps des feuilles mortes, mais aussi des disparitions mystérieuses et des assassinats, avec une indignation, très sélective.

A juste raison, les Occidentaux dénoncent, régulièrement avec grand bruit, les violations graves des droits de l'homme par les pays dits communistes. Ainsi, les expéditions des Russes en Grande-Bretagne, pour empoisonner des personnes, sont odieuses. C'est le cas aussi pour la Chine. MENG Hongwei, patron d'Interpol, est porté disparu depuis le 25 septembre 2018 en Chine. Officiellement, c'est pour des raisons fiscales. La chanteuse, FAN Bingbing, originaire de Yantai, dans le Shandong en Chine, est également portée disparue depuis le début du mois de juillet 2018, toujours pour des raisons fiscales.

Ce qui est surprenant, c'est le refus des Occidentaux de condamner, énergiquement, les violations des droits de l'homme quand il s’agit de leurs alliés. Ainsi, le remuant journaliste saoudien, Jamal KHASHOGGI, est disparu au consulat de son pays à Istanbul. Tout le monde l'a vu entrer, mais personne ne sait ce qu'il est devenu. C'est sa fiancée à qui il avait remis son portable qui a donné l'alerte. Très critique à l'égard de la monarchie saoudienne, KHASOGGI avait reçu un appel téléphonique de la famille royale l'intimant de se taire.

L'Arabie saoudite a, finalement admis que KHASHOGGI est mort au cours d'un interrogatoire, qui devait être, sans doute, plus que musclé. Curieusement les Turcs détiennent des enregistrements de cet assassinat ; cet Etat surveillait et espionnait la mission diplomatique saoudienne. En effet, le commando saoudien était venu par jet privé. Le décollage n'a été autorisé par les Turcs qu'après une fouille de l'avion demeurée infructueuse. Un homme, revêtu des habits de KHASHOGGI est ressorti de la mission diplomatique saoudienne, mais les chaussures du journaliste, lâchement assassiné, ne lui allaient pas.

En Arabie saoudite, une féroce et sanguinaire dictature, critiquer la famille royale peut rapporter 10 ans de prison. De nombreux opposants sont détenus sans procès ou disparaissent. On se souvient de la situation du premier ministre libanais M. HARIRI retenu en otage, pendant de longues semaines en Arabie Saoudite, et n'a été délivré que par la France. «Les autorités imposaient des restrictions sévères à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Un grand nombre de défenseurs des droits humains et de détracteurs du gouvernement ont été placés en détention. Certains ont été condamnés à de longues peines d’emprisonnement à l’issue de procès inéquitables. Plusieurs militants chiites ont été exécutés, et de nombreux autres ont été condamnés à mort après avoir été jugés par le Tribunal pénal spécial dans le cadre d’une procédure d’une iniquité flagrante. La torture et les mauvais traitements en détention restaient monnaie courante. Des réformes limitées sont intervenues, mais les femmes étaient toujours en butte à une discrimination systémique, dans la législation et dans la pratique ; elles n’étaient pas suffisamment protégées contre les violences, sexuelles et autres. Les autorités ont eu recours très fréquemment à la peine de mort et ont procédé à des dizaines d’exécutions» note le rapport 2017-2018 d’Amnesty International. En octobre 2017, les Saoudiens ont adopté une nouvelle Loi de lutte contre le terrorisme, en remplacement de celle de février 2014. Le nouveau texte prévoyait des peines spécifiques pour les infractions liées au «terrorisme», dont la peine capitale. En fait, cette réglementation d’exception, s’applique aux opposants politiques aussi. Ainsi, l’Arabie saoudite a tiré avec des armes lourdes, et faisant plusieurs dizaines de morts, entre mai et août 2017, lors de l’évacuation d’un quartier occupé par des Chiites saoudiens dans la ville d’Al Awamiyah. En effet, depuis le 17 juin 2017, le Ministère de l’Intérieur n’a plus le droit d’enquêter sur ces questions, qui ressortent désormais de la compétence exclusive du Roi. En fait, depuis le 21 juin 2017, l’homme fort du régime, c’est Mohammed Bin Salman, désigné prince héritier par le Roi. En raison de la rupture des relations avec le Qatar, toute personne qui manifesterait une sympathie avec ce pays sera coupable de terrorisme. Tout rassemblement public, même pacifique, est interdit (14 condamnations à mort en juillet 2017). Les associations de défense de droits humains sont poursuivies devant les tribunaux spéciaux du Roi. En septembre 2017, plus de 20 personnes de ces associations ont été arrêtées.

L'Arabie Saoudite, chouchou des Occidentaux, peut tout se permettre, y compris le massacre d'enfants yéménites avec des armes américaines, sans aucun tapage médiatique, comme c'est le cas pour la Chine et la Russie. C'est manifestement une défense des droits de l'homme à géométrie variable. Les Yéménites, en raison de cette guerre injuste de l'Arabie saoudite, sont maintenant confrontés à la pire des famines depuis plus de 100 ans.

Maintenant, on sait que le journaliste saoudien a été assassiné pour des raisons politiques, quelle va être la réaction des Occidentaux qui protègent ce régime barbare saoudien ?

Pour l'instant, l'administration américaine de Donald TRUMP continue d'afficher un grand sourire et de faire courbette à la dynastie royale saoudienne, ce royaume assassine, sans grands dommages, ses opposants. En effet, la famille royale saoudienne s'est alignée de façon inconditionnelle aux vues de Donald TRUMP, notamment en ce qui concerne Israël et l'Iran. Les Saoudiens ont acheté aux États-Unis plus de 2000 milliards de dollars en armes.

Le président Emmanuel MACRON avait fait dérouler le plus grand tapis rouge, à Paris, pour le prince héritier saoudien, présenté comme un «rénovateur, un libéral» qui pousserait son pays vers la modernité. L’Allemagne a pris une position courageuse sur la vente d’armes, en revanche, pour le président MACRON, les ventes d’armes n’ont rien à voir avec l’affaire KHASHOGGI, «il ne faut pas tout confondre, c’est la pure démagogie». En fait, un marchand de canon qui alimente les guerres locales, comme au Yémen, a vendu l’Arabie saoudite, des armes, pour 11 milliards d’euros, ces 10 dernières années. Ce marché s’établit maintenant entre 2 et 3 milliards d’euros par an.

Les Occidentaux qui nous rabâchent, à longueur de journée, leur démocratie, leur prétendu respect des droits de l'homme, mais tout cela n'est qu'hypocrisie, prédation, violence à l'égard des faibles et des dominés. En fait, ce sont des démocraties ethniques. Par ailleurs, les Occidentaux ne cessent de fustiger l'islamisme à juste raison, mais quand un régime barbare, chef de la communauté musulmane et dont l'essentiel du commando du 11 septembre sont ses ressortissants, commet un crime aussi abominable, le business continue.

L’assassinat odieux de KHASHOGGI, probablement découpé en morceaux, et dont le corps est pour l’instant introuvable,  c'est dans les films de Colombo, on connaît à l'avance le commanditaire du crime, fait officier de la légion d'honneur en France. Le crime est si épouvantable que le commanditaire l'a condamné, et a présenté ses condoléances au fils du défunt, assigné à résidence et qui n'a dû son salut qu'avec l'interventionnisme des Américains pour sortir du territoire saoudien. Je m’interroge, à haute voix : mais comment les Occidentaux, par un tour de passe-passe, finiront-ils par le disculper et le bénir pour ses pétrodollars ?

Les Occidentaux sont-ils mouillés dans ce lâche assassinat de KHASHOGGI ?

Depuis l'assassinat de Patrick LUMUMBA, les Occidentaux n'hésitent pas de liquider les dirigeants africains susceptibles de menacer leurs intérêts. Officiellement Patrice LUMUMBA a été lâchement tué par des Africains, les partisans de Moise TSOMBE, mais, en fait, c'est avec l'aide et sous le contrôle des Américains et des Belges. Dans ces logiques de prédation et de violence, le libéralisme soutient, sans aucun examen de conscience, tous les régimes dynastiques et monarchiques en Afrique notamment au Cameroun, au Congo, au Tchad, au Togo, au Gabon et en Guinée équatoriale. Cependant les Occidentaux continuent de nous parler de démocratie et de droits de l'homme, à caractère universel. De qui se moque-t-on ?

C'est l'un des plus grands scandales, montrant au grand jour, l'hypocrisie et les violences du libéralisme. Donald TRUMP qui avait tenté au début d'absoudre la famille royale saoudienne de ce crime odieux, a fait volte-face, en disant que l'Arabie saoudite va être confrontée à des "conséquences sévères". La crédibilité de Donald TRUMP et sa sincérité sont, une fois de plus, mises en doute. En effet, avant son accession au pouvoir Donald TRUMP faisait déjà des affaires juteuses avec les Saoudiens. Il l'a reconnu durant la campagne des présidentielles. Devenu président des États-Unis, les sociétés de Donald TRUMP ont continué de faire un business avec les Saoudiens, sans aucune autorisation du Congrès. C'est un cas grave de conflit d'intérêts pouvant entraîner la destitution après les élections du 6 novembre 2018.

Par ailleurs, comment l'Arabie saoudite, un Etat chef de file de la Oumma appliquant, rigoureusement la Chaaria à ses citoyens, peut-il assassiner, froidement et impunément, un opposant ?

Je suis profondément troublé et triste que le sanctuaire de l'Islam, ma religion, a trahi notre confiance. En effet, il est de notoriété publique, que la classe régnante, les Wahhabites, ainsi que la bourgeoisie saoudienne sont fondamentalement hypocrites. L'islam rigoureux ne s'applique qu'aux citoyens modestes vivant en Arabie saoudite. En effet, les gestes les plus anodins de la vie quotidienne d’un Saoudien, sont contrôlés par un spécialiste du droit islamique : «Au sens propre du terme, la société wahhabo-saoudienne est une société à fatwas. Rien n’y entre et rien n’y est officiellement et religieusement accepté sans être estampillé d’une fatwa d’honorabilité et de pureté. Le «seuil wahhabite» peut alors être franchi en toute sécurité et l’immersion dans le monde wahhabite peut commencer. Ce sont donc des dizaines et des dizaines de fatwas que, chaque semaine, les hommes de loi wahhabites déversent sur le citoyen saoudien. C’est un avis arrêté sur tout : le social, la culture, le sexe, l’économie, la religion, le droit, l’alimentation, l’habillement, l’activité des femmes, les assurances sur les biens et sur les personnes, la musique, l’art, l’amour, les parfums et leurs effluves, l’or, le jeu des enfants, l’élimination des insectes, la restriction des relations intercommunautaires.» écrit Anouar THABET. Le régime Wahhabite (descendants de Mohammed  Ibn Abd Al-Wahhab, mort en 1792), consolidé depuis 1932, n’a pas de Constitution écrite. Le Wahhabisme, c'est-à-dire la «Salafiyya», applique strictement le texte religieux (Coran et Sunna), de façon littéraliste, avec un avis unique sur les questions controversées. C’est un fondamentalisme qui se base, à la lettre sur le Fiqh Hanbalite, un retour à l’Islam des origines : lapidation des femmes adultères, ablation de la main du voleur, exécution de l’assassin, rejet du tabac, du port de bijoux, destruction de certains livres pornographiques, mystiques ou philosophiques. C’est pour cela que le Wahhabisme a des relations ambiguës avec le fondamentalisme, les Salafistes et les Frères musulmans. Les Occidentaux ne voient les pays arabes qu’à travers l’islmamisme. Pourtant, le commando du 11 septembre 2001, est composé essentiellement de ressortissants saoudiens. Ce pays détenant le quart des réserves de pétrole de la planète, répand à travers le monde un islam rétrograde et xénophobe aussi dangereux que la révolution iranienne qu’il avait parrainée. L’Islam est devenu otage du Wahhabisme et de l’obscurantisme.

L’émergence du Wahhabisme a été appuyée par le colonialisme britannique. Les «Mémoires de M. Hempher» (Confession of a British Spy), décrivent, en détail, comment un espion britannique au Moyen-Orient, dans le milieu du XVIIIème siècle a pris contact avec Abdul Wahhab, pour créer une version subversive de l’Islam. La secte notoire du wahhabisme devenant le culte fondateur du régime saoudien. Le mouvement a été temporairement supprimé par les armées Ottoman au milieu du XIXème siècle. Mais avec l’aide des Britanniques et l’argent des Rothschild, les wahhabites et les saoudiens ont repris le pouvoir et fondent leur propre Etat en 1932. Depuis lors, les Saoudiens ont collaboré étroitement avec les Américains, à qui ils doivent leur ascension au pouvoir.

Le Wahhabisme, un Islam rigoriste, est à la source de la propagation du fondamentalisme religieux et son terrorisme dans le monde. Cependant, cet Islam dur ne s’applique pas aux privilégiés, eux, sont au-dessus de ce texte et se paient du bon temps à l'étranger (Alcool, femmes, drogue, jeux casinos, tabac, etc.). A l’intérieur du territoire Saoudien, les Wahhabites emprisonnent et liquident, froidement, et de façon planifiée, ses opposants. Le régime saoudien s'aligne, inconditionnellement, sur les positions de Donald TRUMP et de Benjamin NETANYAHOU, il tue, sans vergogne, les enfants yéménites.  Je suis plus que troublé, je suis révolté et écoeuré.

Pourtant, la vie humaine est, et doit rester, sacrée ; c'est ce que dit l'islam. "Ne tuez pas la personne humaine, car Allah l'a déclarée sacrée" proclame le Coran (Verset VI. 151). Cette règle fondamentale s'applique aussi bien aux gouvernés qu'aux gouvernants. KHASHOGGI était un journaliste, un croyant et un politique modéré qui ne demandait pas le renversement du régime saoudien, mais des améliorations en matière de démocratie : "Celui qui un homme qui n'a commis aucune violence, c'est comme s'il avait tué toute l'humanité entière" dit le Coran (V. 31).

Indications bibliographiques

Amnesty International, Rapport 2017-2018, 488 pages, spéc pages 92-97 ;

FOULQUIER (Jean-Michel), Arabie-Saoudite, la dictature protégée, Paris, Albin Michel, 1995, 206 pages ;

GUMMUS (Siddik), Confessions of a British Spy and British Enmity against Islam, Istambul, juin 2016, 16ème edition, 128 pages ;

MARCHAND (Stéphane), Arabie-Saoudite, la menace, Paris, Fayard, 2003, 408 pages ;

MARZOUKI (Munsif) MARZOUKI (Moncef), Dictateurs en sursis : une voie démocratique pour le monde arabe,  Paris, éditions de l’Atelier, 2009, 191 pages ;

NABA (René), L’Arabie-Saoudite, un royaume des ténèbres : l’Islam otage du Wahhabisme, Golias, 2013, 275 pages ;
 

THABET (Anouar), Arabie saoudite, la société dévoilée, Dar Alboraq, 2010, 218 pages.

Paris le 23 octobre 2018  par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

«Donald TRUMP et les crimes saoudiens : l'affaire KHASHOGGI", par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Donald TRUMP et les crimes saoudiens : l'affaire KHASHOGGI", par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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