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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 20:47

Lauréat de nombreuses distinctions (Chevalier de la Légion d’honneur, Prix Sakharov, Prix des droits de l’homme de la République française, Prix Olof Palme, Clinton Global Citizen Award et Docteur honoris causa de nombreuses universités, etc.), le docteur congolais, Denis MUKWEGE est, enfin, depuis le 5 octobre 2018, Prix Nobel de Paix. Cette distinction d’un Africain, bien méritée, est un encouragement pour tous les humanistes et républicains qui se battent «courageusement contre les crimes de guerre et en demandant justice pour les victimes». Dieu soit loué, Donald TRUMP n’a pas été primé pour ses efforts de paix avec la Corée du Nord !

Constamment menacé dans sa sécurité personnelle, révolté contre les crimes dont l’objet sont les femmes, toute l’action de Denis MEKWEGE est «un plaidoyer pour la vie» en référence au titre de son ouvrage. Il est habité par l’espoir et l’espérance : «Notre pays est malade, mais ensemble, avec nos amis de par le monde, nous pouvons et nous allons le soigner» dit-il. Le docteur MUKWEGE a constamment lutté contre la barbarie et les viols en temps de guerre, notamment : «Cette femme avait été violée à cinq cents mètres de l'hôpital. J'ignorais que ce serait le début d'une série de plus de quarante mille victimes. (...) Dans toute guerre, quand il n'y a plus de noyau familial, plus de cohésion sociale, la communauté ne peut plus se défendre. Quand votre propre famille est désintégrée, comment pouvez-vous vous battre pour celle des autres ? Le terrain est alors abandonné aux chefs de guerre qui exploitent les gisements et les gens... Ceux qui ne quittent pas le village finissent au travail dans les mines et paient la taxe aux seigneurs locaux» écrit-il.

Le docteur MUKWEGE, né le 1er mars 1955 au Congo, un gynécologue et humaniste congolais, est surnommé «l’homme qui répare les femmes», en référence au titre d’un ouvrage de Colette BRAECKMAN. Fils d’un pasteur pentecôtiste, il est diplômé en biochimie ; il s’inscrit à la faculté de médecine au Burundi. Après son diplôme de médecine, il poursuit une spécialisation en gynécologie à l’Université d’Angers, en France, mais est resté solidaire avec son pays. Après son doctorat, sur «L’Étiologie, classification et traitement des fistules traumatiques uro-génitales et génito-digestives» obtenu en 2015, il décide de retourner au Congo, où il devient le Directeur de l’hôpital de Lemera. En 1996, il est traumatisé par un drame qui se produit dans son établissement : une partie du personnel et des malades sont tués ; il se réfugie un certain temps au Kenya. Mais, il décide de retourner, finalement, au Congo, pour fonder l’hôpital Panzi à Bukavu et prendre en charge les mutilations génitales dont sont victimes les femmes pendant cette guerre civile. «Non, la haine et la violence ne sont pas inscrites dans les gènes des peuples des Grands Lacs ! Mais que penser de ces images en provenance de l'Est du Congo, de cette guerre qui a pris un nouveau visage, celui de la barbarie, de la cruauté gratuite ? Avec les femmes comme principales victimes : violées, mutilées, terrorisées... Depuis quinze ans, Denis Mukwege, médecin-chef à l'hôpital de Panzi (Sud-Kivu), fait face à une urgence qui dure : vagins détruits et âmes mortes. Le gynécologue coud et répare. A mains nues, il se bat contre le viol, cette arme de guerre qui mine toute une société» écrit Colette BRAECKMAN. En effet, les viols et les agressions sexuelles, devenus une «arme de guerre» causent d’importantes lésions physiques et psychologiques aux femmes sur le terrain des conflits locaux. «Le premier cas que nous avons opéré ensemble, Denis et moi, fut l'un des pires jamais rencontrés. Ce n'était pas seulement une fistule, la totalité de la paroi avait été détruite. (...) Un soldat ivre lui a introduit un pieu en bois dans le vagin, provoquant de telles blessures qu'elle en venait à dégager une odeur atroce. (...) Au lieu de l'achever, ils l'ont relâchée sur la route près du village, afin qu'elle serve d'avertissement aux autres. (...) Nous sommes en 2014 et, pourtant, l'éducation, la richesse, les nouvelles technologies n'ont pas vaincu l'ignorance et la superstition» écrit-il.

Dans un monde plombé par les égoïsmes, le repli sur soi, l'individualisme forcené, la cupidité, l’indifférence aux malheurs des autres, la violence et les peurs irrationnelles, le combat et la compassion du docteur MUKWEGE se révèlent être une sorte de résistance, une invitation permanente, à chacun d’entre nous, en fonction de ses moyens, d’être aux côtés de ceux qui souffrent. Pour le docteur MUKWEGE, sauver les plus faibles d'entre nous est une manière d'exister et de vivre.

Le docteur MUKWEGE a reçu ce prix avec la militante Yézidie, Nadia MURAD, d’origine irakienne. Dans son pays, en guerre, les jeunes filles et les femmes sont réduites en esclavage, promises à une vie de tortures et de viols. Nadia MURAD, alors qu’elle avait 21 ans, était parmi elles. Après avoir été emmenée de force à Mossoul, Nadia MURAD a été vendue, revendue, violée et torturée. Avec le concours d’une famille musulmane de la ville, elle parvient, comme de trop rares jeunes femmes Yézidies, à échapper à ses bourreaux. Elle traverse les lignes de front et trouve refuge au Kurdistan irakien. Nadia MURAD, une femme musulmane, a eu le courage et la force de dénoncer, vigoureusement, cet esclavage sexuel dans les zones de conflits. Le prix Nobel «signifie beaucoup» pour elle. «Pas seulement pour moi mais pour toutes ces femmes en Irak et dans le monde entier» qui ont été victimes de violences sexuelles.

Avec ce Prix Nobel de la paix, qu’est-ce qui caractérise finalement notre époque, à l’aube du XXIème siècle ?

En dépit des progrès technologiques et des formidables moyens de communication, ce qui caractérise essentiellement notre époque c'est la prédation, l'intolérance, et surtout la violence et les conflits, au detriment de la poursuite du Bien souverain. Il n’y a plus, fort heureusement, depuis 1945, de guerre mondiale, mais des conflits locaux empoisonnant la paix dans le monde. Ce qui avait dominé, un certain temps, ce furent les guerres coloniales, l’Apartheid et le conflit israélo-arabe. Ainsi, des Africains ont déjà été primés d’un Prix Nobel de paix. Ce fut le cas, en 1960, d’Albert John LUTHILI, chef Zoulou et président de l’A.N.C., une organisation interdite à l’époque en Afrique. En 1984, l’archevêque sud-africain, Desmond TUTU, avait été récipiendaire de ce prix. Cependant, les Occidentaux avaient continué à défendre l’Apartheid, jusqu’en 1989. Pour son combat pour «une nation en arc-en-ciel» en Afrique du Sud, Nelson MANDELA a été Prix Nobel de la paix en 1993. En 1978, le président égyptien, Anouar EL-SADAT avait reçu ce prix, mais il sera assassiné. Depuis, tous les efforts de paix entre Palestiniens et Israéliens ont été réduits à néant. Pire, le président Donald TRUMP souffle sur les braises. Et pourtant, seule la négociation est le chemin qui vaille.

Désormais, ces conflits locaux ont pris deux formes hideuses et violentes. C’est d’une part, depuis la fin de la guerre froide, un conflit entre l’Occident et l’Orient, entre l’Islam et la Chrétienté, entre les forts et les faibles. Les Occidentaux qui sont aussi des marchands de canon, sous prétexte de combattre l’islamisme ou certains régimes autoritaires qui ne leur sont pas favorables, ont engagé des guerres injustes qui s’enlisent, avec leurs lots d’horreurs. Ainsi, dans le pays de Nadia MURAD, l’Irak, la guerre a été déclenchée par Georges BUSH sous un prétexte fallacieux d’armes chimiques. On a la même logique du mensonge, de l’instrumentalisation dans les guerres en Afghanistan, au Yémen, en Libye et en Syrie. En 2001, dans ses efforts de réformer les Nations Unies (conflits locaux, démocratie, écologie), le ghanéen et secrétaire général des Nations Unies, Kofi ANNAN a été primé (voir mon post). En 2004, la Kényane Wangari MAATAI, le prix Nobel de la paix récompense cette militante écologiste pour «sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix». En 2011, la présidente Libérienne Ellen JOHNSON SIRLEAF est prix Nobel de la paix pour son combat en faveur de la sécurité et des droits des femmes dans leur pays.

Ce que dénonce le docteur MUKWEGE ce sont des choses affreuses. Mais il s'agit malheureusement de faits authentiques. Le docteur MUKWEGE, honneur de son pays et une conscience pour l’humanité, homme social, s’insurge contre des atrocités dont les causes sont essentiellement politiques et économiques. Son travail est à la lisière de la politique. En effet, il existe d’autres formes de violences insidieuses, vestiges du colonialisme qui perdurent, et n’ont été prises en compte, suffisamment, par le Prix Nobel de la Paix. Ainsi, dans le cas du Congo du docteur MUKWEGE, le conflit, dès l’indépendance, a pris des tournures d’une guerre coloniale pour contrôler les matières premières de l’Afrique. En effet, Patrice LUMUMBA (voir mon post) a été assassiné et les Etats-Unis sont intervenus insidieusement, sans mandat des Nations Unies. Depuis lors, le Congo est déstabilisé. Tout le monde célèbre, en France, les 60 ans de la République. En fait, pour les Africains, De GAULLE a mis en place un ingénieux système dit de la «Françafrique», avec des régimes dynastiques et préhistoriques en vue de contrôler nos matières premières. Ce qui créé un afflux de réfugiés dans les pays Occidentaux, avec une résurgence de l’esclavage. Ces questions de démocratie, de souveraineté et de droits de l’homme sont au cœur de ces violences faites aux femmes. Par ailleurs, on dénonce les méfaits du tourisme sexuel dans les pays du tiers-monde, ainsi que les viols perpétrés par les hommes d’église ou les troupes de maintien de la paix en Afrique. Le Rwanda a mis en lumière ces pratiques odieuses : «Depuis vingt ans, une violence inouïe frappe cette région. Si toute guerre fait des ravages parmi les populations civiles, les femmes paient ici le plus lourd tribut. Une situation cauchemardesque qui a pris racine sur les collines rwandaises en 1994, l’année du génocide. Le viol, tacitement accepté sur les champs de bataille depuis la nuit des temps, y a pris une dimension nouvelle : désormais utilisé à des fins stratégiques, il est devenu une véritable arme de guerre. Conquête des terres, exploitation des minerais, exutoire pour un Rwanda surpeuplé, volonté d’éradiquer une population..., autant de raisons qui expliquent cette barbarie sexuelle» écrit un collectif d’auteurs. Le docteur MUKWEGE est persuadé qu’il n’y aura pas de paix durable au Congo, sans les femmes.

Les organisations humanitaires qui défendent les réfugiés et les personnes déplacées en raison de conflits locaux, ainsi que les opposants à ces régimes fantoches et autoritaires en Afrique, mériteraient bien un Prix Nobel de la Paix.

Pour ma part, une paix durable, dans le monde et à l’intérieur des frontières n’est possible que dans une société fondée sur la justice, l’égalité, la fraternité et le bien vivre-ensemble.

Indications bibliographiques

1 – Contributions du docteur Denis Mukwege

MUKWEGE (Denis), «Congo, No Peace Without Women», Journal of International Affairs, hiver 2013, vol 67, n°1, pages 205-209 ;

MUKWEGE (Denis), CADIERE (Guy-Bernard), Panzi, Paris, éditions du Moment, 2014, 100 pages ;

MUKWEGE (Denis), Plaidoyer pour la vie, Paris, L’Archipel, 2016, 290 pages.

2 – Critiques du docteur Denis Mukwege

BRAECKMAN (Colette), L’homme qui répare les femmes : violences sexuelles au Congo, le combat du docteur Mukwege, Paris, Grip, 2012, 156 pages ;

COHEN (Dara, Kay), Rape During Civil War, Ithaca, Cornell University Press, 2016,  288 pages ;

Collectif, Le viol, une arme de terreur : dans le sillage du combat du docteur Mukwege, Mardaga, 2015, 160 pages ;

DUVAL (Armand), Docteur Mukwege : un homme au grand coeur, Create Space Independant Publishing Platform, 2015, 95 pages ;

MURHULA-BASAM (Adelard, Bashimbe), Denis Mukwege : homme social ou politique ? Entre ambivalences, nuances et équivalences, Paris, Edilivres, 2017, 251 pages.

Paris, le 8 octobre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

«Denis MUKWEGE, un Africain Prix Nobel de la Paix» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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