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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 20:08

Ce samedi, j’avais rendez-vous, avec un cousin de passage à Paris, le professeur Abdoulaye N’DIAYE, un éminent entomologiste et enseignant à l’université Cheikh Anta DIOP de Dakar. Il découvrait, pour la première fois, le marché africain de Château-Rouge, à la Goutte-d’Or, à Paris 18ème. Situé non loin de Barbès, ce marché appelé aussi «le Quartier africain». On a déjeuné dans un restaurant sénégalais, rue Ernestine, «La Différence», le bien-nommé. Auparavant, et en raison de la forte chaleur africaine de l’été 2018, nous avons pris une boisson, pour nous rafraîchir, au bar musical, «Vivre ensemble, avec nos différences», à la rue Doudeauville. Tout un symbole. A Bruxelles, il y a aussi le quartier de Matongé, métro Porte de Namur, qui tient son nom d’une place de Kinshasa, un marché pour les Congolais, et à Berlin, le marché de Maybachufer pour les Turcs.

Le marché africain de Château-Rouge qui existe depuis plus de 30 ans, appelé aussi avec une connotation péjorative, «marché exotique», c’est l’Afrique à Paris. On y trouve des produits alimentaires adaptés aux goûts africains, des textiles, des restaurants, des boucheries. Pour se dépayser, il n’est pas nécessaire d’aller à Sandaga, Soumbédioune ou Colobane, des marchés populaires à Dakar. Il suffit seulement de prendre un ticket de métro, et de descendre à la station Château-Rouge, sur la ligne 4, le folklore, dans la bonne ambiance et la sécurité sont garanties. On y croise des personnes aux costumes bigarrés, ces tissus de Wax venant, non pas du Sénégal, mais de la Hollande, les rabatteurs pour les salons de coiffure ; il n’y manque pas des produits cosmétiques, de la téléphonie, des publicitaires pour les marabouts et charlatans, des vendeurs de maïs, parfois des prostituées ou des drogués vous sollicitent. On trouve aussi des flâneurs, des glandeurs, assis là, par terre, à deviser sur le monde, avec dès fois, des discussions oiseuses. C’est tout un monde pittoresque, nonchalant, qui prend le temps de l’échange, de la découverte et du partage. Rien ne presse. Le grand-père, Doro Khady N’DIAYE, un savant en sciences occultes, recommandait d’aller, régulièrement, dans tous les lieux où se rassemblent des personnes (marché, arbre à palabre), le flux d’idées qui s’y dégagent ouvre l’esprit et rend favorable la sociabilité.

Il est curieux de constater que les employés de ces échoppes sont des Africains, mais les patrons sont, en général, des Asiatiques et qui connaissent bien les produits africains, par leur nom Ouolof. Certes, on a vu une boutique «Lampe Fall» avec un drapeau sénégalais. Mais pour l’essentiel, les Africains, qui sont les consommateurs de ce marché du Château-Rouge, ils ne sont pas, à quelques exceptions près, les propriétaires de ces boutiques. On comprend dès lors, comment la colonisation a été possible, avec ce manque de dynamisme. Au Sénégal, et ce début du XXIème siècle, la population se plaint que tous les secteurs du commerce soient pris par les étrangers, mais ne s’interroge jamais du comment pour occuper ces secteurs, notamment du rôle de l’Etat et des banques, pour financer leurs projets, notamment dans le commerce et l’agriculture. Le racisme n’est pas essentiellement une couleur de peau, mais une question économique. Le respect des autres viendra si les Africains, comme les Chinois et les Juifs à Paris, occupent des places fortes de l’économie. Un boxeur noir américain a bien résumé la situation : «Je ne suis plus Noir, parce que je suis maintenant riche» dit Mike TYSON.

Ce dynamisme du Marché de Château-Rouge s’explique, non seulement par l’offre de consommation adaptée, à bon marché, avec des produits frais, pour ces Français issus de l’immigration ainsi que les Antillais, mais aussi par l’accessibilité, la centralité, de cet endroit du Nord de Paris. En effet, la ligne 4 du métro, refaite à neuf, ainsi que les Gares du Nord et de l’Est, drainent facilement, des populations venues de la banlieue. Les Parisiens ne représentent que 40% des clients de ce marché. 60% des clients de ce marché, appelé pourtant «Quartier africain», viennent de la banlieue. Un commissariat a été installé dans le quartier qui a été rénové ces dernières années ; les taudis ont presque disparu.

Pourtant, le marché africain de Château-Rouge est gravement menacé. Paris, qui se boboïse sans cesse, est partagé entre un océan de richesses, et des îlots de relégation que les bonnes âmes ne veulent plus voir. Notre présence, à elle seule, même en qualité de consommateurs, les importune. En effet, la gentifrication résidentielle, vers les hauteurs de Montmartre, touche une bonne partie du XVIIIème arrondissement, habitée par des écrivains célèbrent comme Alain MABANCKOU qui a «mis le feu» au Collège de France, par ses lumineuses interventions en 2016, Jean ANOUILH (1910-1987), l’historien guinéen, Ibrahima Baba Kaké (1932-1994), des artistes, Dalida (1933-1987) ainsi que de nombreux peintres, Anne ROUMANOV, etc.

Château-Rouge, la partie populaire et démunie, donc jugée hideuse du 18ème arrondissement, est devenue une zone particulièrement convoitée par les promoteurs immobiliers, mais les activités commerciales de ce marché africain contrarient, considérablement, leurs projets juteux. Du même coup, cédant aux pressions des puissances d’argent, aux gens du château, la mairie de Paris n’a pas encore renoncé à bouter en banlieue, le marché du Château-Rouge à un site, très périphérique et inhospitalier, de la gare des Mines, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. «Le foi et la viande ne se mélangent pas» (Kettel méméta Kégnel) dit, littéralement, un proverbe peul, en d’autres termes, «entre riches et pauvres, nous n’avons pas les mêmes valeurs». En effet, Lyne COHEN-SOLAL, adjointe au Maire de Paris, chargée du commerce, avait le 18 novembre 2002, justifié ce projet de transfert, par des arguments nauséabonds : «Tout est mis en oeuvre pour que (ce) quartier (...) soit rendu à ses habitants le plus rapidement possible». Mais de quels «habitants» nous parle-t-elle ?

Les réactions négatives que suscitent ce quartier qualifié de marché africain, attestent que nous vivons dans une société racisée et ethnicisée. En effet, ce qu’oublie de dire Mme COHEN-SOLAL, c’est qu’il y a d’autres commerces ethniques dans Paris, certes, ce ne sont pas des Noirs qu’on ne veut pas voir, mais leurs particularismes et leur communautarisation sont souligner. Ainsi, les Asiatiques sont présents à Belleville, dans le quartier du Sentier et dans le XIIIème arrondissement, les Juifs ont colonisé la rue Manin, dans le XIXème arrondissement, et surtout, les grands bourgeois, nos ancêtres les Gaulois, se cachent dans les quartiers huppés du XIVème, 5ème, 6ème, 7ème, 8ème et 16ème, et en particulier une bonne partie de Montmartre. Ils ne veulent pas de la mixité sociale. On est là au Marché de Château-Rouge, on s’y sent bien. «Nou pas bouger» a chanté Salif KEITA. On ne bougera pas d’ici. Nous sommes aussi de la France, nous faisons partie de ses habitants, n’est-ce pas Mme COHEN-SOLAL ?

Le Code de l’indigénat, c’est fini. L’Apartheid, aussi. Citoyens de la République, nous mettrons de la couleur dans ce pays, y compris à Paris, pour la mixité sociale et le bien-vivre ensemble !

La stratégie consiste à ne pas renouveler les baux des commerçants qui partent, pour tuer ce marché à petit feu. Dans le passé, il y avait eu des attaques contre les commerçants chinois, dans le Sentier à Paris (contrôles fiscaux, d'hygiène et de papiers), mais ils ont résisté vaillamment, et sont même partis, avec succès, à la conquête des tabacs parisiens, anciennement détenus par des bougnats. Dans cette jungle, à Château-rouge, entre différentes nationalités qui se concurrencent et se jalousent, il appartient aux commerçants africains de mieux s'organiser, et se concerter autour d'une association afin mieux défendre leurs intérêts.

Le quartier du Château-Rouge est hautement symbolique. Il concentre, de façon extraordinaire, toutes ces calomnies et ce mépris que nous vouent certains. Ainsi, la mosquée de la rue Polonceau a été fermée et rasée sous prétexte qu'il y aurait des prières de rue. L'islam est devenu la 2ème religion de France, mais toute construction ou rénovation d’une mosquée s'accompagne, ipso facto, de dénigrements et d'attaques devant le juge du permis de construire. On connaît le seul motif de ces calomnies : «avant on vivait mieux dans ce quartier bourgeois» disent les haineux. Pendant ce temps les autres lieux de culte fleurissent, et sans aucune menace judiciaire sur leur permis de construire, et on dépêche même des forces de Vigipirate pour les protéger.

Pourtant, Château-rouge un lieu de vie et de rencontres. On y a tenu de nombreuses réunions autour d'un repas à l'issue de nos débats au sein de la fédération du parti socialiste du Sénégal. Le Dibi, chez Aïda, 46 rue Polonceau, était bien le lieu indiqué. Coumba, la patronne du restaurant la «Différence» à la rue Ernestine, fait un excellent Thieboudieun (riz au poisson) aussi bon que celui de Saint-Louis, et dans un cadre familial et chaleureux. On s’installe et les échanges vont bon train, sans préalable, ni présentation. Si nos ancêtres les Gaulois ont leurs magnifiques cafés, nous aussi, nous avons la rue et la spontanéité. Le restaurant «Le Nioumré» qui a déménagé, est toujours dans le quartier, au numéro 7 de la rue des Poissonniers.

Endroits pittoresques, Château-Rouge et la Goutte-d’Or inspirent les romanciers, confortant ainsi le cosmopolitisme dans cette ville de Paris, aux 116 nationalités différentes. 70% des habitants de la capitale, ne sont pas nés à Paris. La Goutte-d’OR, quartier populaire et ouvrière, avant l’arrivée des Africains, était un lieu de brassage de population, avec l’arrivée de Juifs d’Europe de l’Est. Dans son roman, «Château-rouge», Henri ZELNIK raconte l'arrivée de ses parents, réfugiés russes, dans un Paris d’antan. Dans le quartier de Château-Rouge, les exilés de tous bords se réunissent, tentant de comprendre cette culture française, et de survivre, en raison de la nostalgie de leur pays d’origine. La prostitution était déjà présente ; aussi sa mère n’aimait pas attendre seule dans la rue et elle fit des reproches à son père : «elle était accostée par des hommes grossiers qui pensaient qu'elle faisait du racolage et devenaient furieux parce qu'elle ne répondait pas à leurs propositions» écrit-il. Les bandes de voyous faisant régner leurs lois étaient là : «C'étaient la bande à Gaston ou la bande à Maurice, ou bien celle de la rue Laghouat qui était très redoutée en raison de ses coups dans le quartier». Le commerce pittoresque, assurant la mixité sociale, était au service des habitants : «Il y avait une épicerie-laiterie, une boulangerie parisienne avec ses merveilleuses baguettes croustillantes et ses croissants, uniques au monde, également une boulangerie juive avec pain au cumin, pain brioché tressé avec des graines de pavot et pâtisseries aux noix avec du miel. Des boucheries, dont une kascher, une charcuterie, un marchand de vin, une blanchisserie, une mercerie, un quincailler, une menuiserie, un plombier, etc. et de nombreux cafés» écrit-il.

Le roman d’Alain MABANCKOU, «Black bazar», paru chez Seuil en 2009, en plein quartier de Château-rouge, a pour narrateur un surnommé «fessologue», en raison de sa connaissance des derrières de femmes ; c’est un sapeur congolais, un dandy amoureux des cols italiens et des chaussures Weston, victime de déconvenues amoureuses. «Il y a de la joie dans la peine, c'est comme ça dans mon petit pays» dit le narrateur. C’est un monde masculin en manque de présence féminine : «Mes personnages masculins sont des gens en quête : debout dans un bar, ils recherchent les femmes qui passent, ils vont dans les boîtes de nuit, etc. C'est la recherche de la belle aimée. Mais comment et où la trouver ? La seule femme qui traverse le livre de bout en bout, c'est Couleur d'origine, partie avec le joueur de tam-tam» dit Alain MABANCKOU. L’auteur, qui s’intéresse aux petites gens, restitue, admirablement, ce petit monde clos, avec ses espérances, ses jalousies, ses haines, la médiocrité et la douleur des exclus. C’est aussi une description de la vie quotidienne de ces parias, avec leurs logements miteux, exigus et obscurs, avec ses odeurs. Alain MABANCKOU nous invite à une promenade dans ce marché, avec une inspiration de la Négritude et de l’unité africaine. «Je suis présent dans chacun des personnages. La part d'autobiographie réside peut-être davantage dans le destin du narrateur, où je mets des choses que je puise à droite et à gauche de ma propre expérience. Le narrateur de Black Bazar est un apprenti écrivain, c'est un Congolais comme moi, et il aime les cols à trois boutons: je porte toujours des cols à trois boutons! Le rapprochement est vite fait» dit MABANCKOU. Le bazar, en lui-même, est constitué dans l’originalité de la vie des personnages qui fréquentent des lieux prisés par la communauté noire : le Jip’s, les boîtes de nuit, l’Alizée, le Cœur samba. Donc ce sont des personnages qui suivent l’itinéraire du monde noir à Paris, et puis aussi la contemplation de Château Rouge. Ce roman est une enquête sérieuse sur le regard nouveau à porter sur la condition de l’immigré en France, et spécialement à Paris. L’auteur s’interroge, de façon parfois polémique, sur les rapports entre Africains, Antillais et Arabes à Paris, et sur la place de la communauté noire dans le Paris en ce début du XXIème siècle ; et il chahute, au passage, bien des clichés : «Il y a une espèce de non-dit et une espèce de racisme qui existent parfois entre ces deux communautés et qu’on n’a jamais souvent rappelé. Vous verrez des Antillais qui vont reprocher aux Africains de les avoir vendus avec la complicité des Chefs de leurs tribus et vous verrez des Africains qui vont dire que les Antillais essaient de devenir comme des Blancs et traitent les Africains comme des barbares. Et ce type de rapport de conflit et de racisme fait de sorte que nous assistons parfois à une haine qui est même plus forte que celle que voue un racisme blanc à un Noir» dit Alain MABANCKOU. Sous le vernis drôle et facile, ce roman comique et tendre raconte tout plein d'histoires qui nous mettent le bazar de l'optimisme. Et l'on rit de tout avec le fessologue, du trou de la sécu, des allocations, de la colonisation, de la migration des femmes de toutes les couleurs et de lui-même. L’obsession de la femme et de leurs fesses, revient sans cesse. Le narrateur finira par conquérir la femme à la face B la plus expressive qu'il connaisse, surnommée «Couleur d'origine». Le dandy découvre sa vocation littéraire au détour d’un chagrin d’amour. En effet, depuis que sa compagne l'a quitté pour un joueur de tam-tam en emmenant leur petite fille, tente de surmonter sa colère en écrivant un journal sur une vieille machine à écrire, un livre intitulé «Black Bazar». Le narrateur «observe la communauté noire vivre, se confondre, si on peut le dire ainsi, avec la communauté blanche. Peut-être à travers ce livre, il essaie de revisiter les préjugés ou les questions que nous avons du colonialisme, du communautarisme ? Et beaucoup de ces questions qui minent aujourd’hui le monde noir sont traitées à l’intérieur de «Black bazar», dit MABANCKOU.

Achille N’GOYE, est le premier Africain à avoir été publié dans la «Noire» de Gallimard, avec son roman policier, «Ballet noir à Château-rouge» paru en 2001. «Avec le polar, j’avais une liberté de langage, et il n’y avait pas beaucoup d’auteurs africains sur le créneau. C’était pour moi une façon de parler de l’Afrique, et donc de moi-même. Mes personnages, même s’ils mènent l’enquête, ne sont pas des détectives au sens propre du mot, ce sont des messieurs Tout-le-Monde» dit Achille N’GOYE. Dans l’Est parisien, le les logements vétustes et délabrés qui avaient subsisté, notamment dans le quartier de la Goutte-Or, ont permis dans le cadre de cette urbanisation rapide, d’accueillir de nouvelles populations, notamment immigrées. Ces quartiers populaires défendus, jadis par des artistes et ouvriers, la présence des Africains est ressentie par la population autochtone comme une menace. Achille N’GOYE fait partie de ces auteurs, dans une volonté de réalisme, de parti-pris, de témoignage et d’engagement, qui défendent, à travers leur création littéraire, la légitimité de la présence de ces immigrés à Château-rouge. A côté des anciens habitants, comme les Juifs d’Europe de l’Est désormais bien intégrés, Achille N’GOYE s’intéresse aux Africains de Château-rouge : «Agglutinées sur le même trottoir que lui, au coin des rues Dejean et Poulet une poignée d’Africaines tentaient de fourguer des légumes déshydratées à un gogo de la même farine. Les commères caquetaient au point que d’autres congénères, alertées par leurs cris, rappliquaient pour soûler le pigeon, qui du petit linge, qui avec de la viande boucanée, qui avec des produits de beauté, le tout à un prix prétendument sans concurrence. Arnaque impitoyable. Classique chez les ACC, code secret des citoyens angolais, congolais et leurs cousins, ex-zaïrois, dont les pays, tirés à hue et à dia par des placiers de la faucille et du marteau, inculquent à leurs populations la culture de la débrouille sauvage. Le détective traversa le marché Dejean, immense dépotoir de cartons et cageots éventrés, de produits avariés et de gadoue que le service de nettoyage, expurgé de ses éléments de couleur, bichonnait et javellisait à coups de pompes d’eau (…) Myrha le réconciliait avec lui-même. Elle reflétait un pan de son univers. Par sa vétusté. Ses odeurs. Ses bruits. Ses ombres. Son effervescence continue : des zozos allaient et venaient, s’attroupaient, causaient gravement ou de manière relax» écrit-il. Achille a développé «l’ethno polar», suivant une expression de Françoise NAUDILLON. Ainsi, dans ce polar, Kalogun est chargé de retrouver l’auteur des malheurs qui ont frappé la vie de Djeli Diawara, soudainement disparu à la suite de contrôles dérangeants. Une photo le représentant, en compagnie d’une cinquantaine d’Africains, regroupés sur le parvis de l’église Saint-Bernard à Paris, sert de premier indice à une enquête pour le moins mouvementée, ponctuée d'embûches et jonchée de cadavres. Cet «ethno polar»  a reçu ses lettres de noblesse avec l’écrivain noir américain, Chester HIMES (1909-1984) : «Lorsque je décris Harlem et la vie qui s’y déroule, dans la misère et le dénuement moral, mais aussi dans une indubitable joie de vivre de tous les instants, bon nombre de mes personnages sont des délinquants, des victimes ou des criminels. Mais la plupart n’ont qu’une vision confuse de l’oppression qu’ils subissent, de ses mécanismes et des rapports entre l’exploitation économique et le racisme... Tout cela fait partie de leur vie quotidienne, mais ils n’y pensent pas tous les jours de façon précise et claire; ils sont trop occupés à survivre, à vivre comme tout un chacun, manger, boire, faire l’amour, passer du bon temps avec les  copains, courir les filles... Ils sont essentiellement humains» écrit HIMES.

Dans le roman de Khadi HANE, «des fourmis dans la bouche» paru en 2011 chez Denoël, on retrouve la vie quotidienne à Château-rouge, au marché Dejean, toute une faune bien particulière : gratteurs d'écailles dans une poissonnerie, vendeurs ambulants de montres de pacotille ou de statuettes en bois, journaliers payés au noir pour décharger des sacs d'un camion, hommes à tout faire d'un commerçant pakistanais qui revendait des pots de crème à l'hydroquinone censés procurer aux nègres l'éclat d'une peau blanche, la leur ne faisant plus l'affaire. L’héroïne du roman, Khadîja, née au Mali, élève seule quatre enfants à Paris, dans le quartier de Château-Rouge. Pétrie de double culture, musulmane, mais le doute chevillé au corps, elle se retrouve exclue de sa communauté du fait de sa liaison avec Jacques, le père de son fils métis. Cercle après cercle, depuis ses voisines maliennes jusqu'aux patriarches du foyer Sonacotra et à ses propres enfants, Khadîja passe en jugement. Mais cette absurde comparution, où Africains et Européens rivalisent dans la bêtise et l'injustice, réveille en elle une force et un humour inattendus. En effet, les conditions de Khadîdja, dans son quartier de Château-Rouge, deviennent l’enfer : non seulement l’assistante sociale ne donne plus rien, ni l’épicier arabe, non seulement l’amant blanc ne la loge plus gratuitement et ne quittera jamais sa femme pour elle, mais un de ses fils devient trafiquant de drogue. Ses quatre enfants la jugent mal à cause de sa liaison avec un Européen et disent qu’elle est une pute. Les voisines africaines s’attaquent à celle qui a désobéi au destin que la tradition assigne aux femmes et cherchent à voir l’enfant métis forcément un dégénéré. Les Sages du foyer Sonacotra organisent une sorte de procès pour la condamner, ils lui crachent dessus. Khadi HANE a bien décrit la condition de ces Africains qui vivent misérablement à Paris, mal payés mais ponctionnés par leurs familles en Afrique, et qui continuent pourtant à faire croire à leurs pays d’origine qu’ils vivent dans l’opulence, paradant lorsqu’ils reviennent au pays. Ce roman met particulièrement en relief un non-dit concernant les conditions de vie des Africains en Occident : ce non-dit continue à nourrir le fantasme des pauvres Africains qu’en France on vit comme des rois. Ce roman a reçu, en 2012, Prix Thyde MONNIER de la société des gens de lettres.

Château-rouge est aussi un haut lieu de la mode africaine. Les tailleurs sénégalais font des merveilles avec le Wax ou le Bazin. A côté de cette couture traditionnelle, le grand couturier franco-africain, pour les sapeurs, Jocelyn Armel, dit Le Bachelor, est installé dans le quartier de Château-Rouge, 12 rue de Panama : «Lorsque j'ai ouvert ma boutique ici en 2005, on m'a dit : Tu es fou de t'installer là-bas, au milieu des vendeurs à la sauvette et d'un marché principalement alimentaire. Certains Africains qui avaient réussi n'assumaient pas la population de ce quartier» dit Bachelor. Aujourd’hui, Bachelor est devenu célèbre ; il habille l’écrivain franco-congolais Alain MABANCKOU, dont certains romans évoquent ce monde des «Sapeurs» du 18èment arrondissement ; il a été le couturier de Papa WEMBA (1949-2016), et s’occupe de nombreuses célébrités parisiennes comme Vincent PEREZ et Ariel WIZMAN.

J.A BACHELOR requinqué par son succès à Château-rouge veut même étendre ses activités au Sénégal. Il est vrai que Château-Rouge est le seul endroit où toutes les nationalités africaines se côtoient. Les communautés sénégalaises et congolaises sont fortement présentes à Château-rouge.

Bibliographie très sélective

BACQUE (Marie-Hélène), FIJALOW (Yanté), «En attendant sa gentrification : discours et politique à la Goutte-d’Or (1982-2000)», Sociétés contemporaines, 2007, n°63, pages 63-84 ;

BARRERE (Céline) FIJALKOV (Yankel), «Le polar de Paris, une mise en scène des changements urbains de l’est parisien», Lieux communs, 2013, pages 75-95

BOULY de LESDAIN (Sophie), Château-Rouge, une centralité africaine à Paris, Paris, Paris, P.U.F, 1999, spéc pages 86-99 ;

CHABROL (Marie), «Evolution récente des quartiers d’immigration à Paris : l’exemple du «quartier africain» de Château-Rouge», Hommes et Migrations, 2014, n°1308, pages 87-95 ;

DOUMA (Jean-Baptiste), L’immigration congolaise en France : entre crise et recherche d’identité, Paris, L’Harmattan, 2003, 343 pages, spéc page 230 ;

GALISSOT (René), MOULIN (Brigitte), Les quartiers de la ségrégation : Tiers-monde ou Quart-monde ?, Paris, Karthala, 1995, 323 pages ;

HANAPPE (Florence), ESPONDA (Marc), coordonnateurs, Commerces et espace public à Château-Rouge, Paris, avril 2003, 58 pages ;

HANE (Khadi), Des fourmis dans la bouche, Paris, Denoël, 2011, 160 pages ;

MABANCKOU (Alain), Black Bazar, Paris, Seuil, 2009, 265 pages ;

N’GOYE (Achille), Ballet noir à Château-Rouge, Paris, Gallimard, série noire, 2001, 256 pages ;

NAUDILLON (Françoise), «Black polar», Présence francophone, 2003, vol 60, n°1, pages 98-112 ;

PINçON (Michel), PINçON-CHARLOT (Monique), Sociologie de Paris, Paris, Repères n°400, éditions La Découverte, 2014, 128 pages ;

TOUBON (Jean-Claude), MESSAMAH (Khélifa), Centralité immigrée : le quartier de la Goutte d’Or : dynamisme d’un espace pluri-ethnique : succession, compétition, cohabitation, Paris, L’Harmattan / C.I.E.M., 1990, tome I et II, 764 pages ;


ZELNIK (Henri), Château-Rouge, Paris, Naïve, 2011, 343 pages.


Paris, le samedi 4 août 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

«Le marché africain de Château-Rouge, à Paris 18ème, un îlot dynamique de la diversité qui gêne», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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