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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 15:39

«Le pouvoir se gagne par les idées» écrit-il. Suivant GRAMSCI, la famille, l’école, l’église, les partis, les professions, les institutions scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse constituent, par l’idéologie qu’ils véhiculent, une forme de domination de classe. Celle-ci se réalise au sein d’un mode de vie et de pensée, d’une forme de la culture et des rapports sociaux. On y fabrique l’adhésion et le consentement qui assurent la domination de la classe dirigeante. Le pouvoir n’est pas la source de l’hégémonie, mais son résultat. L’hégémonie culturelle est indispensable pour la conquête et la conservation du pouvoir. Penseur et activiste de la Révolution, pour GRAMSCI, il s’agit de mener la bataille des idées pour soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante afin de conquérir le pouvoir. Le pouvoir ne se gagne pas par la force, mais par «la subversion des esprits». Pour conquérir le pouvoir, il faut gagner le combat du contrôle de la culture, parce qu’elle est la clé des valeurs et des idées. La contribution originale d’Antonio GRAMSCI, un communiste peu orthodoxe, à la compréhension des cultures populaires, et donc du pouvoir des travailleurs, est fondamentale à double titre avec les concepts de «guerre de mouvement et de position». À travers ces concepts GRAMSCI vise en réalité, celui d’hégémonie, avec la domination que la bourgeoisie exerce sur les classes populaires par son emprise sur les façons de penser, parler, voir, écouter, sentir, etc. Cette emprise les éloigne de toute entreprise révolutionnaire. Par conséquent, GRAMSCI cherche à promouvoir une nouvelle culture populaire, qui ne serait pas bourgeoise, et qui œuvrerait à contrer son hégémonie en transformant culturellement les classes populaires, mieux, en les mettant en disposition pour la Révolution : une manière de mener la célèbre «guerre de position», nécessaire avant de passer à une «guerre de mouvement».

Dans cette bataille, la société civile joue un rôle décisif par rapport au politique, et l’hégémonie sociale et politique l’emporte, sur la domination politique et la force. La vie de GRAMSCI est une vie de combats, combat pour l’unité de l’Italie, contre le fascisme, l’absurdité de la guerre et l’injustice. Tous ses écrits se tournent vers la victoire de la Révolution ; ce qui donne ainsi un sens à sa vie : «Vous êtes dans le monde, mais sans savoir pourquoi. Vous agissez, mais sans savoir pourquoi. Mais c'est la vie elle-même qui en triomphe, c'est l'activité historique qui les efface. Nous sentons cette impulsion énorme, irrésistible, qui nous vient du passé, nous la sentons dans le bien qu'elle nous apporte, en nous donnant l'énergique certitude que ce qui a été possible le sera encore, et avec une probabilité supérieure, dans la mesure où nous nous sommes déniaisés grâce à l'expérience d'autrui. C'est que le passé, nous le sentons bien vivifier notre lutte, mais dominé, serviteur et non maître, source de lumière et non de ténèbres débilitantes» écrit-il, le 29 août 1916. S’inspirant de MACHIAVEL, il assigne une tâche fondamentale aux intellectuels ; par un travail de termite, ils doivent «saper les valeurs de la société traditionnelle et capitaliste». GRAMSCI considère Lénine comme un grand révolutionnaire, et lui emprunte le concept d’hégémonie qui devient central dans sa pensée. L’hégémonie culturelle est la capacité d’un parti à diriger et à créer un bloc de classe cimenté. En effet, Antonio GRAMSCI a mis en évidence le fait que toute arrivée au pouvoir ne pouvait se faire en Occident qu'avec des alliances : cette alliance entre ouvriers du Nord, paysans du Sud de l'Italie constituera le «Bloc historique», dont le travail actuel est d'abord politique et intellectuel. La «philosophie de la praxis» qui ne peut être une affaire de spécialistes, elle doit être séparée du «sens commun».

Il plaide pour une appropriation collective de la philosophie, «prise dans les rapports sociaux», selon André TOSEL, en effet, «chez Gramsci, la pensée et l’action ne sont pas dissociables. Elles sont inextricablement liées». Pour lui, «vivre, c’est résister». GRAMSCI appelle ardemment à l’action politique, et hait  l’indifférence. «Ce qui advient, n’advient pas tant parce que quelques-uns veulent que cela advienne, que parce que la masse des hommes abdique sa volonté, se laisse faire», écrivait GRAMSCI. Haïr l'indifférence, c'est à la fois haïr l'acceptation des choses comme elles vont et détester la confiance faite aux experts, qui n'est autre que la paresse qui contribue au cours des choses. L'indignation ne suffit pas, si elle n'est que simple mouvement du coeur. Elle commande l'analyse : «Je hais les indifférents.  Je crois comme Friedrich Hebbel que «vivre signifie être partisans». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. (..) Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents», écrit-il le 11 février 1917. Antonio GRAMSCI fait partie des intellectuels italiens qui ont joué un rôle important dans l’histoire, nombreux sont ceux qui ont passé leur vie et écrit le meilleur de leur oeuvre privé de liberté. Pour ces intellectuels, plus leur pensée et leur action étaient de nature à contribuer au développement culturel et éducatif du peuple, plus leur voix fut étouffée et leur message déformé. Il militait pour la révolution, pour une société du futur. «Les socialistes ne doivent pas substituer un ordre à un ordre. Ils doivent instaurer l'ordre en soi» écrit-il. Le «sens commun» c’est introduire de nouvelles valeurs.

Né le 22 janvier 1891, à Alès, province de Cagliari, en Sardaigne, Antonio GRAMSCI est le quatrième fils des sept enfants de Francesco et Giuseppina Marcias. Son père, originaire de Gaète, fils d’un colonel de gendarmerie, a des origines albanaises. A l’âge de quatre ans, une femme de service laisse tomber le jeune Antonio, appelé aussi «Nino» ; ce qui aurait déterminé sa malformation physique. Il est bossu. Son père, employé au service de l’enregistrement, est suspendu de ses fonctions pour une irrégularité administrative. En raison des conditions économiques difficiles de sa famille, Antonio, après 1903, est obligé de travailler à l’office du cadastre, tout en poursuivant ses études. A partir de 1905, il commence à lire la presse socialiste, «L’Avanti !» que lui envoie son frère aîné installé à Turin. De 1908 à 1911, inscrit au lycée Dettori, à Calgari, et vivant avec son frère Gennaro, caissier de la bourse locale de travail et secrétaire de la section socialiste, la conscience politique se manifeste par un sentiment profond de révolte envers les riches, teinté d’orgueil régionaliste. Il commence à écrire dans la presse régionale et entame la lecture de Marx, «par curiosité intellectuelle». En 1911, après son baccalauréat, il obtient une bourse et s’inscrit à la faculté des Lettres. A la suite de difficultés financières, il s’oriente vers des études de linguistiques, avec des recherches sur le dialecte et la structure sociale de la Sardaigne. Il se lie d’amitié avec Palmiro TOGLIATTI (1893-1964). En 1913, il adhère à la section socialiste de Turin, avec la tendance de Benedetto CROCE (1866-1952) et son historicisme absolu. Dans son cahier de prison n°10, GRAMSCI se confronte à ce grand penseur le plus influent de son temps, en Anti-Croce, sur le modèle de l’Anti-Dühring de Friedrich Engels. Il pense que CROCE est beaucoup influencé par le marxisme qu’il ne le reconnaît. CROCE, un pape laïc, est, à bien des égards, une retraduction du marxisme dans le langage de l’idéalisme. L’histoire «historico-politique» n’est d’autre que la question de l’hégémonie culturelle.

En 1915, après son examen de littérature italienne, il abandonne les études. A partir, GRAMSCI se consacre à ses activités de journaliste (Cri du Peuple, Avanti), avec une rhétorique interventionniste, ainsi que le thème de la dégradation intellectuelle et sociale. Il produire plus de 4 000 articles. En 1919, avec la création de «l’Ordine Nuevo» (Ordre nouveau), un hebdomadaire de culture socialiste, par TOGLIATTI, il en est le secrétaire de rédaction. La question de la culture est centrale dans sa production de journaliste engagé : «Instruisez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre intelligence. Agitez-vous parce que nous aurons besoin de tout votre enthousiasme. Organisez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre force» écrit-il.  C’est l’époque d’une intense mobilisation sociale avec la création de conseils d’usine et une élection par les ouvriers de commissaires. Le congrès de Bologne des 5-6 octobre 1919, décide l’adhésion à l’Internationale communiste, avec une structuration des conseils d’usine et la création de l’école de la culture. Mais le Parti socialiste italien est traversé par des tendances contradictoires (réformistes, les maximalistes, les abstentionnistes ou gauchistes). Le second congrès de l’Internationale communiste des 19 juillet 9 août 1920, pose ses 21 conditions, notamment l’obligation de se débarrasser des réformistes (Filippo TURATI, la Confédération Générale du Travail). GRAMSCI est du côté des abstentionnistes d’Amadeo BORDIGA (1889-1970), parce qu’il estime que les maximalistes versent dans la phraséologie, l’incantation, et donc sont peu efficaces. Au 27ème Congrès du Parti socialiste italien, du 15 au 21 janvier 1921, c’est la scission, et le Parti communiste italien voit le jour, avec la fraction d’Imola. Antonio GRAMSCI est chargé de faire des propositions sur les questions agraire, syndicale et tactique de «Front unique» qui sont avalisées par le Congrès de Rome des 20-24 mars 1922. GRAMSCI est désigné par le PCI pour le représenter à Moscou, en mai 1922, au Comité exécutif de l’Internationale communiste. Malade, il reste six mois au sanatorium de Serebryany Bor, où il rencontre une jeune musicienne russe, Julia SCHUCHT (1896-1980), qui deviendra sa femme en 1923. Ils auront deux enfants : Délio né en 1924 et Giuliano en 1926.

Les fascistes prennent le pouvoir le 28 octobre 1922 ; ce qui est analysé par GRAMSCI comme la conséquence d’une faiblesse des forces révolutionnaires qui doivent dégager, sur le plan idéologique, une ligne politique claire et forte. GRAMSCI participe du IVème congrès de l’Internationale communiste des 5 novembre 5 décembre 1922, en charge de la question italienne. En février 1923, alors qu’il est à Moscou, le gouvernement emprisonne une partie du Comité exécutif du PCI, dont BORDIGA. GRAMSCI propose de créer un nouveau quotidien ouvrier, l’Unita (Unité) avec une alliance entre les couches les plus pauvres de la classe ouvrière du Nord et la masse paysanne du Sud. Le 21 septembre 1923, les membres du Comité central sont arrêtés à Milan, puis relâchés au bout de trois mois. En 1924, GRAMSCI publie une nouvelle version de «l’Ordine Nuevo», avec une orientation marxiste plus affirmée. Le 6 avril 1924, il est élu député dans la circonscription de Vénétie. Il entre au Comité centrale du PCI et présente un rapport, en août 1924, sur «les tâches du PCI face à la crise de la société capitaliste italienne» et écrit divers fascicules pour l’école du Parti.

Le congrès de janvier 1926, à Lyon, entérine, largement, les orientations politiques dégagées par GRAMSCI. En octobre 1926, le PCI envisage, pour sa sécurité, de transférer GRAMSCI en Italie, mais il refuse cette proposition. Le 31 octobre 1926, un libertaire, Antheo ZAMBONI, tente d’assassiner, à Bologne, Benito MUSSOLONI. Le gouvernement italien, prend ce prétexte, pour mettre en place une politique de terreur, les libertés démocratiques sont suspendus et les partis dissouts.

Le 8 novembre 1926, alors qu’il est député, et en raison de «lois exceptionnelles», GRAMSCI est arrêté par les fascistes et condamné en 1928 pour «conspiration contre les pouvoirs de l'État, provocation à la guerre civile, incitation à la haine de classe, apologie d'actes criminels et propagande subversive». Le procureur mussolinien terminera son réquisitoire par ces paroles : «Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner». L’oracle fit fausse route, jamais GRAMSCI n’a été aussi productif, sur le plan intellectuel que pendant onze années de captivité, de la déportation à l'île d'Ustica jusqu'à la clinique Quisisana (Ici, on guérit), à Rome, où il meurt le 27 avril 1937 à quarante-six ans. En effet, GRAMSCI entretient une volumineuse correspondance, en particulier avec les membres de sa famille et notamment avec sa belle-sœur Tatiana SCHUCHT (1887-1943), qui l'assiste jusqu'au bout, et avec qui il a entretenu une importante correspondance. Il bénéficiera aussi du soutien de Piero SRAFFA (1898-1983) économiste de Cambridge, et neveu du président de la Cour de cassation, qui servira de relaie entre GRAMSCI et son parti en exil. Ses notes sont transférées, à Moscou, clandestinement, par la valise diplomatique de l’ambassade soviétique. La première édition italienne (partielle) des «Lettres de prison» en 1947 constitue, de même que la parution des «Cahiers de la prison» (Quaderni del carcere) de 1948 à 1951, un des grands événements culturels de l'après-guerre et le point de départ de la redécouverte de GRAMSCI par l'intelligentsia italienne. C’est durant cette longue incarcération qu’il élaborera sa pensée, devenant l’un des plus originaux théoriciens du marxisme. Entre 1929 et 1935, GRAMSCI rédige ses 33 «Cahiers de prison» qui constituent une réflexion profonde et visionnaire de l’histoire italienne, du marxisme, de l’éducation, de la société civile ou encore de l’hégémonie culturelle. C’est apparemment des textes discontinus, disparates et avec une technique de camouflage pour éviter la censure de la prison.

I - Exposé de la théorie de l'hégémonie culturelle de GRAMSCI

A – Le consentement de la société civile
 

Un fil conducteur traverse ses «Cahiers de prison» : la culture est «organiquement» liée au pouvoir dominant. En effet, l'Etat est également composé d'appareils à dominante idéologique, la «société civile», comprenant les forces culturelles (l'Université, l'Eglise, les intellectuels et artistes, les media), par lesquels la classe sociale au pouvoir essaie d'obtenir l'adhésion, le consentement, le consensus. En marxiste orthodoxe, GRAMSCI ne peut concevoir l'Etre humain en dehors de l'action de transformation qu'il accomplit par le travail sur la nature. C'est la praxis (l'action dialectique de la théorie et de la pratique) qui permettra le contrôle du Pouvoir culturel, sans lequel il ne peut y avoir de consensus au sein de l'Etat. L'Etat est composé d'appareils à dominante répressive, la «société politique», c'est-à-dire l'Etat au sens étroit du terme - comprenant les forces de coercition physique (l'armée, la police, la justice) et des organes de formation du droit (la bureaucratie, le parlement, le gouvernement) - appareils par lesquels la classe sociale au pouvoir assure sa domination. L'unité du tout est assurée par les théoriciens intellectuels qui sont chargés de diffuser la conception du monde de la classe dirigeante contre ceux qui entendent la contester. L'Etat ne se réduit donc pas, selon GRAMSCI, à son seul appareil politique. L'Etat «organise le consentement», c'est à dire qu'il dirige par le moyen d'une idéologie, implicite ou explicite, reposant sur des valeurs admises par la majorité des citoyens. En effet, concept de l’hégémonie culturelle traite de la relation entre la culture, le pouvoir et le capitalisme. Dans les faits, la grande masse adhère, non pas par coercition, mais «spontanément» à une orientation pour la vie sociale imposée par un groupe dominant.

Selon GRAMSCI, la domination ne peut pas s’imposer simplement au moyen d’actions physiques ou menaçantes. La domination n’est possible que lorsque les classes subalternes consentent spontanément à une hégémonie culturelle qu’elles considèrent comme favorable et qu’elles acceptent comme relevant du bon sens. En outre, la domination ne relève pas d’une classe particulière. Les autres groupes sociaux doivent être impliqués dans cette dynamique. En effet, la famille, l'école, l'Église, les partis, les professions, l'institution scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse constituent une forme de domination de classe. Elle se réalise au sein d'un mode de vie et de pensée, d'une forme de la culture et des rapports sociaux. Dans les plis et replis de l'existence quotidienne se fabriquent l'adhésion et le consentement qui assurent l'hégémonie. Pour GRAMSCI le pouvoir de l'État n'est donc pas la source de l'hégémonie mais son résultat. En cela, il ne fait que suivre l'histoire de l'Église catholique, modèle type de l'institution qui a multiplié au cours des siècles, les formes de domination. Pour créer une hégémonie politique, il faut unifier les masses anticapitalistes à partir de l’alliance avec les autres forces socialistes, et l’alliance avec les paysans, notamment du Sud, les plus révolutionnaires. Dans une démarche philologique et léniniste, expansive et non répressive, le prolétariat doit diriger la révolution démocratique en s’alliant avec la masse des paysans, majorité de la population laborieuse en Italie. Les paysans du Nord et du centre sont sous la coupe de l’Eglise. En revanche, les paysans du Sud sont plus sensibles à l’idéologie de gauche : «La société méridionale est un grand bloc agraire constitué de trois couches sociales : la grande masse paysanne amorphe et inorganisée, les intellectuels de la petite et de la moyenne bourgeoisie rurale, les grands propriétaires fonciers et les grands intellectuels. Les paysans méridionaux sont en effervescence perpétuelle, mais, en tant que masse, ils sont incapables de donner une expression organique à leurs aspirations et à leurs besoins. La couche moyenne des intellectuels reçoit de la base paysanne les impulsions nécessaires à son activité politique et idéologique. Les grands propriétaires sur le plan politique, et les grands intellectuels sur le plan idéologique, sont ceux qui centralisent et dominent en dernière analyse tout cet ensemble de manifestations.» dit-il dans ses «Ecrits politiques».

En marxiste orthodoxe, GRAMSCI ne peut concevoir l'Etre humain en dehors de l'action de transformation qu'il accomplit par le travail sur la nature. C'est la praxis (l'action dialectique de la théorie et de la pratique) qui fait du marxisme la «catharsis» (purification) qui réalise l'unité entre les contraires que sont le Matérialisme d'avant Marx d'une part et l'Idéalisme d'autre part. En Occident c'est la praxis qui permettra le contrôle du Pouvoir culturel, sans lequel il ne peut y avoir de consensus au sein de l'Etat. L'Etat est composé d'appareils à dominante répressive, la «société politique», c'est-à-dire l'Etat au sens étroit du terme, comprenant les forces de coercition physique (l'armée, la police, la justice) et des organes de formation du droit (la bureaucratie, le parlement, le gouvernement), appareils par lesquels la classe sociale au pouvoir assure sa domination.

Mais l'Etat est également composé d'appareils à dominante idéologique, la «société civile», comprenant les forces culturelles (l'Université, l'Eglise, les intellectuels et artistes, les media) - par lesquels la classe sociale au Pouvoir essaie d'obtenir l'adhésion, le consentement, le consensus. L'unité du tout est assurée par les théoriciens intellectuels qui sont chargés de diffuser la conception du monde de la classe dirigeante, contre ceux qui entendent la contester.

L'Etat ne se réduit donc pas, selon GRAMSCI, à son seul appareil politique. L'Etat «organise le consentement», c'est à dire qu'il dirige par le moyen d'une idéologie, implicite ou explicite, reposant sur des valeurs admises par la majorité des citoyens. Alors qu'en Orient, écrit GRAMSCI, la «société politique» est totalitaire et donc réduit à peu de chose la «société civile» il n'en est pas de même en Occident.  En Occident la «société civile» est une force dont les communistes doivent tenir compte pour prendre le Pouvoir. C'est pourquoi, en Occident, écrit GRAMSCI avant la deuxième guerre mondiale, les communistes doivent s'emparer tout d'abord du pouvoir culturel, par le moyen des intellectuels. Il faut donc mener la bataille des idées pour soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante afin de conquérir le pouvoir. GRAMSCI explique en quoi la notion d'hégémonie est indispensable à tout processus de conquête du pouvoir. Dans sa pensée, les intellectuels jouent un rôle déterminant dans la constitution et le maintien de cette hégémonie. Schématiquement, le parti communiste serait à l'intellectuel marxiste, ce que l'Église est à l'intellectuel dit traditionnel catholique. Il montre déjà la dimension religieuse du parti, bien que le parti aspire à devenir l'État là où l'Église est déjà sinon l'État ou une instance semblable à l'État. C'est ainsi qu'il théorise la fonction de l'intellectuel organique et la notion de métapolitique. C'est-à-dire que la conquête du pouvoir politique passe d'abord par la conquête de l'hégémonie culturelle.

Constatant que les révolutions communistes promises par la théorie de Marx n’avaient pas eu lieu dans les sociétés industrielles de son époque, GRAMSCI formule une hypothèse. Si le pouvoir bourgeois tient, ce n’est pas uniquement par la main de fer par laquelle il tient le prolétariat, mais essentiellement grâce à son emprise sur les représentations culturelles de la masse des travailleurs. Cette hégémonie culturelle amenant même les dominés à adopter la vision du monde des dominants et à l’accepter comme «allant de soi». Alors qu'en Orient, écrit GRAMSCI, la «société politique» est totalitaire et donc réduit à peu de chose la «société civile» il n'en est pas de même en Occident. En Occident la «société civile» est une force dont les communistes doivent tenir compte pour prendre le pouvoir. C'est pourquoi, en Occident, écrit GRAMSCI avant la deuxième guerre mondiale, les communistes doivent s'emparer tout d'abord du pouvoir culturel, par le moyen des intellectuels. Dans les sociétés occidentales, il est impossible de prendre le pouvoir politique sans contrôler d'abord le pouvoir culturel. C'est pourquoi il convient d'adapter les théories marxistes de révolution et de dictature du prolétariat doivent à la réalité sociale. De même, la prise du pouvoir étatique à l'aide d'une insurrection politique est impossible dans les mêmes sociétés évoluées, s'il n'y a pas préalablement un long travail idéologique de préparation du terrain au sein de la société civile. Pour GRAMSCI, l'avènement du socialisme ne passe ni par le putsch, ni par l'affrontement direct, mais par la subversion des esprits. Il faut donc contrôler la «culture» parce qu'elle est la clé des valeurs et des idées. En effet, dans nos sociétés, la société civile joue un rôle décisif par rapport au politique, et l'hégémonie idéologique et sociale l'emporte, souvent, sur la domination politique et sur la force.

Pour renverser la vapeur, toute conquête du pouvoir doit d’abord passer par un long travail idéologique, une lente préparation du terrain au sein de la société civile. Il faut, peu à peu, subvertir les esprits, installer les valeurs que l’on défend dans le domaine public afin de s’assurer d’une hégémonie culturelle avant et dans le but de prendre le pouvoir.

B – La mission de l’intellectuel organique

S'inspirant de Machiavel, GRAMSCI assigne dès lors une tâche déterminante aux «intellectuels» ; par un travail de termite, ils doivent saper les valeurs de la société traditionnelle et capitaliste. Ayant une fonction sociale et politique, ils doivent être ralliés ou détruits. Les intellectuels constituent-ils un groupe social autonome et indépendant, ou bien chaque groupe social a-t-il sa propre catégorie spécialisée d'intellectuels ?

Pour GRAMSCI «tous les hommes sont des intellectuels ; mais tous les hommes n'exercent pas dans la société la fonction d'intellectuelle». En effet, tous les hommes sont des philosophes, comme le «connais-toi, toi-même» de Socrate, c’est une forme de «philosophie spontanée». Tout le monde est philosophe, chacun à sa manière, et de façon inconsciente. La culture, c’est la façon de nous mettre en relation avec le monde, «le sens commun», mais dans notre relation à l’autre se noue, sans parfois qu’on s’en rende compte, une transmission de relation de pouvoir, des rapports de soumission et de subordination intellectuelle empruntés au groupe social dominant. En effet, cette activité intellectuelle peut conduire «à participer à une conception du monde imposée mécaniquement par le milieu ambiant» écrit-il.  Le sens commun, philosophie spontanée de tout le monde, peut donc créer une relation d’obéissance à l’autre. Par sa conception du monde, on appartient toujours à un groupe déterminé, et précisément à celui de tous les éléments sociaux qui partagent un mode de penser et d’agir. On est donc généralement conformiste. On peut donc penser, sans avoir une conception cohérente du monde avec conscience critique de son historicité, et participer ainsi, mécaniquement, à une conception du monde imposée par le milieu extérieur. «On est toujours les conformistes de quelque conformisme, on est toujours homme-masse ou homme collectif. Le problème est le suivant : de quel type historique est le conformisme, l'homme-masse dont fait partie un individu ? Critiquer sa propre conception du monde signifie donc la rendre unitaire et cohérente et l'élever au point où est parvenue la pensée mondiale la plus avancée» écrit-il dans ses Cahiers de prison.

Par conséquent, «La théorie du matérialisme historique : manuel populaire de sociologie marxiste» ou le manuel populaire, de Nikholai BOUKHARINE (1888-1938), est une philosophie «folklorique», vulgaire et populaire, «c’est un ensemble désagrégé d’idées et d’opinions» dit GRAMSCI, dans son cahier n°11. La philosophie est un ordre intellectuel, ce que ne peuvent être ni la religion, ni le sens commun. «La philosophie est la critique et le dépassement de la religion et du sens commun, et en ce sens-là elle coïncide avec le “bon sens”, qui s’oppose au sens commun»  écrit GRAMSCI. Le bon sens, c’est le travail critique de la culture dominante. S’inspirant d’Emmanuel KANT, il nous invite à passer de notre village, de nos intérêts corporatistes ou économistes, au monde, c’est-à-dire à l’universel. Il est nécessaire d’avoir une avant-garde idéologique et philosophique, des intellectuels de profession. Pour lutter contre l’appareil idéologique de l’Etat, GRAMSCI assigne une tâche particulière à «l’intellectuel organique». Chaque homme, en dehors de sa profession, exerce une quelconque activité intellectuelle, il est un «philosophe», un artiste, un homme de goût, il participe à nue conception du monde, il a une ligne de conduite morale consciente, donc il contribue à soutenir ou à modifier une conception du monde, c'est-à-dire à faire naître de nouveaux modes de penser. Il assigne à l’intellectuel une mission particulière «développer de façon critique l'activité intellectuelle qui existe chez chacun à un certain degré de développement».

Tous les hommes sont des intellectuels mais seuls certains exercent cette fonction. Les intellectuels ont pour fonction d’organiser l’hégémonie sociale d’un groupe et sa domination étatique, c’est-à-dire le consentement donné par le prestige de la fonction dans le monde productif et l’appareil de coercition. La classe dominante, pour contrôler les masses agit parfois par des compromis (ex subventions, sécurité sociale) ; c’est un moyen dominant d’absorber ou de neutraliser les révoltes. Pour GRAMSCI, toute classe qui souhaite dominer doit aller au-delà de ses propres intérêts étroits, économiques-entreprises, à exercer un leadership intellectuel et moral, et à faire des alliances et des compromis avec une variété de forces. Le rôle de l'intellectuel organique face aux hégémonies concurrentes, est de dénoncer et de lutter ce genre de pratiques.

Cependant, l’intellectuel organique organisateur ne suffit pas pour l’ascension d’une classe considérée, seul l’intellectuel organique théoricien est capable de construire une hégémonie de classe sociale au sein de la société civile. La fonction hégémonique est définie comme le travail de mise en conformité du discours véhiculé par la société civile (c'est-à-dire la Cité hors du champ proprement politique) y compris à travers les intellectuels au sein de la société civile. Il faudrait soustraire le prolétariat des normes de conduite, des valeurs et de la culture de la classe dominante, la bourgeoisie, en créant une nouvelle culture : «Créer une nouvelle culture, cela ne signifie pas seulement faire individuellement des découvertes “originales”, cela signifie aussi, et spécialement, répandre de façon critique des vérités déjà découvertes, les “socialiser” pour ainsi dire, et par conséquent les faire devenir la base d’actions dans la vie [vitales], l’élément de coordination et d’ordre intellectuel et moral. Qu’une masse d’hommes soit conduite à penser de façon cohérente et sur un mode unitaire le réel présent, c’est un fait “philosophique” bien plus important et original que ne le serait la trouvaille, de la part d’un “génie” philosophique, d’une nouvelle vérité qui reste le patrimoine de petits groupes intellectuels» écrit GRAMSCI. Par conséquent, le problème fondamental de toute conception du monde, de toute philosophie, c’est une question de culture, il s’agit de «conserver l’unité idéologique dans tout le bloc social qui, justement, doit à cette idéologie déterminée son ciment et son unité». Le but posé par Platon est d’élever l’humanité au rang du vivre philosophique. L’intellectuel est capable d’opérer une action générale sur la «société civile», ce type d’intellectuel intéresse plus particulièrement GRAMSCI parce que, étant inscrit dans une structure sociale fragilisée, il peut, par sa décision de basculer (ou pas) au service des classes contestataires. Il peut jouer un rôle décisif dans l’évolution de la structure sociale.

GRAMSCI part du constat que les philosophies «immanentistes», celles qui se passent de la transcendance divine, comportent de graves faiblesses ; elles n’ont pas pu maintenir l’unité idéologique et sociale en vue de développer la dialectique du rapport entre les intellectuelles et les masses ; c’est un «byzantinisme d’avant-garde». Il manquait en ces mouvements intellectuels toute organicité «on a l’impression qu’ils ressemblaient aux premiers contacts entre les marchands anglais et es Nègres d’Afrique : on donnait de la marchandise de pacotille pour avoir des pépites d’or» écrit GRAMSCI.  L’Eglise, elle, a pu créer une unité doctrinale de toute la masse religieuse. L’Eglise romaine, bien centralisée, a empêché que ne se forment deux religions, celle des intellectuels et celle des âmes simples. Or, suivant Hegel et Platon, il y a en tout homme, un appétit de culture et de savoir qui est l’or même. La bourgeoisie ayant imposé son modèle de pensée dominant, il est impérieux que les gens simples, le prolétariat, qu’il y ait «une organicité» de la pensée philosophique, une solidarité entre les intellectuels et les gens simples, un matérialisme historique propre au prolétariat, suivant Louis ALTHUSSER.

Lénine avait abordé la notion d’hégémonie en ce qui concerne le rôle dirigeant des travailleurs dans le cadre d’une alliance avec d’autres couches sociales : «La crise révolutionnaire reste inévitable. Cette situation dicte au prolétariat des tâches tout à fait précises et rigoureusement déterminées. Étant la seule classe révolutionnaire jusqu’au bout dans la société moderne, il doit diriger, il doit s’assurer l’hégémonie dans la lutte de tout le peuple pour un renversement démocratique complet, dans la lutte de tous les travailleurs et exploités contre les oppresseurs et exploiteurs. Le prolétariat n’est révolutionnaire que dans la mesure où il a conscience de cette idée d’hégémonie et qu’il la traduit dans les faits». GRAMSCI, à travers l’hégémonie culturelle, ne vise pas la dictature du prolétariat au sens que lui donne Lénine. La prise de pouvoir donne «la domination», mais reste à conquérir «la direction», c’est-à-dire l’unité culturelle et éthique. L’hégémonie culturelle peut et doit être construite dès avant l’arrivée au pouvoir, et doit continuer à être construite et alimentée une fois qu’un parti est arrivé au gouvernement. Une fois qu’il domine effectivement, qu’il a pris le pouvoir, il doit continuer à diriger. L’hégémonie doit être là avant, pendant et après. Mais cette affirmation découle directement de sa réflexion sur le rôle des modérés et du parti d’action pendant le Risorgimento. Mais le Risorgimento est une révolution bourgeoise menée par la classe dominante En effet, pour que la fonction hégémonique soit assurée, il faut, d’abord, que la classe considérée possède une unité de représentation. Si elle n’est pas unifiée sous cet angle, elle ne peut promouvoir l’hégémonie de sa vision du monde. En stalinien, pour GRAMSCI, le «Parti» est indispensable à la constitution du Prolétariat comme classe consciente d’elle-même. Il disait déjà «La tâche du Parti est de concentrer sur lui l’attention de toute la masse d’obtenir que ses propres directives deviennent celles de toute la masse, de conquérir la confiance permanente de toute la masse de façon en devenir le guide, la tête» écrit-il dans l’Ordine Nuevo, du 8 mai 1920. Il s’appuie aussi sur Machiavel, non pas dans sa démarche cynique, en tant que fondateur de la science politique : «Le maître d’art politique le plus classique des groupes dirigeants italiens, Machiavel, avait lui aussi posé le problème, dans les termes et avec les préoccupations de son temps, cela va de soi. Dans les écrits politico-militaires de Machiavel, la nécessité de subordonner de façon organique les masses populaires aux couches dirigeantes, pour créer une milice nationale capable d’éliminer les compagnies de mercenaires, est assez bien perçue», écrit-il.

II – L’actualité et la postérité de la théorie de l’hégémonie culturelle de GRAMSCI

MUSSOLINI voulait réduire au silence GRAMSCI en le jetant en prison, mais en raison de la vitalité, la vigueur l’originalité de sa pensée, cet intellectuel majeur du XXème siècle est enseigné dans les disciplines de science politique. Certains hommes de droite (Nicolas SARKOZY) ou de gauche (M. Benoît HAMON) veulent, pour des raisons diverses, s’inspirer de sa théorie de l’hégémonie culturelle. En effet, notre époque est marquée par une crise profonde des valeurs : «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres» écrit GRAMSCI qui a théorisé la crise que nous vivons. «La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés» écrit-il. On observe une tendance générale, dans les pays occidentaux à l’effondrement ou au recul des idées de gauche et à une progression des idées d’extrême-droite. En Afrique, en dépit, d’une lente et perceptible avancée des idées de démocratie et de liberté qu’il faudrait encourager, la castration des forces vives, en raison de la Françafrique et des régimes dynastiques et préhistoriques.

A – La droitisation de la vie politique française

La Révolution de 1789, est une victoire de la bourgeoisie habitant les villes contre la royauté qui s’appuyait l’aristocratie et l’Eglise. La paysannerie, le gros des troupes, était dominée culturellement par les forces conservatrices. Pendant longtemps, la bataille entre républicains et royalistes a été incertaine. Les royalistes, divisés, ont mené la bataille idéologique en mettant en avant les excès de la Révolution, notamment ce qu’on appelle la «Terreur». Ainsi, René François CHATEAUBRIAND, put assister aux premiers bouleversements de la Révolution à Paris ; d’abord séduit par les idées qu’elle soulevait, il devait prendre, rapidement, en horreur les violences qu’elle engendrait. C’est le Parti radical, sous la IIIème République, à travers les questions d’instruction publique, de libéralisation de la vie politique et de laïcité, qui a consolidé l’Etat républicain.

Sous la IVème République, les guerres coloniales ont créé une grande instabilité politique. De GAULLE s’est saisie de cette situation, pour réformer les institutions et reprendre le pouvoir. Sous la Vème République cette tentation entre la République et la monarchie continue toujours de hanter les esprits, avec l’élection d’un président de la République, doté d’importants pouvoirs, au suffrage universel direct, est une nouvelle donne.

Cependant, au sortir de la deuxième guerre mondiale, en raison de son rôle éminent dans la Résistance, le Parti communiste était la première force politique. Dans un contexte de guerre froide, et de concurrence avec le Parti socialiste depuis la scission avec le Parti socialiste, les idées de gauche sont restées influentes dans la société française. Mai 68, en réaction contre le patriarcat instauré par De GAULLE, a renforcé progressivement, l’hégémonie culturelle des idées de gauche. «Dans cette élection, il s'agit de savoir si l'héritage de mai 68 doit être perpétué ou s'il doit être liquidé une bonne fois pour toutes" disait Nicolas SARKOZY le 30 avril 2007, entamant ainsi une droitisation de la vie politique en France.

Si le Parti de Guy MOLLET, discrédité, a été remplacé par un nouveau Parti socialiste issu du Congrès d’Epinay-sur-Seine, François MITTERRAND est sorti victorieux de l’élection du 10 mai 1981, sur fond de guerre froide. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. En fait, l’objectif de MITTERRAND était d’affaiblir son allié communiste, en lui prenant 5 millions de voix. Finalement, le système communiste international s’est effondré en 1989, en raison principalement par la guerre des idées menées par l’Occident autour notamment de la question des droits de l’homme. Le P.C.F, le plus stalinien des partis communistes d’Europe a ignoré, ou méprisé Antonio GRAMSCI, et n’a donc entamé sa rénovation que timidement, lentement et tardivement ; mais le PCF déjà discrédité en raison de son obéissance aveugle à Moscou, a entamé sa longue agonie.

Les Socialistes, en abandonnant les valeurs de la Gauche, et en s’engageant, dans des politiques libérales, ont plongé le Parti socialiste dans une crise sans précédent. Si le gouvernement de Lionel JOSPIN (premier ministre de 1997 à 2002) avait un bon bilan, progressivement, il a tourné le dos à la classe ouvrière. «Mon projet est moderne, pas socialiste» avait-il en février 2002. Et il avait dit aux travailleurs de Michelin qui voulaient sauver leurs emplois : «Je ne crois pas qu'on puisse administrer désormais l'économie. Ce n'est pas par la loi, les textes, qu'on régule l'économie. Tout le monde admet le marché. Je ne suis pas, moi, dans l'ordre de l'imaginaire. Je suis dans l'ordre du réel. L’Etat ne peut pas tout», dit, en 2000, Lionel JOSPIN, avouant ainsi son impuissance à agir contre le marché. En décalage avec son discours du 21 janvier 2012 au Bourget, François HOLLANDE (président de 2012 à 2017) gouverne à droite et a fait considérablement reculer les idées de gauche. Certes, il a tenu bon, et en dépit d’une forte opposition des conservateurs au mariage pour tous, qui est maintenant entré dans les mœurs. En revanche, d’importantes digues sont sur le point de céder, au point de faire vaciller toutes les valeurs culturelles sur lesquelles la Gauche est fondée. Sa main a tremblée, pour mettre en œuvre le droit de vote des étrangers aux électorales, une mesure symbolique, un puissant marqueur de gauche. La déchéance de la nationalité, les menaces de remise en cause du statut de la fonction publique, le travail du dimanche, le démantèlement progressif du Code du travail, le manque de bienveillance aux «sans-dents», notamment ce qui concerne les faibles salaires, les retraités et les fonctionnaires, sont autant de signaux négatifs dans cette bataille pour l’hégémonie culturelle de la Gauche. J’ajouterai aussi la promotion de ministres qui souhaitent même rebaptiser le Parti socialiste ou sanctionner les chômeurs qui ne seraient tous que des fraudeurs, ajoute de la confusion à la confusion. Progressivement, l’idéologie de gauche ne cesse de reculer pour faire place à une hégémonie culturelle des idées d’extrême-droite, dont l’influence politique dépasse, très largement ses succès électoraux. La conjonction de trois facteurs explique cette chute brutale du Parti socialiste, avec un licenciement du personnel, et un transfert de son siège de la rue Solférino, dans le chic VIIème arrondissement de Paris à la rue Molière à Ivry-sur-Seine. M. Benoît HAMON, un ancien socialiste, concurrencé par la France Insoumise de M. MELENCHON, fait référence aussi à Antonio GRAMSCI : «Je pense à cette définition de la crise d’Antonio Gramsci qui dit que la crise c’est quand le vieux est mort et que le neuf ne peut pas naître et nous sommes dans un moment comme celui-là, et il a rajouté que de ce clair-obscur peut naître un monstre» dit-il le 23 janvier 2017.

La Droite, rebaptisée «Les Républicains» fait appel, curieusement, à l’hégémonie culturelle d’Antonio GRAMSCI : «Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là », déclarait ainsi M. Nicolas Sarkozy en 2007. Etrangement, la Droite parle aussi à ceux qui s’acharnent à empêcher que cet autre monde advienne. Ainsi, Nicolas SARKOZY a résolument placé son mandat présidentiel de 2007 à 2012, sous l’angle de l’idéologie de l’extrême-droite. Il a placé son mandat sous le sceau de «l’identité nationale», son discours à Dakar prétendant que l’Homme noir ne serait pas entré dans l’histoire, ses invectives à la dalle d’Argenteuil et s’engageant, à propos de l’insécurité «à tout nettoyer au karcher» ou encore son concept d’une «France qui se lève tôt» insinuant que les autres ne seraient que des feignants qui ne vivraient des allocations familiales.

La liste est longue des attentats contre la République d’un parti devenu républicain et qui n’a rien plus rien de républicain, dans ses dérives lepénisées. Ainsi, François FILLON, a créé un mouvement, «Sens commun», terme qui n’a rien à voir avec l’acception que lui donnait Antonio GRAMSCI ; c’est une organisation conservatrice proche des idées d’extrême-droite. Laurent WAUQUIEZ, devenu patron des Républicains, continue sur cette ligne ultra-conservatrice : «Pour que la France reste la France, il faut que nous sortions du gaspillage de l’argent public. (…) Pour que la France reste la France, il faut protéger les familles. (…) Pour que la France reste la France, nous devons être fiers de notre identité» dit-il le 18 juin 2018. Les Républicains ne sont plus des républicains, plus rien ne les distingue du Rassemblement national (ex F.N).

Le Rassemblement national, en recherche de respectabilité et d’hégémonie culturelle, a cessé, provisoirement, ses attaques contre la communauté juive, et ne s’en prend qu’à la partie la plus faible de la société française, les Arabes et les Noirs. Dans sa bataille idéologique, le R.N. met en avant l’immigration, avec sa théorie du «Grand remplacement». Même si le RN se brise contre le plafond de verre à chaque élection, l'extrême-droite ne cesse de progresser. Ne représentant que 0,74% des voix en 1974, le RN. a été au 2ème tour des présidentielles de 2002 et 2017, remporté des mairies en 2014, gagné des conseillers départementaux et des élus au parlement européen. Aux régionales, le FN a triplé en voix en 10 ans (3,5 millions de voix en 2004, 6,8 millions en 2015). L'influence sur l'opinion publique du RN est encore plus grande que ses succès électoraux, par une sorte de lepénisation des esprits. «Nous avons un devoir de lucidité», souligne à juste titre Alain JUPPE. Le RN recherche des alliances crédibles pour conquérir le pouvoir. Le R.N. qui est hors de la République, car déniant le pluralisme ethnique et culturel, et animé d’un esprit esclavagiste et colonialiste, rêve d’une autre France qui n’a jamais existé, une France frileuse, rabougrie et recroquevillée sur elle-même, purement blanche et fantasmée.

Dans ces batailles pour l’hégémonie culturelle et politique est venue de la République en Marche d’Emmanuel MACRON. Tirant, très habilement, les leçons du grave discrédit des partis politiques traditionnels, M. MACRON a axé sa campagne électorale des présidentielles de 2017 sur un slogan qui a fait mouche «Ni de Droite, Ni de Gauche». Il laisse entrevoir que la France est réformable en faisant fi du sectarisme et du dogmatisme partisan, sur la base uniquement de l’intérêt national. Les Français lassés des gesticulations et de l’inefficacité des partis classiques de gauche et de droite, les ont sévèrement sanctionnés, par un mouvement de colère marqué par «le dégagisme» suivant une expression de Jean-Luc MELENCHON. Le paysage politique est éclaté, les syndicats de plus en plus faibles et M. MACRON a en face de lui, pour l’instant, un champ de ruines, avec une opposition inaudible, et déroule son programme de président des riches. M. Benoît HAMON avait eu raison de sommer M. MACRON de divulguer la liste de ses donateurs pour les présidentielles de 2017.

En dépit, de sa situation difficile et des concurrences fratricides, les enjeux pour l’hégémonie culturelle de la Gauche sont nombreux. Une presse plus que jamais concentrée aux mains de grands groupes financiers, pollue le débat idéologique et la confrontation des idées. Par conséquent, les vrais enjeux sont masqués par une information standardisée, répétitive, anecdotique et sensationnelle.

Pourtant, la Gauche, devenue inaudible et marginalisée, devrait revenir à ses fondamentaux, à son logiciel de pensée. Ainsi, la question de l’immigration devrait être analysée sous l’angle de la bonne intégration des étrangers et des Français issus de la diversité. Les discriminations contre ces groupes sont à la source de l’abstention lors des élections, et même de l’indifférence des Français issus de l’immigration. «Un homme ne peut vivre véritablement sans être un citoyen et sans résister. L’indifférence, c'est l'aboulie, le parasitisme, et la lâcheté, non la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. L’indifférence est le poids mort de l’histoire», souligne Antonio GRAMSCI. Le partage du pouvoir, et l’association de ces personnes à la décision est devenu un enjeu fondamental. Il faudrait aussi s’interroger et apporter de bonnes réponses aux guerres locales conduites par la France et sa politique inspirée par la Françafrique de pillage des ressources du continent noir. Les politiques libérales considèrent que les pauvres, les fonctionnaires, les retraités, le service public, les collectivités locales, seraient un frein à l’initiative privée. Or, tout en maintenant, l’efficacité de l’économie, la justice sociale est élément majeur de dynamisme et de cohésion de la société.

B – La castration des intellectuels en Afrique

Dans son histoire, le Sénégal administre aussi les éléments de la crise qu’évoque Antonio GRAMSCI. Ainsi, Blaise DIAGNE, élu député du Sénégal en 1914, sur un projet nationaliste, sur une base anticolonialiste, s’est finalement rallié à la colonisation. Léopold SENGHOR (président de 1960 à 1980, pourtant un exceptionnel homme de culture, ainsi qu’Abdou DIOUF (président de 1981 à 2000) ont été les défenseurs zélés de la Françafrique. De surcroît, pendant leur mandat, outre la période de glaciation avec l’emprisonnement de Mamadou DIA et l’exil d’une bonne partie de l’opposition, ils ont été des rois fainéants. Les Socialistes qui ont dirigé le Sénégal, pendant 40 ans, ont mené peu de projets d’envergure. Maître Abdoulaye (président de 2000 à 2012) élu sur un projet de SOPI (changement), même s’il a entamé de grands travaux et renforcé l’éducation nationale, a été populiste, ethniciste, corrompu et surtout monarchiste. Antonio GRAMSCI avait vu juste avec son concept de «société civile». Ainsi, le Mouvement M 23, avec d’autres forces politiques, ont contribué, de façon décisive, à «dégager» maître WADE qui persiste toujours à soutenir son fils Karim WADE, condamné pour détournement de deniers publics. C’est en raison de cette crise de leadership au sein de son parti, le PDS, que certains de ses alliés l’ont quitté (M. Idrissa SECK de REWMI, M. Pape ou Souleymane DIOP de Convergence démocratique, et bien d’autres prétendants au trône).   

Bien avant le président MACRON, en 2012, Macky SALL, de tendance libérale et issu du PDS, a eu la grande habilité, pour rechercher une hégémonie culturelle, de s’allier avec des Socialistes (Ousmane Tanor DIENG, et Moustapha NIASSE) ; ce qui a créé une seconde alternance. M. Macky SALL, avec son nouveau parti, l’APR, à travers son concept de «Sénégal Emergent» a continué et amplifié les grands travaux engagés par maître WADE, entamé une grande rénovation de la vie politique (Loi constitutionnelle du 20 mars 2016, avec la limitation et la réduction du mandat présidentiel, Loi sur le parrainage de 2018 pour rationaliser les partis politiques).

Toutefois, les éléments de «la crise», au sens où l’entendait Antonio GRAMSCI sont présents dans le débat politique au Sénégal pour l’hégémonie culturelle. La société civile, au sens où l’entendait GRAMSCI, c’est l’émergence d’un «Etat éthique» ; ce qui correspond à l’action du Mouvement de juin 2011, M. 23 qui a fixé une ligne rouge à ne pas dépasser : le respect du terme du mandat présidentiel, ainsi que l’interdiction de la dévolution du pouvoir par voie monarchique. En fait, le concept de «société civile» a été interprété au Sénégal, d’une part, comme ceux qui ne veulent pas s’impliquer en politiques mais qui ont des principes et valeurs à défendre, et d’autre part, comme ceux qui ont des ambitions politiques, mais qui refusent toute étiquette politique, très souvent cela cache un manque d’idées ou de base électorale. Pour Antonio GRAMSCI la société civile concerne les intellectuels, les universitaires, la presse, les partis politiques et le pouvoir religieux.

Au Sénégal, la presse, en dépit d’une actualité riche, est restée, globalement, indolente et superficielle. Dans cette jungle et cette concurrence rude pour la survie, ce qui domine, ce n’est pas le débat d’idées pour l’hégémonie culturelle, mais les petites phrases choc de nature à créer un buzz pour attirer et fidéliser les publicitaires. Dans cette bataille rugueuse, tous les moyens sont bons pour emporter la conviction, y compris les arguments nauséabonds. Ainsi, Sidi Lamine NIASS, agite, régulièrement, la peur de l’autre, le spectre du «Grand Fouta» à savoir «l’axe Al Pulaar Guinée-Ethiopie, qui vient d’avoir deux présidents issus de cette donne sociologique (Macky Sall et Adama Barrow)» écrit-il. Il accuse le président Macky Sall d’avoir ethnicisé tout l’appareil d’Etat. Les leviers des destinées du pays seraient, selon lui, entre les mains des Toucouleurs et Peulhs. M. NIASS oublie que depuis l’indépendance, jusqu’à maître WADE, c’est les Mourides qui contrôlaient tout, et qu’actuellement la presse ne parle que sa langue. D’autres journalistes véreux, qui évoquent ces prétendues solidarités ethniques, ont inventé un néologisme «Neddo Ko Banditisme». Autant dire que le débat la lutte pour l’hégémonie culturelle est parfois en dessous de la ceinture. Contrairement à ces insinuations particulièrement malveillantes, Macky SALL, s’il est d’ascendance peule, est de culture Sérère. Son épouse, une Sérère, est pourtant affiliée à la communauté Mouride et bénéficie d’un large soutien des Oulofs. Nous avons besoin d’une presse audacieuse, qui enquête et informe, de façon équilibrée les citoyens, quelle que soit leur appartenance politique ou ethnique. Or, le Sénégal, curieusement, autorise la diffusion en direct de toutes chaînes françaises qui charrient souvent un esprit à la recolonisation.

Dans cette bataille des idées, l’opposition, pour l’instant, fortement divisée, sans programme alternatif, se cantonne dans l’invective, l’incantation, la critique systématique et le rejet de tout dialogue autour de questions d’intérêt national. Pourtant des enjeux majeurs, au-delà des questions partisanes, agitent parfois violemment la société sénégalaise :

- le bilan et les perspectives des conclusions résultant des assises nationales du 24 mai 2009, sous la direction d’Ahmadou Maktar M’BOW, en rapport avec la place de l'argent dans la sphère publique ;

- la souveraineté nationale en rapport avec les produits pétroliers et gaziers à venir à partir de 2021 ;

- Une gestion financière rigoureuse des finances publiques, en rapport avec les appétits de certains lobbies notamment maraboutiques ou professionnels ;

- la question de la sécurité, mais dans son acception large, y compris la sécurité alimentaire ;

- l’avenir de l’éducation ;

- la fixation des règles du jeu politique ;

- la performance de l’administration

- l’indépendance de la justice.

Par ailleurs, après plusieurs siècles d’esclavage, de colonisation ou néo-colonisation, de régimes autoritaires, l’hégémonie culturelle devrait pousser en faveur de la liberté et de la démocratie et de la démocratie en Afrique. Notre continent est riche de ses matières premières et de ses talents. Or la castration notamment des intellectuels, et la tentation de l’immigration avec ses drames devraient inciter à mener une bataille pour la consolidation de la démocratie, un commerce juste et équitable avec les autres pays et un approfondissement de l’intégration africaine.

Bibliographie très sélective

1 – Contributions de GRAMSCI

GRAMSCI (Antonio), «La conquête de l’Etat», Critique socialiste, mai-juin 1970, pages 7-10 ;

GRAMSCI (Antonio), «La science et les idéologies scientifiques», in L’homme et la société, juillet-septembre 1969, n°13, pages 169-174.

GRAMSCI (Antonio), Antonio Gramsci, dans le texte, sous la direction de François Rici, en collaboration avec Jean Bramant, traduction de Jean Bramant, Gilbert Moget, Armand Monjo, et François Rici, Paris, éditions sociales, 1975, 798 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Antonio Gramsci, textes essentiels, choix des textes et présentation par André Tosel, traduction de Jean Bramant, Gilbert Moget, Armand Monjo, François Ricci et André Tosel, Paris, éditions sociales, 1983, 388 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Cahiers de prison, Paris, Gallimard, bibliothèque de philosophie, tome I, cahiers 1-5, traduction de l’italien par Françoise Bouillot, avant-propos et notes Guy Paris, 1996, 720 pages ; tome 2, cahiers 6-9, traduction de Monique Aymard et Paolo Fulchignoni, avant-propos Robert de Paris, 1983, Gallimard, 720 pages ; tome 3, cahiers 10-13, traduction Paolo Fulchignoni, avant-propos Robert de Paris, 1978, Gallimard, 552 pages ; tome 4, 14-18, traduction de Françoise Bouillot et Gérard Granel, avant-propos Guy Paris, 1990, 432 pages ; tome 5, cahiers 19-29, traduction Pierre Laroche et Claude Perrus, édition Guy Paris, Paris, Gallimard, 1992, 588 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Ecrits politiques, traduction Robert Marie-Gracieuse Martin-Gistucci, Gilbert Roger, Robert Paris et Armando Tassi, édition de Guy Paris, Paris, Gallimard, collection bibliothèque de philosophie, 1974, 472 pages ; tome 2, 1921-1922, 1972, 384 pages et tome 3, 1923-1926, Paris, Gallimard, 1980, 448 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Guerre de mouvement et guerre de position, textes présentés par Razmig Keucheyan, Fabrique, 2012, 272 pages ;

GRAMSCI (Antonio), La cité future, traduction Fabien Trémeau, présentation André Tosel, Paris, Etudes critiques, 2017, 100 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Lettres de prison (1926-37), traduction traduction Jean Noaro, préface Palmiro Toggliati, «Antonio, chef de la classe ouvrière italienne», Paris, éditions sociales, 1953, 277 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Lettres de prison, traduction Hélène Albani, Christian Depuyper et Georges Saro, Paris, Gallimard, Collection témoins, 1971, 624 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Pourquoi je hais l’indifférence, préface de Martin Rueff, Paris, Rivages Poche, Petite bibliothèque, 2012, 216 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Vivre résister, Jean-Yves Frétigné, Paris, Armand Colin, 2017, 317 pages.

2 – Critiques sur GRAMSCI

ALTHUSSER (Louis), «Idéologie et appareils idéologiques d’Etat : notes pour une recherche», La Pensée, juin 1970 et in Positions (1964-1975), pages 67-125 ;

BENICHOU (Sarah), «Antonio Gramsci, penser la révolution au présent», Paris, Que faire l’autre ?, LCR n°8, mai-juillet 2008 ;

BENOT (Yves), «Gramsci en France», La Pensée, décembre 1975, n°184, pages 3-24 ;

BOCCARA (Paul), «Caractères généraux de l’Etat capitaliste et de son articulation au mode de production», La Pensée, janvier-février 1981, n°217-218 , pages 81-99 ;

BUCI-GLUCKSMANN, (Christine), Gramsci et l’Etat, pour une théorie matérialiste de la philosophie, Paris, Fayard, 454 pages ;

CARBONE (Maurizio), “Weak Civil Society in a Hard State : Lessons from Africa”, Journal of Civil Society, 2005, n°1-2, pages 167-179 ;

DI MAZZIO (Marco), «Les malentendus de l’hégémonie. Gramsci dans le Parti communiste français (1953-1983)», Actuel Marx, 2017, 2, n°62, pages 154-169 ;

DUCOL (Jacques), Antonio Gramsci et la pensée révolutionnaire, éditions Publibook, 2016, 592 pages ;

FIORI (Giuseppe), La vie de Antonio Gramsci, Paris, Fayard, 1970, 383 pages ;

FONSECA OLIVEIRA (Tatania), Antonio Gramsci et sa révolution socialiste, Paris, L’Harmattan, 2017, 250 pages ;

FROSINI (Fabio), «Hégémonie, une approche génétique», Actuel Marx, 2015 (1) n°57, pages 27-42 ;

GIACOMO (Mathée), «Gramsci : dialectique de la langue», La Pensée, janvier-février 1988, n°261, pages 79-89 ;

GOMEZ-PEREZ (Muriel), La société civile en question : l’application d’un concept en Afrique, cours dirigé, étudiant Jonathan Leclerc, Université Laval, 17 décembre 2009, 52 pages ;

GRANEL (Paul), Cours sur Gramsci, Boukharine et Bordiga (1973-74), 236 pages ;

GRISONI (Dominique), MAGGIORI (Robert), Lire Gramsci, Paris, Editions universitaires, 1973, 280 pages ;

GUIBAL (Michel), «Antonio Gramsci (II), un historicisme conséquent», Etudes, décembre 1976, n°345, pages 617-639 ;

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TOSEL (André), «Philosophie de la praxis et dialectique», La Pensée, janvier-février 1984, n°237, pages 101-120 ;

WALTER (Eric), «Du nouveau sur les intellectuels», La Pensée, août-octobre 1968, n°140-141, pages 170-192.

Paris le 1er janvier 2016, actualisé le 20 juin 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

 

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