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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 17:47

En France, dès qu’on engage une conversation avec un Européen, très souvent, une question insidieuse surgit : «Tu viens d’où ?». Cette inquisition s’accompagne, parfois, d’un commentaire superflu : «Tu habites depuis quand en France ? J’aime vraiment l’Afrique. Pourquoi tu ne rentres pas dans ton pays ? Quel gâchis !». Au début, agacé par ces rapports sociaux racisés et ethnicisés, je répondais, par provocation, que j’étais Suédois, ou tout simplement que je suis Parisien. La question «tu viens d’où ?», traduit le refus, d’une partie de la population française lepénisée, d’accepter un fait accompli, à savoir que l’intégration est déjà en marche. Ceux qui se réfugient derrière une France mythique, monocolore, ont encore du mal à admettre que ce pays soit devenu cosmopolite, multiculturel et que l’Islam est sa deuxième religion. C’est un débat, en apparence ethnique, mais sur le fond, l’enjeu partage du pouvoir au sein de la société française ; certains veulent ravaler les Français issus de l’immigration, comme au temps colonial, au statut d’indigènes de la République. «Tu viens d’où ?» signifie pour les tenants de la doctrine assimilationniste, «tu ne seras jamais comme nous, tu seras toujours chassé de la lumière, tu ne pourras jamais t’intégrer aux conditions qu’on a fixées, de façon paternaliste pour toi, et tu vivras, éternellement, en marge de la société française, comme un exclu, un marginal». Par conséquent, loin d’être une interpellation purement ethnique, c’est une question de place, de partage du gâteau, une question de classe, comme le dirait les communistes. Dans les faits, l’écrasante majorité de nos ancêtres les Gaulois croient aux valeurs républicaines d’égalité. Les Français issus de l’immigration sont aussi la France, mais il leur appartient de ne pas se laisser entraîner dans un débat identitaire piégé à l’avance par un discours lepénisé : «Ce n’est pas un problème de race. C’est le problème de savoir si vous acceptez, ou non, de regarder votre vie, d’en prendre la responsabilité et puis de vous mettre à la changer» dit BALDWIN. On doit saluer l’extraordinaire travail fait par les associations, en France, pour le bien-vivre ensemble, en termes notamment d’accès au logement, de régularisation de sans-papiers et d’accompagnement dans les démarches administratives. Je suis agréablement surpris par ces jumelages entre ces villes françaises et sénégalaises et ces associations humanitaires qui font un remarquable travail de solidarité avec l’Afrique. Le jumelage entre la ville du Val-de-Reuil et mon village, depuis 1998, Danthiady, est un exemple remarquable de coopération décentralisée ayant conduit à des projets innovants en matière d’eau, de santé, d’éducation et de culture maraîchère.

La question «tu viens d’où ?» est une vraie occasion de découverte de l’autre en vue d’échanger et de s’enrichir, mutuellement. «Sache d’où tu viens. Si tu sais d’où tu viens, il n’y a pas de limites à là où tu peux aller» dit BALDWIN. Le Noir américain sait maintenant qui il est et quelle est sa place réelle au milieu de ses concitoyens. Lorsqu’un opprimé a entrevu la possibilité d’être libre et qu’il accepte d’en payer le prix, il est vain d’espérer encore la paix pour longtemps. L’ignorance perpétuant les abus, j’ai décidé finalement, à travers le récit de la saga des Danthiadynabé de France, de ne pas rallier aux questions de curiosité malsaine, de botter en touche les diktats qui veulent nous enfermer dans nos déterminations. J’ai bien compris, qu’à travers cette question insidieuse «Tu viens d’où ?», se cache un profond mal-être des néo-maurrassiens pensant qu’avant c’était mieux. On ne naît pas Noir, on le devient à travers un regard colonial et néocolonial qui veut nous singulariser pour mieux nous enfermer dans des colères stériles afin de nous marginaliser. Je me définis comme un citoyen français originaire du Sénégal. En conséquence, j’ai pris la ferme résolution de me chercher, et chercher les autres en me cherchant. Au carrefour de plusieurs cultures, j’écris, aussi, d’affronter ces impostures, ces mensonges, ces hypocrisies, ces fantasmes simplificateurs. C’est une entreprise de thérapie pour être en paix avec moi-même, pour mieux entrer en relation avec les autres, dans une démarche apaisée et constructive.

La saga des danthiadynabé de France, et toute l’histoire de l’immigration en France, est récente, elle ne couvre qu’une cinquantaine d’années ; tout est encore frais dans les esprits. Il faudrait à mon sens, distinguer la première vague d’immigrants de celle de la deuxième génération qui est née en France. S’agissant des Français issus de l’immigration nés en Afrique, les liens et les souvenirs avec le continent noir sont encore intacts et vivaces. On reste ainsi hanté par cette aventure ambiguë, digne de Cheikh Hamidou KANE, par cette double culture et par ce mythe du retour. Deux mondes s’affrontent et se combattent : d’une part, l’école française, son mode occidental de vie dans lequel le colonisateur, niant nos valeurs culturelles et notre humanité, considérait que nos ancêtres étaient des Gaulois. J’ai connu aussi cette Afrique traditionnelle et sa culture de solidarité et d’entraide, son hospitalité, ses valeurs d’humanité, ses coutumes et traditions. J’ai entendu parler de l’histoire de mon Fouta-Toro, avec la dynastie des Satiguis fondée par Colly Tenguella BA, qui aura duré plus de quatre siècles (voir mon post), du Fouta-Toro et ses Almamy, notamment de Thierno Sileymane BAL, un de mes ancêtres, qui ont islamisé le Sénégal, en fondant un Etat théocratique, de la plus longue et la plus héroïque résistance du Fouta-Toro à la conquête coloniale, notamment avec El Hadji Omar TALL. L’histoire de l’origine des Peuls a immobilisé bon nombre de chercheurs (Louis FAIDHERBE, Henri GADEN, Maurice DELAFOSSE, Boubou Hama et Cheikh Anta DIOP) : sont-ils des sémites ou des Egyptiens ?


Les Français issus de l’immigration, avec leur double culture, sont hantés par le mythe du retour. Fonctionnant avec des codes culturels parfois décalés, cette première génération entretient des relations de tension éducation, mariage, perpétuation. «Français à part entière et Français entièrement à part» suivant une formule de Jean-Marie LE PEN. Mes enfants sont d’une mère Chinoise et d’un père Sénégalais : qui sont-ils donc ? Et que seront leurs descendants, s’ils continuaient à vivre dans un monde, en partie, racisé et ethnicisé ?

 

I – La première génération d’immigrants


Les immigrants en France, essentiellement des Peuls et Soninkés, viennent souvent de petits villages de la périphérie et défavorisés, de la région de Matam et de Bakel. Danthiady.


A – Le village des origines : une société autarcique et féodale


1 – L’histoire Danthiady et ses valeurs


L’élément eau est à l’origine de Danthiady. Il résulte de plusieurs témoignages que j’ai recueillis, le village de Danthiady, initialement, était installé à Pouléma, à 5 kilomètres, à l’Ouest de l’emplacement actuel. Pouléma, non loin de M’Bélone, dont on arrive pas encore à le localiser, est resté un endroit mythique, auréolé d’histoires surnaturelles. On raconte que les Danthiadynabé y sont restés pendant sept ans, sans maladie et sans morts. De confession musulmane et profondément superstitieux, les Danthiadynabé ont estimé que cette situation était anormale ; ils ont alors déménagé vers l’est. Mais, grands éleveurs de bétail (ovins et caprins), ils n’avaient pas d’eau. Le berger, pour les vaches, originaire de Dikka, non loin de Thiancogne, avait remarqué que les phacochères, allaient régulièrement se désaltérer, dans une vallée ; il suffisait seulement de creuser, sans profondeur avec leurs défenses, et l’eau jaillissait. Aussi, les Danthiadynabé déménagèrent rapidement à ce nouvel emplacement où on a trouvé de l’eau à profusion, en creusant des puits. Danthiady serait une déformation de «Danthianguo», c’est-à-dire là où on a retrouvé de l’eau.


La religion, ainsi que les questions de sécurité, pendant la colonisation, sont à la base de l’organisation de Danthiady. Là aussi, les témoignages sont presque concordants. On estime que sept grandes familles sont à la base de la création de Danthiady, auxquelles sont venues s’adjoindre d’autres communautés. Il s’agit des familles SALL, N’DIAYE, SOW, N’GAM, ANNE, AW et SY. C’est un point acquis que Thierno Demba SALL a fondé Danthiady au milieu du XIXème siècle. Par conséquent, Danthiady est un village relativement neuf de 160 ans. A partir de là, les versions des témoignages si elles ne divergent, comportent des nuances.

 

Une première version consiste à relater que Thierno Demba SALL viendrait du Toro, et arrivé à Ogo, il aurait lâché un représentant de la famille ANNE. Auparavant, son frère l’avait recommandé de continuer, seul sa route, deux éminents marabouts, ne pouvant pas résider dans le même village. L’un pouvant éclipser l’autre.


Une deuxième version, isolée, mais qui m’a été relatée, consisterait à soutenir, le village de Danthiady, serait d’abord dirigé par la plus ancienne famille, les AW. Ces derniers souhaitant suivre El Hadji Omar TALL, dans son Jihad au Mali, aurait confié la direction et le commandement de Danthiady. Mais à leur retour, les SALL aurait refusé de rendre le pouvoir aux AW.


Cette version «d’un coup d’Etat» me paraît peu plausible, compte tenu du caractère consensuel et démocratique de l’exercice du pouvoir à Danthiady, un village marqué par la transparence et la sérénité des décisions. En effet, des témoignages, et qui me semblent plus probants, insistent sur le fait que les SALL, pour conforter leur hégémonie sur le village, se sont alliés à certaines grandes familles, notamment les SOW, N’GAM, et surtout les N’DIAYE. Cette alliance s’est concrétisée par de nombreux mariages au sein de cette communauté. Ainsi, Khady SALL, l’ancêtre des N’DIAYE est bien un membre de la famille de Thierno Demba SALL. Ma grand-mère, Hapsa SALL, dont le père Abou Elimane SALL, un chef de village, est également originaire de cette famille.


Une troisième version que je tiens d’Oumar SALL, un descendant de Bassirou Elimane SALL, me paraît plus solide. En effet, Thierno Demba SALL est originaire de Bagodine, dans le département de M’Bagne, région de Brakna, en Mauritanie. Le père de Thierno Demba Ramata SALL, qui s’appelait Boubou Abda SALL, avait épousé la fille de Samba AW, un savant islamique avec des connaissances ésotériques. Cette fille s’appelle Ramata AW. Par ailleurs, son père Boubou Abda SALL, est le petit-fils d’Ali Eli Bana SALL, qui fut tué à Kahone, non loin de Kaolack. Ali Eli Bana était aussi allié de la dynastie des Déniankobé, et sans doute un des ancêtres de Macky SALL, président du Sénégal depuis 2012. Thierno Demba SALL, un érudit, voyant et guérisseur, a pris la décision de quitter la Mauritanie, vers 1777, au moment où Thierno Sileymane BAL, après la révolution des Torodos, céda le pouvoir à Thierno Abdoul Bocar KANE, mort le 4 avril 1807, assassiné par les Peuls Jaagordoo. Thierno Demba, s’installa, provisoirement, à Ouro-Sogui, à 10 km, de l’actuel village de Danthiady. Il alla, par la suite, à Ogo, à quelques kilomètres de là ; les habitants éblouis par ses connaissances islamiques et son intégrité, le nommèrent Cadi, un juge musulman, appliquant la Charia. Il s’acquitta, convenablement, de cette mission, jusqu’au jour où il sera saisi d’une affaire d’assassinat opposant une famille noble à une autre de rang plus modeste. En jurisconsulte rigoureux, Thierno Demba SALL prononça la peine de mort à l’encontre du coupable, même noble. Les familles s’étant opposées à l’application de cette peine, Thierno Demba SALL, épris de justice et d’équité, quitta le village d’Ogo, en raison de ce camouflet. Il s’enfonça dans la forêt profonde, en direction de l’Ouest, et s’installa dans une zone sereine et sans bruit, appelée Pouléma, emplacement d’origine du village de Danthiady.

Thierno Demba Ramata, demanda à l’Almamy du Fouta de s’installer à Pouléma, une autorisation qui lui est immédiatement consentie. Ce qui situe la première installation de Danthiady vers la fin du 18ème siècle. Suivant la tradition orale, et sans qu’on puisse le vérifier, naturellement, cette zone paradisiaque était le domaine des Djins, des esprits, qui ne contestaient la venue de ces intrus. Devant ce conflit majeur, entre un savant islamique, non impressionné, et des esprits se sentant envahis par ces nouveaux immigrants, un accord fut trouvé de recourir à un arbitrage pour les départager. Le tribunal de Daléma, au Nord de Matam, comme celui de Hawdou, donnèrent gain de cause à Thierno Demba SALL. Savourant sa victoire, il fit venir, auprès de lui, son frère Amadou Ramata SALL, ainsi que Tapsirou Yéro et Amadou Samba Lari.

Thierno Demba SALL décida d’aller au Fouta-Djallon, pour approfondir ses connaissances islamiques et ésotériques, suivant ainsi la voie ouverte par Thierno Sileymane BAL et Cheikh Oumar TALL. A son retour, son frère Amadou Ramata, décida de retourner en Mauritanie ; il est enterré à Toullel N’Gadiari, près de Dawallel.

Ce qui caractérise la vie à Pouléma, c’est le règne d’une vie harmonieuse, fondée sur la solidarité, l’entraide, la justice et la paix. Les Danthiadynabé vivent au plus près de la nature, les pluies sont abondantes, et le gibier est largement suffisant pour nourrir tout le monde. Cependant, en période sèche, soit pendant neuf mois, entre octobre et juin, l’eau manquait. Sur l’emplacement actuel de Danthiady, un jour, un berger avait constaté qu’un phacochère, dans la vallée, pouvait se désaltérer aisément en creusant légèrement un trou avec ses défenses. Mis au courant, de cette nouvelle, Thierno Demba demanda aux habitants de Pouléma de déménager, sans délai. Etant entendu, la terre n’appartenant à personne, le premier arrivé est le premier servi. Thierno Demba fit d’abord installer son nouveau village à un lieu appelé «Toumbouddou». Thierno Demba, déjà âgé, est mort à Toumbouddou, c’est le premier décès depuis 7 ans. Il sera remplacé par son fils unique, Mamoudou Demba SALL. La nature est généreuse, le mil, l’arachide et le «Foléré» (fleur d’hibiscus) sont en abondance. Mais la famille SALL a renoncé d’élever des vaches, contrairement aux autres familles du village ; ils préféraient se consacrer à l’acquisition de connaissances, sources de richesses spirituelles.


Mamoudou Demba SALL, à sa disparition, est remplacé par son fils unique, Malick Mamoudou SALL, dit Elimane Malick qui avait quatre enfants : Amadou, Samba, Demba et Bassirou Elimane. A la disparition d’Elimane Malick, il est remplacé par Elimane Oumar SALL de 1914 à 1916, puis par Elimane Abou SALL, un fils direct d’Amadou Ramata SALL, de 1916 à 1918. Son fils Amadou Elimane reprend le flambeau à partir de 1918.


Les Danthiadynabé, comme tous les Foutankais, sont musulmans de confession Soufie, une tendance ésotérique et mystique de l’Islam sunnite, en opposition radicale contre le fondamentalisme et le fanatisme religieux. Le Soufisme combat le «moi» égoïste, fréquemment comparé à un cheval fougueux, et influencé par ¬Satan. Une forme d’ascèse cultivant la simplicité et répandue par Cheikh Ahmed Tidjani, né en 1737 à Aïn Mahdi, en Algérie, mais, en 1815, mort à Fès, au Maroc. Pour accéder à cette doctrine soufie, il faut l’intercession d’un guide religieux, «Mouggadam». Or, jusqu’en 1918, Danthiady ne célébrait pas le Mawloud, l’anniversaire de la naissance du Prophète Mohamed ; Elimane Amadou fut donc dépêché à Kaolack auprès d’El Hadji Abdoulaye NIASS, un marabout d’origine peule, mais de culture ouolof, proche de Maba Diakou BA, né à Beli, dans le Djiolof, en 1844. Il y rencontre Tapsirou Balla, de Mogo, un village voisin. Abdoulaye NIASS bénit le village de Danthiady pour que les récoltes en arachide et en foléré soient toujours abondantes. Par ailleurs, El hadji NIASS avait effectué, en 1890, un voyage à Fès et à Alexandrie, en Egypte. Exilé pendant longtemps, en raison de sa proximité avec Maba Diakhou BA (1867-1809), un Jihadiste, il ne rentra au Sénégal, qu’en 1910, pour s’installer à Kaolack. Ce chef religieux, ayant des attaches avec Taïba , Abdoulaye NIASS disparaît le 9 juillet 1922. Cependant, depuis lors les Danthiadynabé sont restés particulièrement fidèles et attachés à la famille des NIASS.

Quand Mamoudou Elimane disparaît en 1928, il est remplacé par Thierno Demba, junior.

La fonction de chef de village, était traditionnellement exercée aussi par le guide religieux, l’Iman de la mosquée. Cette confusion entre le temporel et le spirituel. Thierno Bassirou SALL (1922-1998), dit Bassirou «Tokossel» (junior), révolutionne, à partir de 1960, la fonction de chef de village. Il réintroduit le 3 janvier 1961, l’élection du chef de village, une institution qui avait perdu son crédit, en raison de sombres histoires de détournements d’impôts, mais surtout du fait des brimades de l’administration. En raison du résultat serré, 23 contre 22, le préfet demande un tirage au sort que Bassirou SALL gagne aussi. Il a mis de l’ordre dans les bases fiscales et rédigea à chaque fois, un procès-verbal des décisions de justice qu’il rendait. Le chef de village dispose, pour communiquer avec la population, d’un tabala, avec une peau de vache, confectionné par les Guissé. 7 coups annonce le décès, 3 coups un mariage et des coups discontinus un événement grave, appelant une intervention urgente, comme un incendie, tant redouté en raison, jadis, du nombre important de cases.

A son décès en 1998, Bassirou SALL est remplacé au poste de chef de village par Mamadou Baïdy SALL, le grand frère de maître Malick SALL, avocat.

Le village de Danthiady, au début ne comptant que quelques âmes, s’est progressivement, sous l’impulsion de son fondateur élargi à d’autres couches sociales. La famille de Hassane GUISSE est très ancienne, puisqu’ils sont présent au village depuis l’ère de Toumbouddou. Hassane était un ami personnel de Thierno Demba, il est originaire de Hamady Hounaré. La famille de Hamady GUISSE est originaire de Pattouki. Les GUISSE sont spécialisés dans la poterie et le tissage. Vivant dans une société agraire, Thierno Demba a recherché divers artisans, pour un équilibre du village, comme les forgerons et les tanneurs. Les Laobé (SOW et GADJIGUO) travaillent traditionnellement le bois ; ils fabriquent les mortiers pour piler le mil et les écuelles servant d’assiettes ou pour la traite des vaches. Les Sakké, qui travaillent le cuir, ont connu avec la prestigieuse école de Danthiady, un ingénieur, Amadou SYLLA, qui a été un remarquable président de l’association villageoise, transcendant ainsi ces questions de stratifications sociales. Son jeune frère est le directeur de l’école du village. Les forgerons, travaillant le fer, (hilaire pour cultiver le champ, fusil, hache) sont originaire d’un village tout proche, Bélaïndé.

D’autres familles se sont installées à Danthiady, pour diverses raisons. Ainsi, pour certaines familles venant du Ferloo, elles fuyaient le pouvoir tyrannique du chef de canton. En effet, le colonisateur avait en place pour l’administration des provinces, des anciens nobles du Fouta-Toro, souvent d’une grande férocité avec les populations locales. Mamadou COULIBALY, un Bambara, originaire du Mali, pour échapper au travail forcé, pendant la colonisation, pour la construction du chemin de fer Dakar-Bamako, mis en service en 1924, avec une grève majeure, en 1947. Un Peul, originaire de la Guinée, un DIALLO, est venu étudier le Coran au village, a eu un fils, puis est reparti définitivement dans son pays.

Une partie des habitants de M’Bélone, sans forage et donc sans eau en saison sèche s’est installée durablement à Danthiady. Ce sont des Maures et anciens esclaves fuyant les persécutions de leur pays d’origine et qui sont installés à 5 km à l’Est de Danthiady. En 1989, la Mauritanie expulse plus de 70 000 Peuls, dont certains viennent s’installer à Danthiady. C’est l’une des plus grandes mutations démographiques qu’ait connu Danthiady.

Depuis 2013, une route bitumée relie Danthiady à Dakar ; ce qui augure des mutations profondes. Dans les années 60, il fallait presque deux jours pour rejoindre la capitale sénégalaise. Maintenant le trajet peut s’effectuer en moins de 5 heures, dans un village de Danthiady complètement transformé avec l’arrivée de l’électricité et de l’internet. Fait rare, un commerçant Ouolof est venu s’installer à Danthiady, introduisant un début de diversité dans ce village connaissant peu la mixité ethnique.

La société foutankaise, dans son caractère féodal, est fondamentalement, inégalitaire. L’individu appartient à un lignage (Légnol) et à un village. Chaque individu appartient, par la naissance, à une caste, et le mariage étant endogamique, se fait à l’intérieur de chaque caste ; les castes sont aussi un régime de spécialisation professionnelle. Cependant, l’élevage et l’agriculture ne sont pas des activités castées. Cette société est répartie en trois principales castes de personnes. Les Nobles (Rimbés) qui comprennent les Peuls, les Torobés, les Sebbés (guerriers), les Soubalbés (pêcheurs) et les Jawambé (nobles, mais courtisans). Les Torobé sont les gardiens du savoir islamique, et ont été souvent des Almamy, la classe régnante. En réalité, les Torodo, très vaniteux et orgueilleux, sont exploités par les griots, les castés. Cette noblesse du sang, ne correspond à rien. Les artisans (Niégnembé) et artistes (tisserands, forgerons, cordonniers, bûcherons, griots, guitaristes). Les esclaves, au bas de l’échelle sont, comme leurs biens, attachés à une famille ; jusqu’à présent les mariages entre les Torodo et les esclavages ne sont pas encouragés. Ces castes qui correspondent, initialement à une bonne répartition et une spécialisation du travail au sein du village, avaient abouti à un artisanat développé. Ainsi, outre l’habillement, la poterie, les chaussures, même les nobles savaient faire du savon, à base de cendres des plantes de mil.

On était pauvre, mais on vivait ensemble, et la société était solidaire et harmonieuse. Ce qui frappe l’observateur avant tout, c’est la joie de vivre de nos villageois, qui en dépit des temps durs, ont choisi de conserver la bonne humeur, en toute circonstance. Après le déjeuner ou le dîner, une fois que le thé à la menthe ou le «Tiakiri» (bouillie de mil mélangée au lait caillé) est en route, les discussions les plus oiseuses vont bon train. On a de l’espace ; on parle fort et rit à gorge fendue ; on débat sur tout et rien : «Jéddi» ; il suffit qu’un bout-en-train s’en mêle et l’hilarité est générale.

Danthiady est une société rurale et agraire dans laquelle l’individu n’a aucun espace ; le groupe décide de tout. La terre ainsi que le bétail appartiennent à tout le clan. L’individu, tant que son père est vivant, reste un mineur et doit obéir à ses parents. En contrepartie de cette individualité absorbée par le groupe, c’est l’individu qui bénéficie d’une protection et d’une solidarité sans failles de son clan, mais cette solidarité s’étend à toute la famille dont les limites ne sont pas parfois aisées à déceler. Les biens n’appartenant à personne, appartiennent aussi à tous. C’est le règne d’une société harmonieuse, dans laquelle la solidarité, aussi bien dans le bonheur que le malheur, s’exerce de manière indéfectible. Ce qui caractérise essentiellement la société foutankaise, c’est la conscience de sa culture, de ses valeurs et de l’unité de son groupe, face aux adversités de la vie. C’est en ce sens que l’origine du terme «Neddo Ko Bandoum» (l’individu dépend de sa famille) que la solidarité est encore vivace entre les Foutankais. Les immigrés qui envoient des mandats à leur famille, et qui se sacrifient, durant toute leur vie, pour subvenir aux besoins de leur famille, applique ce concept de solidarité, «Neddo Ko Bandoum». Le concept de «Neddo», ou personne humaine revêt un caractère hautement symbolique dans la société foutankaise, l’individu doit se situer dans la communauté avec toutes ses valeurs ancestrales d’échange, d’équilibre, d’interdépendances et surtout de solidarité. L’homme réalisé, c’est celui qui est utile à lui-même, à sa famille et tout son lignage, au sens large du terme, donc à ses parents, (Bandiraabé). La notion de parenté n’est pas seulement que dans les liens de sang, elle peut être affective. L’amitié et le bon voisinage sont des éléments importants à prendre en considération dans ce concept de «Neddo Ko Bandoum». Les Foutankais sont habités par diverses valeurs traditionnelles, comme l’hospitalité, l’intégrité, la probité, le sens de l’honneur, la fierté, une grande pudeur, le courage, la dignité et la compassion.

Les lieux de vie sont la solidarité autour des événements familiaux (naissance, décès) mais aussi d’entraide pour la construction de maisons ou l’achèvement de la culture des champs. Les villages se rassemblent au centre du village, «Diakka» pour débattre des grands problèmes de la communauté.

L’Islam n’avait pas fait disparaître les savoirs ancestraux. Les Anciens connaissaient la nature et vivaient en harmonie avec elle. Il y avait d’importantes survivances de l’animisme. C’est ainsi que les Peuls grands éleveurs de vaches, croient en l’esprit de Koumen, sensé enrichir en ovins et caprins. Ainsi, lorsque Yéro Sira Boulla BA, a rejoint Danthiady, il avait un «Dialangue» (fétiche), source de sa richesse ; il avait de nombreuses vaches. Mais ce fétiche lui interdisait aux membres de sa famille de voir un nouveau-né avant le baptême. On disait que toute violation de cette coutume entraînerait la mort de l’enfant ou de sa mère. Aussi, les femmes de Yéro Sira Boulla BA accouchaient toutes dans notre maison qui jouxtait la leur. D’après un témoignage qu’il m’a livré, Hamadel BA est le premier à remettre en cause le «Wodda» cette coutume de sa famille ; son fils aîné est le premier à naître dans l’enceinte de leur maison. Tout en étant musulmans, les Peuls ont de nombreuses croyances et superstitions. Tout malheur qui arrive n’est jamais fortuit. Ainsi, ils croient au diable, au «mauvais œil» (l’envie des autres) au «Soukounia», une sorte d’anthropophage qui dévore les individus pendant leur sommeil.

De mon temps, il y avait de nombreux sorciers et magiciens qui prédisaient l’avenir, protégeaient les personnes contre les mauvais sorts ou la tyrannie ou soignaient certaines maladies. Je me souviens bien de grand-père Doro N’DIAYE, un chasseur et sorcier, dès qu’un enfant naissait dans la famille, sans le voir et entendant seulement ses cris ou en l’observant jouer dans la cour de la maison, il disait son avenir, et ses prévisions ont été fort justes. J’ai vu baba N’DIAYE, un chasseur, soigner des personnes atteinte du cancer du sein. Samba Hamady GUISSE et Coly Mabo GUISSE étaient des géomanciens et noueurs de cordes. La famille SY savait fabriquer le «Toul» (invulnérabilité au couteau), le «Nibbi Nirki» (invisibilité). Il est regrettable que toutes ces personnes, dotées de savoirs ancestraux et sachant bien utiliser à bon escient les plantes médicinales, n’aient pas transmis leurs connaissances à leurs descendants. Il faut rappeler aussi que les cérémonies du mariage obéissaient à un protocole loin des prescriptions de l’Islam. Particulièrement attachés à la virginité de la jeune mariée, pour l’honneur de sa famille, le pagne taché de sang est exhibé devant tous. La cérémonie du mariage démarre par un bain rituel au cours duquel la jeune fille est assise sur un mortier troué. Le marié doit offrir un cadeau aux Tisserands du village qui sont des noueurs de cordes, peuvent, dans le cas contraire, «Kabbal», lui jeter un sort ; il sera impuissant et ne pourra donc pas honorer sa nouvelle épouse.

B – Les mutations profondes de Danthiady : une société ouverte et moderne

1– L’école bouleverse les données au village

Danthiady étant à la lisière du Ferloo, et pendant longtemps peu accessible, est resté coupé du reste du pays. Peu de voitures passaient par là, un ou deux véhicules à moteur au maximum par semaine. Le calme était si prodigieux, qu’on entendait, bien au loin, une voiture qui arrivait. Le colonisateur, dans «sa mission de civilisation» n’avait pas cru utile, en dépit de sa présence au Sénégal depuis 1364, de scolariser les populations rurales. Par conséquent, la première école date de 1961, sous Mamadou DIA, président du Conseil. Les Foutankais étant musulmans à 100%, une violente polémique s’est engagée : fallait-il ou non accepter la scolarisation à l’école française ?

Suivant El Hadji Mamadou Seydou BA (1900-1981), un disciple d’El Hadji Omar TALL, originaire de Thikité (Podor), mais installé à partir de 1936, à Médina Gounass, pour faire pression sur la population, avait dit que «celui qui conduira son fils à l’école, ce dernier prendra sa main pour le jeter en Enfer». Prenant en compte au pied de la lettre, cette prise de position sans nuance, les villages environnants ont refusé, à l’indépendance, la construction d’une école pour leurs enfants. A Danthiady, le juste milieu et la clairvoyance y ont souvent prévalu ; on a pris une voie médiane : de la première génération des écoliers, seuls les garçons ont été admis sur les bancs, on a exclu essentiellement les filles. Mon père, connaissant l’hostilité de ma mère à l’égard de l’école française, a remis à ma mère quand on a quitté Kaolack, en décembre 1962, une lettre en Arabe cachetée, pour un de ses amis, Mamadou N’DIAYE dit Mamel. Dès qu’on arriva au village la mission de cet ami fut de me conduire, l’après-midi même à l’école. Ma mère a aussitôt crié à la trahison, en soulignant que si elle avait su le contenu de cette missive, elle l’aurait déchirée et jetée.

Initialement, il y avait une grande réticence à inscrire les filles à l’école, a été maintenant vaincue, avec maintenant de nombreux cadres femmes, dans le domaine de la santé, de l’enseignement, et même une première femme, élue conseillère municipale à la mairie d’Ogo, Mme Aïssata Demba DIALLO.

Pour un village qui compte maintenant 5000 habitants, Danthiady qualifié de «Quartier Latin du Fouta-Toro» est petit, mais grand par le rayonnement, le bouillonnement intellectuel et culturel animant et composant ses habitants. A titre purement indicatif, et cette liste de cadres et de personnalités est loin d'être exhaustive : Kalidou KANE, un Ministre de l'éducation nationale sous Abdoulaye WADE, Mallé NDIAYE un Directeur des nouvelles technologies sous Macky SALL, Maître Malick SALL, avocat d’affaires international bien connu des Foutankais, le regretté Amadou SYLLA, ingénieur et président de notre association villageoise ADDA, M. Daouda NDIAYE Directeur général de l'ORTS, puis conseiller à l'assemblée nationale, Amadou BA, historien et universitaire, au Canada, Harouna BAL et Abdoulaye NDIAYE des universitaires à Thiès et à Dakar, Alassane DIALLO journaliste, Abdourahmane BA, un fonctionnaire international au Ghana, et très une longue liste de médecins dont Mamoudou AW, des inspecteurs de l’enseignement, des enseignants, de hauts fonctionnaires, etc.

En France, nous comptons aussi de nombreux cadres, un champion de FRANCE de Basket à Limoges, Ousmane CAMARA et M. Adama DIALLO, un «Torodo» (noble), chanteur du groupe Sexion d'Assaut. Je place en tête de cette liste, ces héros du quotidien, ces ouvriers qui «se lèvent tôt», qui ont participé de façon décisive, au développement de la France, et qui sont restés solidaires avec Danthiady à travers des projets innovants (santé, assainissement, culture, sport, etc). Notre regretté, M. Kalidou DIALLO, dit Samba DIALLEL est le fondateur, en 1971, de notre association des Ressortissants de Danthiady en France (ARDF), cette association a été reprise par M. Abou Aly KANE, puis maintenant par M. Abass DIALLO, des Mureaux.

Cependant, cette prestigieuse école de Danthiady, en introduisant le mérite par l’éducation, a considérablement bousculé les valeurs ancestrales de notre société féodale, autarcique et fortement hiérarchisée. En effet, désormais, la valeur de l’individu, ainsi que son rang dans la société, ne viennent plus de sa naissance, mais de ses aptitudes.

Certes, il existe encore des voix dissonantes qui font état du régime des castes dans la sphère politique. C’est ainsi que les Foutankais, attachés aux valeurs féodales en 1960, ont en partie contesté l’autorité de M. Mamadou DIA, président du Conseil, prétendant qu’il serait originaire de la caste des «Matiouddo» (esclaves), c’est le débat actuel autour de M. Farba N’GOM, un «Gawlo» (griot), et membre de l’A.P.R. Les Foutankais avaient soutenu Léopold Sédar SENGHOR, dès le départ, il était venu à Danthiady en 1959. Cependant, les Fountakais, à l’époque, se battaient en politique, non pas pour l’intérêt du Foutankais, mais des valeurs liées à la fierté et à l’estime de soi. A l’époque, les Fountakais qui voulaient se rendre à Dakar disaient «Je vais me rendre au Sénégal» ; ils se sentaient exclus du jeu politique, abandonnés par les politiciens, et n’avaient pas le sentiment d’appartenir à la Nation sénégalaise.

L’école a ébranlé ces valeurs féodales dans notre village Danthiady. C’est ainsi que M. Amadou SYLLA, de la caste des Cordonniers, a été un éminent et incontesté président de l’association villageoise ADDA, jusqu’à sa mort. M. Mehdi SOW, de la caste des Laobé (Bûcherons), est le premier à installer une usine de fourrage pour le bétail et emploie de nombreux villageois. Chaque mois, Mehdi donne aux villageois, y compris aux Torodos (nobles) des aides alimentaires. La grande mutation est venue surtout des cadres femmes qui ont pris de grandes responsabilités au sein du village, dans les domaines de la santé, de l’enseignement et de la politique.

Les deux domaines de la féodalité qui restent encore vivaces sont les mariages entre les différentes castes ainsi que les mutilations sexuelles des jeunes filles.

2 – L’argent et le reflux des valeurs traditionnelles

Un autre fait majeur, l’irruption de l’argent et donc la monétarisation des rapports sociaux, ont fait fissurer les lignes de défense de cette société féodale autarcique. En effet, mon Afrique à moi, celle des années 60, n’est plus l’Afrique de 2018. L’individu n’est plus totalement le «Neddo Ko Bandoum» des temps anciens ; il est devenu un homme hybride, traversé par des sentiments contradictoires. Les bouleversements vont à une vitesse si vertigineuse, que parfois, je me sens étranger dans mon cher Sénégal. Comme Erasme, je suis «Guelfe chez les Gibelins et Gibelin chez les Guelfes». Je me rends compte que l’argent a pourri toutes nos relations sociales, et nos valeurs africaines ancestrales de solidarité, d’intégrité, d’honorabilité, d’hospitalité, de dignité et d’humanité, sans avoir complètement disparu, sont entrain de céder, progressivement, le pas à l’individualisme, à l’égoïsme, à l’assistanat, voire à la fourberie. «La crise est le moment où l'ancien ordre du monde s'estompe et où le nouveau doit s'imposer en dépit de toutes les résistances et de toutes les contradictions. Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres» disait Antonio GRAMSCI.

Jadis les Fountankais était une société agraire avec une forte solidarité au sein du clan, ce pacte au cœur des valeurs défendues par les exilés des Danthiadynabé de France, a tendance à s’affaisser. De plus en plus on assiste à une solidarité familiale distendue ou à zone de solidarité à géométrie variable. En effet, face à l’irruption de l’argent et le repli sur soi, l’individualisme ainsi que le repli sur soi gagnent du terrain. A tort ou à raison, les immigrés ont, parfois, le sentiment qu’ils sont devenus des «tiroirs-caisses» pour leur famille restée au pays, et qu’aucune volonté de bien gérer les mandats n’est perceptible. On est choqué par certains messages téléphoniques laconiques, comminatoires, sans préliminaires ou introduction, et sans aucune nouvelles de la famille ; c’est brutal : «Rappelle-moi. Il faut m’envoyer de l’argent !». Dans ce «Neddo Ko Bandoum», on s’interroge sur le sens de la piété et de la solidarité familiales à l’aube du XXIème siècle : est-ce qu’ils nous aiment encore comme des parents ou est-ce que tout cela n’est qu’une démarche intéressée enveloppée dans de nobles sentiments ?

Les valeurs anciennes traversent, de nos jours, une grave crise. Les immigrés, ces héros du quotidien, après plusieurs années de labeur et de privation, une fois de retour au village, pour deux ou deux mois de congés, sont exploités notamment par des parasites et par des griots. En effet, toutes leurs petites économies, accumulées pendant des périodes de dur labeur, sont dépensées en quelques semaines. Parfois même des mandats envoyés pour réaliser un projet sont détournés. Par ailleurs, les villageois ont souvent la critique facile, ils s’impliquent peu dans les projets solidaires ; au lieu d’apporter leur contribution par leur travail, ils veulent être rémunérés comme des ouvriers.

3 – L’irruption de la culture et de la conscience politique

Jadis, les principaux faits sociaux avaient lieu autour des «Lamba» séances de lutte entre différents villages pendant l’été ou à l’occasion d’événements familiaux (baptême, mariage ou décès). D’une manière générale, la société traditionnelle foutankaise, particulièrement coincée, corsetée et patriarcale, et où domine la religion, n’encourageait pas les réjouissances dans ce bas monde. Notre religion, telle qu’elle est interprétée, est tournée vers la mort : «Etrange cette fascination du néant sur ceux qui n’ont rien. Leur néant, ils l’appellent l’absolu. Ils tournent le dos à la lumière, mais ils regardent fixement l’ombre» dit Samba DIALLO, le héros du roman de l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou KANE. Ainsi, dans notre village, on ne tolérait que le «Teddoungal», un accueil galant (faire du thé), mais tout à fait platonique, sans mélange entre garçons et filles, réservé aux jeunes filles venant d’un autre village. Je me souviens d’un premier bal qu’on avait organisé, mais très vite dispersé.

Cependant, sous l’influence de la modernité, cette société jadis autarcique est devenue ouverte sur le monde (électricité, télévision, portable, parc important de voitures). La virginité, comme élément fondamental pour l’honneur de la famille de la jeune fille, a presque disparu. Il n’est pas rare que les relations sexuelles soient entamées bien avant le mariage, les mères célibataires n’étant plus un tabou, les infanticides ont quasiment disparu. Le diabète, l’hypertension et les maladies sexuellement transmissibles ont fait leur apparition.

Danthiady organise, régulièrement, des journées culturelles, avec un important brassage de toutes les couches de la population.

4 – Exode rural et l’immigration en Afrique

Le Danthiady des temps anciens, est une société exclusivement paysanne. Pendant la saison des pluies (l’hivernage), qui durent trois mois, de juillet à septembre, les paysans cultivent leurs champs de mil et d’arachide, un peu de «Niebbé» (haricot) et Foléré. Durant 9 mois, il ne pleut pas. Ce sont, comme tous les Peuls, des éleveurs de vaches, de moutons et de chèvres, avec un amour irrationnel pour leur bétail qui leur coûte, plus qu’il ne rapporte. Les bœufs sont vendus en été, et les vaches donnent un peu de lait, pendant cette période. Mais pour le reste du temps, il faut entretenir les vaches (berger, faire boire, soigner, fourrage).

L’argent étant rare, pour pouvoir payer leurs impôts et acheter des habits, les Danthiadynabé pratiquaient l’exode rural. Il n’y avait pas de voiture ; les voyageurs marchaient environ une semaine, avec comme seule viatique du couscous sec et quelques jujubes. La première destination a été Kaolack, en raison des liens historiques avec Abdoulaye NIASS. Puis les destinations suivantes ont été Thiès et Dakar. Ils se livraient à de petits boulots (cireurs, garçon de café, employé de maison).

Dans les années 60, les principales destinations des Danthiadynabé ce sont certains pays africains, comme le Congo et la Côte-d’Ivoire. L’esprit de fête régnait dans le village, quand en été, les immigrants de ces pays revenaient au bercail. Pendant plusieurs semaines, c’est la bamboula, les griots affluent, et des festins pantagruéliques sont organisés. Jusqu’à la chute de Félix HOUPHOUET-BOIGNY, nos Danthiadynabé allaient s’installer au quartier de Treichville, devenu pratiquement un village sénégalais. Dans les années 70, certains de nos immigrants revenaient avec une maladie curieuse, attribuée au Djin (esprit de Côte-d’Ivoire). Je me demande si ce n’était pas, déjà, la maladie du SIDA. Au Congo, l’amplification de la guerre civile, allait orienter les Danthiadynabé vers le Gabon. Le commerce marche bien dans ce pays, mais l’administration les soumet, parfois à des traitements arbitraires.

Les enfants nés, hors du village, dans les grands centres urbains, comme Dakar, Kaolack, Thiès ou M’Bour, on les appelle les «Ndiouddo Diéri», de culture ouolof, ils ne se considèrent plus comme étant de notre village. C’est l’une des mutations majeures qu’il fallait recenser ; la société Hal Poulaar, se dissout, en partie, dans la communauté nationale. Compte tenu des rigueurs climatiques, certains immigrés de France, à la retraite, ont choisi de s’installer à M’Bour, devenue petit à petit, au détriment de Dakar, un lieu de résidence permanente. Le concept de «Loutouddé», signifiant l’abandon de son village et donc de ses racines, tant redouté par les Hal Poulaar, s’est banalisé et perd sa signification d’antan. On observe le même phénomène en France, où de nombreuses familles de Danthiady ont fixé, durablement, leur résidence.

4 – Exode rural et l’immigration en Afrique

Le Danthiady des temps anciens, est une société exclusivement paysanne. Pendant la saison des pluies (l’hivernage), qui durent trois mois, de juillet à septembre, les paysans cultivent leurs champs de mil et d’arachide, un peu de Niebbé (haricot) et Foléré. Durant 9 mois, il ne pleut pas. Ce sont, comme tous les Peuls, des éleveurs de vaches, de moutons et de chèvres, avec un amour irrationnel pour leur bétail qui leur coûte, plus qu’il ne rapporte. Les bœufs sont vendus en été, et les vaches donnent un peu de lait, pendant cette période. Mais pour le reste du temps, il faut payer un berger pour garder le bétail, le faire boire, soigner les bêtes malades ou leur apporter du fourrage.

L’argent étant rare, pour pouvoir payer leurs impôts et acheter des habits, les Danthiadynabé pratiquaient l’exode  rural. Il n’y avait pas de voiture ; les voyageurs marchaient environ une semaine, avec comme seule viatique du couscous sec et quelques jujubes. La première destination a été Kaolack ; cela s’explique par les liens historiques avec Abdoulaye NIASS. Puis les destinations suivantes ont été Thiès et Dakar. Ils se livraient à de petits boulots, comme cireurs, garçon de café, employé de maison chez les Européens.

Dans les années 60, les principales destinations des Danthiadynabé ce sont certains pays africains, comme le Congo et la Côte-d’Ivoire. L’esprit de fête régnait dans le village, quand en été, les immigrants de ces pays revenaient au bercail. Pendant plusieurs semaines, c’est la bamboula, les griots affluent, et des festins pantagruéliques sont organisés. Jusqu’à la chute de Félix HOUPHOUET-BOIGNY, nos Danthiadynabé allaient s’installer au quartier de Treichville, devenu pratiquement un village sénégalais. Dans les années 70, certains de nos immigrants revenaient avec une maladie curieuse. On attribuait ce mal au Djin (esprit de Côte-d’Ivoire). En me remémorant les symptômes de cette maladie, je me demande si ce n’était pas, déjà, la maladie du SIDA. Le Congo était déjà troublé depuis les temps de Patrice LUMUMBA, mais le commerce de l’or et tous les trafics continuaient. Cependant, l’amplification de la guerre civile, allait orienter les Danthiadynabé vers une autre destination : le Gabon. Le commerce marche bien dans ce pays, mais l’administration les soumet, parfois à des traitements arbitraires.

Nous avons toujours une importante communauté dans ces pays. Les Danthiadynabé qui y résident, de longue date, ont noué des relations et ont des enfants dans ces pays.

Les enfants nés, hors du village, dans les grands centres urbains, comme Dakar, Kaolack, Thiès ou M’Bour, on les appelle les «Ndiouddo Diéri», de culture ouolof, ils ne se considèrent plus comme étant de notre village. C’est l’une des mutations majeures qu’il fallait recenser ; la société Hal Poulaar, se dissout, en partie, dans la communauté nationale. Compte tenu des rigueurs climatiques, certains immigrés de France, à la retraite, ont choisi de s’installer à M’Bour, devenue petit à petit, au détriment de Dakar, un lieu de résidence permanente. Le concept de «Loutouddé», signifiant l’abandon de son village et donc de ses racines, tant redouté par les Hal Poulaar, s’est banalisé et perd sa signification d’antan. On observe le même phénomène en France, où de nombreuses familles de Danthiady ont fixé, durablement, leur résidence.

 

II – Les Danthiadynabé de France : une cohabitation de deux générations

A – La première génération des blédards et des Mamadou, ou l’obsession du retour

Le premier ressortissant de Danthiady, à se rendre en France, était un tirailleur sénégalais, pendant la Première guerre. Je n’ai pas eu de précisions sur son identité. Cependant, il m’a été relaté une sombre histoire de tentative d’extorsion de fonds de la part des villageois. En effet, cet ancien militaire, de la caste des esclaves, à la fin des hostilités, est revenu à Danthiady, avec un pécule que lui a versé l’Etat français. Etant un esclave, ses maîtres ont confisqué ses indemnités, au motif qu’il n’est pas un homme libre, ses biens appartiendraient automatiquement à eux. Cet ancien tirailleur, face à une si grave injustice, est allé faire une réclamation auprès du commandant de cercle à Matam. Il a été rétabli dans ses droits, mais la crise des valeurs ayant provoqué une forte déchirure au sein de cette société féodale, il a été contraint de s’exiler au Ferloo.

Hamadel BA m’a relaté l’histoire d’un de ses ancêtres, Yéro Sira BA, qui a été un militaire dans l’armée française. Il a été nommé commandant de cercle au Congo, où il est mort dans les années 50. C’est Abdou Salam KANE qui a annoncé, personnellement, à sa famille, le décès de cet ancien militaire. Hamadel m’a dit qu’il avait conservé les archives militaires de ce militaire, mais je n’ai pas eu la communication de ces documents. Un port, au Congo Brazza, porte son nom.

Une certitude, mon grand-père maternel, Harouna Samba Dieynaba N’DIAYE (1898-1975), a été tirailleur sénégalais 2ème guerre mondiale. Il a perçu sa retraite trimestrielle d’ancien tirailleur sénégalais de 70 francs français (10,67 €), jusqu’à sa mort en 1975. Les pensions des anciens tirailleurs sénégalais ont été gelées depuis 1959 et n’ont été dégelées qu’en 2006. Mon grand-père m’a montré le gris-gris que la famille SY lui avait prêté, qui semble-t-il, l’a protégé pendant la guerre ; il est revenu au village, sans une seule égratignure. Mon grand-père a servi pendant la campagne d’Algérie et ils ont combattu, notamment le général Erwin ROMMEL (1891-1944), entre 1941 et 1943. A la Libération, ils ont été transférés en France métropolitaine, le Général de GAULLE ne voulant pas, pour des raisons de fierté nationale, que les Tirailleurs sénégalais défilent sur les Champs-Elysées, ils ont été éloignés de Paris et transférés au Havre. Ils ont été mis en quarantaine au Foyer AFTAM au 92 rue Gustave Brindeau, au Havre. De nombreux hommes étant fauchés par les deux guerres mondiales, des femmes venaient au foyer A.F.T.A.M. chercher un nouveau compagnon. Certains Tirailleurs sénégalais qui ont succombé à l’appel de ces sirènes, se font porter «morts» ou «disparus» pendant les hostilités. En revanche, mon grand-père a préféré revenir au village. En effet, pour un Peul, imbu d’une grande fierté, il ne doit jamais abandonner les siens, c’est le principe même de solidarité du «Neddo Ko Bandoum».

Le premier ressortissant de Danthiady à venir en France, en qualité d’immigrant, a été Hamady Diouldé SOW. Il s’est installé à partir de 1963, jusqu’à son décès à Saint-Cyr-L’Ecole, dans les Yvelines.

Mon oncle Moussa BAL est venu en France, en 1969, il résidait dans les Vosges, mais au bout de 9 mois, il est retourné au Sénégal. Mon père a travaillé pour une compagnie maritime bordelaise de 1968 à 1985, qui faisait un cabotage entre l’Afrique et l’Europe. Il arrivait que quand l’entretien du navire était nécessaire, que son bateau revienne de longs mois à Bordeaux. Je me souviens la dernière fois que je suis allé le voir à Bordeaux, on m’a pris pour Jean Amadou TIGANA, et j’ai dû signer un autographe au nom de ce footballeur célèbre. Bordeaux du temps de CHABAN-DELMAS était une ville triste où les murs étaient gris et les monuments mal entretenus.

C’est à partir de 1969 et 1970 que la vague des premiers immigrants de Danthiady a commencé à déferler en France. Parmi les anciens, on compte Kalidou Mamadou DIALLO, dit Samba DIALLEL, Sara Boubou CAMARA. C’est encore la période des 30 glorieuses, le chômage étant encore inconnu en France. Les témoignages recueillis auprès de ces premiers arrivants attestent que le chemin de l’exil est hautement périlleux. Ainsi, oncle Doro N’DIAYE du Havre, pour venir en France, est d’abord passé par le Maroc. A Tanger, un passeur l’a embarqué à destination de l’Espagne, mais n’ayant pas de visa, il fut refoulé à Casablanca. N’ayant plus d’argent, un étudiant sénégalais l’aide à se rendre à Fez. Des parents lui envoient un mandat du Sénégal, ce mandat est bloqué en raison d’une tentative de détournement de cet argent. La deuxième tentative de se rendre en Espagne, à Malaga, fut la bonne. Il se rend à Madrid, puis à Barcelone, et c’est là qu’il rencontre Demba N’GAM, maintenant installé à Val-de-Reuil. Il était un groupe de sept immigrants entassés, par un passeur, dans une voiture, ils devaient se coucher, pour ne pas être repérés par la police des frontières. L’aventure a continué à pied, et ils se sont cachés dans un abri de fortune en attendant les consignes du passeur. Quand, l’occasion s’est présentée, ils ont dû franchir la frontière à pied, en passant par la montagne et cela afin d’éviter les contrôles de la Police. Doro arrive en juin 1971 en France, après une expédition qui aura duré un an.

M. Abass DIALLO, président de l’association des ressortissants de Danthiady en France (A.R.D.F.), en 1972, a traversé de nombreux Etats, son voyage aura duré 18 mois. N’ayant pas de ressources, pour financer son voyage en France, Abass est passé par le Mali, la Haute-Volta (Burkina-Faso), le Niger, le Nigéria, le Cameroun, le Tchad, le Soudan. Il n’est admis ni en Algérie, ni en Libye. Il sera refoulé à deux reprises à la frontière et renvoyé en Egypte. La troisième tentative par Nice sera la bonne. Mais il n’avait que cinquante centimes. Il tente de prendre un taxi de Nice à Saint-Etienne du Rouvray, en Seine-Martine, soit une distance de plus de 1053 km, il lui est conseillé de faire l’autostop. Son premier emploi de bureau, il le trouve au port du Havre. Il changera vite de travail pour l’usine Renault avec un salaire plus intéressant.

Mon oncle Moussa N’DIAYE, dit Balla, n’a pas eu cette chance. N’ayant pas assez d’argent, il est passé par la Libye. Emploi dans une société de vente du bois, les amarres du camion qu’il chargeait se sont rompus et la cargaison de bois massif l’a écrasé ; il en est mort après trois jours de souffrance.

Nicolas SARKOZY, par démagogie avait parlé de cette «France qui se lève tôt». En réalité, les héros du quotidien sont cette vague des premiers immigrants, pour l’essentiel n’ont pas été à l’école. Ils se sont rabattus dans le secteur de l’automobile, notamment pour un travail à la chaîne chez Renault, en qualité d’ouvriers pratiquant les équipes de 4 fois 8. Résidant dans des foyers de travailleurs immigrés, il fallait se réveiller tôt le matin et changer souvent d’horaires.

La première génération d’immigrants est obsédée par le mythe du retour au Sénégal, même si certains résident en France depuis plus de 50 ans. Ils portent encore en eux ces valeurs féodales de solidarité familiale du «Neddo Ko Bandoum». Gagnant le SMIC, ils ont choisi, massivement, de résider dans des foyers de travailleurs immigrés afin d’économiser durement de quoi nourrir leurs familles restées au Sénégal. Cette solidarité s’étend aux immigrants sans emploi qui sont nourris par ceux qui travaillent, tout le monde mangeant dans la même gamelle, et ceux dont les ressources ne permettent pas de se loger sont hébergés en clandestins dans les autres chambres du foyer.

Dans les valeurs féodales importantes, il faut construire une belle maison au village. Les premières habitations au village sont des cases, et il en reste encore. Cependant, les immigrants ont fait construire de belles maisons modernes. En 1971, il a été constitué en France, l’association des ressortissants de Danthiady (ARDF) dont les objectifs est de venir en aide aux villageois. Initialement, les principales réalisations de cette association ont été la construction d’une nouvelle mosquée (1972-1982), puis d’une clôture des cimetières. La question a été réglée avec l’érection d’un forage et la mise en place d’un réseau de distribution de l’eau. Les questions de santé et d’éducation (écoles élémentaires, nouveau lycée), à travers la construction de salles de classe ont été solutionnées. Tout récemment, Danthiady est l’un des premiers villages au Sénégal à se doter d’un réseau de canalisation. L’ensemble de ces projets innovants ont été réalisées grâce à l’aide de la ville du Val-de-Reuil et le Département de Normandie, avec lesquels nous collaborons depuis 1998.

Cette obsession du retour se manifeste par le rapatriement, systématique, du corps des immigrants décédés en France, au village. Par ailleurs, et pour l’essentiel, les retraités ont choisi de retourner au Sénégal, mais certains d’entre eux, comme je l’ai signalé sont installé, non pas au village de Danthiady, mais à M’Bour. Pour les enfants nés en France des colonies de vacances au village sont organisées chaque année pendant l’été.

B – La seconde génération des Danthiadynabé de France

Initialement, les Danthiadynabé de France se sont implantés dans des zones industrielles notamment en Normandie (Le Havre, Oissel, Val-de-Reuil, Saint-Etienne du Rouvray), et la région parisienne, en particulier dans Les Yvelines (Les Mureaux, Mantes-la-Jolie) et Paris intramuros). Ce sont des zones qui recrutaient des ouvriers à faible qualification. On comptait entre 50 et 60 personnes présentes en France.

Compte tenu des naissances en France, la communauté des Danthiadynabé se situe à environ deux cent personnes. Les nouvelles générations ont acquis la nationalité française et ont fait de bonnes études ; ce qui a conduit à l’éclatement des zones d’implantation de cette population à Evian, Lyon, le Loiret (Orléans, Chalette sur Loing), Nancy, etc. Il est à signaler certains jeunes ont immigré au Canada, d’autres se sont implantés à Londres et aux Etats-Unis.

Les Foutankais vivant dans un monde clos et féodal, pratiquaient les mariages endogamiques. On se mariait entre cousins et cousines pour renforcer les liens de parenté et s’entraider. Dans ce contexte, la notion de caste avait une importance pour la société féodale. Les nouvelles générations nées en France sont libérées de ces contraintes. On observe des mariages mixtes, hors du clan, notamment avec les européens ou les maghrébins. L’immigration est, par conséquent, une double remise en cause du système des castes et du concept de «Neddo Ko Bandoum», de solidarité familiale, avec l’appui de l’association villageoise. Cette mutation démographique interpelle, au plus haut point, l’ARDF qui avait centré ses activités autour du mythe du retour, ses activités étant exclusivement à destination des villageois de Danthiady ; cette association s’intéresse peu aux conditions de vie des jeunes nés en France. Compte tenu de la moyenne d’âge de la première génération, l’A.R.D.F. est donc menacée d’extinction, si elle ne réorientait pas ses activités, notamment en faveur de ces Français issus de l’immigration. Une initiative a été prise depuis quelques années d’un grand barbecue, en août, à Val-de-Reuil, pour une rencontre entre les Anciens et les jeunes issus de l’immigration.

Le plus grand défi qui attend les jeunes issus de l’immigration concerne les questions d’identité et de citoyenneté, et donc du bien-vivre ensemble. Pour l’essentiel, l’intégration est en marche. Cependant, une partie de la population les regarde, non pas comme des nationaux Français, mais comme des immigrants. Albert MEMMI établit une relation très étroite entre le racisme et l’oppression, notamment coloniale : «Le racisme est la dévalorisation profitable d'une différence» ou, plus techniquement, «Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression», écrit-il.

Les Danthiadynabé de France sont des personnes paisibles, respectueuses de l’ordre public républicain et travaillent, sans relâche, pour améliorer leurs conditions de vie. Face à la stigmatisation et aux instrumentalisations, cette seconde génération doit, sans complexe, sans excès, revendiquer son statut de Français issus de l’immigration. «Neddo Dieya Koto Hoddi», la personne appartient au pays de sa résidence.

Nos Ancêtres les Gaulois nous sommes de nous assimiler, sans conditions ; conçue ainsi, l’assimilation est injonction purement coloniale, et donc inacceptable. En revanche, si l’assimilation signifie une bonne connaissance de l’environnement dans lequel on vit, sans perdre son identité, c’est un concept noble : «Le morceau de bois a beaucoup séjourné dans l’eau, il flottera peut-être mais jamais il ne deviendra caïman !» dit un proverbe africain. «Assimiler sans être assimilé» avait dit le poète Léopold Sédar SENGHOR. En effet, la différence est une complémentarité et source d’enrichissement, il faut se découvrir et se connaître avait dit Amadou Hampâté BA. «Je suis comme une espèce de chauve-souris, j’essaie toujours de m’adapter à la situation, mais en veillant de ne pas cesser d’être moi-même» dit dit-il.

Nos Ancêtres les Gaulois nous taxent facilement de «communautaristes», en fait les plus grands communautaristes c’est bien eux-mêmes. En effet, les Noirs comme les Arabes, ravalés au statut d’indigènes de la République, ont été écartés des hauts lieux de décisions, aussi bien dans le monde de la politique, de la culture, des médias qu’économique. Les Blancs s’entraident entre eux, mais tout est fait avec discrétion et finesse. Ainsi, à la ville de Paris, les postes sont flashés, avant la déclaration de vacance. On pratique, à haute dose, l’entre-soi, dans tous les autres secteurs. C’est une démocratie ethnicisée et racisée. Les Chinois et les Juifs ont bien compris ces techniques d’exclusion et se sont organisés en conséquence.

Il appartient aux Français issus de l’immigration, tout en réclamant plus que jamais leur citoyenneté française, de s’organiser et de lutter pour une égalité réelle. Ils doivent être utiles à eux-mêmes, à leur communauté, à la société et au monde entier. Il faudrait fuir, constamment, le Mal et œuvrer, sans cesse pour le Bien souverain. On devrait viser l’excellence à tous les niveaux et être les meilleurs, travailler dur pour y arriver ; car rien n’est donné, tout se conquiert. L’école publique gratuite, ainsi que les diverses formations offertes, sont de formidables outils de promotion, fondés sur le mérite. Les premiers immigrants, dont la plupart n’ont pas été à l’école, n’ont pas démérité. La deuxième génération qui n’est pas confrontée aux problèmes de papiers, bénéficie d’un cadre idéal pour réussir dans la vie. Il faudrait donc abandonner la facilité et être dignes de nos parents qui sont héroïques. Nous pouvons nous inspirer tous d’une part, des Chinois, qui ont conservé leur langue et leur culture, et sont entrain de conquérir la France, par leur goût de l’effort, leur discrétion et la valeur travail. Ils ont racheté tous les tabacs parisiens. D’autre part, la communauté juive est un modèle conciliant l’intégration et la préservation de leurs valeurs culturelles. Ils sont à la fois Juifs et Israéliens, et plus personne ne conteste leur appartenance à la communauté française. Par conséquent, être musulman et français n’a rien d’incongru. Ce pays est devenu multiculturel. Nous devrions nous débarrasser des colères stériles, ainsi que les activités ou comportements déviants, et nous attacher à solutionner nos problèmes fondamentaux : accès à la propriété, dès le jeune âge, pour quitter ces zones de relégation, intégrer le pouvoir économique, par la création des entreprises.

Il y a de bonnes choses à prendre dans la société française, encore faudrait-il s’entendre sur le sens des mots. La laïcité, au sens originel du terme, est un extraordinaire outil pour le bien-vivre ensemble. En effet, si la laïcité signifie que la religion doit rester dans la sphère privée, la séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse, ainsi que l'impartialité ou de neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses, alors cela nous va parfaitement. Or, force de constater, depuis que l’Islam est devenu la deuxième religion de France et avec la poussée des idées du Front national, la laïcité est devenue une bombe contre les Français issus de l’immigration. Dès qu’on sollicite un permis de construire pour une mosquée, une subvention pour une association ou on demande la réservation d’une salle, une fin de non-recevoir est opposée au nom de la laïcité. Ne parlons même pas du débat récurrent et honteux concernant les tenues vestimentaires des musulmans. En revanche, nos Ancêtres les Gaulois financent la rénovation de leurs églises, la laïcité n’a jamais été appliquée en Alsace et en Moselle (58 millions d'euros de rémunération des 1 393 ministres des quatre cultes reconnus (catholique, protestant luthérien et réformé, et israélite) et les 2 millions d'euros pour l'entretien des bâtiments). Pour ce qui concerne la communauté juive, en particulier, les collectivités locales financent leurs écoles, leurs crèches et leurs associations confessionnelles.

Les Occidentaux ont inventé la démocratie, avec sur le plan théorique, des principes républicains, fondés sur la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Dans la réalité, il y a parfois une forte distorsion entre cette affirmation de principe et le vécu quotidien des Français issus de l’immigration. Toute cette tension autour de l’immigration n’est pas fondamentalement une question de couleur, mais de places au sein de la société. Cependant, pour ne pas demeurer, éternellement, des citoyens de seconde zone, les Français issus de l’immigration doivent réclamer leur juste place dans la société. Le repli sur soi est une attitude qui nous fragilise gravement. La politique, au sens noble du terme, est une question de rapports de forces. Par conséquent, j’invite les Français issus de l’immigration à avoir, constamment, une démarche citoyenne. Si on ne s’occupe pas de la politique, la politique va s’occuper de nous.

Une partie conservatrice de la société française est hostile à l’immigration africaine, et parle, à tort, du grand remplacement. En fait, l’image des Français issus de l’immigration ne s’améliorera que si l’Afrique, riche de ses matières premières, retrouve sa souveraineté et sa dignité. La diaspora a un rôle de décision, dans les décennies à venir, à faire de l’Afrique un continent libre, indépendant, une zone d’opportunités, de coopération fondée sur la justice et l’équité.

Mes sources bibliographiques

ANNE (Baïdy), du village de Danthiady, ayant vécu au Havre, et réside entre la France et le Sénégal ;

BA (Hamadel), du village de Danthiady, un ancien travailleur immigré à Saint-Quentin, dans le Nord, France et résidant maintenant à M’Bour ;

DIALLO (Abass), président de l’association des ressortissants de Danthiady en France (ARDF), résidant aux Mureaux ;

LY (Sogui), ayant immigré en Côte-d’Ivoire et récemment disparu ;

N’DIAYE (Doro), membre fondateur de l’ARDF, et résidant au Havre ;

N’DIAYE (Ifra, Doro), connaisseur de la généalogie des grandes familles du village de Danthiady ;

N’DIAYE (Samba Daouda), du village de Danthiady, qui réside entre Nice et le Sénégal

SALL (Oumar Bassirou), élu à la commune de Ogo, et fils de Bassirou Elimane SALL, chef de village de Danthiady de 1961 à 1998

SALL (Mamoudou Bocar), résidant à Orléans.

Paris, le 8 mai 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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