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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 11:25

Cet article a été publié dans le journal THIEYDAKAR, édition du 6 février 2018.

Le Sénégal, pays à plus de 95% musulman, est resté jusqu’ici un Etat laïque, tolérant et hospitalier. Cependant, certains signaux forts ou faibles devraient nous alerter lorsque la cohésion et l’unité de l’Etat sont menacées. Ainsi, lors de la visite au Sénégal du président MACRON, les 2 et 3 février 2018, la chanteuse Rihanna, pourtant ambassadrice de l’éducation, a été déclarée persona non grata par un «Collectif contre la franc-maçonnerie et l’homosexualité». Celui-ci accuse la star d’être une «Illuminat», «porteuse de plusieurs dangers socioculturels» pour le Sénégal. Une association de femmes vient de naître au Sénégal, il s’agit du collectif, «mon mari a droit à quatre femmes» regroupant de femmes mariées qui partagent la conviction qu’en plus d’elles, chacun de leur époux à droit à trois autres femmes afin les épouses fassent quatre sous le même toit. Ces femmes entendent accompagner leurs époux dans l’accomplissement des saintes écritures du Coran qui permettent à un homme musulman, de prendre au delà d’une femme. Ces soubresauts, même s’ils sont encore maîtrisés par l’Etat, devraient nous interpeler, et poser, dans ces présidentielles du 24 février 2019, la place de l’Islam dans le jeu politique au Sénégal, une question à la fois ancienne et nouvelle.

Avant l’indépendance, l’obsession du colonisateur de ce qu’il appelle l’islamisme frisait l’hystérie. L’église catholique qui accompagnait le colon, était censée civiliser nos populations. N’ayant pas pu faire changer de religion, massivement, les Sénégalais, pour le colon, devenu réaliste, il y a deux catégories de musulmans : les bons sont ceux acceptent l’ordre colonial, et les mauvais sont ceux qui le contestent.

Il est curieux de constater que Cheikh Ahmadou Bamba BA (voir mon post du 1er juillet 2017), un pacifique avéré qui était contre la guerre sainte, a été exilé au Gabon, puis en Mauritanie. «Le captif de Dieu et ne reconnaissait d'autre maître que lui et ne rendait hommage qu'à lui seul» écrit Bamba. Mais en son absence, la production arachidière a drastiquement chuté ; ce qui contrariait les maisons bordelaises et marseillaises de commerce établies à Saint-Louis. Il fallait assigner Bamba à Diourbel. Maba Diakou BA (1809-1867), un Almamy du Saloum et roi du RIP, un adepte de la guerre sainte, ainsi que El Hadji Omar TALL (1797-1864), ont été farouchement combattus et éliminés. Le sort de Cheikh Hamallah (1883-1942), un religieux et mystique malien, d’un père mauritanien et d’une mère peule, est resté gravé dans nos mémoires. Arrêté en 1925, détenu en Mauritanie à Mederdra, puis déporté en Côte-Ivoire jusqu’en 1935, il est de nouveau arrêté en 1940 et déporté cette fois-ci en Algérie puis libéré. Du fait de son influence grandissante, sa maison de Nioro est prise d’assaut. Il est encore arrêté le 19 juin 1941 avec ses disciples. Transféré à Dakar, il est envoyé le 21 juin à Alger pendant que certains de ses disciples étaient, eux, déportés dans d’autres villes de la sous-région malienne. Début avril 1942, Cheikh Hamallah est de nouveau déporté en France à Evaux-les-Bains. Malade car n’ayant pu s’adapter au climat de la France, il est transféré à Montluçon où il décède, officiellement d’une cardiopathie. Sa tombe, où se recueillent ses disciples, se trouve à l’allée 36 du cimetière de l’Est à Montluçon. À Nioro, la nouvelle du décès n’a été annoncée que le 7 juin 1945.

Le bon musulman, pour le colon, c’est celui accepte l’ordre établi. Ainsi, le colonisateur, et c’est qui deviendra, avec De Gaulle, la Françafrique (voir mon post du 22 novembre 2017), a su négocier le virage avec les descendants de Cheikh Oumar TALL qui sont devenus les défenseurs zélés de l’ordre colonial. Ainsi, en 1894, Aguibou TALL (1843-1907), roi de Bandiagara, a accepté de coopérer avec Henri GADEN (voir mon post du 8 août 2015), le militaire qui a capturé Samory TOURE, là où le général GALLIENI avait échoué. El Hadji Malick SY, le chef des Tidjanes, est traité avec une grande bienveillance, parce qu’il approuvait, sans reserves la colonisation, Cheikh Moussa Camara (1864-1945) (voir mon post du 1er août 2016), El Hadji Malick SY (1855-1922) ainsi que Seydina Limamou Laye THIAW (1843-1909) rejettent le recours à la violence et prônent, comme Ahmadou Bamba, le Jihad du coeur. Cependant, contrairement au guide spirituel des Mourides, El Hadji Malick SY prêchait la collaboration avec le colonisateur : «Les Français se sont imposés à nous par leurs bienfaits de justice, la sécurité intérieure, la paix générale, le développement des transactions et du bien-être, et le respect de notre religion» dit El Hadji Malick SY.

Blaise DIAGNE (voir mon post du 13 novembre 2014), premier député africain à l’assemblée nationale française, s’inspirant de la pratique coloniale, a vaincu CARPOT, le 10 mai 1914, en obtenant l’appui de Cheikh Amadou Bamba BA qu’il avait rencontré lors de son exil au Gabon. Ainsi, donc la religion est entrée dans le jeu politique sénégalais, et n’en est pas ressortie depuis lors.

Léopold Sédar SENGHOR (voir mon post du 13 août 2015), un chrétien, a pu gouverner avec l’appui des Mourides et des Tidjianes. En effet, El Hadji Seydou Nourou TALL (1862-1980) a été d’un soutien sans failles de 1960 à 1980. Le président SENGHOR n’a pas hésité, lors de la crise de 1962, de s’appuyer sur les Mourides, pour liquider Mamadou DIA (voir mon post du mai 2017), président du Conseil, et un Tidjane.

M. Abdou DIOUF (voir mon post du 30 novembre 2014), président de 1981 à 2000, sérieusement contesté par une opposition virulente, longtemps écartée du pouvoir, dans une démocratie sans alternance, n’a pas hésité de solliciter, des Mourides, «Le N’Diguël», une consigne de vote pour les élections. C’est un pas important dans la politisation de l’islam au Sénégal. Mais les opposants ont également leurs marabouts qui ont vu tout le profit qu’ils pouvaient tirer de cette situation.

Jusqu’en 2000, les présidents sénégalais sont issus de la minorité Sérère, maître Abdoulaye WADE, président de 2000 à 2012, (voir mon post du 6 février 2017), mouride et franc-maçon, a cassé cet équilibre fragile. En effet, Le président WADE a introduit, à grande dose, l’ethnicité, et favorisé l’émergence des groupuscules et des lobbies religieux, non contrôlés par les grandes confréries religieuses ; ce qui a, gravement, affaibli l’autorité de l’Etat. Par ailleurs, le président WADE, dans un Etat républicain et laïque, s’est prosterné devant le Khalife général des Mourides ; ce qui a, profondément, choqué les démocrates. Le ver est dans fruit !


M. Macky SALL, président depuis 2012, a rétabli l’autorité de l’Etat, en procédant à l’arrestation, en octobre et en novembre 2017, d’une trentaine d’imams, proches des milieux djihadistes, à Kaolack, Rufisque et dans la banlieue de Dakar, dont M. Alioune N’DAO. Cependant, le président SALL, comme ses prédécesseurs, recherche, activement, l’appui de toutes les grandes confréries. Le président SALL s’est heurté à l’hostilité farouche des Mourides qui ont effectué des prêches dans les Mosquées invitant à voter contre référendum du 16 mars 2016, et des urnes ont été saccagées à Touba, la capitale religieuse des Mourides, lors des législatives de juillet 2017. En dépit de ce militantisme politique actif des Mourides, le président Macky SALL est sorti victorieux de ces scrutins ; ce qui a démystifié er décrédibilise, la soit-disante toute puissance des Mourides qui se croyaient, à eux seuls, en capacité de faire et défaire les gouvernants sénégalais. Au moins, tout est devenu clair.


En définitive, la question de la religion pose plusieurs enjeux dans le champ politique :

D'une part, la neutralité du pouvoir religieux est souvent revendiquée ; or, les religions monothéistes ont toujours affirmé que les affaires du monde ne les intéressaient pas, leur champ ne concernant que la relation de l’individu à Dieu ; un Islam politique serait donc une contradiction manifeste avec cette prétention.

L’Islam, en particulier, professe une négation de la vie. Cependant, l’argent a pris une place considérable dans la relation entre les religieux et le pouvoir politique. En effet, les 5 grandes confréries vivent au dépend de l’Etat, sans aucune transparence financière sur le montant des subsides versés aux religieux. La religion est devenue au Sénégal, le business le plus juteux. Il faudrait introduire de la transparence pour l’attribution de ces fonds aux religieux. En effet, l’Assemblée nationale devrait autoriser et contrôler ces dépenses. En France, en dépit de l’hypocrisie affichée sur la laïcité, devenue une arme de guerre contre les Arabes et les Noirs, l’Etat finance les églises considérées comme des monuments historiques. Par ailleurs, le sort des talibés qui a souvent ému l’opinion publique, nécessiterait un contrôle des pouvoirs publics, en cas d’abus manifeste. L’enfance en danger devrait être protégée par l’Etat.

D'autre part, la polygamie, une coutume opposant les modernes aux traditionnalistes, est un sujet controversé. Le président Léopold Sédar SENGHOR est resté discret sur la polygamie, son père Diogoye, un catholique, était polygame. Le Code de la famille, en son article 116, sans l’interdire, a encadré la polygamie dans un régime restrictif. : «Lorsque l'option porte sur la polygamie sans limitation, l'époux peut avoir jusqu'à quatre épouses. S'il opte pour la polygamie pleine, la loi lui permet de revenir sur le choix en le limitant. Il n'est pas possible de revenir sur la limitation et donc de contracter un troisième ou quatrième mariage. L'option monogamique une fois signée est irrévocable pour toute l'existence de l'intéressé. Les seuls cas où la loi permet de revenir sur l'option de régime sont ceux dans lesquels le nouveau choix est destiné à le rendre plus restrictif par exemple lorsqu'on a choisi la polygamie limitée à trois épouses qu'on veut ramener à deux ou en faire un régime monogamique». Au Sénégal, seulement 12% des couples sont monogames. Tous les chefs de l’Etat du Sénégal, depuis l’indépendance, sont monogames. D’une manière générale, les hauts responsables politiques, à l’exception d’Ousmane Tanor DIENG, chef du Parti socialiste et président du Haut Conseil des Collectivités territoriales, sont monogames.

Il est curieux de constater qu’une partie des intellectuels, défend la polygamie, au nom de l’authenticité de la culture africaine. Ainsi, Mme Ken Bugul M’BAYE (voir mon post du 31 octobre 2017), écrivaine et féministe, a été 29ème épouse d’un marabout. Suivant Mme Ken Bugul, la polygamie pourrait redonner la dignité aux femmes : «Soit ce sont des veuves, soit des femmes rejetées par la société. Il récupérait ces femmes et celles-ci pouvaient s’en aller quand elles voulaient. Le «Serigne» pouvait aussi trouver un mari à l’une d’entre elles et la libérer. Il n’était pas question d’accumuler des femmes. C’était récupérer des femmes pour les réinsérer dans la société» dit-elle.

«Travailler comme si on ne devait jamais mourir, prier comme si on devait mourir demain» telle est la devise équilibrée de Cheikh Bamba qu'on aurait dû appliquer, sans concession. Or cet équilibre semble rompu ; l'héritage de Cheikh Bamba a été trahi par la cupidité. En effet, la valeur travail semble s’évanouir au profit de l’assistanat et d’une pratique religieuse envahissante. Ainsi, au Sénégal, outre les vacances scolaires, des fêtes religieuses (Gamou, Magal, Tamkharit, etc.) paralysent ou perturbent le fonctionnement du pays. Diverses tolérances administratives (décès, baptêmes, mariages, prière du vendredi) sont une occasion de vaquer à ses occupations personnelles. Pendant le mois de Ramadan, les nombreux appels de muezzin, la nuit sont une source de nuisances sonores. Le plus gênant ce sont ces récitations de Coran, improvisées dans les quartiers, toute la nuit, et à fond les haut-parleurs. Pourtant, la religion n’est pas une question de posture, mais une relation intime entre Dieu et ses fidèles, une croyance sincère qui ne devrait pas importuner les autres fidèles.

Si le Sénégal est un Etat laïque, républicain et laïque, cela veut dire que les autorités publiques doivent protéger aussi bien les croyants que les non-croyants. En effet, le Sénégal n’étant pas une République islamique, et cela devrait être réaffirmé avec force, la religion devrait rester dans la sphère privée. Par conséquent, aucune composante de la société ne pourrait imposer aux autres, un quelconque ordre moral ; cela signifie que l’homosexualité, pratique ancienne, mais devenue importante, et la Franc-maçonnerie, font partie des conduites admissibles et tolérables au Sénégal. Par conséquent, même si l’Islam est majoritaire, d’une façon écrasante, le respect des autres est fondamental.

Il faudrait donc revenir aux pratiques saines de l’Islam des temps anciens, un Islam tolérant, anticolonial, nationaliste et vertueux. Ainsi, Cheikh Amadou Bamba avait indiqué la voie : «Je n’ai jamais de toute ma vie accompli un acte dont mon discipline puisse avoir honte, aussi n’aimerais-je pas que mes disciples se comportent d’une façon qui me fasse honte» dit-il. Par ailleurs, Thierno Souleymane BAL (voir mon post du 21 juin 2016) avait posé, en 1776, les bases d’un Etat fondé, outre sur les principes de démocratie, mais, aussi et surtout, des valeurs morales et éthiques, comme la probité, la prohibition du conflit d’intérêts, le critère de compétence, le sens du service public, de l’intérêt général et l’égalité de tous, et de chaque province, devant les charges publiques. En effet, c’est Thierno Sileymane BAL, lui-même qui a fixé ces règles de fonctionnement de l’Etat, fondées sur une action presque désintéressée. Sentant sa fin prochaine, il a laissé aux populations du Fouta-Toro les huit recommandations suivantes, comme la Charte du Mandé (Mali) qui sont encore d’une grande actualité à l’aube du XXIème siècle :

- détrônez tout imâm dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez-le et expulsez-le s’il s’entête ;

- veillez bien à ce que l’imâmat ne soit pas transformé en une royauté héréditaire où seuls les fils succèdent à leurs pères ;

- l’imâm peut être choisi dans n’importe quelle caste ;

- choisissez toujours un homme savant et travailleur ;

- il ne faut jamais limiter le choix à une seule et même province ;

- fondez-vous toujours sur le critère de l’aptitude ;

- l’impôt, le produit des amendes et tous les revenus de l’Etat doivent être utilisés pour des actions d’intérêt général.

Paris, le 6 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Le Sénégal doit rester ce qu'il est, un pays laïque, tolérant et démocratique.

Le Sénégal doit rester ce qu'il est, un pays laïque, tolérant et démocratique.

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