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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 18:36

J’ai toujours rêvé, un jour, d’aller visiter l’Académie française, mais à chaque fois c’est un rendez-vous manqué. Il y a de cela plus de deux décennies, j’avais eu l’immense privilège de rencontrer le président SENGHOR à son appartement dans le 17ème arrondissement de Paris. Le projet de visite n’a pas pu se concrétiser. Dans les années 90, Assia DJEBAR est passée à notre association INTERCAPA, à la place du Panthéon, pour la régulation de la régularisation de sa fille adoptive, elle connaissait la future marraine de mes enfants. Harcelé par des sans-papiers, je n'avais eu le temps d'échanger avec cette grande dame de la littéraire. J’ai eu l’insigne honneur de rencontrer Dany LAFERRIERE, à une conférence au salon du livre à Paris, en mars 2016, et je l’ai revu, deux fois après, quand Alain MABANCKOU avait triomphé au Collège de France en mai 2016 et en décembre 2017, lors d’un hommage à James BALDWIN, au Musée de l’Homme. M. Dany LAFERRIERE a été élu académicien, le 12 décembre 2013, sur le fauteuil n°2 de Hector BIANCIOTTI. Là aussi la visite à l’Académie française n’a pas pu se faire avec ma petite Arsinoé. Il faut dire que l’Académie française reste fermée pour le grand public. En effet, ceux qui ne sont pas de l’Académie ne peuvent être admis dans les assemblées ordinaires ou extraordinaires, pour quelque motif que ce soit. En effet, jusqu’ici, seulement quelques visites privées ont été accordées, mais à de très hautes personnalités politiques : le Président Abdou DIOUF du  Sénégal, le 26 juin 1997, le Président Abdoulaye WADE du Sénégal, le 21 juin 2001, et le Président Laurent GBAGBO, de la Côte-d’Ivoire, le 7 décembre 2001.

L’Académie française, une ancienne institution, s’ouvre progressivement à la société. Cependant, le débat sur la langue française, très passionné, reste traversé par des polémiques, et un besoin de concevoir autrement cet outil, devenu «un butin de guerre» pour la Diaspora et les colonisés. La contribution littéraire de M. Dany LAFERRIERE exprime, fortement, ce désir de changement et du bien-vivre ensemble.

I – L’Académie française, son histoire, son ouverture progressive

et timide aux forces vives de la société

A – L’Académie des origines, l’aristocratique

L’Académie française est cette prestigieuse institution rassemblant une quarantaine personnalités culturelles qui appartiennent aux mondes de la littérature, de la poésie, du théâtre, de la littérature et des sciences. D’illustres poètes avaient l’habitude de se réunir, pour un gala intellectuel, chez Valentin CONRART (1603-1675), à la rue Saint-Martin, à Paris 3ème. On y lisait des tances et des sonnets autour d’un bon repas, parfois en présence du secrétaire de RICHELIEU, un certain François LE METEL de BOISROBERT (1592-1662). Le cardinal RICHELIEU se demanda «Si ces personnes ne voudraient pas faire un corps, et s’assembler régulièrement, et sous une autorité publique». En effet, RICHELIEU voulait abandonner les révolutions du goût, les caprices de la mode, et proposait que l’Etat reçoive ces hommes de Lettres, en leur donnant, au lieu d’une faveur précaire, un rang assuré, incontestable, privilégié, érigé au range de nouvel ordre reconnu et protégé. Par conséquent, l’Académie française est née, sans préméditation : «Quand il parle de ce premier âge de l’Académie, ils en parlent comme un âge d’or, durant lequel, et avec toute l’innocence et toute la liberté des premiers siècles, sans bruit et sans pompe, et sans autre loi que celle de l’amitié, ils goûtaient ensemble toute ce que la société des esprits a de plus doux et de plus charmant», écrit, en 1652, Paul PELISSON, le premier biographe des origines l’Académie française, puis Pierre-Joseph THOULIER d’OLIVET, ont repris ce récit jusqu’en 1700 ; la mort de Racine est le dernier événement rapporté. C’est le 29 janvier 1639, sous le règne de Louis XIII, que l’Académie française est officiellement créée, rassemblant des «académistes» qui deviendront des «académiciens» en charge d’améliorer la langue française comme l’indique l’article 27 de ses Statuts et Règlements : «La principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences». À cet effet, «il sera composé un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique». Armand Cardinal Duc de RICHELIEU est désigné protecteur de l’Académie qui a un contre-sceau avec une couronne de laurier, avec ces mots «A l’Immortalité». L’Académie française a été créée dans un but politique : renforcer l’unité de la France au moyen de la langue française et une mission principale de veiller sur l'état de la langue et de rappeler son bon usage. Il s’agit de «nettoyer la langue française des ordures qu’elle avait contractées». La mission de l’Académie est de conserver et perfectionner la langue française.

Mais les origines de l’Académie française sont plus anciennes puisque Jean DORAT (1508-1588) réunissait à l’hôtel de la Montagne-Sainte-Geneviève : Pierre de RONSARD, Jean-Antoine de BAIF, Ludovico ARISTO dit L’Arioste, Joachim du BELLAY. On y étudiait la grammaire et la musique ; ils avaient, pour but, de célébrer le culte et le progrès des lettres. Ces coteries ne sont pas nouvelles, RONSARD avait eu sa Pléiade. En 1570, Charles IX, un roi poète, octroya à ce cercle, de beaux esprits, des lettres patentes où il déclare que «pour ladite académie soit suivie et honorée des plus grands, il accepte le surnom de protecteur et auditeur d’icelle». Le Parlement et l’université se montrèrent hostiles à l’Académie, mais celle-ci réagit en accueillant en son sein des parlementaires et des universitaires. Charles IX appréciait Antoine BAIF, comme un très excellent homme de lettres ; il lui donna les moyens de subvenir aux besoins des gens de lettres.

L’Académie a un Directeur, un Chancelier, un Secrétaire perpétuel à vie, et une Bibliothèque. Mais cette Académie prit des airs aristocratiques, et ne voulut point de dîner en famille. Cette ancienne maison voulait établir six lois fondamentales : prier, étudier, se réjouir, ne faire tort à personne, ne pas croire légèrement et ne se soucier point du monde. Si un académicien fait quelque faute indigne d’un homme d’honneur, il peut être destitué ou écarté temporairement, suivant la gravité de la faute (22 décembre 1684 Abbé Antoine de FURETIERE, pour vols de documents, et abbé Charles-Irénée Castel de SAINT-PIERE, critique du Roi).

«L’Académie française est une puissance qui, comme les autres, a rencontré, à côté des indifférents, des partisans déclarés, et des adversaires si bruyants qu’on les a crus nombreux» écrit Charles-Louis LIVET. La Révolution était hostile à l’Académie : «La Vérité a vaincu ; le genre humain est sauvé !» s’écrit CONDORCET. La Constituante réduit les crédits budgétaires de l’Académie, et Charles-François LEBRUN de dire «En créant l’Académie française, Richelieu n’y chercha peut-être que des panégyristes et des esclaves. Elle expie son origine». Le 10 août 1793, l’abbé GREGOIRE demanda la suppression de l’Académie française, «l’aînée, qui présente tous les symptômes de la décrépitude» dit-il. NAPOLEON rétablira l’Académie française qui retrouva «l’esprit qui l’animait, la modération et la dignité qu’elle avait constamment gardées et des matériaux pour continuer son histoire». En 1815, l’Institut de France, au quai Conti, sera divisé en quatre classes : Académie des sciences, Académie française, Académie des inscriptions et des belles lettres et Académie de peinture et de sculpture.

Jusqu'au milieu du XIXème siècle, on désignait ceux qui se présentaient à l'Académie sous le nom de «prétendants». Un terme éloquent. On les appelle maintenant des «candidats», et ils doivent faire une véritable cour auprès de ceux qui vont décider de leur élection. Depuis 1635, quiconque veut déclarer sa flamme aux Immortels doit d'abord envoyer un courrier au secrétaire perpétuel. Les Académiciens ayant le droit de coopter leurs confrères, jusqu’au milieu du XVIIIème, les philosophes audacieux en furent écartés. Jadis, il y régnait un esprit monarchique et religieux. René DESCARTES, frappé de disgrâce par RICHELIEU, se tenait éloigné de ce cénacle. Jules MAZARIN ne pouvait pas être désigné protecteur de l’Académie, sa connaissance de la langue française étant jugée insuffisante ; ce sera le Duc d’ENGHEIN, époux de la nièce de RICHELIEU, qui entrera à l’Académie française ; il vouait une admiration pour CORNEILLE et MOLIERE. A la mort de Louis XIII (27 septembre 1601 - 14 mai 1643), précédée, de très près, de celle de RICHELIEU (9 septembre 1585 – 4 décembre 1642), c’est Gilles BOILEAU qui est nommé en 1659.  Des prélats, des Ducs, des maréchaux et de grands seigneurs et quelques hommes de lettres (élection de Montesquieu en 1727 et de Marivaux en 1742), dominaient cette assemblée, fort conservatrice. L’Académie, se revendiquant de l’Immortalité, de par l’autorité qu’elle exerce sur le langage, celle qu’elle revendique sur le goût, sa rhétorique, les cabales qu’elle a nourries, ont en fait une institution raillée par les esprits critiques ou sarcastiques que sont, notamment, les philosophes. Aussi, pendant longtemps, l’Académie se méfia des philosophes, l’homme de guerre et d’insurrection contre l’Eglise et la Royauté. Sous l’Ancien régime, une monarchie absolue, les philosophes des Lumières n’avaient aucune marge de manœuvre, et donc n’étaient pas les bienvenus à l’Académie française. L’Académie, «c’est une maitresse contre laquelle les gens de lettres font des chansons et des épigrammes jusqu’à ce qu’ils aient obtenu ses faveurs» disait Voltaire. L’Académie commence son aggiornamento avec les élections de Voltaire en 1746, et celle de DUCLOS, en 1747, qui devient secrétaire perpétuel, puis celle de d’Alembert en 1754, qui succéda à DUCLOS dans ses fonctions. En 1760, Voltaire disposait à l’Académie d’une majorité agissante, qui reflétait l’opinion d’une grande partie du public lettré et répondait à leurs aspirations. Cependant, bien d’éminents gens de lettres seront écartés de l’Académie française, notamment Charles BEAUDELAIRE, Emile ZOLA, Paul VERLAINE et Louis ARAGON.

B – L’Académie et les minorités ethniques

Le combat des femmes, à l’image de celui de la Diaspora, marque l’aspiration profonde à l’égalité réelle et à la fraternité, même au sein de l’Académie française. En effet, l’Académie est restée pendant longtemps un monde masculin. En réaction contre cette misogynie, Madeleine de SCUDERY (1607-1701), dite Sappho, avait fondé une Académie des beaux esprits, à l’hôtel de Rambouillet, l’Académie des précieuses et l’Académie galante chez Anne dite NINON de L’ENCLOS (1620-1705), une femme athée et libertaire, au Marais, à Paris 4ème. Mme George SAND (1804-1876, voir mon post) réclame, dans une lettre du 20 juin 1863, que les femmes soient représentées à l’Académie française. En effet, durant trois siècles et demi, l’Académie française a obstinément fermé ses portes aux femmes. «George Sand eût fait scandale par la turbulence de sa vie ; la personne encore plus que l’écrivain devançait son temps» dira Marguerite YOURCENAR, première femme élue à l’Académie française en 1980 (voir mon post du 20 février 2016). Avec le parrainage de Pierre NORA, la première femme maghrébine normalienne, à être élue dans l’Académie française, le 16 juin 2005, sur le 5ème siège, de Georges VEDEL, sera Mme Fatma-Zorah Imalhayène, dite Assia DJEBAR (30 juin 1936 à Cherchell, Algérie- 6 février 2015, à Paris), une forme de réconciliation entre la France et l’Algérie, après la douloureuse guerre d’indépendance. «Mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles» dira-t-elle dans son discours de réception du 22 juin 2006. L’œuvre d’Assia DJEBAR, loin d’être des «romans de femmes» ou des «romans de gare», est, en fait, une lutte, sans concession, pour la libération de la Femme. «Toute vierge qui se montre subit une sorte de prostitution !» écrit Quintus TERTULLIEN (160-220 après Jésus-Christ), né à Carthage (Tunisie), et issu d’une famille berbère romanisée et païenne. «L’obsession misogyne qui choisit toujours le corps féminin comme enjeu n’est pas spécialité seulement «islamiste !» en conclut Assia DJEBAR. Elevée en Afrique du Nord, au carrefour de plusieurs civilisations latine, grecque, berbère et Arabe, aventurière de l’esprit et de la liberté, Assia DJEBAR écrit en français, et considère, comme KATEB Yacine (Constantine 1929-1989 Grenoble), que la langue française est un «butin de guerre». «Tandis que l’homme continue à avoir droit à quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour expirer notre désir : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons de retrouver les plus anciennes de nos idoles mères. La quatrième langue, pour toutes, jeunes ou vieilles, cloîtrées ou à demi émancipées, celle du corps que le regard des voisins, des cousins, prétend rendre sourd et aveugle. Quatre langues qui sont autant d’ouvertures vers la liberté», dit-elle dans son roman historique «L’Amour, La Fantasia». Quand le gouvernement algérien a voulu lui imposer d’enseigner en Arabe à l’université, Assia DJEBAR dira «La langue française est mon armure». Par conséquent, il ne faudrait pas confondre le français «marginalisé quand il est créatif et critique» et le français «en habits d'apparat colonial». Assia DJEBAR revendique sa francité : «La langue française, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour».

L’élection de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) à l’Académie française, sur le fauteuil n°16 d’Antoine Lévis MIREPOIX, en 1983, puis sa réception, sa réception le 29 mars 1984, en présence du chef de l’État, protecteur de l’Académie, a marqué une date de très haute importance dans l’histoire de cette institution. Avec lui, ce n’était pas seulement l’agrégé de grammaire, l’ancien président de la République du Sénégal, le grand poète partout connu et reconnu, l’homme de dialogue entre les cultures, les religions, le chantre du métissage et de l’universel, qui entrait sous la Coupole, c’était l’ensemble de ceux qui ont la langue française en partage, c’était la Francophonie tout entière. Pour SENGHOR, la civilisation française est «une force de symbiose. Elle prend, de siècle en siècle et dans les autres civilisations, les valeurs qui lui sont d’abord étrangères. Et elle les assimile pour faire du tout une nouvelle forme de civilisation, à l’échelle, encore une fois, de l’Universel».

Après Léopold Sédar SENGHOR, premier Africain à être admis à l’Académie française, M. Dany LAFERRIERE est élu en 2013, à cette institution. Deux noirs, deux styles «Pour rien, la langue française comme toute langue n’a aucune valeur. Ce sont ses locuteurs qui donnent des valeurs à la langue. Car les Résistants, comme le Vichyste, parlaient français tout autant comme aujourd’hui les discours de la haine contre les Noirs ou les Juifs sont en français» dit LAFERRIERE. La Littérature française contemporaine est devenue faible et appauvrie, parce que repliée sur elle-même. Cependant, M. LAFERRIERE a rendu un vibrant hommage aux chantres de la Négritude que sont Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR, dans son discours de réception du 28 mai 2015 «Pour moi ce fut d’abord ce trio qui a inscrit la dignité nègre au fronton de Paris : le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas, et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ce dernier a occupé pendant dix-huit ans le fauteuil numéro 16. C’est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie. Chaque fois qu’un écrivain, né ailleurs, entre sous cette Coupole, un simple effort d’imagination pourra nous faire voir le cortège d’ombres protectrices qui l’accompagnent» dit-il. Mais quelle conception, l’Académie française a-t-elle de la Francophonie ?

En 1783, l’Académie royale des Sciences et des Belles Lettres de Berlin mettait au concours un triple sujet ainsi libellé «Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative ? Est-il à présumer qu’elle la conserve ? ».  Antoine RIVAL (1753-1801), comte de RIVAROL, un farouche opposant à la Révolution, remporta ce prix, le 3 juin 1784, avec son «Discours sur l’universalité de la langue française». La France, jadis, partagée entre le Picard et le Provençal, avec une forte influence du Latin, sera conquise par le français, «La langue est la peinture de nos idées» dira RIVAROL. La langue est le reflet de la domination, de l’hégémonie d’un pays, de la puissance coloniale «qui tenait dans ses mains la balance des empires».

Le président Emmanuel MACRON avait proposé au professeur Alain MABANCKOU de collaborer avec Leïla SLIMANI pour «contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française et de la francophonie». Cependant, M. Alain MABANCKOU a décliné cette offre : «Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s'agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale» dit-il. Le professeur MABANCKOU poursuit : «La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies». Le but de l’Alliance française, d’après son programme, est d’étendre l’influence de la France. Par conséquent, les autorités françaises ont une conception racisée et ethnicisée de la langue française : «Repenser la Francophonie, ce n'est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n'est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d'auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial» dit M. MABANCKOU. Depuis l’avènement de la Négritude dans les années 30, c’est le professeur Alain MABANCKOU qui a le feu sur la scène littéraire à Paris, en allant à l’assaut du Collège du France en mai 2016, puis à la Fondation Louis VUITTON, à Paris. M. MABANCKOU a eu le mérite d’appuyer et de mettre en valeur, au cours de ces manifestations, des artistes congolais talentueux, mais encore écrasés par un monde racisé et ethnicisé. Je m’en réjouis et lui adresse mes vifs remerciements. La Francophonie pourrait aider à reconstruire un monde nouveau, mais à condition qu’elle soit débarrassée de sa vision coloniale, de son obsession identitaire et de sa peur puérile de l’immigration. En effet, il est regrettable que la France, avec une politique de visa stricte, soit désertée par les étudiants africains au profit de la Chine et des Etats-Unis. Pour Cheikh Anta DIOP, il n’y aura pas de développement de l’Afrique, sans une valorisation des langues nationales. Le français, parlé dans 14 pays africains, pourrait avoir un avenir en Afrique, à plusieurs conditions : tenir compte de l’héritage et du patrimoine culturel africain, notamment de ses auteurs, devenir un espace de solidarité et de coopération fondé sur la justice et l’équité, réserver une place particulière à la diaspora dans les relations entre la France et l’Afrique, et combattre les dictatures ainsi que la Françafrique en restaurant la confiance, la justice et la fraternité.

Dany LAFERRIERE conteste, lui aussi, cette conception racisée et ethnicisée de la francophonie : «Il y avait un besoin, de la part de la France, de rassembler tout ceux qui parlent français sur la planète pour faire le poids à l’anglophonie qui, de plus en plus, s’affirmait comme puissance démographique. La littérature a une grande visibilité, d’autant plus que les écrivains peuvent venir de toutes les classes sociales, contrairement à l’économie, qui ne quantifie que les puissants et les riches. À l’inverse, les écrivains viennent de partout. J’avais compris qu’avec la francophonie, Paris est à part, et le reste est la province, que ce soit la province française ou les autres pays parlant français. Je ne pouvais accepter ce fait d’être un écrivain provincial, parce que j’écris précisément pour sortir de l’espace où je suis, pour aller dans un lieu à la fois intemporel et sans espace. J’écris à partir d’une grande rêverie, je n’écris donc pas pour me faire remettre à ma place après. C’est pour ça que j’étais d’accord avec cette idée d’une «littérature-monde», qui est le contraire de la mondialisation. L’idée est de faire en sorte que la marge devienne le centre ; on prend place au centre et comme centre. Il n’y a plus de francophonie qui ne soit pas la France, c’est-à-dire regroupant tous les pays parlant français sauf la France» et M. LAFERRIERE précise qu’il est pour une littérature monde «Je ne suis pas un écrivain de langue française, ni francophone, je suis un écrivain. J’écris avec un langage qui ne tient pas forcément compte de ce langage codé avec lequel on m’identifie». M. LAFERRIERE, dans son discours de réception du 28 mai 2015, à l’Académie française, a rendu hommage à la Diversité qui s’invite dans cette illustre institution, à travers Alexandre DUMAS, fils : «Je me demande si Dumas a compté pour vous, et s’il a illuminé votre enfance comme il l’a fait de la mienne. Si je parle de Dumas c’est parce qu’il a occupé aussi ce fauteuil. Même si ce n’était pas le Dumas des Trois Mousquetaires mais plutôt son fils, l’auteur de La Dame aux camélias. De toute manière les Dumas ont de profondes racines en Haïti puisque c’est une «négresse», selon l’appellation de l’époque, qui a donné naissance au général Dumas, le grand-père de notre confrère Alexandre Dumas fils. Je dois souligner que le nom Dumas ne vient pas du père, le marquis de La Pailleterie, mais de la mère, une jeune esclave du nom de Marie Louise Césette Dumas. Ces Dumas ont le sang vif de ces mousquetaires qui osèrent affronter notre fondateur le cardinal Richelieu. Enfant, j’étais du côté de d’Artagnan, aujourd’hui je me range derrière le Cardinal. Le temps nous joue de ces tours» dit-il.

II – Dany LAFERRIERE, une littérature inspirée de l’Amour

Né à Port-au-Prince, en Haïti, le 13 avril 1953, d’un père intellectuel et homme politique, Windsor Klébert LAFERRIERE et d’une mère archiviste à la mairie de Port-au-Prince, Marie Nelson, Windsor KLEBERT, qui deviendra Dany, passa son enfance avec sa grand-mère, Da, à Petit-Goâve, dans cet univers dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : «L’Odeur du café» et «Le Charme des après-midi sans fin». Gilberte MOREAU estime que les valeurs véhiculées dans la contribution littéraire de LAFERRIERE, au-delà de l’exotisme et de la prose, sont repérables ; il s’agit, notamment de «l’amour, l’amitié, le bonheur de vivre, la tolérance, la fidélité à ses racines».

À la fin de ses études secondaires au collège Canado-Haïtien, Dany LAFERRIERE commence à travailler à l’âge de dix-neuf ans à Radio Haïti Inter, et à l’hebdomadaire politico-culturel «Le Petit Samedi soir». Il signait, à la même époque, de brefs portraits de peintres dans leur atelier pour le quotidien «Le Nouvelliste». «Lorsque j'étais jeune journaliste en Haïti, je n'étais pas un contestataire qui élève la voix. Je travaillais pour un journal, «Le Petit Samedi soir», avec un groupe de jeunes gens de mon âge, et j'étais le plus littéraire de tous. Mes chroniques n'étaient presque pas politiques, ou alors très politiques, si on entend par ce mot une proximité recherchée avec la réalité. J'allais dans les profondeurs de l'île, rencontrer des gens, raconter leurs vies. Avec l'idée que la dictature ne pénètre pas partout, ne dévore pas tout. Il faut parvenir à être heureux malgré la dictature, c'est la chose la plus subversive qui soit» dit-il.

À la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, Dany LAFERRIERE quitte précipitamment Port-au-Prince pour Montréal. Cet évènement sera raconté dans son roman «Le Cri des oiseaux fous». «Montréal a fait de moi un écrivain méditatif» écrit Dany.

A – Combattre l’humiliation et la peur, retrouver son individualité

Les récits de l’enfance sont largement autobiographiques. Le but de Dany est avant tout de témoigner de son enfance, heureuse malgré la dictature, et de l’enfance de toute une génération de jeunes qui a vécu les années terribles des DUVALIER, sans succomber au régime de la peur. Ce qu’il cache, en lui, c’est un «cœur collectif». Ainsi, «L’Odeur du café», une chronique de l’enfance, parue en 1991, relate des événements datant de 1963, sous le régime dictatorial de DUVALIER ; un des personnages, Passilus, aime parler politique et invite des amis chez lui pour discuter. A la suite de troubles dans la capitale, ils sont tous arrêtés. Dans ce petit village pauvre et analphabète, on vit du café et du sisal. Matriarcat domine dans cette communauté traditionnelle ; Da, la grand-mère du narrateur a un rôle important dans l’éducation des femmes et des enfants. Récit autobiographique, le narrateur se découvre un amour infini pour Vava. DA, la grand-mère, incarne une vieille dame au visage souriant ; elle représente une métaphore d’Haïti, un pilier inattaquable, dans la tourmente, pleine de vitalité et de sagesse. DA enseigne aux jeunes, «ce rire princier» et ce qu’il faut «avoir face à la misère».

«Le charme des après-midi sans fin» est plutôt le temps de l'adolescence faisant naître le désir et la découverte du sexe. Les filles sont présentes, Vava celle dont Vieux Os est amoureux depuis longtemps et dont la timidité l'empêche de l'approcher, pire il se sauve quand il la voit ou tombe dans les pommes, mais aussi sa cousine Didi, Fifi, Edna. Cette grand-mère qui représentait tout pour l’auteur, l’autorité et l’indulgence, la sagesse et la protection dans un petit cocon familial sécurisant. Da lui a tout appris sur ses ancêtres, sur les anciennes coutumes, elle lui a raconté sa vie, une vie dure mais auréolée d’un certain mystère entretenu pour garder de nouvelles anecdotes qu’elle lui narre au fil du temps. Mais Da lui a surtout ouvert l’esprit en s’adressant à lui comme à un adulte le plus souvent et elle lui a appris les bonnes manières, celles qui l’aideront à se comporter en parfait «gentleman», ce qui lui sera d’un grand secours plus tard.

Dixième roman de Dany LAFERRIERE, «Le cri des oiseaux fous» est aussi l'ultime récit de sa vaste «autobiographie américaine». Le narrateur apprend que les tontons macoutes ont tué son ami, que lui-même est sur la liste, que cette nuit sera sa dernière nuit en Haïti, celle du départ. LAFERRIERE, le  héros de son roman raconte comment il est venu à quitter sa terre natale, journaliste, il est affecté aux chroniques culturelles. Avant de s’exiler, il fait le tour de ses amis, sans les prévenir de son départ. Tout le récit coule des yeux et des pensées, des peurs et des méditations de ce jeune homme de vingt-trois ans confronté au crime et forcé à l'exil. Comment se sentir citoyen d'un pays qui veut votre mort ? «L'exil est pire que la mort pour celui qui reste. L'exilé est toujours vivant bien qu'il ne possède aucun poids physique dans le monde réel», dit-il. Ce roman est une ultime insurrection contre la dictature et l’intolérance, un droit de parler de culture sans parler de politique. D'avoir des désirs qui lui sont propres. «Et l'indifférence que j'ai toujours manifestée pour le pouvoir et sa propagande diabolisante ne jouerait pas en ma faveur. Car le rêve de tout pouvoir est qu'on s'intéresse à lui», dit-il. Dans «le cri des oiseaux fous»,  les thèmes abordés sont variés : l’amour et la sexualité, l’amitié, la mort et le sentiment de l’absurdité, la construction de l’identité, par rapport au père et à la mère. Le développement du roman, loin d’être narcissique, se construit sur les adieux que Dany LAFERRIERE fait à ses amis. Comme, il fréquente le monde de la culture, ce roman est particulièrement instructif de la vitalité littéraire et artistique d’Haïti. On ne se croirait pas dans un pays sous-développé. Les artistes compensent la pauvreté de ce pays par leur créativité et leur énergie débordante. Dany LAFERRIERE rencontre aussi les prostituées qu’il a fréquentées. Il ne s’en cache pas et n’est pas complaisant. Il fait ressortir les qualités de cœur des Haïtiens. On sent que LAFERRIERE voue une grande affection pour son entourage et son pays. Parallèlement à cette déchirure, se profile la vie politique haïtienne d’une grande brutalité. Finalement, ce roman relate la vie quotidienne des Haïtiens, confrontés à diverses difficultés, mais qui ont su garder leur héroïsme et leur noblesse d’esprit. «Le dictateur, lui, a volé le sens collectif, l’a pris en otage et naturellement voudrait qu’on se soumette à lui un à un. Il y a peu de choses pouvant soumettre les individus autant que la peur. La peur est une chose individuelle. Le rêve du dictateur est d’intégrer, dans chaque individu, cette peur. Dans ce contexte, il ne faut donc pas perdre de vue que le plus résistant, c’est encore l’individu. Il faut commencer par être résistant soi-même si l’on veut ensuite se regrouper dans la résistance. Ce que le dictateur veut faire, c’est d’abord nous annuler, nous humilier et faire en sorte que nous perdons toute individualité. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de choses qui sont liées, que ce soit dans la colonisation ou la dictature, à l’humiliation personnelle. On veut vous humilier» dit-il. «Il faut redonner de l’importance à la parole parce que quand elle est réfléchie et pensée, c’est une action», dira Dany. Il considère que la littérature est une arme, un instrument de liberté. La première raison d’être de l’écrivain, c’est dire que le Roi est nu. «D’être exilé permet d’écrire sans concession et sans la peur. L’exil m’a aidé à dire ce que je pense, et m’a donné la possibilité de parler à un autre pays» dit-il. Quand on est libre, on est dangereux.

LAFERRIERE fait publier en 1985, le roman «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer», qui a connu un succès retentissant. Il se familiarise avec le cinéma. C’est un roman constitué d’une succession de brefs chapitres proposant chacun une petite scène à connotation sexuelle. LAFERRIERE déploie style sec, aux phrases juxtaposées, dont le rythme haché rappelle celui du jazz. Il y expose des lieux communs, certes, sur les Noirs et sur les Blanches, mais présentés toujours avec un humour à la fois cru, sain et jubilatoire. C’est une satire féroce sur les stéréotypes et les clichés racistes, dans laquelle deux jeunes Noirs oisifs partagent un appartement dans un quartier pauvre de Montréal. L'un d'entre eux, le narrateur, projette d'écrire un roman et, pour s’occuper, connaît diverses aventures féminines en dissertant sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Car c'est un juste retour des choses, après avoir souffert de l'esclavage, que de séduire toutes ces jeunes donzelles innocentes ou curieuses. Quant à son compère, Bouba, il dort, dort, dort. Et philosophe en lisant et relisant le Coran, sur des airs de jazz.

«Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?» fait ressortir la complexité des sens propres à la littérature migrante qui puise dans le pays d’origine et celui du lieu de résidence. Les sens multiples doivent être analysés à la lumière des codes culturels, à la communication entre divers univers et leur enrichissement réciproque. En effet, LAFERRIERE, durant son exil au Canada se positionne comme un écrivain québécois qui porte, cependant, un puissant témoignage sur ses souvenirs d’immigrant. «Mon premier livre était un acte de rupture. Je voulais savoir si un Haïtien pouvait écrire un livre qui se passe hors d'Haïti, un livre où le mot Haïti ne figure pas, n'est pas prononcé. J'avais compris qu'il y avait ce pays natal, gouverné par les Duvalier, que j'avais fui, mais qu'il y avait aussi la petite chambre où je vivais désormais, dans le quartier Latin de Montréal, et qui était gouvernée par moi seul. Finalement, ce territoire très étroit était la plus grande, la plus belle chose qui pouvait m'arriver, le grand événement de ma vie. La clé que j'avais dans ma poche était une chose nouvelle pour moi, d'ailleurs. En Haïti, on n'a pas de clé, on n'en a pas besoin, il y a toujours à la maison une mère ou une grand-mère. A Montréal, tout à coup, j'avais une clé, qui était la clé de ma vie. Avant d'écrire, je m'étais posé la question : qu'est-ce qui m'importe le plus en ce moment ? Duvalier ? L'agitation politique en Haïti ? Eh bien non, ce qui m'importait, c'était la petite clé. Et la machine à écrire que j'avais achetée avec l'argent gagné en travaillant à l'usine» dit-il. Ce roman, marqué par la polyphonie, outre son caractère ironique, provocateur et exotique, est une réflexion profonde sur la littérature migrante, sur l’altérité, sur les différences culturelles. En l’occurrence, les Noirs sont souvent de culture occidentale, mais ils jouent, parfois, au Nègre pour draguer les Blanches. A travers, la parodie, LAFERRIERE renverse la perception de la Négritude qu’il désacralise. Par conséquence, l’aliénation et la recherche d’une nouvelle identité sont au coeur de ce roman. Il fait référence aux filles anglaises que tente de séduire le héros de son roman, qui sont censées, par rapport aux francophones, être supérieures et «disciplinées». Il affirme son ambition littéraire «L'écriture est engendrée par la solitude, et en même temps elle chasse la solitude. Lire, écrire, rêver : si mes jours pouvaient être occupés à cela, ma vie me convenait» dit-il.

Par ailleurs, ce roman, «Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?»   est bourré de clins d’œil littéraires. En effet, c’est durant son exil qu’il met à lire des auteurs étrangers. «Les écrivains que je lisais à l'époque s'appelaient Hemingway, Bukowski, Henry Miller ; ils constituaient la mythologie de l'écriture dans laquelle je voulais m'inscrire. Il y avait, en Haïti, une tradition littéraire forte aussi, mais très classique, très XIXe siècle. Moi je voulais une littérature plus directe, plus concrète. Je venais d'une dictature, donc d'un monde abstrait, construit de rêves, de symboles, de métaphores, parce que c'est cela la dictature, les gens qui la combattent ne l'ont souvent jamais vue vraiment, ils se battent contre un ennemi masqué, insaisissable, et je voulais que le monde devienne enfin concret» dit LAFERRIERE. En 1986, meurt Jorge Luis BORGES, un écrivain aveugle argentin, pour qui LAFERRIERE voue une grande admiration. BORGES est un spécialiste de l’art de la nuance. «Tous les pouvoirs ont peur de la nuance. Seule la nuance est subversive», dit-il. LAFERRIERE cite, dans ce roman, James BALDWIN, un auteur noir, homosexuel qui a vécu en exil en France.

B – Devenir un écrivain international

La littérature de l’exil est présente de longue date au sein de la diaspora haïtienne : «Il y a d’abord l’exil offensif de jeunes gens de «bonne famille» partis poursuivre leurs études à l’étranger. Promis à de brillantes carrières, ils sont confrontés au racisme. Leur obsession est de prouver que l’Haïtien est intelligent. Pas autant que le Blanc, mais plus. Une autre forme d’exil s’installe au début des années 1960 avec l’arrivée des Duvalier au pouvoir, celle des bannis, plutôt défensive. Ils ont le sentiment d’être des victimes, et ils sont dans la nostalgie et non dans l’action. Ils se contentent de regarder vivre les autres en attendant de rentrer chez eux. Preuve que parfois l’émigration abrutit. Alors que chez eux ils allaient au théâtre, au cinéma, discutaient de sujets universels, une fois en exil, ils ne parlent plus que de leur pays. Et plus ils le font, plus ils s’en éloignent. C’est une perte sèche» dit-il. Cependant, Dany LAFERRIERE se définit, non pas comme un écrivain de l’exil, mais du voyage : «Lorsque j'ai commencé à écrire, je ne parlais pas d'exil à mon sujet, car la notion d'exil me reliait à la dictature haïtienne, avec laquelle je voulais rompre. Je préférais le mot voyage” dit-il. Il ne renonce pas pour autant à sa créolité, loin de-là : «En me disant «écrivain américain» écrivant en français, je faisais un immense pas de côté, je sortais de la détermination antillaise. Et je m'inscrivais dans une mythologie : j'étais dans le Nouveau Monde, j'y avais tous les droits. Evidemment, cette revendication était un peu de la provocation, à une époque où le discours sur la créolité était très en vogue. Mais Haïti, c'est moi ! Je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur les toits, au contraire même : elle est si enracinée en moi que je n'ai pas besoin de m'y intéresser, elle me suivra où que j'aille. C'est comme faire du vélo : il ne faut pas regarder la roue, il faut n'avoir plus aucune conscience du vélo pour avancer» dit Dany.

«Depuis cinquante ans on nous emmerde avec l’identité, c’est l’expression à la mode. On dirait qu’on a été pris en otages par une bande de psychologues, de psychiatres ou de psychopathes. Quel que soit ce que vous faites, c’est une question d’identité. En Haïti, on a un surplus d’identités» s’agace Dany LAFERRIERE. En effet, certains critiques ont reproché à Dany LAFERRIERE d’être trop dandy, distant, presque un hussard ; il ne se pose pas l’énigme du retour ; il a une soif de vivre, là où il est : «J'ai toujours regretté qu'Aimé Césaire ou Senghor n'aient parlé que de leur lutte, et pas assez des voyages qu'ils ont faits, des rencontres. Ils n'étaient quand même pas que des machines à sauver l'humanité ! Ils pouvaient eux aussi rencontrer quelqu'un dans un bar, un soir, et nous le raconter simplement, sans voir cela à travers le prisme de la négritude. Avec mes chroniques de voyage, je voudrais montrer aux jeunes gens du tiers-monde qu'on a le droit de voyager, de voir le monde de ses propres yeux, et non à travers un prisme politique. Qu'on n'est pas tout le temps un exilé, un Noir, un ancien colonisé ou je ne sais quoi d'autre. On peut juste être un homme assis à une terrasse de café, et qui regarde. Mon problème est sans doute que je n'ai pas de problème d'identité. Elle est ancrée en moi, peut-être même surabondante, à tel point que je ne m'en soucie pas» dit-il. Dany LAFERRIERE se sent nationaliste à travers ses écrits : «Le patriotisme me semble plus fort chez les exilés. Peu d’écrivains placent Haïti au centre de leur œuvre autant que moi». Le Cri des oiseaux fous est sans complaisance avec la dictature de Duvalier. Pays sans chapeau raconte la réalité haïtienne, le rapport entre la vie quotidienne et la vie rêvée mâtinée de sacré. L’Odeur du café est perçu par les Haïtiens comme le livre qui leur parle le plus de leur enfance. Dany LAFERRIERE, comme Alain MABANCKOU, son grand ami, ont choisi d’abandonner le discours victimaire ; ils veulent engager une littérature délivrée de la culpabilité : «La culpabilité, ce n’est pas mon genre. Ma relation avec Haïti peut sembler complexe si on mélange la vie personnelle et la littérature. Il ne faut pas confondre ce qui est dit dans mes œuvres avec ma réalité. Mon écriture ratisse large, essaie de rendre toutes sortes d’émotions de gens différents, également Haïtiens et exilés. Leurs expériences sont mises à contribution dans mes œuvres. Comme je sais qu’il y a des gens qui se sentent coupables d’être à l’extérieur d’Haïti, il arrive qu’il y ait des traces de cette culpabilité dans mes livres. Je donne toujours priorité au livre ; quand j’ai envie de réfléchir sérieusement à quelque chose, j’écris un livre. Cela me permet d’explorer plusieurs angles de la question, parce que la vie est un kaléidoscope». Les écrits de Dany LAFERRIERE s’éloignent du sentiment étriqué d’appartenance ; Dany estime qu’il est citoyen international : «Je me considère comme un écrivain international, sans formalité, dans le sens que, pour moi, la promesse de la littérature est l’universalité. J’écris pour comprendre ce que je vis et je partage mes sentiments, mais pour découvrir en même temps que c’est la situation de l’ensemble des gens qui vivent sur cette planète. En fait, je ne suis pas seul ; c’est ça, la promesse de la littérature. Vous n’êtes pas seul. Quand on gratte la petite couche folklorique des individus, on s’aperçoit que les sentiments humains sont pareils. Je ne cherche pas à me décrire par ma littérature, je cherche à écrire ce que je ressens. Quant à cette intégration à l’espace québécois, il est vrai que je la fais au niveau citoyen. Je participe à ce qui se passe au Québec, je suis sensible aux événements qui nous arrivent, aux débats qui nous touchent, bref à la réalité quotidienne» dit-il. Dany LAFERRIERE réaffirme que l’Amour est plus fort que le ressentiment : «Il y a un aspect universel de la littérature. Les sentiments, les émotions, la résistance individuelle qu’on a vu depuis Antigone de Sophocle. Quand Antigone dit : «Je ne suis pas ici pour la haine, je suis ici pour l’amour», c’est un peu ce que je dis dans tous mes livres. Je n’ai pas de temps à perdre avec des choses qui ne donnent pas d’élan à mon enthousiasme» dit-il.

Prix Médicis 2009 pour «l’énigme du retour», Dany LAFERRIERE invite à distinguer le pays réel et le pays rêvé : «Dans les livres écrits par des gens du Sud qui vivent au Nord, il y a toujours un moment où il y a un divorce avec le pays d’origine. Comme si l’auteur qui vit hors de son pays ne pouvait plus suivre et qu’il devait se contenter de regarder, admirativement, de loin. C’est aussi pour dire que tout individu, tout écrivain est étranger à son pays, parce qu’il ne peut pas observer ce pays s’il n’y est pas étranger. Il faut qu’il prenne une distance. Donc, c’est cela, la notion poétique qui rend l’affaire intéressante, il ne s’agit pas simplement de dire : «Je suis devenu étranger dans mon pays parce que je n’y suis pas allé depuis longtemps» .C’est une distance qui est prise jusqu’aux fibres les plus profondes» dit-il. Sur fond de la mort d’Aimé CESAIRE et de «pays sans père», que peut-on savoir de l’exil et de la mort : «Je ne suis jamais arrivé à comprendre comment on parvient à vivre dans une autre culture que la sienne» dit-il.

 

Les livres de Dany ont été traduits en une quinzaine de langues. Les dix premiers romans, s’inspirent du «Mentir-vrai» de Louis ARAGON ; ils «font apparaître des scènes et des expériences qu’il a vécues et transformées par fiction par le biais du travail littéraire» écrit Ursula MATHIS-MOSER. En publiant, en 2011, «Tout bouge autour de moi», portrait d'Haïti ravagé par le séisme du 12 janvier 2010, Dany LAFERRIERE a voulu «jeter comme un drap blanc sur le corps des victimes, les décrire avec discrétion et tendresse». En dépit des aléas de l'Histoire et des catastrophes naturelles, Haïti, la première République noire, est une terre de création féconde. Une terre où une riche littérature francophone se déploie dans un univers créole, où les romanciers sont des poètes et les poètes des romanciers, où la mort rôde et nourrit une vitalité artistique des plus foisonnantes. Haïti «c’est un pays aux trente-deux coups d’État. Peut-être. Mais, trente-deux fois aussi, les gens ne l’ont pas accepté. C’est un pays en bouleversement constant dans un univers extrêmement politisé. Un pays capable de rompre avec deux cents ans d’esclavage et de se relever psychologiquement en un an de l’un des séismes les plus meurtriers au monde. L’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face» dit-ilIl y a chez Dany LAFERRIERE «une esthétique de la roue. Pour avancer, une roue doit tourner sur elle-même. Chaque fois qu’il fait un tour, lui, il ramasse tout ce qui précède, ne réchauffe pas, même s’il utilise la même recette. On découvre donc des œuvres que l’on connaissait déjà, mais retravaillées». Auteur d’un roman, «Les Mythologies américaines», Dany LAFERRIERE se joue des clichés ; la littérature est l’héroïne principale. C’est un livre organique qui traverse toute l’Amérique et dévoile la vision globale que les Haïtiens en ont. «Aux États-Unis, les Noirs écrivent sur les Noirs et pour les Noirs ; les Blancs, sur les Blancs et pour les Blancs. Dans ce long reportage, j’essaie d’observer les deux communautés de manière transversale, avec la même objectivité pour les uns et pour les autres. Et je souligne de manière indifférenciée l’injustice faite aussi bien aux Blancs qu’aux Noirs en les mettant côte à côte sans que survienne l’histoire de l’esclavage et du racisme. La réalité historique haïtienne m’habite et me permet de regarder les États-Unis de manière impassible et sereine. Parce que je n’ai pas de névrose coloniale. Quand je vois un Blanc, je ne vois pas un ennemi. Parce que je l’ai battu et l’ai fait retourner chez lui. La gifle de l’esclavage a été rendue grâce à une indépendance acquise de haute lutte. On est quitte. J’ai donc voulu parler en public comme je le fais en privé. Mon discours ne doit pas être un manifeste à tous les coups. Ce qui ne m’empêche pas de dénoncer ce qui doit l’être» dit-il.

Bibliographie très sélective

1 – L’Académie française

Académie française,  Trois siècles de l’Académie française 1635-935, par Les Quarante, Paris, Firmin-Didot, 1935, 530 pages ;

BEUVIN d’ALTENHEYM (Gabrielle), Les fauteuils illustres et quarante études littéraires, faisant suite au quatre siècles littéraires, Paris, E. Ducrocq, 1860, 428 pages ;

BIRE (Edmond), GRIMAUD (Emile), Les poètes lauréats de l’Académie française, recueil de poème couronnés depuis 1800, Paris, A Bray, 1864, 392 pages ;

BOISSIER (Gaston), L’Académie française sous l’Ancien régime, Paris, Hachette, 1909, 267 pages ;

BRUNEL (Lucien), Les philosophes et l’Académie française au xviii siècle, Paris, Hachette, 1884, 389 pages ;

CAPUT (Jean-Paul), L’Académie française, Paris, PUF, 1986, 127 pages ;

CARLIER (Christophe), Lettres à l’Académie française, préface Hélène Carrère d’Encausse, Paris, Les Arènes, 2010, 232 pages ;

CARRERE d’ENCAUSSE (Hélène), Des siècles d’immortalité : l’Académie française, 1635, Paris, Fayard, 2011, 350 pages ;

CASTRIES,  René de la CROIX, duc de, La Vieille Dame du quai Conti, une histoire de l’Académie française, préface Jean Mistler,  Paris, Perrin G.F., 1978 et 1985, 477 pages ;

CROM (Nathalie), «Dany Laferrière,je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur tous les toits», Télérama, édition du 10 juin 2011 ;

DUMAS (Pierre-Raymond), «Entretien avec Dany Laferrière», Conjonction, juillet décembre 1986, n°170-171, pages 80-81 ;

FREMY (Edouard), L’Académie des derniers Valois, académie de poésie et de musique (1570-1576), académie du Palais (1576-1585), d’après les documents nouveaux et inédits, Paris, Leroux, 1843, 399 pages ;

GAXOTTE (Pierre), L’Académie française, Paris, Hachette, 1965, 120 pages ;

HAZARD (Paul), Discours sur la langue française, Paris, Hachette, 1913, 57 pages ;

HOUSSAYE (Arsène), Histoire du 41ème fauteuil de l’Académie française, Paris, E. Dentu, 1882, 327 pages ;

KERVILER (René), Essai d’une bibliographie raisonnée de l’Académie française, Paris, La société bibliographique, 1877, 106 pages ;

MASSON (Frédéric), L’Académie française, 1629-1793, Paris, Paul Ollendorf, 1912, 339 pages ;

MERY (Joseph), BARTHELEMY (Auguste), VIDAL (Léon), Biographie des Quarante de l’Académie française, Paris, Les Marchands de nouveautés, 1826, 254 pages ;

MESNARD (Paul), Histoire de l’Académie française depuis sa fondation jusqu’en 1830, Paris, Charpentier, 1857, 324 pages ;

MORELLET (André), Mémoires de l’abbé Morellet sur le dix-huitième siècle et la Révolution, précédé de l’éloge de l’abbé Morellet par Lemontey, Paris, 1822, 472 pages, vol  2, 516 pages, spéc pages 81-106 ;

OSTER (Daniel), Histoire de l’Académie française, Paris, Vialtey, 1970, 196 pages ;

PELLISSON (Paul) et THOULIER d’OLIVET (Pierre-Joseph), Histoire de l’Académie française, introduction de Charles-Louis Livet, Paris, Didier, 1838, vol 1, 326 pages et vol 2, 572 pages ;

PETER (René), L’Académie française et XXème siècle, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1949, 258 pages ;

RIVAROL de (Antoine), De l’universalité de la langue française, Paris, BNF, Obsidiane, 1991, 71 pages ;

ROBITAILLE (Louis-Bernard), Le Salon des immortels : une académie très française, Paris, 2002, Denoël, 342 pages ;

ROSTAND (Edmond), Discours de réception à l’Académie française, le 4 juin 1903, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1903, 36 pages ;

SIMON (Jules), Une Académie sous le Directoire, Paris, Calmann-Lévy, 1885, 472 pages.

2 – Dany LAFERRIERE

LAFERRIERE (Dany), Baiser mauve de Vava, illustrateur Frédéric Normandin, Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, Interforum Editis Diff, 2014, 46 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, Montréal, VLB éditions, 1993, 200 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Montréal, VLB éditions, 1994, 136 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Paris, Le Livre de poche, 2014, 187 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Comment faire l’amour avec un Nègre, sans se fatiguer, Paris, J’ai Lu, 1990, 199 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Eroshima, Montréal, VLB éditions, 1987, 168 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis fatigué,  Outremont, Québec, Lanctôt 2001, 142 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis fou de Vava,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 48 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis un écrivain japonais, Paris, Librairie générale française, 2012, 210 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Journal d’un écrivain en pyjama, Paris, Livre de poche, 2015, 328 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’art presque perdu de ne rien faire, Paris, Bernard Gresset, 2014, 419 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’énigme du retour, Paris, Bernard Grasset, 2009, 301 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’odeur du café, Paris, Zulma, 2016, 208 pages ;

LAFERRIERE (Dany), La chair du maître,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1997, 311 pages ;

LAFERRIERE (Dany), La fête des morts,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 44 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le charmes des après-midi sans fin, Paris, Zulma, 2016, 216 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Le Serpent à Plumes, 2000, 345 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Zulma, 2015, 315 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le goût des jeunes filles,  Montréal, VLB éditions, 1992, 206 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Les années 80, dans ma vieille Ford, illustrateur Frédéric Normandin, Montréal, Québec, Mémoire d’encrier, La Roque-d’Anthéron, Diff Ici et Ailleurs, Interforum Editis Diff, 2014, 194 pages ;

LAFERRIERE (Dany), MAALOUF (Amin), Réception de Dany Laferrière, Académie française, discours prononcés dans la séance publique du jeudi 28 mai 2015,  Paris, Palais de l’Institut, 2015, 37 pages ;

LAFERRIERE (Dany), MAGNIER (Bernard), J’écris comme je vis,  Grenouilleux, La Passe du vent, 2000, 195 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Mythologies américaines, préface Charles Dantzig, Paris, Bernard Grasset, 2015,  557 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Pays sans chapeau,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1996, 221 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Tout bouge autour de moi,  Paris, Bernard Grasset, 2010, 178 pages et Librairie générale française, 2012, 1876 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Vers le Sud,  Paris, Bernard Grasset, 2006, 250 pages.

3 – Autres références

BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, écrivain de la subversion», Spirale, janvier-février 1998, n°158, page 6 ;

BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, sans arme et dangereux», Lettres Québécoises, printemps 1994, n°73, pages 9-10 ;

BRODZIAK (Sylvie), Haïti : enjeu d’écriture, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2013, 218 pages ;

CORMIER (Pénélope), «Entrevue avec Dany Laferrière», The Postcolonialist, 19 novembre 2013 ;

DEVELEY (Alice), «Alain Mabanckou refuse de participer au projet francophone d’Emmanuel Macron», Le Monde du 16 janvier 2018 et Bibliobs du 15 janvier 2018 ;

FOREST (Julia, Farrah), Littératures migrantes du nouveau monde : exils, écritures, énigmes chez Ying Chen, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad, thèse sous la direction du professeur Jean Bessière, Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle, 2015,  336 pages ;

JUOMPAN-YAKAM (Clarisse), «Dany Laferrière, l’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face», Jeune Afrique, édition du 15 mars 2016 ;

MARCOTTE (Hélène), «Je suis né écrivain à Montréal», Québec, automne, 1990, n°79-80-81 ;

MATHIS-MOSER (Ursula), «Dany Laferrière, un écrivain méditatif», Québec français, 2015 (174), pages 52-54 ;

MATHIS-MOSER (Ursula), Dany Laferrière : la dérive américaine, Montréal, L.V.B. éditeur, 2003, 344 pages ;

MOREAU (Gilberte), «L’inscription dans l’odeur du café de Dany Laferrière», Québec français, 1997, (105) pages 66-69 ;

MORENCY (Jean), THIBEAULT (Jimmy), «Entretien avec Dany Laferrière», Voix et Images, 2011, (36) n°2, pages 15-23 ;

N’DIAYE (Christiane), Comprendre l’énigme littéraire de Dany Laferrière, Port-au-Prince, éditions de l’Université d’Haïti, 2010, 59 pages ;

N’DOMBI-SOW (Gaël), L’entrance des écrivains africains et caribéens dans le système littéraire francophone : les œuvres d’Alain Mabanckou et Dany Laferrière dans les champs français et québécois, thèse sous la direction du professeur Pierre Halen, Metz-Nancy, Université de Lorraine, 2012, 344 pages ;

PESSINI (Alba), Regards d’exils : trois générations d’écrivains haïtiens (Jacques Stephen Alexis, Emile Ollivier, Dany Laferrière et Louis-Philippe Dalembert), thèse Paris IV, 2007, Presses académiques francophones, 2012, 448 pages ;

RICHER (Anne), «Fuir les carcans, Anne Richer rencontre Dany Laferrière», La Presse, 15 mars 1993, pages A1-A2 ;

SELAO (Ching), «L’énigme du retour de Dany Laferrière», Spirale, 2010, (231), pages 54-57 ;

SROKA (Ghila), «Dany Laferrière : de la francophonie et autres considérations», Tribune Juive, août 1999, vol XVI, n°5, pages 8-16 ;

VASILE (Beniamin), Dany Laferrière : l’autodidacte et le processus de création, Paris, L’Harmattan, collection Critiques littéraires, 2008, 285 pages.

Paris, le 16 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

L'Académie française, une vieille dame à bousculer, dans le sens du bien-vivre ensemble.
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