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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 13:44

Ce livre «Pétrole et gaz» de M. Ousmane SONKO, député de la République depuis juillet 2017, qui s'annonçait comme une violente déflagration dans le paysage politique sénégalais, est, en fait, un tract syndical et politique. M. SONKO qui avait la prétention de procéder d’une démonstration scientifique du manque d’éthique, s’inspire, en fait, de cette publicité sur une bière : Canada Dry ; cela a un goût de bière, mais ce n’est pas de la bière. Pourquoi donc avoir soulevé tout ce barouf ? Dans une savante mise en scène M. SONKO procède, habilement il faut le dire, par une mise en accusation, une suspicion de principe, des procès d’intention, afin mieux jeter l’opprobre sur Messieurs Macky SALL et son frère Aliou SALL. Bien avant la prise de fonction de M. SALL, en opposant résolu, M. SONKO confesse dans son ouvrage : «Je suis de ceux qui n’ont jamais cru en l’homme, ni encore moins en ses promesses» dit-il. S’érigeant d’emblée en opposant radical, M. SONKO ne croit pas aux promesses électorales du candidat Macky SALL concernant «la patrie avant le parti», le rétablissement de l’Etat de droit, de la consolidation des institutions, ou encore le slogan de «gouvernance exemplaire et rassemblée». Par conséquent, l’objectif, à peine dissimulé, de ce livre «pétrole et gaz», est de disqualifier, compromettre, jeter dans quelque histoire sale l’honneur du président Macky SALL. Cet ouvrage n’est donc pas un bréviaire sur les valeurs morales, M. SONKO ayant soutenu maître WADE aux présidentielles de 2012, semble s’inspirer du «ressentiment», tel que le définissait Friedrich NIETSZCHE, c’est-à-dire une colère mauvaise, un sentiment de déception, de faiblesse ou de jalousie. Je comprends parfaitement la déception de M. SONKO à la suite de cette alternance, le candidat vainqueur des urnes n’était pas celui qu’il attendait, mais il ne faudrait pas dire qu’il fait nuit en plein midi, parce que le soleil vous dérange. Faraud, M. SONKO fait remarquer qu’il a été élu homme politique de l’année en 2016. S’investissant à lui tout seul comme étant une autorité boursière et une instance parlementaire, dans son prétendu «son combat pour la transparence» et contre «la spéculation», et par des affirmations péremptoires, M. SONKO convoque, de façon comminatoire, le chef de l’Etat à un débat sur le pétrole et le gaz : «ce débat est utile, patriotique, opportun et même obligatoire» dit-il. Dans cette diatribe sur le pétrole qu’il a initiée, souverainement, M. SONKO écrit : «Toute la hiérarchie gouvernementale monta au créneau à tour de rôle, sans jamais convaincre. (…) Seul le Président de la République manquait à l’appel». Le président Macky SALL a pris de la hauteur dans ces polémiques stériles ; il est resté concentré sur ses missions fondamentales de chef d’Etat. En réponse, et suivant M. El Hamidou KASSE, Ministre conseiller, responsable du Pôle communication lui avait dit : «vous croyez vraiment que le Président va prendre part à ce concert de mauvaise foi ?». N’ayant pas pu entrainer le chef de l’Etat dans la boue, M. SONKO change de méthode, et situe clairement ce livre «pétrole et gaz» sur un plan politique, de «clarification et de mémoire». En effet, face, à une «campagne de désinformation, de sous-information, et même de refus d’information», le débat étant, selon lui, «escamoté», s’investissant en historien, M. SONKO prend l’opinion publique à témoin. Dans une approche «holistique», M. SONKO prétend qu’il n’adopte pas une «démarche polémiste», mais «le peuple a le droit de savoir. Et pour l’histoire, seul l’écrit garantit la pérennité de la mémoire».

 

Dans ce livre, M. SONKO qui ressemble à un tract syndical et politique M. SONKO fait sa propagande politique, et rappelle son parcours professionnel. Sorti de l’école nationale d’administration en 2001, et affecté aux Impôts et Domaines, M. SONKO a fondé le premier syndicat autonome de l’administration fiscale (SAID). Il oublie, soigneusement, de mentionner que M. Amadou BA, actuel ministre des finances, était son mentor, aux Impôts et domaines, durant cette période syndicale et l’avait donc soutenu. Compte tenu de ses ambitions politiques, tout à fait légitimes, M. SONKO a créé le 4 janvier 2014, un parti, «Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité» (P.A.S.T.E.F.). Constatant que la Politique, avec l’inflation des partis, est discréditée, il est à la recherche, à lui seul, d’une «offre politique crédible, sincère et capable de porter les aspirations de la majorité des Sénégalais». M. SONKO estime qu’il est le mieux à même de solutionner, de façon miraculeuse, les difficultés auxquelles sont confrontés les Sénégalais par «La Flamme du patriotisme». Investi du monopole du cœur et du patriotisme, il prend le lecteur à témoin : «ma vie a toujours été un engagement au service des causes auxquelles je crois, celles que je considère comme nobles et utiles pour la communauté. Cet engagement n’a jamais eu de soubassements ni de motivations égoïstes, il est resté constamment désintéressé». En référence à un proverbe Ouolof : «Le savon peut-il se rincer tout seul ?». En effet, M. SONKO a pour prétention d’allumer  le «feu qui chassera les ténèbres du repli sur soi, du pillage des ressources publiques, du clientélisme, de la gabegie, de l’incompétence, bref de tous les maux qui gangrènent ce pays que nous refusons de contempler à l’abandon». A la fin de son ouvrage, M. SONKO, remercie ses collaborateurs du parti PASFEF, et notamment les membres du comité de pilotage. «Nul n’a le monopole de l’amour de notre pays. Nul n’a le monopole de l’engagement patriotique. Nul n’a le monopole de l’éthique» souligne M. Abdoul M’BAYE, ancien  premier ministre. M. SONKO n’a pas manqué de remercier une liste de personnalités dont des journalistes, pour le combat du «patriotisme». En revanche, les journalistes qui n’approuvent pas sa démarche politique ne peuvent appartenir qu’à «une certaine presse gangrénée (…) vendue au pouvoir du président Macky SALL» page 207.

 

I – Ce brûlot sentencieux et disciplinaire est un tract politique et syndical

 

Ce livre d’Ousmane SONKO, inspecteur des impôts et des domaines révoqué de ses fonctions, ressemble, à s’y méprendre, à un conseil de disciple, devant lequel sont convoqués M. Macky SALL et son frère Alioune. En effet, M. SONKO refait le match, à l’envers, et exige, devant le peuple sénégalais, le licenciement de nos gouvernants lors des élections présidentielles de 2019. En effet, tels un Louis-Antoine de SAINT-JUST ou un Antoine FOUQUIER-TINVILLE, notre Procureur Ousmane SONKO somme le président Macky SALL de se présenter devant le Tribunal du peuple. Il faut traduire en justice Alioune SALL pour «conflits d’intérêts, trafic d’influence et favoritisme». Les Ministres, le Directeur des Impôts et domaines, tous doivent répondre de leurs «méfaits» soit devant les tribunaux nationaux, devant la Haute Cour de la CDEAO, devant des organisations internationales, ou devant les juridictions américaine, anglaise ou celles des paradis fiscaux. Dans ces pays, des réglementations, fondées sur l’extraterritorialité, autorisent des poursuites judiciaires pour corruption, en vertu du principe d’exterritorialité, pages 191-203.

 

Le Procureur SONKO, détaille un peu plus les motifs de comparution devant son Conseil de discipline. Le contrat de recherche et de partage de production, avec PETRO-TIM du 17 janvier 2012, a été signé entre les deux tours de l’élection présidentielle, par le Directeur général de PETROSEN, M. Ibrahima M’BODJI, par le Ministre d’Etat, Ministre de la coopération internationale, des transports aériens, des infrastructures et de l’énergie, M. Karim WADE, et approuvé par le président de la République, M. Abdoulaye WADE.

 

 

Les sociétés retenues ne présentent pas de garanties financières et techniques nécessaires, la prospection et l’exploitation «il était manifeste, avant la signature des deux décrets que la société PETRO-TIM, contrairement à ses engagements contractuels, n’avait pas les capacités ni techniques, ni financières, pour mener à bien les opérations de recherche. La raison est très simple, cette société n’existait pas au moment de la négociation et de la signature des contrats» écrit M. SONKO. Cette société a été créée le 19 janvier 2012. Par conséquent, suivant M. SONKO les références techniques exhibées «c’est du pipeau». Suivant M. SONKO, le gouvernement de maître WADE a fait recours à un subterfuge : «pour bien camoufler, cette première forfaiture et parachever le montage délictuel, il est nécessaire de réfugier PETRO-TIM derrière une société mère» PETRO-ASIA Resources, créée à Hong Kong le 6 mars 2012, soit 45 jours après la signature du contrat initial. Cette société mère PETRO-ASIA, «créée pour la circonstance comme un véhicule» a d’ailleurs été dissoute le 15 septembre 2016.

 

M. SONKO tente de mettre en cause M. Aliou SALL, frère du président. M. Aliou SALL, représentant du bureau des affaires économiques de l’ambassade du Sénégal en Chine, aurait rencontré, courant 2010, on ne sait pas à quelle date, M. Franck TIMIS, lors d’un déjeuner avec Pierre GOUDIABY ATEPA. M. SONKO précise certains détails qui lui semblent d’une haute importance dans sa démonstration : la femme de M. Aliou SALL était la secrétaire du bureau de représentation de Pierre GOUDIABY ATEPA, et M. SALL dans sa carrière professionnelle, ne serait qu’un «pigiste anonyme» ; il n’aurait jamais été recruté par concours ou sur mérite dans la fonction publique, il aurait été «pistonné». Dans son livre, ainsi assimilé à un tract politique et syndical, M. SONKO ne mâche pas ses mots : M. Aliou SALL doit être poursuivi pour «conflit d’intérêts» et «prise illégale d’intérêts». M. SONKO qualifie «M. ALIOU SALL d’homme de main de Franck TIMIS», et ajoute, sans aucune nuance et une formule générale, sans preuves : «La façon dont la famille et le clan présidentiels ont stratégiquement «quadrillé» le pétrole et le gaz sénégalais ne peuvent manquer de nous rappeler les feuilletons télévisés texans de notre enfance (Dallas et Dynastie)». Si M. Aliou SALL est considéré comme une personne insignifiante et peu qualifiée, dans sa grande cohérence M. SONKO, lui-même, pages 136-141, démontre que M. Franck TIMIS, depuis 2010, essaie d’atteindre des cibles «influentes». Ce fut d’abord Samuel SARR et Karim WADE, «avec lequel, il n’a pas eu beaucoup de succès apparemment». M. Karim WADE n’ayant pas honoré ses différents rendez-vous avec M. Franck TIMIS, l’homme d’affaires s’est rabattu sur le président Abdoulaye WADE : «J’ai pu le rencontrer dix fois, et il m’a même offert un livre dédicacé. Wade est un homme bien au grand cœur. Quand je lui ai expliqué où on en était avec l’industrie, il m’a immédiatement approuvé. Il a appelé son fils (Karim) pour lui intimer l’ordre de signer le contrat» une déclaration de M. TIMIS citée à la page 138.

 

M. SONKO se fonde, uniquement, sur la réclamation du 2 mai 2012 de TULLOW OIL en arguant que les «négociations se sont heurtées, à beaucoup de difficultés liées à des malversations proposées», sans apporter d’éclairages précis sur ces supposées pratiques du gouvernement d’Abdoulaye WADE. Dans cet ouvrage M. SONKO utilise, souvent, des formules lapidaires ne pouvant que susciter l’adhésion, sans réserves, du lecteur, comme du genre : «il est flagrant que», «il est manifeste que» page 87, ou «il ressort de sources sûres que», page 91. Il s’abrite derrière les propos campagne électorale de maître WADE, lors d’un meeting du 21 novembre 2014 du Front Patriotique pour la Défense de la République, suivant lesquels M. Alioune SALL serait impliqué dans une entreprise de «spoliation d’une partie de cette richesse nationale». Evoquant le rôle de Mme Maïmouna SECK, dans l’affaire Franck TIMIS, il écrit, de manière lapidaire et péremptoire : «vu les circonstances et les enjeux, il ne serait pas exagéré de se demander : pour quelles contreparties ?», insinuant ainsi un pot de vin page 126. M. SONKO fait aussi référence à des formules générales, trop imprécises du genre : «Au Sénégal, les scandales ont atteint un volume et une fréquence qui dépassent l’indécence» dit-il page 205. Par ailleurs, il est regrettable que la reproduction in extenso de certains longs documents, pages 35 – 72, ou de textes législatifs ou réglementaires, rendent fastidieuse la lecture de cet ouvrage qui n’a pas que des défauts. En effet, M. SONKO, à force de vouloir trop convaincre le lecteur, est retombé dans la technicité qu’il voulait éviter. De fréquentes redites, en dépit d’un plan apparemment cohérent, ont nui à la qualité de son travail.  

 

M. SONKO, avec d’indéniables qualités de fiscaliste, exploite toutes les failles d’une administration, parfois tatillonne. Investi d’un pouvoir d’instruction des marchés pétroliers, M. SONKO émet de sérieuses sur l’honorabilité de M. Franck TIMIS, un homme d’affaires austro-roumain, qui a démarré dans le transport, mais qui souvent «essuyé des échecs». M. TIMIS aurait rencontré des difficultés financières avec ses créanciers, son nom est cité dans l’affaire Panama Papers, suivant la presse sénégalaise,  il a eu des démêlées avec la justice de son pays d’origine. Si ce n’est pas M. TIMIS, c’est son compatriote, M. Ovidiu TENDER, (blocs Saloum et Sud Sénégal offshore), condamné en 2015, à 12 ans et 7 mois d’emprisonnement par le tribunal de Bucarest, pour, dit-il, «fraude, corruption et blanchiment d’argent». Pour M. SONKO, retenir des sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux, c’est s’exposer à un risque certain : «cet état de fait prépare, à n’en pas douter, quand surviendra la période d’exploitation, une évasion fiscale à grande échelle» dit-il page 77. Or, l’essentiel des multinationales qui sont une nébuleuse, et avec des montages juridiques savant, sont réfugiées dans des paradis fiscaux.

 

M. SONKO, en grand spécialiste du pétrole et du gaz, distribue les mauvais points. Il rejette, d’un revers de main, toutes les explications que donne le gouvernement. Ainsi, M. Mahammad Boun Abdallah DIONE, premier ministre, s’est distingué dans ce dossier (pétrole et gaz) par un «zèle excessif à blanchir son employeur», il a servi «un chapelet de contrevérités sur l’affaire», et de surcroît, «il ne sait rien sur le pétrole». Par ailleurs, M. Aly N’Gouye N’DIAYE, ministre des Mines, a accordé une société pétrolière (SGO) une exonération totale de TVA jusqu’en 2022, sur la base d’un texte qui n’existe plus. Alors la sanction disciplinaire que le Procureur SONKO requiert, à l’encontre du  Ministre, M. N’DIAYE, tombe comme un couperet : «pour ces manquements graves à l’éthique, qui ont tout aussi gravement compromis les intérêts du Sénégal, cet homme ne mériterait-il pas d’être déchargé de ses responsabilités ministérielle, interdit de toute charge ou fonction publique, sans préjudice d’autres formes de poursuites ?».

 

Pour M. SONKO, le président de la République, M. Macky SALL, se serait trompé sur le concept de «continuité de l’Etat» ; il n’aurait dû pas signer les décrets d’application des 19 juin 2012 et du 25 août 2012, validant ces concessions pétrolières. Le Sénégal aurait spolié, de ce fait. Juge du contrôle de légalité, M. SONKO semble affirmatif : «Ce principe s’applique-t-il lorsqu’il existe une violation connue de la loi et des règlements de bonne gouvernance, notamment par l’existence d’actes réglementaires de légalité douteuse ?». Pour le procureur SONKO, s’interroge : le président Macky SALL aurait-il «commis une faute grave au regard de la fonction présidentielle et une violation flagrante de la Constitution ? », page 111. Dans son réquisitoire et devant ces prétendues défaillances du Chef de l’Etat qui a honoré la parole du Sénégal, M. SONKO estime M. SALL relèverait de la haute trahison, d’une procédure de destitution au regard de son «comportement autocratique et de la gestion patrimoniale du pouvoir d’Etat» pages 193-194. Rien que cela ! Excusez du peu. Mais tout ce qui est excessif n’a pas de sens. Il n’a pas échappé, à M. SONKO, devenu spécialiste du droit des contrats, que la remise en cause de l’acte initial, même signé par le précédent gouvernement, en l’occurrence par maître Abdoulaye WADE, entraînerait, des risques certains d’un plein contentieux, une action en dommages et intérêts, pour remise en cause la parole de l’Etat. L’ancien premier, Abdoul M’BAYE, est coupable d’avoir été «contresignataire des deux décrets qu’il dénonce aujourd’hui» dit M. SONKO.

 

M. SONKO énonce qu’il fallait fiscaliser certaines opérations dites spéculatives. L’Etat du Sénégal aurait dû exercer son droit de préemption. En effet, «M. TIMIS a cédé à Kosmos à 60% des 90% acquis auprès de PETRO-TIM, à peine un mois après leur acquisition» dit M. SONKO. Or ce sont là les blocs les «plus prometteurs» ; il y aurait donc «enrichissement sans cause». Par conséquent, le Ministre de l’énergie en s’abstenant à procéder à une préemption, par ses négligences, a compromis les intérêts du Sénégal. Par ailleurs, cette opération spéculative (200 milliards de dollars) aurait dûe, suivant M. SONKO, être assujettie à l’impôt sur le revenu. Interpellé, le Ministre des finances, M. Amadou BA, son ex-mentor, s’est recroquevillé dans «un mutisme bavard».

 

II – Une esquisse d’interrogations et solutions intéressantes

fondées sur un Benchmarking

 

A – L’engagement politique a-t-il encore un sens ?

 

Devant ce qu’il qualifie de «spoliations» M. SONKO examine diverses alternatives pour rétablir, selon lui, le peuple sénégalais dans ses droits.  A défaut, de procédures juridiques adéquates pour châtier le chef de l’Etat, où donc trouver l’engagement politique nécessaire pour châtier les gouvernants considérés comme véreux ?

 

N’étant pas entendu par le peuple sénégalais dans sa guerre sainte de moralisation de la vie publique, M. SONKO fustige l’absence de réaction des Sénégalais : «Ce peuple, connu pour sa passivité et son insensibilité, face au fléau de mal-gouvernance qui l’affecte et le paupérise, saura-t-il enfin reprendre sa souveraineté et son devoir de contrôle citoyen de la gouvernance ?». Le peuple sénégalais reste passif et retranché dans ce qu’il sait faire le mieux : «commenter, polémiquer et oublier au bout quelques jours».  Devant ce qu’il considère comme étant «le fatalisme béat», M. SONKO, avec son sens de la formule, estime : «dans ces conditions, même Allah en viendrait à démissionner». Naturellement, le grand sauveur ce serait ni le peuple, ni le Seigneur, mais son parti politique : «ce pays n’a pas besoin de héros, ni de martyrs. Il a besoin d’action patriotique collective, de conscience». Le Sénégal a besoin de «contrepouvoirs» et une veille permanente, et l’épisode du 23 juin 2011 ne serait qu’une réaction épisodique. Si M. SONKO minimise l’héritage du 23 juin 2011, je crois qu’il s’agit là d’un point important. Le peuple sénégalais a gagné en maturité ; il n’est pas aussi léthargique que cela. Le peuple sénégalais a fixé une ligne rouge qu’aucun gouvernement ne pourrait plus franchir, sans compromettre son avenir. Même si cela ne convient pas à M. SONKO, devenu certes député, le peuple sénégalais bien donné une confortable majorité à M. Macky SALL, aux législatives de juillet 2017, invalidant ainsi toutes ses calomnies et ses insinuations. Quand, M. SONKO crie au loup et qu’il n’est pas entendu, il est probable que son argumentaire est resté peu convaincant.

 

M. SONKO s’est félicité que depuis l’indépendance, en 1960, le régime civil de l’Etat, sans coups d’Etat militaires, a prévalu. Cependant, M. SONKO a omis de signaler que la démocratie sénégalaise, même si elle est à parfaire, c’est le combat de chaque instant, a connu trois alternances, ce qui n’est pas négligeable en Afrique. M. Macky SALL, lui-même, confronté au pouvoir personnel et familial de M. WADE, a démissionné de tous ses mandats, et a conquis, de haute lutte, le pouvoir avec un parti créé en moins de 5 ans. C’est M. SALL qui a renforcé les institutions avec le référendum du 20 mars 2016. Avec ouvrage «pétrole et gaz» au vitriol, M. SONKO, en opposant irréductible, continue de faire son travail, en toute liberté. Il avait prétendu que son ouvrage «pétrole et gaz» serait interdit et censuré au Sénégal, or, cela s’est révélé rigoureusement inexact. Ce qui l’intéresse, ce n’est ni la Vérité, ni la moralité, c’est sa propagande politique et syndical au service de ses ambitions personnelles. Dans d’autres pays africains, les marges de manœuvres de l’opposition sont nettement moins importantes. 

 

Les intellectuels, la société civile et la presse, dans ce qu’il considère comme étant une «grave spoliation» de l’Etat, ne semblent pas avoir été convaincus par son rapport disciplinaire. M. SONKO cite le professeur Moustapha KASSE qui évoque les «diverses asthénies de l’élite politique (…) l’élite intellectuelle s’abstient de prendre sa part de responsabilité et démissionne purement et simplement, alors que la société civile, cette nébuleuse caméléonesque, change au gré de ses bailleurs occultes» page 207. M. SONKO considère que c’est un tableau fidèle, mais aussitôt après il fait remarquer que le professeur KASSE est «devenu un des grands laudateurs du président Macky SALL». Malheur donc à celui qui dit la Vérité, s’il appartient au camp d’en-face ! Un tel manichéisme est consternant. Par ailleurs, pour M. SONKO, les marabouts et imams ne là que «pour casser l’opposant indélicat, clouer au pilori les fonctionnaires transgresseurs du secret professionnel, louanger Macky Sall et son régime». Pour ces marabouts, selon M. SONKO, l’Islam leur réserve la Fournaise : «le plus châtié d’entre les Hommes, au Jour du Jugement, sera un iman injuste» page 209. Naturellement, devant l’échec de ces corps intermédiaires, il faut des rassemblements géants pour exiger le départ de M. SALL et exiger la transparence pages 211-2014.


 

M. SONKO dénonce, à juste titre, la place de l’argent qui corrompt notre société ; c’est un vaste débat qui concerne ces parasites de marabouts qui bénéficient des finances publics, sans aucune information ou contrôle parlementaire. On sait que les familles, dans notre société, poussent nos dirigeants, mêmes les plus vertus, aux trafics d’influence et à la corruption. Dans notre société traditionnelle, l’homme public doit avant tout aider sa famille, quelque soient les moyens utilisés.  Par ailleurs, comment faire de la politique, sans financement des partis politiques, quand on a une grande famille à nourrir et qu’on n’a que la politique comme gagne-pain. Comment être vertueux quand l’estomac crie famine et que la famille pousse au crime ? Ces questions devraient être examinées, de façon sérieuse, par l’ensemble de la classe, elles pervertissent notre système démocratique. Mais pourquoi croire en M. SONKO, là où d’autres, selon lui, ont échoué, ou nous ont trompés ?

 

En ce début du XXIème siècle, je souscris au constat pertinent de M. SONKO que je reformule ainsi : les citoyens sont profondément désabusés et fatalistes ; ils ne font plus confiance à la Politique au sens noble du terme, et se retranchent dans des démarches de survie, égoïstes et individualistes. J’irai même plus loin que M. SONKO, c’est «la société du vide» suivant le titre d’un ouvrage d’Yves BAREL ou c’est plutôt, au sens philosophique «l’ère du vide». En effet, les individus ou les partis politiques affamés et préoccupés par leur survie, basculent dans l’exaltation de l’égoïsme, la «transhumance», la politique du spectacle et du paraître, le besoin de notoriété ou de reconnaissance, allant jusqu’à la promotion des «insulteurs» qui ont sali nos valeurs de respect. Dans notre cher Sénégal, les vraies valeurs politiques, l’art de gérer la Cité, s’affaissent et cèdent la place à diverses interpellations anecdotiques au sein du microcosme décrédibilisant, en fait, toute la classe politique, opposition et gouvernement confondus. Dans sa recherche de l’éthique, de la performance et de la bonne gouvernance, M. SONKO nous demande de lui faire confiance ; il aurait la réponse adéquate aux questions de souveraineté et de moralisation de la vie politique sénégalaise. Je n’ai aucune raison de douter, actuellement, de sa sincérité. Bien au contraire, je salue même son courage et son obstination dans la défense de ses idées ; c’est un combat honorable qu’il mène dans l’opposition, et il est sérieux dans son travail d’opposant. «Il se peut que ce soit juste en théorie, mais, en pratique, cela ne vaut point» s’interrogeait Emmanuel KANT. On juge réellement la sincérité et l’efficacité de l’engagement d’un homme politique quand il est au pouvoir, et c’est là un des grands paradoxes de la démocratie. A défaut de pouvoir sonder les reins et le cœur des candidats au pouvoir, le constat est affligeant. En effet, jusqu’ici, la démarche, purement politicienne des candidats aux élections, consiste à dire : «faites-nous confiance, demain on rase gratis». Hélas, une fois au pouvoir l’opposant, même le plus intraitable, devient «réaliste» et sage, il cède aux sirènes des flatteries et se heurte au mur de l’argent. Ainsi, les Communismes nous avaient promis le «Grand soir», on a eu le Goulag ; cela a favorisé, certes, la démocratie pluraliste en Afrique, mais une survivance de régimes préhistoriques et de l’odieuse «Françafrique» (voir mon post sur De Gaulle et l’Afrique), réduisant nos souverainetés à néant. Aux Etats-Unis, l’avènement de Donald TRUMP se résume en une gesticulation dangereuse pour la paix et la cohésion de la société internationale, en Grande-Bretagne «Le Brexit», considéré comme une démarche souveraineté, se révèle comme étant un saut périlleux. En France, en 1995, Jacques CHIRAC avait diagnostiqué, à juste titre, «une Fracture sociale», en 2012 M. François HOLLANDE avait dit «Mon ennemi, c’est la Finance» mais il a le contraire de ce qu’il avait promis, et a liquidé le Parti socialiste ; en 2007, M. SARKOZY s’est affiché comme étant une «Droite décomplexée», mais il a fait promotion des idées du Front National. En 2017, M. Emmanuel MACRON se voulait « Ni de droite, ni de Gauche» ; il avait promis de mettre fin à la «Françafrique» et de considérer l’Afrique comme un «continent d’opportunités». M. MACRON qui a pratiquement le même âge que M. SONKO, une fois élu, est devenu le président des riches. M. MACRON s’est surtout illustré par son arrogance et son impolitesse à l’égard des Africains, notamment par un caractère obsessionnel de la démographie et de l’immigration africaines (voir mon post sur le projet de loi sur l’immigration en France). M. MACRO, par ses déclarations néo-colonialistes, a ravalé son collègue Burkinabé au rang de simple «électricien». Au Sénégal, durant plus de 30 ans, et en opposant légendaire, maître Abdoulaye WADE avait promis le «SOPI» (changement) mais une fois élu, il a patrimonialisé et ethnicisé le pouvoir. M SONKO qui avait soutenu maître WADE, constate que c’est lui a signé les contrats initiaux sur le pétrole et gaz qu’il dénonce maintenant. En conséquence, et par rapport aux interpellations de M. SONKO, je repose la question : l’engagement politique a-t-il encore un sens ?

 

C’est un chemin difficile et exigeant, et qui ne dépend pas seulement que de nos gouvernants, cela dépend de chacun d’entre nous. Je réponds à cette question, sans hésiter, par l’affirmative. Un des enjeux majeurs à venir au Sénégal, comme en Afrique, c’est la question de la souveraineté et de l’unité nationales. Pour cela, il faut réhabiliter la Politique, dans sa grande noblesse, c’est-à-dire servir et non se servir ; cette préoccupation devrait animer quiconque voudrait se lancer en politique. Cependant, ce défi n’est pas l’apanage de l’opposition. La question fondamentale est donc comment contrôler nos gouvernants, quelle que soit leur couleur politique, de façon efficace et par des mécanismes associant la vigilance du peuple, lorsque nos régimes constitutionnels sont fondés sur des systèmes représentatifs, avec l’effet majoritaire ?

 

En définitive, M. Ousmane SONKO, en dépit de nos désaccords sur le sens qu’il donne à son tract politique et syndical dans cet ouvrage «pétrole et gaz», est un homme qui semble déterminé, et pour l’instant, courageux et sans concession, et se prend au sérieux, dans sa mission d’opposant. Il faut prendre au sérieux ceux qui se veulent sérieux : «Nous aimons les moutons noirs, ceux qui ouvrent «leur gueule», surtout quand la contradiction, la controverse est fructueuse» écrit Pierre BOURDIEU. C’est en ce sens que je salue son opiniâtreté et sa combativité pour les idées auxquelles il croit. C’est respectable. Il ne faut jamais sous-estimer ses adversaires politiques qui ne sont pas des ennemis ; dans leurs diatribes, il faut même les respecter, et cela l’honneur de la démocratie. Même s’il s’est égaré, pour l’essentiel du temps dans des polémiques stériles, M. SONKO a fini par esquisser, timidement, quelques à la fin de son ouvrage ; ce que je trouve intéressant, pour la vitalité de la démocratie.

 

B – Quels éléments garantissant la souveraineté,

dans le respect de l’éthique, de nos pays africains

 

Dans une démarche de Benchmarking, M. SONKO esquisse des propositions intéressantes dans son ouvrage pages 2017-2037.

1 - Promouvoir la transparence et l’éthique

Cette transparence procède «d’une vision» avec un cadre réglementaire échappant à une logique clanique, pour  «une gestion profitable». Les informations doivent êtres «accessibles et compréhensibles» pour le grand public, avec un rôle d’enquête et de sanction de l’OFNAC.

 

L’Etat doit avoir une quote-part préservée, renforcer les compétences des agents de l’administration fiscale et douanière, se prémunir contre les spéculations et exercer son droit de préemption, si nécessaire.

 

2 – Gérer de façon concertée et valoriser les profits tirés des produits pétroliers et gaziers, renforcer la Société africaine de Raffinage (SAR) et respecter les règles environnementales.

 

M. SONKO considère que la mise en place d’un Comité «est à saluer». Mais il déplore la prépondérance de l’Etat au sein de l’OFNAC et l’absence de la société civile et de l’opposition.

 

Il faudrait :

- créer un fonds d’investissement en vue d’une solidarité générationnelle (retraite, et investir à l’étranger afin de limiter les risques)

- former, à l’avance, les Sénégalais sur les métiers du pétrole et du gaz

- initier une plate-forme pétrolière nationale,

- préempter certaines opérations

- soutenir l’industrialisation du pays.

 

Le président Macky SALL ne redouta pas le débat et les contradictions. Ces quelques idées émises par Ousmane SONKO, extirpées de leur aspect polémique, tendancieux voire diffamatoire, sont entendables. Le président SALL nous a souvent surpris par sa capacité à prendre en compte et à dépasser les idées y compris les plus audacieuses. Le président Macky SALL a même déjà annoncé une loi sur la transparence du pétrole en 2018. La nomination de M. Mansour Elimane KANE, un homme jugé intègre par tous, et la création d’une Commission chargée de la gestion du pétrole, indiquent que le président SALL, en dirigeant responsable et vertueux, est conscient des devoirs de sa charge. Par ailleurs, le président SALL a une grande faculté d’anticipation et une vision stratégique. C’est ainsi que, bien avant le président MACRON en 2017, M. Macky SALL avait décelé le besoin de renouvellement la classe politique, la nécessité de dépasser les clivages entre la Gauche et Les Libéraux, en procédant à une alliance du centre-droit avec les forces significatives du Parti socialiste. Elu à 65% en 2012, le président Macky SALL a maintenu intacte sa grande popularité aux scrutins, très disputés, voire hystériques, au référendum du 20 mars 2016 et aux législatives de juillet 2017. Depuis 2012, la donne a changé : le Parti socialiste sénégalais, comme son cousin français, est traversé par de fortes dissensions crypto-personnelles ; l’AFP de M. Moustapha NIASSE, avec l’âge du capitaine, est-il à bout de souffle ? Par ailleurs, la question du pétrole et du gaz, c’est un enjeu majeur pour la cohésion du Sénégal, l’avenir de ses enfants. Un dirigeant de la stature du président Macky SALL, contact de la population, sait entreprendre de projets innovants, et doit rester, pour écouter et prendre en compte les besoins fondamentaux du pays, y compris lorsque ces idées émanent des autres, notamment de M. SONKO. Le président Macky SALL, en dirigeant avisé, est conscient qu’il faut éviter la malédiction du pétrole, et saisir cette opportunité pour un changement radical du Sénégal, profitable à tous : «Il ne faut pas transformer l’or en boue» dit un dicton. Le gaz et le pétrole sont une opportunité pour notre pays, et non une malédiction. Incarnation politique de la conscience de notre souveraineté, il est probable aussi, par son sens politique, que le président Macky SALL, comme il l’avait en 2012, saura proposer aux Sénégalais, en 2019, un projet innovant, à la mesure des attentes notamment des plus démunis.

 

Références

SONKO (Ousmane), Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation, Paris, Fauves, 2017, 253 pages, au prix de 25 €.

Paris, le 2 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«M. Ousmane SONKO et son ouvrage pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«M. Ousmane SONKO et son ouvrage pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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