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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 20:34

«En une époque où la poésie hésite entre une tradition qui s’essouffle et une avant-garde qui se cherche, Aragon était sans conteste le premier des poètes français. Le plus éclatant.  Le plus populaire. Le plus habile et le plus déchirant. Le plus connu en France et dans le monde entier (..). Brillant, hautain, toujours mobile, provocant, il était capable de tout : du meilleur et du pire» écrit Jean d’ORMESSON. Depuis sa disparition le 24 décembre 1982, Louis ARAGON n’a pas connu le purgatoire dans lequel plongent certains écrivains célèbres après leur mort. En effet, depuis lors on n’a pas compté les rééditions de ses œuvres. Ce plus grand poète français du XXème siècle, prolifique et riche reste à découvrir ou à redécouvrir si l’on veut accéder à la vérité d’une œuvre inscrite dans l’histoire et qui ne peut se comprendre que par cette référence à l’histoire. Louis ARAGON est un poète, romancier, journaliste et essayiste français, surréaliste, communiste, militant révolutionnaire, résistant aussi, héraut de l'internationalisme prolétarien et du patriotisme, blessé, engagé dans toutes les grandes batailles de ce siècle batailleur. «Ce qui frappe d'abord chez Aragon, c'est la diversité de ses dons. Il est journaliste, il est romancier, il est poète, il est essayiste, il est critique d'art et polémiste. Et dans chacun de ces genres, dont un seul suffirait à assurer une durable célébrité, il excelle. Aragon est un créateur aux multiples visages et à la facilité déconcertante. Il ne s'exerce pas seulement dans des genres différents. Il épouse tour à tour toutes les passions du siècle. Comme un Picasso, comme un Chaplin, comme un Einstein, il incarne son époque. Il se confond avec elle. Il la traduit et il la marque» écrit Jean d’ORMESSON. «Je ne suis ni les règles du roman ni la marche du poème. Je pratique tout éveillé la confusion des genres» écrit ARAGON. «La plupart des écrivains considèrent le journalisme comme un obstacle à leur art, ses obligations comme desséchantes pour leur génie. Moi, je dois tout à ce stage aux travaux forcés» dit ARAGON. C’est un auteur qui nous a hypnotisés par la magie du style, par l’intelligence des formes, par la tempête des passions, et Bernard PIVOT a monté la richesse de sa contribution pour l’éclat de la langue française.

Révolté contre le colonialisme et révulsé par la guerre du Rif (1920-1926), menée au Maroc par Mohamed Ben Abdelkrim AL KHATTABI (1882-1963), Louis ARAGON est également connu pour son adhésion au Parti communiste français à partir du 6 janvier 1927 jusqu’à sa mort : «C’est aux premiers jours de l’an vingt-sept que, sans en avoir consulté personne, que j’ai donné mon adhésion au Parti communiste français» dit-il. Si ARAGON a pu traverser tous les courants de son temps sans jamais se laisser submerger, s'il a dominé nombre de ses contemporains en littérature, «c'est que les mots, pour lui, étaient plus que de simples outils de travail, plus que des occasions de jeu. C'est que les mots, les siens, touchent l'essentiel du monde des hommes, ils ont le pouvoir de révéler ces vérités cachées que le poète seul entrevoit et à qui il peut, seul, donner un langage» dira Pierre MAUROY aux obsèques du 28 décembre 1982. ARAGON a défendu le réalisme socialiste : «Retracer les étapes de la découverte du monde réel et du déchiffrement de la vie par Aragon, le passage de l'individualisme anarchique et des ambitions surréelles, à l'insertion militante et efficace dans le monde réel, avec ses responsabilités et ses solidarités, ce cheminement exemplaire d'Aragon, peut éviter à la jeunesse actuelle de refaire tout le chemin avec tous ses détours. (..) en découvrant le "sens" de l'itinéraire d'Aragon, ils peuvent découvrir celui de leur propre vie» écrit Roger GARAUDY. En sa qualité d’intellectuel officiel du Parti communiste, ARAGON a liquidé, progressivement, ses concurrents (Henri BARBUSSE, Roger GARAUDY, Louis ALTHUSSER, Aimé CESAIRE). Tacticien, et d’une grande finesse, ARAGON a survécu aux différentes batailles internes du PCF, à la crise du communisme soviétique et aux attaques de ses adversaires politiques. Si certains critiques littéraires, pour des raisons purement idéologiques, ont descendu et ostracisé Louis ARAGON, d’autres ont reconnu ses talents littéraires, son génie : «Aragon appartient aujourd'hui à notre patrimoine commun» écrit Jean d’ORMESSON.

Progéniture de l’automne, enfant de la Belle époque, né le 3 octobre 1897, à Neuilly-sur-Seine et mort le 24 décembre 1982 à Paris, Louis ARAGON est le fils naturel de Louis ANDRIEUX (1840-1931), ambassadeur en Espagne, préfet de police, député, avocat, homme politique, procureur de la République, et de Marguerite TOUCAS-MASSILLON (1873-1943), son œuvre porte, en filigrane, la secrète blessure de n’avoir pas été reconnu par son père. En effet, Louis ANDRIEUX, de 33 ans plus âgé que sa mère, afin de préserver l’honneur de sa famille et de son amante, le fait passer pour le fils adoptif de sa mère et devient son parrain. ARAGON doit vivre son enfance dans un monde de fiction destiné à sauver les apparences d'une mère sans époux, le mensonge, le jeu et le trucage font partie de son enfance. Dans son ouvrage autobiographique, le «mentir-vrai», ARAGON écrit : «mon père est marié, il faut le dire avec une vieille dame que je ne connais pas. Alors, il n’habite pas avec nous. J’appelle, publiquement, mon père mon tuteur, et maman Marthe ; il est convenu que pour les autres je suis un enfant adoptif de grand-mère. Ma mère s’appelle Blanche et elle est morte, son mari est parti pour l’Espagne ou l’Amérique du Sud». «Je me méfie de la mémoire. Elle fabrique à foison de faux souvenirs que l’on prend pour des vrais» dit-il. Le grand-père maternel, Ferdinand TOUCAS (1897), quitte sa femme, Claire MASSILLON et ses quatre enfants, en 1899, pour Alger, puis pour la Turquie, où il s’établit en dirigeant des cercles de jeux. ARAGON écrira, en 1965, les «Voyageurs de l’Impériale», un roman inspiré de l’histoire de son grand-père. Pour vivre, la famille tient une pension. C’est un lieu plein de croisements et de rêves, il lit notamment Dickens, Tolstoï et Gorki. Fréquentant la librairie Adrienne Monnier, il découvre Lautréamont, Apollinaire, Mallarmé et Rimbaud. «Toute sa vie, Louis Aragon n’eut de cesse de reconstruire sa jeunesse», souligne Pierre DAIX. Louis ARAGON s'est beaucoup raconté, en prose et en vers ; il n'a cessé d'appliquer avec virtuosité le principe du «mentir-vrai» à sa vie riche déjà de tant d'énigmes et de paradoxes : enfant illégitime à qui le secret de ses origines fut longtemps caché ; antimilitariste décoré de la Grande Guerre, puis médaillé de la Résistance ; dandy dadaïste devenu militant discipliné du parti de Staline et de Thorez ; poète surréaliste converti au réalisme socialiste ; homme à femmes – et quelles femmes ! – métamorphosé en chantre de l'amour conjugal, avant de découvrir sur le tard le goût des garçons. Tous ces personnages différents n'en font qu'un seul dont l'itinéraire littéraire, intellectuel et politique transcrit le génie et le chaos du siècle. Dans le mentir-vrai, «la réalité n’existe jamais que sous la forme que lui prête la légende. Et la légende ne prend forme qu’en raison de la réalité qu’elle réinvente et à partir de laquelle elle fabrique ses fables» écrit Philippe FOREST, dans son «Aragon».

«J’admire beaucoup Aragon, mais dans ce temps-là, il était peut-être un peu trop intellectuel pour mon goût. Je me souviens toujours que, m’ayant accompagné un jour jusque chez moi, il m’entretint tout le long du trajet de Racine. Et il avait douze ans !» dit Henri de MONTHERLANT (1895-1972), un camarade de classe à Neuilly. Après une brillante scolarité, Louis ARAGON entame des études de médecine. Incorporé en 1917, il est affecté au Val-de-Grâce où il rencontre André BRETON (1896-1966). Tous deux admirent Mallarmé, Rimbaud et Apollinaire.

Jeune et dandy dans le quartier voluptueux de Montmartre à Paris, ARAGON avoue découvrir cette fureur du corps, ces dérèglements de l’esprit, ce vagabondage des sens : «une pensée unique me possédait à chaque souffle. Je lui sacrifiai tout, je lui soumis toutes mes velléités. La sensualité s’était pour toujours emparée de ma vie. (..) J’étais en proie à tout moi-même. (..) Le désir de l’amour prépare l’amour et l’engendre», dit-il dans «le cahier noir» du mentir-vrai. Dans sa jeunesse, ARAGON a toujours confondu l’amour et le plaisir, il était l’amant des femmes de petite vertu : «J’ai eu besoin de ces femmes comme pas un. J’ai passé ma jeunesse au milieu de vos pas. Je vous ai parlées, je vous ai suivies, je vous ai touchées, je vous ai laissées. J’ai aimé les putains parce qu’elles étaient des putains avant d’être des femmes. J’ai adoré les pires d’entre elles, celles qui font frémir dans les livres, et qui font frissonner de plaisir dans les lits » dit-il dans le «Mauvais plaisant», un extrait du mentir-vrai. «Je suis le prisonnier des choses interdites» dit-il. Par ailleurs, ARAGON a éprouvé une passion amoureuse, notamment pour aristocrate anglaise d’origine américaine, Eyre de LANUX (1894-1996), une maîtresse de DRIEUX La ROCHELLE, et pour Denise LEVY, née KAHN (1896-1969), la cousine de l’épouse d’André BRETON et épouse de Georges LEVY, puis de Pierre NAVILLE, c’est la Bérénice d’Aurélien. Denise est au cœur des réseaux littéraires surréalistes. «Si je ferme les yeux, je me souviens des vôtres» dira t-il. ARAGON aura eu une relation amoureuse de 1926 à 1928,  avec Nancy CUNARD (1896-1965), héritière de la compagnie maritime britannique. Cet amour lui a ouvert la route dérobée du pays émerveillé qui se tient au-delà du miroir : «J’ai toujours eu de la peine à m’imaginer qu’en si peu de temps, il ait pu se passer tant de choses» dit-il. ARAGON tente de se suicider à Venise, quand Nancy l’abandonne pour Henry CROWDER, un pianiste noir, d’un orchestre de jazz. C'est que Nancy CUNARD, décrite dans le «Con d’Irène» n'était pas femme «à transiger avec son désir». Toute sa vie, elle n'a transigé sur rien.  Les parents d’ARAGON pensaient le marier pour le stabiliser : «Un propre à rien, il faut qu’on le marie. J’avais donc assisté muet à la révision de toutes les femmes que mon père pensait me donner. Pour Blanche, il l’avait nommée, l’éliminant, elle est déjà prise» dit-il. ARAGON a sa conception de l’amour : «L’amour est un bien abstrait qui nie tout ce qui n’est pas lui-même. L’amour est un grand soleil» dit-il.

Parti pour le front des Ardennes en juin 1918, ARAGON en revient décoré de la croix de guerre. Anarchiste au départ, puis dadaïste, ARAGON devient l’un des chefs de file de l’avant-garde littéraire. Il abandonne vite le dadaïsme : «il suffit à Tzara de montrer son visage un peu puéril pour que la légende s’écroula» dit-il. Avec André BRETON (1896-1966), Paul ELUARD (1895-1952) et Philippe SOUPAULT (1897-1990), il crée la revue «Littérature», et fut l’un des animateurs du surréalisme qu’il qualifie de «fils de la frénésie et de l’ombre» dans «le paysan de Paris» ; Il publie, en 1919, «Feu de joie, en 1921 «Anicet ou le panorama», en 1924 un «vague de rêve», et en 1926, le «Mouvement perpétuel». Désormais, ARAGON se consacre à l'écriture et abandonne la médecine : «Travailler m’a toujours ennuyé. Mais c’est vers quatorze ans que j’ai compris que je n’étais pas fait pour ça» dit-il dans le «Cahier noir», un extrait du mentir-vrai. Il dira, à propos de son ambition littéraire, «Les mots m’ont pris la main». Jacques DOUCET (1853-1929), un célèbre couturier, sera son mécène, et il rejoindra aussi la N.R.F. qui le financera.

La césure essentielle de la vie d’ARAGON est la rencontre, à la Coupole, le 6 novembre 1928, avec Elsa KAGAN, épouse TRIOLET (12 septembre 1896 - 16 juin 1970), écrivaine et belle-sœur de Vladimir MAIAKOVSKI (1893-1930). «Elsa surgit dans ma vie au cœur des désordres qui suivirent l’attentat que j’avais commis contre moi-même» dit-il. Elsa est, suivant André THIRION, «une petite femme rousse, au corsage plein, à la peau de lait, ni belle, ni laide, son visage avait une expression sérieuse et pas commode». «J’aimais déjà les étrangères quand j’étais un petit enfant» dit-il dans le «Roman inachevé». Ils se marient le 28 février 1939, et Elsa lui «sauva la vie en lui redonnant sens». Ici commence la vie nouvelle ; femme exceptionnelle, Elsa apaise toutes les autres blessures du cœur d’ARAGON : «Ma vie en vérité commence le jour où je t’ai rencontrée, toi dont les bras ont su barrer sa route atroce à ma démence. (…) Je suis né vraiment de ta lèvre, ma vie est à partir de toi» dit-il à Elsa, dans le «Roman inachevé». La poésie d’ARAGON est largement inspirée  par l’amour qu’il voue à sa muse, Elsa : «Je suis plein du silence assourdissant d'aimer»  dit ARAGON. Ensemble, ils voyagent en URSS et représentent les surréalistes lors du congrès des écrivains révolutionnaires de Kharkov en 1930, et en profite pour renforcer sa position au PCF. ARAGON qui a effectué de nombreux voyages en URSS, connaissait bien de l’intérieur le communisme. Mais il n’a pas parlé des crimes et des purges staliniennes ayant touché des juifs, des intellectuels, et même des proches d’Elsa ; hélas, ceux qui savent, souvent, ne parlent pas ! En revanche, il écrira dans «Hourra L’Oural», «Et gloire aux Bolchéviks», en dépit des purges staliniennes. Après l’affaire du poème «Front rouge», ARAGON opère une mise au point dans «L’Humanité» qui entraînera la rupture définitive avec André BRETON. Il se lance dans le militantisme, le cycle du Monde réel, et se consacre parallèlement à l’écriture romanesque (Les Cloches de Bâle, 1934 ; Les Beaux Quartiers, 1936) et journalistique (L’Humanité, secrétaire général de la revue Commune, puis rédacteur en chef du quotidien Ce soir en 1937).

La déroute de la France conduit Louis ARAGON jusqu’à Périgueux. Capturé, il parvient à s’échapper, se réfugie en zone libre et rencontre, en 1940, Pierre SEGHERS et, en 1941, Henri MATISSE. ARAGON utilise ses romans pour illustrer le réalisme socialiste et prône l’avènement du communisme (Aurélien, 1944 ; Les Communistes, 1949-1951), et participe à la Résistance en créant avec Elsa TRIOLET le Comité national des écrivains pour la zone Sud et le journal «La Drôme en armes». Il s’engage aussi par ses poèmes, publiés dans la clandestinité, dans lesquels l’amour de la femme rejoint l’amour de la patrie : Le Musée Grévin, La Diane française, Le  Crève-cœur, Les Yeux d’Elsa. ARAGON est le première à dénoncer les camps de concertation, mais il n’a pas été entendu : «Moi, si je veux parler, c’est afin que la haine, ait le tambour des sons pour scander ses leçons, aux confins de Pologne, existe une géhenne dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson. Auschwitz ! Auschwitz ! Ô syllabes sanglantes ! Ici l’on vit, ici l’on meurt à petit feu. On appelle cela l’extermination lente» écrit-il dans son poème Auschwitz du 6 octobre 1943. De nos jours, les immigrés occupent, désormais, la place des Juifs de la Seconde guerre mondiale ; la stigmatisation permanente des «Non-souchiens», par une certaine France, vivant dans la peur et recroquevillée dans un passé fantasmé, prépare des rafles, dignes du Vélodrome d’Hiver, dans l’indifférence presque totale. On a perdu la capacité d’indignation.

ARAGON fonde «Les Lettres françaises» (1942-1972) que l’U.R.S.S refusera de ne plus financer après sa condamnation de l’intervention en Tchécoslovaquie. En 1968, «Les chambres» est un recueil de poèmes «explicitement dédié» à Elsa, qui devait mourir le 16 juin 1970 : «Parce que tout passe, mais non le temps d'avoir aimé, d'aimer encore, jusqu'à ce souffle dernier, bientôt, ce dernier mot proche et terrible». Evoquant ce recueil, ARAGON disait : «C'est le dernier cadeau que j'ai fait à Elsa, histoire d'avouer que tout entre nous n'a pas été si ensoleillé qu'on se plaisait, qu'on se plaît à le croire, qu'il y a eu entre nous des journées comme celle-là par exemple où je t'avais perdue, dont il est question dans «Les Chambres».  Cette phrase tourne sur elle-même. «Ainsi la vie, et la mémoire». Anéanti par la disparition d’Elsa TRIOLET, il décide de léguer au CNRS ses archives personnelles ainsi que celles d’Elsa. Curieusement,  après le décès de son épouse et sa muse tant célébrée avec une poésie envoûtante, ARAGON affiche ses préférences homosexuelles, que DRIEU La ROCHELLE avait évoquées dès les années 1930, dans «Gilles». Il assume  «La pédérastie me paraît, au même titre que les autres habitudes sexuelles, une habitude sexuelle. Cela ne comporte de ma part aucune condamnation morale» écrit ARAGON. «C’est le seul homme capable d’assister à une réunion du Comité Central du PCF en smoking rose» écrit Roger NIMIER. Il croyait avoir raté sa vie : «Ma vie, cette vie dont je sais bien le goût amer qu’elle m’a laissé, cette vie à la fin des fins qu’on ne m’en casse plus les oreilles, qu’on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu’on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu terrible où j’ai perdu. Que j’ai gâché de fond en comble» écrit ARAGON. Il meurt le 24 décembre 1982, veillé par son ami Jean RISTAT. A défaut de funérailles nationales, le P.C.F organise une cérémonie le 28 décembre 1982, à la Place du Colonel Fabien, à Paris, en présence de Pierre MAUROY, premier ministre. ARAGON est inhumé dans le Parc du Moulin de Villeneuve, dans sa propriété de Saint-Arnoult-en-Yvelines, aux côtés de son épouse, Elsa TRIOLET.

 

I – Louis ARAGON, un romancier du monde réel

 

«L’homme ne peut rien créer, n’a jamais rien créé qui ne prenne pied dans la réalité» dit-il. ARAGON a été mobilisé dans deux guerres mondiales. Par conséquent, se pencher sur le cycle du monde réel de Louis ARAGON, c’est remonter le temps, revenir à ce monde qui mourra dans les tranchées de 1914, assister à la naissance d’une nouvelle société qui, elle, perdra son âme dans les camps de la mort. «Tous les romans du Monde réel ont pour perspective ou pour fin l’apocalypse moderne, la guerre», constate ARAGON dans «Je n’ai jamais appris à écrire ou Les Incipit». Pour Louis ARAGON, «L’artiste ne doit pas se consacrer à la satisfaction des intérêts matérialistes les plus bas, mais doit exalter les sphères supérieures vers lesquelles l’individu doit s’élever pour le plus grand profit de la communauté nationale» dit-il dans «La souris rouge», un texte du «mentir-vrai».

1 – Les Cloches de Bâle (1934)

Le cycle du monde réel voit le jour avec «Les Cloches de Bâle». «C’est là que tout a commencé» écrit ARAGON dans la préface de son roman inaugural du  cycle du Monde réel, «le réalisme socialiste». En rupture avec le surréalisme, ARAGON va construire une grande suite de romans qui englobent la fin du XIXème siècle, l’érection de la Tour Eiffel à Paris, jusqu’en juin 1940 et la Capitulation de la France. Sur fond de l’affaire Stavisky, avec un humour corrosif, dans les «Cloches de Bâle», l’héroïne du roman, Diane de NETTENCOURT, issue d’une famille de châtelains désargentés, est une jeune femme belle et entretenue. L’argent est le leitmotiv de cette société ; elle couche avec qui elle veut, et poursuit sa carrière aux dépends des hommes. Diane finit par épouser un usurier qui émarge à la police et qui est financé par Wisner, mais dont elle se séparera. Catherine SIMONIDZE, une jeune géorgienne vivant à Paris, collectionne les amants mais s’interdit l’amour : «Elle haïssait les hommes, et elle aimait leur amour». Catherine estime que la vie est une absurdité, l’ennui, la tuberculose, le bruit des bombes ; tout la déprime et la révolte dans la société ; elle a entrevu l’art agonisant de Georges BATAILLE (1897-1962, écrivain). Dégoûtée du monde, elle se penche sur le parapet du Pont Mirabeau. Mais le suicide est-il une solution ? On n’est pas seul au monde. En intellectuelle révoltée, le sens de la vie, pour Catherine, va changer quand elle rencontre le prolétariat. Devoir travailler pour vivre. A l’occasion de la grève des taxis, elle découvre la solidarité entre grévistes, la violence de la police et de l’armée. «Le mal n’est pas en moi, mais dans ce monde auquel j’appartiens, qui tourne et qui m’entraîne» dira l’écrivain qui sauve Catherine d’une rafle, un artiste d’un monde condamné. Catherine est liée à Victor, un militant social et syndical qui l’empêche de se suicider. Catherine est tentée par le mouvement anarchiste : «Avec Bonnot, en France, agonise l’anarchie». L'intérêt du roman réside dans son style éblouissant, dans la description satirique de certains milieux bourgeois et dans la peinture des motifs qui poussent Catherine à s'engager dans le mouvement socialiste, et elle sera expulsée de France. Au congrès de Bâle de 1912, les Socialistes ont l’illusion d’arrêter la menace de la Première guerre mondiale. ARAGON évoque la figure de Clara ZETKIN (1857-1933), une marxiste allemande qui a échappé à un assassinat. C’est un hymne à la Femme : «La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai» écrit ARAGON. «C’est un bonheur d’aimer une morte, on en fait ce qu’on veut» dira ARAGON.

 

Ce roman inaugure une analyse critique de la France bourgeoise de 1890 à 1940, ainsi qu'une remontée aux années de l'enfance. On admire que pour éclairer celle-ci,  Louis ARAGON ait éprouvé le besoin de reconstituer, dans le détail de ses rouages, un monde de cette ampleur. Car si le surréalisme est désormais critiqué comme stade idéaliste, voire solipsiste, de l'écriture, l'auteur ne le quitte au profit du «réel» qu'afin de mieux s'expliquer les destinées individuelles et les mécanismes de classe de la pensée. L'enchaînement dans le même roman de l’histoire de Diane, de Catherine et de Clara ne figure-t-il pas, par la voie des femmes et sans didactisme excessif, les trois époques que lui-même a successivement traversées : la fascination pour le grand ou le demi-monde, la révolte anarchiste, l’engagement responsable enfin, qui sait rallier l'organisation et les buts de la classe ouvrière. 

Dans sa magistrale préface, Louis ARAGON justifie ainsi l’écriture des «Cloches de Bâle» : «Je n'ai pas mémoire de comment je sortis de la forêt. J'en puis donner idée, raconter ces années, les épisodes, les voyages, les colères, les querelles, les ruptures : tout cela, c'est l'anecdote. Ce qu'il faudrait patiemment retrouver en moi, c'est le cheminement profond, le dessin qui se reforme quand l'eau cesse d'être agitée où l'homme se mire». Il précise encore dans sa préface ce qu’il a voulu dire : «C'était une quête à tâtons de moi-même. J'ignorais encore le commun dénominateur de ces écrits disparates. Un jour vint que j'osai penser le nom de la chose : et j'écrivis le mot réalisme. (…) Quand se brisèrent les liens entre les surréalistes et moi, je l'ignorais, c'était en moi le réalisme qui revendiquait ses droits. (…) Tout roman n'est pas réaliste. Mais tout roman fait appel en la croyance du monde tel qu'il est, même pour s'y opposer. Il y aura toujours des romans parce que la vie des hommes changera toujours, et qu'elle exigera donc des hommes à venir qu'ils s'expliquent ces changements, car c'est une nécessité impérieuse pour l'homme de faire le point dans un monde toujours variant, de comprendre la loi de cette variation: au moins, s'il veut demeurer l'être humain, dont il a, au fur et à mesure que sa condition se complique, une idée toujours plus haute et plus complexe». ARAGON d’ajouter : «L'extraordinaire du roman, c'est que pour comprendre le réel objectif, il invente d'inventer. Ce qui est menti dans le roman libère l'écrivain, lui permet de montrer le réel dans sa nudité. Ce qui est menti dans le roman est l'ombre sans quoi vous ne verriez pas la lumière. Ce qui est menti dans le roman sert de substratum à la vérité. On ne se passera jamais du roman, pour cette raison que la vérité fera toujours peur, et que le mensonge romanesque est le seul moyen de tourner l'épouvante des ignorantins dans le domaine propre au romancier». Ce roman comporte une part autobiographique : «C'était un monde, un monde pour une grande part aboli, où j'étais né, j'avais grandi, dont je voulais te communiquer connaissance. Vous ne sauriez pas qu'en réalité ce roman a été une conversation avec Elsa, un plaidoyer pour moi devant Elsa, une justification de l'homme et de l'écrivain devant la femme qu'il aimait, qu'il aime, et devant laquelle il n'a jamais cessé d'éprouver le besoin de cette justification perpétuelle». 

Les milieux conservateurs ont tiré, sans retenue, sur ce roman : «Était-ce enfin là ce grand roman qui nous dépeindrait le monde d'aujourd'hui ? La société ? Serait-ce notre Balzac ? Les premières cent pages du livre le laissaient croire, désespérante, mais hardie et vivante fresque d'une débordante pourriture que, de-ci, de-là l'ardeur bolcheviste d'Aragon l'ait poussé à noircir peut-être, mais à peine. Et puis ces impostures, ces fausses amours, ces courses à l'argent, dont le répugnant prenait de la grandeur parce qu'il apparaissait vrai, tout cela retombe à un fade reportage de grande information sentimentale de gauche, sur une histoire de grève sans intérêt», écrit Jean GAUCHERON. Cependant, la critique littéraire est restée, globalement, favorable aux «Cloches de Bâle» : «Ce roman a, entre autres mérites, celui d'indiquer dans sa composition même, que le problème préconçu, si souvent posé par les écrivains d'une contradiction prétendue entre l'individuel et le social, a depuis longtemps trouvé sa solution.Ce livre n'est pas plus la description passive de certains aspects du monde actuel, (..) mais un roman qui peint à travers les individus leurs classes, à travers l'action, la lutte de ces classes, et qui fait ainsi entrevoir, par sa peinture de la réalité d'hier, la réalité socialiste de demain» écrira Georges SADOUL. «Lorsqu'il parle de réalisme, Aragon se réfère à cette tradition romanesque qui va de Balzac à Charles Dickens, de Flaubert à Thomas Hardy. Le réalisme est une machine inventée par l'homme pour l'appréhension du réel dans sa complexité», écrit Eduardo MANET.

2 – Les Beaux Quartiers (1936)

Prix Renaudot de 1936, ce deuxième roman du cycle du monde réel, approfondit l’esthétique ainsi que l’analyse de la société ; une multitude de personnages s’y rencontrent et s’y affrontent. C’est l'histoire de deux frères, Edmond et Armand Barbentane. Le premier devra sa fortune à l'abandon qu'un homme riche lui fait de sa maîtresse. Armand, lui, abandonnant les siens, est devenu ouvrier dans une usine de Levallois-Perret : son avenir s'en trouvera changé. Dans la préface des «Beaux Quartiers», ARAGON nous donne une grille de lecture : «Les Beaux Quartiers sont nés du double sentiment que j’avais, touchant Les Cloches de Bâle : comme d’un livre sans construction d’une part, insatisfaisant à l’esprit par là même, mais surtout d’un récit étroitement parisien. Un besoin d’ouvrir les fenêtres, de laisser entrer l’air d’ailleurs, d’apercevoir le paysage des provinces, le pays».

 

La première partie se déroule dans la petite ville imaginaire de Sérianne, en 1912, au pied des pré-Alpes du Sud. Sérianne proche de Toulon, région d’origine de la famille maternelle d’ARAGON, possède des traits varois, également et des bas-alpins. ARAGON dépeint l’atmosphère de ce roman fait de brutalité et de chaleur : «Dans une petite ville française, une rivière se meurt de chaud au-dessus d’un boulevard, où, vers le soir, des hommes jouent aux boules, et le cochonnet valse aux coups habiles d’un conscrit portant à sa casquette le diplôme illustré, plié en triangle, que vendaient à la porte de la mairie des forains bruns et autoritaires» dit-il. Le maire de la commune bientôt conseiller général, le docteur Philippe Barbentane, radical, libre-penseur, un franc-maçon, a deux fils, Edmond qui se destine à la médecine et Armand que sa mère verrait bien dans un habit de religieux, à l’opposé des convictions de son mari. C’est la lecture de Barrès qui conduit Armand à la sensualité et à l’abandon de la religion. «Barrès justifiait en lui la montée d’une sensualité qui ne se connaissait guère, et catholique par son départ, sa pensée courait à l’apostasie» écrit ARAGON. Armand, en rupture avec son milieu, se tourne vers un adversaire politique de son père, le socialiste Vinet. Différents personnages fourmillent : ceux qui fréquentent le bordel, une noblesse décadente, Les Lomélie de Méjouls, une bourgeoisie, propriétaire d’une chocolaterie qui empeste l’air, un marchand méchant veule qui abuse de sa servante, la femme du percepteur un peu volage, des immigrés italiens, vivant en marge de la ville qui se révoltent. La campagne électorale et la grève, les affrontements avec la milice d’extrême-droite se terminent par la mort d’un ouvrier. Edmond est envoyé à Paris faire sa médecine, Armand au lycée d’Aix. Ville de province, à la vieille de la première guerre mondiale, il évoque le pourrissement d’une société de domination et de violence : «Une odeur douce et pénétrante comme la gangrène sur les champs de bataille. Sérianne-le-Vieux, chef-lieu de canton» écrira ARAGON. Il dénonce la volupté, les drames, l’hypocrisie, la lâcheté de cette ville qui cuit sous le soleil et s’amuse.

 

La deuxième partie se déroule à Paris, avec ses beaux quartiers. Edmond devient l’amant de la femme du patron de l’hôpital ; il est ainsi introduit dans la haute société parisienne. «Le professeur Beurdeley habitait une maison du quai Conti qui donna le vertige du luxe à son externe» écrit ARAGON. Dans ce milieu, Edmond rencontre la grande actrice Réjane et le couturier Charles Roussel pilotis du couturier et mécène, Jacques Doucet, qu’Aragon ne ménage pas. Edmond, ébloui par ce monde, est en même temps conscient de sa dangerosité et de sa pourriture, travaille, comme un dérivatif, sa médecine d’arrache-pied ; il souhaite, en fait, échapper à l’emprise de sa famille. Sa personnalité, plus complexe que celle d’Armand, est partagée entre l’ambition et la paresse. Armand, surpris avec la lingère du lycée, est mis à la porte de son établissement. Il se rend à Paris, découvre le monde de la rue, de la misère. Edmond ne veut pas s’encombrer de ce frère indigent. 

 

Une troisième partie : «Passage Club», un cercle de jeu parisien où Edmond se laisse entraîner par sa nouvelle maîtresse, la belle Carlotta. Victime d’un coup monté par son ancienne maîtresse, il se retrouve suspecté de son assassinat. Si «Les Beaux Quartiers» est un livre sur une vision réaliste des années qui ont préludé à la 1ère guerre mondiale, on oublie généralement que c’est aussi un roman d’amour. Quant à Armand, embauché par l’intermédiaire de son pays Adrien dans l’usine de Wisner à Levallois, il finit par se rend compte qu’il est un briseur de grève, pour un mouvement d’extrême-droite «Pro Patria», un jaune, et décide de rejoindre le camp des grévistes. «Armand regardait les ouvriers, les ouvrières rassemblés, avec des yeux neufs. Ceux-là, ce seraient ses compagnons, ses amis. D’avoir crevé la faim, il se sentait leur frère» dit ARAGON. La grève sera perdue, mais la défaite est le point de départ de nouvelles luttes et de nouvelles espérances. «Camarades, dit-il, camarades, vous voyez bien qu’il ne faut jamais désespérer !», conclut le roman dans le sens d’un combat jamais terminé.

3 – Les Voyageurs de l’Impériale (1942)

Troisième roman du monde réel, ARAGON en écrivit l'essentiel entre octobre 1938 et août 1939, et les dernières cent pages dans l'ambassade du Chili à Paris où, menacés par des extrémistes de droite, lui et Elsa Triolet avaient trouvé refuge. La fin du roman porte la date «Paris, 31 août 1939». Avec la censure de Vichy, le livre a été imprimé tardivement en France, en 1942.

Le personnage principal, Pierre Mercadier, a été son propre grand-père maternel «Ce livre est l’histoire imaginaire de mon grand-père maternel. Dans la réalité, je l’ai vu quelques minutes, à la gare de Lyon. J’avais dix-sept ans» écrit ARAGON, dans la préface. Dans le roman, le héros est professeur d'histoire et de géographie dans l'enseignement secondaire et marié à Paulette d'Ambérieux, une femme assez sotte issue de la petite noblesse, dont le père fut préfet de police. Il est intéressé, voire fasciné par le phénomène de l'argent, aimant le jeu pour le jeu, Pierre joue à la bourse où il perd, notamment dans le cadre du scandale du Panama, une partie de sa fortune, ce qui ne l'oblige pourtant pas à réduire son style de vie. Après une déception amoureuse avec une femme d’un industriel, un jour de novembre 1897, il vend tous ses titres boursiers, quitte sa famille et sa profession, comme l'avait fait le propre grand-père maternel d'Aragon, Fernand de Biglione, abandonne sa famille, et disparaît sans laisser d'adresse. Pierre Mercadier représente le type de l'homme profondément solitaire et qui cherche l'isolement : «il traverse le monde sans s'y mêler». Aussi, ARAGON a, dans la préface de 1965, placé son roman sous le signe de la «liquidation de l’individualisme», de «la condamnation de l’individualisme par l’exemple», Pierre Mercadier étant désigné comme «le dernier individualiste», un individualiste «forcené». Les thèmes du roman sont la responsabilité et l'irresponsabilité de l'homme et du citoyen, le goût de la solitude, le rejet des liens sociaux traditionnels, le «parasitisme» social, l'amour et la sexualité, la déception et le jeu, l'enfance et la jeunesse, la «Midlife Crisis» et la tragédie du vieillissement, le mourir et la mort. Devant cette tragédie humaine, ARAGON ne flétrit pas la «décadence de la société bourgeoise»,  mais certains penchants dangereux de la nature humaine. En effet, ARAGON ne distingue pas deux classes sociales, mais deux catégories d'êtres humains : les ignorants et ceux qui savent, ceux qui traversent l'existence d'une manière passive, se laissant tout simplement porter par la société, et, d'autre part, ceux qui agissent activement sur la société avec l'intention de la modeler, de la transformer, de la pervertir d'après leur propre vision.

4 – Aurélien, (1944)

«La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation» écrit Louis ARAGON. «Aurélien», un roman d’amour sur fond de guerre, se situe au sortir de la Première guerre mondiale, pour nous montrer les ravages de l’après-guerre et les tourments de l’indicible. Aurélien Leurtillois,  un ancien combattant, jamais vraiment remis des années passées au front, mène, dans le Paris des années 1920, l'existence oisive d'un jeune rentier célibataire et séducteur : garçonnière dans l'île Saint-Louis, nuits blanches au «Lulli's Bar», soirées mondaines et liaisons sans lendemain. Spectateur désengagé de sa propre vie, il attend, sans conviction, de découvrir enfin l'objet d'une passion et cet objet sera Bérénice une jeune épouse d'un pharmacien de province, est venue passer quelques jours dans la capitale chez sa cousine Blanchette, fille du magnat des taxis. Leur rencontre est le contraire même du coup de foudre. Un processus de cristallisation est, néanmoins à l'œuvre qui fait en quelques jours d'Aurélien, homme à femmes blasé, un être bouleversé par la force d'une passion inédite.

Bérénice recherche la compagnie d'Aurélien mais, trop éprise d'absolu, ne répond jamais à ses avances. Un soir pourtant, elle se rend chez lui, mais il est absent. Au petit matin, il revient du Lulli's Bar. Elle comprend qu'il a passé la nuit avec une autre femme et s'enfuit. Aurélien la retrouve sans le vouloir alors qu'elle se cache près de Giverny avec un amant de hasard, Paul Denis, qu'elle quitte bientôt pour regagner sa province. Bérénice disparue, tout s'écroule. Paul Denis est tué dans une rixe ; Blanchette divorce d'avec Edmond Barbentane qui fait faillite et entraîne Aurélien dans sa ruine. Privé de ressources, celui-ci se résout à travailler dans l'usine de son beau-frère et abandonne sa vie de bohème. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Aurélien, de nouveau officier, se replie dans un village qui n'est autre que celui de Bérénice. Là, il retrouve d'abord le mari de celle-ci qui lui confie : «Vous avez été toute sa vie», puis Bérénice, à qui il avoue : «Vous avez été ce qu'il y a de meilleur, de plus profond dans ma vie» Peu après, dans la voiture qui les emmène, une rafale de mitraillette allemande atteint mortellement Bérénice.

5 – Les Communistes  (1949-1951)

Dernier épisode du monde réel, le roman, «Les Communsites», raconte le début de la seconde guerre mondiale en France du printemps 1939 à la défaite de juin 1940. «Nous pensions que parler de la guerre, fût-ce pour la maudire, c’était encore lui faire de la réclame. Notre silence nous semblait un moyen de rayer la guerre, de l’enrayer» avait dit ARAGON. C’est l’œuvre la plus significative du réalisme français ; ARAGON s’exprime, en militant, sans ambiguïté ; il veut organiser une nouvelle résistance contre la bourgeoisie ; il valorise ce parti des fusillés «Le roman doit aussi être un outil à transformer le monde qu'il décrit, et on ne peut rien transformer sans l'enthousiasme» dit-il. En effet, dans ce roman, ARAGON s’engage dans un autre conflit, non résolu au moment de son écriture : une guerre idéologique, qui oppose les communistes à tous les autres : la «guerre froide» en toile de fond, le Plan Marshall, le bellicisme américain, le réarmement de l’Allemagne, ratification du Pacte atlantique, crispation de la situation intérieure (en 1947, exclusion du PCF du gouvernement, répression dure de grèves). Le projet initial d'ARAGON était de raconter l'ensemble de la seconde guerre mondiale, mais il abandonna. Le récit couvre d'abord, La drôle de guerre en insistant sur la répression anticommuniste. C'est bien des «communistes» qu'il s'agit, et non du communisme ; ARAGON a pour ambition de provoquer la «formation de la conscience dans l'homme dans ses rapports avec les autres, que pour simplifier on appelle la politique». ARAGON doit donc réécrire l’histoire et défendre les Communistes contre les calomnies. Dans un monde bipolaire, où s’affrontent des rivalités idéologiques, les bases de la lutte des classes sont posées dans le roman. La fin de la guerre ne signe donc pas la fin du combat, au contraire, la guerre froide est là. «Est-ce que tu ne comprends pas que cette guerre, ils l’ont commencée, pris dans leurs propres contradictions, cherchant depuis vingt ans à faire une guerre à l’est, que les peuples ne leur permettaient pas de faire. […] et puis il y avait besoin de l’état de guerre pour liquider les conquêtes de Trente-six… pour faire faire machine arrière à l’histoire… […] Il leur fallait la guerre pour, à l’abri des lignes de défense modernes, pratiquer le détroussement de nous tous» écrit Louis ARAGON.

Dans les «Communistes», le personnage de Fred Wisner, fasciste et antisémite, se réjouit de la défaite des Républicains espagnoles. Le père de Simon de Cautèle a subventionné les Croix-de-Feu et rêve de liquider le Front populaire. Jean, petit bijoutier des Halles, président de la Section des «Amis de l’URSS», est un lecteur du journal l’Humanité. Guillaume, ouvrier plombier, est communiste. Roman d’attaque et de défense, «Les Communistes» sont un roman de guerre partie en guerre. Les précédents romans du monde réel laissaient entrevoir la guerre, seuls Les Communistes nous décrivent la chose, plongent dans «l’orgie, l’orgie de sang». De la défaite des républicains espagnols à la débâcle de Dunkerque, le roman est tout entier habité par la guerre, toile de fond omniprésente qui affecte l’ensemble de l’univers romanesque. Sa dernière partie surtout relève du roman de guerre, immergeant le lecteur dans la catastrophe de mai-juin 1940 et dans la violence du front. Dans «Les Communistes», il prête au personnage qui le représente, le lieutenant Armand Barbentane, un goût si fort pour d’Aubigné qu’il en emporte le volume dans sa musette de combattant en 1940. Ce roman a été un échec, en dépit de diverses rencontres avec les militants communistes, notamment à la rue Grange aux Belles à Paris 10ème.

II – Louis ARAGON, un écrivain engagé

Une partie importante de la poésie d’ARAGON, notamment «Le Crève-cœur», «La Diane française» ou «Le Musée Grévin», est marquée par la guerre, il décrit la nation brisée, humiliée, et ce que la guerre a détruit. Loin de se cantonner dans une parole intimiste, il s’enracine dans le patriotisme et dans des circonstances tragiques de nature à susciter la résistance et l’espoir. ARAGON entend «héroïser» l’histoire «Les procédés savants des grands rhétoriqueurs servent une intention populaire. Ainsi, le souci de la forme loin de se fermer à l’histoire se laisse investir par elle» écrit Nathalie PIEGAY-GROS, dans «L’esthétique d’Aragon».

À partir de la fin des années 1950, nombre de ses poèmes ont été mis en musique et chantés (Jean Ferrat, Léo Ferré, Georges Brassens, Mouloudji, etc.), contribuant ainsi populariser son œuvre poétique.

A – Louis ARAGON, un engagement communiste

 

1 – ARAGON fustige la social-démocratie et abandonne le surréalisme

 

Les communistes ont dégagé une ligne de littérature authentiquement révolutionnaire que le fidèle soldat, Louis ARAGON, a porté la lutte des classes jusque sur le «front littéraire» suivant une expression de Jean-Pierre MOREL, notamment à travers son poème «Front rouge», d’une rare violence ; c’est une invitation à l’insurrection : «Descendez les flics camarades. Un jour tu feras sauter l’Arc de Triomphe, prolétariat connais ta force et déchaîne-là. (..) Feu sur Léon Blum. Feu sur Boncart, Frossart, Déa.  Feu sur les ours savants de la social-démocratie. Feu, feu, j’entends passer, la mort qui se jette sur Garchevery. Feu, vous dis-je sous la conduite du Parti communiste». «Sous le long règne de l’épouvantable Staline, la poésie est devenue un tracteur» écrit Philippe SOLLERS. «La littérature doit être une littérature de parti. Face aux mœurs bourgeoises, face à la presse mercantile de la bourgeoisie, face à l’arrivisme et à l’individualisme littéraire bourgeois, face à l’anarchisme aristocratique et à la course au profit, le prolétariat socialiste doit affirmer, réaliser et développer, (..) le principe d’une littérature de Parti» énonce Novaïa JIZN, dans la revue «Littérature de la révolution mondiale» de juillet 1931. Auparavant, en 1923, Henri BARBUSSE (Asnières 13 mai 1873 – Moscou 30 août 1935, empoisonné par Staline ?), auteur du roman «Feu», un prix Goncourt de 1916, est le premier intellectuel, à avoir appliqué cette orientation, «d’art populaire » ou de «littérature prolétarienne», mais en émettant des doutes sur l’efficacité du recours aux rabcors, un système de correspondants ouvriers. L’ouvriérisme ambiant au sein du P.C.F, n’est pas favorable aux intellectuels, le rôle d’éducation prolétarienne pouvant conduire au crétinisme puéril et déclamatoire, ou à «un prodigieux concours d’âneries» suivant André THIRION. «Quand j’y suis entré (au PCF), la vie dans le parti pour un intellectuel était assez intolérable. Il fallait pour y demeurer être fou : j’étais fou», dit ARAGON. Le poème «Front rouge» a suscité des polémiques et des conséquences judiciaires. L’Etat saisit et interdit «Front rouge», et le 16 janvier 1932, ARAGON est inculpé : «excitation des miliaires à la désobéissance et de provocation au meurtre dans le but de propagande anarchiste».

 

André BRETON lance une pétition pour soutenir ARAGON, mais reste en désaccord avec lui sur sa conception du surréalisme. André GIDE refuse de signer cette pétition, estimant qu’un texte littéraire engage son auteur : «Et puis, pourquoi demander l’impunité pour la littérature. Quand j’ai publié Corydon, j’étais prêt à aller en prison. La pensée est aussi dangereuse que des actes. Nous sommes des gens dangereux. C’est un honneur que d’être condamné sous un tel régime». Pour Romain ROLLAND, «Nous sommes des combattants. Nos écrits sont nos armes. Nous sommes responsables de nos armes. Au lieu de les renier, nous sommes tenus de les revendiquer». André BRETON, dans son fameux livre, «Misère de la poésie», tout en défendant son surréalisme, vitupère contre toute tentative d’interprétation d’un texte poétique à des fins judiciaires. Ce texte ne reflète pas son point de vue sur l’écriture automatique, c’est un poème de circonstance, «sans lendemain, parce que poétiquement régressif». Pour Louis ARAGON, le surréalisme est nécessairement révolutionnaire, ce n’est pas de l’art pour l’art. Il faut «considérer comme un fait acquis le passage des surréalistes aux côtés du Prolétariat dans sa lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie» dit-il. C’est la rupture entre ARAGON et ses amis surréalistes «Je n’ai jamais rien fait de ma vie qui m’est coûté plus cher» confesse-t-il. ARAGON s’en repentira : «J’écoute au fond de moi-même la voix d’André Breton, non pour la critiquer, mais pour mieux l’entendre» dira Louis ARAGON. 

ARAGON a situé sa contribution littéraire, clairement, dans le sens de l’engagement politique. «Il est temps d’en finir avec le faux héroïsme, le toc de la pureté, le clinquant d’une poésie qui de plus en plus prend ses éléments dans les aurores boréales, les agates, les statues des parcs, les châteaux des châtelains bibliophiles, et non aujourd’hui dans la poubelle étincelante où sont jetés les corps déchirés des insurgés, la boue où coule le sang très réel des Varlin, des Liebknecht, des Wallisch, des Vuillemin. Je réclame ici le retour à la réalité» écrit ARAGON, dans son «Discours de clôture au congrès international des écrivains de Paris du 25 juin 1935», in L’Œuvre poétique, t. VI (1934-1935), Paris, Le Livre Club Diderot, 1975, p. 322. Dans sa contribution littéraire, ARAGON s’est posé une question essentielle : Que peut, et que doit la littérature ?

«La littérature doit être une littérature de parti. Face aux mœurs bourgeoises, face à la presse mercantile de la bourgeoisie, face à l’arrivisme et à l’individualisme littéraire bourgeois, face à l’anarchisme aristocratique et à la course au profit, le prolétariat socialiste doit affirmer, réaliser et développer, sous une forme aussi complète et aussi totale que possible, le principe d’une littérature de parti» écrit Novaïa JISN, dans l’éditorial du n°1 de juillet de la revue «Littérature de la révolution mondiale», publiée à Moscou. ARAGON disait, à propos de Victor HUGO, que ce qu’il appréciait par dessus tout chez l’écrivain des «Misérables», c’était sa façon de mettre les pieds dans le plat. Nul doute qu’ARAGON, à travers l’écriture de ses romans de la série du «Monde réel», n’ait pas hésité, comme l’écrit Claude ROY, à mettre les pieds dans les plats pas toujours délicats de la réalité, de la politique, de l’argent, du roman. On peut ajouter que tout cela est une manière pour lui de mettre les pieds dans le plat de l’Histoire. ARAGON ne sépare pas l’homme, l’artiste et le partisan : «Soyez les ingénieurs des âmes ! Ecrivez la vérité» disait MOUSSIGNAC qui reprenait une formule de Staline ; il ne suffit pas de réfuter l’ennemi, mais de «l’anéantir» disait-il. Dans son réalisme littéraire, il part en guerre contre Marcel PROUST (1871-1922, Prix Goncourt, voir mon post) : «Les gens qui souffrent d'insomnie ont le loisir d'étudier le mécanisme du sommeil, voilà une pensée originale qui vous dispenserait de quatre pages de fausses finesses psychologiques, dans lesquelles le gros malin retourne cent fois sa maxime comme un bonnet de nuit. Ce qui s'appelle la pensée proustienne demande à être serré de près ; on s'aperçoit alors que c'est un bavardage de concierge. Saint-Simon (je reviens à cette prétention), mais Saint-Simon dit en trois lignes autant que Proust en trois livres. J'en suis fâché, Monsieur Proust, vous êtes un commerçant qui ne donne pas le poids. À ce qu'il paraît, vous seriez fort intelligent. Il n'y a pas de votre faute, dit-on, si le monde que vous peignez se montre si sot». A la mort d’Anatole FRANCE (16 avril 1844-12 octobre 1924), les Dadaïstes, survoltés,  s’attaquent à une gloire littéraire : «Anatole France n'est pas mort : il ne mourra jamais» écrit Philippe SOUPAULT. Dans la provocation, ARAGON se distingue par la violence de son texte : «Avez-vous déjà giflé un mort ?». ARAGON ne mâche pas ses mots. Pour lui, Anatole FRANCE «écrivait bien mal, je vous le jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur, du ridicule. Et c’est encore très peu que bien écrire, que d’écrire, de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau, pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret, dont on me faire vainement valoir la douceur. (…) Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé». ARAGON poursuit : «Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, (..) râclures de l’humanité, (..), individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous qui venaient de perdre un si bon serviteur». Anatole FRANCE est alors une véritable icône. S'attaquer à lui au lendemain de sa mort relève dès lors, au sens le plus plein du terme, d'une profanation : «Loti, Barrès, France, marquons tout de même d'un beau signe blanc l'année qui coucha ces trois sinistres bonshommes : l'idiot, le traître et le policier. Avec France, c'est un peu de la servilité humaine qui s'en va. Pour y enfermer son cadavre qu'on vide si on veut une boîte des quais de ces vieux livres "qu'il aimait tant" et qu'on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière», c’est ainsi qu’André BRETON signe «un refus d’inhumer».

ARAGON avait, certes, accueilli, favorablement, le «Voyage au bout de la nuit», publié, en 1932, par Louis-Ferdinand CELINE (1894-1961), considérant cette contribution littéraire, en dépit de son pessimisme, comme étant une dénonciation magistrale et virulente de la société moderne, une disqualification de toutes les idéologies. En revanche, et à propos de la pièce en cinq actes, «L’église», ARAGON est le premier, à travers son article «A Louis-Fernand Céline, loin des foules», à déceler l’antisémitisme manifeste de CELINE. Ainsi, dans «l’église», CELINE décrit l’exaspération propre à la petite bourgeoisie, dont CELINE se fait le porte-parole. Le héros de la pièce, Bardamu, est un antisémite assumé : «Le petit bourgeois antiparlementariste n’est pas très différent qu’il s’appelle Rip ou Céline. Mais un trait marque plus particulièrement le docteur Bardamu. L’antisémitisme. Oh un antisémitisme assez passif. Notre homme voyage dans un bateau qui s’appelle Youpi-nium ; A Genève, il nous montre que les fils de la SDN sont tenus par des messieurs qui s’appellent Yuddenzweck, Mosaïc, Moïse. Gens intelligents, un peu sentimentaux. Ce n’est pas le docteur Bardamu qui donnera l’ordre des pogromes, mais n’est-ce pas ? Il les regardera venir comme le reste» dit ARAGON, dans son commentaire sur «L’église». CELINE est nihiliste, «tout est la même chose», il fait l’éloge de la mort, du suicide et du néant. ARAGON invite, en définitive, CELINE à rejoindre les communistes. CELINE le qualifie de «supercon».

 

B  – ARAGON, poète de la Résistance

 

1 – Le Musée Grévin (1943)

En pleine Deuxième guerre mondiale, la France étant occupée et vaincue ; «Le Musée Grévin» parut sous le pseudonyme de François La COLERE ; c’est une poésie dite de «contrebande». La volonté du poète est de critiquer, de faire une satire de la société, en guerre, qu’il décrit, mais aussi le besoin de dépeindre une épopée, l’espoir d’un renouveau et d’une paix qui feraient suite aux heures les plus sombres de l’Histoire. En effet, ARAGON se montre très critique, notamment dans ses 23 poèmes tels que «Feu de joie», où il affirme son appartenance au mouvement dadaïste, en étant impertinent vis-à-vis du pouvoir et de l’ordre établi. Ces poèmes expriment une sensibilité aiguë et touchante, révélant les sentiments du jeune poète, ses souvenirs d'enfance, de guerre, d'enterrement d'un ami, l'appréhension des regards curieux des autres, une pudeur farouche; ils évoquent également l'amour éphémère, la sexualité, l'amitié et la mort. Ils donnent la voix à la révolte de la jeunesse sortie tout juste de la guerre, et témoignent de sa volonté de rebâtir la société et la littérature. La satire porte également, et c’est évident, sur les dirigeants de l’époque : Pétain, Mussolini, ou bien sûr Hitler. Les destinataires explicites de cette poésie sont évidemment les prisonniers et les déportés dont ARAGON envisage le retour. Leurs souffrances sont soulignées par l'évocation de leurs mains martyrisées et de leurs pieds las. ARAGON fait également allusion à l'occupation de la capitale de façon indubitable, car l'indication chronologique est claire. Il faut, cependant, remarquer que le poète évite les allusions trop directes et trop précises, aucun nom propre lié à l'actualité, l'ennemi allemand n'est même pas désigné, si ce n'est peut être métaphoriquement par «les fantômes». Les malheurs de Paris, sous l'Occupation, ne sont évoqués que par une métaphore qui connote les exécutions de résistants. Il apparaît donc que le poète a choisi en préférant le registre lyrique au registre polémique, de voiler en quelques sortes l'atrocité présente pour valoriser un passé glorieux et un avenir meilleur, l'un étant le garant de l'autre. ARAGON délivre avant tout un message d'espoir et adopte, délibérément, un optimisme inébranlable que la réalité de 1943 ne pouvait raisonnablement pas susciter. Le retour des prisonniers est affirmé avec certitude : «Il y aura des fleurs» comme pour affirmer une certitude de libération et de paix. L'avenir prend alors les traits d'un Eden retrouvé évoqué de façon très traditionnelle comme un jardin fleuri et lumineux. La fête qui est promise aux prisonniers est une fête de tous les sens : bonheur tactile des pieds sur la mousse, plaisir de l'oreille grâce à la musique apaisante et le plaisir de l'odorat grâce à l'haleine des jardins. Ainsi, Louis ARAGON, pour parler des événements de son époque, choisit la voie du lyrisme et du symbolisme d'une manière qui donne souvent à son poème l'apparence d'une prière où les références à la tradition sont nombreuses.

 ARAGON, en résistant, refuse de quitter, la France et travaille parallèlement à la création du réseau de résistance des Etoiles et à celle du Comité National des Ecrivains et des Lettres françaises. Là ARAGON n’écrit plus en contrebande, mais il attaque. «Le fait qu’Aragon, en 1943, interpellât directement l’ennemi par son nom montre que la poésie de contrebande cède la place à une "poésie d’urgence", une "poésie qui prend le maquis". Les poètes combattent avec les mots. Ils ne sont pas au-dessus de la mêlée. Il faut que la poésie crie plus fort que la guerre» suivant Paul ELUARD. Les écrits d’ARAGON font référence à l’histoire toujours nécessaire, il faut éviter l’amnésie et le discours équivoque. Se voulant didactique, ARAGON se heurte à l’Histoire, il écrit sa douleur et sa révolte.  «Que pour mieux jouir de la poésie il faut, au-delà de son énigme apparente, aller au fond des ténèbres rechercher «les poissons noirs de la réalité», cette réalité à l’origine de la vraie poésie qui s’enracine dans les circonstances et ne se pique pas d’une prétendue éternité» Marie-Thérèse EYCHART dans sa notice des «Poissons noirs».

 

On observe un tel glissement dans le chant II du «Musée Grévin», qui répond à la demande de pardon des «fantômes», les collaborateurs : « Qu’avez-vous fait de nos héros pris à vos crocs, je vous regarde tous et je vois le bourreau. Fantômes, fantômes, fantômes. Oublierais-je la beauté des femmes flétries, le masque atroce mis à la mère Patrie. Et l’angoisse des Juifs sous le ciel étouffant. Et leurs petits enfants pareils à mes enfants. Vous avez dissipé ce que j’aime en fumée, et mêlé mes drapeaux à des drapeaux gammés. Ma justice ouvre un oeil démesuré sur vous Fantômes qu’au soleil cette justice voue». Dans les invectives contre Laval du chant III, l’épopée vire cependant à la satire, comme chez Théodore AGRIPPA d’AUBIGNE (1552-1630) : «Ce macaque est un maquignon de bas étage, un gratte-sous hideux qui de tout fait marché. De l’encre du mensonge il tire son potage sur les clous du cercueil il est prêt à toucher. Tu crèveras c’est tout toi l’homme de Montoire, une vieille charogne à la fin dégrisée. Nul ne t’hébergera la légende l’histoire». ARAGON laisse entrevoir une issue heureuse à la guerre en faveur de la France Républicaine. «Les Châtiments (de Victor Hugo), ce n’est pas simplement une oeuvre magistrale contre Napoléon III ou contre Hitler, c’est avant tout une merveilleuse leçon de réalisme dans la poésie», écrit ARAGON. La réalité est une opposition entre la lumière, le matin, l’aurore et les ténèbres : «Ils ont beau baptiser lumières les ténèbres, élever l’ignorance au rang de la vertu, ils ne peuvent cacher la couleur de leurs larmes. Il faut bien qu’à la nuit succède le matin. Il faut bien que l’aurore entre ses mains de cuivre consume ces rois d’ombre et leurs chantres pourris». Paul ELUARD aborde la question de l’espoir et de l’espérance sous son poème «Liberté» daté de 1942 : «Et le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer : Liberté».

 

2 - La Diane française

 

Le titre, «La Diane française» est, à lui seul, révélateur des intentions de l’auteur. Inspiré de la poésie de Charles BEAUDELAIRE (1821-1867), «la diane  désigne une batterie ou une sonnerie de clairon, annonçant aux soldats l’heure du réveil. «La Diane française» de Louis ARAGON reprend cette métaphore, et envisage le moment où la France sort de sa torpeur, l’heure à laquelle, il est temps de reprendre les armes pour libérer la patrie occupée. Par ailleurs, Diane, la déesse romaine de la chasse, a pour mission de protéger et de défendre, surtout pendant la nuit ; ce qui interpelle toutes les personnes qui doivent entrer en résistance. Le poème emblématique, «La Rose et le Réséda», dédié Gabriel PERI (1902-1941), Honoré d’ESTIENNES d’ORVES (1901-1941) et Guy MOQUET (1924-1941), fusillés par les Allemands, invite, tous les Français, de Droite ou de Gauche, à libérer la France. En effet, la Rose est le symbole du socialisme, et sa couleur rouge est une allusion directe au Parti communiste, et le Réséda, par sa couleur blanche, désigne les monarchistes et les catholiques. C’est l’histoire de deux résistants, l’un chrétien, l’autre athée, qui sont fusillés le lendemain de leur arrestation : «Celui qui croyait au ciel ; celui qui n’y croyait pas. Tous adoraient la belle prisonnière des soldats. Le sang versé par les guerriers a fertilisé la terre et a rendu sa force à la nature. Quand viendra l’aube cruelle (…) le grillon rechantera».

 

Dans le poème «Il n’y a pas d’amour heureux», chanté par Georges BRASSENS, la célébration d’Elsa est celle de la France, la femme aimée incarnant la patrie malheureuse : «Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur. Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri. Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri. Et pas plus que de toi l’amour de la patrie. Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs». Dans «Richard Cœur de Lion», un poète extrait des «Yeux d’Elsa» de 1942, le dialogue entre la femme aimée et le poète, est en fait une méditation entre les Français et la France : «Si l’univers ressemble à la caserne à Tours en France où nous sommes reclus. Si l’étranger sillonne nos luzernes (…) Je ne dois pas regarder l’hirondelle qui parle au ciel un langage interdit. (…) Tous les Français ressemblent à Blondel. Quel que soit le nom dont nous l’appelions, la Liberté comme un bruissement d’ailes, répond au chant de Richard Cœur-de-Lion».

 

3 - Le roman inachevé, 1956

 

Une chanson bouleversante est écrite, «Strophes pour se souvenir», à l’occasion de l’inauguration de la rue «du groupe Manouchian» dans le 20ème arrondissement de Paris. Quatre ans plus tard en 1959, le poète, musicien, chanteur Léo FERRE (1916-1993) met le texte en musique et inscrit le titre à son répertoire. En fait ce sont 23 résistants qui seront «jugés» par un «tribunal» militaire allemand lors du procès Manouchian. Parmi ces 23 résistants, 10 seront «mis en scène» par les forces d’occupation sur la fameuse «Affiche rouge» placardée sur les murs de Paris pour discréditer les mouvements de résistance assimilés à des bandes de criminels étrangers. Ils seront fusillés au Mont Valérien le 21 février 1944. Par conséquent, ce poème, «Strophes pour se souvenir», une oeuvre engagée, dont l’objectif est de rétablir la vérité et de faire en sorte que le sacrifice de ces hommes ne soit pas oublié : «Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes, ii l'orgue ni la prière aux agonisants. Onze ans déjà que cela passe vite onze ans. Vous vous étiez servi simplement de vos armes. (…)Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes, noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants. L'affiche qui semblait une tache de sang, parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles y  cherchait un effet de peur sur les passants. Nul ne semblait vous voir français de préférence. Les gens allaient sans yeux pour vous le jour dura. (…) Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA France. (…). Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent. Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps. Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant. Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir. Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant». Le poème, recensé au «Roman inachevé».

 

4 – Le Crève-cœur

 

La poésie d’Aragon est tournée vers la réalité, celle de la guerre, puis celle de la défaite, de l’Armistice, de l’Occupation et de la Résistance. Cette réalité historique investit les poèmes, composés en réaction à l’événement. Le Crève-Coeur se transforme ainsi immédiatement après la signature de l’Armistice. Tant que la France était officiellement en guerre sans pour autant combattre, durant la «drôle de guerre», ARAGON écrivait une poésie amoureuse déplorant la séparation des amants. Le texte qui marque le tournant est «Les Lilas et les Roses», premier poème sur la défaite et l’exode. Et déjà, «Les Croisés» est un chant pour la liberté.

Louis ARAGON a rendu hommage, dans son cosmopolitisme  à Frederico GARCIA LORCA (5 juin 1898 – 18 août 1836), par les Franquistes. Quand la guerre civile espagnole éclate, GARCIA LORCA quitte Madrid pour Grenade, conscient qu'il va vers la mort. Il y sera fusillé par des antirépublicains à Víznar. Ce poème, «un jour, un jour» sera interprété, sous forme de chanson, par Jean FERRAT : «Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime, sa protestation, son chant et ses héros, au dessus de ce corps et contre ses bourreaux, à Grenade aujourd'hui surgit devant le crime, et cette bouche absente, et Lorca qui s'est tu, emplissant tout à coup l'univers de silence, contre les violents tourne la violence, Dieu ! Le fracas que fait un poète qu'on tue ! Un jour pourtant, un jour viendra, couleur d'orange, un jour de palmes, un jour de feuillages au front, un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche».
 

Conclusion

«Lorsque meurt un poète, il emporte une parcelle de ce feu que lui seul pouvait allumer en nous. Poète, écrivain, il est peu de fonctions qui engagent à ce point un être. C'est pourquoi sans doute, à ceux qui lui demandaient "Etes-vous d'abord communiste, ou d'abord écrivain ? ARAGON répondait toujours : «écrivain». Tel était son engagement» dit Pierre MAUROY, à la cérémonie du 28 décembre 1982, à laquelle j’ai assisté. A l’engagement communiste, ARAGON demeurera toujours fidèle, quels que soient les succès, les épreuves, les déchirures et les joies. Cette fidélité de toute une vie exige que, lorsque tout est clos, l'on n'ampute pas l'homme d'une dimension si importante de son existence, que l'on n'oublie pas le militant au profit de l'écrivain. Cette fidélité, qui force le respect, est celle des idées mises au service de l'action. Elle exprime la permanence de l'espoir en un monde plus juste. Cette obstination dans l'amour, à une époque où l'amour n'échappe pas à la contestation des valeurs, c'est aussi un engagement. Et cet engagement, ARAGON le tiendra jusqu'au terme de sa vie. «Il nous restera de lui le pouvoir infini des mots et cela qui lui faisait toujours discerner la lueur d’une aube» dit Pierre MAUROY.

Louis ARAGON a été un brillant intellectuel, mais son engagement auprès du Parti communiste lui a été reproché par la Droite. Or, nous les «Non-Souchiens», Mongo BETI (voir mon post), avait violemment critiqué la «littérature rose». Nous sommes dans l’arène, parfois dans la boue, lorsque les Etats africains sont qualifiés de «pays de merde», pour dire au monde que nous sommes contre la castration, l’esclavage, la colonisation, le sous-développement, l’obscurantisme. Nous sommes pour la liberté, l’égalité, la fraternité et la coopération sur des bases équitables et justes. 

 

«Aragon était sans doute le dernier des géants de notre histoireCeux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas se retrouveront dans le souvenir de ce magicien sans égal, réaliste et lyrique, sentimental et narquois, imprudent et superbe», écrit Jean d’ORMESSON. A la Libération, le général de GAULLE avait proposé à ARAGON d’entrer à l’Académie française ; il a refusé. «Je crois qu'Aragon a pris place pour toujours dans l'aventure merveilleuse de la littérature française. (..)  Pour des raisons différentes, j'aurais voulu faire entrer trois écrivains sous la coupole du quai Conti : Marguerite Yourcenar, Aragon, Raymond Aron. Je n'ai été capable de forcer les barrages que pour la première des trois. Je crois bien, pourtant, que le plus grand des trois était Louis Aragon» écrit Jean d’ORMESSON.

 Bibliographie très sélective

1 – Contributions de Louis Aragon

1 -1 Récits romans et nouvelles

ARAGON (Louis), Anicet ou le Panorama ; Le libertinage, Paris, Robert Laffont, 1964, 368 pages ;

ARAGON (Louis), Aurélien, Paris, Gallimard, 1994, 696 pages ;
 

ARAGON (Louis), Blanche ou l’oubli, Paris, Gallimard, Folio, 2014, 596 pages ;

ARAGON (Louis), Henri Matisse, Paris, Gallimard, 1998, 865 pages ;

ARAGON (Louis), La Défense de l’infini, suivi des aventures de Jean Foutre La Bite, éditeur scientifique, à titre posthume, Edouard Ruiz, Paris, Gallimard, 1986, 375 pages ;
ARAGON (Louis), La Mise à mort, Paris, Gallimard, 1973, 526 pages ;
ARAGON (Louis), La Semaine Sainte, 1998, 835 pages ;

ARAGON (Louis), Le Mentir-vrai, Paris, Gallimard, 1980, 670 pages ;

ARAGON (Louis), Les Aventures de Télémaque, Paris, Gallimard, 1993, 128 pages ;

ARAGON (Louis), Les Beaux Quartiers, Paris, Robert Laffont, 1965, 2 vol, 279 et 256 pages ;

ARAGON (Louis), Les Cloches de Bâle, Paris, Gallimard, 1972, 437 pages ;

ARAGON (Louis), Les Communistes, éditeur scientifique Jean Ristat, Paris, Temps actuel, 1982, 2 vol, 614 et 619 pages ;
ARAGON (Louis), Les Voyageurs de l’impériale, Paris, Gallimard, 1975, 651 pages ;

ARAGON (Louis), Théâtre/Roman, 1978, 525 pages.

 2 - Poésie

ARAGON (Louis), Brocéliande, Neuchâtel, éditions La Baconnière, 1945, 55 pages ;

ARAGON (Louis), Elégie à Pablo Neruda, Paris, Gallimard, 1993, 37 pages ;

ARAGON (Louis), Elsa, postface Olivier Barbant, Paris, Gallimard, 1959, 156 pages ;

ARAGON (Louis), Hourra L’Oural, Paris, Stock, 1998,  104,  pages ;

 ARAGON (Louis), Il ne m’est Paris que d’Elsa, postface Sylvie Servoise, Paris, Seghers, 2014, 200 pages ;

ARAGON (Louis), La Diane française, suivi en étrange pays dans mon pays, postface de Jacques Perrin, Paris, P. Seghers, 2006, 198  pages ;

ARAGON (Louis), La Grande Gaîté, Paris, Gallimard, 1929, 122 pages ;

ARAGON (Louis), Le Crève-cœur, Le Nouveau Crève-cœur, Paris, Gallimard, 1946 et 1948, 187 pages ;

ARAGON (Louis), Le Fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 2002, 545 pages ;

ARAGON (Louis), Le mouvement perpétuel ; précédé de Feu de joie et suivi de Ecritures automatiques, Paris, 1994, 156 pages ;
 

ARAGON (Louis), Le Musée Grévin et autres poèmes, Paris, éditeurs réunis, 1946, 118 pages ;

ARAGON (Louis), Le Roman inachevé, Paris, Gallimard, 1994, 255 pages ;
 

ARAGON (Louis), Le Voyage de Hollande et autres poèmes, Paris, Seghers, 1981, 121 pages ;
 

ARAGON (Louis), Les Adieux et autres poèmes, Paris, Stock, 1997, 138 pages ;


ARAGON (Louis), Les Chambres, poème du temps qui ne passe pas, Paris, Stock, 1997, 96 pages ;

ARAGON (Louis), Les Poètes,  Paris, Gallimard, 1960, 140 pages ;
 

 ARAGON (Louis), Les Yeux d’Elsa, Paris, Ellipses, 1995, 144 pages ;
 

ARAGON (Louis), Les yeux et la mémoire, Paris, Gallimard, 1954,  240 pages ;
ARAGON (Louis), Persécuté persécuteur, Paris, Denoël et Steele, 1931, 87 pages ;

ARAGON (Louis), Une vague de rêves, Paris, Seghers, 1990, 28 pages ;
ARAGON (Louis), Le Paysan de Paris, 1978, 248 pages.


1 – 3 - Essais

ARAGON (Louis Pour expliquer ce que j’étais, Paris, Gallimard, 1989, 69 pages ;

ARAGON (Louis) Chroniques Paris, Stock, 1998, vol. I (1918-1932), 497 pages ;

ARAGON (Louis), Blanche ou l’oubli, Paris, Gallimard, 1968, 520  pages ;

ARAGON (Louis), Écrits sur l’Art moderne, Paris, Flammarion, 1981, 377 pages ;

ARAGON (Louis), J’abats mon jeu, Ivry-sur-Seine, Les Lettres françaises, Mercure de France, 1992, 287 pages ;

ARAGON (Louis), Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit, Paris, Flammarion, Genève, A Skira, 1981, 148 pages ;

ARAGON (Louis), L’Homme communiste, Paris, Le temps des cerises, 2012, 497 pages ;

ARAGON (Louis), Les collages, Paris, Hermann, 1993, 136 pages ;

ARAGON (Louis), Pour un réalisme socialiste, Paris, Denoël et Steele, 1935, 125 pages ;

ARAGON (Louis), Traité du style, Paris, Gallimard, 1991, 236 pages.
 

1 – 4 Autres références

ARAGON (Louis), «A propos «L’Eglise», Louis-Ferdinand Céline, loin des foules», Commune, juillet 1933 (10) n°2, pages 277-283 ;

ARAGON (Louis), «Je m'acharne sur un mort», Littérature, nouvelle série, no 8, janvier 1923, LXI, pages 23-24 ;

ARAGON (Louis), «Le Front rouge», Littérature de la révolution mondiale, juillet 1931, n°1, pages 39-46 ;

ARAGON (Louis), Avez-lu Victor Hugo ?, Paris, éditions Messidor/Temps actuel, 1985, 343, pages ;

ARAGON (Louis), Hugo, poète réaliste, Paris, éditions sociales, 1952,  62,  pages ;

ARAGON (Louis), La lumière de Stendhal, Paris, Denoël, 1954, 268 pages ;

ARAGON (Louis), Lautréamont et nous, Pin-Balma, Sables, 1992, 98  pages ;

ARAGON (Louis), Le fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 1963, 458 pages ;

ARAGON (Louis), Le roman inachevé, Paris, Gallimard, 1956, 255 pages ;

ARAGON (Louis), Les yeux d’Elsa, Paris, P. Seghers, 1946, 159 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres complètes, préface de Jean Ristat, sous la direction d’Olivier Barbant, avec la collaboration de Daniel Bougnoux, François et Marie-Thérèse Eychart, Paris, Gallimard, 2007, vol 1, 1639 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres poétiques complètes, sous la direction d’Olivier Barbant, avec la collaboration de François et Marie-Thérèse Eychart, Paris, Gallimard, 2 vol (1917-1982), 3332 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres poétiques, préface de Jean Ristat, Paris, Livre Club Diderot, 1974-1981, 15 volumes.

2 – Critiques de Louis Aragon

ANGLES (Auguste), «Aragon est aussi un romancier», Confluences, problèmes du roman, juillet-août 1943, pages 111-118 ;

BAYARI (Maha), Le mentir-vrai dans les derniers romans de Louis Aragon : La mise à mort, Blanche ou l’oubli, Théâtre/roman, thèse sous la direction de Marie-Claire Dumas, Université de Paris Diderot, Paris VII, 1991, 374 pages ;

BEGUIN (Edouard), «Aurélien, roman du monde réel ?», Revue d’Histoire Littéraire de la France, janvier-février 1990, n°1, 50-67 pages ;

BERNARD (Jacqueline), La permanence du surréalisme dans le cycle du monde réel, Paris, José Corti, 1984, 204 pages ;

BERNARD (Jean-Pierre), «Le Parti communiste et les problèmes littéraires, 1920-1939», Revue française de science politique, 1967, n°3, pages 520-544 ;

BRETON (André), Misère de la Poésie, l’affaire Aragon devant l’opinion publique, Paris, éditions Surréalistes, 1932, 30 pages ;

BRETON (André), Manifeste du surréalisme, Paris, éditions Kra, 1924, 194 pages ;

BRETON (André), Un cadavre, Paris, éditeur non indiqué, 1924, 4 pages ;

BOUGNOUX (Daniel) JARNOUX (Cécile), Comment Aurélien d’Aragon, Paris Foliothèque, 2004, 244 pages ;

BOUGNOUX (Daniel), La confusion des genres, Paris, Gallimard, L’un et l’autre, 224 pages ;

BOUGNOUX (Daniel), Le vocabulaire d’Aragon, Paris, Ellipses, 2002, 94 pages ;

CHIASSAI (Marc),  Aragon, peinture, écriture : la peinture dans l’écriture des «Cloches de Bâle» à la «Semaine sainte»Paris, éditions Kimé, 1999, 200 pages ;

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D’ORMESSON (Jean), «Louis Aragon, le moderne par excellence», L’Humanité du 17 décembre 1992 ;

DAIX (Pierre),  Aragon : une vie à changer, Paris, Flammarion, 1994, 564 pages ;

DAIX (Pierre), Aragon retrouvé, Paris, Tallandier, Hors collection, 2015, 240 pages ;

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DE LESCURE (Pierre), Aragon romancier, Paris, Gallimard, 1960, 128 pages ;

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FOLLET (Lionel), Aurélien : le fantasme et l’histoire, Paris, Annales Littéraires de l’Université de Besançon, Les Belles Lettres, 1980, 146 pages ;

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MOUTHIER (Maurice), Louis Andrieux et les deux Aragon : un aventurier du XIXème siècle, Aléas 2007, 479 pages ;

NADEAU (Maurice), Histoire du surréalisme, Paris, Seuil, 1964, 198 pages ;

OLIVERA (Philippe), «Aragon, réaliste socialiste : les usages d’une étiquette littéraire des années trente aux années soixante», Société et représentation, 2003 (1) n°15, pages 229-246 ;

PIEGAY-GROS (Nathalie),  L’esthétique d’Aragon, Paris, Sedes, 1997, 283 pages, spéc pages 151-162 ;

POYARD (Pierre-Olivier), «Aragon et le réalisme socialiste», Les Annales de la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2010, n°12, pages 226-335 ;

REBOUL (Yves),  «Le point aveugle des Voyageurs de l’impériale»,  Littératures, automne 2001 (45), pages 215-223 ;

ROY (Claude), Aragon, un essai, Paris, Seghers, 1960, 230 pages ;

SADOUL (Georges),  Aragon, Paris, Seghers, 1988, 214 pages ;

SADOUL, (Georges), «Les Cloches de Bâle», Commune, no 17, janvier 1935, pages 500-503 ;

SIMOND (Daniel),  «Notes - Louis Aragon, Les Cloches de Bâle», La Revue de Belles-Lettres, février 1935, n°2, 63ème année, pages 22-24 ;

SOLLERS (Philippe), «Hugo, Aragon : deux oeuvres en miroir», Magazine littéraire, janvier 2002, n°405, pages 55-56 ;

THIRION (André), Révolutionnaires sans révolution, Paris, Babel, Révolutions, 1999, 912 pages ;

TOSSOU OKRI (Pascal), Le mentir vrai chez Louis Aragon romancier, des Cloches de Bâle à Servitude et grandeur des Français, thèse du 23 janvier 2007, sous la direction du professeur Jacques Migozzi, Université de Limoges, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 2007, 431 pages ;

VALLIN (Marjolaine), «Le Musée Grévin, poème épique», Louis Aragon et Elsa Triolet en résistance, Actes du colloque de Romans sur Isère, 12-14 novembre 2004, in Annales de la société des amis de Louis Aragon et d’Elsa Triolet, 2004, n°6, pages 230-245 ;

VASSEVIERE (Maryse), «Aragon journaliste et romancier», Recherches croisées Aragon Elsa Triolet, 2004, n°9, pages 269-300 ; 

VAISSIE (Cécile), Les ingénieurs des âmes en chef : Littérature et politique en URSS, 1944-1986, Paris, Belin, 2008, 515 pages ;

Paris, le 21 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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