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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 11:54

«Ma gloire se répandra dans la grande Russie, et les races qui l’habitent y répéteront mon nom, chacune en sa langue, aussi bien le fier petit-fils des Slaves, que le Finnois et l’indompté Toungouse, et le Kalmouk, ami de la steppe. Et longtemps je serai cher au peuple russe, parce j’ai voué ma lyre au culte du beau et du bien, parce que dans mon siècle barbare j’ai célébré la liberté, et prêché la pitié pour les faibles» écrit Alexandre POUCHKINE dans le «Monument», paraphrasant ainsi Horace. Pour lui, le poète est, de par sa vocation même, un solitaire et un incompris, il doit suivre loin les foules, et «ne guère tenir à l’amour du peuple». Gustave FLAUBERT (1821-1880) avait, de façon imprudente, dit à Ivan TOURGUIENIEV : «il est plat votre Pouchkine». En revanche, Fiodor DOSTOIEVSKI (1821-1881) a parlé du «secret» de POUCHKINE et du caractère «prophétique» de son œuvre, dont le sens demeure encore en partie caché à nos yeux, et qui ne se révélera qu’à mesure que se développera la culture russe. «Il fut le premier homme souffrant de la vie consciente russe» dit DOSTOIESVKI. En effet, POUCHKINE, créateur de la langue littéraire russe, a remplacé le langage conventionnel, pédantesque et froid de ses devanciers, par une langue naturelle et aisée. «Bien qu’il connut toutes les ressources, toute l’étonnante richesse de sa langue, sa pensée se produit sous une forme si simple qu’on ne croirait pas l’exprimer autrement» écrit Prosper MERIMEE (1803-1870). POUCHKINE n’est pas seulement un poète en langue russe, mais le poète de la langue russe. Accomplissant la révolution linguistique, poétique et esthétique, toute la littérature russe s’ébranle et marche après lui. POUCHKINE buvait les contes de sa nourrice, Arina, qui maniait à la perfection, la langue populaire, si vivante et imagée. Il courait les foires, écoutant les propos des marchands et des chalands. Les différents exils qu’il a subis, l’ont mis en contact direct et durable avec la terre et les paysans russes ; ce qui lui a permis ainsi de renouveler la langue écrite russe, en rupture avec le français, langue de la noblesse européenne de son temps. «Vraiment on peut croire, si  Pouchkine n’avait pas existé, il n’y aurait pas eu les talents qui lui ont succédé. Du moins, quelques grands qu’ils fussent, ils ne seraient pas produit avec la force et la netteté avec lesquelles nous les avons vu se révéler de nos jours» écrit DOSTOIEVSKI. «Dépouillé de tout ce qui est passager ou fortuit, Pouchkine se dresse devant nous comme le plus grand poète national, comme le véritable fondateur de la littérature russe» écrit Maxime GORKI. Pendant la période de la Russie tsaristes, les œuvres de POUCHKINE étaient interdites par la censure et n’ont pu paraître qu’à l’étranger. : «Je me suis érigé mon propre monument qui n’est point l’œuvre de la main. Et jamais le sentier qui y mène le peuple ne sera pas envahi de ronces» écrit POUCHKINE. Un jubilé avait été organisé en 1899 marquant le centenaire de la naissance du poète, qui était pourtant décembriste et libéral. La Révolution russe, s’aperçut très vite de tout l’intérêt à récupérer POUCHKINE comme penseur de l’âme russe. En effet, Joseph STALINE (1878-1953) a consacré un retour à la culture traditionnelle, à l’histoire et à l’art, notamment aux écrits de POUCHKINE, proclamé poète national russe et de la culture populaire. POUCHKINE devenait le symbole de l’âme russe, la gloire de la nation, sa lumière, sa jeunesse, son miroir dans lequel le peuple russe cherchait et trouvait son image. Les élèves devaient connaître, par cœur, les poèmes de POUCHKINE. Ainsi, l’édition des œuvres de POUCHKINE ne comptait, en 1907, que 13 ouvrages en russe, est tirée, en 1937, à 35 000 exemplaires. Lors du centenaire de la mort de POUCHKINE, 1,5 million d’exemplaires ont été tirés en 52 langues de l’Union soviétique, le russe n’y étant pas compris. Le nom de POUCHKINE fut donné à la ville Tsarskoïé-Sélo, ville où il avait fait le lycée. Un meeting est organisé avec 250 000 personnes devant la statue de POUCHKINE à Moscou. STALINE assiste à une représentation au théâtre lors de ce jubilé. A Leningrad, on a érigé un monument sur le lieu du duel. «Par toutes les fibres de son génie, Pouchkine se rattachait au peuple russe, dont il a exprimé si fortement les idéaux et les sentiments» écrira un journal russe. Le nom de POUCHKINE pénétra, avec la rapidité d’un éclair, dans les coins les plus reculés de l’ex-U.R.S.S. «Il faut croire au miracle du génie. Cent après sa mort, Alexandre Pouchkine en a fait un : il a réconcilié sous son nom tous les Russes, ceux de l’URSS et ceux de l’émigration dispersés dans l’univers. Les uns et les autres communient dans le culte de ses œuvres immortelles et oublient, pour un instant, leurs querelles politiques. Un même sentiment les anime : la fierté d’avoir donné au monde un poète égale aux plus grands» écrit André PIERRE.

«Un peuple ne compte intellectuellement au nombre des nations que lorsqu’il a une littérature en propre. (…) Jusqu’à lui, (Pouchkine), à part le fabuliste Krilof, la Russie n’avait pas eu la force d’enfanter un génie national. (…) C’est un homme d’idées et de forme, un poète et un patriote» écrit Alexandre DUMAS (1802-1870) dans ses «Impressions de Russie». Ses prédécesseurs bornaient leur ambition à copier les modèles occidentaux. Ils s'exprimaient en russe et pensaient en français. Lui, le premier, pensa et s'exprima en russe. Très jeune, il s'imposa à l'admiration de ses contemporains et ouvrit de tous côtés les voies où s'engouffrèrent, plus tard, les héritiers de sa pensée. Il ne se contenta pas d'être le plus pur poète lyrique de son siècle. POUCHKINE incarne l’âme russe. «Pouchkine me livra, généreusement, des pensées nouvelles, des sentiments et des mondes inconnus où j’aspirais dès lors» écrit Serge LIFAR. Il est «un miroir, le lieu de la reconnaissance de toute personne de langue maternelle russe» dira Alexandre MARKOWICZ. «Le nom de Pouchkine évoque immédiatement l’image du poète national russe. Pas un d’entre nos poètes ne mérite que lui le titre «barde national», ce titre ne peut appartenir qu’à lui, à lui seul. En son œuvre, comme dans son lexique, sont renfermées toute la richesse, toute la force et toute la souplesse de notre langue dont, mieux que personne, il a sur reculer les frontières et montrer l’étendue» dit Nicolas GOGOL.  Pour Ivan TOURGUENIEV, quand il est triste, mal disposé, vingt vers de POUCHKINE le retirent de l’affaissement, le remontent, le surexcite ; cela lui donne l’attendrissement administratif qu’il n’éprouve pour aucune des grandes et actions. Il n’y a que cette poésie seule capable ce rassérénement, cette sensation agréable. «Si je veux de la gloire, c’est pour que mon nom, frappe à toute heure à ton oreille ; afin que tu sois entourée, par moi ; afin qu’en rumeurs éclatantes, tout, tout retentisse autour de toi ; afin qu’en écoutant dans le silence de la voix fidèle, tu te souviennes de mes dernières supplications, au jardin, dans l’ombre de la nuit, à la minute des adieux» écrit POUCHKINE, dans «Désir de gloire», dont la poésie est un moyen de conquête des cœurs ou de vengeance au service de la passion. Le théâtre russe était encore bien pauvre : il lui donna «Boris Godounov» et les «Quatre petites tragédies» qu'il négligea de développer. Il s'attaqua à l'histoire russe avec son étude sur «l'Émeute de Pougatchev». Il inaugura le roman historique russe avec «La Fille du Capitaine», le roman fantastique russe avec «La Dame de Pique», la poésie populaire russe avec ses contes en vers du «Tsar Saltan» et du «Coq d'or». POUCHKINE ne fut pas seulement qu’un poète de l’art pour l’art, il manifeste dans ses écrits un patriotisme ardent. Il provoque les adversaires de sa patrie, notamment la France Louis Philippe, qui soutenait la cause de la Pologne, hostile au despotisme de Nicolas 1er qui n’avait pas voulu reconnaître le Roi issu de la révolution «Il y a longtemps que la Russie et la Pologne sont en lutte (…) Laissez-nous. Vous n’avez pas lu ces tablettes sanglantes. Vous ne comprenez pas cette haine de famille. (…) Vous nous menacez en paroles. Essayez en réalité. Est-ce chose nouvelle pour nous de lutter contre l’Europe ? La Russie est-elle déshabituée de vaincre ? Il y a de la place pour eux dans les champs de Russie, parmi des tombeaux qui ne sont point étranger» écrit-il dans l’ode «Aux détracteurs de la Russie». Dans sa contribution littéraire, POUCHKINE assigne une mission particulière au poète «Errant sans cesse à travers le monde, brûle par tes chants les cœurs des hommes». POUCHKINE réclame pour son pays une ère d’égalité, de justice et de liberté, ses compatriotes n’hésitent pas à reconnaître en lui un poète national, le symbole de l’âme russe. «Dépouillé de tout ce qui nous apparaît en lui aujourd’hui comme passager et fortuit, il se dresse devant nous comme le grand poète national, comme le véritable fondateur de la littérature russe» dira en 1937, Maxime GORKI lors du centenaire de la mort de POUCHKINE. «Chez Pouchkine, la poésie éclot d’une façon merveilleuse de la prose la plus sombre» dira Prospère MERIMEE. En effet, POUCHKINE a la faculté de parler, d’une façon individuelle, des choses générales ce qui est l’essence même de la poésie. MERIMEE compare POUCHKINE aux Anciens Grecs pour la belle proportion de la forme et de l’ordonnancement du sujet, pour l’absence de tout commentaire ou de toute considération morale. Le génie de POUCHKINE c’est aussi cette grande faculté d’appropriation des culturelles étrangères, d’assimilation et de digestion de ses lectures au service du roman national russe. Il a su fixer une langue et créer une littérature nouvelle et universelle. Le passé vivait en lui avec la vivacité que le présent, et qu’au même degré il avait l’intuition de l’avenir.

Alexandre Serguéiévitch POUCHKINE naît le 26 mai 1799 à Moscou. Son père, Serge Lvovitch POUCHKINE (1770-1848), un ancien officier de la garde impériale, est issu d’une ancienne famille de l’aristocratie russe. . Son père composait des poèmes, son oncle, Vassili, est un poète estimé, et sa famille recevait de nombreux poètes, dont Vassili JOUKOSVKI (1783-1852). Quant à sa mère, Nadejda OSIPOVNA (1775-1836), petite-fille du général noir, Abraham HANIBAL, surnommé «Le Nègre de Pierre Le Grand». Sa mère lui préfère Olga, de deux ans son aînée, et Léon, son frère, né après lui. Les Russes et les Occidentaux ont toujours mis en avant les origines allemandes et russes de POUCHKNINE, occultant ou dévalorisant ainsi les origines africaines de ce poète national. «Les Pouchkine, sont issus de Radscha, lequel vient d’Allemagne en Russie au milieu du XVIème siècle. Cette maison a produit le poète le plus national qu’ait jamais eu la Russie, le célèbre Alexandre Pouchkine dont le nom fera époque dans la littérature russe» écrit Pierre DOLGOROUSKY dans sa notice sur les principales familles de Russie. En effet, du côté paternel, l’ancêtre de POUCHKINE, RATCH, un Prussien entré en qualité de cantonnier, était au service d’un grand prince à Moscou ; son nom a été russifié. Pourtant, côté maternel : «peu de généalogies d’écrivains ont autant fait discuter que celle de Pouchkine. Lui-même, en a été le premier commentateur, par curiosité d’historien autant que orgueil de race» écrit Henri HAUMANT.

Esprit moqueur et incisif, ses études furent médiocres : «Jusqu’à sept ans, le plus grand poète russe passa pour un crétin ; soit que le sang africain infus si brusquement à la race moscovite eût en lui déconcerté la nature, soit que l’enfant eût dérouté sa famille» écrit Ernest COMBES. Le Directeur du lycée l’évalue ainsi : «Il craint toute étude sérieuse et son intelligence est dénuée de profondeur ; c’est un esprit essentiellement superficiel, un esprit français». En fait, d’une grande réceptivité et une faculté d’assimilation, POUCHKINE doit aux Français la clarté, le sens du mot fort et la concision dense. «Je trouve que la phrase de Pouchkine est française, est toute française, j’entends française du XVIIIème siècle» dit MERIMEE. En effet, il éprouve un amour filial pour Voltaire, BOILEAU, CHATEAUBRIAND et Mme de STAEL. Admirateur de la Révolution et de Napoléon, mais ces régimes ayant basculé dans la violence, devenu sceptique, il fut donc séduit par BYRON : «Le Byronisme est né à l’époque où les hommes se sentaient plein d’une profonde tristesse et presque désespérés (…) C’est à ce moment-là qu’un vaste et puissant génie, un poète passionné, fit son apparition». Passionné de la lecture des grands classiques, POUCHKINE décrit ainsi l’impression qu’il a faite aux Parisiens : «Ai-je eu l’air, devant eux d’un Ostiak ? D’un sauvage ? Ont-ils pensé : «Le Scythe a besoin de leçons ?» Certes, ils ont vu, dès le premier âge, j’ai tâché de savoir mieux de que des mots, des sons ; Qu’avec le transport, j’ai lu Tacite, Thucydide, et j’ose avouer, sans frémir, Candide !». La mère de POUCHKINE, considérée comme despotique, sujette à des colères inouïes, n’a pas élevé notre poète. En fait, c’est sa grand-mère maternelle et ses livres, ainsi que sa nourrice Arina RADIONOVA, foncièrement russe, qui assurèrent son éducation. C’est surtout sa nourrice qui l’initia à la littérature populaire. «Le soir, à côté de mon lit, elle (Arina) restait dans ma chambrette, priait pour chasser les esprits. Et puis, bénissant ma couchette, en se signant dévotement, elle me parlait, à voix basse, des loups-garous, d’enchantements, de fantômes, et des disgrâces dont souffrir les bons géants» dit POUCKINE qui a gardé une profonde affection pour sa nourrice : «Amie de mes jours de tristesse, ma vieille chérie ! Toute seule au fond des bois de pins, depuis longtemps, tu m’attends» dit-il. L’exubérance du sang africain, épicurisme, mondanités, complaisances aux traditions, tout cela allait ressurgir dans la  contribution littéraire de POUCHKINE : «Les magiciens et les fées accouraient bienveillant essaim, remplir leur vision d’orée, tous mes rêves jusqu’au matin. Et chaque jour, sous chaque ombrage, je m’attendais à chaque instant, à voir surgir dans le feuillage, reines et chevaliers errants» écrit POUCHKINE dans «le Sommeil».

En octobre 1811, il fut admis au lycée Tsarskoïé-Sélo et eut comme professeur de français, M. Marat BOUDRY, un frère de Jean-Paul MARAT (1743-1793), député montagnard. Dès 1812, POUCHKINE connaissait ses classiques et témoignait d’une maturité étonnante. Il compose des poèmes «Mon portrait» et «Mon messager d’Europe». Le 8 janvier 1815, dans la salle des fêtes du Lycée Tsarskoïé-Sélo, POUCHKINE, déclame un poème : «Le voile d’une nuit mélancolique s’étend, sur le voûte du ciel ensommeillé ; un brouillard grisâtre enveloppe la forêt lointaine. A peine entend-on le ruisseau courir à l’ombre des grands arbres et l’haleine de la brise expirer dans leur feuillage. Ainsi qu’un cygne majestueux, la lune paisible, s’avance au milieu des nuages argentés». On raconte que Gavrila DERJAVINE (1743-1816), le grand poète de l’époque, s’écriera en entendant quelques vers prononcés par le jeune homme : «Je ne suis pas mort». Le vieux DERJAVINE âgé de 72 ans, dans son enthousiasme, posa les mains sur la tête de l’élève et le sacra poète : «Pouchkine, Retenez ce nom. C’est qui me remplacera» dit-il. C’est ainsi que débutait une brillante carrière du poète national de la Russie.  «Ses succès faciles, en inspirant l’idée d’en obtenir de nouveaux le plus tôt possible, nuisirent beaucoup au développement de son talent : car Pouchkine était encore un enfant (…) Il commença à vivre trop tôt, il gaspilla son talent, il présuma trop de ses forces, il s’élance trop tôt dans de hautes régions, où il ne pouvait pas se maintenir par lui-même» dit Louis LEGER. Au lycée, POUCHKINE compose plus de 120 poésies ; dans son inspiration littéraire, il se sent possédé par une sorte de Muse : «C’était comme un démon qui me suivait partout qui possédait mon âme ; qui, me suivant partout, au repos, dans mes jeux, me murmurait tout bas des refrains merveilleux. Ma tête s’égarait dans la fièvre. Sans trêve, le rêve fantastique y succédait au rêve ; pour conter en vers, le mot obéissant s’alignait, et la rime accourait à l’instant» dit-il. «Je suis l’élève de Joukovski. Tout ce que j’ai fais de personnel, ç’a  été d’avoir choisi un sentier de traverse au lieu de m’engager sur sa route» dit POUCHKINE qui voue une grande admiration pour Evariste de PARNY (1753-1814). Cette poésie de jeunesse, d’imitation, POUCHKINE la qualifie de «fadaises doucereuses», la forme y étant plus intéressante que le fond. Mais déjà adolescent, son cœur s’emballe pour une camarade de classe, Catherine BAKOUNINA, en évoquant : «ces jours où la première fois, j’ai remarqué les traits gracieux, d’une vierge aimable ; où l’amour me troublait, pour la première fois, où je cherchais partout ses traces, où tout le jour je l’attendais» dit-il dans «Eugène Oniéguine». Puis ce fut la guerre contre Napoléon, une grande exaltation patriotique s’empara de POUCHKINE ; il jeta au panier ses poèmes en français, et se sentit désormais poète russe. «Je suis romain de cœur, la liberté brûle en moi. En moi veille l’esprit du Grand peuple» écrit-il dans «Licinius» qui exalte la ferveur patriotique. «Ce sera un géant qui nous dépassera tous» s’écrit, en 1815, Vassili JOUKOVSKI. «Quelle plume a déjà ce scélérat» renchérit Constantin BATIOUCHKOV (1787-1855) à propos de «Iouriev».

Au collège, en 1817, affecté au Ministère des affaires étrangères, POUCHKINE préféra les mondanités aux études. Il mène une vie dissipée, accumule des dettes et des orgies : «Descendant d’un Nègre difforme, je plais parfois à nos beautés, mais par le cynisme énorme de mes caprices effrontés» dit-il.  POUCHKINE, un contemporain de Victor HUGO (1802-1885) et de Lord Georges BYRON (1788-1824), eut très tôt, le sentiment de sa grandeur et, par-delà ce sentiment, celui des valeurs spirituelles qu’il servait. POUCHKINE compose, en 1818, les premiers chants de «Rouslan et Lioudmila» qu’il dédia «aux belles tsarines» de son âme. «Jusqu’à présent, on ne le connaît que par de petits vers et de grosses sottises ; après son poème, on verra en lui, sinon une perruque académique, du moins autre chose qu’un jeune polisson» dira Alexandre TOURGUENIEV, un ami de la famille. En 1818, POUCHKINE fréquente également la société littéraire, «L’Arzamas» regroupant les Karaziministes, les novateurs en lutte contre les archaïques, avant d’adhérer, en 1819, au cercle de «La Lampe Verte», une société apolitique et attirée par la volupté. En juillet 1826 est publié son poème «Rouslan et Loudmila», à l’origine en Russie d’une «querelle entre Anciens et Modernes». Pendant la nuit de noces, la foudre éclate, quand Rouslan ouvre les yeux, sa promise Loudmila n’est plus là, enlevée et séquestrée dans un château lointain. Rouslan finira par la délivrer grâce à une tête coupée disposant d’un pouvoir surnaturel. Infidèle à l’épicurisme d’antan, POUCHKINE a pour prétention, pour son pays, de poursuivre un idéal de civilisation et de liberté. C’est le début d’une œuvre nationale russe, indépendante de la pensée occidentale et du classicisme. Pour les Russes apprécient «Rouslan» qui leur rappellent les contes dont leurs nourrices les ont bercés et surtout à cause de la qualité de la langue et des vers. Il devient sympathisant du mouvement libéral, des futurs «Décembristes», et en raison du contenu frondeur de certains de ses poèmes, il est surveillé par la police à partir de 1820. Il commit l’imprudence de se mêler de politique, d’écrire des épigrammes, et d’exhiber, en plein théâtre, le portrait de Louis Pierre LOUVEL (1783-1820), l’assassin du Duc de Berry. Avec l’intervention de Nicolaï KARAMZINE (1766-1826), il ne sera pas envoyé en Sibérie, mais confié à l’Inspecteur général des Colonistes, à Kichenev. Tombé malade, le général Nicolaï RAEVESKI (1771-1829), l’amène, avec lui, en tournée au Caucase et en Crimée. «Je goûte ici la paix nouvelle pour mon cœur, et grâce à mon exil, ma muse vagabonde, connaît le travail et la réflexion» dit-il. En souvenir à ces paysages pittoresques, il écrira : en 1820, «Le Châle Noir», en 1821 «Le Prisonnier du Caucase», en 1821, «Les Frères Brigands», en 1822 «La Fontaine de Bakhtchisaraï» et, en 1824, «Les Tsiganes». «J’ai voulu peindre, dans le personnage du prisonnier (du Caucase), cette indifférence à la vie et à ses plaisirs, cette vieillesse prématurée de l’âme qui caractérisent la jeunesse du XIXème siècle» écrit POUCHKINE. Ce sont ces poèmes, immolant les amantes à des amants amers et méprisants, qui ont fait dire à Adam MICKIEWICZ (1798-1855) que POUCHKINE est un auteur qui «tourne autour du soleil de Byron». En effet, dans ses ouvrages de jeunesse, tout est byronien, les sujets, les caractères, l’idée et la forme. POUCHKINE assigne à ses personnages les sentiments et les aspirations des milieux progressistes de son temps. En 1823, transféré à Odessa, il découvre les femmes du monde et les sociétés secrètes, et démissionne de l’Administration. Il commence à composer son «Eugène Oniéguine» et écrit à ce sujet «Je sais que mes forces sont dans leur épanouissement ; je sens que je puis créer» dit-il.

Déporté de 1824 à 1829,  dans son domaine familial, au village Mikhaïlovskoïé, balloté d’un endroit à l’autre, POUCHKINE s’interroge : «Jouet du sort inexorable, j’erre exilé, seul, misérable, au gré des vents capricieux. Je vais m’endormir, et j’ignore dans quel exil, sous quels cieux, demain me retrouvera l’aurore». Il mène une vie solitaire et retrouve la vieille Arina et ses merveilleux contes : «Qu’ils sont merveilleux ces contes russes ! Grâce à eux, je comble les lacunes de ma satanée éducation» dit-il.  POUCHKINE commence à écrire «Boris Goudonov», «La Grande route en Hiver» et «Le Prophète», ainsi que le «Comte Nouline». Le roman historique, «Boris Goudonov», est un drame des temps troubles. A l’instigation de Boris Goudonov, sous le règne de Fédor, le fils d’Ivan Le Terrible tue le tsar. A la suite d’une succession de meurtres, Michel ROMANOV finira par récupérer le trône, au détriment des Polonais, ennemis héréditaires de la Russie. Le personnage du père Pimène est un tableau de la vieille Russie : «Je voulais peindre en lui les traits qui m’avaient séduit dans nos vieilles chroniques (…) la douceur attendrissante, la simplicité à la fois enfantine et avisée, la foi dans la puissance du Tsar, créée par Dieu». Dans «Boris Goudonov», POUCHKINE se fait historien, il a saisi l’âme particulière d’un temps, d’un peuple, tout en lui insufflant le souffle de tous les temps. «Eugène Onéguine» entamé à Odessa, après la lecture de «Don Juan» de BYRON, est achevé à Boldino en 1830, mais c’est entre 1825 et 1826 que POUCHKINE écrit, dans son village, les chapitres décisifs. Retenu à Boldino, pendant quatre mois, il compose plusieurs drames dont «Salieri et Mozart» et achève «Eugène Onéguine». Ce chef-d’œuvre, entamé depuis 1823, et composé à de longs intervalles avec un cadre mobile, a permis à POUCHKINE d’entasser, sans contrainte, ses idées, ses sentiments, ses réminiscences, ses fantaisies et ses boutades, et les digressions les plus hétéroclites. «Ce n’est pas la nature, c’est Staël et Chateaubriand qui nous apprennent l’amour» dit-il. POUCHKINE mène sa vie conjugale entre Tsarskoïé-Sélo et Saint-Pétersbourg. Il écrit sa lettre «Aux calomniateurs de la Russie» qualifiée de «patriotisme officiel». Il effectue des recherches historiques, notamment, sur L’histoire de la révolte de Pougatchev, Dubrowski, La Dame de Pique, la fille du capitaine, Le Sovremennik, et le Cavalier de Bronze. Dans le drame de la «Dame de pique», une très vieille dame, Anna FEDOTOVNA, possède le secret que lui a révélé Caligliostro, au temps où elle était belle, de ponter à coup ; elle posséderait une combinaison de trois cartes qui gagnerait à tous les coups au jeu du Pharaon. Un jeune officier allemand, Hermann, joueur, décide de s’emparer de ce pouvoir, en séduisant la demoiselle de compagnie, Lisabeta IVANOVNA ; il s’introduit de nuit chez cette vieille, la menace, avec un poignard, mais celle-ci prise de peur, meurt. Le soir de l’enterrement de la comtesse, Hermann a une vision dans laquelle le secret des cartes gagnante lui est révélé. Au cours d’une partie de cartes, il mise toute sa fortune, et perd. L’officier allemand sombre dans la folie. POUCHKINE, pendant cette période, lit beaucoup, notamment Dante, Shakespeare, Goethe, l’Arioste, Schiller, Lamartine, etc.

En 1825, la révolte des décembristes éclate et en janvier 1826, POUCHKINE sollicite au Tsar une entrevue pour lui demander l’autorisation de revenir à Saint-Pétersbourg. Elle lui est accordée, mais le Tsar s’octroie le droit de censurer lui-même ses écrits. «À partir de maintenant, tu n’es plus le Pouchkine d’autrefois, tu es mon Pouchkine» dit le Tsar. Génie captif et liberté déniée, il peut écrire des poèmes «utiles à la patrie», mais ne peut les imprimer qu’avec l’autorisation du Tsar. «Aucun écrivain russe n’est aussi persécuté que moi» dit POUCHKINE. Le Tsar se charge, personnellement, de la censure des œuvres de POUCHKINE. En fait, le poète est placé sous la tutelle du chef de la police, Alexandre BENKENDORFF (1781-1844), qui doit «guider sa plume». Un journaliste, Faddei BOULGARINE (1789-1859), tsariste et critique littéraire, tente de le pousser vers les milieux de l’aristocratie et de la Cour. En 1834, nommé Page de la Chambre de sa Majesté et membre de l’Académie, POUCHKINE est réintégré, fictivement, le 30 décembre 1833, au Ministère des Affaires étrangères, avec un salaire de 5 000 roubles. La population de Moscou réserve un accueil chaleureux à POUCHKINE, un exilé pendant 6 ans, qui, de nouveau, mène une vie mondaine et dissipée, avec de nombreuses conquêtes féminines.

En 1829, à Moscou, POUCHKINE vit Nathalie GONTCHAROVA (1812-1863) dans un bal «elle me tourna la tête, et je demandai aussitôt sa main» dit-il. A 31 ans, il se marie, le 18 juin 1831, avec Nathalie, une belle jeune fille de 19 ans, dépensière, frivole, mondaine, et appartenant à une famille ruinée, mais aussi d’esprit fort étroit. «Je crains pour vous le côté prosaïque du  mariage. J’ai toujours pensé que le génie ne peut subsister que dans l’indépendance totale et ne se développer que parmi les malheurs répétés» lui écrit une amie, E. KHITROVO. «Il n’est de bonheur que dans les voies communes. J’ai passé la trentaine. A trente ans, les gens se marient généralement, je fais comme tout le monde et je suppose que je ne m’en repentirai pas. Du reste, je marie sans transport, sans enchantement puérile. L’avenir m’apparaît sans fard, dans toute sa nudité. Les chagrins ne me surprendront pas, ils entrent dans mes calculs domestiques. Toute joie sera pour moi une surprise», écrit POUCHKINE. Le couple semblait mal assorti : «elle était grande et belle ; lui, avec son visage qui rappelait son ascendance africaine, manquait de séduction et paraissait petit à côté d’elle» écrit, avec mépris, André PIERRE. Sa femme lui donne 4 enfants : Marie, (1832-1919), Alexandre (1833-1914), Grégoire, (1835-1905), et Nathalie (1836-1913). Durant ces années de mariage, la puissance créatrice du poète reprend le dessus, mais il est terriblement jaloux. Le tsar Nicolas 1er (1796-1855), amoureux de la belle Nathalie, prend POUCHKINE à son service, lui alloue un traitement, lui ouvre les archives d’Etat pour lui permettre d’écrire sur Pierre Le GRAND. Obligé et prisonnier du Tsar, POUCHKINE est pris dans un engrenage qui sera mortel. En 1834, Nathalie rencontre Georges d’ANTHES de HEECKEREN (Colmar 1812 – Soultz 1895), un Chouan, partisan de la Duchesse de Berry, un légitimiste, chassé Saint-Cyr lors de la Révolution de 1830 et réfugié en Russie. D’ANTHES est chevaliers-garde et fils adoptif du baron Georges HEECHEREN, ministre des Pays-Bas, un ultraconservateur dont la malveillance, la fourberie et l’esprit d’intrigue, perdront le libéral POUCHKINE. En effet, un billet anonyme du 16 novembre 1836, est envoyé à POUCHKINE le nommant «Grand maître de l’Ordre des Cocus». POUCHKINE sentant une cabale de la Cour, rembourse tous salaire reçus de l’Empire et provoque d’ANTHES en duel, mais celui-ci épouse le 22 janvier 1837, la sœur  Catherine GONTCHAROV, la sœur de Nathalie. POUCHKINE considère, son nouveau beau-frère ; comme étant lâche. Mais cette nouvelle parenté n’a fait qu’attiser les cabales et les calomnies, après un entretien avec Nicolas 1er, POUCHKINE invite une deuxième fois d’ANTHES à un duel.

Le 10 février 1837, POUCHKINE est mortellement blessé lors d’un duel. D’ANTHES, l’officier français qui tua POUCHKINE fut dégradé et expulsé de Russie. Devant la maison mortuaire, se produit quelque chose d’insolite ; spontanément, une vague de marée humaine d’inconnus déferla pour rendre hommage au poète. La foule cria «Pouchkine est notre !». Lors de ses funérailles, le Tsar s’empressa de barrer tous les chemins par où aurait pu se manifester l’indignation sociale qui grondait. Il fut, strictement, enjoint aux journaux d’observer, en annonçant la mort de POUCHKINE, une extrême modération, et de s’en tenir au ton compassé des convenances mondaines. La veille de l’enterrement la foule fut dispersée par les forces de l’ordre ; l’église Saint-Isaac où devait avoir lieu le service religieux, fut remplacée, à la dernière minute, par l’église de Kouniouchenkaïa. Le corps fut transporté au cimetière, à la sauvette et en toute hâte, comme un criminel, sur un chariot au milieu d’une botte de paille.

I – POUCHKINE,  le poète national russe et son ancêtre africain

A –  POUCHKINE revendique son africanité

1 – POUCHKINE et son aïeul : Le nègre de Pierre Le Grand

Léon Pavlicev POUCHKINE, neveu de Pouchkine, rapporte dans une «Chronique familiale» une conversation entre POUCHKINE et une Française : «À propos, M. Pouchkine, vous et votre sœur avez donc du sang noir dans les veines ?». «Certainement», répondit le poète.   «C’était votre bisaïeul qui était nègre, mais alors qui était son père à lui ?» relança la Française. «Un singe», Madame», rétorqua, de façon ironique, POUCHKINE. «M. de Boulgarin décide, qui me traite en ilote, décide que jadis mon grand-père Annibal, pour un verre de rhum, fut, par certains pilote, acheté sur les bords du fleuve Sénégal : c’est vrai, mais il devrait, à cette facétie, que ce fut ce pilote de Dieu, qui, guidant le vaisseau de la Sainte-Russie, la proue en Amérique, et la poupe en Asie. Joignit la mer de glace avec la mer de feu» réplique POUCHKINE.

Dans son roman «Eugène ONEGUINE», il déclare envisager d’écrire un roman sur son arrière grand-père, Abraham Pétrovitch HANIBAL (1696-1781) : «En Russie où faute de mémoires historiques, on oublie vite les hommes, la singularité de la vie d’Hannibal n’est connue qu’à travers les légendes familiales. Avec le temps, nous espérons publier sa biographie complète» dit-il. Et pour entreprendre ce travail, il va s’appuyer sur le témoignage du seul fils encore vivant de cet ancêtre, un général de l’armée russe : «Je compte voir encore mon vieux nègre de grand-oncle qui, je suppose, va mourir un de ces quatre matins et il faut que j’ai de lui des mémoires concernant mon aïeul» dit-il dans une lettre d’août 1825. Dans un poème, «Ma généalogie», POUCHKINE évoque ainsi ses origines africaines : «L’auteur du côté de ma mère est d’origine africaine. Son bisaïeul, Abraham Pétrovitch Hanibal, fut enlevé à l’âge de huit sur les rives de l’Afrique et emmené à Constantinople. L’ambassadeur de Russie, après l’avoir délivré, l’envoya en cadeau à Pierre-le-Grand qui le fut baptisé à Wilna». POUCHINE précise que «Par la suite, son frère se rendit à Constantinople, puis à Saint-Pétersbourg pour offrir de le racheter, mais Pierre n’accepta de lui rendre son filleul. Jusqu’à un âge très avancé, Annibal se remémora de l’Afrique, de la vie somptueuse de son père, de ses dix-neuf frères, dont il était le plus jeune ; il se rappelait comment on les menait les voir leur père les mains liées sur le dos, alors que lui seul était libre et nageait dans les fontaines de la demeure paternelle ; il se souvenait aussi de sa sœur préférée, Lagan, qui, au loin, suivait à la nage le vaisseau qui l’emportait». POUCHKINE raconte aussi la vie de son ancêtre en Russie et en France «A l’âge de 18 ans, le Tsar envoya Annibal en France où il commença son service dans l’armée du régent. Il revint à la Russie avec des blessures graves à la tête et le grade français de lieutenant. Dès lors, il se trouva en permanence auprès de la personne de l’empereur». POUCHKINE relate les persécutions dont a été l’objet son ancêtre : «Sous le règne de Anna,  Annibal ennemi personnel de Biron, fut expédié en Sibérie sous un prétexte spécieux. Comme il en eut assez de ce lieu désert et de son climat féroce, il revint de son propre chef à Saint-Pétersbourg et se présenta à son ami Münnich. Münnich en fut ébahi et lui conseilla de se cacher sans tarder. Annibal gagna ses terres, où il demeura tout le règne d’Anna. Elisabeth, montée sur le trône, le combla de bienfaits. Annibal mourut sous le règne de Catherine, dispensé de ses hautes fonctions avec le grade de général en chef».

WALISZEWSKI, auteur d’une biographie sur Pierre-le-GRAND (1672-1725) écrit que ce tsar, doté d’une grande force de travail et d’une énergie vitale ne se reposait presque jamais. En revanche, il est sans préjugés et ne faisait pas confiance à l’aristocratie russe en raison de nombreux complots ; il aimait donc à s’entourer de collaborateurs venus parfois de pays lointains «Vous y découvrirez jusqu’à un Nègre» dit-il. Pour cet auteur, Pierre-le-GRAND cherche à détendre ses nerfs afin d’éviter des excès. «Au fond, tout cet entourage d'étrangers ou d'indigènes n'est guère composé que d'utilités et de comparses. Pas un nom vraiment grand et pas une grande figure n'en ressortent» écrit Kazimierz WALISZEWSKI (1849-1935). Dans cette biographie, on trouve des éléments précieux sur l’ancêtre de POUCHKINE. Né vers 1696, enlevé de son pays à l'âge de sept ans et amené à Constantinople, où, en 1705, le comte Tolstoï, ambassadeur du Tsar, en fait l'acquisition, ce naturel de la côte  d'Afrique, voué à une destinée singulièrement mouvementée, conservera toute sa vie dans les yeux une vision douloureuse : sa sœur bien-aimée, Lagane, se jetant à la mer et suivant  longtemps, longtemps, à la nage le vaisseau qui l'emporta. Il a reçu sur les bords du Bosphore le surnom d'Ibrahim ; en  1707, pendant le séjour du Tsar à Vilna, on le baptise, Pierre Le GRAND lui servant de parrain et la reine de Pologne de marraine, et il  s'appellera désormais Abraham Pétrovitch HANIBAL. Il débute  comme page du souverain, fait, en cette qualité, une connaissance intime avec la Doubina, mais gagne la faveur du maître, autant par sa gentillesse que par son intelligence singulièrement éveillée. C'est un négrillon prodige. En 1716, on décide de l'envoyer à Paris pour compléter son éducation. Il a déjà  beaucoup travaillé, et, prenant aussitôt du service dans l'armée française, il s'y fait apprécier. Il gagne le grade de lieutenant pendant la campagne de 1720 contre les Espagnols, où il reçoit une blessure à la tête. Revenu à Paris, il se voit entouré d'une certaine célébrité ; les salons le recherchent, et il y fait, des conquêtes, notamment une baronne avec qui il a eu un enfant. Mais ses goûts  sérieux l'éloignent de la vie frivole; il entre à l'école des ingénieurs et n'en sort, en 1726, avec le rang de capitaine,  que pour revenir en Russie, y trouver une place de lieutenant  dans la compagnie de bombardiers dont Pierre 1er a été le chef et se  marier. Sa femme, fille d'un négociant grec, très belle personne, accouche d'une fille blonde ; il l'oblige à prendre le voile, fait élever avec soin la petite Polyxène, la marie, la dote, mais ne veut jamais la voir. Après la mort de  Pierre, il a maille à partir avec Alexandre MENCHIKOFF (1673-1729), compagnon de Pierre 1er, prince et gouverneur de Saint-Pétersbourg, comme tout le monde, est exilé en Sibérie. En 1740, sous le règne d’Elisabeth PRETOVNA, HANIBAL devint général en chef, reçut des terres des paysans et devait mourir à un âge avancé. 

L’Abbé GREGOIRE cite dans son ouvrage HANIBAL parmi les «Nègres et mulâtres distingués  pour leurs talents», et écrit «Hanibal, dont l’éducation fut cultivée, et qui, sous ce monarque (Pierre 1er) devint en Russie Lieutenant-général, et directeur du génie ; il fut décoré du cordon rouge de l’ordre de Saint-Alexandre-Newski. Il passait pour un homme habile». Surnommé «Le Vauban russe», HANIBAL, qui est à la fois polyglotte, traducteur, mathématicien, auteur de savants traités mais encore importateur de la pomme de terre en Russie, deviendra le 4e personnage de l'Empire russe sur le plan protocolaire. Il s'éteint à l'âge de 85 ans dans son domaine proche de Saint-Pétersbourg. Une plaque a été déposée le 23 octobre à la mémoire d'Abraham HANIBAL (1696-1781), général en chef de l'armée russe, brillant élève de l'école d'artillerie de La Fère.

2 – Les récentes recherches sur la généalogie de POUCHKINE

M. Dieudonné GNAMMANKOU, un chercheur béninois, a mis en lumière, dans un ouvrage «L’aïeul noir de Pouchkine» que l’ancêtre du poète national russe, n’est pas d’Abyssinie, mais natif de la ville de Logone, près du lac Tchad, dans le nord de l'actuel Cameroun. «La thèse d’Anouchine est totalement (…). Il écrit qu’il est impossible qu’un nègre pur sang ait pu devenir le premier mathématicien russe, le premier architecte russe, même en ayant reçu une éducation européenne. (…) Quand j’ai lu ça, j’ai réalisé qu’on n’était plus dans la recherche scientifique. Cela a été écrit à l’occasion du centenaire de Pouchkine, en 1899, au moment où le nationalisme russe devait se consolider autour de cette figure. Au XIXe siècle, les Russes considéraient que la Russie n’était pas encore une nation à part entière parce qu’elle n’avait pas de littérature établie. Pouchkine va donner à la Russie sa littérature. La place qu’il va occuper dans la société russe devient tellement importante qu’on ne pouvait pas admettre, dans le cadre des thèses racistes du XIXe siècle, que ce héros puisse être noir. Tous les grands écrivains russes le considéraient comme leur grand maître. En 1995, je tombe sur cette cité de Logone, capitale d’une principauté divisée entre le Cameroun, le Nigeria et le Tchad. Elle se trouve sur les bords du fleuve Logone, du côté camerounais» dit cet écrivain béninois.

Auparavant, certains auteurs avaient raillé POUCHKINE sur ses origines africaines «Pouchkine est né du mélange assez fantasque de deux sangs violents. (…) Sa mère était de race abyssine, fille du nègre Hannibal, lequel acheté au bazar pour un litre d’eau de vie, était devenu le favori du Tsar» écrit le marquis de Ségur dans le Figaro du 23 janvier 1913. Au début de l’adolescence, le jeune POUCHKINE ne voit pas tellement qu’il est noir, du moins, il use de l’ironie dans son cas «vrai démon pour l’espièglerie, vrai singe par la mine» dit-il dans son poème «Mon portrait». T. J. BINYON remarque que si le poète tirait fierté de sa double ascendance POUCHKINE et HANIBAL, celles-ci «étaient si différentes l’une de l’autre, deux antipodes à tous égards, que se réclamer des deux exigeait la réconciliation de valeurs contradictoires. Chez Pouchkine, cette réconciliation n’eut jamais lieu, et la tension qui en résulta se manifesta parfois dans son comportement comme dans son oeuvre». POUCHKINE, avait hérité de son ancêtre africain, à travers les femmes, d'une physionomie quelque peu africaine : teint basané, tignasse crêpée et œil de feu. Au lieu d'être gêné par ses origines exotiques, Pouchkine en tirait orgueil. Toute sa vie, si brève, si cahoteuse, si inspirée, témoigna de son double besoin de jouir du présent et de créer pour l'éternité.

B – POUCHKINE, sa poésie et son africanité

Georg BRANDES disait que la poésie de POUHCKINE «sent le Nègre». «On retrouvait dans ses traits et l’on peut rechercher dans son œuvre la trace de cette origine exotique» écrit Louis LEGER dans son histoire de la Littérature russe en 1907. «La chaleur de ses sentiments, la fougue de sa pensée, la vivacité de son langage n’avaient rien de spécialement russe. On aurait dit que tout cela lui était légué par son lointain aïeul, ce prince éthiopien du nom d’Anibal (…)  Du reste, physiquement aussi, Pouchkine n’avait rien du russe typique ; il avait les cheveux crépus tirant sur le roux, de grands yeux très expressifs et le teint mat» écrit Nicolas BRIAN-CHANINOV. «Le fait que le poète national n’était pas de souche parfaitement pure, cela pourrait, dans d’autres pays, lui causer de vagues désagréments. Notez avait incontestablement un, je ne sais quoi, d’étranger. Cheveux noirs, frisés, lèvres fortes, teint basané» écrit, dédaigneusement, Jean ERNEST-CHARLES. Pour d’autres auteurs, le métissage est une source de fécondité : «Parmi les métis se rencontrent (…) des individus que leurs facultés intellectuelles ont placé au premier rang de leurs concitoyens ; on ne s’est pas avisé de faire des recherches dans cette direction. On peut citer quelques exemples bienfaits pour attirer leur attention. (…) Alexandre Dumas était un tierceron ; le grand poète Pouchkine était le petit-fils du Nègre, Annibal» écrit Armand QUATREFAGES, dans son «histoire générale des races humaines». «Toute grande civilisation est un métissage biologique et culturelle» dira Léopold Sédar SENGHOR. «Le sang africain de son aïeul, pour être mêlé dans ses veines, n’avait rien perdu de sa chaleur native. (…) Dans ses traits mêmes, on reconnaissait avec l’empreinte de la race africaine, tous les signes d’un caractère indomptable. (…) Le regard vif et impérieux donnait à l’ensemble de sa physionomie une singulière expression de grandeur et de fermeté. Mieux encore que le regard, la parole animée et brillante faisait dans Pouchkine reconnaître le poète» écrit Charles de SAINT-JULIEN.

POUCHKINE qui vitupère contre «la tyrannie des préjugés», assume et revendique fièrement, ses origines africaines ; il tenta de faire le récit de l’histoire de cet aïeul dans un roman resté inachevé : «Le nègre de Pierre le Grand». Il avait donc toutes les raisons d’être fier de son aïeul noir, personnage prestigieux, remarquable par son intelligence et sa culture ; il possédait une des dix meilleures bibliothèques appartenant à des intellectuels russes de l’époque. Dans sa correspondance, il parle de ses «frères nègres» et fulmine contre l’esclavage et dénonce «le cynisme dégoûtant, les cruels préjugés et l’intolérable tyrannie» de la société américaine. Partisan de la liberté, il fait référence, dans ses poèmes, à l’Afrique.

Viendra-t-elle à l’heure de ma délivrance

Il est temps ! Il est temps ! Je clame vers elle,

 J’erre à la mer, j’attends le bon vent,

J’appelle vers moi les voiles des bateaux

Sous la tempête en luttant contre les flots

Dans le libre espace de la mer.

Il est temps de quitter le rivage ennuyeux

De l’élément qui m’est hostile ;

Et dans les mers du Midi,

Sous le ciel de mon Afrique,

Soupire après la morne Russie ;

Où j’ai souffert, où j’ai aimé.

Où j’ai enterré mon cœur.

II - POUCHKINE, un libéral : poète de la Liberté et de l’Amour

POUCHKINE a chanté l’amour dans ses poèmes «Avez-vous vu la tendre rose, l'aimable fille d'un beau jour, quand au printemps à peine éclose, elle est l'image de l'amour ? Telle à nos yeux, plus belle encore, parut Eudoxie aujourd'hui : Plus d'un printemps la vit éclore, charmante et jeune comme lui» dit-il dans «Stances». POUCHKINE est un chantre de l’Amour, de la joie et de la volupté, mais c’est surtout un poète de la liberté.

A - POUCHKINE, une littérature subversive, un combat pour la Liberté

«Pouchkine rêvait une liberté à laquelle son pays n’était pas encore préparé» écrit Prosper MERIMEE. «Né par la suprême volonté des cieux, dans les chaînes au service du tsar, à Rome, il eût été Brutus, à Athènes Périclès ; Ici, il est officier de Hussards» dit-il. Vivant au milieu de l’aristocratie, il voulait pénétrer la vie intime des paysans, du petit peuple. Il avait un dégoût pour les conventions de la société et était enclin à l’exagération, à l’étrangeté et prenait pour beau, ce qui est étrange et terrible. POUCHKINE passe la plupart de ce temps en exil, assigné à résidence sur l’ordre du tsar Alexandre Ier à cause de ses écrits subversifs. «Toute parole hardie, toute œuvre révoltante m’est attribuée d’office» écrivait POUCHKINE. A l’autocratie de la Sainte-Alliance, il a opposé la puissance créatrice de la liberté : «Dans mon siècle cruel, j’ai chanté la liberté» écrit-il. «Bien que Pouchkine n’appartînt pas à la conjuration, que ses amis lui cachaient, il vivait dans une atmosphère ardente et survoltée, et ne pouvait y rester indifférent» écrit Piotr VIAZEMSKI (1792-1878). POUCHKINE relance aussi son activité littéraire, avec les poèmes  «Arion» et «En Souvenir» aux décembristes exécutés ou languissant en Sibérie. «Je puis être un sujet et même un esclave, je ne consentirai pas de servir de valet ou de bouffon même au Roi des Cieux» écrit POUCHKINE. Il se rapproche de Dimitri VENEVITOV, un poète libéral et d’Adam MIKIEWICK, déporté en Sibérie pour avoir soutenu une organisation patriotique de la jeunesse polonaise. Il orienta son activité littéraire vers «le sentiment national officiel», avec une dose de poésie intimiste, amoureuse, des réflexions sur le sens et le but de la vie, sur la mort. Sa poésie réaliste étant incomprise, isolé, il est envahi par le scepticisme : «Tu es roi ; vis donc seul. Va, sur un chemin libre, où ton esprit tout à fait libre te conduit. Cherche à rendre parfait les fruits de ta pensée, pour ton noble labeur n’attend pas de salaire». POUCHKINE, en dépit des apparences, reste hostile à tendance de «l’art pour l’art», un mouvement totalement étranger aux préoccupations sociales et progressistes. Nicolas 1er a maté la révolte des décembristes et de nombreux amis de POUCHKINE sont exilés en Sibérie ou pendus. «Le poète est partout persécuté, mais en Russie son destin est pire : Ryléïev est né pour la beauté, mais le jeune homme aimait la liberté. La potence a brisé sa vie martyre» écrit un ami de POUCHKINE. Le poète prend la plume et s’indigne : «Où êtes-vous ; mes amis, mes frères ? Ce noble Ryléïef que je serrais fraternellement dans mes bras, le voila suspendu, par l’ordre du Tsar, à l’infâme gibet ! Malédiction sur les peuples qui lapident leurs prophètes !». En effet, POUCHKINE reste préoccupé par les questions de justice et de liberté. Dans «Arion», écrit en 1827, à l’occasion du premier anniversaire de l’exécution des chefs de l’insurrection, sous une allégorie transparente, il exprime sa solidarité avec les décembristes ; «j’ai chanté pour ceux que la barque emportait» dit-il. POUCHKINE reste fidèles aux idéaux qu’il a toujours défendus : «je chante les mêmes hymnes qu’autrefois». Dans le poème «Antchar», POUCHINE dénonce la «féroce autocratie», et souligne, avec force, le caractère inhumain, qui déshumanise et l’esclave et le maître, des rapports sociaux fondés sur l’esclavage et la persécution : «Et le misérable esclave expire aux pieds de son prince invincible. Et le prince, de ce poison, abreuve ses flèches obéissantes. Elles vont porter la destruction». Il soutient les exilés en Sibérie et leur demande de ne pas perdre espoir ; leur bravoure ne sera pas vaine.  En effet, face à la grandeur de l'exploit, il a exprimé la conviction que leur acte va enflammer le cœur du peuple sur les exploits inspirés au nom de la patrie et le peuple. Ainsi, il écrit aux «Décabristes» : «Aux fonds des mines sibériennes, gardez votre fière patience, votre labeur douloureux. Et le grand élan de vos âmes ne périra pas. L’amour et l’amitié, parviendront jusqu’à vous, à travers les geôles lugubres. De même qu’à vos tanières de forçats, parvient ma libre voix. L’heure chérie arrivera. Les lourdes chaînes tomberont, les prisons s’écouleront et la liberté vous accueillera joyeuse à la sortie. Et vos frères vous rendront vos épées».

POUCHKINE est aussi connu pour son impertinence ; s’il a le sentiment qu’on lui manque de respect ; il «grince des dents et fait sa figure de chat-tigre». En libéral, mordant ou irascible, il peut avoir un propos critique ou moqueur. S’il admire Pierre Le GRAND : «C’est que toutes les classes de la société sont égales devant son gourdin». S’il a écrit son poème «Stances» pour Pierre Le GRAND, mais c’est en vue de l’espoir de «la Gloire et du Bien». Ne renonçant pas à ses idéaux, POUCHKINE pense que les changements pourraient venir d’un «despote éclairé» ; il s’agit d’orienter la «force immense» du Tsar vers le progrès. Il s’intéresse, non point aux monarques, mais aux peuples qui luttent contre eux. Loin d’être un acte d’allégeance, le poème «Stances» demande à Nicolas 1er de ne pas être «rancunier» et d’accorder «la grâce aux vaincus». Dans le «Cavalier de Bronze», le poète célèbre la grandeur de Pierre Le Grand. Debout sur le bord de la Néva, devant le fleuve majestueux et désert, le Tsar songe à la forteresse qui bridera l’orgueil des Suédois, à la fenêtre qu’il faut percer sur l’Europe. Puis le poète dit son amour pour Saint-Pétersbourg, la majesté de son fleuve, l’ombre transparente de ses nuits, ses fêtes où sur le front des troupes flottent ces drapeaux percés de tant de balles. «Jouis de ta beauté, cité de Pierre, et reste inébranlable, ainsi que la Russie ! Qu'avec toi se réconcilie l'élément jadis terrassé» écrit POUCHKINE,  poète fougueux et épris de justice, il s’oppose ouvertement à la monarchie. Il dénonce le rêve mégalomaniaque de Pierre le GRAND qui fit construire la ville impériale un siècle plus tôt, au mépris du peuple. Nicolas 1er interdit la publication du «Cavalier de bronze». POUCHKINE s’insurge contre la misère des paysans : «Ces pauvres toits, ces champs par la neige envahis où peine le Moujik nourri de graisses de rances, c’est le séjour natal des longues endurances. Peuple russe, c’est ton pays ! Mais l’étranger qu’exalte une autre destinée, en son cœur fier et dans l’orgueil de son esprit, ne peut pas soupçonner ce qui germe et fleurit, sous ta misère résignée».

En 18020, il écrit «Rouslan et Ludmila», et des poèmes de tendance révolutionnaire, dont le succès fut inouï. «La langue neuve et les quelques idées nouvelles introduites  dans la littérature russe semblèrent, en ce temps tellement anormales qu’elles provoquèrent, à côté de l’enthousiasme, l’indignation» écrit Vasily VODOVOZOV. La Police s’en émue, il fut exilé en province. En effet, POUCHKINE a écrit certaines poésies jugées séditieuses, comme «L’Ode à la Liberté» évoquant les questions de justice, de liberté, de punition et de récompense. Ce poème est dirigé contre Alexandre 1er auquel l’auteur prédisait le sort tragique de Paul 1er, assassiné par des officiers de sa garde. Le Tsar juge séditieux les poèmes de Pouchkine, et l'exile à Iekanterinoslav, actuelle Dnipopretrovsk en Ukraine :

Tyrans du monde, frémissez !
Et vous, prenez courage et voix,
Révoltez-vous, esclaves déchus ! (...)
Seigneurs, la couronne et le trône sont vôtres,
C'est la loi qui vous les donne - non la nature.
Vous êtes plus puissants que le peuple,
Mais la loi est plus forte que vous.
Apprenez, ô tsars !
Ni punitions, ni récompenses,
Ni le sang des prisons, ni les autels,
Ne sont des barrières suffisantes.
Inclinez les premiers votre tête
Sous la justice des lois.
Et alors la liberté des peuples et la paix
Deviendront les gardiens éternels du trône

«Peut-on chanter l’amour là où coule le sang ?» interpelle Nicolaï RAIEVSKI (1771-1829), un général héros de la guerre de 1812, emprisonné. POUCHKINE était, avant tout et par-dessus, tout un poète engagé. Il estimait que la littérature, art du verbe, est l’un des éléments les plus importants de la vie intellectuelle et de l’activité humaine : c’est la «parole» du prophète, torche flamboyante qui embrase et éclaire la voie d’un idéal accessible, guidant l’humanité des ténèbres vers la lumière, du «siècle de fer», «siècle mercantile», «siècle cruel des cœurs cruels», vers un âge où «les peuples, ayant oublié leurs querelles, s’uniront dans une grande famille» écrit le poète. Ainsi, POUCHKINE critique violemment le servage : «Du mal qui pèse encore sur le peuple ignorant, sourd aux gémissements sans pitié pour les larmes, pour le malheur du monde élu par les destins, le servage a conquis, par les coups, par les larmes, le temps du laboureur, son travail et ses biens. C’est ici que les serfs traînent toute leur vie, sous le bâton levé de maîtres menaçants ; ici que vos beautés fleurissent, jeunes filles, pour servir au plaisir cruel de vos tyrans (…) Mais faudrait-il compter sur l’avenir ? Puissé-je voir, mais notre peuple sans chaîne, le servage aboli sur un signe d’en haut et sur nos paysans briller l’aube sereine, des jours de repos libres et de libres travaux»  écrit POUCHINE dans «Le village». Il dénonce les exils et les exécutions sommaires «Peu de règne et déjà beaucoup d’ouvrage fait : Cent deux en Sibérie et cinq mis au gibet» dit-il. POUCHKINE a écrit aussi, pour soutenir les Décembristes, un poème «Le Prophète» : «Tourmenté par la soif des choses spirituelles, je me traînais dans un désert sombre, quand un séraphin à six ailes m’apparut à l’entrecroisement d’un sentier. (…) Et il se colla à mes lèvres, et arracha ma langue pécheresse, pleine d’artifices et de mensonges ; et de ses mains ensanglantées il darda entre mes lèvres l’aiguillon du sage serpent. Et il me fendit la poitrine avec son glaive et en ôta mon cœur pantelant et dans ma poitrine ouverte il enfonça un charbon tout en flammes. Comme un cadavre, j’étais couché dans le désert ; et la voix de Dieu retentit jusqu’à moi : Lève-toi, prophète, regarde et écoute ; que ma volonté te remplisse et parcourant les terres et les océans, brûle de ta parole les cœurs des hommes !». POUCHKINE semble parfois désespéré à cause de cette situation pesante et sans issue, dans son poème «Souvenir» : «Que tout repose que tout s’endort. Alors viennent pour moi, dans le calme profond, les heures d’angoisse mortelle ; alors, je sens au cœur plus douloureusement, les crochets aigus des serpents. Dans ma tête enfiévrée, en foule, discordants, les rêves se heurtent aux rêves ; des fantômes muets surgissent devant moi, et défilent en long cortège. Avec dégoût, je vois le tableau de ma vie, je tremble alors et je maudis. Je gémis, et je verse des pleurs amers. Mais rien n’efface le passé». A travers son poème, «Le Démon» POUCHKINE flétrit le fatalisme, combat le scepticisme du mauvais génie qui ne croit ni en l’amour, ni à la liberté, qui méprise l’inspiration «Un mauvais esprit vint me trouver en secret, ombrageant d'une mélancolie soudaine, les heures d'espoirs et de plaisirs. Ces rencontres étaient tristes : Son sourire mystérieux, ses paroles cyniques, versaient un poison glacé dans mon âme. Par ses mensonges perpétuels, il bravait le destin ; il appelait illusion le Beau ; il méprisait l'inspiration ; il ne croyait ni en l'amour ni en la liberté. Il regardait la vie en se moquant. Et rien dans la Nature ne trouvait grâce à ses yeux». POUCHKINE a dénoncé le pouvoir arbitraire : «L’or dit «Tout est à moi» ! «Tout est à moi !», dit le fer. L’or dit « Tout est à vendre ! ». «Tout est à prendre !» dit le fer».

 

POUCHINE tirera de la révolte des paysans conduite par le marquis Emile de POUGATCHEV, décapité en 1775, un ouvrage «La Fille du capitaine». En effet, POUGATCHEV qui se prenait pour Pierre III, promettait aux serfs et aux paysans terres et liberté. Trahi par ses fidèles, il sera capturé par Catherine II de Russie, en septembre 1774. Ce fut alors le début d’une répression, sans précédent. Dans «La fille du capitaine», un jeune lieutenant donne une pelisse à un vagabond, et ce bienfait lui vaut plus tard la faveur du terrible insurgé qui le force à tout voir. Pour sauver sa fiancée, le loyal soldat est entraîné dans l’armée révoltée. Il se justifiera un jour et rejoindra son amie. La morale de ce livre est que le plus coupable n’est pas peut-être l’esclave qui se venge.

B - POUCHKINE, un sens aigu de l’honneur et de la dignité

«Quelque chose de notre race résonne dans ces chants sans fin. Tantôt, c’est l’élan fou, l’audace. Tantôt, l’ennui qui nous étreint» écrit POUCHKINE. A la lecture de certaines œuvres et dans la vie de POUCHKINE, on peut percevoir la présence et la persistance du thème du duel. Les duels dans l’œuvre de POUCHKINE sont tous entraînés par des motifs en rapport avec la honte, la jalousie, l’humiliation. La haine et le désir de meurtre se déchaînent souvent dans des situations de rivalité où une femme est en jeu. C’est précisément ce qui va se produire dans «Eugène Onéguine», une œuvre intermédiaire entre roman en vers et poésie de la réalité, une découverte de la nature russe et de ses évolutions sociales, une vraie encyclopédie de la vie russe. Le héros n’est pas un personnage exceptionnel, mais un personnage typique, un personnage de son temps. «J’écris maintenant, non pas un roman, mais un roman en vers, ce qui est diantrement différent ! Quelque chose du genre de Don Juan» dit POUCHKINE. C’est un roman psychologique, social et lyrique, dans lequel l’auteur prend position surtout ce qu’il raconte et décrit, et interpelle les personnages. Onéguine, c’est POUCHKINE, il a pris «les traits caractéristiques de la jeunesse du XIXème siècle». Onéguine est un jeune aristocrate cynique et blasé, que «le bruit du monde à Moscou ennuyait» : il se réfugie dans une maison de campagne dont il vient d’hériter où la vie lui paraît tout aussi terne. Il semble très proche de POUCHKINE lui-même, lui qui passait d’une joyeuse excitation à l’humeur la plus sombre. Lensky, poète doté d’un romantisme ardent et exalté, un aristocrate progressiste, naïf, confiant et passionné. Lensky meurt tragiquement, avec lui meurt tous les rêves de jeunesse, l’époque «de l’espoir, de la pureté, l’ignorance». Tatania, sœur de Lensky, se sent étrangère au monde qui l’entoure et elle en souffre ; elle est d’un milieu social différent, de la campagne, ses serfs misérables, les contes russes, les croyances et superstitions du passé ; elle incarne l’âme russe. Tatania méprise l’agitation du monde, la pompe et le clinquant, «ces oripeaux de mascarade, cet éclat, ce bruit, ces fumées». Le héros, Onéguine, jadis refroidi et incapable d’aimer la Tatiana d’autrefois, soudain éprouve un profond sentiment pour la Tatiana de Saint-Pétersbourg, l’impassible princesse, «l’inaccessible déesse de la Néva royale et somptueuse». Mais Onéguine, rejetant «un monde dominé par la servilité et l’ambition mesquine» est devenu un homme de trop, même si Tatania l’aime et partage certaines valeurs avec lui, elle s’est remariée et entend rester fidèle à son nouveau mari. Lors d’une fête, chez les parents d’Olga et de Tatiana, Onéguine est d’humeur provocante. Il danse avec la fiancée de son ami et la serre de très près. C’est précisément pour un motif de jalousie et d’honneur. En effet, POUCHKINE, quelques années plus tard, va mourir au cours d’un duel contre Georges d’ANTHES qui courtisait sa femme : «Epousez la belle duchesse, vous êtes riche, elle n’a rien : elle ira bien à la richesse et les cornes vous iront bien» dit-il de jalousie. «Le sang africain, d’une exceptionnelle force, mêlé au sang russe a influencé aussi bien le tempérament impulsif et passionné de Pouchkine que son apparence – son nez fin et relevé, ses grosses lèvres, ses dents blanches et brillantes, sa peau basanée, ses doigts longs et minces d’une rare beauté» écrit TSIALOVSKAIA. Dans «Eugène Onéguine» POUCHKINE écrit : «Heureux celui qui part sans achever sa vie, qui salut et sort dignement, sans dégoût d’avoir bu son vin jusqu’à la lie. Sans regret d’avoir épuisé son roman !».

CONCLUSION

Après sa mort, le 10 février 1937, la Russie finira par reconnaître l’immense talent de POUCHKINE : «Il est mort calomnié par la rumeur publique. Son âme ne pouvait souffrir l’affront des médisances quotidiennes. Il s’est levé seul cette fois encore, contre l’opinion du monde, et le voila tué» écrit Mikhaïl LERMONTOV (1814-1841). Les écrits de POUCHKINE ont indiqué les tendances nouvelles, ont réveillé l’esprit national et lui ont enseigné sa force ; il a indiqué, pour les générations suivantes, une voie féconde pour le génie russe. «L’amour de Pouchkine a quelque chose d’intime et de chaudement personnel, qui manque à celui de Goethe chez les Allemands et ne ressemble guère au culte de Shakespeare en Angleterre et à celui de Dante en Italie. Son œuvre commande, certes de l’admiration et le respect, mais davantage encore éveille la sympathie. Ils y entrent de plain-pied : tout ce qu’ils trouvent de particulier n’est pour eux que l’incarnation du général, une incarnation unique mais qui va de soi, et à côté de laquelle ils ne sauraient en imaginer une autre» dit Wladimir WEIDLE. «Sans vouloir répondre à la question si on doit appeler Pouchkine poète national, dans le sens de Shakespeare, de Goethe, etc., nous constaterons qu’il a fixé notre langue poétique et littéraire ; nous et nos descendants nous n’avons qu’à suivre le chemin qu’il nous a tracé» dit d’Ivan TOURGUENIEV (1818-1883), lors d’un discours du 20 juin 1880. TOURGUENIEV poursuit son hommage «Nous trouvons dans la langue créée par Pouchkine toutes les conditions de vitalité. L’individualité et la réceptivité russes s’y sont harmonieusement fondues dans un langage admirable, et Pouchkine a été le plus admirable artiste russe». «C’est le soleil de notre poésie qui disparaît» écrit un journal à la mort de POUCHKINE. En Russie, quelque soit le régime, on vénère POUCHKINE «car, dans son poète national, son enfant, son orgueil, le peuple russe découvre et contemple le génie de sa race, ses dons naturels et son avenir» dit Zinovy LVOVSKY. «Pouchkine fut même l’axe de notre art, il fut celui qui tenait de plus près au noyau de la vie russe. C’est bien par ce trait qu’il faut expliquer sa puissance de se laisser pénétrer librement les formes venues d’autres pays. Les étrangers, eux-mêmes nous reconnaissent cette capacité, tout en désignant du nom quelque peu méprisant de la faculté «d’assimilation» écrit TOURGUENIEV. «Je le répète nous pouvons proclamer désormais le génie universel de Pouchkine. Il a su, en son âme, unir le génie de l’univers entier, comme le sien propre. En art, du moins dans le domaine de la création artistique, il a mis en évidence la complexité, l’universalité des tendances de l’esprit russe ; et il l’a fait d’une manière absolue» dira DOSTOIEVSKI qui voyait en lui un humaniste et un pacifiste : «Par l’universalité de son génie et sa faculté de vibrer à tous les souffles d’idées venus d’Europe, au point de se réincarner presque dans les génies de peuples étrangers, il a prouvé par là l’universalité de l’esprit russe et faire pressentir que la vocation de l’esprit russe, un jour, sera de tout unir, de tout concilier, de tout régénérer». DOSTOIEVSKI précise qu’être «un vrai russe, être pleinement russe, cela veut dire être uniquement être le frère de tous les hommes». Dans son poème «Monument», daté de 1836, POUCHKINE écrit : «Je me suis élevé un monument qui n’est pas construit de la main de l’homme, et dont le peuple russe n’oubliera pas le chemin : il dresse sont faîte superbe plus haut que la colonne d’Alexandre. Non ! Je ne mourrai pas tout entier ! Et mon âme dans ma lyre sacrée survivra à ma cendre, et sauvée du Néant. Ma gloire durera tant qu’Ici Bas vivra, fut-il seul au monde, un poète».

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Pouchkine

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïevitch), Autobiographie, critiques, correspondances, traduction de André Meynieux, préface de Louis Martinez, Lausanne, L’Age d’homme, 1958, 789 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Boris Goudonov, traduction de O. Lanceray, Paris, B. Grasset, 1911, 150 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Contes de Pouchkine, Milan, éditions Fabbri, 1963, 56 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Epître au censeur ; Souvenirs à Tsarkoé-Sélo ; Dialogue d’un libraire et du poète,  traduction d’André Meynieux, Paris, L. Mazenod, 1962, 230 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Eugène Onéguine, traduction de Marc Semenoff et Jacques Bour, avant-propos et notes de Jacques Bour, Paris, Aubier, 1979, 335 pages et Paris Seuil, 1998, traduction Nata Minor ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Journal secret, traduction de Mickael Korvin, notes et préface de Mikhael Armalinsky, Paris, Sortilèges, Les Belles Lettres, 1994, 205 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), L’âme russe (Pouchkine, Gogol, Tourgueniev, Dostoïevski, Garchine et Léon Tolstoï), traduction de Léon Golschmann et Ernest Jaubert, illustrations de Korochansky, Paris, P. Ollendorf, 1896, 300 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), L’heure de la nuit, présentation et notes de Christiane Pighetti, Paris, La Différence, collection Le Fleuve et l’Echo, édition bilingue, 2016, 188 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La Dame de pique, traduction de Prosper Mérimée, présentation de Cécile Cazanove, Paris, Nathan, 2012, 118 pages et Gallimard, traduction d’André Gide et J Schiffin, 1994 ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La fille du capitaine, Paris, E-books, Libres et gratuits, 2014, pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La princesse morte et les sept cavaliers, traduction de Semenoff et autres, postface et notes Francis Lacassin, Paris, Union générale d’éditions, 1981, 236 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Le nègre de Pierre Le Grand, traduction et annotation de Gustave Aucouturier et Simone Sentz-Michel, Paris, Gallimard, collection Folio, n°166, 2010, 120 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Les récits de feu, Ivan Petrovitch Bielkine, traduction de G. Wilkomirsky, Bruxelles, Maestrich, A.A.M Stols, 1930, 94 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Lettres en français, présentation de Bernard Kreise, Toulouse, éditions Ombres et Castelnau-Le-Lez, 2004, 242 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Œuvres en prose, traduction de Nicolas Poltavtzev, gravure de Raoul Livain, Bruxelles, La Boétie, 1945, 346 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Œuvres poétiques, sous la direction d’Efim Ekim, Paris, L’Age d’homme, Classiques slaves, vol 1, 1085 et tome 2,  608 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Poésie et nouvelles de Pouchkine, traduction F. E Gauthier, Paris, P. Ollendorf, 1888, 252 pages.

2 – Critiques de Pouchkine et autres références

ANARGYROS (Annie), «La mort de Pouchkine», Revue française de psychanalyse, 2001, 3, 65, pages 861-872 ;

AUCOUTURIER (Michel), BONAMOUR (Jean), sous la direction de, L’universalité de Pouchkine, Paris, Fondation Singer-Polignac, Institut d’études slaves, 2000, 485 pages ;

BACKES (Jean-Louis), Pouchkine par lui-même, Paris, Hachette supérieur, collection ortraits littéraires, 1996, 255 pages ;

BARNES (Hugh), L’ancêtre de Pouchkine (Gannibal the Moor of Petersburg), traduction de Florence Bertrand, Lausanne, éditions Noir sur Blanc, 2008, 347 pages

BERELOVITCH (Wladimir), GELASIMOV (Andrej) JURGENSON (Luba), L’âme russe (Dostoïevski, Tolstoï, Pouchkine, etc), Paris, Société d’exploitation et d’hebdomadaire, 2011, 138 pages ;

BINYON (T. J), Puskin : A Biography, Knopf Doubleday, 2007, 784 pages ;

BLAGOJ (Dimitri, D.), Alexandre Pouchkine, Paris, Unesco, P.U.F, collection «éminentes personnalités de la culture slave», 1982, 104 pages ;

BLESNAY de (Claude), Vie de Pouchkine, Paris, Lausanne, éditions Spes, 1946, 403 pages ;

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COCKS (Frances, Somers), Abraham Hannibal and the Battle for the Throne, Goldhawk, 2003, 255 pages ;

COCKS (Frances, Somers), ROBSON (Eric), The Moor of Saint Petersburg : in the Footsteps of Black Russians, Goldhawk, 2005, 401 pages ;

COMBES (Ernest), Profile et types de la littérature russe, Paris, Société anonyme, 1896, 415 pages, spéc pages 246-269 ;

DOLGORUKOV (Pierre, Comte), Notices sur les principales familles de Russie,  Bruxelles, Leipzg, Meline, Can et Cie, 1843, 208 pages, spéc sur Pouchkine, page 146 ;

DUMAS (Alexandre), En Russie, impressions de voyage, Paris, François Bourin, 1989, 718 pages, spéc chapitre XXII «Le poète Pouchkine», pages 223-242  ;

FLACH (Jacques), Un grand poète russe, Alexandre Pouchkine, Paris, Ernest Leroux, 1894, 49 pages ;

GNAMMANKOU (Dieudonné), Abraham Hannibal, l’aïeul noir de Pouchkine, Paris, Présence Africaine, 1996, 252 pages et Présence Africaine, 1998, 1, n°57 ;

GOURDIN (Henri), Alexandre Sergueievitch Pouchkine, Paris, Éd. de Paris, Max Chaleil, collection essais et documents, 1999 et 2010, 266 pages ;

GREGOIRE (Henri), Les perles de la poésie slave : Lermontov, Pouchkine, Mickiewicz, Liège, Bénard, 1917,  272 pages, spéc pages 225-238 ;

GREGOIRE (Henri, Jean-Baptiste, Abbé), De la littérature nègre ou recherches de leurs facultés intellectuelles, leurs facultés morales et leur littératures, Paris, Maradan, 1808, 287  pages, spéc pages 197-198 ;

HAUMANT (Emile), «Pouchkine et l’étranger», Revue de Littérature Comparée, janvier 1937, vol 17, page 11 ;

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HEGUIN de GUERLE (Charles-Henri), Les veillées russes, Paris, Delangle Frères, 1830, 250 pages ;

HOFMANN (Modeste, Lioudvigovitch), Pouchkine, Paris, Payot, 1931, 383 pages ;

HOFMANN (Modeste, Michel et Rostislav), Pouchkine et la Russie, Paris, éditions du Chêne, 1947, 198 pages ;

ISWOLSKY (Hélène), «Pouchkine», Compagnie de Jésus, Etudes, janvier-mars, 1937,   pages 612-623 ;

KLIMOV (Alexis), Les secrets de Pouchkine et autres textes, Beauport (Québec), éditions du Beffroi, 1990, 147 pages ;

LEGER (Louis), Histoire de la littérature russe, Paris, Bibliothèque Larousse, 1907, 84 pages, spéc pages 34-35 et 39-46 ;

LIFAR (Serge), préface de, Centenaire de la mort de Pouchkine, Paris, Boivin, 1937, 260 pages ;

LOUGOVOY (Constantin), «La mère de Pouchkine», Bulletin de l’Académie du Var, 2006, tome VII, pages 321-322 ;

MARKOWICZ (Alexandre), Le soleil d’Alexandre : le cercle de Pouchkine : 1802-1841, Paris, Actes Sud, 2011, 566 pages ;

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MAZON (André), Pouchkine, Paris, Boivin, 1937, 260 pages ;

MERIMEE (Prosper), «La Dame de Pique», Revue des Deux Mondes, juillet 1849, pages 185-206 ;

MERIMEE (Prosper), Portraits historiques et littéraires, Paris, Michel Lévy, 1874, 357 pages, spéc pages 297-338 ;

MEYNIEUX (André), La littérature et le métier d’écrivain en Russie avant Pouchkine, thèse, Paris, 1966, 133 pages ;

MEYNIEUX (André), Pouchkine : homme des Lettres et la Littérature professionnelle en Russie, Abbeville F. Paillart et Librairie des Cinq Continents, 1966, 699 pages ;

MICKIEWICZ (Adam), «Notice biographique et littéraire sur Alexandre Puszkin, signée un ami de Puszkin», Le Globe, revues des arts, des sciences et lettres, du 25 mai 1837, n°1, pages 17-20,  et Mélanges à titre posthume d’Adam Mickiewicz, Paris, Librairie du Luxembourg, 1872, 368 pages, spéc  pages 295-305, et 306-329 ;

NABOKOV (Vladimir), Notes on Prosody, and Abram Gannibal : From the Commentary to The Author’s Translation of Puskin’s Eugene Onegin, Princeton University Press, 1964, 182 pages ;

PICCARD (Eulalie, Güée), Pouchkine, essai biographique, préface d’Alfred Lombard, Neuchâtel, éditions du Lis Martagon, 1967, 224 pages ;

PIERRE (André), «La mort tragique de Pouchkine», La revue de Paris, 15 février 1937, pages 893-907 ;

SAIN-ALBIN (Emmanuel), Poètes russes, anthologie et notices biographiques, Paris, 1893, Albert Savine, 450 pages, spéc pages 105-177 ;
 

SAINT-JUST de (Charles), «Pouchkine et le mouvement littéraire en Russie depuis quarante ans», Revue des Deux Mondes, octobre 1847, pages 42-79 ;

SHAKHOSVSKAIA (Zinaïda, Alekseeva), présentation de, Hommage à Pouchkine, Bruxelles, Les Cahiers du journal des poètes, 1937, 83 pages ;

SICHLER (Léon), Histoire de la littérature russe depuis les origines jusqu’à nos jours, Paris, Dupret, 1887, 340 pages, spéc pages 199-214 ;

THURAM (Lilian), «Le plus grand poète russe, Alexandre Pouchkine, 6 juin 1799, 10 février 1837», in Mes étoiles, de Lucy à Barack Obama, Paris Philippe Rey, collections Points, 2010, pages 141-147  et «Général en chef de l’armée russe, Abram Pétrovitch Hanibal, (1696-14 mai 1781)», pages 63-67 

TOURGUENIEV (Ivan), «Discours du 20 juin 1880, lors de l’inauguration de la statue e Pouchkine à Moscou», Le Temps du 30 juillet 1880, 20ème année, n°7040, pages 5-6 ;

TROYAT (Henri), Pouchkine-biographie, Paris, Plon, 1953 et Perrin, 1986, 846 pages ;

TSVETAEVA (Marina, Ivanova), Mon Pouchkine, Pouchkine et Pougatchov, Paris, C. Hiver, 1987, 135 pages ;

VERGER (Frédéric), «Aimer Pouchkine», Revue des Deux Mondes, février 2008, pages 149-155 ;

VITALE (Serena), Le Bouton de Pouchkine. Enquête sur la mort d'un poète, trad. de l'italien Jacques Michaud-Paterno, Paris, Plon, 1998, 346 pages ;

VOGUE de, (E. M), Le roman russe, Paris, Plon, 1912, 351 pages, spéc pages 33-57 ;

WALIESZEWSKI (Kazimierz), Pierre Le Grand, l’éducation, l’homme l’œuvre, Paris, Plon, 1897, 633 pages sur Hanibal, spéc page 249-250 ;

WEIDLE (Wladimir), Puskin 1799-1837, traduit par David Scott, Paris, Unesco, 1949, 38 pages ;

WILLY (Alante-Lima), «L’aïeul noir de Pouchkine», Présence Africaine, 1996, 1, n°154, pages 313-315 ;

ZVIGUILSKY (Alexandre), Deux maîtres de Tourgueniev : Goethe et Pouchkine, poètes de l’amour, Paris, Association des Amis de Tourgueniev, Pauline Viardot et Maria Malibran, 1999, 188 pages.

Paris, le 12 janvier 2018 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Alexandre POUCHKINE, poète national russe et ses racines africaines.
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