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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 19:07

«Chaka, c’est l’histoire d’une passion humaine, l’ambition, d’abord incontrôlée puis incontrôlable, grandissant et se développant fatalement, comme attisée par une Némésis implacable, envahissant graduellement l’être, puis consumant tout devant elle, pour aboutir à la ruine de la personnalité morale et au châtiment inéluctable» écrit Victor   ELLENBERGER dans la préface du roman. Depuis son règne au début du XIXe siècle, Chaka n'a jamais cessé de troubler les consciences, en Afrique comme en Occident. On a vu en lui un despote dément assoiffé de sang et un politique visionnaire, le fondateur par le fer et la guerre de la nation zouloue et l'un des derniers rois indépendants de l'Afrique précoloniale. Thomas Mokopu MOFOLO, instituteur et traducteur dans une mission protestante française d’Afrique du Sud, avait écrit dans sa langue, le Souto, une épopée inspirée de la vie du grand chef Zoulou, Chaka (1786-1828) qui, entre 1817 et 1828, avait fondé un vaste empire recouvrant une grande partie de l’Afrique australe et centrale, avant d’être assassiné par ses deux demi-frères. Son génie militaire et administratif l’a fait souvent comparer à Napoléon. Le courage des Zoulou est resté légendaire, le vrai Chaka s’étant illustré par sa grande cruauté. Ce Néron africain tuera de sang froid sa fiancée, sa mère, ses frères, ses soldats, sa population, et la liste de ses victimes peut s’allonger à l’infini. «En vain cherchait-on dans l’histoire de cette malheureuse nation des faits attrayants, quelques traits aimables ; elle n’en contient que d’affreux. Chaka, pour ne parler de lui et de son successeur, était un maître horrible, absolu, dur, cruel, au-delà de toute expression» écrit Jean Thomas ARBOUSSET qui relate son voyage de 1836 en Afrique. En fait, le mythe de Chaka se rattache à l’imaginaire africain et incarnera l’idéal d’unité africaine. «L'on entend ici la voix des pasteurs Bassoutos, leurs paroles à la fois cérémonieuses et pleines d'humour ; l'on entend la voix des conteurs, des guerriers, des féticheurs, comme autrefois, dans les chansons de geste, la voix des soldats et des ménestrels. Ce livre tragique et violent est aussi un livre d'images, un conte fabuleux, et un document sur la vie du peuple zoulou à la veille de l'arrivée des Oum'loungou, les Hommes Blancs.  C'est bien là la force des grands poèmes épiques. Ils sont à la fois les livres d'un peuple, pleins de la vérité terrestre, et les messages secrets de l'au-delà. Chaka, symbole de la grandeur et de la chute de l'empire zoulou, par son aventure exemplaire, nous révèle un autre monde où les vérités essentielles sont encore vivantes. Alors, écoutant cette parole pleine de force, nous reconnaissons notre propre aventure, qui va du réel au magique» écrit dans la préface Jean-Marie LE CLEZIO, prix Nobel de Littérature. En effet, ce roman ou le personnage mythique de Chaka, vont inspirer de nombreux écrivains africains : Léopold Sédar SENGHOR lui consacrera un poème, Gérard-Félix Tchikaya U Tam’si, Seydou BADIAN, Abdou Anta KA, Sènouvo Agbota ZINSOU, une pièce de théâtre. Un des groupes statuaires d’Ousmane SOW, un sculpteur sénégalais, exposé en 1999 sur le Pont des Arts, était intitulé «La Cour royale de Chaka». En 1984, Albert GERARD publiait un article «Relire Chaka, ou les oublis de la mémoire française». En effet, Thomas MOFOLO, quand il a écrit son roman Chaka, travaillait pour une mission catholique française au Lesothoqui a fait, en 1912, «un Livre d’Or de la Mission Lessouto», avec quelques consacrées à Thomas MOFOLO.

Son père, Abner, était un excellent conteur et connaissait probablement bien l’histoire de Chaka. Thomas MOFOLO conçut l'idée son roman épique en 1908, et sillonna le Natal à bicyclette afin de recueillir les matériaux nécessaires à l'ouvrage qu'il voulait écrire sur le grand chef zoulou du XIXème siècle, Chaka, qui unit les tribus et se rendit maître d'une grande partie de l'Afrique du Sud et de l'Afrique centrale. En fait, ce livre achevé en 1911, ne sera publié qu’en 1925 en raison des réticences de l’Eglise qui considérait que Thomas MOFOLO avait surévalué par la puissance des forces occultes africaines, il glorifiait la magie africaine, la rendait fascinante assurant ainsi la cohésion du monde traditionnel africain et faisait l’apologie de l’aventure politique et les conquêtes de ce chef zoulou. En effet, MOFOLO invente les personnages du sorcier Issanoussi et de ses aides Ndlébe et Malounga qui mèneront le jeune roi à sa perte et représentent l’influence satanique du paganisme. Un des missionnaires français, René ELLENBERGER qui fera la préface du roman par la suite, reproche à MOFOLO de faire «l’apologie des superstitions païennes». Pour l’Eglise, Chaka incarne la cruauté et la religion chrétienne, la civilisation. «Le livre de Mofolo est certes une critique de la mégalomanie cruelle de Chaka ; il n’en donne pas moins une peinture admirative du monde Zoulou, qui transparaît dans le récit de la visite au camp de Chaka» écrit Alain RICARD. Albert GERARD évoque «une contemplation admirative» pour Chaka, inventeur d’une nouvelle nation, faite d’un assemblage de clans hétéroclites, les Zoulous. Désormais, le Chaka de Thomas MOFOLO fait partie du patrimoine culturel mondial.

Dans sa création littéraire, l’intention de Thomas MOFOLO n’était pas de faire l’apologie de la force brutale, mais de démontrer, par une œuvre d’inspiration chrétienne, que le paganisme était condamnable, l’ascension et la chute de Chaka étant dues à des pratiques obscures de sorcellerie. Thomas MOFOLO relate, en mêlant le beau, le laid, le terrifiant, le réel, la croyance et le mystique, l’histoire d’un païen cruel, puissant et sans scrupules, mené par un sorcier qui le pousse à commettre un meurtre sacrificiel. Véritable tragédie, comme Macbeth, ce roman nous interpelle sur le rôle du héros. «Le lecteur appréciera, par lui-même, la beauté des descriptions, la pénétration de l’analyse des caractères, l’habileté avec laquelle est développée l’action, en même temps que la haute portée philosophique et morale de l’ouvrage. De nombreuses visions de scènes africaines (scènes de fétichisme et même de sorcellerie, par exemple), et de piquants détails de mœurs indigènes, ajoutent à l’intérêt et à la valeur de ce livre» dit Victor ELLENBERGER. Les deux romans publiés auparavant par Thomas MOFOLO nous éclairent sur l’intention de l’auteur ; ce déferlement de violence et de cruauté de Chaka est une allégorie de la domination coloniale. En effet,  L'un des écrivains bantous les plus marquants : Thomas MOFOLO écrivit trois romans dans sa langue maternelle, le sesotho, et on le considère généralement comme le premier romancier africain du xxe siècle. En 1907, MOFOLO écrit «Le voyageur de l’Orient (Moeti Oa Bochabela» qui paraît en feuilleton dans le journal «Lésélinyana». Ce roman est qualifié de chef-d’œuvre «Avec quel charme, quel pittoresque et quelle vie, cette histoire est racontée ! Le style est pur, le langage est excellent ; la narration suit son cours sans ces multiples répétitions auxquelles les écrivains et orateurs Bassoutos échappent rarement. On y trouve même de la poésie (…) que l’âme des Bassoutos est dénuées et incapable de tout sentiment poétique» écrit Hermann DIETERLEN. En 1910, il publie la «Vallée heureuse, Pitseng» et quitte la Mission catholique. C'est une parabole chrétienne présentant un jeune homme qui, rebuté par la mentalité des membres de sa tribu, part à la recherche de Dieu ; Dieu, pense-t-il, doit comme lui être dégoûté de la corruption humaine. «Pitseng», c'est le nom d'une ville, qui parut d'abord sous forme de feuilleton, est le récit en grande partie autobiographique de l'enfance, de l'éducation ainsi que des amours d'un Mosotho du XXème siècle. Ces deux romans nous révèlent Thomas MOFOLO partagé entre une attitude chrétienne, le portant à condamner l'Afrique pré-missionnaire qu'il considère comme «cannibale» et «enveloppée de ténèbres», et son propre bon sens qui perçoit clairement les effets négatifs des missions sur la vie des tribus. Pour le catéchiste Southo qu’est Thomas MOFOLO, l’histoire de ses voisins Zoulous se lit au travers d’un prisme chrétien. Il est question d’une époque lointaine, d’un temps d’avant les missions «où les hommes vivaient dans les ténèbres». En effet, les missionnaires qui avaient des préjugés sur l’ethnie de MOFOLO sont tout de même surpris par sa créativité et son caractère «prolifique» : «Si on nous avait demandé, il y a quelques années, ce que nous pensons des capacités littéraires des Bassoutos, nous aurions répondu probablement en ces termes : Autant, ils sont forts pour la parole, autant ils sont nuls pour écrire. Le beau parler est le fait de personnes oisives ou paresseuse qui, n’ayant de mieux rien à faire, passent leur temps à causer, et acquièrent en grande virtuosité en conversation et en discussion. (…) Placez-les devant une feuille de papier blanc, leur pensée se refroidit en essayant de passer de leur tête dans leurs doigts» écrit H. DIETERLEN, dans le livre d’or du centenaire. Mais il existe dans ces pays, en matière de littérature, des «filons d’argent recouverts de terre et de pierres » qui mériteraient d’être découverts». Qualifié «d’homme du peuple», un de ses biographes anglais, Daniel KUNENE, mentionne : «His love life, his family life, his passions, his successes and failures, his goings and comings-all these not only belong to him individually and privately, but also to all of us collectively and publicly, for he is a man who has touched our souls, he is our idol, and therefore we shall never let him be”.

Né  le 22 décembre 1876, Khojane, au Basutoland (Lesotho), issu d’une fratrie de 8 frères et sœurs, Thomas MOFOLO, a été scolarisé dans deux écoles locales protestantes de Morija, dirigées par des missionnaires français. Son père, Abner MOFOLO, un fermier, était loyaliste, sa famille a donc été protégée par l’Eglise pendant la guerre des Boers (1880 à 1881) qui a secoué le Lesotho. Mais son père voulait qu’il revienne travailler à la ferme et ne souhaitait que Thomas entreprenne de longues études. Le jeune Thomas, brillant élève et utile à l’Eglise, a été encouragé dans ses études notamment par Adolphe MABILLE et Eugène CASALIS. Thomas étudia l’anglais, le Sesotho, l’Evangile et le Hollandais, et il eut la chance d’avoir un instituteur qui devint l’un des guides les plus respectés de l’Eglise indigène. A la suite du décès de MABILLE, il s’installe à Morija, une ville qui formait, à l’époque, l’élite noire. Il achève ses études en 1899 et trouve un emploi d’instituteur et de secrétaire à la mission catholique où il fait office de journaliste et de correcteur d’épreuves. Il se marie le 15 novembre 1904 avec Francine MAT’ELISO SHOARANE, une fille d’un policier. «Fils de païen, instruit d’abord dans nos écoles primaires, puis à l’école biblique et à l’Ecole normale, à Morija, ainsi qu’à l’école industrielle de Léloaléng, ayant voyagé, beaucoup vu et beaucoup lu, il arriva au dépôt de livres de Morija où il fut employé comme secrétaire et factotum, sans toutefois faire beaucoup parler de lui» écrit Hermann DIETERLEN au sujet de MOFOLO. Un voyage dans le Natal, durant lequel il se rend sur la tombe du roi Chaka, grand chef zoulou, lui inspirera son chef d'oeuvre «Chaka», lequel lui vaudra une reconnaissance universelle, mais sera pour lui à l'origine d'un changement de vie radical, en raison de la gêne que le livre suscitera auprès des missionnaires. Ainsi, Thomas MOFOLO abandonne pratiquement l'écriture, et s'installe en Afrique du Sud où il exerce différents métiers : dans un premier temps recruteur d'ouvriers pour des mines de diamants, il est ensuite commerçant et enfin fermier, à partir de 1937, avant de s'éteindre à Teyateyaneng en 1948. Considéré comme l'un des pères du roman africain, la Bibliothèque de l'université nationale du Lesotho porte son nom.

I – Chaka, fondateur de la Nation Zoulou

A – Analyse du roman Chaka

Chaka est-il un héros ou un tyran ? Le personnage de Chaka évolue dans la façon dont Thomas MOFOLO relate son histoire.

1 – Chaka, un jeune enfant persécuté d’une nation faible

Chaka appartient au clan des Amazoulous, une tribu des Cafres faible parmi les faibles. Le petit clan des Zoulous avait à sa tête un jeune roi, Sénza’ngokona, polygame, mais sans héritier mâle. Ce roi, au cours d’une fête de danses, jette son dévolu sur une délicieuse jeune fille d’un autre village, Nandi qui se trouvera enceinte avant le mariage. Il était d’usage, chez les Cafres, de mettre à mort la jeune fille ayant donné naissance à un bâtard. Le chef épouse Nandi, et le fils recevra le nom de Chaka. Enfant illégitime de Nandi, Chaka subit la dure loi des foyers polygames. Son père, sous la pression de ses autres épouses, répudie la jeune Nandi, l’accusant d’être arrivée chez lui enceinte. Dès lors, le jeune homme est exposé aux sarcasmes de ses camarades qui l’humilient et le traitent de bâtard. Le sort de sa mère est pire. Elle doit baisser la tête, en signe de soumission et de défense. Chaka, devenu berger, est persécuté par les autres enfants qui s’acharnent souvent sur lui en le rouant de coups. Chaka, adroit dans le maniement du bâton, est également d’une extrême vélocité pour échapper à ses adversaires. Pour échapper à ces persécutions, il sera chargé de veiller aux cultures en éloignant les oiseaux qui pillent le grain. Mais les autres enfants continuent de le rouer de coups jusqu’à ce qu’il en perdit la connaissance.

Pour le protéger, sa mère l’emmena chez une fêticheuse : «il tuera, mais ne sera pas tué. Cet enfant sera l’objet de dispensation extraordinaires» dit-elle. En raison de ses gris-gris, Chaka est transformé ; il fut saisi d’une frénésie de se battre, retourna garder les vaches et mit en déroute tous les enfants qui l’attaquaient. Chaka tua un lion qui attaquait la population, mais cet exploit attisa encore la jalousie des autres femmes de son père. Chaka tua aussi l’hyène qui dévorait dans leur sommeil les villageois. Les jeunes ont omis de dire que c’est Chaka qui a abattu cet animal. Acharné tous contre lui, pour échapper à la mort, il s’enfuit, et c’est à ce moment qu’il rencontre, dans la forêt, son nouveau féticheur, Issanoussi qui lui dit «le bonheur et la prospérité qui te furent prédits dans ta petite enfance vont affluer sur toi». Chaka veut avoir un pouvoir démesuré et de la célébrité. Issanoussi promet une célébrité jusqu’aux extrémités de la terre et des exploits comme si on narrait un conte, mais à une seule condition : «Promets-tu d’observer, rigoureusement, les ordres que je te donnerai ?» Ces ordres exigeront un renoncement complet. Chaka répond à son féticheur : «Je m’engage, formellement». Issanoussi cache les gris-gris favorisant le succès et la prospérité dans une incision au front de Chaka. «Personne n’osera te regarder en face» dit Issanoussi qui lui remet à une sagaie à hampe très courte. «La médecine que je t’ai inoculée est celle du sang ; si tu ne répands pas le sang en abondance, elle se retournera contre toi, et c’est toi qu’elle fera mourir. Ton devoir à partir de maintenant, c’est de tuer, de massacrer sans pitié» lui dit Issanoussi.

2 – Chaka, un chef militaire aguerri chez son suzerain

Ding’Iswayo, chef de la tribu qui assure la souveraineté sur celle de Chaka, demande à rencontrer ce guerrier, dont il a entendu parler les exploits. Chaka tue un fou qui inspirait la peur aux habitants en enlevant leurs chèvres et bœufs pour les manger. Ding’Iswayo décida alors, avec l’appui de Chaka, d’attaquer son ennemi et voisin, Zwidé. Chaka neutralisa Zwidé, et fut passé dans la hiérarchie militaire au rang supérieur. Issanoussi envoya à Chaka deux collabateurs pour les futures campagnes militaires : Ndlélé, apparemment mou, sans énergie et stupide, mais avec de grandes oreilles pour faire du renseignement militaire et Malounga.

Zwidé, prisonnier, sera libéré et Senza’Ngakona, vassal Ding’Iswayo, et père de Chaka, meurt. Ding’Iswayo, en qualité de souverain, intronise Chaka, en dépit de la tentative de ses frères de lui ravir son trône. Chaka convoite Noliwé, la sœur de Ding’Iswayo, une fille d’une beauté exquise, accentuée par la pureté d’un cœur tout de bonté et de compassion. Chaka se rend sur la tombe de son père avec Issanoussi. Son féticheur lui rappelle que le pouvoir ne s’obtient que par la force. C’est dans cette période de calme relatif que Zwidé décida attaquer par surprise Ding’Iswayo, l’exécuta, coupa sa tête et la fit mettre à un pieu que l’on porta la nuit au village de Ding’Iswayo. Tous les chefs de guerre révulsés de cette ignominie, désignent, unanimement, Chaka comme le successeur de Ding’Iswayo. Chaka qui ambitionnait le pouvoir suprême, mit en déroute l’arme de Zwidé et le contraignit à l’exil jusqu’à sa mort et devint le chef incontesté de tous.

3 – Chaka, fondateur de la nation zouloue

Chaka entreprit de réunifier tous les tribus de la nation Zoulou, avec succès. Issanoussi estime que «Ngouni», le nom du clan de Chaka, est vulgaire et laid, il faudrait le changer. «Vous avez vaincu tous vos ennemis, c’est pourquoi je vous ai cherché un nom magnifique» dit-il. Chaka répondit «Zoulou», «Amazoulou», c’est-à-dire ceux du ciel, «Je ressemble à ce grand nuage où gronde le tonnerre : ce nuage personne ne peut l’empêcher de faire ce qu’il veut» dit Chaka. Les flatteurs interprétèrent cette nouvelle appellation  par le fait que Chaka, fils du Ciel, avait été envoyé par les Ancêtres pour venir habiter parmi les hommes. Par conséquent, le mythe peut commencer : Chaka n’appartient pas à la terre ; on se mettait à genoux devant lui. On le salue en disant «Bayété» c’est-à-dire «Celui qui se tient entre Dieu et les Hommes». Chaka est devenu un demi-Dieu.

Chaka insuffla parmi les ouvriers le désir de produire de belles œuvres en récompensant les meilleurs. Il inspira à son peuple des sentiments humanitaires et fit cesser les disputes inutiles. La prospérité revint. Il aménagea une capitale avec une forteresse militaire. Lors des audiences, les armes du visiteur sont confisquées, celui-ci doit se prosterner dans la poussière et n’avancer qu’à plat ventre. Il enseigna à ses militaires l’art de la guerre avec des entraînements intensifs, avec défense de se marier. Il faut combattre au corps à corps, avec une seule sagaie ; celui qui perd son arme au combat, s’il revient est tué.

Après un délai de réflexion, Inassoussi revient demander à Chaka s’il ambitionne encore un pouvoir plus haut. Le féticheur réclame des sacrifices humains, la vie de la mère de Chaka et celle de Noliwé, sa fiancée devenue enceinte. «Tu brilleras au sein des nations de la terre comme brille le soleil sans nuages, le soleil devant lequel s’effacent les étoiles quand il paraît. De même, en ce qui te concerne, les nations pâliront et s’effaceront quand tu paraîtras devant elles, parce que le sang de Noliwé t’apportera une prospérité véritablement miraculeuse» promet Issanoussi. Cependant, le jour où Chaka sacrifia Noliwé, il descendit dans l’abîme des ténèbres, bascula dans l’animalité et la cruauté les plus absolues. Le pays qui menait, jusqu’ici, une vie heureuse et insouciante, bascula dans l’horreur absolue.

4 – Chaka, le fou et sanguinaire

Chaka commence par massacrer, en public, tous les soldats qui avaient pris la fuite lors des combats et les jeta aux vautours. Les personnes qui ne purent pas retenir leurs larmes, se virent arracher les yeux. Ceux qui parlaient eurent la langue coupée. En un seul jour, plusieurs dizaines de milliers de personnes furent exécutées. Il s’attaqua aux tribus voisines, massacra tout sur son passage, et réduisit en cendres leurs villages et leurs cultures. Avec la famine, le cannibalisme fit son apparition. Plus il tuait, plus il était encore ivre de sang. Devant cette folie meurtrière, une partie de ses généraux commença à déserter. Chaka suspecta certains de ceux qui le servaient de déloyauté et les fit exécuter. Les chefs militaires qui revenaient sans butin, subissaient le même sort. Chaka tua sa mère qui avait caché un de ses fils. La cause de tous ces malheurs, selon Issanoussi, c’est que Chaka ne doit pas se relâcher, il faut qu’il fasse couler davantage du sang. Chaka ayant perdu toute lucidité, avait soif de sang, une soif inextinguible. Il organisa une grande fête et fit tuer tous ceux qui ne savaient ni chanter, ni danser. Ceux pleuraient d’émotion «de la beauté de son geste» furent également tués. A partir de cet instant, Chaka est hanté par des rêves terrifiants qui viraient au cauchemar. La nation Zoulou lasse de ces tueries décida, à travers ses deux frères, d’assassiner Chaka. Son demi-frère prit le pouvoir.

B- Le mythe Chaka Zoulou

L’œuvre de Chaka est-elle ou non une épopée ? L’épopée est la déformation, la transformation et transfiguration de faits historiques. L’époque est «l’histoire que l’art a changée en poésie et que l’imagination a changé en légende» dit Lilyan KESTELOOT. Personnage mythique de fameuse mémoire, Chaka s'est bel et bien emparé des esprits, après avoir, par la sagaie, édifié dans la première moitié du dix-neuvième siècle un vaste empire en Afrique australe, le chef zoulou règne toujours par la plume des écrivains négro-africains. Suivant Anne CARLYN le mythe d’un Chaka sanguinaire a été véhiculé seulement après sa mort par ses adversaires africains, puis amplifié par les coloniaux, pour asseoir et conforter leur domination. Karl Heinz JANSEN accusera même MOFOLO d’avoir travesti le personnage de Chaka «Quoi qu’Africain, Mofolo donne une image très négative du roi zoulou et de son temps (..) Il écrit en chrétien convaincu des premières générations, sous l’influence de ses professeurs et patrons de la mission, qui condamnaient comme ténèbres païennes le passé et la culture de l’Afrique».

Nous avons des témoignages de voyageurs européens sur le règne de Chaka. Ainisi Nathaniel ISAACS (1808-1872) est arrivé au Natal en 1825, au moment où Chaka est mort, et il est remplacé par son frère Dinga’an. «The family of Chaka appears to have been a remarkable one for its conquests, cruelties, and ambitions” écrit ISAACS. Le père de Chaka s’appelait Essenzingercona. Il a fait bâtir un Kraal nommé Nobamper ou Graspat. Son père était polygame avec 33 épouses et de nombreuses concubines. Sa mère, Umnate, était indisposée quand elle a conçu Chaka, aussi les co-épouses ont trouvé extraordinaire qu’elle en soit la mère. Le jeune Chaka s’est manifesté par des dispositions particulières «His strength appeared herculean ; his disposition turbulent ; his mind a warring element ; and his ambition knew no bound». Jaloux du pouvoir de son père qu’il voulait détrôner, il alla chez les Umtatwas et devient un guerrier distingué chez eux et combatit les Umgartie pour prendre leur royaume. Il régnait sur un vaste empire. La discipline militaire qu’il imposa à ses soldats et sa férocité lui donnèrent de nombreuses victoires sur ses adversaires. Il pratiquait les sacrifices humains. Célibataire, il avait des cours composées de 300 à 500 femmes (servantes et sœurs) qui n’avaient pas, sous peine de mort, droit de tomber enceinte. «In war he was an insatiable and exterminating savage, in peace an unrelenting and ferocious despot” dit ISAACS.  Il avait certains caprices, il mangeait couché, à plat ventre sur terre, et obligeait ses invites à observer la même pratique. Il régnait donc par la terreur, mais il était très généreux avec ses troupes après les périodes de guerre. ISAACS reconnaît qu’il était hospitalier et protégeait les étrangers qui lui rendaient visite.

Henry-Francis FYNN (1803-1861) a séjourné dans le Natal de 1824 à 1836 ; il était auprès de Chaka pendant plus de 10 ans, et l’a retranscrit dans son journal de voyage. FYNN considère Chaka comme étant intelligent, un guerrier exceptionnel qui savait être généreux. Bénédicte-Henry REVOIL (1816-1882) qui a étudié les Câfres et les Zoulous, qualifie Chaka de «Charlemagne des Zoulous». Adulphe DELEGORGUE (1814-1850) a effectué un voyage en 1841 en Afrique du Sud et nous livre l’héritage de Chaka à travers la description qu’il fait de son peuple. Les Zoulous ont une réputation de férocité rare ; l’homme se considère né pour guerroyer et chasser. Le Zoulou est né fier, et possède à un haut point le sentiment de nationalité. Le Zoulou «devient fanatique, excessif ; dévoué aux intérêts du chef, il se vante des excès commis pour son service» dit-il. Selon DELEGORGUE, Chaka a tué son père pour le pouvoir, il sera assassiné par son demi-frère, Dinga’an.

II – La réécriture et la destinée du roman Chaka, au service du nationalisme africain

A – Le Chaka de SENGHOR, une poésie engagée, antiraciste et anticoloniale,

Poème complexe, mais hautement important et éclairant toute l’œuvre de SENGHOR, «Chaka» est une contribution engagée, anticoloniale et antiraciste. Le poème est divisé en deux chants : le premier chant est consacré au rôle de Chaka dans la révolte des Zoulous, le second à sa liaison avec Noliwé et à sa mort tragique ; c’est donc comme l’indique son titre «un poème dramatique plusieurs voix» ; il met en scène, outre le personnage de Chaka, la «Voix Blanche», le «Chœur» dirigé par le «Coryphée». Cette dramaturgie s’inspire de la tragédie grecque, comme celle de Sophocle, une fatalité pèse sur Chaka et l’oblige, contre on gré, à agir mal.

SENGHOR dédie ce poème aux «Martyrs bantous de l’Afrique du Sud» ; ce qui confère à ce poème une dimension politique. Après avoir assuré la victoire de son peuple sur les Bantous, Chaka, chef du peuple zoulou, mourut assassiné. Comment parler des martyrs sud africains si ce n’est en célébrant Chaka le résistant, en sortant de «l’oubli» le symbole de la Résistance. Chaka est donc une méditation poétique sur la libération de son Afrique. MOFOLO d’abord, SENGHOR ensuite, mettent l’accent sur les forces en présence. D’un côté, il y a les colons qui ont la force des armes, de l’autre, le leader bantou, armé d’un grand dessein : l’unité, la fraternité de tous les peuples. Suivre Chaka sur ce point est une fierté pour SENGHOR le militant politique, lui qui tentera plus tard l’éphémère fédération du Soudan français ; lui, le chantre de la négritude. Léopold Sédar SENGHOR élève Chaka au rang de symbole de la Négritude. Cependant, la figure de Chaka est ambivalente : est-il un héros ou un tyran assoiffé de sang ? SENGHOR, à travers son poème, décrit un chef politique et un héros épique dont le destin se confond avec celui de son peuple, mais aussi un poète, dont la souffrance et le sacrifice atteignent une dimension universelle.

Chaka est présenté d’abord dans ce poème comme étant le symbole de l’émancipation des peuples noirs. Ainsi, dans le premier chant, la «Voix Blanche», celle des oppresseurs et des colonialistes, qualifie Chaka de sanguinaire, il ne serait «qu’un boucher» et un «grand pourvoyeur des vautours et des hyènes». La «Voix blanche» qui met l’accent sur le côté sanguinaire de Chaka : «Promis au néant vagissant. Te voilà donc à ta passion. Ce fleuve de sang qui te baigne, qu’il te soit pénitence».  La réponse de Chaka est à la mesure de son projet. Avec sang froid et courage, il reconnaît les griefs qui lui sont faits : «Oui me voilà entre deux frères, deux traîtres deux larrons. Deux imbéciles hâ ! non certes comme l’hyène, mais comme le Lion d’Ethiopie tête debout. (…) Et c’est la fin de ma passion». Cependant, SENGHOR estime que cette image négative est largement compensée par l’importance historique du combat de Chaka «il n’est pas de paix sous l’oppression, de fraternité sans égalité». Chaka refuse toute soumission et toute aliénation. L’oppression se matérialise  par la volonté du Blanc, cet homme à «l’épiderme blanc les yeux clairs, la parole nue et la bouche mince» de refaçonner le continent africain, «avec des règles, des équerres, des compas des sextants».C’est la raison pour laquelle Chaka se bat : «Je n’ai haï que l’oppression» dit-il. Au moment où SENGHOR publie son poème «Chaka», en 1954, il n’est pas encore le chef d’Etat du Sénégal qu’il sera mais il médite déjà sur les responsabilités de l’homme d’Etat d’un pays dominé. Comme Mofolo avant lui, il réhabilite le chef guerrier noir. Comme tous les chefs qui ont voulu libérer leurs peuples, Chaka fut aveuglé par la mission qu’il s’était donnée. Voulant réhabiliter le symbole de l’affirmation de la fierté du nègre, l’artisan de l’unité africaine, SENGHOR passe sous silence tous les crimes commis par le chef guerrier. Comme la mort de Noliwé, la fille de Ding’iswayo le tuteur de Chaka, la femme de celui-ci. La mort de Nolivé est, pour SENGHOR, un sacrifice qui libèrera l’énergie de Chaka afin de mener à bien sa mission : «Le pouvoir ne s’obtient pas sans sacrifice. Le pouvoir absolu exige le sang de l’être le plus cher». Du moins, SENGHOR, justifie les horreurs commises par Chaka comme un mal nécessaire et transforme le tyran en héros incompris et en Christ «cloué au sol par trois sagaies» entre «deux larrons». La violence devient pour lui un moyen, et non une fin en soi, et même le meurtre de sa fiancée, Noliwé, n’est plus un crime mais un renoncement : «Je ne l’aurais pas tuée si moins aimée».

Pour SENGHOR, en quête de héros noirs, on a besoin d’un Chaka, pur de tout contact avec l’Occident, pour montrer que l’Afrique n’était pas dépourvue de grandeur avant l’arrivée des Blancs. En effet, dans un contexte colonial, SENGHOR, comme d’ailleurs semble légitimer la violence émancipatrice et fait de Chaka, non sans anachronisme, un héros de la négritude. «Ce n’est pas haïr que d’aimer son peuple. Je dis qu’il n’est pas de paix armée, de paix sous l’oppression» écrit SENGHOR qui raisonne comme Machiavel (voir mon post sur ce politologue italien). Chaka dénonce, prophétiquement, les crimes de la colonisation «Les forêts fauchées, les collines anéanties, vallons et fleuves dans les fers». Chaka dénonce l’exploitation du peuple noir «les bras fanés, le ventre cave». SENGHOR fait de Chaka le porte-parole du peuple noir victime d’un commerce inéquitable pendant la colonisation «épices, or et pierres précieuses échangés contre des présents rouillés et de poudreuses verroteries». SENGHOR dénonce les crimes de la colonisation ««Je voyais dans un songe les pays aux quatre coins de l’horizon soumis à la règle, à l’équerre et au compas. Les forêts fauchées les collines anéanties, vallons et fleuves dans les fers. Je voyais les pays aux quatre coins de l’horizon sous la grille tracée par les doubles routes de fer Je voyais les peuples du Sud comme une fourmilière de silence. Au travail. Le travail est sain, mais le travail n’est plus le geste (…). Peuples du sud dans les chantiers, les ports les mines les manufactures». SENGHOR relève la contradiction entre les richesses produites par l’Afrique australe et la misère des peuples africains : «Et le soir dans les kraals de la misère. Et les peuples entassent des montagnes d’or noir d’or rouge. Et ils crèvent de faim».

Chaka est une fierté nationale grâce au courage, à la volonté de réunifier les tribus et les peuples contre la volonté coloniale qui maintenait, voire renforçait les divisions ethniques. Chaka, chef guerrier, a défendu les peuples de l’Afrique australe : les Xhosas, les Zoulous, les Vendas. Cependant, l'action politique se fait au détriment de la création poétique, et Chaka indique que, pour servir son peuple, il a dû sacrifier une partie de lui-même, renoncer à la femme qu'il aimait et tuer en lui le poète. Cette alternative vécue douloureusement par Chaka n'a aucune réalité historique et résulte de la transformation du personnage par SENGHOR, lui-même écartelé entre ses convictions politiques, assorties de pesantes responsabilités, et son désir de consacrer sa vie à son art.

Entre la nécessité de l’action politique et le désir poétique, le deuxième chant du poème apporte un début de solution à cette contradiction : au moment de mourir, Chaka, célébré par le Choeur du peuple zoulou, qui proclame "Gloire à Chaka" ("Bayété Bâba ! Bayété ô Zoulou !"), se réconcilie avec lui-même et avec le souvenir de Noliwé, la femme qu'il a aimée et sacrifiée. Dès lors, la poésie et la politique ne s'opposent plus, et le Choeur peut proclamer : «Bien mort le politique, et vive le poète !». En assumant pleinement sa double condition de nègre et de poète, réunie dans la figure du poète-griot, Chaka devient le modèle de SENGHOR lui-même ; préparant et annonçant une aurore nouvelle, il peut à bon droit s'écrier : "Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau !". «C’est ma situation que j’ai exprimée sous la figure de Chaka, qui devient, pour moi, le poète homme politique déchiré entre les devoirs de sa fonction de poète et ceux de sa fonction politique» dira SENGHOR. Il fait de Chaka le prince de la solitude, attribut qu’il partage avec le poète. L’homme politique, comme le poète, ont besoin de la solitude pour prendre des décisions importantes ou pour écrire un vers, ou un poème. Cette solitude rend l’acteur politique d’abord maladroit, puis impitoyable. La solitude du pouvoir plonge l’acteur dans une sorte de névrose. Chaka transforme chacun de ses concitoyens en conspirateur. Cette solitude fait que l’homme obéit aux événements qui souvent accroissent sa cruauté, étouffant au fond de l’être ce qu’il a d’essentiel : «Je devins une tête un bras sans tremblement, ni guerrier ni boucher. Un politique tu l’as dit, je tuai le poète, un homme d’action seul. Un homme seul et déjà mort avant les autres, comme ceux que tu plains. Qui saura ma passion ?». SENGHOR reprend ici la tragédie de l’homme politique : incompris à cause de l’inadéquation entre la volonté de son peuple et son désir de grandeur, aveuglé par un besoin tenace de refaire un monde à la mesure de son ambition, pour communiquer aux siens le même désir de grandeur, il oublie de se rendre compte de l’essentiel. En effet, Chaka exige beaucoup plus de son peuple qu’il n’est capable de lui donner, plus qu’il ne peut s’offrir à lui-même. La démesure du projet, de l’ambition, transforme Chaka en un condamné qui se débat désespérément contre des forces supérieures à lui, et fait de lui un criminel. Ce Chaka de SENGHOR est le précurseur des pouvoirs sans partage, du dictateur africain postcolonial que Tchicaya dénoncera violemment.

B - Chaka au service d’un théâtre nationaliste

1 – La pièce de théâtre de Tchicaya U Tam’Si

Si SENGHOR, inspiré de Machévial, a un point de vue ambivalent sur Chaka, en revanche, Tchicaya, le moraliste, a un point de vue plus tranché : il ne transige pas. Il condamne sans appel Chaka. La posture des deux hommes expliquera leurs attitudes face au comportement «criminel» du leader africain. Pour Tchicaya, la mort de Noliwé est un crime gratuit, un acte de démence. «La folie est contagieuse. Il faut la cautériser» écrit-il. Il est vrai que Tchicaya fait référence aux dictatures actuelles du continent noir. En effet, Tchicaya dénonce, à travers son Chaka, les pouvoirs sanguinaires des dictateurs africains qui ne tolèrent aucune contestation. Ce crime contre Noliwé fait partie de la longue liste des assassinats de Chaka. Les uns sont accusés de comploter contre lui, les autres comme Noliwé d’être atteints de folie. Or, le fou est celui qui dit la vérité. Il est comme l’enfant qui se singularise par la vérité en rappelant au souverain jusqu’où il peut aller. Il est le marqueur rouge qui trace la limite. Il est le fou qui dit ce que tout le monde pense. C’est en somme la voix du bon sens, celle du bouffon. Noliwé est la métaphore de l’Afrique postcoloniale sacrifiée. Chaka, par sa cruauté a, comme bien des dirigeants africains après lui, trahi sa mission. Le mal qu’il fait est à mettre sur le compte de l’égoïsme maquillé en amour ou en patriotisme.

La pièce de théâtre, en trois actes, trente-et-une scènes, de Gérard-Félix Tchicaya U Tam’si, un poète, dramaturge et romancier congolais (1931-1988), occupe une place particulière ; elle a été jouée à Avignon en 1976, et fait l’objet d’un feuilleton radiophonique. La pièce de théâtre de Tchicaya reste plus ou moins fidèle au «Chaka» originel. Trois syntagmes en particulier, constats ou prophéties, reviennent de manière obsessionnelle, et semblent structurer la pièce de théâtre. À la scène trois, la Voix annonce, de manière cryptée, l’arrivée des Occidentaux : «Que rien de Blanc n’apparaisse au Sud. Surveille l’écume de la mer». À l’acte trois, scène quatre, c’est Zwidé, trahi par Chaka, qui maudit ce dernier : «Tu trahis et tu condamnes. Moi, je te maudis. Ton propre sang t’étouffera». Enfin, Noliwé, se doutant que son mari est responsable de la mort de son frère, répète jusqu’à la folie une phrase de Chaka : «Souvent le destin improvise. Je vais faire comme lui». Dans les deux premiers cas, les paroles alimentent les obsessions de Chaka qui voit partout des ennemis. En effet, Noliwé souligne la démesure de Chaka qui se prend pour le destin lui-même et donc pour une force aveugle et impitoyable. Ses paroles en forme d’énigme sont exhibées par la jeune femme jusqu’à ce qu’elle soit elle-même assassinée : «Chaka m’a dit : “Souvent le destin improvise. Je vais faire comme lui.” Chaka, dis-moi pourquoi ? Chaka ! Chaka-a-a-a !». Une Voix Off, dit «Tue-moi, ton propre sang t’étouffera».

Tchicaya reconnaît que Chaka est un guerrier exceptionnel. Il a la personnalité extraordinaire et somme toute tragique du guerrier, sa lutte acharnée contre l’occupation et la colonisation, enfin une volonté farouche d’unification et de consolidation de la nation zouloue. La personnalité de Chaka, en tant que guerrier redoutable, ne fait aucun doute. Le coryphée rappelle dans le chant II ses attributs d’autrefois, attributs qui rendent compte de cette force dont il était doté : «Ô Zoulou Ô Chaka ! Tu n’es plus le lion rouge dont les yeux incendient les villages au loin.Tu n’es plus l’Eléphant qui piétine patates douces, qui arrache palme d’orgueil ! Tu n’es plus le Buffle terrible plus que Lion et plus qu’Eléphant. Le Buffle qui brise tout bouclier des braves». Cependant, Chaka est devenu sanguinaire, et dans cette pièce de théâtre, il finira par se suicider. En effet, c’est dans la solitude des palais que les dirigeants africains manigancent la mort des opposants. Dans la pièce de Tchicaya la nuit est le moment dangereux pour Chaka, c’est le moment propice pour les comploteurs. Dans le théâtre ayant pour sujet le pouvoir, les intrigues se nouent la nuit. Tout a lieu la nuit. A la fin du texte de Tchicaya, Chaka qui se sait condamné, s’interroge alors sur le chef qu’il a été. Lucide, il s’est aperçu de ses erreurs, de ses crimes : «Mon sang va rejaillir sur moi. Tout sera accompli selon… Pas de testament. J’ai égorgé Noliwé (…). J’ai égorgé Nandi. A qui léguer un tel héritage ? Le sang répandu. A qui léguer un rêve qui a tourné au cauchemar… Je suis venu avec la nouvelle du renouveau…avec la trêve qu’il faut à l’arbre, à tel moment de l’an pour que tout reverdisse, et que la fleur en exhalant laisse assez de saveur au fruit. Le fruit était le symbole du peuple à l’unisson. (…) L’homme,… Quel homme ai-je été ? Une caricature de moi-même, parce que je ne me suis rendu ni maître de l’écume de la mer, ni féal du destin ! Allons donc ! L’homme est aveugle puisqu’il ne voit pas où il va». Au moment où Tchicaya publie sa pièce de théâtre en 1977, les pouvoirs africains se sont radicalisés. Un peu partout sur le continent, les opposants sont persécutés s’ils ne sont pas exécutés. Chaka est donc la figure de ces dictateurs-là. Tchikaya, tout en mettant l’accent sur le chef nationaliste, insiste sur le côté du dictateur sanguinaire.

2 – Les autres pièces de théâtres

Dans la pièce «On joue la comédie» de Sènouvo Agbota ZINSOU, les exemples sont multiples et variés.  Il s’est agit d’un personnage qui s’interpose dans le jeu d’un autre et le continue autrement. C’est le cas de Chaka qui substitue à la prédication du vieillard, une parodie de prière au dieu N’koulou N’koulou ; d’un spectateur qui intervient directement dans l’action, cas du jeune spectateur ; d’un acteur qui sur scène ou dans la salle, engage le dialogue avec le public ; des spectateurs qui discutent entre eux en pleine représentation, cas de la scène du banquet. La pièce est composée de 7 tableaux, développe l’idée que Chaka, militant combattant de la cause noire en Afrique du Sud, mène la lutte armée contre l’apartheid, et entreprend aussi une action de prise de conscience auprès de ses frères.

Le dramaturge sénégalais Abdou Anta KA, dans une pièce de théâtre s’improvise en historien, fait ressusciter Noliwé, les frères de Chaka et les dignitaires de la cour royale pour qu’ils disent leur part de vérité sur le règne de Chaka.

Que retenir de ce Chaka de Thomas MOFOLO, outre la dénonciation des dictatures africaines sur laquelle il faut rester vigilant ?

«Chaka est l’un des grands conquérants de l’histoire de l’Afrique, et son nom mérite d’être retenu par l’histoire universelle» écrit l’historien Joseph KI-ZERBO. «Le génie de Mofolo se marque dans le fait que son Chaka est un personnage beaucoup plus complexe que ne pourrait avoir une figure créée et conservée dans la mémoire collective d’une société non lettrée. (…) Il est axé sans hésitation sur l’anti-thèse du Bien et du Mal» écrit Albert GERARD. Le roman de Chaka «est une œuvre spécifiquement africaine car (…) elle célèbre la culture de l’Afrique, son orgueil, sa tradition et sa dignité» dit Donald BURNESS.

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Thomas Mofolo

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MOFOLO (Thomas), L’homme qui marchait vers le soleil levant (Moeti Oa Bochabela), préface Alain Ricard, Bordeaux, éditions Confluences, 2003, 155 pages ;

MOFOLO (Thomas), Le Pèlerin de l’Orient, traduit du Sesotho par Victor Ellenberger, 1907, 74 pages.

2 – Critiques de Thomas Mofolo et autres références

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Paris, le 1er décembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Thomas MOFOLO (1876-1948) et son Chaka Zoulou : dénonciation de la tyrannie ou célébration d’un héros ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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«Thomas MOFOLO (1876-1948) et son Chaka Zoulou : dénonciation de la tyrannie ou célébration d’un héros ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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