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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 19:30

Longtemps j’avais cru que j’étais né à Danthiady, dans mon Fouta-Toro, jusqu’à ce que je découvre Paris. Comme s’il s’agissait d’une seconde naissance, je me suis émerveillé, notamment, pour le métro, ces lieux insolites et ces rencontres improbables au cours de mes escapades. Les cafés parisiens occupent une place de choix dans mon étonnement qui ne cesse de m’étonner. En effet, lieu par excellence de la sociabilité dans toutes les classes de la société, le café parisien singularise, à lui tout seul, le génie du peuple français. Du plus huppé au plus modeste, où l’on voit et où l’on est vu, spectacle à lui seul, le café parisien est une sorte de théâtre où défile toute une faune insolite. Le café parisien est un lieu typique de la ville, de la grande ville, de l’urbanité et de la sociabilité, qu’elle soit populaire, mondaine, ou littéraire. Le café parisien peut être également un lieu de rêve, pour échapper momentanément, à une vie anxiogène et étouffante. Ceux qui détestent Paris ne manquent pas de dépeindre cette ville étouffante, polluée, boboïsée, inhospitalière et rythmée par le métro-boulot-dodo.  En effet, le café est aussi, un lieu de perdition. J’en ai vu des visages rongés par l’alcool, ou une frénésie devant les jeux du hasard qui traduisent un phénomène de dépendance exigeant une cure de désintoxication. Tout cela est juste, mais Paris n’est seulement que cela ; c’est aussi un lieu où la magie et l’envoûtement opèrent à chaque coin de rue. Ah, si les murs pouvaient parler ! Paris est une ville hautement chargée d’histoire, et ses cafés sont les témoins majeurs des révoltes, des révolutions, du bouillonnement culturel, des mutations démographiques, du cosmopolitisme tant redouté, et de l’esprit de fête de la France.


«La Rotonde» ouvre, en 1903, au 105 boulevard Montparnasse, côté impair, à Paris 6ème, dans le quartier Notre-Dame-des-Champs. Au début du XXème siècle, la Rotonde est un bistrot populaire et ouvrier. «Avant le Cubisme, avant 1914, ce n’était qu’un petit café provincial où des rapins chevelus, des sculpteurs épiques se réunissaient pour siroter leur «purée» ou un démocratique «Gloria». Ils y venaient en pantalon de velours à la hussarde, la lavallière noire nouée au cou et le feutre cabossé d’un coup de poing à la tête. Léon Bloy y faisait des sermons au vitriol, tandis que ses auditeurs la bouffarde au bec, jouaient à la manille ou au jacquet avec le patron. Bon enfant, le bon père Libion ne s’apercevait jamais du client gêné qui oubliait de régler sa consommation» écrit Henry COSSIRA dans le Monde Illustré. «On a toujours mangé à la Rotonde, mais au début ce n’était que des croissants accompagnés d’un café au lait qui a toujours la réputation» écrit Maurice des OMBIAUX, en 1928. Sous Victor LIBION, le café de la Rotonde est resté ouvert à toutes les couches sociales, y compris aux plus démunis : «Parfois, dans un coin de café, de pauvres types, hâves, faméliques, car ils ne mangeaient pas sans doute tous les jours, s’asseyaient dans un coin de café pour dévorer un croissant trempé, ils n’adressaient pas la parole aux autres, mais parlaient entre eux à voix basse. Parfois leurs yeux lançaient des éclairs» précise Henry COSSIRA. Un poète espagnol a évoqué les temps de ce vieux bistrot de la Rotonde : «Le petit bar de la Rotonde était plein de monde. A pleine quelques clochers, en entendant la discussion tournèrent à moitié la tête sans cesser d’agiter le sucre de leur café» dit Ramon GOMEZ de la CERNA. «La Rotonde est le plus célèbre de tous les cafés de Montparnasse. La liste de ses clients réputés couvrirait plusieurs pages. (…) En 1911, le petit bar fut inauguré par Roger Wilde, le plus ancien montparnassien et par le plus vieux Granowski. On y voyait déjà avant 1914, Aïcha, la Noire, Picasso, Braque, etc. » écrit Louis FERRAND. Un écrivain, Léon-Paul FARGUE disait que ce bar était fréquenté par des «Négres agrégés, des philosophes Abyssins».

Un auvergnat, Victor LIBION agrandit la Rotonde en 1911 en achetant un magasin de chaussures dont il liquida le stock, y installa un bar ; peu après il achetait la boutique voisine, ce qui lui permit d'ouvrir une seconde salle pour les habitués. «Acquéreur d’un petit bar, (…) l’impérialisme s’installa dans son esprit. Il se voulut puissant pour servir ce qu’il apprenait promptement à chérir. (…) L’œil clair reluisait de gentillesse militante» dit André SALMON. La Rotonde est un bar cosmopolite, populaire et animé : «Pénétrons dans le petit bar, par l’entrée d’angle. Un tapage infernal, des bruits de voix où des mots étrangers, inconnus ou barbares, chantants ou rauques, s’assaillent et se heurtent ; des cliquetis de cuillers, des chocs de verreries et de soucoupes (…) Devant l’étroit et haut comptoir, debout, des guatémaliens et des japonais, tchécoslovaques, des scandinaves, des russes et des australiens, mangent des croissants en buvant du vin ou du café» écrit Charles FEGDAL. «Toute La Rotonde, un monde de parias, mais nous, les parias des parias [...] Nous réunissent la haine d’une vision bourgeoise des Français et un amour immodéré du caractère français» écrit Ilya EHRENBOURG.


«En vérité, y’a-t-il encore des patagons qui ignorent que le centre du monde est à Montparnasse et que le centre de Montparnasse est au carrefour Vavin ? Le centre du monde est là où, entre le fameux restaurant Baty, le café du Dôme et le café de la Rotonde. (…) La Rotonde est comme la capitale de ce pays étonnant, elle enferme en elle-même une suite de transformations toutes tissées d’histoire» écrit Charles FEGDAL dans la revue des Beaux-arts de décembre 1925. En effet, la Rotonde est plein quartier de Montparnasse, au métro Vavin, face au fastueux «Dôme» du 108 boulevard Montparnasse fréquenté, au début du siècle dernier, par des Allemands et des Américains riches et les élèves de MATISSE, et près de la Coupole au 102 boulevard Montparnasse, un lieu mythique ouvert en 1927, et où Elsa TRIOLET a rencontré en 1928, Louis ARAGON, en présence de Vladimir MAIAKOVSKI. Le café Sélect, ouvert en 1924, vise la clientèle américaine, les écrivains de «La génération perdue» qui font souvent un tour à la Rotonde. Tout ce petit monde est mobile, «Paris is a Movable Feast» comme le dirait Ernest HEMINGWAY. «Montparnasse est le centre du monde ! Dans les quelques douze mètres qui séparent la gare du Montparnasse du Carrefour de l’Observatoire, Port-Royal, Saint-Michel, on y rencontre les représentants de tous les pays où les arts cherchent à exprimer les formes nouvelles de la vie» écrivent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. Par ailleurs, la Rotonde est non loin de la «Closerie des Lilas», 171 boulevard Montparnasse, une ancienne guinguette ouverte depuis 1847, un lieu investi par Paul FORT (18772-1960, poète et dramaturge), et bien fréquenté par des artistes. La «Closerie des Lilas», un concurrent sérieux, camp retranché du dreyfusisme, a inauguré avec Paul FORT, ce mélange de poésie, de vin, de fêtes et de chansons. Les antidreyfusards, Maurice BARRES, Charles MAURRAS et leurs camelots se sont claustrés au café de Flore, au boulevard Saint-Germain. En 1912, Paul FORT fut élu «Prince des poètes» à la Closerie des Lilas, en remplacement de Paul VERLAINE, Stéphane MALLARME et de Léon DIERX qui venait de mourir. Fort de sa grande notoriété, Henri COMBES, patron de la Closerie des Lilas, répandait de la calomnie au sujet de la Rotonde : «Chez ce Monsieur là-bas (Libion, Rotonde), on sert des plats réchauffés et de la piquette» dit-il. A la terrasse de la Rotonde, le vent agitait des ordures, jusqu’au jour où un scandale éclata à la Rotonde : un soir, au moment de la fermeture, on découvrit un client belge, se disant poète, mort à sa table. Après enquête, on découvrit qu’il avait ingurgité de l’acide chlorhydrique et quelques substances suspectes. Victor LIBION fut mis hors de cause, mais par précaution, son café fut administrativement fermé pendant une semaine. Un beau jour, on découvrit également un cadavre à la Closerie des Lilas, Abraham SAFIN. Lors de l’autopsie, on décela de l’acide formique dans son ventre. En fait, ce vin frelaté provenait d’une cave de Mme MARION, à Tours. Victor LIBION, disculpé, jubila.


LIBION, un homme grassouillet, de petite taille et de peu d’éducation, était un patron avisé et cachait sous sa redingote un cœur excellent ; il a su faire de sa Rotonde, un pauvre café délabré, un lieu mythique de rendez-vous des artistes. Max JACOB (1876-1944) et ses amis ont choisi la Rotonde. En effet, bien avant Marcellin CAZES du Lipp ou Paul BOUBAL du café Flore, l’Auvergnat Victor LIBION, patron de la Rotonde est le premier prototype du patron qui rend populaire son bistro par son talent à sympathiser avec les artistes et à en faire un endroit recherché pour son ambiance. «Il est dépourvu de tout parti pris. Pour lui, tout nouvel habitué, d’où qu’il vint, quel qu’il fût, qu’il marquât bien ou mal, faisait partie de la maison, devenait en quelque sorte un des membres de la grande famille dont il se considérait comme le chef responsable» écrivent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. En effet, LIBION est un manager de café qui ne fait pas que servir à boire et offrir une tournée de temps en temps, mais plutôt un savant dosage d’intelligence et de psychologie du contact, on se sent chez soi. LIBION avait l’art d’attirer les dames entretenues à son café, leur offrait des consommations, écoutait d’une oreille complaisante la confidence de leurs chagrins, leur rendaient de menus services. Reconnaissantes, ces dames revenaient avec leur riche protecteur. LIBION était très attachée à Aïcha, une muse des artistes. Entre 1912 et 1914, ces artistes, sans préjugés, avaient un modèle préféré, Aïcha, une métisse née à Batignolles, dans le 17ème arrondissement de Paris, d’une mère flamande et d’un père sud-américain. Tout le monde l’appelait «Négresse de la Rotonde» croyant qu’elle était originaire des Antilles ou d’Haïti. «On connaît ses yeux de gazelle et son sourire étincelant. On connaît son collier de verre et la grosse opale de sa bague, son goût, ses anecdotes, sa ligne et sa vie» écrit, en 1931, Emmanuel BOURCIER. Aïcha «La vénus de Montparnasse» était recherchée par les artistes «Il y a des croquis d’elle dans tous les cartons, des études de son corps splendide dans tous les ateliers et des toiles, qui la représentent nue, dans tous les musées» précise BOURCIER. Le témoignage de Charles FEGDAL, en 1925, sur la célébrité de Aïcha est édifiant : «De petits modèles, pas encore «arrivées», regardent avec envie la célèbre négresse Aïcha que tous les bons peintres d’art moderne ont au moins portraiturée une fois» dit-il. Les artistes sont devenus célèbres, et Aïcha est retombée dans l’oubli après le départ de LIBION de la Rotonde : «A présent je plains les petites d’aujourd’hui, avec leurs 25 francs par séance. Car il n’y plus de camarades. Il n’y a plus l’esprit qu’on avait avant quand on partageait cent sous, et qu’on formait une vraie famille, modèles et artistes mêlés !» dit Aïcha à Emmanuel BOURCIER. Aïcha regrette, profondément, les temps où Victor LIBION régnait sur la Rotonde «Il n’y a plus Libion. Quel homme charmant ! C’était un père pour nous. On pouvait avoir faim, être sans chambre, ne pas savoir où aller. Il savait venir en aide sans le faire sentir, tout naturellement, en bon papa. Chez lui on n’était jamais froissé d’accepter un croissant, un café-crème, un sandwich ou un verre de bière» dit Aïcha. Victor LIBION est un type sachant cadrer ses clients tout en leur donnant l’illusion de la liberté et de l’évasion. Les débuts à la Rotonde furent modestes. Mais LIBION était cordial, généreux ; il se liait avec les clients, des artistes pour la plupart qui s'y sentaient en famille. «Libion ne vint point à Montparnasse pour y exploiter pratiquement les conquêtes spirituelles de Paul Fort (La Closerie des Lilas). (…) Arrivé en flâneur, il comprit vite. Comprendre, c’est aimer. (…) Les clients de Libion devinrent vite ses amis» écrit André SALMON. Il gouvernait ce petit monde avec bienveillance et autorité. «Le patron de la Rotonde, le père Libion, était vraiment le père de tous pauvres affamés. Le célèbre café n’était qu’un modeste bistrot où trônait Libion et son sourire. Il s’occupait de tous les artistes, faisait éternellement crédit, donnait aux pauvres, avec un admirable désintéressement vraiment total, car il ne connaissait absolument rien à la peinture et ne s’en souciait guère. C’était pure fraternité envers des gens bien pauvres » écrit l’artiste FOUJITA, dans Marianne du 27 mars 1940. Chez LIBION on n’admettait pas les femmes en cheveux ; il faisait la chasse aux ivrognes et aux drogués, mais sa générosité à l'égard des clients trop pauvres pour payer était bien connue.

LIBION avait une tendresse particulière pour ses clients excentriques : «Ce sont des types qu’on remarque et qui finiront par rendre mon café célèbre» dit LIBION. A la Rotonde on pouvait y croiser des gens connus comme Guillaume APOLLINAIRE et Blaise CENDRARS. Mais Amedeo MODIGLIANI avait l'alcool mauvais et se faisait renvoyer de tous les bars. MODIGLIANI retrouva, dit-on, un comportement plus policé à La Rotonde où il rencontra sa future épouse, Jeanne HEBUTERNE, devenant ainsi une des figures marquantes de la Rotonde. Artiste agité, bruyant, irascible et batailleur, MODIGLIANI en imposait : «Quand la porte de la Rotonde s’ouvrait d’un large geste, il était beau de voir rentrer théâtralement Modigliani. Campé très droit sur ses jambes, sa noble tête fièrement rejetée en arrière, il s’immobilisait un instant promenait un regard lointain qui dépassait les étroites limites de la salle. Son allure d’aristocrate que ne dépassait nullement le gros chandail gris au col roulé, ses cheveux bouclés en broussaille, tout ajoutait encore à la noblesse de son beau visage» écrit Gabriel FOURNIER, un peintre et illustrateur. Frantz HESSEL décrit ainsi MODIGLIAIN «Quel artiste étonnant que Modigliani. En dépit d’une noblesse native que rien ne pourra entamer, il a pris pas mal des allures du vagabond. On a déjà connu des princes vagabonds. Qu’il soit souvent ivre n’a aucune importance si c’est quand il est ivre qu’il dessine comme un maître... Un maître tombé... mais faut-il dire tombé ?... dans le vagabondage». VLAMICK, un habitué de la Rotonde témoigne sur MODIGLIANI : «J’ai bien connu Modigliani. Je l’ai connu ayant faim. Je l’ai vu ivre. Je l’ai vu riche de quelque argent. En aucun cas, je ne l’ai vu manquer de grandeur et de générosité. Jamais je n’ai surpris chez lui le moindre sentiment bas. Mais je l’ai vu irascible, irrité de constater que la puissance de l’argent qu’il méprisait tant contrariait parfois sa volonté et sa fierté». Déraciné, séducteur impénitent, fêtard et alcoolique, quand MODIGLIANI avait bu un coup de trop, ce qui arrivait souvent, son lyrisme se fait amer et agressif. L'autorité débonnaire de LIBION s’exerçait sur les plus difficiles. Seul, LIBION pouvait dire à MODIGLIANI de se calmer, «sans porter à la folie furieuse le délire du grande Livournais, lequel, au contraire, en convenait et s’apaisait, pour un moment» note André SALMON. Cet auteur évoque aussi la dernière fois qu’il a vu MODIGLIANI avant de mourir à l’hôpital, après une atroce agonie : «Ce fut la dernière fois que je vus Modigliani enfoncé dans le suicide d’un matin, avec une vive tristesse dans les yeux». Ardengo SOFFICI témoigne aussi de la fin de vie de MODIGLIANI : «Son visage, autrefois si beau et clair s’était endurci, était torturé et violent ; sa bouche autrefois si belle se tordait dans une grimace amère, ses paroles étaient incohérentes et pleines de tristesse» dit-il. De nombreuses copies de tableaux de MODIGLIANI sont accrochées aux murs de la Rotonde.

La Rotonde a été un lieu de rendez-vous, sans doute pour préparer la révolution russe de 1917. Léon TROTSKY (1879-1940) fréquentait la Rotonde : «A la table où j'étais assis ce soir-là, j'avais eu pour voisin pendant quelques semaines un dîneur en pardessus qui réclamait toujours du bœuf gros sel et du bœuf gros poivre. On a su depuis que c'était Trotsky et personne dans l'établissement n'en conçut la moindre surprise car personne au café et de ce café seul, et peut-être le seul lieu au monde, ne désespère du voisin le plus malpropre, le plus pauvre, le plus grossier, au point de croire qu'il peut devenir un jour roi ou tyran» écrit dans son «Piéton de Paris», Léon-Paul FARGUE (1876-1947), poète et écrivain. En effet, parmi les mystérieux et pittoresques clients de la Rotonde, il y avait Wladimir Ilitsch et Léon-BRAUN-STEIN, car on ne les connaissait pas encore sous le nom de Lénine et de Trotsky. «Leurs compagnons se nommaient Lounatscharky, Kamenev, Zinoviev. Ils préparaient le grand soir et c’est ainsi que la Révolution bolchévique est née sur une table de l’ancienne Rotonde» écrit Henry COSSIRA. Lénine (1870-1294) résidait à Montrouge, rue Marie-Rose, et se rendait souvent le soir, à bicyclette à la Rotonde. Mais un jour, son vélo fut volé devant la Rotonde, et M. LIBION entra dans une grande colère. Léon TROTSKY, qui avait quitté Paris en 1908 pour Londres, est réapparu à Paris, de 1914 à 1916, à la Rotonde et s’occupait d’un journal révolutionnaire russe. Habitant à la rue Saint-André des Arts, à Paris 5ème, il allait souvent le soir à la Rotonde. En dépit ce qu’il avait une carte de presse, le gouvernement russe a obtenu de la France son expulsion, en 1916, vers l’Espagne. «Depuis l’année de guerre 1915, où Trotsky confiait à Montparnasse des projets qui paraissaient n’être que des rêves désordonnés d’un Tartare en délire et qui se sont pourtant réalisés, la fortune de la Rotonde s’est accrue d’une manière presque aussi féérique que celle du grand chef rouge dont l’inflexible volonté rayonne depuis la ville sacrée des icônes jusqu’aux terres mornes et glacées de la Sibérie, narguant les puissances et défiant le vieux monde, fatigué et malade, dépourvu de foi et d’idéal» écrivent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France.


LIBION ne s’inquiétait pas de la moralité de ses clients. Dans son établissement on y renifle éther et cocaïne. Après la Première guerre mondiale, on murmure que LIBION se serait livré à un trafic de cigarettes. En raison de ces négligences et face à une forte amende, il sera contraint de vendre la Rotonde. «C’est un événement historique, situé au carrefour Vavin, «nombril du monde», et noyau fulgurant de ce prestigieux microcosme, le très illustre café de la Rotonde vient de fermer. Versons un pleur mélancolique sur ce coin si pittoresque où la jeune bohème du XXème siècle remua à la pelle tant d’idées neuves, bonnes ou mauvaises, le pôle attractif, des intellectuels, des artistes, des réformateurs sociaux, des sectaires de tous les pays qui échangeaient là, tout en sirotant bourgeoisement le traditionnel café-crème, leurs doctrines, leurs espoirs et leurs utopies», dit, ironiquement, le journal Ric et Rac du 21 décembre 1935.


Auparavant, et alors que les révolutionnaires quittaient les lieux, les Cubistes et les futuristes prirent d’assaut la Rotonde. En 1912, Marie Rosonovitch VOROBIEFF, dite Marevna, une aristocrate russe, rencontre à la Rotonde, les artistes de Montparnasse ; ils y discutent du Cubisme, un principe régulateur de l’espace qu’une vision de la réalité. Le Cubisme qualifié par leurs adversaires, dont Jean-Emile BAYARD, d’art «factice et bruyant», leurs adeptes portaient généralement des bottines américaines et des casquettes à larges carreaux. Moïse KISLING, un impressionniste, venait à la Rotonde en salopette, mais des bracelets de fer ornaient ses poignets. Aucun autre lieu ne pouvait se targuer d'une telle concentration d'intellectuels, d'artistes, de marchants de tableaux et de muses. La Rotonde, au détriment de Montmartre, devient le café artistique des «Folles années» (Roaring Twenties). On voyait à la Rotonde, un certain Moïse KISLING (1891-1953) un artiste polonais ; ses tableaux de nus sont bien représentés à la Rotonde. Il fit le portrait de MODIGLIANI. Parmi les clients de la Rotonde, il y avait la célèbre Kiki, née Alice Ernestine PRIN (1901-1953), "reine des Montparnos", dont son compagnon, Man RAY (1890-1976), peintre et photographe, disait qu'elle était "irréprochable de la tête aux pieds". Dans ces années-là, la Rotonde est devenue célèbre.  "Le taxi s'arrêtera en face de la Rotonde. Quel que soit le café de Montparnasse où vous demandiez à un chauffeur de la rive droite de vous conduire, il vous conduira toujours à la Rotonde" écrit Ernest HEMINGWAY (1899-1961), dans le «Soleil se lève aussi», un habitué de la Rotonde, pour qui «Paris est une fête» (voir mon post). Tsugouharu Léonard FOUJITA (1886-1968), dessinateur et graveur japonais, non encore célèbre, avec sa femme, sont des habitués des lieux. Autour de BOURDELLE, de POMPON, de DESPIAU, gravitaient les peintres comme André DERAIN et ses savantes conversations, Maurice de VLAMINCK, un verveux comme son art lyrique et spontané ; ce sont fêtards et habitués de la Rotonde. Il ne faudrait pas naturellement oublier Suzanne VALENDON et son fils Maurice UTRILLO. «Alors que le père LIBION obligeait ses clients en leur prenant par pitié des tableaux dont il ignorait totalement la valeur future, les garçons de café de la Rotonde avaient flairé l’avenir du mouvement qui venait de naître. (…) Vint un moment où ils furent récompensés de leur philanthropie, lorsqu’ils cédèrent aux marchands de tableaux, qui les chassaient, ces témoignages d’une époque héroïque» écrit Henry COSSIRA.


La Rotonde est, en effet, un repère d’artistes qui migrent de Montmartre vers la Rive Gauche. Diego RIVERA (1886-1957), ami de MODIGLIANI et de TROTSKY, un bouillonnant personnage révolutionnaire, mexicain, beau parleur, esprit fin et habile, bagarreur, excessif, il se considérait comme l’un des inventeurs du cubisme, déclamait Bakounine et disait que bientôt le grand jour arriverait pour sa peinture et pour le Mexique. Le Cubisme qui venait de naître avait besoin d’un défenseur ; aussi Guillaume APOLLINAIRE sera le brillant avocat de ce courant artistique. Il sait ce qu’il doit au symbolisme qui a libéré les vers de ses contraintes et des règles pesantes de la prosodie. A l’exemple des peintres cubistes, APOLLINAIRE encourage à mêler la poésie aux choses de la vie, aux nouveautés, aux images, être fantaisiste et ordonner ses palettes selon ses propres couleurs. Souffrant de maux d’amour, insomniaque et angoissé, Guillaume APOLLINAIRE venait écrire certains de ses poèmes à la Rotonde : «Alpinisme pour alpinisme, c’est toujours la montagne, l’art sur les sommets. Les rapins ne sont plus à leur aise dans le Montmartre moderne, difficile à gravir, plein de faux artistes, d’industriels fantaisistes et de fumeurs d’opium à la flan. A Montparnasse, au contraire, on trouve maintenant les vrais artistes habillés à l’américaine. Quelques uns d’entre eux se piquent le nez à la coco. Mais, ça ne fait rien, les principes de la plus part sont opposés à l’indigestion des paradis artificiels, quels qu’ils soient» écrit Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918). Un des éminents habitués de la Rotonde est Pablo PICASSO (1881-1973), ami de Guillaume APOLINAIRE et d’André SALMON : «Petit de taille, un front volontairement barré d’une mèche noire, toujours entouré d’une cour de femmes, il apparaissait dans le cénacle, tel un jeune Bonaparte de la peinture, et chacun croyait lire sur son visage le latin, les signes de la grande prédestination à la gloire» écrivent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. Certains artistes qui fréquentaient la Rotonde n’étaient pas encore célèbres, et cela a pu abuser Ernest HEMINGWAY qui écrit dans son «Adieu aux armes» que «Vous trouverez tout ce que vous voulez à la Rotonde sauf des artistes sérieux. L’ennui est que les gens qui visitent le Quartier Latin entrent à la Rotonde et croient y voir un vrai rassemblement de Paris. Je tiens à rectifier cela publiquement» dit-il. Paris centre artistique mondial, a attiré au début du siècle dernier, plus de 200 artistes juifs fuyant les persécutions dans les pays de l’Est (Russie, Pologne, Roumanie). Ce sont souvent des artistes jeunes et pauvres qui résidaient à la «Ruche» et fréquentaient la Rotonde devenue un rendez-vous cosmopolite et fraternel «On y des têtes sémites, voisinant amicalement avec les têtes anglo-saxonnes, latines, slaves et scandinaves. La fraternité des peuples si difficile à réaliser en politique, il y a longtemps qu’elle s’est réalisée par les artistes autour des tables de la Rotonde» écrit J. BIELINKY dans l’Univers israélite de 1924.


 

«C’est pendant la guerre que le snobisme commença à s’intéresser à Montparnasse. Les gens du monde vinrent dans de belles limousines, pour voir vivre les artistes, un peu comme des bêtes curieuses. Ils nous donnèrent des subsides (…) L’argent était entré à Montparnasse, et avec lui vinrent les dissensions, les vanités, la fin du bohême au grand cœur» écrit Léonard FOUJITA dans ses souvenirs de Montparnasse en 1940. Une partie des artistes pauvres se trouvent exclus de la Rotonde devenue un lieu de ralliement des riches «Beaucoup d’artistes juifs regrettent la  vieille Rotonde, celle d’avant guerre, modeste, un peu délabrée, où, moyennant une consommation de 25 centimes, on restait des heures à discuter d’art et politique, souvent avec ceux qui dirigent actuellement avec l’empire des tsars. Beaucoup d’artistes juifs n’osent plus mettre les pieds dans la nouvelle Rotonde luxueuse, où les lumières aveuglantes mettent trop en relief les défauts de leur tenue» écrit BIELINKY. Le savant, Jacques MARITAIN (1882-1973), professeur à l’université catholique, ne daigne pas disserter, parfois, à la Rotonde, avec ses disciples les sujets les plus graves. «Les idées s’échangent, les connaissances se pénètrent, les préjugés s’abolissent ; Montparnasse n’a pas de préjugés ; on ne créé rien avec des préjugés» disent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. Les étrangers célèbres, s’ils sont de passage à Paris, se croient obligés de respirer, au moins une fois, l’atmosphère cosmopolite de la Rotonde. Aussi, Charlie CHAPLIN, en compagnie de Douglas FAIRBANKS et de Mary PICKFORD, réserva sa première visite, le 19 septembre 1921, à la Rotonde, un endroit considéré par les Américains, comme extravagant, anticonformiste et singulier : «Lorsque Charlie Chaplin, le fameux Charlot du cinéma, vint à Paris, une des premières curiosités dont il s’enquit fut le café de la Rotonde, dont il n’était que bruit dans tout Los Angelès. Et Charlie fut conduit à la Rotonde, où il fut acclamé» précisent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. Les Américains commencent à apprécier la Rotonde : «New York a été écumé et déversé à pleines louches sur ce secteur de Paris attenant à la Rotonde. (…) La fange la plus épaisse et la plus fangeuse a tant bien que mal traversé l’Atlantique et fait de la Rotonde, par ses réunions de l’après-midi et du soir, le principal centre d’intérêt du Quartier Latin pour les touristes à la recherche d’atmosphère», écrit Ernest HEMINGWAY dans The Toronto Star Weekly du 25 mars 1922. L’ambiance après la Première guerre mondiale est bon enfant. Les artistes improvisent lors nationale de 1922, un concert de Jazz «Je me trouve à 3 h de la nuit au 1er étage de la tour de Babel, de la Rotonde, la vraie, celle de l’Europe et autres parties du monde nous envient. Tandis que dans les rues le peuple se  livre à d’enthousiastes ébats chorégraphiques, j’assiste ici à un attrayant concert. Il y a dans l’assistance des gens de qualité. Sans parler d’une douzaine de princesses et de princes russes en exil je trouve là, en plus de la clientèle habituelle, des écrivains et des artistes célèbres qui, comme moi, prennent plaisir à la musique» dit Carol BERARD, écrivain.  

 

En ce début de XXIème siècle, la brasserie de la Rotonde, est devenue un lieu huppé, et recherché par la haute société, tout en restant ouverte même aux «Nou-souchiens» et aux plus modestes. Ainsi, le 23 avril 2017, au soir du 1er tour des présidentielles de 2017, la Rotonde accueille Emmanuel MACRON, arrivé en tête, mais qui va affronter au 2ème tour Marine LE PEN du Front National, un parti d’extrême droite. M. MACRON est entouré de personnalités de Jet Set, notamment de Line RENAUD, Jacques ATTALI, Stéphan BERN, Pierre ARDITI et Romain GOUPIL. Ces agapes réveillent les démons d’un passé récent. La comparaison est vite faite avec le Fouquet’s du 6 mai 2007 de M. Nicolas SARKOZY. «Cette fête à la Rotonde est assez indigne dans une situation politique où l'extrême droite est qualifiée pour le second tour", a tweeté David CORMAN, secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts. Il ne faudrait pas oublier que c'est à La Rotonde, en octobre 2011, que François HOLLANDE fêta sa victoire à la primaire socialiste aux côtés de sa compagne Valérie TRIERWEILER.

Bibliographie sélective

          

Anonyme, «Souvenir de la Rotonde», Le Ric et Rac, n°354 du 21 décembre 1935, page 2 ;

BAYARD (Jean Emile), «Montparnasse d’hier et d’aujourd’hui», LE RAPPEL, n°20705, du 30 juillet 1927, page 3 ;

BAYARD (Jean-Emile), Montparnasse, hier et aujourd’hui : ses artistes et écrivains, étrangers et français, les plus célèbres, Paris, Jouve, 1927, 502 pages, spéc pages 464-471 ;

BERARD (Carol), «Le jazz band à la Rotonde», Paris-guide, du 22 au 29 juillet 1922, pages 8-9 ;

BIELINSKY (J), «Les artistes juifs à Paris», L’Univers israélite, n°53, du 12 septembre 1924, pages 517-520 ;

BOURCIER (Emmanuel), «Aïcha la vedette, la Vénus de Montparnasse», Paris-Soir, n°2700, du 17 avril 1931, page 2 ;

CARALLA (Jean-Paul), Montparnasse : l’âge d’or, Paris, La table ronde, 1997, 162 pages ;


COSSIRA (Henry), «Grandeur et décadence de Montparnasse : Feue la Rotonde», Le Monde illustré, n°4075 du 26 janvier 1936, pages 77-78 ;


CRESPELLE (Jean-Paul), Montparnasse vivant, Paris, Hachette, 1962, 332 pages ;


FARGUE (Paul-Léon), Le piéton de Paris, Gallimard, 1964 et 1993, 308 pages ;

FEGDAL (Charles), «Rendez-vous d’artistes : la Rotonde», Revue des Beaux-arts, n°441, du 1er décembre 1925, pages 1-2 ;

FERRAND (Louis), «Le Montparnasse des arts », Air France revue, 1965, page 26 et 32 ;

FRANCK (Dan), Le temps des bohèmes, Paris, Grasset, 2015, 1216 pages, spéc pages 140 et suivantes ;

FOUJITA (T. Léonard), «Souvenir de Montparnasse», Marianne, n°338, du 27 mars 1940, page 5 ;

FUSS-AMORE (Gustave), OMBIAUX des (Maurice) «Montparnasse», MERCURE de FRANCE, n°633, du 1er novembre 1924, 677-721 ;

JOFFROY (Alain), La vie réinventée : L'explosion des années 20 à Paris, Paris, Rocher, 2004, 472 pages ;

LEMAIRE (Gérard-Georges), Cafés d'autrefois, Paris, Plume, 2000, 176 pages ;

LETAILLEUR (Gérard), Histoire insolite des cafés parisiens, préface de Jean Piat, Paris, Perrin et ED18, 2011, 359 pages ;

OMBIAUX des (Maurice), «La Rotonde, boulevard Montparnasse», La semaine à Paris, n°323, du 3 au 10 août 1928, pages 12-13 ;

SALMON (André), Montparnasse, Paris, André Bonne, 1950, 285 pages, spéc pages 130-136 ;

VERNE (Maurice), «Ici à Montrouge, Nadiejda Lénine vécut des jours et des nuits romanesques», Paris Soir, du 4 mars 1939, n°165, page 15.


Paris, le 25 décembre 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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