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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 18:57

«Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargné au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne» écrit ROUSSEAU dans son «Discours sur l’inégalité». La philosophie politique de ROUSSEAU se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des XVIIème et XVIIIème siècles, et son fameux «Discours sur l'inégalité» se conçoit aisément comme un dialogue avec l'oeuvre de Thomas HOBBES. Le fondement de l’inégalité morale ou politique, c’est la propriété. «Hommes devenez humains, c’est votre premier devoir» tel pourrait être le slogan de ROUSSEAU. Il y a chez ce penseur une recherche permanente de la Vérité, un apprentissage de soi, mais aussi, simultanément, un apprentissage de l’humanité et la découverte de l’autre. Ecrivain, philosophe emblématique du XVIIIème siècle et musicien genevois de langue française, Jean-Jacques ROUSSEAU est l'un des plus illustres philosophes du siècle des Lumières. Il est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l'homme, la société ainsi que sur l'éducation. «L'homme est né libre et partout il est dans les fers» écrit-il. L’auteur du «Contrat social» et de «l’Emile» dénonce les excès de la civilisation et le raffinement aristocratique. Comme remède à la décadence morale, il préconise des lois et un contrat social sous l’égide du «peuple souverain» seul capable, selon lui, d’articuler la volonté générale. Il se pose ainsi en théoricien de la démocratie et de la Révolution de 1789. Paradoxalement, les théoriciens de la contre-révolution (Joseph de MAISTRE, Louis-Gabriel de BONALD) se réclament eux aussi de Jean-Jacques ROUSSEAU. Ainsi, MAISTRE défend la monarchie et ROUSSEAU défend la souveraineté populaire, mais ils définissent la souveraineté dans les mêmes termes, comme irrésistible et toute-puissante. Ils ont en commun une même conception de la souveraineté, même si elle n’est pas exercée par les mêmes forces. ROUSSEAU était considéré par Arthur SCHOPENHAUER comme le «plus grand des moralistes modernes». Ce philosophe allemand disait : «Ma théorie a pour elle l'autorité du plus grand des moralistes modernes» : car tel est assurément le rang qui revient à J.-J. Rousseau, à celui qui a connu si à fond le coeur humain, à celui qui puisa sa sagesse, non dans des livres, mais dans la vie ; qui produisit sa doctrine non pour la Chaire, mais pour l'humanité ; à cet ennemi des préjugés, à ce nourrisson de la nature, qui tient de sa mère le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possède la vérité, et qu'il émeut les coeurs».

Jean-Jacques ROUSSEAU est né à Genève, le 28 juin 1712, dans la famille modeste, d'un horloger calviniste. Ses ancêtres, de bibliothécaires parisiens, ont quitté la France en 1550, pendant les guerres de religion. «Parmi les grands écrivains français, l’originalité de Rousseau, et la plus essentielle, c’est de n’être pas Français, mais Genevois» dira, avec ironie, Gaspard VALETTE. «Je suis né d’Isaac Rousseau et de Suzanne Bernard. Un bien fort médiocre à partager entre quinze enfants ayant réduit presque à rien la proportion de son père» écrit-il dans ses «Confessions». Sa mère meurt des suites de l'accouchement et son père doit l'abandonner à un âge encore tendre aux soins d'un pasteur peu commode «Je naquis infirme et malade, je coutais à ma mère et ma naissance fut le premier de mes malheurs» dit-il. Autodidacte, ses parents lui ont légué un «cœur sensible» et le goût de la lecture : «Ma mère avait laissé des romans. Nous nous mimes à les lire après souper, mon père et moi, mais bientôt l’intérêt devint si vif que nous lisions tour à tour sans relâche et passions la nuit à cette occupation. (…) Quelquefois mon père entendant, le matin, les hirondelles disait tout honteux : allons nous coucher, je suis plus enfant que toi». La lecture des Anciens, notamment de Plutarque, avait enraciné en ROUSSEAU la haine de la frivolité, la passion des belles chimères, le culte des belles lettres, un esprit libre et républicain, l’amour de l’égalité et de la liberté et un caractère indomptable et fier. «Son caractère naquit, pour ainsi dire, comme une fleur de sa tige, de ses lectures, ou dangereuses, ou trop précoces. Les romans exaltèrent son imagination, échauffèrent sa sensibilité et lui donnèrent une intelligence des passions que l’on rencontre rarement à son âge» écrit Henri BEAUDOIN. Mais ROUSSEAU est un personnage complexe avec une nature nerveuse, impressionnable, ondoyante et qui oscille entre faiblesse et courage, entre mollesse et vertu.

Déplorable jouet de la destinée qui, depuis l’enfance jusqu’à l’âge mûr, le traîna dans des épreuves de la vie : tour à tour commis greffier, apprenti graveur, vagabond, laquais, séminariste, maître de musique, interprète, copiste, secrétaire d’ambassade, compositeur, caissier, etc. En effet, son père s’attire des ennuis qui le contraignent à l’exil dès 1722 ; le jeune Jean-Jacques, est mis en pension par son oncle Bernard, à Bossey, près de Genève, et découvre la campagne, d’où son goût si vif pour la nature qui a fortement influencé sa contribution philosophique et littéraire. Il commit une légère faute et fut renvoyé du pensionnat. Placé comme apprenti auprès d’un greffier, il est ensuite confié à un graveur brutal et intransigeant, M. DUCOMMUN. En 1728, Jean-Jacques a seize ans quand, de retour d'une promenade à la campagne, il trouve les portes de Genève closes. Plutôt que d'être battu par son maître d'apprentissage, il décide de partir sur les routes chercher fortune. «J’adore la liberté ; j’abhorre la gêne, la peine, l’assujettissement» dit-il. Là, Jean-Jacques est récupéré par un curé, M. PONTVERRE, qui le place à Chambéry chez sa première protectrice, la baronne Louise-Eléonore de WARRENS, née De la TOUR de PIL (1699-1762), en tant que candidat à la conversion au catholicisme ; Mme WARRENS, à 28 ans et originaire du Vaud, n’est pas une vieille bigote ; elle initie le jeune ROUSSEAU à la littérature, à la musique, aux joies de la flânerie et à l’amour  en devenant son amante : «Cette époque de ma vie a décidé de mon caractère» dit-il. Il séjournera à Turin de 1728 à 1731, dans un hospice pour l’instruction des catéchumènes. Il abjure le protestantisme et devient le laquais de Mme VERCELLIS. Il y vole un ruban couleur or et argent, mais accuse la cuisinière, Marion qui ne le dénoncera pas. Il revient en 1732 chez Mme de WARRENS. Placé chez le maître de musique à la cathédrale, il finira par s’enfuir. Il part en Suisse, à Lyon, puis revient à Chambéry chez Mme de WARRENS. ROUSSEAU devient intendant des cadastres. En 1736, il se retire avec Mme WARRENS aux Charmettes, dans la banlieue de Chambéry ; un endroit qui respire le bonheur : «Ce jour est celui du bonheur et de l’innocence, si nous ne le trouvons pas ici, l’un avec l’autre, il ne faut les chercher nulle part. (…) Ici commence le bonheur de ma vie, ici viennent les paisibles, mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire, j’ai vécu. (…) Je me levais avec le soleil et j’étais heureux, je me promenais et j’étais heureux, je voyais maman et j’étais heureux, je la quittais et j’étais heureux, je parcourais les bois, les coteaux, les vallons, je lisais, j’étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j’aidais au ménage et le bonheur me suivait partout, il n’était dans aucune chose assignable, il était tout de même en moi, il ne pouvait me quitter un seul instant». Aux charmettes, ROUSSEAU lit sans arrêt, mais incorrigible, il séduit une nouvelle dame, Mme de LARNAGE. Madame de WARRENS était également amoureuse d’un garçon-perruquier. En 1740, ROUSSEAU devient le percepteur des enfants de MABLY, grand prévôt de Lyon et frère aîné d’Etienne BONOT de CONDILLAC.

En 1741, voulant entreprendre une carrière musicale, il rejoint Paris et soumet, le 17 août 1742, à l’Académie des sciences et des arts, son système de notation musicale, qui n’est jugé ni neuf, ni utile. Ce goût de la musique lui a été transmis par son père et en particulier par sa tante : «Je suis persuadé que je lui dois le goût ou plutôt la passion de la musique (…) Elle savait une quantité prodigieuse d’airs et de chansons qu’elle chantait avec un filet de voix fort douce. La sérénité de cette excellente fille éloignait d’elle et tout ce qui l’environnait la rêverie et la tristesse» dit-il. A Paris, il rencontre Denis DIDEROT (1713-1784), par l’intermédiaire de Daniel ROGUIN, un banquier et officier de l’Armée suisse. Il fait la rencontre du Paris savant et littéraire (MARIVAUX, L’abbé MABLY, FONTENELLE, BUFFON, VOLTAIRE). ROUSSEAU prend un poste de secrétaire d’Ambassade à Venise de 1743 à 1744 auprès du Comte Pierre-François de MONTAIGU, mais il sera licencié au bout d’un an. De retour à Paris, il loge à l’hôtel Saint-Quentin, rue des Cordiers, une rue disparue, près de la Sorbonne et y rencontre Marie-Thérèse LEVASSEUR (1721-1801), lingère dans cet établissement «Là m’attendait la seule consolation que le ciel m’ait fait goûter dans ma misère, et qui seule me la rend supportable» écrit-il. Il déclara qu’il ne l’abandonnerait, ni ne l’épouserait jamais. Cependant, après être honoré du titre d’éducateur des peuples et de directeur du genre humain, ROUSSEAU abandonnera les cinq enfants aux «Enfants trouvés» (Assistance publique), mais épousera la mère.

Curieusement, ROUSSEAU, cet éternel errant, a une oeuvre très structurée chronologiquement. De 1745 à 1749, ROUSSEAU a diverses occupations (essais musicaux et littéraires). A la demande du Duc de RICHELIEU, et pour célébrer la victoire de Fontenoy, il compose «La princesse de Navarre» et présente une comédie, «Narcisse» pour les Italiens. En automne, 1747, il devient secrétaire de Mme DUPIN et de M. FRANCUEIL, au château de Chenonceau, en Touraine. Pendant cette période, il rencontre l’Abbé de CONDILLAC et d’ALEMBERT. En 1750, à 38 ans, ROUSSEAU participe et gagne un concours organisé par l’Académie de DIJON sur le thème «Si le progrès des sciences et des arts a contribué à corrompre ou épurer les mœurs ?». En audacieux sophiste, et pour faire bêler tout le monde, ROUSSEAU déclare que les sciences et les arts corrompent les mœurs. Ses contemporains y virent une satire des mœurs littéraires de l’époque. C’est une première attaque de ROUSSEAU contre la société qui va le sortir de l’anonymat. Denis DIDEROT imprime ce discours. Grâce à Mme de POMPADOUR, son opéra, «Le devin du village» est présenté à la Cour en 1752, à Fontainebleau. Il vint à la représentation mal fagoté pour se remarquer par l’élégante société aristocratique. Voulant rester indépendant, il refuse la bourse offerte par le Roi, Louis XV (1710-1774).

ROUSSEAU ayant acquis une notoriété se tourne vers la philosophie et entame une réflexion sur l’organisation sociale et politique, puis s’oriente vers le roman. Ainsi, en 1754, l’Académie de Dijon avait posé la question suivante : «Quelle est l’origine de l’inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ?». ROUSSEAU alla consulter DIDEROT emprisonné à Vincennes et lui demanda quel parti prendre : «Le parti que vous prendrez c’est celui que personne ne prendra» lui dit DIDEROT. En effet, ROUSSEAU trouve là une belle occasion de s’attaquer frontalement à la société. Retiré à Saint-Germain-en-Laye avec Thérèse, il écrira «Je faisais main basse sur tous les petits mensonges des hommes, j’osais dévoiler à nu leur nature, suivre leur progrès du temps et des choses qui l’ont défigurée et comparant l’homme de l’homme à l’homme naturel leur montrant dans son perfectionnement la véritable source des misères. (…) Insensés qui vous plaignez sans cesse de la nature, apprenez que tous vos maux viennent de vous». Le prix est remporté par l’Abbé François-Xavier TALBERT. ROUSSEAU a conquis la célébrité avec son talent, sa plume. Il abjure le catholicisme et redevient protestant. En 1755, son «Discours sur l’économie politique» fait pour l’Encyclopédie est violemment contempteur de ses contemporains. Il veut nous apprendre à éviter la richesse et à l’éviter comme un Mal : «Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissants et les riches ? (…) Qu’un home de considération vole fasse d’autres friponneries n’est-il pas toujours sûr de l’impunité ? (…) Que le sort du Pauvre est différent, plus l’Humanité lui doit, plus la société lui refuse» dit-il. En juin 1754, en septembre 1755 et du 9 avril 1756 au 15 décembre 1757, Mme Louise d’EPINAY (1726-1783), une femme de Lettres, maîtresse de Frédéric-Melchior GRIMM et confidente de de Denis DIDEROT, proposa à ROUSSEAU et Thérèse, de loger au château de Chevrette, à l’Ermitage, à la lisière de la forêt de Montmorency. En effet, au cours d’une promenade, à Chevrette, ROUSSEAU découvre un «lieu solitaire et très agréable» «où était un joli potager avec une petite loge fort délabrée qu’on appelait L’Ermitage». Il s’exclame : «voilà un asile tout fait pour moi». Mais ROUSSEAU rencontre Elisabeth Sophie LALIVE de BELLEGARDE, comtesse d’HOUDETOT (1730-1813), belle-sœur de Mme d’EPINAY, et résidente à Eaubonne qui l’aide à se loger au 4 rue Mont Louis à Montmorency (devenu Musée Rousseau) où il écrit ses œuvres majeures. ROUSSEAU congédie sa belle-mère et se brouille avec DIDEROT et GRIMM qui venaient, secrètement, en aide financière à sa famille. La devise de Mme HOUDETOT, celle qui a inspiré en partie «Julie ou la Nouvelle Héloïse», est «Jouissez c’est le bonheur, faites jouir c’est la vertu». A la parution d’Emile, ROUSSEAU est contraint, par le Parlement de Paris, de quitter la France, il se rend en Suisse et en Angleterre, mais il est obligé de retourner les deux dernières années de sa vie en France.

Jean-Jacques ROUSSEAU meurt le jeudi 2 juillet 1778, d’une attaque d’apoplexie sérieuse, dans la matinée, à Ermenonville, chez René Louis de GIRARDIN, marquis de Vauvrey, seigneur d’Ermenonville, (1735-1808), dans le département de l’Oise, en France. Jean-Antoine HOUDON, sculpteur (1741-1828), a, dès le 3 juillet 1778, modelé le visage de Jean-Jacques ROUSSEAU confirmant bien qu’il s’agissait d’une mort naturelle. Enterré d’abord sur l’île des peupliers, à Ermenonville (Oise), il sera transféré au Panthéon, à Paris 5ème.

Penseur lumineux du siècle des Lumières, esprit indépendant et original, susceptible et soupçonneux, incompris ou provoquant un enthousiasme fanatique, ROUSSEAU philosophe et poète est, tour à tour, l’objet de l’admiration des uns et de la haine farouche des autres. La Révolution de 1789 n’est que la victoire de la bourgeoisie immobilière et financière contre l’aristocratie terrienne et l’Eglise, et Voltaire adhérait sans réserve à cette démarche. En revanche, se situant résolument à gauche, ROUSSEAU a fait l’objet d’attaques ignobles. Calomnié ou insulté il a été traité de «neurasthénique», «Anarchiste» ou «métèque». L’Eglise, la Royauté, les conservateurs et une partie des révolutionnaires, l’ont violemment attaqué ou caricaturé.

En fait, ROUSSEAU est un «homme à paradoxes plutôt qu’un homme à préjugés» comme il le dit dans son «Emile». Il est difficile de séparer l’homme de son œuvre, or ROUSSEAU est pétri de contradictions «Tantôt égoïste et cynique, il est tantôt affectueux et tendre, épris d’héroïsme et de vertu ; c’est un monstre incompréhensible» dira Louis DUCROS En effet, pour ses détracteurs, la pensée de ROUSSEAU ne serait qu’incohérence et contradiction. En effet, ROUSSEAU est tour à tour individualiste exaspéré ou socialiste autoritaire. Il suppose l’homme naturel féroce pour l’avoir déclaré bon. Il se prononce successivement pour l’éducation publique et l’éducation privée. Il déclare la société tantôt artificielle, tantôt naturelle, tantôt corruptrice, tantôt bienveillante ; il en fait tantôt un mécanisme, tantôt un organisme. Il lance l’anathème à la propriété, et bientôt après il la proclame sacrée. Il peint un athée vertueux et punit de mort l’athéisme. Sans cesse il détruit ses propres idées ou se rétracte. Créateur, avec Les Confessions, de l’autobiographie moderne, il est, disait François MAURIAC, «l’un de nous», toujours agissant et vivant. «Ce contraste de l’homme et de l’œuvre, qu’on appellera la contradiction, si l’on veut, il ne faut pas essayer de voiler cela : car cela, c’est Rousseau même» écrit Gustave LANSON. TOLSTOI (voir mon post) a confirmé avoir été fortement influencé par Jean-Jacques ROUSSEAU «J’ai lu Rousseau tout entier, et il y avait un temps où je l’admirais avec plus que de l’enthousiasme. Il y a des pages qui me sont si familières qu’il me semble les avoir écrites» dit-il.  Les errements reprochés à ROUSSEAU, notamment l’abandon de ses enfants «n’affectent en aucune manière, la vérité et l’excellence de se doctrines» écrit Albert SCHINZ.

Pourtant, ROUSSEAU défend l’unité de son œuvre, aussi bien les aspects philosophiques que romantiques : toute son œuvre ne serait que le développement du plan conçu sous le chêne de Vincennes. Pour ma part, j’estime que l’unité de l’œuvre de ROUSSEAU vient de son inspiration de la doctrine Confucius (voir mon post) qui l’a fortement inspiré, tout comme Voltaire et les philosophes des Lumières. Confucius militait pour la perfection de l’individu. «Faites bon usage de vos facultés, vous vous perfectionnez ; faites-en un mauvais usage, vous vous pervertissez» dit ROUSSEAU. Confucius pensait que l’éducation est un puissant outil en vue de la perfection l’homme et ROUSSEAU, saisi de remords pour avoir abandonné ses enfants, a écrit «Emile ou de l’Education». Confucius était légitimiste, mais il pensait que les gouvernants comme les administrés devaient être inspirés par la Vertu et le souverain Bien. ROUSSEAU dans ; son «Contrat social»  pense que les individus en faisant adopter la loi, expression de la volonté, devaient être inspirés par le Bien, la justice, la liberté et l’égalité. La conception de ROUSSEAU de la religion s’inspire fortement de la pensée de Confucius, propagateur d’une religion sans Dieu.

I – Rousseau et son système de pensée philosophique

Dans sa philosophie politique, ROUSSEAU contribua, de façon décisive, à liquider les institutions de l’Ancien régime et popularisa les idées républicaines. Idéologue de la Révolution française de 1789, il a été pour ce fait, pourchassé, critiqué et persécuté par ses adversaires.

A – ROUSSEAU et ses deux Discours à l’Académie de Dijon

  1. - Le Discours sur les Sciences et les Arts (1750)

«Dès l’entrée de son discours, l’auteur offre à nos yeux le beau spectacle ; il nous représente l’homme aux prises, pour ainsi dire, avec lui-même, sortant de quelque manière du néant de son ignorance ; dissipant par les efforts de sa raison les ténèbres dans lesquels la nature l’avait enveloppé ; par l’esprit jusque dans les plus hautes sphères des régions célestes ; asservissant à son calcul les mouvements des astres, et mesurant de son compas la vaste étendue de l’univers ; rentrant dans le fond de son cœur et se rendant compte à lui-même de la nature de son âme, de son excellence, de sa haute destination» écrit Stanislas, Roi de Pologne, lors de la réception du discours sur les sciences. Avec ce texte, Rousseau bouleverse le paysage de la philosophie politique de son siècle. Il montre que les sciences et les arts découlant de l’oisiveté, doivent leur naissance à nos vices. ROUSSEAU dénonce les hypocrisies, les pièges pour la liberté et les œuvres qui abrutissent les plus faibles : «Tandis que le gouvernement et les lois pourvoient à la sûreté et au bien-être des hommes assemblés, les lettres et les arts, moins despotiques et plus puissants peut-être, étendent des guirlandes de fleurs sur les chaînes dont ils sont chargés, étouffent en eux le sentiment de cette liberté originelle pour laquelle ils semblent être créés, leur font aimer leur esclavage, et font ce qu’on appelle des peuples policés. (…) Nos âmes sont corrompues à mesure qu’avancent nos sciences et nos arts vers la perfection» dit ROUSSEAU. Les sciences nées de l’oisiveté, elles la nourrissent ; le luxe ne va rarement sans la science. L’astronomie est née de la superstition ; l’éloquence de l’ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie, de l’avarice ; la physique, d’une vaine curiosité ; la morale, elle-même, de l’orgueil humain. La dissolution des mœurs entraîne la corruption des goûts. La culture des sciences est nuisible aux qualités guerrières, elle l’est encore plus aux qualités morales. «D’où naissent tous ces abus, si ce n’est de l’inégalité funeste introduite entre les hommes par les distinctions des talents et par l’avilissement des vertus» dit-il. Pour ROUSSEAU, les sciences et les arts n’étant que la connaissance du vrai, du bon, de l’utile, ils ne peuvent pas être incompatibles avec la vertu ; il faut éclairer les esprits pour contribuer à épurer les moeurs. ROUSSEAU affirme que la Science est bonne en soi, mais son usage peut se révéler mauvais, et peut causer ainsi des malheurs et des crimes, mais il faut il conserver la Science, la protéger et la répandre. «On n’a jamais vu de peuple corrompu revenir à la vertu. (…) Il n’y aura plus de remède, à moins de grande Révolution» dit-il.

Stanislas LESZCYNKSKI, roi de Pologne et Duc de Lorraine, protecteur des Lettres et des Arts, dans sa réponse au Discours de Dijon, est le premier à tenter de montrer les contradictions de ROUSSEAU : «Sa façon de penser annonce un cœur vertueux. Sa manière d’écrire décèle un esprit cultivé ; mais s’il réunit effectivement la science et la vertu et que l’une soit incompatible avec l’autre, comment sa doctrine n’a-t-elle pas corrompu sa sagesse ? ou comment sa sagesse n’a-t-elle pas déterminé à rester dans l’ignorance ? (…) Qu’il commence par concilier des contradictions si singulières, avant de combattre les notions communes ; avant d’attaquer les autres, qu’il s’accorde avec lui-même !». Avoir comme contradicteur un Roi, c’est trop d’honneur pour un écrivain resté inconnu du grand public jusqu’ici. Cette querelle a fait de ROUSSEAU un homme à la mode. ROUSSEAU savait ce qu’il faisait pour sortir de l’anonymat «Désespérant d’y arriver à force de génie, j’ai dédaigné de tenter, comme les hommes vulgaires, d’y arriver à force de manège» écrit-il le 30 janvier 1750, à Voltaire.  «Son Discours achevant de le tirer de l’obscurité, lui obtint un succès d’originalité» dit Henri BEAUDOUIN. Il est paradoxal de voir ROUSSEAU, «cet artiste des comédies et des opéras, condamner les sciences et les arts, rendre les littérateurs, les savants et les artistes responsables des maux et des crimes de l’humanité, employer les charmes d’une belle parole pour démontrer à une académie les inconvénients des académies et des belles paroles.» résume ainsi Henri BEAUDOIN les attaques contre ROUSSEAU. En réplique, Adolphe VILLEMAIN pense qu’il y a une unité de la pensée de ROUSSEAU «Ne voyez pas dans ce discours (Discours sur l’inégalité), un caprice, un calcul, mais son génie même, ce génie pour préparer à la fois la révolution politique et une réforme morale. (…) Sous ce beau langage de Rousseau perce une rancune démocratique qui s’en prend à la philosophie comme aux abus, aux Lettres comme aux grands seigneurs, et frappe les premières pour mieux atteindre les seconds». Saint Marc Girardin fait la même analyse «Les vices des sociétés civilisées qu’il énumère avec le plus de complaisance, sont les défauts du monde et des salons». Denis DIDEROT a défendu le «Discours» de son ami : «Il prend tout par-dessus les nues ; il n’y a pas d’exemple d’un succès pareil» dit-il. ROUSSEAU lui-même a préparé, à l’avance sa défense : «Je ne répondrais que deux mots : Vertu, Vérité», ou encore dit-il «Ce n’est point la science que je maltraite, c’est la vertu que je défends devant des hommes vertueux». Il rappelle certaines sociétés antiques dont la vertu avait fait le bonheur (La Perse, Rome, Athènes, l’Egypte, etc.).

  1. Le Discours sur l’origine de l’inégalité (1754)

«C’est à l’homme que j’ai à parler. (…) Je défendrai donc avec confiance la cause de l’humanité» dit-il d’emblée. Dans ce «Discours sur l’origine de l’inégalité», il ne s’agit plus des ornements et des accessoires plus ou moins nécessaires à la société et la civilisation, mais de la civilisation et de la société, elles-mêmes dans leur essence. Droits et devoirs, vertus et vices, bonheur et malheur de l’humanité, la nature humaine reste l’idée fondamentale de la thèse qu’il défend. Il s’interroge sur «ce qu’aurait pu devenir le genre humain, s’il fût resté abandonné à lui-même, mais ce qu’il a été, en effet, à cette époque qui n’a jamais existé». Si l’école spiritualiste faisait recours aux concepts de bien et de mal, de justice, de devoirs et de vertus, ROUSSEAU écarte cette dimension morale, en dehors des appétits de sens, l’homme à l’état de nature n’éprouve ni désirs, ni passions. Il n’y a pas de souci de mal faire : «Faites à autrui comme tu veux qu’on te fasses» reprenant ainsi un dicton antique de Confucius ; chaque individu a le droit de n’être point maltraité inutilement par l’autre. Les hommes sont inspirés par une qualité sociale de la pitié dans un état où «il n’y a ni commerce, ni vanité, ni considération, ni estime, ni mépris, ni notion du tien et du mien, ni aucune idée véritable de justice» dit-il. En fait, c’est la marche vers la sociabilité due au besoin de perfectibilité est source de tous les maux pour l’homme : «On ne voit pas pourquoi l’animal, qui ne se perfectionne pas, parce qu’il est parfait, vaudrait moins que l’homme, qui se dégrade sans cesse, sous prétexte de se perfectionner, qui détériore l’espèce en développant la raison de l’individu, qui devient méchant en devenant sociable» écrit-il. Finalement l’homme retombe plus bas que la bête et devient «le tyran de lui-même et de la nature».

La question posée par l’Académie de Dijon est la suivante  : «Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la Loi naturelle ?». Pour la première fois, il présente sa vision complète de l'homme et du monde, avec cette idée forte : c'est la société, fondée sur la propriété, qui est la cause de l’inégalité et de la corruption des hommes. ROUSSEAU montre que l'homme est son propre fossoyeur, que la propriété et l'appât du gain l'éloigne de sa vraie nature et que, faute de revenir à l'innocence primitive, il ira à sa perte et préparera son malheur. C’est la propriété et la famille qui sont les sources de toutes les dissensions et de toutes les injustices. Il n’avait pas pour prétention d’améliorer la société qui pervertit l’homme, mais de la détruire. Il s’agit de ramener les communautés à leur simplicité première. Il aurait aimé naître dans une société d’une «grandeur bornée par les qualités humaines» et vivre dans un pays où le souverain et le peuple ne puissent avoir qu’un seul et même intérêt. Il aimé vivre dans une société régie par les lois que «ni moi, ni personne n’en pût secouer l’honorable joug» et personne ne doit être au dessus des lois. Il réclame la République «Les peuples, une fois accoutumés à des maîtres, ne sont plus en état de s’en passer. S’ils tentent de secouer le joug, ils s’éloignent d’autant plus de la liberté, que, prenant pour elle une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque à des séducteurs qui ne font qu’aggraver leurs chaînes».

ROUSSEAU envoie une copie de son discours à Voltaire qui lui répond de façon distante : «On n’a jamais on a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes, il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage». C’est ROUSSEAU, lui-même en 1755, qui semble se contredire «Tout en moi dépend d’un concours de mes semblables. Je ne suis plus un être individuel et isolé, mais partie d’un grand tout, membre d’un grand corps» ou quand il écrit : «Notre plus douce existence est relative et collective, et notre vrai moi n’est pas tout entier en nous».

Dans son discours de Dijon, ROUSSEAU annonce un point important de sa philosophie, à savoir que l’homme est naturellement bon, et tout ce que lui ajoute la société ne fait que le pervertir. Cette idée de l’homme naturellement bon traverse ses œuvres majeures «Dès sa jeunesse, il s’était souvent demandé pourquoi il ne trouvait pas tous les hommes bons, sages, heureux, comme ils semblaient être faits pour l’être. (…) En admirant les progrès de l’esprit humain, il s’étonnait de voir croître en même temps les calamités publiques. Il entrevoyait une secrète opposition entre la constitution de l’homme et celle de nos sociétés (…) Une malheureuse question d’académie, qu’il lut dans le Mercure (concours académie de Dijon), vint tout à coup dessiller ses yeux, brouiller ce chaos dans sa tête lui montrer un autre univers, un véritable âge d’or, des sociétés simples, sages, heureuses, et réaliser en espérance tous ses visions, mais dont il crut voir en ce moment découler les vices et les misères du genre humain» écrit-il dans «Rousseau juge Jean-Jacques». Le discours de Dijon est l’acte fondateur de la philosophie politique de ROUSSEAU qui met la perfection originelle de l’homme en opposition avec la littérature et les arts, il la mettra en opposition avec la société et les lois ; dans «Emile», en opposition avec l’éducation ; dans la «Nouvelle Héloïse» en opposition avec le monde, ses usages et ses préjugés. Il y a donc une certaine unité et cohérence de sa pensée. Le succès du «Discours» a encouragé ROUSSEAU pour plus d’engagement philosophique et poétique «Cette nouvelle réveilla toutes les idées qui me l’avaient dicté, les anima d’une nouvelle force, et acheva de mettre en fermentation dans mon cœur ce premier levain d’héroïsme et de vertu que mon père, et ma patrie, et Plutarque y avaient mis dans mon enfance» dit-il dans la préface de sa pièce «Narcisse».

B – Emile ou de l’Education

«Emile», un élève imaginaire et orphelin, est un acte de contrition ; cet ouvrage a été écrit parce que ROUSSEAU a eu un grand remords d’avoir abandonné ses cinq enfants nés entre 1747 et 1755. «Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n’a point le droit de le devenir. Il n’y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain, qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les élever lui-même» écrit-il dans Emile. «Notre véritable étude est la condition humaine. Celui d’entre nous qui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est à mon gré le mieux élevé» dit-il. ROUSSEAU part de ce postulat : «L’homme naturel est tout pour lui ; il est l’unité numérique, l’entier absolu, qui n’a de rapport qu’à lui-même ou à son semblable. L’homme civil n’est qu’une unité fractionnaire qui tient au dénominateur, et dont la valeur est dans son rapport à l’entier, qui est le corps social. Les bonnes institutions sociales sont celles qui savent le mieux dénaturer l’homme, lui ôter son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter le Moi dans l’unité commune ; en sorte que chaque particulier ne se croit plus un, mais partie, et ne soit plus sensible que dans le tout». L’homme ainsi caractérisé est en contradiction avec lui-même, toujours flottant entre ses penchants et ses devoirs, il ne sera jamais ni homme, ni citoyen. Par conséquent, l’homme civil nait et meurt dans l’esclavage. «Pour être quelque chose, pour être soi-même et toujours un, il faut agir comme on parle ; il faut être toujours décidé sur le parti que l’on veut prendre, le prendre hautement, et le suivre toujours» dit-il. En effet, dans son «Emile», un ouvrage majeur et ayant des aspects philosophiques, ROUSSEAU part du postulat que l’homme naît bon, c’est la société qui le déprave. Par conséquent, l’éducation, monopole réservé jusqu’ici aux Jésuites, consiste, pour lui, à laisser l’enfant à s’abandonner aux instincts naturels, à le préserver soigneusement de tout contact avec la société qui ne pourrait avoir sur lui qu’une influence funeste. ROUSSEAU s’insurge déjà, dans son «Discours sur l’inégalité» contre l’éducation de l’Ancien régime «Une éducation insensée orne nos esprits et corrompt notre jugement. Vos enfants ignoreront leur propre langue, (…) ils sauront composer des vers, qu’à peine ils sauront comprendre ; sans savoir démêler l’erreur de la vérité. (…) Mais les mots de magnanimité, d’équité, de tempérance, d’humanité, de courage, ils ne sauront ce que c’est (…) Qu’ils apprennent ce qu’ils doivent faire étant des hommes, et non ce qu’ils doivent oublier» dit-il. «L'éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses»  dit-il. Par conséquent, il faut donc élever l’enfant à part, dans un état de séquestration aussi complète que possible et sous l’influence d’un percepteur chargé de présider à l’éclosion et à l’épanouissement de cette âme. ROUSSEAU qui dénonce la corruption de l’homme par la société,  propose une éducation conforme à la nature. «Tout est bien en sortant des mains de l’auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme». Il faut donc protéger l'enfant contre l'influence néfaste de la civilisation. Le but de cette éducation est de développer chez l'enfant son sens moral et décourager la vanité, l'esprit de domination, la cupidité, le mensonge. Il s'agit de former en même temps que l'intelligence, une âme naturelle. Dans l'ordre naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation commune est l'état d'homme : «Vivre est le métier qu'il veut apprendre à son élève». Le principe, dans «Emile», est : «Observez la nature, et suivez la route qu'elle vous trace». Son système s'oppose à la tradition des Jésuites privilégiant l’apprentissage par coeur ; il préfère l'expérience et l'observation aux livres, prône le travail manuel et les exercices physiques, met l'enfant au centre d'un processus éducatif qui respecte sa personnalité et sa liberté intérieure, lui permettant ainsi de devenir l'homme accompli dont la société a besoin. À travers cette description de la formation d'un être humain accompli, ROUSSEAU donne la version la plus achevée de sa philosophie.

«Émile» est le nom du jeune homme imaginaire dont Rousseau se propose de faire un élève modèle. ROUSSEAU veut que son Émile soit riche : «Le pauvre n'a pas besoin d'éducation : celle de son état est forcée» ; qu'il ait de la naissance : «ce sera toujours une victime arrachée au préjugé» ; qu'il soit de bonne santé : «Pourquoi un homme se sacrifierait-il à un être fatalement impuissant ? Ce serait doubler la perte de la société et lui ôter deux hommes pour un» Émile doit être mis entre les mains de son précepteur dès le berceau et n'en sortir que pour se marier. «Émile» développe les principes d’une éducation idéale depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Les quatre premiers livres abordent les questions par étape, à mesure qu’Émile grandit. Le dernier livre traite de l’éducation des filles à partir du cas de Sophie, éduquée pour devenir l’épouse idéale d’Émile. Le bébé doit obéir à la nature, ne pas porter de maillot, et être allaité par sa mère, sans recourt à une nourrice. Jusqu’à 5 ans, l’épanouissement physique est privilégié ; de 5 à 12 ans c’est une liberté bien réglée avec un éveil des sens et du corps ; de 12 à 15 ans une éducation intellectuelle et technique avec une observation de la nature pour être sociable et de 15 à 20 ans, une éducation morale et religieuse, quand s’il le souhaitera, et la recherche d’une femme idéale.

Quand «l’Émile» parut, en France, il fit grand bruit. Cet ouvrage devait être imprimé en Hollande, à Anvers, mais Mme de LUXEMBOURG insista pour qu’il soit publié en France et rechercha la protection de MALSHERBES. ROUSSEAU eut des admirateurs, mais aussi de puissants adversaires. «Au fond, Rousseau est plus dangereux que Voltaire et les Encyclopédistes. Ceux-ci révoltent promptement le sens moral, tandis que Rousseau, par son déisme affectueux et sentimental, trompe le sentiment religieux ; il dénature la morale en substituant des sentiments vagues à l’idée positive du devoir» écrit Daniel BONNEFON. «Avez-vous vraiment l’idée qu’il est utile et fécond d’exalter, solennellement, au nom de l’Etat, le pédagogue qui a le mieux écarté l’enfant de sa famille et de sa race ?» s’interroge Maurice BARRES. Pourchassé par ses adversaires, ROUSSEAU dut se réfugier dans la principauté de Neuchâtel, sous la protection du roi de Prusse. En effet, un arrêt du Parlement de Paris du 9 juin 1762 décréta la prise de corps de ROUSSEAU et ordonna que son ouvrage, Emile, soit brûlé. Il est reproché à ROUSSEAU d’avoir «soumis la religion à l’examen de la raison, essayé de détruire les certitudes des miracles énoncés dans les livres des Saints, l’infaillibilité de la révélation et l’autorité de l’église». A ces impiétés, ROUSSEAU «a ajouté des propositions qui tendent à donner un caractère faux et odieux de l’autorité souveraine, à détruire le principe de l’obéissance qui lui est due et l’amour des peuples pour leur roi».

C – Le contrat social

 «L’homme est né libre et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse plus d’être plus esclave qu’eux. Comment ce changement s’est-il fait ?  Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette difficulté» dit-il. De tous les ouvrages de ROUSSEAU, le contrat social est le mieux structuré. Son style concis, ses maximes élaborées, ses formules abstraites et l’enchaînement des idées, témoignent d’une grande maturation du texte. Pendant son séjour en 1743, à Venise, il a eu l’occasion d’étudier la Constitution aristocratique de cette République, ses vices et ses abus. De retour en France et après ses deux discours à l’académie de Dijon qui ont suscité des polémiques, il approfondit ses idées politiques sur les institutions. Républicain, ROUSSEAU souhaitait ardemment la Révolution pour instaurer la liberté et l’égalité. Il condamnait le despotisme assimilé à l’anarchie, à l’abus de pouvoir, mais surtout à l’usurpation du pouvoir souverain. «Le Contrat social» est l’exposé des idées politiques de ROUSSEAU. Sous l’Ancien régime, la souveraineté vient de Dieu et le peuple doit obéissance au Prince au même titre que les enfants doivent respect et obéissance à leur père. Louis XIV disait «L’Etat, c’est moi». ROUSSEAU renversa cette conception monarchique : seul le peuple est souverain. Le Contrat social, seul pacte légitime, établit la souveraineté de la loi sur tous les citoyens, en général, et sur chaque citoyen en particulier. Cette souveraineté est inaliénable et indivisible. Elle ne peut se transmettre, ni se partage ; tous sont égaux pour toujours et solidaires les uns des autres. Dans cet état, l’homme ne peut conserver la primauté des sentiments primitifs, il est avant tout citoyen. La volonté générale est armée d’une force supérieure à toutes les volontés particulières pour prévenir le désordre et les vices qui naissent dans une société mal ordonnée.

Dans «le Contrat social», ROUSSEAU ne voit que deux bases possibles à l’ordre social, la nature et la convention : «Le passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et en donnant à ses actions la moralité qui lui manquait auparavant». Cependant, «ce n’est plus la justice qui commande à l’homme, c’est l’homme qui commande à la justice».  Si une convention n’est pas juste, elle peut être contestée. En revanche, le fondement et la légitimité du pouvoir politique ne reposent pas sur une convention, ce serait introduire la précarité dans l’espace public, mais c’est sur la Loi, expression de la volonté générale ; c’est une forme d’association, «qui défend et protège toute la force commune de la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéit pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant» dit-il. Ainsi, chaque citoyen, pour être libre, commence par aliéner, totalement et sans réserve, tous ses droits : «car s’il en restait quelqu’un, je serai en quelque point mon juge, (…) l’état de nature subsisterait». En conséquence, «chacun se donnant à tous, ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n’acquiert le même droit qu’on lui cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force de conserver ce qu’on a». Par suite, ROUSSEAU est un apôtre de l’égalité sociale comme politique, ce qui a fait son succès. La démocratie française n’a pas entièrement repris la logique de la pensée de ROUSSEAU qui suppose une démocratie populaire dans laquelle ce sont les citoyens qui détiennent directement le pouvoir. Il a été choisi une démocratie représentative. En effet, la Constitution française dispose en son article 3 que «la Souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum». L’article 2 pose le principe de la République comme étant le «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple».

Après avoir dressé un état des maux de la société dans le «Discours sur l’origine de l’inégalité», ROUSSEAU traite des remèdes dans son traité «Du Contrat social». Il propose un pacte entre les citoyens dans le but de remédier aux inégalités de la société. Mais il faut aussi que des circonstances exceptionnelles permettent à un peuple de recouvrer sa liberté. C’est à cette possibilité que correspond l’idée de Révolution. «Tant qu’un peuple est contraint d’obéir, et qu’il obéit, il fait bien ; sitôt qu’il peut secouer le jour, et qu’il le secoue, il ferait encore mieux : car, recouvrant sa liberté par le même droit qui la lui a ravie, ou il est fondé à la reprendre, ou on ne l’était point à la lui ôter» dit-il. La doctrine politique de ROUSSEAU résultait concrètement d'une réflexion approfondie sur les théories soutenues par l'Ecole du droit de la nature et des gens. C'est cette situation de ROUSSEAU, dans la science politique de son temps, qui permet à la fois d'apprécier son génie propre et de mesurer exactement son originalité. Le problème historique des sources de la pensée politique de ROUSSEAU est certes difficile, mais son enjeu est tout a fait capital : en raison même des multiples allusions qu'il renferme, et dont le sens échappe au lecteur actuel, le «Contrat Social» notamment reste l'un des textes les plus obscurs de la littérature politique et a suscité d’importantes critiques de la part des conservateurs. BERTRAND dira, à propos du manuscrit du Contrat social acquis par la bibliothèque Sainte-Geneviève, «Rousseau n’a qu’un tort, mais il est grave : ses idées se modifient, et il s’obstine à n’en convenir ni avec les autres, ni peut-être avec lui-même». ROUSSEAU admettra que ce texte n’était pas parfait : «Ceux qui se vantent d’entendre mon Contrat social, sont plus habiles que moi. C’est un livre à refaire» dit-il.

II – Rousseau et son imaginaire poétique

Si le ROUSSEAU philosophe et penseur de la Révolution avait ses détracteurs, le ROUSSEAU littérateur, propulsant le Moi, le romantisme au devant de la scène, fait presque l’unanimité. «Mettons-nous au ton de l’âme de Rousseau, non pas pour l’approuver dans tout ce qu’il dit, mais pour l’admirer partout où il est admirable. Son œuvre est bien mêlée, bien vieillie : elle renferme toutefois des beautés solides, éternelles ; des pages empreintes d’un mysticisme qui a toujours fait les délices des âmes tendres, délicates et jeunes» écrit Mme Germaine de STAEL. Ses qualités d’artiste ont été célébrées par Emile FAUGUET de l’Académie française «Personne plus que Rousseau n’a mis son tempérament dans l’art, et personne, aussi, plus que lui, n’a été guidé et maîtrisé dans ses idées et par son tempérament par ses impulsions d’artiste» dit-il.

A – Les confessions,

Dans ses «Confessions» ROUSSEAU promet de faire preuve d’une sincérité absolue : «Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. (…) Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le Juge souverain. Je dirai hautement, voila ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. Je dis le bien, je dis le mal avec la même franchise» dit-il. Récit autobiographique en douze livres, «Les Confessions» empruntent, en fait, leur titre à Augustin d’HIPPONE dit SAINT-AUGUSTIN (354-430, après J.-C) qui, le premier, avait entrepris d’analyser sa vie à la lumière d’une exigence morale, sans concession. Se sentant entouré d’un monde, parfois, hostile, ROUSSEAU cherche à se défendre par le texte. Cependant ce procédé est en lui-même ambigu, car si le discours peut amener le lecteur à la vérité, il peut aussi travestir les choses, mentir. Pour ROUSSEAU, la sincérité de l’auteur démontre la véracité de son propos. Cette transparence de l’écrivain garantit l’authenticité de sa parole. Il ne doit donc rien cacher de ce qu’il est.  Si les Confessions s’arrêtent à 1766, soit 12 ans avant sa mort, les ouvrages de ROUSSEAU et ses correspondances offrent une source d’information importante sur l’artiste. Jugé cynique et orgueilleux par certains, les qualités littéraires de ROUSSEAU ont été reconnues par tous. Du point du vue de son style, ROUSSEAU est admirable et marque un progrès réel dans l’art d’écrire : «On y découvre deux choses nouvelles, le sentiment de la nature vraie, prise sur le fait dans les champs, dans les bois ; et le pathétique familier, aux petits détails de la vie» écrit Jean-Claude VILLEMAIN.  

 

C’est une révolution dans le domaine de la littérature ; en parlant de soi, les autres peuvent s’y reconnaître. En effet,  les auteurs classiques parlaient généralement peu d’eux-mêmes : «Le Moi est haïssable», disait Blaise PASCAL. Les oeuvres autobiographiques de ROUSSEAU annoncent le Romantisme, et tout un pan des lettres françaises et mondiales. Aujourd’hui plus que jamais, l’exploration des méandres de la personnalité, le regard intérieur et l’introspection sont au coeur de la littérature, par delà le journal intime, les mémoires ou l’autofiction. Ce qui a survécu au temps, c’est son style souverain, la beauté de ses textes, la force et la clarté de son écriture qui nous aide à penser notre société contemporaine. En cela, Jean-Jacques Rousseau est notre contemporain. «J’admire autant que personne l’artiste, tout de passion et de sensibilité, le musicien pourrais-je dire, des Rêveries d’un promeneur solitaire, des Confessions, et de la Nouvelle Héloïse. L’homme, lui-même, cette vertu pauvre et revêche alliée à cet amour lyrique de la nature et de la solitude, je ne ferai pas son procès» écrit Maurice BARRES.

 

B – Julie ou la Nouvelle Héloïse

«Julie» est  un roman écrit sous forme épistolaire et dont le sujet rappelle les amours d’Héloïse et d’Abélard. ROUSSEAU s’est jugé lui-même sur la valeur morale de cette monstrueuse production. L’intrigue est simple ; une jeune fille et son percepteur, bien élevés, se prennent d’amour. Ils voudraient se cacher mutuellement leurs sentiments ; mais la passion aura raison de leurs vaines précautions ; ils finissent par s’écrire et se lâchent. Les imprudences s’enchaînent. Leur amour idéal devient ce que tout temps est devenu un amour idéal. Julie accepte un mariage forcé, en dépit de ses élans d’ardeur pour son amant, Saint-Preux. Julie, la femme héroïque, vertueuse et fidèle, choisira Saint-Preux comme étant le percepteur de ses enfants. Tout le monde, libéré de la perversité, est doux, vertueux, bon et heureux. Saint-Preux est guéri, l’atmosphère de cette maison, la présence de Julie, ont élevé son âme, purifié ses affections. «L’intérêt que produit ce recueil est pur et sans mélange de peine ; il n’est point excité par des noirceurs, par des crimes, ni mêlé de tourments de haïr» écrit ROUSSEAU. Tout finira tragiquement. «Le véritable amour est le plus chaste de tous les liens. Sa flamme honore et purifie toutes les caresses ; la décence et l’honnêteté l’accompagnent au sein de la volupté même, et lui seul sait tout accorder aux désirs, sans rien ôter à la pudeur» avait dit Julie avant sa disparition. L’amour inspire la vertu, l’amour élevé à une certaine puissance est nécessairement vertueux. Une autre idée, peu morale, domine aussi ce roman, c’est que la sagesse humaine la morale, sans Dieu, suffit à la conduite de la vie. Encore une idée inspirée de Confucius.

L’auteur a placé la scène de son roman à Clarens, petite ville située sur le Lac de Genève ; ce lieu lui a fourni l’occasion de peindre plusieurs tableaux ravissants de la nature suisse. Ce qui assure à ce roman une longue durée, c’est moins l’intérêt de l’action que l’éclat du style et les épisodes qu’il renferme. «Il faut des spectacles dans les grandes villes, et des romans au peuple corrompu. J’ai vu les mœurs de mon temps, et j’ai publié ces lettres. Que n’ai-je vécu dans un siècle où je dusse les jeter au feu !» écrit ROUSSEAU sur le sens de cet engagement littéraire. «Julie, ou La Nouvelle Héloïse» est le récit d'une passion impossible entre Saint-Preux, un précepteur roturier, et son élève Julie, fille du baron d'Etanges. «Jamais une fille chaste n’a lu de roman, et quant au mien, celle qui osera en lire une seule page sera une fille perdue. Qu’elle n’impute point sa perte à ce livre, le mal était fait d’avance. Puisqu’elle a commencé, qu’elle achève de le lire ; elle n’a plus rien à risquer» dit-il dans la préface. Ce roman est né de souvenirs érotiques, d’amours platoniques ou contrariés, de transports sentimentaux de ROUSSEAU, Mesdames WARRENS et d’HOUDETOT sont en toile de fond. Il voulait ramener le roman à la simplicité de la nature, renoncer aux intrigues compliquées, prendre l’homme par le dedans et non par le dehors, se faire historien de son âme, de son coeur et de ses passions. Ce roman est une charge violente contre la société bienpensante de son époque ; son but était de réagir contre l’immortalité des romans du XVIIIème siècle et de montrer que ce genre si dangereux si dangereux l’est surtout par la faute de ceux qui le traitent. Cristallisant toutes les aspirations sentimentales de l'époque, ce roman, publié en 1761, eut un retentissement considérable. ROUSSEAU y dépeint une société harmonieuse qui concilie pureté et passion absolue dans une nature bienfaisante. La forme épistolaire choisie sert une vérité immédiate et subjective où le souvenir réactualise les sentiments. Roman pré-révolutionnaire, «La Nouvelle Héloïse» prône l'abolition des classes par le sentiment amoureux.

C – Les rêveries d’un promeneur solitaire

«Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit par un accord unanime. Ils ont cherché, dans les raffinements de leur haine, quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes ; ils n’ont pu qu’en cessant de l’être, se dérober à mon affection. Les voila donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi, puisqu’ils l’ont voulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même ? Voila ce qui me reste à chercher», écrit ROUSSEAU dans ses «Rêveries».  Après avoir formulé les éléments d'un système de pensée (les Discours, Émile, le Contrat social), satisfait son imaginaire romanesque (Julie, ou la Nouvelle Héloïse), ROUSSEAU a tenté de raconter sa vie et de se justifier des accusations portées par ses adversaires (Les Confessions, Le Dialogues). ROUSSEAU fait retour sur lui-même, dans ses «Rêveries» et se laisse aller au pur plaisir de la mémoire et de l'écriture. Il magnifie les sensations de la seule existence. Au-delà de toutes les formes littéraires reconnues, il prend des notes sur des cartes à jouer, retrouvées par le marquis de GIRARDIN, et compose, de 1776 à 1778, des rêveries au gré de promenades à pied, au hasard d'associations d'esprit et d'obsessions récurrentes.

Il meurt en laissant inachevée la dixième promenade. «Les Rêveries» seront publiées à titre posthume, en 1782, en 10 promenades. Chacune des promenades est relatée à partir d'un thème ou d'un souvenir. Les thèmes peuvent être les persécutions et la solitude (1), la morale et la religion (3), la vérité et le mensonge (4), la pitié et la bienfaisance (6), la solitude et la sérénité (8), la charité et la sociabilité (9) ; les développements se croisent et se font écho les uns aux autres. Les épisodes biographiques, récents ou anciens, sont un accident durant lequel Jean-Jacques est renversé, à Ménilmontant, par un gros chien danois qui court devant un carrosse (2), l'accusation de vol portée contre l'innocente Marion (4), l'isolement dans la petite île de Saint-Pierre au milieu du Lac de Bienne, près de Neuchâtel (5), les parties d'herborisation et la connaissance du monde végétal (7), la première rencontre avec Mme de WARRENS, cinquante ans plus tôt (10). Chaque texte amène des développements sur la vie morale et spirituelle, ou bien sur le plaisir d'exister, la fusion dans les rythmes de la nature. Se réveillant après son évanouissement à Ménilmontant, s'isolant au bord du lac de Bienne et se laissant aller au battement de l'eau, ROUSSEAU expérimente un bonheur négatif.

«Les Rêveries» sont une œuvre phare du romantisme, à côté des «Souffrances du Jeune Werther de Goethe. Les «Rêveries» sont aussi une quête de soi, dont les déambulations dans la nature serviraient de révélateur, la nature étant présentée comme vraie refuge de la réalité, contre les vicissitudes du monde civil, vain et mauvais, contre le «torrent de ce monde». A partir de ce lieu isolé, solitaire, ROUSSEAU, dans ses Rêveries, dévoile l’éclat, la douce liberté de la nature, qui n’est pas sans rappeler les descriptions de l’état de nature faites dans le «Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes». Ce romantisme, à première vue bien loin de sa philosophie politique, révèle cependant une «anthropologie romantique» dans la mesure où ROUSSEAU y défend l’idée d’une identité du Moi et de la nature, une subjectivité dont la raison peut se transcender par l’imagination. Ainsi, le romantisme de ROUSSEAU fonde sa philosophie politique dans la mesure où c’est la conception de l’homme qui pousse ROUSSEAU à rebâtir les rapports sociaux sur la base d’un nouveau contrat. Autrement dit, sans les présupposés romantiques de ROUSSEAU, il n’y a pas de «Contrat Social». Et au fond, il semble que ce qui est habituellement jugé comme un essai purement biographique pose en fait les fondements de la philosophie politique de ROUSSEAU.

Conclusion

Le 27 août 1791, les cendres de ROUSSEAU sont transférés au Panthéon. ROUSSEAU est qualifié, lors du centenaire de sa naissance, par Louis BLANC «d’immortel génie, de démolisseur de la royauté, de destructeur des servitudes et de théoricien de la démocratie». Il a nié le droit royal et affirmé la souveraineté du peuple et l’égalité. «Il a vécu et il est mort dans l’espérance, comme tous les hommes vertueux, d’une meilleure vie ; il a défendu la cause des enfants, des amants malheureux, des infortunés, de la vertu, et il a été persécuté» écrit Maurice SOURIAU. «La gloire de Rousseau est d’avoir senti et compris que l’on ne détruisait bien le despotisme, les privilèges et la superstition qu’en les remplaçant par la liberté, l’égalité, la morale» écrit Auguste CASTELLANT. «Rousseau était l’homme du peuple. Il avait souffert. Il avait voulu rester pauvre, pour conserver son indépendance et sa fierté dans une société sceptique, épicuriennes dont les vices lui inspiraient un invincible éloignement» dira Louis BLANC.

ROUSSEAU ayant forgé des outils pour le futur, a pensé la Révolution avant son avènement. Précurseur du romantisme, les romantiques ont une dette considérable à son égard. Inventeur avant l’heure de l’écologie, il nous invite à écouter la nature, à en jouir, nous a montré à quel point elle pouvait être belle et consolatrice. Explorateur de lui-même et, partant, de l’homme, il a décrit les mouvements de l’âme, les sentiments, les humeurs, les contrariétés, les exaltations, les joies, les fureurs et les peurs qui l’agitaient et qui le menaient parfois là où il aurait préféré ne pas aller. Il a dépeint, avec brio, les passions qui s’emparent de l’être au point, parfois, de transfigurer le réel autour de lui. Il a aussi montré, racontant son histoire, comment l’être social peut se sentir rejeté par une société qui le blesse et dont il se sent, soudain, l’étranger. La  force de ROUSSEAU est peut-être précisément d’avoir osé penser, écrire, réfléchir en intégrant ses propres contradictions et paradoxes, en n’occultant ni ses sentiments, ni ses errances, ni les corruptions de la société. Dépourvu de tout manichéisme, il a relaté, sincèrement, les noirceurs et les illuminations de l’âme, dans un style flamboyant.

 

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Jean-Jacques Rousseau

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Les rêveries d’un promeneur solitaire, Illustration de Maximilien Vox, Paris, Lemercier, 1925, 264 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Pensées et maximes, Paris, Roret et Roussel, 1820, tome 1, 228 pages et tome 2, 223 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Emile ou de l’Education, Paris, J. Bry Aîné, 1856, 327 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Emile ou de l’Education, Paris, J. Bry Aîné, 1856,  pages ;

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2 – Critiques de Jean-Jacques Rousseau

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Paris, le 19 novembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Jean-Jacques ROUSSEAU, philosophe et poète.
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