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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 20:47

Cet article a été publié dans le journal FERLOO, édition du 3 novembre 2017.

«Le roman de Ken Bugul détruit les objets qu’il appréhende afin de les rendre, par une destruction, à l’insaisissable fluidité de l’existence de l’écrivain. C’est à ce prix qu’il espère retrouver l’identité du monde et de l’homme» écrit Justin BISANSWA. Dans sa contribution littéraire, largement autobiographique, Ken Bugul, une tenante du Womanisme mêlant considérations raciales et sexuelles, lutte contre le colonialisme, relate sa vie de femme, ses amours, ses joies, ses peines, réaffirmant ainsi son identité et son enracinement dans les valeurs culturelles traditionnelles africaines. En effet, Ken Bugul est l’une des figures marquantes de la littérature africaine féministe qui, face à l’aliénation, au rejet de soi, à la crise identitaire, à la négation de l’intellectuel par son peuple et par la mentalité coloniale, se sert de l’amour pour permettre à la femme, longtemps réduite au silence par le patriarcat, de retrouver son moi profond, sa véritable identité, sa joie de vivre, ainsi que le désir de jouir de la vie immédiate et la liberté d’expression. Ken Bugul n’exprime pas une posture intellectuelle, elle mène un engagement politique profond, une quête d’une plus grande justice à l’égard de la femme, pilier essentiel de la société, pour un changement social et politique radical en Afrique. «Je suis très exhibitionniste. Mystérieux ne s’adapte pas à ma personne. Il n’y a pas de mystère. J’écris de l’autobiographie. Je me découvre. Je me dévoile» dit-elle. Guy Ossito MIDIOBOUAN écrit que, dans «le Baobab Fou», Ken Bugul «y développe un langage résolument effronté». Ecrire, c’est exorciser sa souffrance, partager son ressenti et en faire une arme pour se définir, affirmer son identité culturelle et son combat pour la libération des femmes. «Ecrire c’est éblouir les sens, et les sens n’ont pas de couleurs» dit-elle. Ken Bugul a pris la parole au nom de toutes ces femmes qui souffrent en silence, oppressées par le patriarcat et les traditions d’un autre âge, et les a mises en garde contre l’aliénation raciale : «c’est une recherche de soi et un sentiment d’appartenance» suivant Nathalie CARRE.

Il est des blessures qui ne guérissent presque jamais, des déchirures tellement profondes qu’elles déchiquettent l’âme et stérilisent l’esprit. Pourtant, tombée en disgrâce, Ken Bugul a su relever, dignement la tête : «Et la femme, la femme forte, qui se relève après être tombée dans les abîmes de la déchéance, peut continuer sa lutte harassante contre la folie et le désespoir, le racisme et la bêtise humaine» écrit Isabel Esther GONZALEZ ALARCON à propos du «Baobab fou». Comme le dit Ken Bugul, dans le «Baobab fou», «ce sont des êtres écrasés qui se rémémorent». Par ailleurs, Ken Bugul évoque, dans «Mes hommes à moi», son «jardin intérieur». Sortie de l’errance, de la folie et de la marginalité, femme d’une énergie et d’une grande capacité pour rebondir, Ken Bugul dotée d’une énergie et d’un goût pour la liberté, a vaincu les préjugés et les difficultés pour devenir une écrivaine de renom faisant ainsi honneur à la littérature sénégalaise. Ken Bugul se caractérise par une écriture toujours engagée, au service de la Vérité et de la Justice, et volontiers dérangeante, elle est une des grandes voix de la littérature africaine contemporaine. La contribution littéraire de Ken Bugul, loin d’être un voyeurisme malsain, est l’héritage de l’engagement de ses prédécesseurs, comme George SAND (voir mon post) et Virginia WOOLF qui, sans se soucier des flatteries ou des éloges, ont décidé de rester, authentiquement, elles-mêmes. «Si vous ne dites pas la vérité sur vous-même, vous ne pouvez pas la dire sur les autres» écrit Virginia WOOLF. En effet, écrivaine de génie, critique littéraire et éditrice, mélancolique avec une expérience de la folie, suicidaire en raison des agressions sexuelles, bisexuelle et bipolaire, Virginia WOOLF est la tenante du courant littéraire «Stream of Consciousness», un monologue intérieur teinté de psychologie et assimilable à l’autofiction. Ce mal-être, comme celui de Ken Bugul, est la source de sa fécondité littéraire «Si je ne passais jamais par ces crises si extraordinairement  pénétrantes d’agitation ou de repos, je finirai par m’abandonner et me soumettre. Il y a là, au contraire, quelque chose qui m’oblige à lutter» dit Virginia WOOLF. Femmes libres, George SAND et Virginia WOOLF continuent d’inspirer les féministes d’aujourd’hui. «Je ne pense point qu’il y ait de l’orgueil et de l’impertinence à écrire l’histoire de sa propre vie» écrit George SAND.

Ken Bugul a décidé d’affronter le regard des autres, notamment de la société musulmane et les misogynes. Ken Bugul, une femme dominée deux fois par le colonialisme et le patriarcat, a pu faire entendre la singularité de sa voix : «J’ai pris la décision de m’engager aux côtés des femmes où la question de la femme se posait dans la société. Je l’ai fait aussi pour des raisons personnelles. J’avais moi-même des problèmes relationnels à cette époque. (…) J’avais besoin de me libérer complètement, de sortir de toutes les relations qui m’enfonçaient dans la crise identitaire. (…) On peut se battre pour les droits de la femme tout en sauvegardant le socle de la famille» dit Ken Bugul. Elle prolonge ainsi la pensée George SAND, pour qui : «il n’y a qu’une vérité dans l’art, le beau ; qu’une vérité dans la morale, le bien, qu’une vérité dans la politique, le juste». Elève brillante, Ken Bugul écrivait déjà, mais sans plan de carrière ; c’est Abdoulassam KANE, un ami, qui l’a incitée à entamer une carrière littéraire «J’allais dans son bureau de l’UNICEF, à Dakar, en plein travail, pour lui raconter des bribes de ma vie. (..) Et cet ami qui m’a dit, un jour, «tout ce que tu me dis là, il faut l’écrire». (…) Je suis allée au Café du Rond Point et j’ai commencé à écrire» dit-elle. Pour l’édition de son premier roman, Ken Bugul fait appel à l’appui d’Annette M’BAYE D’ERNEVILLE, première femme sénégalaise à avoir fait publier en 1961, un ouvrage intitulé «La Bague de cuivre et d’argent». La démarche de Ken Bugul, en dépit de ces comparaisons flatteuses, reste fondamentalement originale en soi ; c’est une œuvre sensible, intime, au carrefour du témoignage et de l’autofiction, une démarche de reconstruction de soi. «Je suis née à la campagne. Mon père était marabout. Le seul fait d’appartenir à une famille maraboutique m’empêchait de vivre. (…) J’ai commencé à écrire dans une période de transition de ma vie. Je ne savais plus où donner la tête. Je ne savais plus où aller avec tout ce que j’ai vécu que je traînais en moi. Je traînais dans ma propre vie. (…) J’ai commencé à écrire ce qui allait devenir un livre. Au fur et à mesure que je l’écrivais, c’était comme une thérapeutique.» dit-elle. En effet, la dimension thérapeutique de l'écriture, qu’adopte Ken Bugul, est liée à la possibilité qu’elle offre de mettre en forme l'expérience, de prendre du recul vis-à-vis d'elle pour ensuite se la réapproprier.

Le féminisme africain n’est plus homogène ; il a pris des voies sinueuses et diversifiées. On compare souvent Ken Bugul à ses contemporaines, notamment Fatou DIOME et Calixthe BEYALA, des tenantes de la littérature postcoloniale. Chez la majorité des personnages féminins de Calixthe BEYALA, la source du tragique émane de la rupture entre la réalité et le désir, la tradition et la modernité, le passé et le présent, la mémoire et l'identité à forger. Ken Bugul et Calixthe BEYALA ont en commun, dans leur contribution littéraire, la fuite de soi, la passion de la psychologie et le mode de vie du Blanc, et une façon de se fondre en l'autre tout en gommant, extirpant la mémoire et leur identité africaines, ce qui provoque jalousies, crises, dépressions, mort de la vie, avec leurs lots d’acculturation. Evoquant le corps féminin, le désir et la volupté, les récits de Ken Bugul ont scandalisé la bonne société africaine. «J’écris comme je suis, j’obéis à des pulsions intérieures». En cela, elle est en rupture par rapport à la démarche protestataire de Mariame BA. Par ailleurs, Calixthe BEYALA et Ken Bugul ont développé les rapports mère-fille. Calixthe BEYALA a travaillé sur ce thème, en s’inspirant de la Négritude, ce que certains appellent «la féminitude», c’est-à-dire la différence égalitaire entre l’homme et la femme ; la femme veut les trois pouvoirs la carrière, la maternité et la vie affective. La femme serait même supérieure à l’homme. Quant à Ken Bugul, elle fustige les «clichés et les idées reçues que l’on a de la femme africaine», et a même accepté de devenir la 28ème épouse d’un marabout, suscitant ainsi des moqueries des Occidentaux. Cependant, Ken Bugul donne ses justifications dans «Riwan ou chemin de sable» ; contrairement à ce que pensent les Occidentaux, elle ne fait pas l’apologie de la polygamie, son propos est ailleurs ; la polygamie est devenue un élément curatif dans sa recherche identitaire et lui a permise de se réconcilier avec elle-même.

Sénégalaise d’origine, béninoise par alliance, Mariétou M’BAYE, veuve BILEOMA, est née à Malem Hodar, commune rurale et chef-lieu département, dans le Saloum, dans la province de l’ancien royaume du N’Doucoumane (La plus haute cour du Roi, en Sérère), en pays Sérère, dans l’actuelle région de Kaffrine, au Sénégal. «Mes personnages ont besoin d’air et d’espace. Peut-être que cela est lié à mon village natal, Malem Hodar, des paysages à perte de vue, de l’espace infini» dit Ken Bugul. Pour conjurer le sort, on  donne ce prénom au Sénégal à un nouveau-né dont la mère a fait plusieurs fausses couches. «Ken Bugul» signifie en wolof, comme en Peul (Aladjiddo), «celle dont personne ne veut, même pas la mort». Mariétou M’BAYE, de son vrai nom, se singularise par sa sincérité déconcertante, sa capacité d’indignation et son goût de la provocation, à tel point que son éditeur, dans son premier roman, «Le Baobab Fou», lui a recommandé de prendre un pseudonyme. Mariétou a pris le nom de plume de «Ken Bugul» tiré de son roman «le Baobab Fou» : «Je suis née Mariétou. Je suis devenue Ken Bugul avec le Baobab fou. C’est vrai qu’à un moment donné j’ai voulu revenir à Mariétou. Mais je ne l’ai pas fait parce que j’ai commencé à aimer Ken Bugul pour son symbolisme» dit Ken Bugul. L’inspiration littéraire de Ken Bugul est fortement influencée par le sentiment d’abandon, par le manque d’attachement de ses parents : «Tout être avait besoin d’être soutenu, loué, remercié, glorifié, reconnu, galvanisé, subjugué, haï, aimé, meurtri, brimé. Tout être avait besoin d’être quelque chose. Or, abandonnée, je me sentais sans l’affection des miens, sans repères émotionnels» écrit Ken Bugul. En effet, elle a toujours cru que personne ne voulait d’elle, même ses parents : «Je maudirai toute ma vie ce jour qui avait emporté ma mère, qui m’avait écrasé l’enfance, qui m’avait réduite à cette petite enfant de cinq ans, seule sur le quai d’une gare alors que le train était parti depuis longtemps» dit-elle. Quand elle est née, son père, un marabout, avait 85 ans ; Ken Bugul n’a pas bénéficié de l’attention qu’elle escomptait de ce père qui passait une bonne partie du temps à prier. Aussi, quand son père est mort, paradoxalement, elle a pleuré : «Ce qui m’a fait pleurer, c’était le fait qu’on me disait orpheline de père, moi qui n’avais pas jamais eu de père. Perdre un père que je n’avais eu. C’était cela qui m’avait fait pleurer» dit-elle. Pourtant Ken Bugul, par sa créativité, la sympathie et la chaleur qu’elle dégage quand on la rencontre, on est sous le charme ; tout le monde en veut. En particulier, et contrairement certaines écrivaines, pourtant mieux primées, Ken Bugul a, particulièrement, retenu l’attention des critiques littéraires si l’on en juge sur le nombre de thèses et articles sur sa contribution littéraire originale et imposante (voir ma bibliographie qui n’est que sélective) ; ce qui lui a valu d’être élevée au rang d’officier des Arts et Lettres du gouvernement français. Née avant l’indépendance Ken Bugul, à mon sens, est avant tout sociologue et psychologue ; elle décrit, fidèlement, dans ses ouvrages, diverses institutions traditionnelles (mariage, fiançailles, coutumes et moeurs, la vie, la mort, pouvoir religieux, etc.) qui peuvent disparaître ou se modifier avec la fuite du temps. Son témoignage, de ce point de vue, est particulièrement précieux pour l’histoire de la société sénégalaise. Ken Bugul a pris conscience, en dépit du principe affirmé de l’assimilation, que le colonisateur a une conception racialisée et ethnicisée de la République ; elle était du côté des vaincus : «Je viens d’un pays, où la colonisation a le plus divisé les populations. La société était divisée en trois classes : la première était celle des Occidentaux, la seconde celle des assimilés et la troisième celle des indigènes dont je faisais partie. La situation des indigènes était dramatique. Ils n’avaient aucun privilège, ni celui des Occidentaux, ni celui des assimilés, mais on leur demandait pourtant de penser et d’agir comme eux» dit Ken Bugul. Sur le plan littéraire, Ken Bugul a adopté des formes du langage que sont notamment la musicalité et les jeux de mots qu’elle tient, dit-elle, de sa mère : «La langue maternelle, c’est des sentiments, des odeurs, des sonorités, des attouchements. C’est la langue de ma mère et non la langue de la mère de tout le monde».  Dans cette quête du langage poétique et de sincérité, Ken Bugul s’appuie donc sur cette Afrique profondément maternelle. «La partie de la langue maternelle de mes premières années que j’ai passées avec ma mère (…) ça m’a permise d’acquérir et de renforcer une nouvelle langue pour mon écriture» dit-elle. Pour Ken Bugul ayant décidé d'écrire ses romans dans une langue caractérisée par des effets de maternement et de mutilation, on peut donc parler de l'institution d'une langue individuelle en marge de celles de la société. C'est pourquoi ce n'est que justice d'appeler cette langue par le nom de son auteure, soit la langue «bugulienne».

Dans la contribution littéraire de Ken Bugul, un ensemble se dégage, formé par trois romans inspirés d’une vie éclatée, hachurée, qui finalement parvient à l’unité. Ken Bugul est à la fois l’auteure, la narratrice et le personnage de ses récits. Dans «Le Baobab fou», «Cendres et Braises» puis «Riwan ou le chemin de sable», Ken Bugul met en scène une trajectoire qui conduit la narratrice âgée de 20 ans du Saloum en Belgique, puis à Paris vers la trentaine. L’enfance de Ken Bugul s’est déroulée durant la colonisation. L’école coloniale, facteur d’aliénation et de reniement de soi, est à l’origine, indirectement, d’une déchirure fondatrice dans son existence. «J’étais allée à l’école française, la plus jeune de l’unique classe et la seule fille de ma famille à compter toutes les générations, à avoir franchi le seuil d’une école […]. L’école française qui allait bouleverser mille mondes et mille croyances qui se cachaient derrière les baobabs médusés en prenant des formes humaines» écrit-elle. Au départ, un voyage pour études ; à l’arrivée, une chute dans la spirale de l’errance, de l’oubli de soi, et de la perte des repères affectifs et idéologiques. De cette enfance, Ken Bugul est traumatisée par l’abandon momentané, mais vécu comme définitif, de la mère séparée du père, et l’incompréhension qu’il a suscitée chez Ken Bugul alors âgée de 5 ans. «Un jour, ma mère est partie avec mes grands frères dans un autre village pour qu’ils puissent aller à l’école», explique-t-elle. Ken Bugul a été confiée  son père. Cet abandon n’a duré qu’un an, mais il est à l’origine de son besoin d’écrire. «La souffrance a été d’autant plus grande que son père, lui aussi, était absent. À ma naissance, il était âgé de 85 ans. Il avait plusieurs épouses, et je me suis retrouvée plus jeune que tous mes neveux et nièces. J’entendais tout le monde l’appeler grand-père, alors il est devenu aussi mon grand-père» précise Ken Bugul. Ce lien familial distendu, ce vide, a été comblé par l’école française. «J’ai toujours aimé écrire. Quand j’étais au lycée, je fais de grandes rédactions, j’ai aimé beaucoup développer. J’écrivais beaucoup de poèmes, de longues lettres à mes amis. Mais pour ce qui est d’écrire un livre, l’idée ne m’est presque jamais venue» dit-elle. Première fille d’une famille très traditionnelle à avoir accès à l’éducation moderne : «Tout ce qui m’intéressait à l’époque, c’était l’école française. Je m’étais rendu compte que j’avais une facilité d’assimilation qui me permettait d’apprendre et il y avait beaucoup à apprendre et il y en avait pour tout le monde» dit-elle. Comme tous les Sénégalais musulmans, Ken Bugul fréquente l’école coranique : «Parmi les locataires Toucouleur qui habitaient la maison, j’avais trouvé l’un d’eux, Thierno Alassane BA, quelqu’un qui me fit connaître le Coran autrement que par la méthode aveugle dont on usait». Lycéenne, Ken Bugul voit pour la première fois le sexe d’un homme «Un grand Toucouleur, beau comme les géants que les négriers embarquaient, était toujours allongé, accoudé sur un coussin. Habillé d’un pantalon bouffant (…), il s’arrangeait pour que son sexe passât par la fente du pantalon bouffant, gracieusement offert aux regards qui s’attardaient. Tel est le mien. Au début cela m’amusait seulement, et par la suite, éveillait, chez moi, un désir fort de le toucher, de le voir entièrement» dit-elle. En militante de la cause africaine, Ken Bugul sera déçue par l’indépendance acquise le 4 avril 1960 : «Je ne constatais aucune acquisition d’identité propre, aucun souffle. L’indépendance était comme la reconnaissance et l’officialisation de la dépendance». Lycéenne, Ken Bugul a assisté à un événement planétaire, le Festival mondial des Arts nègres : «Ce fut une immense fête en hommage à la racine, mais le contexte historique de l’aliénation dévia de l’essentiel. (…) Ce qui restait de l’Afrique fut étalé dans un spectacle de divertissement entre vaincus et vainqueurs. (…) Le Festival devait manifester l’essence de l’homme noir aboutit à la déculpabilisation du colonialisme» dit-elle.

Après ses études primaires au village, Ken Bugul fréquente le lycée El Hadji Malick SY à Thiès, puis l’université de Dakar, et se rend, par la suite, en Belgique, en «Terre promise» en Occident. Là, c’est le choc. «Un miroir m’a soudainement révélé ma «noirceur». J’ai compris que mes ancêtres n’étaient pas gaulois», écrit Ken Bugul qui plonge dans la drogue et la dépression. En effet, Ken Bugul obtient une bourse de l’Office de la coopération au développement afin de se rendre en Belgique : «Ce matin-là, nous nous faisions nos adieux. Je partais. Les autres restaient. Je partais très loin. Je m’arrachais pour tendre vers le Nord. Le Nord des rêves, le Nord des illusions, le Nord des allusions. Le Nord référentiel, le Nord Terre promise». Cette culture occidentale qui exerce un puissant attrait sur Ken Bugul semble pourtant dévaloriser et disqualifier les valeurs ancestrales africaines : «Durant ces premières années d’indépendance, je ne songeais qu’à mon émancipation. Je voulais être une femme bardée de diplômes qui épouserait un homme bardé de diplômes de l’école occidentale. […] À l’école on m’avait appris à considérer les hommes de mon village comme des sauvages, des gens qui ne connaissaient pas les bonnes manières, faisaient l’amour avec brutalité, ne respectaient pas la femme et s’accouplaient à tort et à travers». Ken Bugul découvre toute la noirceur de la vie en Occident et le relate dans son roman le «Baobab fou». Elle racontera son «deuxième enfer» et sa tentative de suicide dans «Cendres et braises». Consciente de cette force d’acculturation de la culture française, sans lui offrir d’autres perspectives, et afin de se dégager de ce rapport de domination, Ken Bugul entreprendra la reprise en main de sa propre histoire, de son identité culturelle. Ken Bugul face à cette hybridité, cette narration du Moi traversant une diversité culturelle, cette «aventure ambiguë» digne de Cheikh Hamidou KANE, (voir mon post), a décidé de reconquérir l’unité de sa personne, la possibilité d’exister soi-même parmi les siens, le pouvoir de s’exprimer, de se raconter et de se mettre en scène. Une possibilité conquise sur le fil de l’existence même. L’aventure s’est bien terminée mais elle a été violente : le passage par l’école coloniale, l’assimilation d’autres références culturelles que les siennes propres, le sentiment de ne plus trouver sa place, d’être un être déraciné qui va puiser dans le mirage de l’ailleurs des racines fantasmées, et, là-bas, l’épreuve du regard de l’autre, sans pitié. «Il n’y a pas de récit éthiquement neutre. La littérature est un vaste laboratoire où sont essayés des estimations, des évaluations, des jugements d’approbation et de condamnation par quoi la narrativité sert de propédeutique à l’éthique» dit Paul RICOEUR.

Ken Bugul est partagée entre deux mondes, mais elle a développé un pouvoir de création apaisé dans son rapport à l’autre. Elle avait un besoin de retour aux sources, une «migritude», c’est ce désir et le fait de migrer mais aussi le désir et le fait de retourner au pays natal. Ainsi, après une carrière de fonctionnaire internationale de 1986 à 1993 qui l’a conduite dans différents pays africains (Kenya, Congo, Togo), Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire, Ken Bugul séjournera au Bénin et exercer les fonctions d’animatrice culturelle. Elle est installée au Sénégal depuis le décès de son mari béninois, et poursuit sa carrière littéraire. Elle aimerait écrire une trilogie sur la vie à Dakar, la capitale de son enfance.

La contribution littéraire de Ken Bugul dépasse largement ses combats pour le féminisme. Ainsi, dans la «Pièce d’or», Ken Bugul dénonce la faillite de la démocratie en Afrique, les turpitudes des pouvoirs, le dévoiement des religions, mais envers et contre tout elle dit une Afrique où hommes et femmes se tiennent debout, résistent et portent l'espoir. Dans la «Folie et la Mort» ce qui est en cause c’est l’agonie de l’Afrique en proie aux démons de la guerre civile, de la pauvreté, de l’endettement et tout un cortège de handicaps. «Cacophonie» est un monologue intérieur,  dans la construction de soi, un refus de se résigner, un optimisme et une espérance pour un monde meilleur. «Je suis Africaine. Je vis au quotidien la souffrance de mon peuple. Je ne suis pas un spectateur. L’Afrique est ma patrie. Malgré tous ces problèmes, malgré toute la folie renaîtra» dit-elle. 

J’exclus de cette étude les romans de Ken Bugul, militante de la cause africaine, qui sont par ailleurs inséparables du combat pour les femmes. J’ai délibérément choisi les trois romans autobiographiques de Ken Bugul dans lesquels elle a pu faire entendre la voix des femmes écrasées par le patriarcat et le colonialisme. «Moi, je n’aime pas les gens qui passent leur temps à se plaindre. Surtout les femmes. Quand on est dans une situation insupportable, on s’en libère, c’est tout» dit-elle. «Mes Hommes à moi» sont de la même trempe. Assise au comptoir d’un bar parisien du XIIIème arrondissement, la narratrice se souvient de tous les hommes qui l’ont aimée ou qu’elle a séduits ; elle évoque son «jardin intérieur» et veut parler de quelque chose. Ken Bugul exhume les fantômes de sa propre histoire pour guérir du mal-être qui la ronge depuis l’enfance. «Moi aussi j’ai mon histoire que j’ai essayé de travestir. J’ai essayé de forcer le destin. J’ai essayé de camoufler mon histoire comme un caméléon en vivant les histoires des autres ou en en faisant d’autres histoires» dit-elle.

 

I – Ken Bugul, l’aliénation raciale et le combat des femmes

A – Le baobab fou, une écriture thérapeutique, dans une démarche féministe

Le Baobab fou est un roman autobiographique qui relate le parcours douloureux d’une étudiante africaine en Belgique, qui fait l’expérience de la liberté sexuelle en s’appuyant sur son exotisme : «les êtres écrasés se remémorent» dit-elle. Pourtant, ses parents l’avaient prévenue à la veille de son départ pour l’Europe : «Quand on est dans un pays étranger, on ne doit pas beaucoup parler, ni  beaucoup circuler, ni beaucoup faire de connaissances ; t’occuper seulement de tes études. (…) Fais attention aux gens de ces pays-là». Dès lors naît entre le personnage principal Ken et son pays d’origine une relation d’amour presque irrationnelle menant à la folie, d’où le titre du roman «Le Baobab fou». Son enfance la prédisposait à l’assimilation «Sans repère véritable, j’ai décidé de m’identifier à l’Occident. Je suis devenue Blanche, tout en restant Noire» dit-elle dans un entretien avec Michel MAN. L’étudiante n’arrive pas à nouer une relation saine avec les autres Africains vivant en Belgique : «Je n’arrivais pas à redémarrer. […] Le temps passait en introspections, en quête de racines imaginaires. […] Je n’arrivais pas à me lier avec les Africains des autres nationalités. Les envahisseurs nous avaient séparés, portés les uns contre les autres et nous n’étions pas arrivés à nous en sortir».

«J’étais en Terre promise. Ça y est. A moi la vie» dit Ken Bugul oubliant ainsi les recommandations de ses parents. «Je pense que la folie vient de ce décalage contre ma réalité d’Africaine, d’indigène et le personnage que l’école voulait faire de moi. Le déséquilibre psychologique m’a poussé à m’enfoncer dans cette aliénation dont les signes étaient l’imitation servile des Blancs» dit-elle à Michel MAN. En voulant s'assimiler à la civilisation occidentale, l’héroïne du roman devient un objet de curiosité pour de nombreux Blancs attirés par sa peau noire et se perd dans les méandres de la marginalité. «Tu plais aux hommes. Ken, tu es une Noire, tu peux te faire une fortune» se dit-elle. L’héroïne, danseuse et entraîneuse dans un bar, tombe enceinte, avorte et découvre l'homosexualité, perdant dès lors tout repère corporel. «Je ne prenais aucune précaution. J’étais trop prise à la découverte de l’Occident, trop empressée d’être reconnue trop impatiente d’être dans le coup» dit-elle. C’est l’expérience des bars, des salons de massage, la rencontre d’une Suissesse et de deux Tunisiens qui l’entraînent vers la prostitution. Ken Bugul n’est ni droguée, ni prostituée comme le personnage de son roman dans le «Baobab Fou», mais elle a admis des déviances : «Quand je dis prostitution, ce n’est pas le tapin. C’est-à-dire quelqu’un qui se met sur le trottoir en mini-jupe. Moi, je me donnais aux hommes par besoin d’affection et de reconnaissance, du fait de mes antécédents d’une petite fille dont personne ne voulait. (…) Sinon, je n’avais pas de problème matériel parce que dans le Baobab fou, on voyait que je fréquentais la haute bourgeoisie bruxelloise, les comtes et les barons. Je ne manquais de rien.  Je dormais dans des maisons particulières comme on dit. J’allais dans des maisons de campagne, dans des relais de chasse. Donc, je me donnais comme ça par besoin d’affection et pour combler un vide affectif (…) Donc, c’est ça cette forme de prostitution, en fait». Quand l’héroïne du roman est engagée comme allumeuse et entraîneuse dans un bar, le restaurateur lui délivre sa conception de la femme : «Une femme ne peut être rien d’autre que de la consommation. (…) Si tu veux gagner de l’argent, cesse de discuter avec les clients de métaphysique, de Sumer et de poésie. Nous ne sommes pas des poètes, nous». Ken Bugul abandonne ses études et fréquente les milieux aisés de Bruxelles et joue de son exotisme : «J’allais donc partout et j’étais partout celle qu’on remarquait. Parce qu’elle était noire, et aussi parce que, par désespoir, elle s’accrochait et elle osait […]. Ces gens riches étaient libres de faire ce qu’ils voulaient, ils absorbaient la diaspora pour l’originalité» dit-elle. Ken Bugul croyait bien connaître les Blancs pour les domestiquer et les manipuler : «J’étais une Noire, provocante, sophistiquée, qui connaissait leur culture, leur civilisation. Ils en étaient surpris». Elle en jouait un peu de la couleur de peau : «J’essayais de scandaliser la société, dans des robes transparentes aux couleurs vexantes […] le jeu de la couleur noire : être une femme noire qui plaise à l’homme blanc […]. Moi qui avais rêvé d’un foyer, d’un père, d’une mère, d’ancêtres, moi qui voulais être reconnue ! J’étais jetée dans la cage des fantasmes inassouvis et des chevauchées dans le rêve surréel». Ken Bugul ne savait plus où se situer dans sa nouvelle vie en Terre promise : «Je découvris les restaurants de luxe, les week-end de luxe, les maisons de luxe. L’Occident dans sa chute généreuse. (…) J’étais le pion dont ces gens-là avaient besoin pour s’affranchir d’une culpabilité inavouée» dit-elle. La rencontre d’une Argentine au restaurant grec, avait conduit Ken Bugul sur les chemins de la grande marginalité et donc «la chute vertigineuse dans l’alcool, de la drogue, l’amour en groupe».

Le colonisé, au contact avec l’Occident, se rend compte du drame, de la folie qui l’affecte : «La folie vient de ce décalage entre ma réalité d’Africaine, d’indigène et le personnage que l’école voulait de moi» dit-elle à Michel MAN. Voulant acheter une perruque lors des premiers jours de son séjour en Belgique, elle constate celle-ci n’était pas faite pour elle. Ridiculisée, avilie et anéantie, Ken Bugul sombre dans la désillusion et songe à ses racines. «Je me suis rendue compte que j’étais une femme : j’avais des épaules, une poitrine, des formes qui se dessinaient et j’ai pris conscience que j’étais convoitée. (…). Je me suis retrouvée la proie des hommes. Quand je suis arrivée en Occident, entourée de tous les Blancs, je me suis rendue compte alors que j’étais Noire, et que le Noir supposait des tas de fantasmes» dit-elle. Seulement, par moments, l’éducation référentielle, la tradition reprenait le dessus. «Cet ouvrage, courageux et sincère est une confession, parfois choquante, mais toujours touchante, d’une écrivaine qui voulait régler ses comptes avec la culture française et les dégâts qu’elle a occasionnés aux colonisés en leur faisant croire que c’était la leur, leur famille», écrit Isabel Esther GONZALEZ ALARCON. En effet, en faisant le pari de la provocation et de l’exotisme, l’étudiante est tombée dans son piège ; elle s’est faite chosifiée devenant ainsi le jouet des hommes, avec un racisme latent et un machisme avec des relents colonialistes. «J’étais avec des gens qui soudain m’étaient devenus étrangers» dit-elle. En effet, sa dignité humaine est fondamentalement bafouée : «J’étais souvent avec les Blancs ; je discutais mieux avec eux, je comprenais leur langage. Pendant vingt ans je n’avais appris que leurs pensées et leurs émotions. Je pensais m’amuser avec eux, mais en fait j’étais plus frustrée encore : je m’identifiais en eux, ils ne s’identifiaient pas en moi». Ken Bugul sera confrontée au racisme, celui des parents de Laure qui ne voulaient pas la voir : «Ce n’est pas moi qu’ils détestent, c’est toute ma race» dit-elle.  Déçue, rejetée, martyrisée et marginalisée par  «la Terre Promise», elle finira par regagner son pays d’origine : «J’avais pris l’avion folle de rage et de désespoir. Le non-retour des choses avait amputé la conscience. Le rétablissement était devenu impossible. Rétablissement de l’enfance perdue, envolée un après-midi, la première fois que j’avais vu un Blanc» dit-elle. En effet, enfant, Ken Bugul avait ses rêves qui sont brisés par la Terre promise : «Moi qui avait rêvé d’un foyer, d’un père, d’une mère, d’ancêtres, moi qui voulait être reconnue ! J’étais jetée dans la cage des fantasmes inassouvis et des chevauchées dans le rêve irréel» dit-elle. A la recherche de ses racines, elle veut redevenir elle-même à l’ombre morte du baobab qui l’a vue naître «Sans paroles, je prononçais l’oraison funèbre de ce baobab témoin du départ de la mère, le premier matin d’une aube sans crépuscule. Longtemps, je restais là devant ce tronc mort, sans pensée». Pour Ken Bugul, le baobab revêt une puissance hautement symbolique, cet arbre la faisait revivre. Enraciné, le baobab est protecteur comme la mère ou le père, et «il est le symbole de l’endurance. Si le baobab résiste à toutes les épreuves c’est parce qu’il est resté attaché au sol du fait de ses racines qui sont profondément ancrées dans la terre. (…) La mort du baobab à la fin du roman symbolise ma propre mort. Ou disons, par cette mort, le baobab me faisait revivre».

B – Cendres et Braises, se libérer des préjugés raciaux

«Cendres et Braises» est la suite du «Baobab fou» ; l’héroïne du roman n’est plus Ken Bugul, mais Marie N’Diaga M’BAYE qui retourne dans son village, mais la greffe n’a pas pris et s’interroge  : «Là, devant ce tronc mort, sans pensée». Marie repart pour Dakar, la capitale du Sénégal et renoue avec le mimétisme de l’Occident, l’assimilation. Ken Bugul suit à Paris un homme rencontré, brièvement, à Dakar, qui sera son compagnon durant cinq ans, et vit une relation violente qui la mène un peu plus loin dans le cauchemar. «Il refusait que je fréquente des Noirs, mais il me considérait malgré tout comme sa négresse. Et sa maîtresse, car il m’avait caché qu’il était marié. Jusqu’au jour où sa femme a demandé le divorce et où il a perdu son boulot. Alors, il a commencé à me frapper. Un jour, il a appelé la police et m’a fait interner à l’hôpital Sainte-Anne. J’ai vécu des choses atroces».  Ce roman traduit le malaise identitaire : «La présence du fou est une claire indication de la faillite sociale. Le fou devient l’inévitable espoir dont le peuple a besoin pour guérir, et espérer des lendemains meilleurs» écrit Michel MAN. L’amant devient violent et irascible «Mon compagnon me ramenait constamment à ma race. «J’en avais assez des sales Nègres ! Sale race !». J’ai découvert qu’il était marié. Ce qui n’était pas fait pour arranger notre relation» dit-elle à Michel MAN.

L’héroïne du roman, après avoir vécu dans la société française qui l’a rejetée, cherche à donner un sens à sa vie : «J’étais revenue chez moi, j’étais revenue me réadapter, j’étais venue me désaliéner. J’étais revenue me purifier» dit-elle. Ce roman, à caractère autobiographique, expose comment la peur de partir est peut-être plus grande que la peur d’être tuée, d’être rejetée par la société traditionnelle. Marie souhaite être acceptée et intégrer une structure familiale et sociale. Elle redoute la solitude et l’isolement qui sont synonymes de mort sociale «Ce n’était pas ici que je voulais venir, mais je ne savais plus où aller. Pourtant l’être humain fuyait instinctivement la mort» dit-elle. «Quand tu ne sais plus où tu vas, retourne d’où tu viens» énonce un dicton africain. Femme brisée, seule et démunie, déchue elle rentre au Sénégal. Considérée comme folle, rejetée par sa famille et la société. De 1979 à 1980, elle dort dans les rues de Dakar, fréquente les marginaux, les mendiants, les prostituées et les artistes. Epuisée, elle rentre dans sa famille. Marie finira par revenir au village, auprès de sa mère et épouser un marabout polygame. Vidée et anéantie par séjour en «Terre Promise», au seuil d’une nouvelle étape de sa vie : «Je suis retournée au village après mon second retour d’Europe. Pour beaucoup j’étais folle. Quand je suis allée au village, je ne sortais que la nuit. Un jour j’ai entendu dire que le marabout est arrivé au village. Je suis allée le voir. Un peu plus tard, j’ai appris qu’il m’a épousé» dit-elle à Michel MAN.

Ken Bugul renonce au suicide et veut reconstruire pour renaître, s’appartenir et être en paix avec soi-même. «C’était dans ce village que je revenais après des années et des années à l’étranger. […] Revenir à la Mère, revenir aux origines, revenir aux sources des choses, revenir dans l’environnement, revenir dans l’atmosphère, revenir au familier, revenir pour la confrontation» dit-elle. Cette disponibilité d’esprit l’a sauvée de la déchéance  «J’avais sous-estimé la capacité des sources, des origines à récupérer les siens. J’avais retrouvé mon village, mes sens, mon milieu, mon moi-même posé dans un petit coin et qui m’attendait depuis. J’étais réintégrée dans la société et remplissais mes engagements vis-à-vis d’elle avec beaucoup de bonheur. Je ne me sentais plus isolée. Je fonctionnais dans un milieu familier, avec les repères de mon environnement et les références de mon éducation traditionnelle» dit-elle. Ken Bugul trouvera refuge, écoute et réconfort chez un marabout, un homme sage et vénéré qui la prendra comme 28ème épouse, lui permettant ainsi de se réintégrer dans sa société et la soutiendra dans son désir d’écriture et de liberté. «Durant mon séjour au village, j’avais épousé un homme et j’ai vécu dans un harem. (…) Je ne l’ai pas épousé parce qu’il avait plusieurs épouses mais cela m’a permise d’avoir moins d’idées préconçues sur ma façon de rencontrer un homme de vivre avec un homme» dit-elle. Ken Bugul précisera son désir de renaître et de s’appartenir : «Pour moi, le plus important dans cette rencontre avec le Serigne, c’est qu’elle m’a permise de me retrouver. Il fait que je retourne à mes origines».

II – Ken Bugul, renaître et s’appartenir

A – Riwan ou le chemin de sable, le retour aux sources

Dans son troisème roman autobiographique, «Riwan», elle revient plus longuement sur cette rencontre avec un marabout Mouride qui l’a sauvée :«La disponibilité que j’avais pour recommencer, pour apprendre, pour être, pour vivre, m’avait aussi permis d’accepter que tout à coup on m’annonçât que j’étais mariée à un homme à mon insu, un homme qui était un Serigne, un grand Serigne, un homme qui fut avant tout un ami et un confident». Ken Bugul insiste sur le fait que cette soumission n’est rendue possible que par la liberté du disciple qui choisit son marabout et noue avec lui son destin. L’accomplissement du Ndigueul devient la conséquence même de sa quête spirituelle et sa finalité : atteindre la pleine disponibilité d’un être libre et fidèle aux siens.

Ken Bugul rejette la conception de la femme dans la société traditionnelle. Dans celle-ci les femmes rivalisaient à qui se soumettrait le plus à l’homme. Tête baissée, comme une servante antique, la femme s’accroupissait devant lui, prête à le servir et à assouvir ses désirs ; elle se donnait à l’homme. Dans ses rêves de jeune fille, et en femme moderne, Ken Bugul avait d’autres ambitions : «Je voulais l’amour. C’était pour quelqu’un avec qui je pourrais pleurer et rire» écrit Ken Bugul dans le «Baobab fou». L’auteure regrette d’avoir voulu être chose : « une personne quasi irréelle, absente de ses origines, entrainée, influencée, trompée». Elle aurait dû rester elle-même. Pourtant Ken Bugul, la féministe, va devenir la 28ème épouse d’un marabout ; elle s’insère dans une société traditionnelle qu’elle avait cherché à fuir : «Vivre une telle expérience a ouvert en moi beaucoup de portes personnelles. Cela m’a guérie de beaucoup de choses, de ma possessivité et de ma jalousie avec mes hommes» dit-elle. Ken Bugul n’a pas été une femme remise au marabout : «J’étais revenue pour mourir ou renaître, j’étais devenue brusquement l’épouse du Serigne, la plus haute autorité de tous les environs, la référence morale, matérielle, spirituelle, presque le garant du Paradis. Je n’avais pas été donnée, ni remise en signe d’allégeance. Je l’avais provoqué et séduit». Ken Bugul voulait appartenir à son propre choix et cherchait un homme évolué, doté de comportement, d’aptitudes «quelqu’un seulement intelligent, qui a du vécu, qui a souffert, non seulement de sa propre misère, mais aussi celle des autres, (…) un homme sensible au sourire et aux larmes d’un  enfant». En revanche, ces jeunes filles «livrées» au marabout par leur famille, c’est la soumission, l’obéissance, la vénération et le silence des sens. Dans cette société traditionnelle, «vivre, c’était vivre en conformité avec les règles qui régissaient les conduites dans son environnement (…). Vouloir se rebeller (…) revenait à se condamner à une mort certaine, une mort mentale, sociale, culturelle» écrit Ken Bugul. En revanche, Ken Bugul, a désiré ce marabout : «Le Serigne me plaisait, je m’entendais bien avec lui, je le trouvais intelligent et évolué, et je voulais devenir son épouse. (…) Comment offrir à ce Serigne, un corps meurtri par des amours sauvages, ce corps blessé par une vie tumultueuse, d’une vie de recherches, de quête, d’identification, d’abandon, de retrouvailles manquées avec la mère, de retrouvailles manquées avec la source».

Ken Bugul avait senti, à travers ce mariage polygamique avec un marabout, une démarche de réhabilitation intérieure, une possibilité d’exorciser l’aliénation et le mauvais sort. «Je me sentais de plus en plus en harmonie avec moi-même. Je guérissais comme d’une longue et douloureuse plaie intérieure. (…) Le Serigne m’avait offert et donné la possibilité de me réconcilier avec moi-même, avec mon milieu, avec mes origines, mes sources» dit-elle. Par conséquent, «Riwan» n’est pas donc une apologie de la polygamie. Ainsi, les trois personnages qui aiment le Serigne, à leur manière, et se sont libérés de leurs fers : la folie pour Riwan, l'ignorance, la transgression et la fuite pour Rama, et le mal-être pour la narratrice qui confie avoir «retrouver une identité reconstruite, apaisée et réconciliée avec elle-même».

Son retour a constitué une réponse qui se pose sous la forme d’une promesse : celle de la sauvegarde de cette identité collective qui s’exprime à travers elle, celle du maintien des autres à travers soi, de leur mémoire, de leur culture. «Personne ne pouvait me saluer sans marquer une révérence. (…) Tout à coup je me retrouvais en grande dame dans ce village où j’avais été rejetée, méprisée. (…) Pour ma mère c’est aussi important. Cette réhabilitation, ma réhabilitation, était aussi la sienne. Elle avait secrètement souffert de ce que je représentais, de ce que le chemin de sable avait enseveli, comme commérages, les sous-entendus et les malentendus encaissés». En droit musulman, l’homme a droit à quatre femmes, les autres femmes font partie du «Tara». Pour Ken Bugul cette forme de polygamie redonne à ces femmes leur dignité : «Soit ce sont des veuves, soit des femmes rejetées par la société. Il récupérait ces femmes et celles-ci pouvaient s’en aller quand elles voulaient. Le «Serigne» pouvait aussi trouver un mari à l’une d’entre elles et la libérer. Il n’était pas question d’accumuler des femmes. C’était récupérer des femmes pour les réinsérer dans la société» dit-elle. Le marabout «me donna confiance en lui, en moi-même, en Dieu, en l’univers» dit-elle. A travers cette expérience de la polygamie, Ken Bugul déclare que «ces femmes m’avaient appris, sans doute à leur insu, la sérénité. J’étais presque aguerrie et comblée. J’avais découvert le plaisir, la jouissance, le jeu stimulant de la rivalité, (…) surtout la patience».

B – Libérer la Femme de son asservissement

«Le Baobab fou», à première vue semble faire l’apologie de la liberté du plaisir, de la jouissance par l’amour physique sous toutes ses formes ; c’est un acte de défiance à l’autorité masculine et au patriarcat en vue d’émanciper la femme de la tutelle masculine. «Le printemps et l’été se confondirent pour moi. Je devenais mondaine. Etre invitée, recevoir, les vernissages, les rencontres avec les personnages surgis d’un autre univers» écrit Ken Bugul, ivre de sa nouvelle liberté. Mais la femme possède les commandes dans cette relation sexuelle et se révolte contre les traditions qui l’oppressent. Ken Bugul pose la question de la liberté sexuelle, de l’homosexualité, du lesbisme et de la prostitution pour dénoncer toutes les oppressions dont sont victimes les femmes en Afrique. «J’avais découvert le corps en dehors de la sensation et de la réflexion. Désormais, je regardais les êtres humains en les enveloppant de leurs corps. (…) La liberté c’était la paix» dit-elle. C’est en ce sens que Ken Bugul est une éminente et penseuse de la théorie féministe pour libérer la femme du joug du patriarcat et toutes les traditions conservatrices.

Ken Bugul s’attaque ainsi à diverses institutions qui symbolisent le conservatisme et l’asservissement de la femme comme la virginité, le mariage, l’avortement, la prostitution, l’homosexualité. En effet, la virginité représente, dans l’imaginaire africain, un symbole d’abstinence, de pureté, et de bonnes mœurs pour la femme. Perdre sa virginité hors mariage en tant que femme serait alors un scandale et un déshonneur pour sa famille. L’héroïne perd sa virginité étant mineure puisqu’elle soutient être violée par son instituteur : «Je repensais à tout ce qui m’était arrivé depuis que ma virginité qui me rattachait à toute une génération s’était envolée avec mon professeur d’histoire». L’instituteur représentant une autorité administrative a une ascendance sur ses élèves et n’a pensé qu’à assouvir ses désirs sexuels. En posant la question de la virginité, Ken Bugul dénie aux hommes de transformer le corps de la femme en un objet de plaisir, et réclame la liberté sexuelle de la femme, condition essentielle de son honneur et de sa dignité.

Ken Bugul met sur la table les questions du mariage et de l’avortement. Dans la tradition africaine musulmane, la naissance d’un enfant bâtard est un déshonneur, un affront et une souillure pour la famille et la femme qui accouche, hors mariage, est assimilée à une prostituée. Or, dans le  «Baobab fou», la jeune étudiante tombe enceinte de Louis, refuse le mariage et se fait avorter : «Le soir, Louis me proposa à nouveau de nous marier, de garder l’enfant, d’aller vivre ailleurs, même en Afrique. Pour moi, il n’en était pas question. J’avais quitté l’Afrique depuis à peine trois mois. Comment pourrai-je y retourner avec une grossesse et un mari blanc ?» dit-elle. L’avortement, ainsi que le concubinage, restent fondamentalement des questions taboue au Sénégal, dans un pays à 95% musulman. Or, Ken Bugul plaide pour une maternité assumée et des relations sexuelles libres. Ken Bugul dénie ainsi aux hommes le droit de s’ériger en directeurs de conscience pour les femmes.

En Afrique et notamment dans les pays musulmans, la prostitution constitue un déshonneur pour la famille et un péché capital. Ken Bugul en cautionne pas la prostitution, mais milite pour la liberté sexuelle pour s’émanciper du mépris du corps féminin instauré par le patriarcat. La femme doit pouvoir désirer, aimer et disposer librement de son corps. Il fallait donc briser le tabou et décoloniser les mentalités. Ken Bugul pose aussi la question de la drogue : «J’étais dépassée et je me refugiais dans la drogue» dit-elle. Ken Bugul n’élude pas les questions de lesbianisme et d’homosexualité qui suscitent des débats passionnés et irrationnels au Sénégal. Dans ce roman, Ken Bugul relate sa rencontre avec une étudiante italienne Léonora qui lui a servi de préceptrice pour le féminisme et sa seconde relation amoureuse avec Jean Wermer, un peintre libertin et homosexuel. Ces deux rencontres vont contribuer, de façon décisive, à influencer sa doctrine féministe, en faisant d’elle une femme autonome et émancipée. «Je découvris la gentillesse et l’attention particulières des homosexuels pour les femmes. Le milieu ne me déplaisait pas» écrit-elle. De Léonora, elle apprend à se départir de la dépendance masculine et découvre la solidarité féminine dans toutes les circonstances et de Jean Wermer, elle se débarrasse des valeurs traditionnelles africaines qui l’empêchent de jouir pleinement de la vie immédiate : «Cette rencontre m’apporta une idée plus nette des rapports entre femmes. Ma conscience féministe est née» dit-elle. Léonara lui dira «Arrête de jouer, sois toi-même. Mais qui suis-je ?» écrit Ken Bugul.

Ken Bugul estime que l’amélioration des conditions de vie des femmes passe d’abord par leur unité, leur solidarité, leur amitié et leur coalition face à la domination et à l’oppression masculine : «Les femmes se haïssent, se jalousent, se détestent, s’envient, se fuient. Elles ignorent qu’il n’y a pas «des femmes», il y a seulement la femme. Elles devraient se retrouver, se connaître, s’imprégner. (…) Là-bas, dans le village, les femmes se donnaient des conseils, se confessaient, vivaient ensemble» écrit-elle. En d’autres termes, la romancière pense que toutes les femmes du monde ont le même destin commun : celle d’être femme. Et par conséquent, elles doivent mener le même combat contre le système patriarcat qui les asservit, les aliène, et les oppresse au quotidien.

Bibliographie très sélective :

1 – Contributions de Ken Bugul

Ken Bugul, Aller et retour, Dakar, Athéna Edith, 2014, 165 pages ;

Ken Bugul, Cacophonie, Paris, Présence Africaine, 2014, 200 pages ;

Ken Bugul, Cendres et braises, Paris, l’Harmattan, 1994, 190 pages ;

Ken Bugul, De l’autre côté du regard, Paris, Le Serpent à plûmes, 2004, 372 pages ;

Ken Bugul, La folie et la mort, Paris, Présence Africaine, 2000, 235 pages ;

Ken Bugul, La pièce d’or, Paris, Ubu éditions, 2006, 315 pages ;

Ken Bugul, Le baobab fou, Dakar, NEA, 1982 et Paris, Présence Africaine, 2009, 222 pages ;

Ken Bugul, Mes hommes à moi, Paris, Présence Africaine, 2008, 252 pages ;

Ken Bugul, Riwan ou le chemin du sable, Paris, Présence Africaine, 1999, 223 pages ;

Ken Bugul, Rue Félix Faure, Paris, Hoebeck, 2005, 275 pages.

2 – Critiques de Ken Bugul

AHIHOU (Christian), Ken Bugul, la langue littéraire, Paris, L’Harmattan, 2013, 156 pages ;

ALARCON (Isabel Esther Gonzalez), «Douleur, exil et déchéance dans le Baobab fou de Ken Bugul», Cuad. Invest. Filol, 2011-2012, volumes 37-38, pages 139-150 ;

BAH (Hélène), L’écriture thérapie, Paris, Eyrolles, 2008, 168 pages ;

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BISANSWA (Justin), «L’histoire et le roman par surprise dans mes hommes à moi de Ken Bugul», Œuvres et critiques, 2011, n°2, volume XXXVI, pages 21-44 ;

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GONZALEZ ALARCON (Isabel Esther), «Douleur, exil et déchéance dans le Baobab fou de Ken Bugul», Cuad. Invest. Filol, 2011-2012, n°37-38, pages 139-150 ;

HUANNOU (Adrien), «Se tuer pour renaître : la question identitaire dans les romans de Ken Bugul», Mémoire et Culture : Actes du Colloque International de Limoges, Limoges, Pulim, 2006, pages 213-223 ;

HUANNOU (Adrien), Le roman féminin en Afrique noire, Paris, Cotonou, L’Harmattan, Les Flamboyants, 1999 et 2002, 224 pages ;

KAPKO (Mahougnon), Créations burlesques et déconstruction chez Ken Bugul, Cotonou, les éditions des Diasporas, 2001, 76 pages ;

MAGNIER (Bernard), «Ken Bugul ou l’écriture thérapeutique», Notre Librairie, octobre-décembre 1985, n°81, pages 151-155 ;

MALONGA (Alpha-Noël), «Migritude, Amour et Identité : L’exemple de Calixthe Beyala et Ken Bugul», Cahiers d’Etudes Africaines, 2006, n°1, volume 46, pages 168-178 ;

MAN (Michel), La folie de l’Afrique postcoloniale dans le Baobab fou et la folie et la mort de Ken Bugul, thèse sous la direction de Gallimore Béa Rangira, Columbia, University of Misouri, mai 2007, 205 pages ;

MAUZARIC (Catherine), «Fictions de soi dans la maison de l’autre : (Aminata Sow Fall, Ken Bugul, Fatou Diome», Dalhousies French Studies, 2006, volume 74-75, pages 237-252 ;

MIDIOHOUAN (Guy Ossito), «Ken Bugul : de l’autobiographie à la satire politique», Notre Librairie, 2001, n°1, volume 146, pages 26-28 ;

MONGO-MBOUSSA (Boniface), Entretien avec Ken Bugul, «Briser le tabou qui interdit de parler du corps» Africulture, 4 avril 2016 ;

NGUESSAN (Marie-Régine), Femmes, sexualité et politique dans l’œuvre de Calixthe Beyala, thèse sous la direction de Nadia Setti, université de Paris VIII, 2013, 397 pages ;

RANGIRA (Béatrice), «Pour une relecture du Baobab fou de Ken Bugul», Présence Africaine, 1999 n°3, pages 161-162 ;

RUBERA (Albert), La poétique féministe postcoloniale dans la littérature francophone, autour de l’écriture romanesque de Ken Bugul, thèse sous la direction de Xavier Garnier, Université de Paris XIII, 2006, 856 pages ;

SOWOBODA (Anna), «La peur, l’angoisse et la violence domestique dans les « Cendres et braises de Ken Bugul», Romanica Silesiana, 2016, 11 (1) pages 254-262 ;

TANG (Elodie, Carine), Le malaise identitaire dans les romans de Ken Bugul, Léonar Miano et Abla Fahroud, thèse pour le doctorat en études littéraires, Université de Laval, (Québec) 2013, 274 pages ;

TCHOFFOGUEU (Emmanuel), Les romancières africaines à l’épreuve de l’invention des femmes, essai d’analyse du nouveau discours romanesque africain au féminin (Calixthe Beyala, Ken Bugul, Malika Mokedem), thèse sous la direction de Romuald Fonkua, Université de Strasbourg, 2009, 375 pages ;

TREIBER (Michel), «Les chemins d’une identité narrative», Hommes et Migrations, 2012, n°1297, pages 44-55 ;

ZIETEN (Antje), «L’espace sexué dans Riwan ou le chemin de sable de Ken Bugul», Présence Francophone, 2006, n°67, pages 80-92. 

Paris, le 1er novembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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