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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE) Bnf Gallica
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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 19:46

Les 18 et 19 décembre 1964, les cendres de Jean MOULIN sont transférées au Panthéon et André MALRAUX l'intronise comme héros éponyme de la Résistance. Jean MOULIN, arrêté par Klaus BARBIE, à Caluire, le 21 juin 1943, meurt de ses tortures qu’il a subies le 8 juillet 1943. Chef respecté, il est mort en martyre sans avoir parlé «Max (nom de résistant de Jean Moulin), pur et bon compagnon de ceux qui n’avaient foi qu’en la France, a su mourir héroïquement, pour elle» écrira le général de GAULLE. Il a accepté de mourir pour une grande et belle idée de la France. En ne parlant pas sous la torture, il a racheté les lâchetés et trahisons de nombreux Français pendant cette période noire de notre Histoire qu'a été l'Occupation. «Que ce pays de liberté et de justice sache qu’il est urgent que le sens du devoir civique l’emporte sur l’esprit de parti» écrit Laure MOULIN. Le cercueil est d’abord transféré au Panthéon, de GAULLE honore son représentant en France en 1942 et 1943 ; cet homme de gauche, républicain et grand serviteur de l’Etat. Le cercueil est veillé. André MALRAUX prononce son célèbre discours conclu par le Chant des Partisans. André MALRAUX a immortalisé Jean MOULIN et en a fait un héros mythique et inaccessible, mais a libéré en même temps des énergies destructrices.  «Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique et les combats d’Alsace, entre ici, Jean Moulin avec ton terrible cortège.  Avec ceux qui sont morts dans les caves, sans avoir parlé, comme toi ; et, même, ce qui est peut-être le plus atroce, en ayant parlé, avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombés sous les crosses. (…). Aujourd’hui, jeunesse puisse-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ces lèvres qui n’ont jamais parlé ; ce jour-là elle était le visage de la France» dit MALRAUX. Dans un contexte de rassemblement après la guerre d’Algérie et de pré-campagne électorale, le général de GAULLE voulait se souvenir du combat de la Résistance contre l’oppresseur nazie. Le nom de Jean MOULIN restera à jamais vivant malgré un long procès en diffamation, qui tente de détrôner le héros. Avec plus de 300 établissements scolaires portant son nom, des centaines de plaques et des monuments, le souvenir de Jean MOULIN demeure.

I – Jean MOULIN, une jeunesse méridionale et républicaine

Jean MOULIN est le 20 juin 1899 à Béziers, dans le département de l’Hérault. Son père Antoine-Emile MOULIN (1857-1938) dit Antonin, y enseigne les lettres classiques, puis l’histoire au lycée Henri IV. Radical-socialiste, dreyfusard, fondateur de la société biterroise des droits de l’homme et membre du Grand Orient de France, Antoine MOULIN est un élu local (conseiller municipal et adjoint au maire de Béziers, puis conseiller général en 1913). Antonin défend les valeurs d’égalité entre tous les citoyens et de solidarité envers les plus démunis face à une monarchie jugée élitiste et dépassée. L’énergie que le père de famille met à diffuser ses idées lors des réunions publiques pour le compte du parti républicain radical et radical-socialiste a pour ses enfants valeur d’exemple. «Je porte en moi un atavisme républicain, que m’ont transmis, à défaut d’autre héritage, ceux des miens, qui dans la plus grande dignité, m’ont précédé dans la vie publique. Je n’oublierai pas que mon arrière grand-père paternel était (en 1851) traîné en prison par les sbires du prince-président, pour avoir protesté avec indignation contre l’infâme coup de force» dit Jean MOULIN. Sa famille, originaire de Saint-Andiol, près d’Avignon, (Bouches-du-Rhône), est liée au poète Frédéric MISTRAL (1830-1914), défenseur de la culture et de la langue provençales.

C’est la maman, Blanche PEGUE (1867-1947), qui gère le foyer, s’occupant des comptes, des travaux de ménage et des séjours réguliers dans son village natal de Saint-Andiol.

Dernier d’une famille de quatre enfants, doué pour le dessin, Jean s’inscrit en 1917 à la faculté de droit de Montpellier et entre au cabinet du Préfet de l’Hérault pour financer ses études. Mobilisé le 17 avril 1918, il reprendra ses études en 1919 ainsi que le cabinet préfectoral. Jean MOULIN devient en mars 1922, chef de cabinet du préfet de Savoie, à Chambéry. Il est nommé sous-préfet, le 25 octobre 1925, à Albertville. Passionné de montagne et attaché aux valeurs républicaines, il se lie d’amitié avec Pierre COT (1895-1977), radical-socialiste et député en 1928 de Savoie. Les deux hommes partagent des idées communes, celles du parti radical-socialiste, lequel mené à partir de 1931 par Édouard Herriot, connaît alors son apogée ; cheval de bataille de la formation, la défense d’une République loin des extrêmes révolutionnaires ou réactionnaires correspond aussi à la culture politique de Jean MOULIN.

Le 27 septembre 1926, il épouse Nelly CERRUTY, fille d’un trésorier-payeur général, mais l’union se solde par un échec. Le jeune homme, après l’échec d’une première union, ne s’est pas remarié ni même remis en ménage, s’affranchissant par là des conventions en usage dans son milieu professionnel : il utilise cette grande liberté de mouvements pour passer du temps avec ses proches et s’adonner à ses différentes passions artistiques. Profitant de sa position financière avantageuse, Jean MOULIN entreprend également, au cours de la même période, de devenir collectionneur d’art.

Jean MOULIN demande sa mutation en 1930, à Châteaulin, dans le Finistère. Il se lie d’amitié avec Max JACOB (1876-1944, poète moderniste et romancier, originaire de Quimper) et découvre la poésie de Tristan CORBIERE (1845-1875).

Entre 1932 et 1938, Jean MOULIN occupe des postes plus politiques, tour à tour comme chef-adjoint du cabinet de Pierre COT, sous-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, puis comme chef de cabinet du ministre de l’Air et du ministre du commerce et de l’industrie. En raison de l’instabilité ministérielle, il retrouve son poste à la sous-préfecture à Châteaulin, puis il est affecté à Thonon-les-Bains, mais il est rappelé par Pierre COT au  ministère de l’Air. Il est promu Secrétaire général de la Préfecture de la Somme en juillet 1934. Le gouvernement du Front populaire lui confie le poste de préfet de l’Aveyron, le 26 janvier 1937. Paul RAMADIER (1888-1961) qui, en tant que député du département, est amené à le fréquenter tout au long de l’année 1938 à Rodez évoque alors une personnalité «pour qui l’administration était un gouvernement  des hommes qui cherchait toujours le chemin de la raison et le chemin du cœur».

Jean MOULIN rejoint Chartres, comme Préfet de l’Eure-et-Loir, le 21 janvier 1939.

II – Jean MOULIN, lutter pour la dignité humaine et résister

Le parcours de Jean MOULIN pose la question de l'engagement résistant. Pourquoi lui et pas les autres ?

«Fervent défenseur des idées républicaines, amoureux des libertés, ennemi de toute dictature, Jean Moulin fait preuve partout de tact, d’impartialité et de hauteur de vues […] Étonnamment jeune d’allure et de manières, artiste et homme d’action, aimant la vie et ne craignant pas la mort, il cachait son énergie sous une souriante séduction», tel est, selon Frédéric MANHES (1889-1959), l’un de ses amis proches, le préfet d’Eure-et-Loir Jean MOULIN au moment où la guerre éclate.

Le 17 juin 1940. Chartres, submergée par la foule des réfugiés du Nord, s’est simultanément vidée de ses propres habitants. Quelques unités combattantes en retraite la traversent encore, bientôt suivies par les premiers détachements de la Wehrmacht. Resté à peu près seul à son poste, le jeune préfet est convoqué par le vainqueur, qui veut le contraindre à signer un document mensonger portant atteinte à l’honneur de l’armée française. Les Allemands accusent, à tort, des Tirailleurs Sénégalais de s’être livrés à des massacres et des viols.  Jean MOULIN refuse de signer ce document et évoque cette période

Il est battu et emprisonné. Il refuse et il tente de se suicider en se tranchant la gorge. Il est soigné et libéré. Jean MOULIN, à qui le Ministère de l’Intérieur venait à deux reprises de refuser l›engagement dans l’Armée française, vient d’entrer en résistance par un acte isolé. Quelques jours plus tard, celui qui est encore officiellement le préfet de Chartres porte une écharpe pour dissimuler ses blessures au soldat chargé de le photographier aux côtés du major von Gütlingen. C’est depuis le Sud de la France, où il trouve refuge après sa révocation par Vichy en novembre 1940, que Jean MOULIN racontera par la suite, dans un style sobre et détaillé, son premier combat.

Jean MOULIN est révoqué le 2 novembre 1940, car le gouvernement de Vichy n’a pas confiance en lui à cause de ses idées de partisan du Front Populaire. «Je vous ai estimé comme Français, vous m’avez estimé comme officier allemand, chacun de nous devait servir sa patrie»  dit le Major Allemand. Jean MOULIN décide alors de continuer la lutte dans la Résistance. Il s’installe dans la propriété familiale à Saint-Andiol et se déclare agriculteur. Avant de quitter Chartres, il se fait délivrer une fausse pièce d’identité au nom de Joseph MERCIER afin de poursuivre ses activités de résistance dans la clandestinité.

En 1941, Jean MOULIN se rend à Londres. Le général de Gaulle lui demande d’unifier tous les mouvements de la Résistance du pays. Le 2 janvier 1942, il est parachuté en Provence, dans la nuit, pour accomplir la mission d’unification des réseaux de la Résistance, sous les ordres du général de Gaulle. En un an, il parviendra à unifier les trois principaux mouvements de Résistance français. Il fonde ainsi «le MUR», Mouvements Unis de la Résistance. Mais ce n’est pas chose facile car ces mouvements ont l’habitude de décider eux-mêmes de ce qu’ils font et n’apprécient pas d’être commandés par un chef.

En mai 1943, il met en place une entité politique qui représente chaque mouvement : c’est le Conseil National de la Résistance (le C.N.R.) ; cela renforce la Résistance française. Il y a toujours de nombreux conflits entre les différents mouvements mais Jean MOULIN.

Le 21 juin 1943, Jean MOULIN, est dénoncé et arrêté. Il sera identifié par Klaus BARBIE (1913-1991), le chef de la Gestapo de Lyon, comme étant le chef du Conseil National de Résistance.

Après son transfert à Paris, il est torturé. Il meurt le 8 juillet 1943 dans le train qui l’emmène en Allemagne. Soumis à la torture, il n’a rien dévoilé des actions du CNR. Le jour où, au Fort Montluc, à Lyon, après l’avoir fait torturer, l’agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire, puisqu’il ne peut plus parler. Jean MOULIN dessine la caricature de son bourreau. «Son rôle est joué et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limite de la souffrance humaine, sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous», écrit sa sœur, Laure MOULIN.

«Le nom de Jean Moulin, qui fut d’abord celui d’un obscur préfet de la République, est devenu l’un des plus prestigieux dans l’histoire de notre temps. Jean Moulin ? Je l’invoque, ce nom, comme un exorcisme contre la lâcheté, contre le désespoir, contre la petitesse, contre l’abandon» dit le Jean CHADEL, préfet d’Eure-et-Loir, le 11 novembre 1945.

Bibliographie très sélective :

1 – Contribution de Jean Moulin

MOULIN (Jean), Premier combat, préface de Charles de Gaulle et de Laure Moulin, Paris, éditions Minuit, 1947 et 2013, 174 pages.

2 – Critiques de Jean Moulin

AZEMA (Jean-Pierre) BEDARIDA (François), Jean Moulin et le Conseil National de la Résistance Paris, CNRAS, 1983, 192 pages ;

AZEMA (Jean-Pierre), Jean Moulin, face à l’histoite ; actes du colloque, Paris, 10-11-1999, Paris, Flammarion, 2000, 417 pages ;

AZEMA (Jean-Pierre), Jean Moulin, le rebelle, le politique, le résistant, Paris, Perrin, 2003, 507 pages ;

BAYNAC (Jacques), Jean Moulin : 17 juin 1940 – 21 juin 1943, esquisse d’une histoire de la Résistance, Paris, Hachette Littératures, 2006, 920 pages ;

BAYNAC (Jacques), L’amie inconnue de Jean Moulin, Paris, Grasset, 2011, 144 pages ;

CORDIER (Daniel),  Jean Moulin l'inconnu du Panthéon, Tome 1 : Une ambition pour la République (juin 1889-juin 1936), Paris, J.C. Lattès, 1989, 896 pages ;

CORDIER (Daniel), Jean Moulin La république des catacombes, Paris, Gallimard, 1999, 999 pages ;

CORDIER (Daniel), Jean Moulin l'inconnu du Panthéon, Tome 2 : Le Choix d'un destin (juin 1936-novembre 1940) Paris J.C. Lattès, 1989, 762 pages ;

CORDIER (Daniel), Jean Moulin, choix d’un destin, juin 1936 - novembre 1940, Paris, Jean-Claude Lattès, 1993,

CORDIER, Daniel, Jean Moulin l'inconnu du Panthéon, Tome 3 : De Gaulle, capitale de la Résistance (novembre 1940-décembre 1941, Paris, J.C. Lattès, 1993,1480 pages ;

ETEVENAUX (Jean), Jean Moulin (1899-1943) et l’organisation de la Résistance, Lyon, éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 1994, 111 pages ;

FRATISSIER (Michel), Jean Moulin ou la fabrique d’un héros, Paris, L’Harmattan, 2011, 758 pages ;

GRASSET (Jean-Paul), Jean Moulin : préfet, artiste et homme d’action, Paris, Institut Jean Moulin, 1994, 124 pages ;

MICHEL (Henri), Moulin l’unificateur, Paris, Hachette 1964, réédition collection Pluriel 1993, 252 pages ;

PEAN (Pierre), Vies et morts de Jean Moulin, Paris, Fayard, 1998, 716 pages.

Paris, le 10 août 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

 

«Jean MOULIN (1899-1943), chef de la Résistance intérieure», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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