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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 22:09

Dans la perspective des législatives du 30 juillet 2017, au Sénégal, pour élire 165 députés, dont 15 représentants de la diaspora, les forces en présence qui vont s’affronter, sont désormais connues :

D’une part, nous avons la majorité présidentielle de M. Macky SALL, issue des élections de 2012, qui est restée unie, à savoir l’Alliance pour la République (APR), le Parti socialiste conduit par M. Tanor DIENG, en charge du Haut Conseil des collectivités territoriales et l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) de M. Moustapha NIASSE, président de l’Assemblée nationale.

D’autre part, 10 partis politiques se sont coalisés, le 4 mai 2017, contre le gouvernement, dans le but d'imposer une cohabitation au président au président Macky SALL. Ces forces politiques entendent «rétablir l'État de droit, une justice équitable, la bonne gouvernance» et dénoncent ce qui est qualifié de «gestion clanique du pouvoir». Cette alliance est composée :

- AJ/PADS Mamadou Diop Decroix ;

- Bës Du Ñakk Mansour Sy Djamil ;

- Bokk Gis Gis Papa Diop ;

- Front pour le Socialisme et la Démocratie–Benno Jubël (FSD-BJ) Cheikh Bamba Diéye

- Grand Parti Malick Gakou ;

- Initiative 2017 (AD Pencoo, ANC, Parti Socialiste (PS) des Valeurs et Mouvement d’initiatives et d’Actions, Taxawu Dakar) Khalifa Ababacar Sall ;

- Les Démocrates Réformateurs (LDR /Yeesal) Modou Diagne Fada ;

- Parti Démocratique Sénégalais (PDS) Président Abdoulaye Wade ;

- Rewmi Idrissa Seck ;

- Tekki.

Le Sénégal est le pays qui a le plus grand nombre de partis politiques au monde : 255 à ce jour. A titre de comparaison, les Etats-Unis d’Amérique en ont 25, la France 54, le Nigeria 31, la Côte d’Ivoire 130, le Congo 155.

Cependant, l’essentiel des forces politiques, jusqu’ici est concentré autour de 5 formations politiques. M. Macky SALL et ses alliés, lors des présidentielles de 2012 et du référendum 20 mars 2016, ont totalisé plus de 65% des suffrages.

C’est dans ce contexte que maître Malick SALL, un avocat à Dakar, mais bien implanté au Fouta-Toro, a rencontré, tout récemment, le président Macky SALL.

I – Les enjeux internes de ces législatives du 30 juillet 2017

A – M. Macky SALL, un Emmanuel MACRON avant l’heure

Comme Emmanuel MACRON, Macky SALL, qui a été premier ministre (2004-2007) et président de l’assemblée nationale (2007-2008), a rompu avec son mentor, Abdoulaye WADE, pour fonder un nouveau parti (APR), le 1er décembre 2008. Contre toute attente, M. SALL renversera, le président en exercice, maître WADE.

Comme en France, les deux grands partis de gouvernement (le Parti socialiste et le Parti démocratique sénégalais) ayant régné sur le pays de 1960 à 2012, discrédités ou victimes de l’usure du pouvoir, ont été évincés par un mouvement de «dégagisme» pour reprendre une expression de M. Jean-Luc MELENCHON.

Comme en France, et bien avant M. MACRON, et façon très habile, M. SALL, qui est de centre-gauche à l’image du Mouvement En Marche, a engagé, une recomposition du paysage politique. Il gouverne avec des socialistes.

Dans ces élections législatives du 30 juillet 2017, la coalition des 10 partis d’opposition, a pour ambition de provoquer une cohabitation au Sénégal.

Une forte tension politique, dans la perspective des élections présidentielles, qui auront lieu contrairement en France, en février 2019, est perceptible à travers des chroniques judiciaires ou un débat politique particulièrement violent. En effet, avec la réforme constitutionnelle du 20 mars 2016, adoptée par référendum, le président de la République est élu au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire à deux tours. La durée du mandat du Président de la République est de cinq ans. Le mandat est renouvelable une seule fois.

Le maire de Dakar, M Khalifa Ababacar SALL, un dissident socialiste, et qui a affiché ses ambitions présidentielles, est depuis le mardi 7 mars 2017 sous mandat de dépôt et écroué pour détournement de deniers publics et d'association de malfaiteurs. En cause, le fonctionnement de la régie d’avances de la mairie de Dakar où plus de 30 millions de CFA (46 154 € euros), par mois ont disparu, sans justificatifs sérieux ; autant dire une énorme somme pour le Sénégal.

Le ministre l’Energie, M. Thierno Alassane SALL, n’a pas démissionné, mais a été démissionné. Comme en France, les questions éthiques et morales ont fait une brutale irruption dans la longue campagne électorale au Sénégal. Il semblerait que M. Thierno SALL aurait émis des réserves sur les contrats entre le Sénégal et la société française Total, visant à dynamiser l'exploration pétrolière en mer profonde et très profonde au large du Sénégal. Le premier accord est un contrat de recherche et de partage de production d'hydrocarbures sur le bloc Rufisque Offshore Profond d'une superficie de 10 357 km2, dont Total sera opérateur (90%), aux côtés de la Société Nationale des Pétroles du Sénégal (Petrosen), qui détiendra les 10% restants. Le second est un accord de coopération avec Petrosen et le Ministère de l'Energie et du Développement des Energies Renouvelables de la République du Sénégal, aux termes duquel Total réalisera une étude de la zone en mer très profonde, en vue d'en déterminer le potentiel d'exploration et de devenir opérateur d'un bloc d'exploration.

La découverte du gaz et du pétrole devrait conduire à une amélioration significative de la qualité de vie des Sénégalais. Partout en Afrique, il y a eu des matières premières stratégiques cela s’est traduit par une perte d’indépendance et des conflits internes. Nous devons rester vigilants pour que ces nouvelles ressources puissent contribuer notamment au développement des infrastructures, à la santé pour tous, et à une rénovation du système éducatif, laissé à l’abandon avec des classes surchargées et non remplacements des enseignants.

Par ailleurs il serait équitable que les grandes compagnies françaises qui gagnent des marchés publics au Sénégal, s'engagent à embaucher des cadres sénégalais notamment de la diaspora. En effet de jeunes issus de l’immigration et ayant fréquenté de grandes écoles en France ont du mal à trouver un emploi convenable en France.

B – Promouvoir de députés de la Diaspora actifs et réactifs

dans un contexte de montée du populisme dans les pays occidentaux

Pour la première fois, le Sénégal élira 15 députés de la Diaspora. Parmi les candidates on annonce le nom de Mme Racky KANE, résidant à Pontoise, dans la région parisienne. Les attentes de la diaspora en France sont nombreuses :

- la reconnaissance de l'égalité des droits en termes de retraite de sécurité sociale pour les immigrés sénégalais qui ont travaillé dur en France et qui aspirent légitimement à terminer leur vie au pays. Ils doivent pouvoir obtenir pour le reste de leurs jours une carte de séjour à durée illimitée. La carte actuelle de retraité oblige à revenir en France une fois tous les 3 ans sinon elle est annulée. Lors du renouvellement de ce titre un nombre incalculable de justificatifs est demandé au retraité remettant en cause en permanence son droit au séjour. En cas de décès la famille du retraité a toutes les peines du monde à obtenir une pension de réversion.

- de nombreuses autres vexations sont infligées aux sénégalais résidant pourtant légalement. C'est d'une part le blocage des dossiers de regroupement familial pendant plusieurs mois. C'est d'autre part le refus de faire transcrire le mariage ou la nationalité pour la femme et les enfants des français issus de l'immigration quand ils sont mariés au pays. Ces blocages peuvent entre 5 et 7 ans. Le droit à une vie familiale normale est déjà remis en cause par de nombreuses circulaires.

- rouvrir l'enquête sur le camp de Thiaroye à la suite de l'assassinat des tirailleurs sénégalais en 1944 ; ils demandaient le paiement de leurs soldes.

I I – L’impact des élections françaises de 2017 sur le jeu politique sénégalais

Le 2ème tour des élections présidentielles opposera le 7 mai 2017 deux candidats aux projets diamétralement opposés : M. MACRON et Mme LE PEN.

A – M. MACRON, l’Afrique est un continent d’opportunités à saisir

M. Emmanuel MACRON, qui a pour ambition de recomposer la vie politique française, et se voulant ni de gauche, ni de droite, est ouvertement pro-européen, avec une libre circulation dans l’espace Schengen. Il a condamné, sans appel la colonisation considérée comme «un crime comme l’humanité». La place de la diaspora dan les équipes de campagne est aussi l’un des marqueurs symboliquement important. M. MACRON a choisi, Mme Sibeth N’DIAYE, issue d’une mère togolaise et d’un père sénégalais, en charge de la presse dans ces présidentielles. Sibeth, évoque les reines combattantes de la Casamance. La légende familiale veut que sa mère l’ait découvert en lisant le quotidien national le Soleil. «Je travaille au sein d’une équipe. Dans cette équipe, chacun contribue par son regard, son parcours, ses idées, à le conseiller. Il apprécie de pouvoir bénéficier de points de vue différents, parfois divergents. C’est ce qui nourrit sa réflexion propre. Mais à la fin, il est celui qui tranche» dit Sibeth N’DIAYE.

M. MACRON prône en matière d’immigration l’ouverture. Il se positionne en faveur de l’accueil des réfugiés et souhaite entre autres réduire la durée d’examen des demandes d’asile. M. MACRON veut travailler essentiellement sur l’intégration des immigrés et renforcer la coopération européenne. Il veut aussi faciliter l’obtention de visas pour les «talents» étrangers et simplifier l’accès au travail pour les étudiants étrangers titulaires d’un master. M. MACRON convaincu que l’Afrique surprendra le monde par son dynamisme, entend écrire une nouvelle page dans la relation entre la France avec l’Afrique. Loin de fermer hermétiquement les frontières, «il faudra faciliter la circulation des chercheurs et des entrepreneurs» dit-il.

Pour lui, il faut traiter les causes profondes de l’immigration. L’Europe pourra proposer aux pays africains des accords mutuellement bénéfiques, pour accompagner une politique migratoire maîtrisée et humaine.

En condamnant la vision colonialiste et paternaliste des pays du tiers-monde M. MACRON considère que l’Afrique est un «continent d’avenir». Environ 10% de la population française a des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. La langue française est un trait d’union évident et crée une intimité naturelle dans les relations. Ces liens humains sont un atout pour la France. Si la France devait regarder l’Afrique avec uniquement un mélange de condescendance et de misérabilisme, elle commettrait une erreur historique. Pour M. MACRON, l’Afrique ancrée à part entière dans l’Histoire et le monde est une chance pour tous. Sans angélisme, ni naïveté, la France doit donc regarder cette «vérité africaine» en face, sans idées préconçues ni clichés, et définitivement débarrassée du surmoi de la colonisation et de la Françafrique. L’époque du pré-carré, de l’aide compassionnelle entremêlée de cynisme et des situations de rente entretenues par des réseaux occultes est révolue. «Il est grand temps que la France regarde au contraire l’Afrique comme un partenaire économique au même titre que la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Turquie» dit-il.

M. MACRON souhaite favoriser la démocratie en Afrique et mettre fin à la Françafrique. «Je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes dont on a vu que, malheureusement, ils subsistent encore dans le système politique français, en particulier à droite et à l’extrême-droite» dit-il.

M. MACRON veut accorder une place importante à la jeunesse africaine pour créer des emplois. «Il faudra pour cela que chacun prenne sa part, l’aide internationale, les gouvernements nationaux et les investisseurs privés, nationaux et internationaux, pour financer les infrastructures productives (électricité, eau, communications) et les entreprises, notamment les PME» dit-il.

B – Mme LE PEN, l’Afrique oscille entre séduction et répulsion

Mme Marine LE PEN, inspirée d’un grand conservatisme, souhaite «défendre la cause nationale» et cible surtout les étrangers d’origine africaine. Mme LE PEN est profondément nationaliste, prônant un protectionnisme et la «préférence nationale», qu'elle veut d'ailleurs inscrire dans la Constitution.

Dans sa tentative de dédiabolisation de son parti, considéré comme un parti xénophobe et raciste, Mme LE PEN travaille pour soigner sa mauvaise image en Afrique. Longtemps rejeté par le continent africain et ses dirigeants, le parti d'extrême droite tente, depuis plusieurs années, de casser son image négative. Le FN s'est entouré de connaisseurs et a noué des contacts avec la diaspora mais son plus beau coup, reste sans doute la rencontre symbolique entre Marine Le PEN et le président tchadien, Idriss DEBY en mars 2017.

Dans cette opération de séduction, Marine LE PEN, en nationaliste, a caressé dans le sens du poil, le désir des populations africaines de retrouver leur souveraineté nationale. Ainsi, Mme LE PEN, si elle est élue, entend revenir à la monnaie nationale en France, elle souhaite que les pays africains, fonctionnant avec le Franc CFA, en fassent de même.

Par ailleurs Mme LE PEN affirme qu’elle n'entendait pas continuer cette politique de la «Françafrique», faite d'ingérences et d'exigences de contreparties, parfois opaques.

Le débat du 2ème tour des présidentielles a montré le vrai visage du FN. «Chassez le naturel, il revient au galop» dit un proverbe français. Ainsi, Mme Marine Le PEN ne souhaite pas condamner la colonisation. Pour elle, il ne revient pas aux politiques de faire le travail des historiens. Les Français rejettent ces repentances qui divisent plutôt qu’elles ne rassemblent.

Mme LE PEN, et c’est l’un des marqueurs notables de son programme, entend réduire l’immigration d’origine africaine à un solde annuel de 10 000 personnes. En effet, le combat principal de Mme LE PEN est de considérer que la France subirait une immigration massive ; pour elle celle-ci n’est pas une chance, mais un facteur de désordre. C’est dans cette perspective que le programme du FN est peu séduisant pour la Diaspora et les Africains (suppression du regroupement familial et droit du sol pour les enfants d’immigrés nés en France, durcissement des conditions d’accès à la nationalité). Ainsi, le FN envisage la bi-nationalité pour les Africains, et non pour les Européens et les Américains. Ce parti veut aussi interdire toute régularisation des sans-papiers et, en attendant leur expulsion, entend mettre fin à l’école gratuite pour leurs enfants. Avec son programme d’expulsions massives, le FN projette de signer des accords de réadmission avec les pays africains. Les demandes d’asile ne seront examinées qu’à la frontière, dans des camps et le regroupement familial sera suspendu. L’aide médicale d’Etat, pour les étrangers malades sera supprimée et le droit du sol pour les enfants d’immigrés nés en Afrique, seront supprimés. Un délai de carence sera introduit avant de bénéficier de la protection sociale en France. Les conditions de la naturalisation seront durcies.

Paris, le 6 mai 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

 

«Législatives au Sénégal du 30 juillet 2017 : les forces en présence», par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

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