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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 18:03

«Penseuse des chaos du monde et militante antinazie de la première heure, elle fut à la fois une combattante des droits de l'homme, une théoricienne des périls qui menacent la démocratie, une penseuse de l'antitotalitarisme et une femme engagée dans les principaux combats du siècle» écrit Laure ADLER. Journaliste talentueuse, Hannah ARENDT ne se voulait pas philosophe, c’est la découverte du nazisme qui bouleverse tout : «Je n’appartiens pas au cercle des philosophes, mon métier c’est la théorie politique. Il y a très longtemps que j’ai pris définitivement congé de la philosophie. Je pourrais parler du 27 février 1933 ; ce fut pour moi, un choc immédiat et à partir de ce moment-là, je me suis sentie responsable. Mais il s’agissait d’une affaire politique et non personnelle. Tout ce qui est en général politique, est devenu personnelle» écrit ARENDT. «Le totalitarisme dessine en creux tout ce qui donne son relief au politique arendtien» écrit André ENEGREN. Cette écrivaine a su «épier les pas du siècle, le bruit et la germination du temps» de son temps, dit Ossip MANDELSTAM. ARENDT nous invite, pour faire voler en éclat les carcans idéologiques, «à penser ce que nous faisons», afin de mieux appréhender les phénomènes d’abus de pouvoir. Ni dogmatique, ni féministe, Hannah ARENDT, rétive à toutes étiquettes, défend une vision particulière de la modernité. Suivant les auteurs classiques, la pensée politique moderne serait dominée par la rationalité instrumentale et le libéralisme politique, avec une séparation radicale entre la liberté et la politique. Pour ARENDT, la pensée politique moderne a toujours un concurrent sérieux, c’est-à-dire la tradition révolutionnaire. La politique étant souvent un spectacle de fort mauvais goût, les individus doivent conserver leur faculté de juger. La liberté doit nécessairement combiner le pouvoir de commencer quelque chose de nouveau et le désir d’expérimenter la liberté. «Penser, c’est dire non» suivant le philosophe Alain. Afin de lutter contre le totalitarisme, la liberté est une réhabilitation radicale du politique comme espace public, pluriel et autonome de délibération et d’initiative où toute forme de souveraineté serait idéalement bannie. Inclassable et Juive allemande naturalisée américaine, elle penche pour la normalisation du peuple juif qui doit renoncer à la promesse d’élection ; elle ne cadrait ni en tant que juive, ni en tant que penseur actif de la cité. En effet, ARENDT ne défendait pas la création d’un Etat juif par David Ben GOURION. Elle recommandait un «Etat fédéral binational», rattaché au Commonwealth, où Juifs et Arabes auront les mêmes droits. Finalement, l’originalité de son œuvre l’a condamnée à la solitude, aux malentendus et aux polémiques stériles. «Le judaïsme de Hannah Arendt dénote de la complexité du Juif dit moderne, celui qui n’a ni pratique, ni croyance, qui convie à la plus grande vigilance : ne rien oublier» écrit Esther BENASSA. Dans un article du 26 octobre 1966, paru dans le Nouvel observateur, certains vont même plus loin, et s’interrogent : «Hannah Arendt est-elle nazie ?». Tout ce qui est excessif n’a pas de sens, a-t-on coutume de dire. Critiquant de façon acerbe ou sarcastique les grands philosophes, hésitant entre la politique et la philosophie, avec une œuvre composite jouant sur plusieurs registres, libre de toute obédience et de toute école, Hannah ARENDT est considérée tantôt comme libérale, tantôt comme conservatrice ou libertaire. Si Hannah ARENDT est l’écrivain le plus connu et le plus commenté en langue française, cependant une bonne partie de sa contribution reste mal connue, vilipendée ou faussement interprétée, notamment les rapports entre la morale, la religion et la politique. «Dans la pensée politique, Hannah ARENDT occupe une place à part. Sa vaste érudition, sa liberté vis-à-vis des idéologies à la mode, la hauteur de ses vues lui permettent une réflexion sans myopie, sans partialité et sans «partisannerie», écrit Benoît LEMAIRE.

Célèbre pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme et la modernité, Hannah ARENDT associe le totalitarisme au renoncement politique. Tant que les hommes cesseront de penser et surtout de prendre la parole dans l’espace public, nous ne seront pas à l’abri de la barbarie ; penser, c’est vraiment comprendre ce qui fait la nouveauté de notre temps. Il faudrait donc rompre avec le conformisme et l’indifférence de nos vies.

Polémiste redoutable et critique cinglante, constante dans ses fidélités, et en premier lieu dans sa relation avec cette grande conscience allemande que fut Karl JASPERS, Hannah ARENDT a traversé tous les débats du XXème siècle, sans jamais céder ni sur son indépendance d'esprit ni sur sa lucidité. La contribution littéraire de Hannah ARENDT, souvent caricaturée et réduite à la question de l’antisémitisme, est, en fait, beaucoup plus vaste et riche. Elle procède à une critique radicale des Anciens grecs, notamment de Platon et Socrate, et dresse un procès des révolutions française et américaine, à la lumière des injustices dans ces pays. ARENDT conteste le macarthisme, la guerre du Vietnam, et soutient la révolte de la jeunesse des années 60 ainsi que le combat des Noirs contre la ségrégation raciale. En effet, Hannah ARENDT ayant une haute idée de la dignité humaine, propose une réflexion générale sur le politique, à travers ses concepts fondamentaux, en faisant prévaloir une éthique en politique.

La vie d’un écrivain s’adosse à temps et à des lieux. Fille unique, Hannah ARENDT, née Johanna ARENDT, le 14 octobre 1906, à Hanovre, en Allemagne, est issue d’une famille juive, non pratiquante, fidèlement attachée à la social-démocratie et dotée d’une bibliothèque fournie en grands classiques grecs et romains : «Mon père était mort jeune. Tout cela semble si loin. Mon grand-père était président de la communauté juive libérale, et c’était un fonctionnaire de Königsberg. Je viens d’une vieille famille de Königsberg et pourtant le mot «Juif» n’a jamais été prononcé quand j’étais enfant. Je l’ai rencontré pour la première fois par le biais de remarques antisémites (inutile de les répéter) des enfants dans la rue» écrit-elle. Sa mère, Martha SPIERO-COHN (1874-1948), fille d’un émigré juif de Lituanie, enthousiasmée par la révolution spartakiste, est une admiratrice de Rosa LUXEMBOURG à qui Hannah empruntera la conception politique des «conseils». Son père, Paul ARENDT (1873-1913), un ingénieur, souffrant de la syphilis, meurt après une longue agonie, en 1913, Hannah n’avait que 7 ans. En 1914, à la suite d’une menace d’invasion de cosaque, sa mère se réinstalle à Königsberg et se remarie avec un veuf qui a deux filles. La jeune Hannah est décrite par Karine BIRO, à travers le journal tenu par sa mère, comme une fille surdouée, rebelle, sombre et admiratrice de Frantz KAFKA. La petite Hannah, adolescente difficile, d’un caractère bien trempé, elle est exclue du lycée pour avoir pris la tête d’un groupe d’élèves qui s’opposait à une enseignante. Elle passe son baccalauréat en candidate libre, diplôme qu’elle obtient en 1924. Animée par un puissant désir de comprendre, fascinée par la philosophie, mais aussi par la poésie grecque, elle a déjà lu Emmanuel Kant et Sören KIERKEGAARD lorsqu’elle s’inscrit la même année à l’Université de Marbourg en philosophie, théologie et géographie. Pendant l’hiver 1924-1925, le philosophe Martin HEIDEGGER (1889-1976) donne un cours sur Platon. Après la séance, Hannah n’hésite pas à se présenter dans son bureau. Entre eux commence une véritable passion amoureuse et intellectuelle, et ils échangent qu'une vaste correspondance qui durera jusqu'à la mort de celui-ci.

Jeune fille tourmentée et suicidaire, quand elle rencontre HEIDGGER, elle comprend qu’elle peut aimer et penser. «Pour elle la pensée va devenir une activité érotique et l'amour une activité intellectuelle» écrit Laure ADLER. Martin HEIDEGGER, marié, a dix-sept ans de plus que la jeune fille. Il ne quittera jamais sa femme mais restera sous le charme d’Hannah tout au long de sa vie. Consciente de l’impossibilité de vivre sa relation avec HEIDEGGER au grand jour, elle décide de continuer ses études à Fribourg-en-Brissau où elle devient l’élève d’Edmund HURSSERL (1859-1938), puis à Heidelberg où, sur les recommandations d’HEIDEGGER, elle rencontre Karl JASPERS (1883-1969). Sous sa direction, elle rédige sa thèse «Concept d’amour chez Augustin», en 1929. «Pour moi, l’Allemagne, c’est la langue maternelle, la philosophie et la création littéraire»,  dit ARENDT.

Hannah ARENDT commence à s'intéresser à l'histoire et à la politique, prend conscience de sa condition juive, de l'antisémitisme et de la montée du nazisme. ARENDT entre en politique à partir de l'incendie du Reichstag, le 27 février 1933. Elle comprend qu’elle ne peut plus se contenter d’être spectatrice. Au mois de mai, Martin HEIDEGGER accepte les fonctions de recteur de l’université de Fribourg, après que 13 de ses collègues juifs en ont été exclus. HEIDEGGER démissionnera en février 1934 après la Nuit des Longs Couteaux, mais il ne désapprouve le nazisme qu’en privé.  Hannah ARENDT s’engage, alors, dans une organisation sioniste et enquête sur les méfaits de la propagande à l’encontre de la population juive. Les boucs émissaires sont alors les communistes et Adolf HITLER se pose en sauveur de la nation. Avant de s’exiler en automne 1933, Hanna ARENDT consacre ces quelques mois à faciliter la fuite de nombreux militants d’opposition. C’est de cette période vécue au quotidien qu’Hanna ARENDT s’inspirera plus tard pour démonter les rouages de tout système totalitaire. «Les origines du totalitarisme», ouvrage de référence publié en 1951, condamne en effet aussi bien le nazisme que le communisme, et toute idéologie abritant les mêmes mécanismes de la pensée unique, du refus du pluralisme et, de fait, du musèlement des minorités. Arrêtée par la Gestapo, puis relâchée après huit jours d’emprisonnement, elle fuit et se réfugie à Paris, où elle apporte son aide à de jeunes Juifs qui veulent émigrer en Palestine. Elle y rencontre des réfugiés allemands dont Bertolt BRECHT (1898-1956) et connaît Raymond ARON (1905-1983). Elle fréquente le séminaire de KOJEVE consacré à HEGEL, côtoie Jean-Paul SARTRE et Simone de  BEAUVOIR sans se lier avec eux. Hannah ARENDT éduque des adolescents juifs et facilite leur exil vers la Palestine. Au printemps 1936, à trente ans, elle fait connaissance de Heinrich BLUCHER (1899-1970), un philosophe allemand et un communiste ayant participé à la révolution de 1918 en Allemagne et au mouvement spartakiste. BLUCHER a, lui aussi, fui Berlin. Il est éperdument amoureux, elle l’épousera en 1940 après avoir divorcé de Gunter ANDERS (1902-1992). Leur couple, leur stabilité au-delà des aléas de la vie sera un immense bienfait pour Hannah ARENDT qui fut toujours terrorisée par la peur de l’abandon. À partir de 1940, le gouvernement français édicte les lois anti-juives. Internée à Gurs (Pyrénées), ARENDT parvient à s'échapper et obtient, grâce à Théodor Wiesengrund ADORNO (1903-1969) un philosophe, sociologue et musicologue allemand, un visa en 1941 pour les États-Unis pour y enseigner notamment aux universités de Californie, de Chicago, de Columbia et de Princeton. À 38 ans, elle apprend l'anglais ; elle écrira toute son œuvre dans cette langue mais pense en allemand ; des amis reliront et corrigeront ses textes. Apatride, Hannah ARENDT se sent alors déracinée, et voit le monde comme une scène de luttes où elle n'a pas sa place. ARENDT affirmera qu'il n'y a pas de droits de l'homme, mais seulement des droits du citoyen. L'apatride est interné ou exterminé.

ARENDT se fait naturaliser américaine, le 7 août 1952, et à partir de cette époque, elle publie son ouvrage majeur, «les Origines du totalitarisme», dont les trois volumes paraîtront en français sous les titres «le Système totalitaire» (1972), «Sur l’antisémitisme» (1973) et «l’Impérialisme» (1982). Hannah ARENDT, également auteure de «Condition de l’homme moderne» (1958) et de «la Crise de la culture» (1961), milite pour le relèvement des exclus «C’est bien propre le propre de la condition humaine, que chaque génération nouvelle grandisse à l’intérieur d’un monde, un monde construit par les vivants et les morts. La tâche de l’éducation est d’introduire ces nouveaux venus comme un ferment dans un monde déjà vieux. C’est un mot, refuser que meure le Verbe, et le Verbe doit soulever le monde» écrit-elle dans «la crise de la culture». 

Chargée de cours dans les plus grandes universités américaines, elle obtient en 1963 la chaire de science politique à Chicago, puis est nommée en 1967 à la New School for Social Research de New York. En 1968, elle est nommée professeur de philosophie politique à la New School for Social Research de New York où elle retrouve Hans JONAS. Peu de temps après avoir reçu le prix Sonning délivré par le gouvernement danois, Hannah ARENDT meurt, le 4 décembre 1975 à la suite d'une attaque cardiaque. Son dernier livre, publié à titre posthume en 1978, «la Vie de l’esprit», réunit les textes de conférences sur les thèmes de «la Pensée» et de «la Volonté».

Hannah ARENDT assiste à Jérusalem au procès du nazi Adolf EICHMANN (1906-1962) et publie ensuite les articles qu’elle consacre à l’événement (Eichmann à Jérusalem, 1963). Face au phénomène, sans précédent, du totalitarisme, Hannah ARENDT se pose trois questions majeures :

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Pourquoi cela s’est-il passé ?

- Comment cela a-t-il pu être possible ?

I – Hannah ARENDT : Une critique radicale du totalitarisme

A – Le totalitarisme c’est la banalisation du Mal

«Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres» disait Alexis de TOCQUEVILLE qui, dans une approche descriptive et clinique de la démocratie, considère que la question centrale de son étude porte sur l’égalité. Les «Origines du totalitarisme» écrit par Hannah ARENDT et publié aux États-Unis en 1951 ne fut traduit en France qu’à partir de 1972. Ce qui fait l’originalité de la contribution littéraire de cette juive allemande, c’est avant tout la volonté de comprendre le totalitarisme. Hannah ARENDT se pose une question fondamentale «Comment est-ce possible ?». D’emblée, elle écarte deux explications convenues : Celle qui consiste à dire que le totalitarisme serait une simple résultante de la haine du juif activée dès le début du christianisme, mais aussi celle qui s’appuie sur la soi–disant monstruosité nichée en chacun de nous qui entraînerait, le moment venu, le déchaînement génocidaire. Le totalitarisme, phénomène inédit, n’est pas apparu au XXème siècle par hasard, mais au contraire parce que certains éléments nouveaux ont permis sa cristallisation. Bien après le risque de la terreur, la menace persiste car notre époque ne s’est pas débarrassée du terreau dans lequel il a surgi. L’élément de base, c’est l’existence d’une société de masse caractérisée par son indifférence totale à la politique, liée au sentiment de son impuissance la plus grande. L’envers d’Auschwitz n’est autre que la faillite et la déchéance de la philosophie. Le champ politique est devenu, non pas celui de l’action, mais de la contemplation.

Dans «Les origines du totalitarisme, dont la rédaction s’achève en 1949, Hannah ARENDT parle, initialement de «mal radical». Cette expression a été employée par KANT dans son opuscule «Sur le mal radical dans la nature humaine». Chez Kant, le terme radicalité signifie selon l’étymologie «inscrit dans les racines» ce qui n’empêche pas la disposition naturelle de l’homme vers le bien. Hannah Arendt utilise le terme radical dans le sens «absolu, irréductible», Dans «Les origines du totalitarisme», Hannah ARENDT décrit avec le nazisme «l’apparition d’un mal radical, inconnu de nous auparavant». Rien n’existe ni n’a existé de similaire : «Le purgatoire est représenté par les camps de travail en Union Soviétique, où l’abandon se combine avec un travail forcé chaotique. L’enfer au sens littéral a été incarné par ces types de camps réalisés à la perfection par les nazis : là, l’ensemble de la vie fut minutieusement organisé en vue des plus grands tourments». Notons les expressions «l’enfer au sens littéral» et «à la perfection».

Le procès d’EICHMANN ouvre un tournant dans la pensée d’Hannah ARENDT sur la question du mal ; elle passe du «Mal radical» à la «banalité du Mal». Observant l’accusé et écoutant ses réponses, elle est d’abord étonnée de son inquiétante normalité. Mais que signifie «normal» dans ce cas ?

Adolf EICHMANN, un des principaux organisateurs de la Solution finale, c'est-à-dire de l’extermination de 6 millions de juifs, réfugié en Argentine, est arrêté en 1960 par les services secrets israéliens. Son procès a lieu du 11avril au 14 août 1961 à Jérusalem. Il sera pendu. Hannah ARENDT, en tant que journaliste du New Yorker, couvre ce procès et tire un ouvrage : «Eichmann ou la banalité du mal». EICHMANN n’est ni fou, ni sadique, ni au monstre.  «Eichmann n’était ni un Iago, ni un Macbeth et il ne lui serait jamais venu à l’esprit, comme à Richard III, de faire le mal par principe» écrit ARENDT.  Pour elle, EICHMANN, présenté par la communauté juive comme le Mal incarné et jugé comme exemple, n’est pas un monstre, mais un personnage médiocre. Par ailleurs, les conseils juifs mis en place par Hitler, ont collaboré à la persécution des Juifs. Son seul crime, sans précédent, consiste à ne pas avoir pensé ce qu’il faisait, à n’avoir pas imaginé les conséquences de ses actes. Ce procès EICHMANN révéla à ARENDT l’incapacité à distinguer le bien du mal quand tous les repères ont disparu. En effet, EICHMANN avait bien une conscience, puisqu’il était révolté par le meurtre de juifs allemands. Il n’avait pas l’intention de faire le mal, puisqu’il ignorait les catégories du bien et du mal, la seule norme qui comptait à ses yeux étant l’obéissance et la fidélité à l’Etat nazi. Hannah ARENDT s’aperçoit que les commanditaires du nazisme n’étaient pas des sadiques : «ils n’étaient pas assassins de nature», ils étaient de simples hommes ordinaires qui avaient obéi à des ordres, et ne comprenaient pas qu’on leur reprochât leur loyauté, considérée en général comme une vertu. «Cette normalité, conclut-elle, est beaucoup plus terrifiante que toutes les atrocités réunies», parce que cet homme ordinaire commet des crimes sans même le savoir. Ainsi donc, ARENDT découvre : «la terrible, l’indicible, l’impensable banalité du mal». Cela ne veut pas dire qu’il faudrait innocenter les nazis, arguant du fait que tous auraient pu en faire autant, et banalité ne vaut pas insignifiance, un crime est toujours un crime. Mais cela veut dire que le mal absolu n’existe pas sur cette terre.

Finalement ARENDT va refuser d’identifier totalement le coupable au crime. «J’ai changé d’avis et je ne parle plus du mal radical, à l’heure actuelle, mon avis est que le mal n’est jamais radical, qu’il est simplement extrême». «Eichmann à Jérusalem» aura pour sous-titre : «Rapport sur la banalité du mal». Lorsque Hannah ARENDT évoque la banalité du mal, elle semble déplacer la question du mal du plan moral au plan politique et juridique : c’est dans l’organisation du régime nazi, qui dévoie les consciences, qui transforme l’interdit du meurtre, «tu ne tueras point», en obligation, «tu dois tuer », qu’apparaît l’horreur du mal. Ce mal ne peut devenir banal que dans la mesure où il vient à être accepté par tous, dans une anesthésie générale des consciences. «Arendt a mis en évidence le fait que le mal absolu réside moins dans l’intention délibérée de commettre des actions condamnables, que dans les stratégies par lesquelles la conscience individuelle se disculpe du mal commis», suivant Jean-Paul POIZAT. Cette nouvelle théorie de Hannah ARENDT, de «banalité du Mal» lui vaut des accusations violentes de la part de la communauté intellectuelle juive. Accusée d’être antisémite, elle répond : «Vous avez raison, je ne suis animée d’aucun amour de ce genre et cela pour deux raisons : je n’ai jamais, dans ma vie, aimé aucun peuple, aucune collectivité, ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni rien de tout cela. J’aime uniquement mes amis et la seule espèce d’amour que je connaisse et en laquelle je crois est l’amour des personnes. En second lieu, cet «amour des juifs» me paraîtrait, comme je suis juive moi-même, plutôt suspect» dit ARENDT.  

Devant cette réprobation, Hannah ARENDT atténuera et nuancera son propos. Il faut  comprendre décidément, que même si tout individu est toujours responsable de ses actes, chaque individu est aussi le produit de son temps et en ce sens, en incarne éventuellement la faiblesse. Autrement dit un EICHMANN n’est possible qu’à l’intérieur d’une époque, en l’occurrence, la nôtre. C’est le système spécifique du totalitarisme qui l’a produit, ce qui ne le rend pas du tout excusable pour autant. Le totalitarisme n’aurait pas pu avoir lieu dans une société où aurait subsisté le lien social, l’engagement politique dans sa diversité.

Hannah ARENDT considère que le stalinisme relève aussi, au même titre que le nazisme, du totalitarisme. Le premier travail de Staline fut de détruire tout ce qui aurait pu contrarier la formation des masses. D’abord il remplace les soviets par des cellules où ne se recrutent que les hauts fonctionnaires des comités centraux, puis il détruit la classe la plus puissante, celle des paysans. Il brise la solidarité en mettant en place le stakhanovisme puis il liquide l’aristocratie administrative, enfin les directeurs d’usine et les ingénieurs. «L’atomisation habile de la société civile soviétique fut réalisée par l’usage habile de purges répétées qui précédait invariablement la liquidation effective des groupes. (…) Dès lors qu’un homme est accusé, ses anciens amis se transforment immédiatement en ses ennemis les plus acharnés ; afin de sauver leur peau, ils se font mouchards et se hâtent de corroborer par leurs dénonciations les preuves qui n’existent pas contre lui» écrit ARENDT. Staline n’est pas au pouvoir par un accident de l’histoire consistant uniquement à comploter pour la succession à Lénine. Pour se maintenir au pouvoir, comme Hitler, il s’est appuyé sur des organisations de masse d’individus atomisés et isolés. «Les régimes totalitaires, aussi longtemps qu’ils sont au pouvoir, et les dirigeants totalitaires, tant qu’ils sont en vie, commandent et s’appuient sur les masses jusqu’au bout. L’accession de Hitler au pouvoir fut légale selon la règle majoritaire, et ni lui ni Staline n’auraient pu maintenir leur autorité sur de vastes populations, survivre à de nombreuses crises intérieures ou extérieures et braver les dangers multiples d’implacables luttes internes au parti, s’ils n’avaient bénéficié de la confiance des masses», écrit ARENDT.

B – Le totalitarisme s’appuie sur les masses

La caractéristique la plus apparente du totalitarisme et ses organisations de masse, est leur exigence de loyauté totale, illimitée, inconditionnelle et inaltérable. Cela est aussi vérifiable en Afrique dans le cas des pouvoirs monarchiques et préhistoriques. Tous les liens sociaux sont rompus. Les dirigeants totalitaires commandent et s’appuient sur les masses :  «Le terme de masses s’applique seulement à des gens qui, soit à cause de leur simple nombre, soit par indifférence, soit pour ces deux raisons, ne peuvent s’intégrer dans aucune organisation fondée sur l’intérêt commun, qu’il s’agisse de partis politiques, de conseils municipaux, d’organisations professionnelles ou de syndicats. Les masses existent en puissance dans tous les pays et constituent la majorité de ces vastes couches de gens neutres et politiquement indifférents qui votent rarement et ne s’inscrivent jamais à aucun parti» écrit ARENDT. Les mouvements totalitaires s’appuient sur les masses et non pas sur les classes, car ils ont besoin d’individus sans opinion et interchangeables. «La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité et l’arriération, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux» dit ARENDT. Ce qui caractérise les masses, c’est la désolation et l’isolement. Dans cette société dite, sans classe, Maxime GORKI n’hésitera de parler de ce «grand corps flasque, sans aucune éducation politique, presque inaccessible à l’influence des idées susceptibles d’ennoblir les actes de la volonté». Ainsi, l’homme ne pense plus, ne vit plus avec lui-même, n’a plus confiance en lui-même et n’a plus aucun repère moral : «La désolation, fonds commun de la terreur, essence du régime totalitaire, (…) est étroitement liée au déracinement et à la superfluité qui ont constitué la malédiction des masses modernes depuis le commencement de la révolution industrielle» précise ARENDT.

Pour Hannah ARENDT, le totalitarisme est une forme étrange de gouvernement. Dans les pays totalitaires, le pouvoir est imposé par la propagande et la terreur. La propagande est même remplacée par l'endoctrinement et la violence est utilisée moins pour effrayer les gens que pour réaliser constamment les doctrines idéologiques et les mensonges pratiques du gouvernement. Devant cet homme dépossédé de sa plus haute part, nous sommes comme le juge de Chesterton qui, au lieu de condamner, laisse tomber les bras et le code, et dit ce qui s'impose: «Achetez une âme neuve! Celle que vous avez ne suffirait pas à un chien malade. Achetez une âme neuve». Hannah ARENDT, en nous faisant renouer avec la grande tradition philosophique, peut nous aider à nous élever au-dessus des discours dominants et à accoucher de notre âme. Nous devons refuser le totalitarisme, car Il faut cesser de courir derrière l'Histoire et d'avoir peur de manquer le dernier train. Ne pas dire: c'est la loi de l'Histoire, il faut obéir ; mais s'insurger contre cette loi, ne pas l'accepter.

En définitive, Hannah ARENDT définit la tyrannie dans le chapitre «Idéologie et terreur» : c’est «l’arbitraire du pouvoir, non limité par des lois, son exercice, au profit du gouvernant, et hostile aux intérêts des gouvernés d’une part, et d’autre part la peur, pour principe d’action, peur du peuple ressentie par le gouvernant, peur du gouvernant éprouvée par le peuple, telles ont été, tout au long de notre tradition, les marques distinctives de la tyrannie». Elle montre qu’une certaine forme de loi au contraire constitue l’essence même du totalitarisme.

Le totalitarisme «prétend obéir rigoureusement et sans équivoque à ces lois de la Nature et de l’Histoire dont toutes les lois positives ont toujours été censées sortir». La loi de l’Histoire est une déformation de la pensée marxiste de même que la loi de la Nature était une mauvaise interprétation des idées de Darwin. Elle consiste à éliminer tous ceux qui pouvaient par leur seule existence freiner l’avènement de la société communiste. Toutes deux s’appliquent d’une manière systématique et aveugle, et ne souffrent ni discussion, ni exception. «La légitimité totalitaire, dans son défi à la légalité et dans sa prétention à instaurer le règne direct de la justice sur la terre, accomplit la loi de l’Histoire ou de la Nature sans la traduire en normes de bien et de mal pour la conduite individuelle» écrit ARENDT. Autrement dit le totalitarisme pulvérise nos catégories politiques et nos critères de jugement moral. Les dirigeants ne prétendent pas être justes mais exécuter des lois historiques ou naturelles. La terreur sacrifie les parties au profit du tout, on élimine l’individu au profit de l’espèce. Culpabilité et innocence deviennent des notions dépourvues de sens. «La terreur totale, l’essence du régime totalitaire, n’existe ni pour les hommes ni contre eux. Elle est censée fournir aux forces de la Nature ou de l’Histoire un incomparable moyen d’accélérer leur mouvement» dit ARENDT. La terreur abolit tous les liens entre les personnes et les communautés qui constituent la société : sans la liberté qu’octroient les liens interpersonnels, les individus sont sous le contrôle du pouvoir discrétionnaire. L’individu, dépossédé de tout lien avec les autres, avec le monde et avec le passé, connaît la «désolation», le délaissement le plus radical. Se crée alors un monde fictif, méprisant les faits, épargnant aux masses tout affrontement avec le réel et leur donnant un semblant de cohérence. Le totalitarisme est négation du politique Le tyran rend impossible la parole dans l'espace public mais il laisse les hommes dans l'espace privé. Le totalitarisme attaque la vie privée elle-même. L'individu n'est pas seulement isolé mais il n'a plus de consistance interne, perd son moi. Il n'y a, en réalité, aucune organisation politique, le chef étant la loi suprême et pouvant liquider ses subordonnés.

Les autres caractéristiques d’un régime totalitaire, c’est d’abord, une propagande totale totalitaire en inventant un ennemi de l’intérieur, des boucs-émissaires, chaque citoyen est persuadé que ses propres difficultés viennent de ces groupes ethniques (Juifs, actuellement avec les étrangers avec le concept du «Grand remplacement»), c’est ensuite une organisation totalitaire, avec une police secrète et des arrestations arbitraires, et c’est enfin, une domination totale par un endoctrinement idéologique, accompagné de liquidation de toute forme de résistance.

 

II  – Hannah ARENDT : Une dénonciation de tous les totalitarismes

A – La colonisation, l’esclavage et le racisme, c’est le totalitarisme

Hannah ARENDT ne se limite pas à la souffrance du peuple juif, et dénonce toute les formes de totalitarisme, notamment la colonisation, l’esclavage et le racisme. Hannah ARENDT a été fortement critiquée, pour ne s’être conformée à la rhétorique habituelle de la communauté juive, la seule victime d’un crime contre l’humanité. Lorsque Christiane TAUBIRA avait avancé l’idée que l’esclavage est crime contre l’humanité, des forces obscures ont tenté de faire avorter son projet de loi. Pendant la campagne des présidentielles de 2017 quand le candidat Emmanuel MACRON avait qualifié le colonialisme de «crime contre l’humanité», sa proposition a été accueillie, de la part des lobbies sionistes, de critiques virulentes. Pourtant,  la bête immonde n’est pas morte. En effet, le Rassemblement National (R.N ex Front National), s’il est un parti légal, en revanche les thèmes qu’il invoque, en ménageant la communauté juive, sont manifestement contraires aux lois de la République. Le R.N. a réussi sa «dédiabolisation» ; ce qui représente une menace grave pour la démocratie. En effet, Hannah ARENDT assimile le communisme et le fascisme, tous les deux à des systèmes totalitaires. Le système politique mis au point par l’Allemagne hitlérienne et la Russie stalinienne ne consiste pas en une simple radicalisation des méthodes dictatoriales.

C’est un système entièrement original qui repose sur la transformation des classes en masses, fait de la police le centre du pouvoir et met en œuvre une politique étrangère visant ouvertement à la domination du monde. Animé par une logique de la déraison, il tend à la destruction complète de la société, comme de l’individu. Par conséquent, Je crois fondamentalement, qu’un égale un, et nous devrions tous être solidaires contre le racisme et l’antisémitisme.

 Hannah ARENDT n’avait pas éludé cette dénonciation de tous les totalitarismes, d’où viennent et qui devraient mobiliser tous les républicains. En effet, dans son ouvrage «L’impérialisme» Hannah ARENDT pense que la colonisation, ce crime contre l’humanité, annonçait déjà le totalitarisme. En effet,  l’impérialisme fit son entrée sur la scène mondiale en Afrique. Voici venu le temps de la race comme fondement du corps politique, de la bureaucratie comme principe de domination. Aucune considération éthique ne doit entraver la domination blanche. L’expansionnisme continental, l’éveil des minorités, les mouvements de réfugiés consécutifs à la Première Guerre mondiale achèvent de saper l’État-nation. Mépris de la loi, éclatement des partis : l’Europe travaille avec acharnement à l’avènement du système totalitaire. Car avant d'être victime du nazisme, comme le dit Aimé CESAIRE dans son «Discours sur le colonialisme» : «On en a été le complice ( ... ), on l'a supporté avant de le subir, on l'a absout, on a fermé l'œil là-dessus, on l'a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s'était appliqué qu'à des peuples non européens; ( ... ) ce nazisme-là, on l'a cultivé, on en est responsable, et qu'il sourd, qu'il perce, qu'il goutte, avant de l'engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne». Dès lors si la réalité n'était pas tragique, l'on rirait volontiers de toutes ces petites diatribes convenues contre Hitler. Il est bien vrai que ce qu'on ne pardonne pas à Hitler, «ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est pas l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, c'est l'humiliation de l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique».

ARENDT pense avant tout le totalitarisme comme un fait radicalement nouveau, une rupture à propos de laquelle elle écrira que  «le fil de la tradition est rompu». Son originalité apparaît surtout dans la manière incisive avec laquelle elle montre le renversement des activités de l'homme et des valeurs dans la vie politique actuelle. Les pages les plus importantes de son oeuvre sont celles où elle traite du totalitarisme, phénomène qui résulte à ses yeux de la substitution de l'idéologie à la pensée politique. Dans son ouvrage sur les «origines du totalitarisme» Hannah ARENDT y procède à une histoire politique et sociale des juifs depuis le XVIIIème siècle. ARENDT distingue l'antisémitisme social de l'antisémitisme politique. L'antisémitisme politique vient de ce que certains privilèges ayant été accordés aux juifs, ceux-ci ont constitué un groupe à part, solidaire des États. Dès lors, tout conflit avec l'État devient antisémite. L'antisémitisme social, en revanche, est dû à l'égalité croissante des juifs avec les autres. Hannah ARENDT y développe le thème de l’impérialisme qui se manifeste de deux façons. D’une part, ARENDT raconte l'histoire de la désintégration de l'État-Nation et montre ainsi les conditions nécessaires à l'émergence des mouvements et gouvernements totalitaires. L'impérialisme colonial est la recherche de l'expansion pour l'expansion, pour des motifs, non pas politiques, mais économiques. En effet, la colonisation française, plus hypocrite que le modèle britannique du gouvernement indirect, fondée sur le modèle romain est une tentative d’assimilation du colonisé.

Officiellement, il s’agit de répandre «les bienfaits de la civilisation française» et de faire du colonisé «un citoyen français». Dans les faits, la colonisation est une «exploitation particulièrement brutale des colonies, au nom de la Nation». Le colonisé, ravalé au rang d’indigène de la République, est devenu une chair à canon, «une force noire» pour défendre la patrie. Georges CLEMENCEAU insista sur ce fait, «un droit illimité à lever des troupes noires destinées à contribuer à la défense du territoire français en Europe, si la France était attaquée par l’Allemagne». Le colonialisme a permis aux Occidentaux d’expérimenter le totalitarisme en Afrique, notamment les camps de concentration organisés par les Boers. «La race est, politiquement parlant, non pas le début de l’humanité mais sa fin, non pas l’origine des peuples mais leur déchéance, non pas la naissance naturelle de l’homme mais sa mort contre nature», écrit ARENDT dans l’impérialisme.

Hannah ARENDT n’a pas naturellement connu le système de la Françafrique mis en place par le général de GAULLE et qui perdure jusqu’à présent. L’indépendance des Etats africains, est factice. La France a mis en place des régimes favorables à ses intérêts, de nature à se procurer des matières premières qu’elle paie avec une monnaie coloniale, le FCA et de se doter de vastes débouchés pour ses entreprises. Elle se créé ainsi une chasse gardée, dite la Pax Gallica. Tous les chefs d’Etats africains qui se sont rebellés contre ce sont ce système ont été assassinés et remplacés par des régimes monarchiques et dictatoriaux. La théorie du régime totalitaire, telle que l’a décrit Hannah ARENDT, s’applique bien à certains régimes africains (Les dynasties EYADEMA au Togo depuis 1962, BONGO au Gabon depuis 1967, les régimes Amadou AHIJO et Paul BIYA au Cameroun depuis 1960, depuis 1990, Denis SASSOU-NGUESSO au Congo depuis 1979, Théodore Obiang NGUEMA en Guinée Equatoriale depuis 1979,  Laurent-Désiré KABILA depuis 1997 en RD du Congo, etc.). Ces régimes fonctionnent avec les masses et la terreur. La «castration» des intellectuels, c’est-à-dire l’impossibilité d’exprimer leurs talents et la liberté de parole sont supprimés. Finalement, les jeunes n’ont d’autres choix que l’exil.

On observe une montée du racisme dans le camp occidental, sans que cela n’inquiète outre mesure les républicains. Cette intolérance se fait au détriment des étrangers, avec une particularité de la France, où sévit un parti d’extrême-droite très puissant, ayant accédé, par deux fois, au deuxième tour des présidentielles en 2002 et en 2017, qui a lepénisé les esprits. Cette montée du racisme créé les risques d’un totalitarisme au sens où l’entendait Hannah ARENDT. Cette tendance de droitisation de la vie politique est observable en Italie, en Hongrie et en Autriche. Le Brexit a gagné en Grande-Bretagne. L’arrivée de Donald TRUMP au pouvoir aux Etats-Unis, après deux mandats d’OBAMA, un président Noir, change fondamentalement la donne dans le camp occidental et légitime l’extrémisme. En effet, l'Amérique de Donald TRUMP, dont les forces de l’ordre continuent à massacrer ses Noirs, a institué une politique d'immigration ouvertement raciste, contre les Musulmans en particulier, et traite de manière honteuse les immigrants, notamment les enfants. Supposée être la plus grande démocratie du monde, l'Amérique bénéficie du silence coupable des autres nations européennes. Naturellement, quand on parle du respect des droits de l'homme, cela ne s'appliquer qu’aux pays de l'ex-bloc communiste, et, en particulier, aux pays du tiers-monde. Le camp occidental, par principe, est irréprochable en matière de droits de l'homme.

B – Il faut une égalité réelle et des droits fondamentaux

Hannah ARENDT a eu l’audace de montrer la grande hypocrisie des démocraties occidentales où l’on affirme, sur le plan théorique, des droits inaliénables de l’individu et antérieurs à la société politique, mais, en fait, ce sont, en grande partie, des démocraties ethniques : «Le grand défi lancé à l’époque moderne et son danger particulier furent que, pour la première fois, l’homme a affronté l’homme sans être protégé par les différences de situation et de condition. C’est précisément ce nouveau concept d’égalité qui a rendu si difficiles les relations modernes entre les races car on se trouve là en face de différences naturelles, et on ne peut pas attendre d’un changement quelconque des conditions qu’il les rende moins visibles» écrit-elle dans «l’Antisémitisme». Il y a une déclaration abstraite de droits, mais dépouillée de toutes particularités, de toutes situations générant des inégalités, alors que certains ont bien des privilèges : «L’égalité de condition, à coup sûr un impératif fondamental de justice, est aussi l’une des plus grandes et des plus hasardeuses entreprises de l’humanité moderne. Plus les conditions sont égales, moins il est facile d’expliquer les différences réelles entre les individus et moins, en fait, les individus et les groupes sont égaux entre eux» écrit-elle. Apatride, pendant un certain temps, ARENDT est sensibilisée sur la question des réfugiés ; elle soulève déjà la question de la discrimination de race ou de classe : «Les nouveaux réfugiés étaient persécutés, non pas à cause de ce qu’ils avaient fait ou pensé, mais parce qu’ils étaient nés pour toujours dans la mauvaise catégorie de race ou de classe» écrit-elle. Le «grand malheur» ne réside pas dans la perte de la liberté, de la quête du bonheur ou de l’égalité devant la loi, mais dans le fait d’avoir cessé d’appartenir à une communauté. Les sociétés occidentales sont attachées à l’homogénéité culturelle et ethnique ; ils redoutent les différences raciales. «L’étranger est le symbole effrayant de fait de la différence en tant que telle, de l’individualité en tant que telle : il désigne les domaines dans lesquels l’homme ne peut ni transformer ni agir, et où par conséquent il a une tendance marquée à détruire» écrit ARENDT.

Par conséquent, ARENDT est attachée à une égalité réelle, qui n’est pas théorique : «Nous ne naissons pas égaux ; nous devenons égaux en tant que membres d’un groupe, en vertu de notre décision de nous garantir mutuellement des droits égaux» écrit-elle dans «Essai sur la Révolution». S’inspirant de Frantz KAFKA, elle réclame «des droits humains élémentaires» pour les étrangers, se marier, trouver un emploi sont des droits inaliénables de l’individu. Il faut sortir du discrétionnaire quand il s’agit de droits fondamentaux.

III – Hannah ARENDT appelle à conjurer le Mal absolu

A – Une société de l’indifférence et de la contemplation

Rien ne caractérise mieux les mouvements totalitaires en général, et la gloire de leurs leaders en particulier, que la rapidité surprenante avec laquelle on les oublie, et la facilité surprenante avec laquelle on les remplace (Salazar, Franco, Mussolini, Hitler). Cependant, se serait une grave erreur de croire que le totalitarisme ne puisse pas ressurgir, notamment dans les sociétés occidentales. La démocratie reste une conquête de chaque instant. Hannah ARENDT propose une réflexion sur la nouveauté radicale de notre époque, réflexion qui associe le totalitarisme au renoncement à la politique. «Ce que je propose : rien de plus que de penser ce que nous faisons», écrit ARENDT qui nous invite à une quête du sens. Tant que les hommes cesseront de penser, et surtout de prendre la parole dans l’espace public, nous seront pas à l’abri de la tyrannie et du totalitarisme. Pour son amour de la liberté et du monde, la contribution de Hannah ARENDT est une sérieuse mise en garde : la démocratie n’est jamais une conquête définitive ; il faut rester constamment vigilant.

Par conséquent, Hannah ARENDT ne se contente pas de diagnostiquer le Mal. Elle s'interroge sur les moyens de se préserver contre la tentation totalitaire. «Rien n’est plus dangereux que d’arrêter de penser. Le danger consiste en ce que nous devenions de véritables habitants du désert et que nous nous sentions bien chez lui». Ainsi se termine un petit ouvrage de Hannah ARENDT intitulé : «Qu’est-ce que la politique ?» Etrange phrase. De quel désert s’agit-il et pourquoi nous y sentirions nous bien ? Cette mise en garde est un condensé de la pensée de Hannah ARENDT. Elle ne fait pas allusion au désert d’Afrique bien sûr, mais à celui de notre monde occidental. Cette métaphore désigne notre absence de points de repères. Bien que noyés sous les informations et les images de toutes sortes nous vivons dans le désert de nos vies privées et cela semble bien faire notre bonheur. Autrement dit, notre passivité de citoyen consommateur nous suffit. Nous avons sous nos yeux le spectacle d’un monde auquel nous ne pouvons rien changer et nous acceptons sans trop de problèmes cette fatalité. «Tant que nous souffrons, dans les conditions du désert, nous sommes encore humains, encore intacts» ajoute ARENDT. Cette défiance à la Politique, dans son sens noble, montre que nous avons renoncé à ce qui fait notre humanité véritable, c'est-à-dire à notre liberté. Le «désert» dont elle parle, c’est l’univers familial, le travail, la consommation et la culture de masse. Les citoyens se désintéressent de la Politique, pourtant discréditée, et s’en remettent aux technocrates, pour agir à leur place. Dans les pays occidentaux, nous vivons une société sans repères. Il existe de nombreuses chaînes d’informations, mais celles-ci sont concentrées aux mains du grand capital. Nous vivons donc dans le désert de nos vies privées et cela semble bien faire notre bonheur. Autrement dit, notre passivité de citoyen consommateur nous suffit. Nous avons sous nos yeux le spectacle d’un monde auquel nous ne pouvons rien changer et nous acceptons sans trop de problèmes cette fatalité : «Tant que nous souffrons, dans les conditions du désert, nous sommes encore humains, encore intacts» dit ARENDT. Finalement, les Occidentaux, qui se croient libres, ont, en fait, renoncé à leur humanité véritable, c'est-à-dire la liberté.

Hannah ARENDT milite pour la réhabilitation de l’action politique. La morale c’est l’accord avec soi-même qui se prolonge et s’approfondit dans celle de l’accord avec autrui ; il faut savoir mener une vie authentique de l’esprit. Ces valeurs morales, condition la plus authentique de l’esprit, supposent que l’on pense fondamentalement en communauté. Ainsi, Herbert MARCUSE (1898-1979), dans son ouvrage, «L’Homme unidimensionnel» a bien expliqué ce mécanisme lavage de cerveau, cette attitude conformiste. En effet, mieux que jamais auparavant les individus et les classes reproduisent la répression subie. Car le processus d'intégration se déroule, pour l'essentiel, sans terreur ouverte : la démocratie consolide la domination plus fermement que l'absolutisme ; liberté administrée et répression instinctuelle deviennent des sources sans cesse renouvelées de la productivité. La société contemporaine démocratique empêche tout changement social radical et fait l’apologie de la cupidité et de la productivité. La force de la société unidimensionnelle vient de ce que les hommes moyens pensent, sincèrement, être libres, et bénéficient de privilèges, en dépit des politiques libérales qui ne cessent de les oppresser. Dans ces conditions, avec cette hégémonie culturelle des riches, il est difficile de créer une solidarité de toutes les personnes oppressées.

Devant la montée du racisme dans le monde, de l’égoïsme et le repli sur soi, les Noirs et les Arabes étant devenus les Juifs du monde occidental, les écrits de Hannah ARENDT sont d’une brûlante actualité. En effet, Hannah ARENDT n’avait que 26 ans quand elle dut se réfugier en France pour fuir le Nazisme, en 1933. Pour ARENDT, la liberté ne consiste pas dans le fait de choisir son travail, ses amours, sa manière de consommer. Le confort et le repli de notre vie personnelle ne sauraient suffire à nos vies. Nous rendre dans l’espace public, y prendre la parole sont les seuls moyens de retrouver les conditions de notre humanité ; cette attitude est la manifestation la plus authentique de notre liberté. La pensée de ARENDT va donc à contre courant des idées reçues : non seulement les gens n’ont pas envie de faire de la politique, à la fois parce qu’ils ne s’en croient pas capables mais aussi parce qu’ils sont persuadés que cela ne sert à rien, et ils ne pensent pas du tout que leur liberté soit en jeu à ce niveau. Le pourcentage des abstentions aux élections démocratiques ne cesse de croître, les gens ne vont plus voter car ils ne croient plus aux beaux discours des hommes politiques, ils voient bien que le chômage perdure quels que soient les gouvernements. Les plus désespérés se réfugient dans un vote protestataire qui permit à l’extrême droite sans cesse de monter en France, aux Etats-Unis, en Italie, en Hongrie, en Autriche et le Brexit en Grande-Bretagne : «Le danger consiste en ce que nous devenions de véritables habitants du désert et que nous nous sentions bien chez lui» écrit-elle dans «Qu’est-ce la Politique ?».

Pour Hannah ARENDT le totalitarisme, à un certain moment donné de l’histoire, n’a pas triomphé par hasard et il pourrait encore ressurgir. En effet, la menace persiste car notre époque ne s’est pas débarrassée du terreau dans lequel il a surgi. L’élément de base, c’est l’existence d’une société de masse caractérisée par son indifférence totale à la politique, liée au sentiment de son impuissance la plus grande. Hannah ARENDT nous rappelle alors sans cesse que chaque homme est porteur d’une singularité irremplaçable qui doit se manifester dans l’espace public pour que le concept de liberté ait encore un sens. Venir au monde, c’est être d’emblée confronté à la pluralité, c’est une nouvelle espérance qui surgit tant il est vrai que «les hommes ne sont pas nés pour mourir mais pour innover». Or, le désir de se débarrasser de la politique est de plus en plus répandu. «La pensée cesse d’être une affaire marginale en matière de politique. Quand tous sont emportés sans pensée, par ce que les autres font et croient, ceux qui pensent sont tirés de leur cachette parce que leur refus de les rejoindre est visible et devient de ce fait une sorte d’action » écrit ARENDT. Cela rend manifeste l'existence d'une crise, qui nous contraint à nous demander : «Qu’est-ce que la politique ?».

Selon Hannah ARENDT, la philosophie est trop tournée vers la contemplation et non vers l’action. En effet, la tradition de pensée politique naît avec PLATON, et notamment dans l’allégorie de la caverne, et se clôt avec Karl MARX, pour qui la société idéale réalise la délivrance des contraintes du travail et le l’activité politique, pour une vie consacrée à des buts plus élevés. MARX établit que les superstructures idéologiques ne reposent que sur l’hostilité au dialogue, la glorification de la violence et les guerres révélant la réalité sociale derrière l’hypocrisie du discours idéologique. «En privant la pensée de réalité au profit de l’action vidée de sens, Marx sonne le glas de la pensée politique apparue lorsque Platon découvrit que la pensée philosophique ne se concevait qu’affranchie des contingences de l’activité humaine», écrit ARENDT. Par conséquent, pour ARENDT, la tradition de la pensée naît donc dans l'hostilité à l'égard du monde de la Politique au sens noble, du régime athénien. Il faut revenir à la Grèce pré-platonicienne, celle d'Homère, d'Hérodote, de Thucydide et de Socrate, avant que l'homme d'action et l'homme de pensée ne divorcent. En effet, ayant vu la montée du Nazisme, c’est Hannah ARENDT qui a le mieux conceptualisé le Mal absolu, le discernement du Juste, du Bon ou du Mauvais. Pour ARENDT, le phénomène totalitaire est une mise en question radicale, sur fond d’antisémitisme, d’impérialisme et de racisme, et d’atteinte grave à l’humanité de l’homme. «Le gouvernement totalitaire, comme toutes les tyrannies, ne pourrait certainement pas exister sans détruire, en isolant les hommes, de leurs capacités politiques. Mais la domination totalitaire est un nouveau type de régime en ce qu’elle ne se contente pas de cet isolement et détruit également la vie privée», écrit Hannah ARENDT dans «Les origines du totalitarisme».  En s’attaquant à la condition qui rend les hommes humains, c’est-à-dire leur liberté politique, le totalitarisme a, en effet, atteint l’homme dans son être le plus intime. Les sociétés de masse, atomisées et désagrégées, ont produit un «homme superflu», qui juxtaposé à ses semblables, forment des cadavres vivants prêts à devenir des fonctionnaires du crime.

B –  Passer à une société de l’action, de liberté

Face à la tyrannie et au totalitarisme, pour ARENDT, la réponse tient dans deux thèses qu’elle expose : l’essence de la politique est la pluralité ; son sens est la liberté. Pour se saisir des promesses que la politique recèle, abdiquons toute volonté de spéculation et laissons place à la pensée. Il faut pour cela réhabiliter l'action politique. Dans les «sombres temps», Hannah ARENDT ne s’est pas borné à dénoncer un mal d'époque, mais de réfléchir un peu de «la lumière incertaine, vacillante et souvent faible que des hommes et des femmes, dans leur vie et leur œuvre, font briller dans presque n'importe quelles circonstances».

ARENDT, en rupture avec la philosophie contemplative, veut réévaluer l'action et le domaine public. Il faut «substituer le faire à l’agir» écrit ARENDT. «La condition de l'homme moderne» entreprend de penser ce que nous faisons c'est-à-dire de retrouver les capacités de la «vie active» opposée à la «vie contemplative». Ainsi, Hannah ARENDT réclame l’avènement de l'action qui se caractérise l'homme agissant. C'est «la révélation de l'agent dans la parole et dans l'action». Considérant l’humain comme un être d’action, c’est dans cette faculté d’agir politiquement qu’ARENDT cherchera la réponse. Selon elle, «c’est la possibilité d’action qui fait de l’homme un être politique» ; c’est sa capacité d’initier quelque chose de neuf plutôt que d’exécuter ou de répéter des gestes. Et c’est dans cette faculté de l’humain d’agir politiquement que repose la possibilité qu’advienne un monde nouveau. Philosophe de la volonté, Hannah ARENDT refuse le fatalisme. La tradition inspirée du schéma aristotélicien l’aurait confondu avec le libre arbitre alors que les penseurs chrétiens l’auraient ramené à la vie intérieure de l’âme humaine. La volonté renvoie, chez ARENDT, à la faculté proprement humaine d’initier ou de créer du neuf, de fonder ou d’instaurer un nouvel ordre des choses. Là s’exerce la liberté authentique ; là s’éprouve le courage d’endurer la contingence, l’imprévisibilité, l’irréversibilité et la vérité interne des événements. Suivant ARENDT, il y a exercice du politique dès que des personnes se rassemblent pour parler d’une situation commune et décider d’agir ensemble afin de changer cette situation, donc de se mobiliser pour mener une action collective.  «Seule l'action est la prérogative de l'homme exclusivement ; ni bête ni dieu n'en est capable, elle seule dépend entièrement de la constante présence d'autrui» écrit Hannah ARENDT dans la «Condition humaine». Pour elle, le pouvoir correspond à l'aptitude de l'homme à agir, et à agir de façon concertée. Le pouvoir n'est jamais une propriété individuelle, il appartient à un groupe et continue de lui appartenir aussi longtemps que ce groupe n'est pas divisé.

En dépit de la actuelle désaffection à l’égard de la classe politique, la contribution littéraire de Hannah ARENDT, influencée par KANT, annonce que la Politique a encore de beaux jours devant elle. C'est précisément l'exercice de la faculté de juger qui permet de donner sens à l'événement, et donc, en dernière extrémité, de résister à l'inacceptable. Dans livre, «juger» ARENDT, retraçant la généalogie du penser critique depuis Socrate, s'attachant à déterminer les conditions de l'exercice du jugement et ses implications pratiques, met à l'épreuve sa propre pensée du politique et pose les fondements de ce domaine public que tant de traits du monde actuel conspirent à anéantir. L'action est la seule activité qui mette directement en rapport les hommes. L'homme agissant est celui qui s'engage dans la vie de la Cité et qui a donc rapport au monde des hommes, ce qui implique la constitution d'un domaine public, c'est-à-dire à la fois de l'égalité et de la distinction. Il peut alors prendre conscience de la pluralité, essence de la condition humaine. L'action est mise en relation, constitution d'un espace public au sein duquel les hommes dialoguent et agissent ensemble. L'homme agissant est l'homme parlant dans une communauté d'égaux éloignés des spectres du totalitarisme.

Dans son principal ouvrage, «Condition de l'homme moderne», Hannah ARENDT développe systématiquement la thématique du renversement des activités de l'homme. Ces activités sont hiérarchisées ainsi: le travail, l'oeuvre et l'action. Le travail permet à l'homme de vivre. Par l'oeuvre, l'homme dépasse le nécessaire et accède au domaine utilitaire et artistique. Enfin, l'action, où sa liberté s'exerce pleinement, lui permet d'entrer dans le monde du politique. Or, constate Hannah ARENDT, si l'homme a été remplacé par la machine dans bien des tâches qui constituaient naguère son travail, il n'a pas réussi à en profiter pour instaurer une ère de liberté indispensable à l'action et à la politique; il s'est au contraire soumis davantage au joug de la nécessité: tout est devenu travail. Ce phénomène est une régression, une réduction de l'activité de l'homme au niveau élémentaire, un renversement de la hiérarchie. L'action, qui est l'art du bien vivre, a perdu son sens en raison la subversion par le mensonge. Le mensonge et la violence du politicien ou du démagogue prennent le pas sur la vérité et la persuasion. En effet, Hannah ARENDT qui a consacré sa vie à «penser» le monde, à tenter de comprendre les événements tragiques qui ont marqué son époque (antisémitisme, impérialisme, totalitarisme), à réfléchir sur les conditions de la liberté et de l’action politique.

Hannah ARENDT réitère, sans cesse, que chaque homme est porteur d’une singularité irremplaçable qui doit se manifester dans l’espace public pour que le concept de liberté ait encore un sens. Autrement dit, seul le fait de prendre la parole pour s’emparer enfin de la chose politique, discuter des affaires communes, peut nous affranchir du conformisme de la masse. Venir au monde, c’est être d’emblée confronté à la pluralité, c’est une nouvelle espérance qui surgit tant il est vrai que «les hommes ne sont pas nés pour mourir, mais pour innover». ARENDT invite constamment à l’action : «redonner à la politique sa raison d’être qui est la liberté et dont le domaine d’expérience est l’action». ARENDT étudie le rôle du mensonge et des techniques d'intoxication, et la manière de les combattre. Elle développe sa réflexion sur la notion de violence, sur les relations entre une structure étatique et les formes de contestation qui peuvent s'y opposer, notamment par la désobéissance civile. Hannah ARENDT nous invite à nous pencher, sérieusement, sur le «Mal moral». En effet, dans son ouvrage «La vie de l’esprit» ARENDT dit que «la faculté de juger ce qui est bien de ce qui est mal (pourrait avoir) un rapport avec notre faculté de penser». C’est là une de ses pensées profondes, ce n’est pas le système qui est en cause, c’est la responsabilité individuelle de chacun d’entre nous de nous révolter contre le Mal. Chaque individu réfléchissant doit rester en accord avec lui-même. Par conséquent, Hannah ARENDT situe sa philosophie dans la recherche de la quête du sens qui est la destination la plus authentique du penser, elle avait le souci de l’être humain, comme un être pensant qui doit collaborer avec le Mal, et promouvoir le Bien souverain. Par conséquent, l’isolement et l’autisme par rapport à la montée du totalitarisme, Mal absolu, «l’oubli de la pensée», la perte de tout rapport critique au monde, c’est finalement une complicité, une connivence, avec le Mal.

Le 4 décembre 1975, lorsque Hannah ARENDT meurt, «assise devant sa machine à écrire», le «carnet de santé» à la couverture bleu gris est encore posé à côté d’elle, sur une étagère.

Biographie sélective

1 – Contributions de Hannah ARENDT

ARENDT (Hannah), Considérations morales, traduit par Marc Ducassou, Paris, Payot et Rivages, Petite bibliothèque n°181, mars 1996, 96 pages ;

ARENDT (Hannah), Du mensonge à la violence : essai de politique contemporaine, Paris, Calmann-Lévy, 2002, 249 pages ;

ARENDT (Hannah), Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, traduction d’Anne Guérin, révision de  Martine Leibovici, présentation de Michèle-Irène  Brudny-de Launay, Paris, Gallimard, Collection Folio Histoire, n°32, 1991, 512 pages ;

ARENDT (Hannah), Essai sur la Révolution «On Revolution», traduit de l’anglais par Michel Chrestien, Paris, Gallimard, 1967, 480 pages ;

ARENDT (Hannah), HEIDDEGER (Martin), Lettres et autres documents, (1925-1975), Paris, Gallimard, Collection bibliothèque de philosophie, 2001, 400 pages ;

ARENDT (Hannah), Journal de pensée, traduit par Sylvie Courtine-Denamy, Paris, Seuil, Collection l’ordre philosophique, 2005, 2 volumes, 965 pages ;

ARENDT (Hannah), Juger. Sur la philosophie politique de Kant, traduit par Myriam Revault d’Allonnes, Paris, Seuil, 1991, 244 pages ;

ARENDT (Hannah), L’impérialisme, les origines du totalitarisme, traduit par Martine Leiris, révisé par Hélène Frappat, Paris, Seuil, 2010, 384 pages ;

ARENDT (Hannah), La condition humaine, Paris, Gallimard, Collection Quarto, 2012, 1056 pages ;

ARENDT (Hannah), La crise de l’éducation, Paris, Gallimard, 2006, 160 pages ;

ARENDT (Hannah), La crise de la culture : huit exercices de pensée politique, Paris, Gallimard, 1972, 380 pages ;

ARENDT (Hannah), La vie de l’esprit, Paris, P.U.F, 2013, 571 pages ;

ARENDT (Hannah), Le concept d’amour chez Augustin, essai d’interprétation philosophique, traduit de l'allemand par Anne-Sophie Astrup, avant-propos de Guy Petitdemange, Paris, Éditions Payot et Rivages, 1999. Coll. «Rivages poche/Petite Bibliothèque», édition originale allemande, 1929, 117 pages ;

ARENDT (Hannah), Les origines du totalitarisme : Eichmann à Jérusalem, Paris, Gallimard, 2002, 1615 pages ;

ARENDT (Hannah), Les origines du totalitarisme : le système totalitaire, traduit par Jean-Loup Bourget, Robert Davreu et Patrick Lévy, révisé par Hélène Frappat, Paris, Seuil, 384 pages ;

ARENDT (Hannah), Penser l’évènement, Paris, Berlin, 1989, 268  pages ;

ARENDT (Hannah), Philosophie de l’existence et autres essais, traduction de Michèle-Irène Brudny de Launay et Anne-Sophie Astrup et Martin Ziegler,  Paris, Payot et Rivages, Petite bibliothèque n°1017, 2015, 352 pages ;

ARENDT (Hannah), Qu’est-ce que c’est la politique ?, traduit par Carole Widmaier, Muriel Frantz-Widmaier, Sylvie Taussig et Cécile Nail, Paris, Seuil, 2014, 312 pages ;

ARENDT (Hannah), Responsabilité et jugement, Paris, Payot, 2009, 362 pages ;

ARENDT (Hannah), RICOEUR (Paul), La condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, 1988, 406 pages ;

ARENDT (Hannah), Sur l’antisémitisme, Paris, Hachette, 1994, 292 pages ;

ARENDT (Hannah), Vies politiques, traduction de Eric Adda, Jacques Bontemps, Barbara Cassin, Didier Don, Albert Kohn, Patrick Lévy, Agnès Oppenheimer-Faure, Paris, Gallimard, Collection Tel n°112, 1986, 336 pages.

2 – Critiques de Hannah ARENDT

ABENSOUR (Miguel), BUCI-GLUCKSMANN (Christine), COLLIN (Françoise) Ontologie et politique, actes colloque Hannah Arendt du 14 au 16 avril 1988, Paris, Tierce, 1989, 278 pages ;

ABENSOUR (Miguel), Hannah Arendt contre la philosophie politique ?, Paris, Sens et Tonka, 2006, 260 pages ;

ADLER (Laure), Dans les pas de Hannah Arendt, Paris, Gallimard, Hors série Connaissance, 2005, 672 pages ;

ALBANEL (Véronique), Autour du monde, christianisme et politique chez Hannah Arendt, Paris, Cerf, collection la nuit surveillée, 2010, 430 pages ;

AMIEL (Anne), Hannah Arendt, politique et évènement, Paris, PUF, 1996, 130 pages ;

BI ZAOULI (Sylvain, Zamblé), «Hannah Arendt et les droits de l’homme en Afrique coloniale», La revue des droits de l’homme, 2015, n°8, pages 1-11 ;

BIRO (Karine), A travers le mur, un conte et trois paraboles, précédé de Martha Arendt, notre enfant, Paris, Payot, 2017, 224 pages ;

BLAKE (Catherine) et autres, «Eichmann et six millions de Juifs : Hannah Arendt est-elle Nazie ?», Le Nouvel Observateur, 26 octobre 1966, page 37 ;  

BOURDIN (Jean-Claude), «Hannah ARENDT et les Lumières», La Pensée, avril-juin 2009, n°358, pages 69-82 ;

BUNTZLY (Marie-Véronique), Le jugement comme faculté politique chez Hannah Arendt, thèse sous la direction de Myriam Revault d’Allonnes, Paris, Ecoles pratiques des hautes études, 28 novembre 2015, 259 pages ;

CALOZ-TSCHOPP (Marie-Claire), sous la direction, Lire Hannah Arendt aujourd’hui, pouvoir, guerre, pensée, jugement politique, colloque international de Lausanne, 11-12 mai 2007,  Paris, L’Harmattan, 2008, 624 pages ;

CAYOUETTE-GILLOTEAU (Valérie), Penser, agir : une étude sur la position du philosophe dans le monde commun chez Hannah Arendt, mémoire de philosophie, Université du Québec à Montréal, décembre 2007, 79 pages ;

COLLIN (Françoise), L’homme est-il devenu superflu ? Hannah Arendt, Paris, Odile Jacob, 1999, 332 pages ;

COURTINE-DENAMY (Sylvie), Hannah Harendt, Paris, Belfond, Collection les dossiers Belfond, 1994, 435 pages ;

DAGENAIS (Daniel), sous la direction de, Hannah Arendt, le totalitarisme et le monde contemporain, Les presses de l’université de Laval, 2003, 611 pages ;

DI CROCE (Marianne), Le politique chez Hanna Arendt, entre fragilité et durée, mémoire de maîtrise de philosophie, Université du Québec à Montréal, février 2013, 129 pages

DIAS (Michel), Hannah Harendt, culture et politique, Paris, L’Harmattan, 2006, 167 pages ;

DUVAL (Michelle), «L’action collective pensée par Hannah ARENDT, comprendre l’agir ensemble, pour le favoriser», Service Social, 2008 (1) n°54, pages 83-96 ;

EHRWEIN NIHAN, (Céline), Hannah Arendt : une pensée de la crise politique aux prises avec la morale et la religion, préface de Jean-Marc Ferry, Genève, 2011, Labor et Fidès, 393 pages ;

ENEGREN (André), «Pouvoir et liberté, une approche de la théorie politique de Hannah Arendt», Etudes,  avril 1983, pages 487-500 ;

ENEGREN (André), La pensée politique de Hannah Arendt, Paris, PUF, collection recherches politiques, 1984, 256 pages ;

ESLIN (Jean-Claude), Hannah Arendt, l’obligée du monde, Paris, Michalon, collection le bien commun, 1996, 123 pages ;

EVEN-GRANBOULAN (Geneviève), Une femme de pensée, Hannah Arendt, préface de Paul Ricoeur, Paris, Anthropos, 1990, 345 pages ;

FAES (Hubert), «Perte de soi ou perte du monde ? Comment penser l’aliénation du monde moderne ?», Revue d’éthique et de théologie morale, supplément «l’amour du monde», mars 1998, n°204,  pages 27-42 ;

GEOFFROY (Nicolas), Analyse du concept de monde chez Hannah Arendt, maîtrise en philosophie, Université du Québec à Trois Rivières, décembre 2014, 108 pages ;

HUBENY (Alexandre), L’action dans l’œuvre d’Hannah Arendt, Paris, Larousse, 1993, 159 pages ;

KRISTEVA (Julia), Le génie féminin, la vie, la folie, les mots, tome 1 Hannah Arendt, Paris, Gallimard, Folio, Express, 2003, 412 pages ;

LAMOUREUX (Diane), «Hannah Arendt, l’esthétique et la politique», Revue québécoise de science politique, 1994, (25) pages 65-87 ; 

LEIBOVICI (Martine), Hannah Arendt, une Juive, expérience, politique et histoire, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Desclée de Brouwer, 2002, 484 pages ;

MATANGILA MUSADIAL (Léon), Hannah Arendt et la faculté de juger, un éclairage sur le cinquantenaire des indépendances africaines, Paris, L’Harmattan, 2011, 118 pages ;

MOREAULT (Francis), «Arendt, les Etats-Unis et la modernité», Politique et sociétés, 1999 (183) pages 121-144 ;

MOREAULT (Francis), Hannah Arendt, l’amour de la liberté, Québec, Les Presses de l’Université de Laval, 2002, 236 pages ;

MREJEN (Aurore), «Hannah Arendt et les droits fondamentaux», Droits fondamentaux, janvier 2010, n°8, pages 1-19 ;

POIZAT (Jean-Claude), Hannah Arendt. Une introduction, Paris, La Découverte, Pocket, Collection Agora, 2003, 369 pages ;

RAVET (Jean-Claude), «L’amour du monde, socle de la liberté», Relations, janvier-février 2016, n°782, pages 14-16 ;

RICOEUR (Paul), «Jugement esthétique et jugement politique chez Hannah Arendt», Esprit, janvier 1995, n°1, pages 194-196 et Fonds Ricoeur ;

ROVIELLO (Anne-Marie), Sens commun et modernité chez Hannah Arendt, Bruxelles, Ouzia, 1987, 240 pages ;

TAMINIAUX (Jacques), La fille de Thrace et le penseur professionnel, Arendt et Heidegger, Paris, Payot et Rivages, collection critique de la politique, 246, 246 pages ;

TASSIN (Etienne), Le trésor perdu, Hannah Arendt, l’intelligence de l’action politique, Paris, Payot et Rivages, collection critique de la politique, 1999, 591 pages ;

TASSIN (Etienne), sous la direction de, Hannah Arendt, l’humaine condition politique, Paris, L’Harmattan, 2001, 364 pages ;

TRUC (Gérôme), Assumer l’humanité, Hannah Arendt, la responsabilité face à la pluralité, préface Etienne Tassin, Bruxelles, éditions de l’université, 2008, 152 pages ;

VALLEE (Catherine), Hannah Arendt, Socrate et la question du totalitarisme, Ellipses, 1999, 144 pages ;

VARNHAGEN (Rahel), Hannah Arendt la vie d’une juive allemande à l’époque du romantisme, Paris, Payot et Rivages, collection Petite bibliothèque n°1026, 2016, 432 pages ;

VIGNE (Eric), «Inclassable Hannah Arendt», Vingtième siècle, octobre 1984, n°4, pages 137-140 ;

VIGNEAULT (Luc), L’itinéraire d’Hannah Arendt, Québec, Presses de l’université, Laval, 1998, 261 pages ;

VILLA (Dana, R.), Arendt et Heidegger : Le destin du politique, traduction de Christophe David et David Munnich, Paris, Payot, 2008, 494 pages ;

WIDMAIER (Carole), Fin de la philosophie politique ? Hannah Arendt contre Léo Strauss, Paris, CNRS, 2012, 315 pages ;

YOUNG-BRUEHL (Elisabeth), Hannah Arendt. Biographie, traduction de Joël Roman et Etienne Tassin, Paris, Calmann-Lévy, 1999, 717 pages.

Paris, le 9 avril 2017, actualisé le 27 juin 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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