Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE) Bnf Gallica
  • Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE) Bnf Gallica
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA
  • Contact

Recherche

19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 22:35

«Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se refermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : «Je m’endors», c’est ainsi que démarre le premier volume de «A la recherche du temps perdu» qui est à la fois une sorte d'autobiographie, un roman historique, une analyse psychologique, une critique littéraire et un traité philosophique. Historien de la société PROUST, à travers sa Recherche du temps perdu, traite, avec de sublimes lueurs, de certains thèmes majeurs : l’amour et son pendant nécessaire la jalousie, la dégradation de la vie mondaine, le génie et la paresse, la rédemption par l’art. Grâce au mécanisme de la mémoire involontaire, PROUST parvient à faire coïncider la sensation éprouvée dans le moment présent avec celle du moment éloigné. «Proust a fait avancer l’introspection, la conscience que l’homme prend de lui-même, dans une mesure qui l’égale des meilleurs moralistes de tous les temps» écrit Léon DAUDET. Cette évocation onirique est d’inspiration freudienne : «je passais la plus grande partie de la nuit à me rappeler notre vie d’autrefois» écrit PROUST qui se remémore de son enfance à Combray. Suivant Jacques RIVIERE, PROUST a contribué «à l’invention d’une nouvelle manière d’attaquer les sentiments et les sensations». Portraitiste, mémorialiste, romancier et moraliste, Marcel PROUST résume, lui-même, ainsi sa Recherche : «Mon livre est l’histoire de toute une vie. Je prends mon héros depuis l’enfance et je le suis à travers sa vie mondaine, ses amours et ses plaisirs, jusqu’à sa retraite, où il s’enferme pour se consacrer à la création». Le problème littéraire majeur de PROUST est celui de reconstituer l’intégrité d’une vie psychique, de combler les lacunes de la mémoire. Il a fouillé dans la poubelle de notre subconscient «Proust veut apporter un élément nouveau, fait d’observations insoupçonnées, de coins mystérieux de la nature humaine, grandeurs et puissances demeurées jusqu’ici cachées» écrit Gabriel de la ROCHEFOUCAULD. D’une mémoire prodigieuse, si PROUST a pu reconstituer le paradis perdu de Combray, c’est grâce à la petite madeleine trempée dans le thé. Ces considérations débouchent sur cette vérité : si le temps efface tout, il ne peut pourtant pas effacer le souvenir, car l’essence des choses reste éternelle, et peut être ressentie tant dans le moment actuel que dans un temps éloigné. Ce à quoi s’intéresse PROUST, ce n’est point la description de la réalité, mais la psychologie dans le temps, une sensation vécue aussi bien, dans le passé que dans le présent, il veut édifier avec sa Recherche du temps perdu «une cathédrale du souvenir». La mémoire involontaire permet finalement de retrouver le temps perdu et d’échapper aux entraves du temps, pour être capable d’y vivre en dehors. Suivant BRUNEL, Marcel PROUST, en s’inspirant des théories d’Henri BERGSON et de Sigmund FREUD (1856-1939), a bâti un «édifice immense du souvenir» en attachant de l’importance aux sensations passagères mais bouleversantes qu’éveille la fugacité des êtres et des choses «Proust et Freud inaugurent une nouvelle matière d’interroger la conscience ; Ils rompent avec les indications du sens intime ; ils ne veulent plus y demeurer parallèle ; ils attendent, ils guettent, au lieu des sentiments, leurs effets», écrit Jacques RIVIERE. En effet, PROUST réussit à briser les entraves classiques du temps et de l’espace, se rendant capable de se promener à son gré dans le passé, le présent et le futur, tel le maître du temps. Si le temps s’écoule sans qu’on puisse l’arrêter, le souvenir et la mémoire nous permettent de retrouver le temps perdu. Le temps qui passe nous éloigne de merveilleux instants du passé, mais la mémoire involontaire et l’effort volontaire de la mémoire concourent à annuler cette distance, et finissent par ramener le passé dans le présent, contribuant à l’emporter sur le temps. Les entraves du temps sont brisées, le temps perd deviendra finalement un temps retrouvé. La Recherche, «plus que le regret ou le délice d’instants vécus au hasard, c’est peut-être surtout l’exhumation de tous les moi de Proust», écrit Jacques RIVIERE.

 

«La Recherche est un désir d’écrire» dit Roland BARTHES. C’est, avant tout, une histoire de la vocation littéraire de PROUST, à travers son monde intérieur, un monde psychologique visant à intégrer à cette somme la totalité de son expérience d’homme et de sa réflexion sur l’art. Marcel PROUST considérait Gustave FLAUBERT (1821-1880) comme un précurseur et comme l'écrivain qui «le premier a mis le temps en musique». PROUST admirait dans «l'Éducation sentimentale» un «blanc», un énorme «blanc» qui indique un changement de temps soudain d'une dizaine d'années. Paul SOUDAY reproche à PROUST une surabondance de menus faits et une insistance à en proposer des explications, ainsi qu’un style obscur : «cette obscurité, à vrai dire, tient moins de la profondeur de sa pensée qu’à l’embarras de l’élocution. M. Marcel Proust use d’une écriture surchargée». SOUDAY pense que « Du côté de chez Swann est mal composé, aussi démesuré que chaotique, «mais qu’il renferme des éléments précieux dont l’auteur aurait pu former un petit livre exquis». En fait, le style de PROUST, reflet parfait du mouvement de sa pensée est particulièrement original. «Marcel Proust a beaucoup de talent. (…). Il a une imagination luxuriante, une sensibilité très fine, l’amour des paysages et des arts, un sens aiguisé de l’observation réaliste et volontiers caricatural» précise SOUDAY. «Marcel Proust, comme tant d’autres écrivains contemporains, est avant tout un impressionniste. Mais il se distingue de beaucoup d’autres en ce qu’il n’est pas uniquement, ni même principalement, un sensoriel : c’est un nerveux, un sensoriel et rêveur» rajoute SOUDAY. En effet, le roman proustien, ce n'est pas seulement de la psychologie, mais de la psychologie dans le temps. Ses longues phrases, qu’on lui reproche parfois, expriment les profondeurs de l’âme humaine qui exige une sorte d’abandon du flux de la pensée «La phrase de PROUST épouse le tout d’un moment ; elle tend une sorte de filet indéfiniment extensible qui traîne sur le fond océanique du passé, en ramasse toute la flore et la faune à la fois», dit Henri GHEON. La phrase proustienne contient à la fois la description du cadre et des gens plus une analyse extérieure et intérieure du héros. En effet, chez PROUST, l’intrigue de la Recherche est invisible c’est parce que le récit raconte la découverte de son sujet : la vocation ignorée du héros qui a pour mission d’écrire le livre que nous en sommes en train de lire et qui est en lui. Marcel PROUST est un grand, mais le lire demande du courage et de la persévérance. En effet, contrairement au roman balzacien, le déroulement du récit n’est ni linéaire ni chronique. Le récit suit plutôt le temps de la psychologie du narrateur, qui se déroule de façon non chronique, induisant ainsi une opposition entre connaissance intuitive et raisonnement ordinaire. C’est la déraison qui l’emporte sur la raison dans l’oeuvre proustienne. A l’encontre du roman traditionnel, PROUST, délibérément, relègue au second plan l’action, l’intrigue, le temps chronique et linéaire, en particulier, les personnages typiques qui vivent dans les milieux typiques, et ses romans n’obéissent nullement aux règles du récit classique. Ce qui compte dans son ouvrage capital, c’est le temps. En effet, Marcel PROUST consacre une rupture avec la tradition littéraire, le personnage est d’abord secondaire, selon Aristote, qui considère qu’il est toujours subordonné à l’action ; c’est l’intrigue qui commande le récit, celui qui agit n’intervenant que secondairement. Si le roman devient le règne du personnage, c’est que celui-ci n’est plus seulement un rôle, mais une entité existentielle et psychologique de plus en plus individualisée. Henry JAMES (1843-1915) renverse ainsi les termes du postulat aristotélicien : «qu’est-ce que l’action sinon l’illustration du personnage ?». Aussi le personnage est-il le pilier de l’invention et le nerf du plaisir de lecture propre au roman. Si le monde anglo-saxon a classé Marcel PROUST, dans le mouvement littéraire de "Stream of Conciousness" (courant de conscience, monologue intérieur), un peu comme chez Virginia WOLF et James JOYCE, en fait il n’appartient à aucune école. Spécialiste de l’autofiction, Marcel PROUST développe une théorie anti-essentialiste. Pour lui, l'imaginaire n'est pas l'instrument qui révèle l'essence inaltérable des choses, mais sert de médiation entre le monde extérieur et le monde intérieur. PROUST ne cesse d'affirmer que l'imaginaire est une interface où prennent consistance les être aimés, les souvenirs lointains et l'oeuvre artistique dans une continuelle métamorphose qui plie le monde extérieur au jeu de nos désirs. Observateur solidaire du système observé, et donc changeant avec lui, Marcel PROUST, à travers son regard critique n’est pas en dehors du monde qu’il décrit mais qui occupe dans ce monde une position précise, mobile et changeante selon les aléas de sa vie. Dès les premières lignes de Swann, cette relativité de toute observation, et même de toute perception, est étudiée et démontrée à propos d’un phénomène familier de la vie : le sommeil. Dans la suite de l’œuvre, elle est l’un des thèmes fondamentaux et récurrents du récit ; on a le sentiment que PROUST ne cesse de penser à ce proverbe arabe qui affirme que celui qui vit assez longtemps verra tout et le contraire de tout. Sa contribution littéraire est l’histoire d’un monde qui change perpétuellement. Mais cette œuvre si pessimiste, si noire, qui devrait nous anéantir dans le désespoir, se lit dans un bonheur de chaque minute et nous laisse, après l’avoir lue, une très forte impression, un trouble de notre esprit, un transport et un émerveillement. De ce point de vue, Marcel PROUST incarne le génie français. «L’œuvre de Proust est du moins pour moi, l’œuvre de référence, la mathesis générale, le mandala de toute la cosmogonie littéraire», dit Roland BARTHES.

 

Dans la Recherche du temps perdu, l’Amour et donc la jalousie, tiennent une place considérable, comme l’avarice, l’ambition et la cupidité dans les romans d’Honoré de BALZAC. «La Recherche est une quête de l’amour, vaine et navrante poursuite d’un mirage délicieux, qui se dérobe et se renouvelle sans cesse dans le désert sentimental où l’amour est exilé» dit PROUST dans ses correspondances. L’impossibilité de l’amour, son mensonge et son tourment, dérivent de la nature même de l’homme, de sa tragique solitude. Tout amour est faux, l’amour n’existe pas. Romancier de l’amour, Marcel PROUST s’est fait un nom dans l’histoire du cœur, notamment l’amour du narrateur pour Gilberte. L’homme projette dans la femme aimée l’état de sa propre âme, et c’est dans la profondeur de cet état que réside tout ce qui est important dans cette passion. Mais les personnages de Marcel PROUST ne procréent pas. L’amour n’est donc pas, pour PROUST, «quelque chose qui forme des couples, ce serait plutôt quelque chose qui empêche d’en former» dit Emmanuel BERI. «Ces êtres que décrit Marcel PROUST, c’est des personnages de fuite, c’est-à-dire l’absence qu’à la présence à la fois de l’être aimé», dit BERI. Marcel PROUST, dans sa Recherche, fait allusion aux qualités qui rendent une personne à la fois désirable et plus saisissable qu’une autre. En amour, il n’y a aucune règle. N’importe qui peut aimer n’importe qui. Ainsi, l’amour Albertine ne tient pas à ce que c’est elle, mais ce que c’est lui. Comme PLATON, Marcel PROUST pense qu’on aime les qualités et non pas les personnes, la Beauté. Si un amant est sensible à certaines qualité de l’être qu’il aime, ce ne sera pas celles que cet être possède réellement, mais celles qu’il a lui-même conférés, par un oukase arbitraire de son esprit. C’est souvent l’attitude de Marcel PROUST envers l’amitié qui révèle, le mieux, selon lui, l’idée que l’on se fait de l’amour, jusqu’à ce que la jalousie entre en jeu : «Ma vie avec Albertine n’était, pour une part, quand je n’étais pas jaloux, qu’ennui, pour l’autre part, quand j’étais jaloux, que souffrance» dit-il. L’amitié et l’amour se ressemblent. Mais l’amitié n’existe pas ; elle est à la fois impuissante et futile. Flagorneur, avec un désir de plaire, Marcel PROUST recherchait désespérément l’admiration et l’amitié des autres ; il «proustifiait» : «ce que j’ai le plus aimé en toi, ce n’était toi-même, mais moi, plutôt toi-même par rapport à moi, le charmant, le doux ton de ton éloge» dit-il. Finalement, pour Marcel PROUST l’amour est un début de la névrose, une régression narcissique. L’amour est considéré en tant qu’illusion faite de mensonge et meurt de fatigue. En définitive, l’amour a rendu à Marcel PROUST à la solitude. La solitude, l’une des pièces maîtresse de la recherche du temps perdu, est le fruit splendide des souffrances rédemptrices que lui a causé l’amour. Face à ses déceptions amoureuses, ses souffrances, Marcel PROUST déforme les réalités extérieures qu’il substitue à une réalité intérieure fondée sur nos mémoires. L’œuvre d’art est le salut et nous hisse hors du temps perdu, vers un temps retrouvé ; elle seule confère une certaine immortalité. Si l’œuvre d’art est une fin, l’amour est le moyen unique. A force de nous mentir, l’amour nous révèle la grande vérité, à savoir «qu’il n’y a pas de vérité hors de notre esprit et de notre cœur» dit PROUST. De ce point, l’amour étant une exaltation dans la solitude et la souffrance, «il n’y a pas d’amour heureux» suivant Louis ARAGON.

 

En s’inspirant du mémorialiste SAINT-SIMON et des contes des Mille et une nuits, avec un narrateur, des personnages enchâssés, ainsi que leurs vices et vertus, Marcel PROUST, dans sa Recherche du temps perdu, a étudié, ce qui a été délaissé par ses devanciers : la haute société aristocratique du Faubourg de Saint-Germain-des-Prés. S’il évoque les domestiques, comme Françoise qui incarne Céleste à Combray et à Paris ou ses mignons dans les grands hôtels qui lui accordé des faveurs sexuelles, les paysans majoritaires à son époque et les prolétaires sont quasi absents de la Recherche du temps perdu. En fait, PROUST historien et sociologue de «ces gloires périmées», avec comme héros, Swann, Verdurin et les Guermantes, a nous a légué une peinture de leurs plaisirs, leurs vices, la tristesse de leur vie malheureuse et leur égoïsme. En effet, Marcel PROUST dépeint la noblesse comme une société inintelligente, décadente et vicieuse, avec satire et réprobation «Les plaisirs mondains causent, tout au plus, le malaise provoqué par l’indigestion d’une nourriture abjecte» dit-il. Cependant, le snobisme ou désir de se mêler à la société, ne détruit pas l’esprit de vérité. «Se plaire dans la société de quelqu’un parce qu’il a eu un ancêtre aux croisades, c’est la vanité ; l’intelligence n’a rien à voir avec cela. Mais se plaire dans la société de quelqu’un parce que le nom de son grand-père se trouve dans Alfred de VIGNY ou CHATEAUBRIAND (…), voila où le péché de l’intelligence commence» dit notre PROUST qui joue au naïf, comme s’il ne connaissait pas les codes de la haute société, fait ressortir la cocasserie et le profond comique des situations, provoquant l’hilarité. Dans son aventure de la mémoire, loin d’être purement obséquieux, Marcel PROUST dénonce les préjugés bourgeois et le snobisme à rebours. PROUST manipule, à haute dose, et avec une grande finesse, l’ironie et la satire aux pays de l’extravagance des mœurs de la haute société. Il souligne ainsi le caractère risible et la bêtise du snobisme «Marcel PROUST est un observateur de la vie parisienne, reçu dans les salons, dont il scruta les mystères avec sympathie, avec un art minutieux du détail, et une délicatesse exquise» dit Jacques-Emile BLANCHE, un portrait de l’auteur. En fait, Marcel PROUST semble voir dans la bourgeoisie un commencement d’imitation de la noblesse, surtout dans le mauvais sens, pour ses fautes et ses vices.

 

Pour Gilles DELEUZE (1925-1995), philosophe français, la recherche du temps perdu n'est pas un exercice de mémoire, volontaire ou involontaire, mais, au sens le plus fort du terme, une recherche de la vérité qui se construit par l'apprentissage des signes. Il ne s'agit pas de reconstituer le passé mais de comprendre le réel en distinguant le vrai du faux. Gilles DELEUZE, lecteur de PROUST, est aussi l'interprète de BERGSON, NIETZSCHE ou SPINOZA. L'intelligence de l'œuvre est, certes, un plaisir de l'esprit ou une dégustation des sens. Elle est aussi un chemin de la connaissance. En effet, Gilles DELEUZE avance l’idée que, pour l’essentiel, la recherche du temps perdu est une interprétation des signes, des signes de l’Amour, de la mémoire et de l’aristocratie. Les signes mondains, ceux émis par les snobs, sont les plus curieux et dérisoires, car ils ne correspondent à rien. En effet, l’ambition mondaine demande une farouche énergie pour conquérir du vent, quelque chose d’impalpable, d’inexistant. Ce qui force à penser, c’est le signe. Le signe est l’objet d’une rencontre ; mais c’est précisément la contingence de la rencontre qui garantit la nécessité de ce qu’elle donne à penser. «L’acte de penser ne découle pas d’une simple possibilité naturelle. Il est, au contraire, la seule création véritable. La création, c’est la genèse de l’acte de penser dans la pensée elle-même. Or cette genèse implique quelque chose qui fait violence à la pensée, qui l’arrache à sa stupeur naturelle, à ses possibilités seulement abstraites. Penser, c’est toujours interpréter, c’est-à-dire expliquer, développer, traduire un signe. Traduire, déchiffrer, développer sont la forme de la création pure» dit Gilles DELEUZE dans son ouvrage «Proust et les signes».

 

Dans son ouvrage, «Proust antijuif», Alessandro PIPERNO pense que la Recherche est un chef-d’œuvre de dissimulation, certainement pas d’exhibitionnisme. Selon lui, les raisons de l’aversion de PROUST pour la biographie sont «personnelles et névrotiques». C’était sa vie d’homosexuel insatisfait et de salonard que le tribunal spécial de sa conscience jugeait indigne d’être relaté. C’était son origine petite-bourgeoise qui le dégoutait. PROUST a écrit sa Recherche pour ne pas s’exposer en public. Son histoire était irracontable c’est pour cela que PROUST a créé un monde épuré, sidéral et artificiel, «une forteresse pleine de passages secrets et de ponts levis». Suivant PIPERNO, Marcel PROUST avait manifestement honte de sa judéité, de son homosexualité, de son snobisme et de son insignifiance sociale. Par conséquent, il a déversé dans sa Recherche «tout son ressentiment d’homme incomplet et insatisfait». A la Belle époque, siècle de la duperie fondé les ténèbres de xénophobie, du fondamentalisme chrétien et du revanchisme militariste, Marcel PROUST a mis en scène le spectacle de l’humiliation : «sa généalogie juive avait représenté pour lui, dès le départ, une blessure angoissante, avec lesquels régler les comptes de la seule façon qui était la sienne : l’ambiguïté». Les critiques d’Alexandro PIPERNO me semblent excessives et tranchées. En effet, le snobisme qu’il a, en fait, dénoncé, serait la face présentable de la haine. Une partie de ses amis de l’aristocratie (Mme STRAUSS-BIZET, Mme Léontine LIPMANN dite ARMAN de CAILLAVET), et Marcel PROUST, avaient soutenu Alfred DREYFUS. Dans sa Recherche du temps perdu, Marcel PROUST étant un demi-juif, a une inclination, certes, pour la société catholique : «si je suis catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est juive, vous comprenez que c’est une raison assez forte, pour que je m’abstienne de ce genre de discussion» dit PROUST. Il n’en reste pas moins, et que le principal personnage de la Recherche du temps perdu, Charles Swann, inspiré principal de Charles HAAS, venu de la haute bourgeoisie, mais accepté dans l’aristocratie parisienne, est un Juif. Le personnage de Swann, riche, généreux, cultivé, véritable amateur d’art et de musique, ressemble, à s’y méprendre, à Marcel PROUST. Notre auteur a rendu compte des polémiques de l’époque qui avaient violemment divisé la société française. Ainsi, dans la Recherche, M. Verdurin est dreyfusard, la duchesse des Guermantes, est nationaliste et prétend être dreyfusarde, pour paraître intellectuelle, et le duc des Guermantes voit là une affaire non pas religieuse et politique. Certains membres de l’aristocratie sont ouvertement antisémites et antinationalistes. Marcel PROUST ne fait que rendre compte de ces déchirements de son époque.

 

Enfant de la IIIème République, élevé dans la laïcité, Marcel PROUST n’est pas religieux d’où tout le culte qu’il voue l’art : «la première caractéristique universelle de tout grand art est la tendresse, comme la seconde est la vérité» dit-il. La réalité est de nature spirituelle ; elle se forme et réside dans l’esprit : «la meilleure part de nous, dans un souffle pluvieux, dans l’odeur renfermé d’une chambre ou l’odeur d’une première flambée, partout où nous retrouvons de nous-même, ce que notre intelligence, n’en ayant pas l’emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes les larmes sont taries, sait nous faire pleurer encore» dit PROUST. La manière dont on voit le monde extérieur est subjective ; il y a autant d’univers «qu’il existe des prunelles d’intelligence et d’inintelligence humaines qui s’éveillent tous les matins» dit PROUST. Par conséquent, l’idéal d’art remplace celui de Dieu. Agnostique, la Recherche du temps perdu montre que, pour PROUST, l’art devint le but suprême de la vie, non pas un art reproduction de la nature, mais un art qui apprend à voir autrement, à «soulever le voile de la laideur de l’insignifiance qui nous laisse incurieux de tout». Le secret de la beauté et de la vérité sont les buts de sa vie. Admirateur des impressionnistes, notamment de Claude MONET, le personnage d’Eltsir dans la Recherche est l’artiste qui incarne la peinture. C’est RUSKIN qui le fait découvrir l’architecture, en particulier l’art gothique. L’influence de la musique Wagnérienne est manifeste dans son œuvre. La musique possède le pouvoir d’évoquer les secrets les plus profonds de l’âme humaine et la musique comme moyen d’analyse psychologique surplombe tout le reste de l’art. Finalement, pour Georges CATTAUI, le héros de PROUST est comme celui de DANTE, c’est un homme au milieu du chemin de la vie, aux portes des Enfers et du Paradis, et qui accède enfin à la Béatitude. Mais, Marcel PROUST est un dissimulateur ; sa vie est aussi mystérieuse que son œuvre ; son «aventure intérieure», à travers sa Recherche du temps perdu, occulte certains aspects de la sa personnalité, comme l’homosexualité, le mysticisme et la recherche de la vérité. «Si relativiste que doive devenir sa conception de l’amour, il ne doutera jamais de l’amour maternel, de la tendresse en amitié, du devoir d’être bon» dit André MAUROIS.

 

Marcel PROUST prétend que «dans toute ma vie, j’ai fort peu pensé à moi». Suivant Pietro CITATO, cette phrase est surprenante quand on songe que Proust est un infatigable ver à soi, mais cette idée est exacte «Proust ne pensait pas à lui-même, prêtait peu attention à son moi, ne s’intéressait pas à sa propre personne. (…) Même s’il apparaissait comme un jeune Narcisse, aérien et scintillant». En fait, héros de son œuvre, Marcel PROUST, un stratège de la dissimulation n’a pas voulu parler directement de lui ; ce n’est pas, du moins, une autobiographie classique ; PROUST a conduit une étude de sa vie intérieure ; il a avancé masqué. Sa contribution littéraire est un roman historique au même titre que la Comédie humaine de BALZAC, la fusion de la classe aristocratique et bourgeoise, au temps de la Belle époque en est le thème principal. Si la dimension politique est négligeable dans cette vaste étude sur la Recherche du temps, perdu ce qui a passionné Marcel PROUST, c’est la psychologie de l’individu, dans ses rapports avec la société et les contrastes entre les classes de la haute société. C’est donc la vie intellectuelle et artistique qui domine dans le champ de son observation. L’art remplace l’idée de Dieu, et la peinture, la musique et l’architecture sont des éléments d’analyse psychologique. En penseur métaphysicien, Marcel PROUST a bâti une cathédrale de sensations : « si les écrivains souffrent d’une pauvreté d’idées, «Proust souffrait d’une surabondance d’idées, de sensations, de sous-sensations et de sous-sentiments» écrit CITATI.

 

La diversité des sujets, l’originalité et la complexité de la méthode de Proust nécessitent l’étude de ses sources et de ses influences. Marcel PROUST puise son inspiration dans tous les espaces familiaux, artistiques et aristocratiques, dans la nature, ainsi que dans son génie.

 

I – La Recherche et le paradis perdu de l’enfance

 

La Recherche du temps perdu est dédiée à l’amour, fusionnel, pour sa mère et c’est une immense cathédrale du souvenir.

 

A – La Recherche est une célébration de la figure votive de la mère

Blessé de la vie, écorché vif, «La Recherche du temps perdu», est inséparable de l’expérience intime de Marcel PROUST. Si l'écrivain a pour fonction de traduire sa vie, les aliments qui nourriront son œuvre devront être cherchés dans son propre passé et non pas dans le présent ni dans le passé d'autrui. Il n'est question que de nous-mêmes : «Je compris que tous ces matériaux de l'œuvre littéraire, c'était ma vie passée ; je compris qu'ils étaient venus à moi […] sans que je devinasse plus leur destination, leur survivance même que la graine mettant en réserve tous les aliments qui nourriront la plante».

Son père, Achille Adrien PROUST (1834-1903), un médecin, aurait aimé qu’il s’affirmât, soit capable de surmonter ses angoisses et ses crises nerveuses et devienne un haut fonctionnaire de l’Etat. Le manque de volonté, la santé délicate et l’incertitude qui était projetée de son avenir, préoccupait grandement le père de PROUST. «La concession qu’elle (la mère) faisait à ma tristesse et à mon agitation en montant m’embrasser, en m’apportant ce baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes» écrit PROUST. Il avait un jeune frère, Robert PROUST (1873-1935) devenu, comme son père médecin et qui est absent de la Recherche du temps perdu. Né au numéro 96 rue de la Fontaine, devenue avenue Mozart, à Auteuil le 10 juillet 1871, chez l’oncle sa mère Louis WEIL, pendant les événements de la Commune de Paris, et issu d’une famille de la bourgeoisie parisienne, Marcel PROUST est, dès l’enfance, entouré de soins maternels, et élevé dans un milieu très privilégié. C’est là, dans cette maison détruite en 1895, que Georges PAINTER situe l’incident du baiser refusé au soir de la visite de Swann. C’est en revenant d’une de ces promenades du Bois de Boulogne, situé à proximité d’Auteuil, que Marcel, âgé de 9 ans, eut sa première crise d’asthme et faillit mourir dans les bras de son médecin de père. En raison de cette maladie, la relation avec la mère est si exclusive et absolue que Marcel lui écrit : «J’aime mieux avoir des crises d’asthme et te plaire que te déplaire et ne pas en avoir». En effet, on sent une grande complicité avec la mère, cette figure votive qui illumine toute son œuvre, et qu’il idolâtre. A la question : "Quel serait votre plus grand malheur ?", Marcel PROUST avait répondu : «Etre séparé de maman». Le baiser du soir de la mère représente un amour qui apaise : «Quand ma mère m’avait quitté, sans m’avoir calmé par un baiser, je voulais m’élancer sur les pas d’Albertine. Et, je pleurais toute la nuit» dit-il. «La prisonnière», c’est la mère retrouvée. La séquestration d’Albertine, prolonge à l’infini le bonheur familial. Dans le cœur de l’enfant, comme dans le cœur de l’amant, la place est prise par la mère.

 

Sa mère, Jeanne Clémence PROUST, née WEIL (1849-1905) issue d’une famille juive venue d'Alsace et d'Allemagne, est possessive, aimante, omniprésente même après sa mort dans l'œuvre de son fils ; elle l'a protégé, éduqué, influencé, bien au-delà de l'image pieuse du baiser nocturne dans A la Recherche du temps perdu. Jeanne, mariée à 21 ans avec un brillant médecin de quinze ans son aîné ; deux esprits libres, deux êtres qui s’aimeront mais que tant de choses séparent : elle est juive, il est catholique, elle vient d’une famille de la grande bourgeoisie, il est fils d’un épicier beauceron, elle est férue d’art et de littérature, c’est un homme d’action rationnel que ces conversations ennuient. Bonheur pour Jeanne, son aîné sera un petit être délicat en qui son éducation littéraire trouvera un grand écho. L’influence et les sentiments qui liaient Marcel et sa mère, Jeanne, ont été décisifs dans la construction et les intentions de l’œuvre de Proust. La vocation littéraire de Marcel PROUST est bien accueillie par sa mère. De sa mère, PROUST a hérité le regard qui ne s’arrête pas aux apparences, la beauté grave et le goût des choses de l’esprit. Enfance douillette et enchantée, adolescent fragile, chez Marcel PROUST l’introspection est une ancienne habitude, écrire est un besoin essentiel. C’est Madame PROUST qui lui transmet ses goûts littéraires et artistiques et lui donne les clés pour diriger son travail d’écriture : discipline et fermeté. Elle va même jusqu’à l’aider dans son entreprise de traduction du philosophe et esthète anglais John RUSKIN, que Proust admire «mon admiration pour RUSKIN donnait une telle importance aux choses qu’elles semblaient chargée d’une plus grande valeur que celles de la vie» dit-il. De cette collaboration paraîtront La Bible d’Amiens (1904), et Sésame et les Lys (1906). Les rares voyages (Amiens, Venise, Rome) effectués d’abord avec sa mère, puis seul en Hollande où Marcel découvre la Vue de Delft de Vermeer nourriront Le Temps perdu. John RUSKIN aura une influence durable sur la recherche du temps perdu, à travers les associations qui livrent la clé du temps passé enfoui dan la mémoire, les cheminements de l’intuition dans les champs inexplorés de l’inconscient, l’évolution perpétuelle de la personnalité dans la durée, les insuffisances de la seule intelligence pour comprendre et saisir la vie, la souveraineté de l’art, ainsi que la réalité du monde.

 

Doté d’un don d’observation exceptionnel et d’un esprit créatif et pénétrant, écrivain sensible Marcel PROUST restitue ses émotions, à travers la qualité de son expression écrite. Ainsi, de retour d’une promenade, tout à coup il aperçoit les deux clochers de Martinville-le-Sec. L’âme du jeune Marcel est envahie par une joie inexprimable. Au cours d’une autre promenade avec Andrée, PROUST découvre un buisson d’aubépines défleuries et s’arrête attendri. Il se remémore son enfance à Combray, et de ses souvenirs d’enfance émergent le clocher de Saint-Hilaire, le jardin de Combray, la Vivonne, les nymphéas, le petit raidillon et Gilberte : «Soit que la foi crée, soit tarie en moi, soit que la réalité ne se forme dans la nature, les fleurs que l’on me montre (…) ne semblent pas de vraies fleurs. Le côté de Méséglise, avec ses lilas, ses aubépines, ses bleuets, ses coquelicots, le côté de Guermantes, avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la figure du pays où j’aimerais vivre» dit-il. Il aimait aussi les lilas qui lui rappelaient son enfance : «quand les soirs d’été le ciel harmonieux gronde comme une bête fauve et chacun boude l’orage, c’est aux côté de Méséglise que je dois rester seul en extase à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l’odeur d’invisibles et persistants lilas» dit-il. La nature c’est «le trésor caché, la beauté profonde» dit-il.

Marcel PROUST grandit dans un milieu privilégié. Sa mère, ainsi que sa grand-mère qui l’ont soutenu dans son ambition et sa vocation littéraire, affectionnaient la littérature classique, notamment Racine, George SAND et Madame de SEVIGNE. C’est sa grand-mère qui lui fit aimer et comprendre l’art impressionniste et lui transmit l’amour passionné des beautés simples, mais authentiques du monde extérieur. Il régnait entre eux une grande complicité ; il avait, pour sa grand-mère, une dévotion profonde : «je savais que j’étais avec ma grand-mère, si grand chagrin qu’il y eût en moi, qu’il serait reçu dans une pitié plus vaste encore ; que tout était mien, mes soucis, mon vouloir, serait, en ma grand-mère, étayé sur un désir de conservation et d’accroissement de ma vie autrement plus fort que celui que j’avais moi-même» dit Marcel PROUST. C’est sa grand-mère qui l’a appris à avoir des lectures exigeantes «ma fille, dit-elle à ma maman, je ne pourrais me décider à donner à cet enfant quelque chose de mal écrit» dit PROUST qui lisait les poésies de Musset et les romans champêtres de George Sand dont les expressions, tombées en désuétude et redevenues imagées, «exercent sur l’esprit une heureuse influence en lui donnant la nostalgie d’impossibles voyages dans le temps». Les procédés de narration de George Sand, dans «François le champi», excitent la curiosité et l’attendrissement, éveillent l’inquiétude et la mélancolie. En définitive, dans ses suggestions de lecture, sa grand-mère a éliminé la banalité commerciale, du moins, a essayé de la réduire, afin «d’y substituer pour la grande partie de l’art encore, d’y introduire plusieurs épaisseurs d’art». Sa grand-mère voulait qu’il puisse tirer un profit intellectuel de ses lectures afin que celles-ci «procurent les belles choses en nous apprenant à chercher notre plaisir ailleurs que dans les satisfactions d bien-être et de la vanité».

Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus. La mort de sa grand-mère et sa réminiscence évoque la compréhension humaine de la douleur et du souvenir qui surgit après sa disparition, quand quelques années plus tard, dans un hôtel un domestique l’aide à se déchausser de ses bottines, des sanglots le secouent et des larmes coulent à ses joues : «l’être qui venait à mon secours, qui me sauvait de la sécheresse de l’âme, c’était celui qui, plusieurs années auparavant, dans un moment de détresse et de solitude identiques, dans un moment où je n’avais plus rien que moi, était entré, et qui m’avait rendu à moi-même, car il était moi, plus que moi» dit Marcel PROUST. La mort de la grand-mère de PROUST est l’un temps fort de la Recherche du temps perdu où l’auteur invoque les élans, les chants, surtout l’éternel recommencement, comme l’incessant besoin de respirer, de la mort d’Yseult : «Si Wagner a jamais assisté à une telle mort, lui qui a fait entrer dans sa musique tant de rythmes de la nature et de la vie, depuis le reflux de la mer jusqu’au martèlement du cordonnier, et des coups du forgeron au chant de l’oiseau, on peut croire, s’il a jamais assisté à une telle mort qu’il a dégagé pour les éterniser dans la mort d’Yseult les inexhaustibles recommencements. Au pied du lit, convulsée par tous les souffles de cette agonie, ne pleurant pas mais par moments trempée de larmes, ma mère avait la désolation sans pensée d’un feuillage que cingle la pluie et retourne le vent» dit PROUST.

«Sa chambre de malade a été sa tour de Montaigne» écrit Albert THIBAUDET. Ou encore suivant Jacques RIVIERE : «Toute la vie maladive de Proust est une économie de forces, une lutte contre la mort, une préservation de ce qui est, de ce qui fut». L’état pathologique de PROUST (insomnies et crises d’asthme) a influencé sa créativité littéraire «Quand j’étais tout enfant, le sort d’aucun personnage de l’histoire sainte ne me semblait aussi misérable que celui de Noé, à cause du déluge qui le tint enfermé dans l’Arche pendant quarante jours» écrit PROUST dans «Les Plaisirs et les Jours». De façon mystique, il ajoute que «les malades se sentent plus près de leur âme». En effet, PROUST est un enfant fragile couché dans un lit douillé, les yeux ouverts, et émerveillé par la beauté de l’art : «il arrive souvent que le plaisir qu’ont tous les hommes à revoir les souvenirs que leur mémoire a collectionnés est plus vif par exemple chez que la tyrannie du mal physique et l’espoir quotidien de sa guérison» dit-il. PROUST prit l’habitude de dormir le jour et de travailler, ardemment et sans relâche, la nuit. De sa réclusion, de sa souffrance physique, naîtra une grande introspection, un besoin compulsif de rassembler ses impressions, se déverser dans les mots. Il s’engage dans une œuvre qui le dévore incessamment et l’entraîne dans une lutte impossible et inégale avec le temps destructeur, vecteur de l’angoisse et la mélancolie créatrices, et matière même de l’écriture. Sa mère cultivée, édifie avec ce fils une relation fusionnelle fondée sur l’anxiété et l’exigence réciproque. Le jeune Marcel, adolescent, se retire dans l’ombre silencieuse de sa chambre pour lire et écrire. Marcel PROUST aimé lire et il a consacré un ouvrage sur la lecture : «il n’y a peut-être pas de jour de notre enfance que nous ayons si pleinement vécu que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passé avec un livre préféré». Et PROUST d’ajouter «s’il nous arrive encore aujourd’hui de feuilleter ces livres d’autrefois, ce n’est plus que comme les seuls calendriers d’autrefois que nous avons gardés des jours enfuis, et avec l’espoir de voir reflétés sur leurs pages les demeures et les étangs qui n’existent plus». Selon PROUST, la lecture doit toute la vie rester un acte magique, une source d’émotion. Véritable clé pour lire et comprendre À la recherche du temps perdu, son livre sur la lecture, qui servit de préface à la traduction de Sésame et les Lys de RUSKIN, met déjà en place ce qui deviendra la poétique proustienne. Pour PROUST, la lecture serait «magique comme un profond sommeil». Cette idée serait à mettre en parallèle non seulement avec celle de Sigmund Freud, pour qui la joie qu'on éprouve en présence d'une oeuvre d'art serait plutôt comparable à «une légère narcose».

Par ailleurs, la passion amoureuse et la douleur qui résultent de sa maladie, sont une source d’inspiration littéraire. Marcel a grandi au 9 boulevard Malesherbes et allait retrouver aux Champs-Elysées une bande de jeunes filles, et dont, l’une d’elles, devient l’héroïne de la Recherche, «Gilberte». PROUST avait des amours platoniques pour la Comtesse GREFFUHLE, née Elizabeth de CARAMAN-CHIMAY (1860-1952), véritable légende vivante dans le Paris incandescent de la Belle Epoque. "Je n'ai jamais vu une femme aussi belle", écrit à son propos le jeune PROUST. Il éprouva une passion amoureuse platonique pour Louisa de MORNAND qui ressemble au personnage de Rachel, la maîtresse de SAINT-LOUP. «Une observation aiguë, une mémoire remarquable, l’analyse pénétrante de lui-même, une divination extraordinaire lorsqu’il s’agit des autres, sont les qualités qui distinguent son esprit» dit Marie-Elisabeth BEEBE. Il voudrait se consacrer à l’essence des choses, au pouvoir évocateur de la mémoire. Il se documente auprès de ses amis, des domestiques, et diverses sources qu’il enrichit avec son imagination et son sens de l’observation. Il fréquentait les salons littéraires, le Ritz, le Bœuf sur le toit où il regardait, avec curiosité les danses modernes et les revues nègres. «Son œuvre est fondée sur l’idée d’instabilité, la mémoire involontaire, la remontée accidentelle des impressions assoupies au fond du souvenir sur lequel reposerait toute reconstitution du passé» dit Albert FEUILLERAT.

Quand son père mourut, PROUST réalisa le rêve qu’il avait caressé dans son «Jean de Santeuil», de vivre seul avec «l’épouse de son père». PROUST était plein de regrets et de remords envers ce père débonnaire, affable et bienveillant, mais avec sa mère, ils étaient devenus un seul cœur, une seule personne.

À la mort de sa mère le 26 septembre 1905, Marcel est effondré et inconsolable : «Ma vie a désormais perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour, sa seule consolation. J’ai perdu la seule dont la vigilance incessante, m’apportait en paix, en tendresse, le seul miel de ma vie. (…). J’ai été abreuvé de toutes les douleurs, je l’ai perdue», écrit-il, et d’ajouter «elle emporte ma vie avec elle». PROUST se sentit solitaire et ce ne fut qu’avec le souvenir de sa mère, suivant «les intermittences du cœur» qu’il arriva à survivre. PROUST se reprocha d’avoir « tué » sa mère ; s’il l’avait vraiment aimée, comme elle, elle l’aimait, il aurait pu la soustraire au temps, à la décadence, à la destruction. Au fond, nous tuons tout ce qui nous aime par les soucis que nous lui causons. Dans sa culpabilisation et son souci d’expiation, et afin d’immortaliser sa mère, Marcel PROUST renonça à sa vie mondaine et entreprit d’écrire sa Recherche du temps perdu à la gloire de sa mère. Son frère Robert PROUST a observé à partir de cet instant une profonde transformation de sa vie : «ce fut alors une vie de renoncement, une véritable vie ascétique où cloîtré chez lui, entouré de ses cahiers, ne sortant presque plus, il mit debout cette œuvre formidable dont l’achèvement lui était cher» écrit son frère dans l’hommage de la Nouvelle Revue Française de 1923.

B – La Recherche est une géographie de l’enfance, un édifice immense du souvenir

«Le paradis perdu» de Marcel, c’est les vacances à Illiers (Combray) une petite ville à 25 km de Chartres, entre la Beauce et le Perche, chez Jules et Elisabeth AMIOT, oncle et tante paternelle du futur écrivain. C’est une maison avec un petit jardin, un enclos, sur les bords de la Loire, avec ses aubépines, symboles de la beauté spontanée. L'enfant y passait ses vacances, entre six et neuf ans, et il dut y renoncer à cause de ses crises d'asthme, au cours d’une promenade au Bois de Boulogne ; ce qui le força, par la suite à fréquenter l’hôtel des Rochers noirs à Trouville et le Grand hôtel à Cabours. A Combray, Marcel PROUST aimait lire dans un coin tranquille du jardin, «Et j’aurais vouloir m’assoir là et rester toute la journée à lire en écoutant les clochers» et il évoque de «beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidé par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventure et d’aspirations étranges». Marcel PROUST aimait les promenades avec sa famille, avec deux côtés opposés : le côté de Méséglise-la-Vineuse et le côté des Guermantes. Ces deux côtés opposés deviennent dans la Recherche du temps perdu, les symboles de deux classes sociales diamétralement opposées, incompatibles, mais qui finiront par se rencontrer et s’unir à travers Mademoiselle Saint-Loup.

 

Combray est un village triste, mais enfant, le vit de ses yeux enchantés et rêveurs. En effet, c’est à Illiers que tante Léonie offre rituellement au héros la petite madeleine qui bien des années après, fait renaître tout Combray. ce fameux épisode illustre parfaitement la force magique de la mémoire involontaire reliée aux sensations, prouve que les sens humains, tel que le goût, peuvent nous ramener au passé ou le reconstruire : "Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine". A Combray, Marcel PROUST observe la nature, les fleurs, les églises et les personnes qu’il rencontre, mais c’est la madeleine cristallise sa théorie de la mémoire. Enfant, sa tante, Madeleine AMIOT, donnait à Marcel de petites madeleines trempées dans du thé. Adulte, il se rend compte que le fait de manger à nouveau une madeleine fait resurgir le contexte de son enfance. La madeleine est le symbole de ce passé qui surgit de manière involontaire. En effet, certains objets ou odeurs appellent les souvenirs. «Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté... Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir» dit-il «Du côté de chez Swann». Cette théorie affirme plutôt que le passé peut redevenir présent. Tous ces aspects se combinent et se lient inextricablement dans le héros qui représente l'auteur lui-même.

 

Marcel PROUST rejette le concept de «mémoire volontaire» qui ne lui aurait pas permis de songer à ce Combray de son enfance : «la mémoire volontaire, la mémoire de l’intelligence, et comme les renseignements qu’elle donne sur le passé ne conserve rien de lui». En revanche, dans sa Recherche du temps perdu, la mémoire affective a une vertu éternisante dans le goût de la madeleine, le tintement de cuiller, la sonnette empesée, les cloches de Martinville, les pavés inégaux d l’hôtel des Guermantes. Pour PROUST, la réalité ne se forme que dans la mémoire accidentelle. «Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelques êtres inférieurs, dans une bête, dans un végétal, une chose inanimée, perdues, en effet, pour nous jusqu’à ce jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors, elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous». C’est en ce sens que la madeleine actuelle renvoie à la mémoire ancienne : «A l’instant où la gorgée (de thé) mêlée de miettes de gâteau toucha mon palais, je tressaillis attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était en moi, elle était moi. D’où avait me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle la dépassait infiniment, ne devait être de la même nature J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent et mortel» dit PROUST qui cultive le sentiment d’éternité, se sent affranchi du temps. «Quand d’un passé ancien il ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles, mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, la cathédrale du souvenir» écrit PROUST.

Dans sa Recherche du temps perdu, le sujet que le hante c’est celui de la mémoire involontaire. En philosophe, il s’est posé cette question essentielle : y a-t-il une réalité ? Et il a abouti à cette conclusion : enfouis à l’intérieur même de l’individu, au sein de l’inconscient gisent, dans un amas de minerais, d’habitudes, de réflexes, d’images toutes faites, de raisonnements abstraits, quelques pépites précieuses, les souvenirs vivants, seule matière réelle qui constitue la personnalité. Avec la mémoire involontaire ce qu’on croyait aboli ou perdu remonte à la surface du «Moi». Ce sont ces instants privilégiés, ces résurrections extraordinaires, source de toute réalité profonde et tout art, qui constituent le cœur de sa Recherche du temps perdu. En effet, Marcel PROUST a incontestablement une démarche bergsonienne. Henri BERGSON fut un parent à PROUST par son mariage avec Melle NEUBERGER, une de ses cousines. Comme BERGSON, il distingue deux mémoires : une mémoire et une mémoire d’habitude. Pour Marcel PROUST le vrai souvenir, c’est le souvenir affectif. Seule la mémoire du cœur peut restituer fidèlement le passé. La mémoire pure d’Henri BERGSON est une mémoire laxiste où tous les souvenirs sont sauvés. En revanche, chez Marcel PROUST, la mémoire est au contraire accidentelle, aristocratique et jansénite, c’est une grâce exceptionnelle, comme la madeleine de tante Léonie. La grande découverte de Marcel PROUST, ce n’est pas le temps perdu, c’est le temps retrouvé ; le pouvoir miraculeux de la mémoire lui permet d’échapper à l’action destructive du temps. Pour PROUST, il n’y a pas de réalité temps présent. Le souvenir est la seule réalité de notre vraie vie. Ce n’est pas l’intemporalité qui sauve le temps, c’est le temps qui sauve le temps. Le souvenir affectif vous place en dehors du temps : «Au moment où je goutais la madeleine toute inquiétude sur l’avenir, tout doute intellectuel s’est dissipé. (…) C’est une victoire sur la mort» dit PROUST. Chez Marcel PROUST, comme chez BERGSON, le problème de l’intelligence, c’est la conquête des obstacles de la matière qui restreignent les forces spirituelles. L’élan vital est la force créatrice du romancier.

PROUST a été influencé par Claude-Henri de ROUVROY, comte de SAINT-SIMON (1760-1825), un grand mémorialiste, pour sa curiosité, pour les anecdotes scandaleuses, sa vanité de grand seigneur, sa haine de la bourgeoisie, sa prédilection pour les questions d’étiquette et de préséance de la cour, sa compréhension des traits humains révélés par des gestes, des manières, son génie à faire vivre des groupes particuliers. Suivant Paul SOUDAY «Il (Proust) n’a pas la véhémence et le feu au ventre de l’auteur des mémoires. Il fait songer, à lui épisodiquement, par son souci extrême et un peu excessif de la hiérarchie de caste, des préséances mondaines et autres élégances conventionnelles». Marcel PROUST trouvait dans la vie aristocratique de son époque, des caractères analogues à ceux de la cour de Louis XIV. SAINT-SIMON voulait justifier son œuvre par une intention morale, Marcel PROUST cherchait à produire une œuvre purement artistique et esthétique. Selon l’usage habituel, SAINT-SIMON, en mémorialiste classique, nous relate des événements du passé, en leur laissant leur qualité d’événements passés ; il les considère avec le recul que le temps leur donne, leur conserve leur place chronologique. En revanche, PROUST, dans sa Recherche, nous raconte bien des évènements qui sont du passé, mais tous ses efforts vont à ce qu’ils n’appartiennent plus au passé, à ce qu’ils redeviennent du présent. Le mémorialiste traite des faits, «Proust les traite comme le spirite voudrait traiter les morts avec l’espoir qu’il arrivera à les faire vivifier. (…). Il nous restitue l’atmosphère de certaines époques, ce que j’appelle la couleur temporelle» écrit François FOSCA.

 

Quoi qu’il soit difficile de classer la contribution littéraire de Marcel PROUST, on peut dire qu’elle est essentiellement représentative de la pensée psychologique, philosophique et littéraire du XIXème siècle. Il a une importante dette à l’égard des écrivains de son temps. En effet, Marcel PROUST est un romantique, par ses penchants pour l’émotion, notamment l’amour et la jalousie, un Parnassien en ce sens que l’Art est l’expression de la réalité, un Symboliste par son questionnement de l’âme humaine, un Réaliste par sa méticulosité, sa rigueur et son sens de l’observation et un Naturaliste par sa peinture du vice et côté sombre de l’homme. Il vénère CHATEAUBRIAND et se passionne pour la résurrection du passé opéré par la mémoire affective. Il s’inspire de STENDHAL mais ne retient que «la peinture du cœur humain». Contrairement à BALZAC, il ne s’intéresse pas à l’intrigue du roman, sa peinture de la société vise à «mettre de l’ordre dans une série de souvenirs». Si Gustave FLAUBERT, voyait le réalisme comme un art discipliné, impersonnel, où l’artiste devait rester en dehors de son œuvre, Marcel PROUST estime que l’introspection était aussi importante que l’observation en vue de reproduire la vie complète et la réalité. Le journal des Goncourt donne l’idée à PROUST de prendre pour base de son roman, une étude de la société. C’est le comte Robert de MONTESQUIOU-FEZENZAC (1855-1921), incarné par le personnage de Charlus dans la Recherche du temps perdu, qui introduisit Marcel PROUST, dans la haute société du faubourg Saint-Germain de Paris. MONTESQUIOU, un descendant des Armagnac, qui connaissait les gens du théâtre et des arts, est d’un orgueil accablant, d’un snobisme, d’un égoïsme et d’une intolérance, sans égal. Pour lui, l’art était la seule réalité : «c’est le seul homme supérieur du monde. Le plus grand critique d’art qu’il y ait eu depuis longtemps» dit PROUST à propos de MONTESQUIOU qu’il nomme «cher maître» dans ses correspondances. Marcel PROUST comptait parmi ses amis, notamment la Comtesse Anna de NOAILLES, Anatole FRANCE et Ernest RENAN.

 

La Recherche est une histoire des mœurs de la IIIème République. S’il existe une certaine filiation littéraire avec Emile ZOLA, Marcel PROUST a su éviter les poncifs de cet auteur en inaugurant un genre littéraire nouveau, à travers la vie intérieure et l’observation scrupuleuse de la société de son temps «il est permis de douter qu’une seconde fois se rencontrent, chez un même auteur, ce qu’on est convenu d’appeler le lyrisme, associé à l’oubli de ses convictions personnelles» écrit Gabriel de la ROCHEFOUCAULD. Marcel PROUST a été certes influencé dans l’analyse que font TOLSTOI et DOSTOIEVSKY, avec une grande acuité de leurs personnages. Mais DOSTOIEVSKY a privilégié le culte de la pitié et de la souffrance, tandis que TOLSTOI a une sensibilité hostile aux autres, il est mal intentionné à l’égard de ceux qu’il décrit, il a toujours un ton de reproche. En revanche, Marcel PROUST, avec son narrateur, a adopté une posture aérienne et distanciée, il n’est pas un apôtre, il ne juge pas, il garde le contrôle de lui-même et de ses remarques : «il ne conclut pas, il donne les éléments complet au lecteur, et le laisse lui-même formuler ses jugements, sans tendance marquée, sans essayer de l’encourager ou de le convertir, il ne témoigne pas d’un parti pris, il montre les gens tels qu’ils sont sans les défendre ni les attaquer» souligne Gabriel de la ROCHEFOUCAULD.

 

«Chaque époque a en quelque sorte ses questions du moment», dit Evariste GALOIS. Marcel PROUST considérait Gustave FLAUBERT comme un précurseur et comme l’écrivain qui «le premier a mis le temps en musique». PROUST admirait, dans l’Education sentimentale, «un blanc», un énorme «blanc» qui indique un changement soudain d’époque. Marcel PROUST est le premier qui a, miraculeusement, montré «la consistance de riche orchestration que le temps ajoute à notre perception» écrit Camille VETTARD.

 II – La Recherche ou l’histoire d’une vocation littéraire

 

A – La Rerche est une ambition littéraire longtemps contrariée

 

La Recherche du temps perdu, c’est avant l’histoire d’une ambition littéraire chez Marcel PROUST pour qui, les notions traditionnelles de «bien» et de «mal» n’ont guère de sens pour l’artiste, le seul vice qui soit un vice, c’est la paresse, le temps perdu, le temps de remettre au lendemain l’effort créateur. Cet examen de conscience, cette révision des valeurs, est l’acte révélateur de sa vocation littéraire. En effet, suivant Jean-François REVEL, «le temps perdu est d’abord le temps simplement passé, les événements que l’on n’a pas vraiment sentis en les vivant et que la mémoire reconstitue ou plutôt constitue dans leur réalité profonde et intégrale, mais aussi le temps perdu à ne rien faire, à ne pas écrire, à ne pas porter en soi une vocation d’écrivain, sans parvenir à la réaliser ou à l’oublier». En effet, la Recherche du temps perdu est un récit d’apprentissage, puisque Marcel PROUST raconte la vocation littéraire de son narrateur. Cependant, cet apprentissage du héros proustien s’effectue d’une curieuse manière : sa formation d’homme de lettres passe davantage par les déceptions que par les succès. Les déceptions sont partout dans la Recherche1, elles en sont le leitmotiv, elles en tissent le fil rouge. La seule réelle réussite, la ou le succès du héros sera irréversible, est au «Temps retrouvé», lors du passage du «Bal de têtes», tout juste après «L’adoration perpétuelle». A la fin du roman, le narrateur comprend enfin la nature de sa vocation. Il sait maintenant quoi écrire et, surtout, comment l’écrire. Son «salut» ne passera ni par le souvenir, ni par le monde, ni par l’amour, ni par le voyage, mais bien par la littérature. Et encore, par une nouvelle forme de littérature, une autre façon d’écrire.

 

Cependant, le cénacle littéraire ne voyait en Marcel PROUS qu’un mondain futile, un enfant oisif et enfant gâté et un prince des conversations oiseuses, un frivole et un vaniteux. Dans son ambition littéraire : «La Recherche tout entière n’est qu’une chasse aux Dieux qui peuplent encore les temps modernes : chasse semée de déceptions, d’illusions, de duperies, de fausses routes, mais couronnée, malgré tout par une victoire paradoxale» dit Pietro CITATI, un de ses biographes. Initialement, disons-le, Marcel PROUST est un écrivain mondain, mielleux et presque médiocre, sans grande envergure. Les ducs sont arrogants et les comtesses stupides, mais avec ses flagorneries, Marcel PROUST admirait et magnifiait ces puissantes incarnations de la Belle époque. En effet, il a publié de nombreuses chroniques au Figaro avec l’appui de son ami, Gaston CALMETTE (1854-1914) à qui dédié le premier volume de la Recherche du temps perdu. Ses premiers textes portent l’empreinte du milieu étroit dans lequel il évolue, essayiste brillant, nul ne sait qu’il a commencé un roman «Jean Santeuil», autobiographie fictionnelle, inachevée, à Beg-Meil, dans le Sud de la Bretagne, qui s’est soldée par un échec. «Jean de Santeuil» est presque un journal de bord de la vie de PROUST auprès de Raynaldo HAHN rencontré en 1894, un musicien et artiste lyrique rencontré chez Mme LEMAITRE. Il aimait en lui, la sobriété la précision, la prudence et la grâce discrète. Il s’intéresse alors à toutes les formes possibles du plaisir via la peinture, la musique, la littérature, qui sont la matière des nouvelles publiées dans «Les Plaisirs et les jours» (1896), composé presque exclusivement d’articles et de contes déjà parus dans des revues, telles que «Banquet» et «Blanche». «Ce livre a été condamné par les critiques pour excès de préciosité et manque d’originalité. C’est un ouvrage au titre vieillot, un livre d’amateur mondain» dit Valéry LARBAUD. Cependant, Bernard FALLOIS dans sa préface «Contre Sainte-Beuve», est plus clément «Les Plaisirs et les jours nous frappent moins par l’hésitation, les tâtonnements habituels chez un écrivain encore jeune, rêvant à des œuvres possibles, que par l’extraordinaire concentration d’un esprit déjà mûr». Dans sa préface, en juillet 1894, sur les Plaisirs et les jours, Anatole FRANCE évoque «un livre d’images». Son ami, Robert de MONTESQUIOU n’est pas avare de compliments et a loué «cette éloquence sentencieuse et subtile, cet ordre rigoureux».

 

Toutefois, ces écrits, notamment «Jean de Santeuil», contiennent déjà des éléments précurseurs de la Recherche du temps perdu, qui ont permis à Marcel PROUST «d’unifier sa description sociale, de rendre lisible la durée, le vieillissement, le temps qui forme et transforme les êtres» dit Bernard de FALLOIS, dans sa préface sur «Contre Sainte-Beuve». PROUST y relate pendant les deux jours passés à l’hôtel de Trouville, la terrible séparation avec sa mère, l’absence du baiser du soir compensée par un remède, le désir de lui écrire de longues lettres. Quand sa mère lui répondait elle le traitait comme un enfant qui n’a pas grandi, et ne devait jamais grandir. De cette indissoluble union et comme tous les grands amours, celui de PROUST, pour sa mère, recelait, en lui, le poison de la haine : «Car parfois la haine serpente au milieu du plus immense amour, où elle semble comme perdue» dit le héros, Jean de Santeuil. Quand, Marcel PROUST descendit, seul, pour une semaine, le 19 octobre 1896, à l’hôtel de France, il avait oublié à Paris, sa cravate, son épingle, sa montre et son chapeau. Quand sa mère, avec une dévotion excessive, l’appelle au téléphone, la voix de la mère est comme un «petit morceau de glace brisée» et cette glace était son cœur. Il ne s’en était jamais aperçu ; il n’avait jamais observé, dans la rapidité de la vie quotidienne, son timbre, son intonation, sont d’essence divine. Il subit alors d’épouvantables angoisses en raison de l’éloignement de sa mère. Cette voix de la mère brisée, pleine de fêlures et de fissures, cette divinité douce, accueillante et amicale, sera un objet majeur de la Recherche du temps perdu C’était la clé de sa vie, «elle lui permettrait d’intérioriser complètement le monde extérieur, de personnifier et d’humaniser les objets, d’objectiviser et d’allégoriser les sentiments» écrit Pietro CITATI. PROUST devrait théoriser la nécessité du temps, qui efface et annule, et fait ressurgir nos sentiments.

 

Dans «Jean de Santeuil», un roman inachevé, le narrateur se situe au niveau idéal du passé ; et son héros regarde de loin sa jeunesse désormais révolue. Le héros ressemble à bien des égards à celui de la Recherche du temps perdu. En effet, Jean de Santeuil a son caractère, ses élans d’amour, ses faibles, ses expériences intellectuelles. Il relate la scène du baiser refusé par la mère. PROUST a compris ce moment important de sa vie où tout se mêle : la lumière et la nuit, le sommeil et la mort, son complexe oedipien, la liberté, la tragédie. S’il voulait devenir écrivain, il fallait creuser et fouiller dans sa mémoire. La beauté du bonheur naissait de la réalité passée, quand celle-ci se trouvait «prise dans la réalité présente» dit-il. Le grand vent de la poésie pouvait naître du cœur, même de la douleur, de la lassitude, de la désolation et du chagrin.

 

PROUST a traduit et préfacé la «Bible d’Amiens» de John RUSKIN et a dédié cet ouvrage à la mémoire de son père mort le 24 novembre 1903. Le livre commence par l'histoire de l'avènement du christianisme en France puis à la construction de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens au XIIIème siècle. RUSKIN retrace l'histoire de Firmin d'Amiens, évangélisateur de la Picardie, selon la tradition catholique. Dans «Sésame et les Lys, les trésors des rois, les jardins des reines», John RUSKIN traite de la lecture dans une conférence du 6 décembre 1864 pour aider à créer une bibliothèque et le 14 décembre 1864, il fit une seconde conférence sur le rôle des femmes pour aider à fonder des économies. RUSKIN est la porte qui a fait accéder l’esprit de PROUST à des endroits, jusqu’ici fermés. Riche, solennel, lumineux, musical, apocalyptique, le style de RUSKIN saisit PROUST, et il en devient le disciple. PROUST devient mystique, lyrique et aime la Bible, et fera de nombreuses références religieuses dans ses écrits. John RUSKIN incarne cette cathédrale «vivante, sculptée, peinte, chantante» où il faut pénétrer, à travers «les forêts de symboles». Aussi, PROUST se mit à visiter diverses cathédrales, à Amiens, Evreux, Saint-Marc. Cependant, PROUST qui accuse RUSKIN d’idolâtrie, finira par se libérer de cet envoûtement et prendre son autonomie. PROUST abandonne l’idée de DESCARTES suivant laquelle que l’ambition littéraire ne serait qu’une conversation avec les écrivains des siècles passés. Certes, la lecture est au seuil de la vie spirituelle, mais l’artiste doit être créatif ; l’écrivain doit trouver la vérité, façonner la beauté, construire des livres-cathédrales, qui naissent de ces «régions profondes, secrètes, presque inconnues à nous-mêmes» dit PROUST. Cette introspection de l’intérieur est le cœur même de la Recherche du temps perdu.

 

Marcel PROUST est un critique littéraire ; on connaît le sort que l’histoire a réservé à la critique biographique : condamnée sans appel depuis Proust, elle reposerait sur l’illusion que l’oeuvre «appartient» à son auteur, que l’homme est l’oeuvre. Or, s’il y avait, en effet, une grande part d’aveuglement dans le travail de Sainte-Beuve. Marcel PROUST s’oppose, radicalement, à Sainte-Beuve et pense qu’un «livre est le produit d’un autre moi que celui nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices». Et puis, pour lui, Charles-Augustin SAINTE-BEUVE, un critique littéraire (1804-1869) n’est qu’un «pâtissier», un homme perfide, envieux, jaloux, vulgaire, un hypocrite et une canaille qui ne savait pas écrire. Tout les opposait : Sainte-Beuve aimait le bon sens, le bon goût, le tact. En revanche, PROUST c’est l’exagération, l’admiration, l’enthousiasme, la folie, à l’image de Saint-Simon et Dostoïevski. Dans son «Contre Sainte-Beuve», a déjà réuni tous les matériaux de la Recherche : la race maudite, la lignée des Guermantes, mais le livre ne possédait pas encore l’architecture et la fluidité de cette Recherche.

Marcel PROUST est un extraordinaire épistolier ; il a entretenu une importante correspondance, avec ses amis et en particulier, avec sa mère : «parmi les causes qui faisaient que maman m’envoyait tous les jours une lettre, et une lettre d’où n’était jamais absente quelques citations de Madame de SEVIGNE, il y avait le souvenir de ma grand-mère» dit Marcel PROUST. Cette correspondance peut se résumer ainsi : on y trouve l'histoire d'une amitié, deux portraits et un drame. L'amitié qu'on y voit naître et se développer mérite, par certains aspects, une place parmi les amitiés célèbres de notre temps. Les portraits – puisque toute correspondance constitue une sorte de portrait de ceux qui y participent – sont ceux de deux hommes de lettres qui marquèrent en France une époque de grand renouveau littéraire. Le drame est celui d'un homme de génie qui, se sentant sur le point de mourir, lutte désespérément pour achever son œuvre. Toutes ces lettres, du reste, gravitent autour de cette œuvre gigantesque que PROUST est en train de parfaire quand la mort le frappe.

Marcel PROUST avait bien une «stratégie littéraire» Sans doute que l’écrivain travaille. Il ne peut réussir que s’il est débarrassé des soucis obsédants : désirs de succès et de gain immédiats, accueil favorable des éditeurs et du public. Mais aucun écrivain ne devrait être indifférent du sort de sa production littéraire. L’écrivain est toujours pour le public présent ou à venir. Ecrire pour soi est non-sens. En effet, l’orateur a besoin des échos de la foule pour parler. Seuls les fous discourent dans le vide. Dans cette stratégie littéraire, PROUST ne fait pas exception. Comme tous les grands artistes, il s’est battu pour se faire une place dans le monde à sa création. Etiqueté comme un écrivain mondain et léger, les portes des éditeurs sont restées des éditeurs sont restées longtemps fermée à Marcel PROUST : «Ce qui est notre métier nous semble facile, mais nous faire paraître, obtenir de ce qu’on souhaite d’un éditeur, semble être des tâches écrasantes» dit PROUST. André GIDE le considère comme un «amateur et un boulevardier». Considéré comme un mondain et un riche dilettant, ses manuscrits sont refusés chez NRF et Mercure de France. La majorité des lecteurs fut, on peut en être assuré, déconcertée et déroutée par le style atypique de Marcel PROUST. Il accumule dans ses romans des détails infinitésimaux, apparemment désordonnée et ennuyeuse. Ces détails répètent avec Voltaire que l’art de tout dire est celui d’ennuyer. André GIDE, qui ne voit de beauté que dans l’économie des moyens, a écrit «la minutie de Proust peut ennuyer. Mais l’art ne se satisfait point d’une minutieuse et tatillonne vérité». Aussi, il n’a pas été facile pour Marcel PROUST de trouver un éditeur. Eugène FASQUELLE (1863-1952), un éditeur, écrit : «Il ne restera pas un lecteur assez robuste pour suivre un quart d'heure» de ce livre. Quant à l'éditeur, Paul OLLENDORFF (1851-1920) livre cette analyse restée célèbre : «Je suis peut-être bouché à l'émeri, mais je ne puis comprendre qu'un monsieur puisse employer 30 pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil». C'est un éditeur alors peu connu, Bernard GRASSET (1881-1955), qui accepta de publier «Du Côté chez Swann», à compte d'auteur, grâce à l’entremise de René BLUM, frère de Léon BLUM, qui va bénéficier «d’une indiscrétion littéraire» pour Gil Blas, un quotidien fondé par Auguste DUMONT en 1879, dont il est le secrétaire. «Du côté de chez Swann» est un succès littéraire c’est «un grand cri précurseur, qui rassemblera, par delà le temps, dans le gel noir de l’éternité, les autres chefs-d’œuvre à venir» écrit Lucien DAUDET dans le Figaro, et c’est «une extraordinaire manifestation de l’intelligence au XXème siècle» ajoute-t-il. «Le refus de ce livre restera la plus grave erreur de la NRF et (car j’ai cette honte d’en être beaucoup responsable), l’un des regrets, des remords les plus cuisants de ma vie. Pour moi, vous étiez (…) celui qui écrit dans le Figaro. Je vous croyais un snob, un mondain amateur, quelque chose dont on ne peut plus fâcheux pour notre revue» dit GIDE à PROUST dans une lettre du 11 janvier 1914. En fait, Marcel PROUST signe l’acte de décès du roman naturaliste en fondant un nouveau roman de l’aventure intérieure où dominent les sentiments et la mémoire. Mme André MAUROIS (1885-1967) décrit «un homme d'un charme ensorcelant» qui «très vite, a fait fondre mes réticences». Les écrivains anglais furent les premiers à l’étranger qui découvrir PROUST.

B – La Recherche est le triomphe de la psychologie proustienne

 

1 – Recherche et l’histoire des mœurs à travers ses personnages

 

Plus de quatorze années d'écriture, trois mille pages, quelque deux cents personnages, dans la Recherche du temps perdu, les personnages ont une double existence, leur existence réelle et celle qu’ils ont dans l’esprit de PROUST, avec un subjectivisme et une nébuleuse poétique. «Si l’on y regarde de près, les personnages, étonnamment divers de Proust, en sont pas décomposés, ils sont construits, inventés, composés par l’intérieur» dit Louis MARTIN-CHAUFFIER. En effet, Marcel PROUST en historien des mœurs est un redoutable observateur de la société de son temps. «On n’écrit bien que ce qu’on n’a pas vécu», dit Rémy de GOURMONT (1858-1915) ; ce qui n'est guère qu'un paradoxe, PROUST s'écria : «Cela, c'est toute mon œuvre !». Or, la Recherche est avant tout une sorte d'œuvre de mémorialiste. S'il n'a pas vécu, au sens exact du mot les aventures qu'il raconte, les circonstances qu'il dépeint, il les a apprises sur le compte de tiers, il a fait ses personnages avec des gens qu'il a connus, observés, fréquentés. Il y a dans son œuvre ses souvenirs d'enfance et ses souvenirs du milieu dans lequel il a vécu. Le titre de son œuvre lui même est significatif : A la recherche du temps perdu Les personnages qu’il dépeint sont souvent composite ; il a juxtaposé et fondu les traits essentiels de plusieurs personnes qu’il a connues. «Il n’y a pas de clés pour les personnages de ce livre, ce serait la déchéance des livres de devenir, si spontanément qu’ils aient été conçus, comme des romans», écrit PROUST dans une lettre à Jean LACRETELLE. Honoré de BALZAC a posé jalons de la longévité d’une œuvre «la plupart des livres dont le sujet est entièrement fictif, qui ne se rattachent de près ou de loin à aucune réalité, sont mort-nés ; tandis que ceux qui reposent sur des faits observés, étendus, pris à la vie réelle, obtiennent les honneurs de la longévité». Et BALZAC de préciser «la tâche d’un historien des mœurs consiste à fondre des faits analogues dans un seul tableau. Souvent il est nécessaire de prendre plusieurs caractères pour arriver à en composer un seul».

 

Dans les personnages de la Recherche, il y a une part de réelle, mais profondément transformée par l’imagination et l’extraordinaire créativité de Marcel PROUST. Les souvenirs s’entrecroisent, les images d’autrefois percutent celle d’aujourd’hui. Suivant une formule de CHATEAUBRIAND, dans ses mémoires d’outre-tombe, il y a «une sorte de confusion ou, si l’on veut, une sorte d’unité indéfinissable». En effet, dans sa cuisine, PROUST s’est livré à une sorte d’amalgame psychologique : «ce qu’il a étudié à travers tous ces visages, (…) c’était non le cas particulier, mais le bloc mystérieux de la conscience humaine ; c’était, en somme, toute notre espèce», écrit Jean de LACRETELLE.

 

Ainsi, nous faisons connaissance des Verdurin, riches bourgeois, snob littéraires et aristocratiques, par opposition au snobisme des Guermantes. Le prince de POLIGNAC, fils du ministère réactionnaire de Charles X est le prototype du duc de Guermantes. Dans la Recherche, celui des Guermantes est le nom le plus chargé d’assonances, de souvenirs de suggestions. Laure de SADE qui a épousé le Comte de CHEVIGNE, gentilhomme d’honneur prétend au trône ; Laure incarne le personnage d’Oriane de Guermantes, dans son nez busqué, ses lèvres minces, yeux perçants, sa peau trop fine et sa race issue d’une «déesse et d’un oiseau». Dans la Recherche du temps perdu, on y rencontre, Bergotte qui évoque le pouvoir magique des mots. Bergotte, un mélange de clairvoyance et de double vie, a choisi de vivre au milieu des sots et de pervers, pense que seule la douleur est féconde. Bergotte ce sont des traits empruntés à Anatole France et Ernest RENAN. La maladie et la mort de Bergotte ressemblent aux souffrances de Marcel PROUST. M. VINTEUIL, une synthèse de César FRANK et de VERMEER, est un amoureux de la musique. La littérature n’est plus un dialogue vers la réalité, mais un effort vers la musique, un effort vers la vraie vie inventée ou rêvée. Le personnage d’Eltsir, passionné de la peinture, un adepte de la religion de la beauté, est inspiré de Renoir, Monet et Manet. L’inspiration de l’artiste consiste à pénétrer au plus intérieur de soi, patrie véritable qui donne la joie. Posséder le sens artistique, c’est aussi la «soumission à la réalité intérieure, la seule qui compte» dit PROUST. Le personnage de Palmède Charlus, est un inverti, un aristocrate qui croit aux vertus de ses privilèges ; entêté de sa noblesse ancienne et authentique, il attaché trop de prix aux vanités sociales. Les exclusives hautaines, son intransigeance en matière de noblesse, ressemblent davantage à un délire de fou qu’au snobisme, sauf pour les jeunes gens. Il tombe d’un excès à l’autre. Le personnage de SAINT-LOUP est dû à ses trois amis issus de la noblesse, le prince Antoine BIBESCO, le marquis d’Albuféra et Bertrand de FENELON. Le personnage de NORPOIS, rempli de son importance, est une description de Gabriel HANOTEAU, un diplomate ami du père de PROUST. La marquise de VILLEPARISIS a déjà entrevu Chateaubriand, Balzac, Hugo et Vigny. Le personnage d’Odette de CRECY ressemble bien à Laure HAYMAN rencontrée en 1891. Laure HAYMAN, la femme en rose, courtisane célèbre, était la fille d’un ingénieur anglais, et allait être aimée du duc d’Orléans, du roi de Grèce, et inspirer divers artistes dont PROUST qui évoque l’amour de Swann pour une cocotte.

 

À la recherche du temps perdu, dont le premier tome fut publié en 1913, révolutionna l'art du roman. Derrière une absence d’intrigue ou de composition de la contribution littéraire de PROUST se forment les étapes d’une seule et vaste exploration en profondeur de la vie, dans le réel, dans le temps perdu et dans le temps retrouvé. Pour Léon PIERRE-QUINT (1895-1958), un critique littéraire, la Recherche du temps perdu, est «la peinture de plusieurs milieux sociaux, pris à différentes époques : des salons jusqu’à la fin du XIXème siècle, avant après la révolution qu’est l’Affaire Dreyfus. Les gens du monde y apparaissent écrasés par la grandeur même de leur nom, qu’ils ne sont plus dignes de porter». L’unité de la Recherche du temps perdu a été magnifiée : «La supériorité de PROUST sur la plupart de ceux qui le précèdent vient de ce que ceux-ci, écrivant plusieurs livres, font toujours le même sans le savoir, alors que lui, le sachant, n’en a écrit qu’un» dit Bernard FALLOIS. Dans la Recherche, il n’y a pas de drame, si ce n’est le drame du désir et de l’imagination qui se résout en connaissance. «C’est un drame de la possession qui, reconnaissant sa vanité, se change en compréhension» dit Charles DAUDET. «Et le héros du roman n’est d’autre que l’auteur lui-même. De la Recherche du temps perdu, les textes que nous retrouvons sont distants de quelques mois, de quelques années. Mais ils n’en diffèrent pas seulement par l’éclat et la sûreté du style, l’ampleur, la perfection. Les sujets et les modèles n’ont pas changé : le regard qui les observe n’est pas le même. C’est précisément une des lois de la psychologie proustienne» dit Bernard FALLOIS, dans sa préface sur Contre Sainte-Beuve.

 

2 – Du Côté de Swann

 

Marcel PROUST, publiera des ouvrages sur la géographie de son enfance, comme du «Du côté de chez Swann» ou «du côté de Guermantes». On se repère à Combray ; on calcule la longueur de la promenade selon qu’on ira de l’un ou l’autre des deux côtés. Mais l’opposition des deux romans n’est pas géographique ; elle est poétique, surtout sociale. Swann représente la grande bourgeoisie, les Guermantes, l’aristocratie terrienne. Chacun rêve d’accéder au monde qui lui est supérieur, c’est ce que Marcel PROUST appelle le snobisme

On va se promener, tantôt du «Côté des Guermantes» tantôt du «Côté de chez Swann» d’où le titre de ce roman : «Du côté de chez Swann» qui se divise en deux parties. Dans la première partie nous sommes à Combray, propriété estivale de la famille du narrateur, pendant l’enfance de celui-ci. C’est une chronique familiale villageoise et un début de l’exploration de la vie intérieure, des moments inconscients de l’affectivité. Les principaux personnages sont le grand-père, le père, les tantes, la domestique, la mère et la grand-mère. Parmi les cousins se trouvent les Guermantes qui sont, pour l’enfant, un rêve inaccessible. Charles Swann est un riche amateur éclairé, à la fois d’art et de femme, fils d’agent de change, très mondain, ami du Comte de Paris et du Prince de Galles, est amoureux d’une femme, Odette de CRECY, qu’il croit vertueuse, mais qui le trompe et qu’il finira par épouser. Charles Swann avait une conception hiérarchique de la société comme étant «composée de castes fermées ù chacun, dès la naissance, se trouvait placé dans le rang qu’occupaient ses parents, et d’où rien, à moins à des hasards d’une carrière exceptionnelle ou d’un mariage inespéré, ne pouvait vous tirer pour vous faire pénétrer dans une caste supérieure» écrit PROUST. Quelqu’un qui choisissait ses fréquentations en dehors de la caste où il était né, en dehors de sa classe sociale subissait un fâcheux déclassement. Or, le jeune héros du roman est follement amoureux de Gilberte, la fille de Swann, deux classes sociales irréconciliables. La conclusion est triste : une flânerie de l’auteur adulte vingt plus tard, au Bois de Boulogne, indique qu’il ne retrouve rien de ce qui l’avait charmé jadis : «La réalité que j’avais connue n’existait plus (…). Le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain incertain ; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas ! comme les années», écrit PROUST. Marcel PROUST est fier de son roman ; c’est «le livre où j’ai mis le meilleur de ma pensée et ma vie même, j’attache infiniment plus d’importance à lui qu’à tout ce j’ai fais jusqu’ici et qui n’est rien», dit PROUST. C’est un livre qui imite la mémoire involontaire «la mémoire volontaire, la mémoire de l’intelligence et des yeux ne nous rendent du passé que des fac-similés inexacts qui ne lui ressemblent pas plus que les tableaux des mauvais peintres ne ressemblent au printemps» précise PROUST. La Recherche du temps perdu est avant tout comme une longue recherche passionnée dans l’inconscient d’une âme individuelle. «Une partie du livre est une partie de ma vie que j’avais oubliée et que tout d’un coup je retrouve en mangeant un peu de madeleine que j’ai fais tremper dans du thé» dit PROUST. Cependant, le regard de Proust est également celui d'un voyeur ; il observe pour nourrir sa réflexion et édifier ainsi sa "démonstration". «Je suis resté plus en retrait encore, caché dans l'ombre du narrateur et de Swann, en espérant que cette discrétion me permette d'approcher de plus près, au-delà du décor et des costumes, leur silence, leur émotion. Bien entendu il aurait été absurde de prétendre "enrichir" le texte de mes dessins ! J'espère cependant qu'ils pourront prolonger la rêverie du lecteur», dit-il.

«Un amour de Swann» raconte un grand amour raconte le fond d’un amour de Swann pour Odette, qui se situe plusieurs années auparavant, car Swann est maintenant le mari d’Odette. L’amour, la jalousie, la haine, l’indifférence, la vanité, sont pour PROUST, à la lettre des maladies. « Un amour de Swann est la description clinique de l’évolution complète d’un cas. A la douloureuse précieuse de cette pathologie sentimentale on sent que l’observateur a éprouvé les passions qu’il décrit », écrit André MAUROIS.

 

3 – A l’ombre des jeunes filles en fleurs

 

Achevé d’être imprimé le 30 novembre 1918, et mis en vente en juin 1919, «A l’ombre des jeunes filles en fleurs», reçoit le Prix Goncourt le 10 décembre 1919, par six voix contre quatre, au roman de Roland DORGELES, «Les Croix de bois». C’est la consécration pour Marcel PROUST et Gallimard décide de publier tous ses ouvrages. «A l’ombre des jeunes filles en fleur», le second roman sorti de l’adolescence décrit la passion amoureuse pour Gilberte qui n’est d’autre que la fille de Charles SWANN. C’est une passion malheureuse qui permet l’auteur d’étudier lui-même, les intermittences du cœur, les fragments du salon de Swann. Célébrant une œuvre romanesque de la paix, PROUST «a prouvé sa faculté d’invention en faisant quelque chose de rien» dit SOUDAY.

 

Si «Du côté de Swann» était le tableau des impressions d’enfance, «A l’ombre des jeunes filles en fleurs» conte celles de la prime jeunesse. Gilberte que l’on retrouve est en perpétuel devenir, comme ces êtres jeunes, instables, angoissés et tourmentés par l’âge mur. Après la brouille avec Gilberte, le héros fait la connaissance de plusieurs autres jeunes filles, pour lesquelles il s’éprend d’un amour indivis et reluque Albertine. Comme les romans de PROUST, sans intrigue, sans coup de théâtre, le récit se termine par un retour à Paris. Cette seconde partie de «A l’ombre des jeunes filles en fleurs» nous transporte à Balbec. L’adolescent rencontre un groupe de jeunes filles dont Albertine qui sera la passion dominante de son existence, puis Robert de SAINT-LOUP, M. Chalus et le Grand Hôtel. Un jour, Marcel PROUST plaisante avec Marcel PANTEVIGNES à propos de cette «écharpe de jeunes filles» dont il aime à s’entourer. «Nous nous sentons à l’abri de leurs confidences fleuries, et comme à l’ombre d’elles» lui répond PLANTEVIGNES, auteur d’un ouvrage «Avec Marcel Proust». L’adoration perpétuelle des jeunes filles serait une tentation sexuelle tardive et avortée chez PROUST en qui renaît le désir d’aller à Florence voir les narcisses, les jonquilles et les anémones du Ponte-Vecchio. C’est une chronique de la vie mondaine des salons bourgeois ou les stations en vogue, pendant la Belle époque. Ce qui donne tant de charme à ce prix Goncourt, c’est sa dimension philosophique, cette constante avidité de sortir de soi, de se mêler à d’autres vies, et d’y pénétrer profondément.

 

4 – Du côté de Guermantes

Le troisième roman, «Le côté de Guermantes» est un roman de transition qui mènera à Sodome et Gomorrhe. On retrouve là toute l’influence de SAINT-SIMON. Marcel PROUST est obsédé par cette idée fixe des généalogies, dans rangs et des préséances. Le héros du roman idéalise la duchesse de Guermantes qui lui semble appartenir à un être surnaturel, une dame surnaturelle. Il est un peu déçu de découvrir que ce n’est qu’un être humain, lorsque ses parents vont habiter à Paris. Comme l’ambition des personnages de Balzac, il veut faire partie de ce monde inaccessible de la société, et tombe amoureux de la duchesse de Guermantes qui incarne l’inimitable élégance. Le narrateur part quelques temps à Doncières, ce qui lui permet de revoir son ami Robert de Saint-Loup, qui y est en garnison. Il espère que ce dernier, un neveu de la Duchesse des GUERMANTES, lui permettra d'approcher celle qu'il désire, mais malgré son succès en société, ses efforts restent vains. Apparemment, cette grande dame est mal élevée ; elle traite les gens de façon condescendante. Le moment enivrant est celui où la duchesse, l’ayant reconnu, levant la main gantée de blanc qu’elle tenait appuyée sur le bord de sa loge, l’agita en signe d’amitié et fit pleuvoir sur lui l’averse étincelante et céleste de son sourire.

«Le côté de Guermantes II, Sodome et Gomorrhe I» revient sur un thème favori, à savoir la contingence et la relativité de nos états de conscience, où entrent divers éléments comme la fuite du temps l’instabilité des choses, la déformation de notre mémoire, la double évolution nullement concordante du moi et non-moi et où l’influence de Henri BERGSON est manifeste. Marcel PROUST est éminemment «le romancier de la mobilité, du perpétuel changement et de l’universelle illusion» dit Paul SOUDAY. PROUST a «le prestige de l’obscur» suivant une formule de Maurice BARRES. Le propre de l’artiste créateur n’est-il pas d’apporter sa pierre à l’édifice de l’art ? Le monde n’a pas été créé une fois, mais aussi souvent qu’un artiste original est survenu. 

 

5 – Sodome et Gomorrhe

 

Dans «Sodome et Gomorrhe» il n’est pas question de scènes obscènes. C’est un ouvrage plein de références biblique. PROUST ne décrit pas ces mœurs particulières, mais étudie la psychologie de ce groupe ethnique, sous l’angle du vice. Ce roman marque aussi l’apologie de la vie mondaine de PROUST, le snobisme, les intrigues et les vanités de la haute société : tantôt c’est la matinée des Madame de Villeparisis, liée aux Guermantes, tantôt, c’est un diner chez Orianne de Guermantes. L’amour, la jalousie et les ragots y tiennent une place importante. Entre répulsion et idolâtrie d’une société qu’il a du mal à pénétrer, PROUST considère l’aristocratie comme des gens insignifiants, ignorants et parfaitement stupide, du moins la culture y est répartie à doses inégales. L’aristocratie est aimable, mais à condition que vous restiez à votre place. Le roman relate la mort de la grand-mère de l’auteur ; Charlus, frère du duc de Guermantes et Albertine sont inventés, ce qui est source de jalousie. En 1913, Alfred Agostinelli, âgé de 19 ans, qui incarne le personnage d’Albertine, devient son secrétaire pour recopier la Recherche du temps perdu ; c’est une rencontre pleine de passion et de jalousie. PROUST développe un thème resté célèbre : "Les intermittences du coeur", ce n'est pas seulement le titre d'une des sections les plus émouvantes, au coeur de la Recherche du temps perdu ; cela devait initialement en être, selon l'un des projets de PROUST, le titre d'ensemble. On oublie trop souvent que PROUST ne parle pas de la mémoire et de ses intermittences, seulement pour des raisons métaphysiques, mais d'abord comme d'un déchirement intime, dans les relations humaines. La perte des êtres les plus chers, elle-même, nous l'oublions le plus souvent, et quand elle nous revient, involontairement, elle n'en est que deux fois plus douloureuse ; douloureuse par la perte qu'elle ravive, mais aussi par la culpabilité de l'oubli, qu'elle réveille.

 

Dans la Recherche du temps perdu, la perversion sexuelle occupe une place considérable, notamment dans «Sodome et Gomorrhe» et ce n’est pas seulement qu’un penchant sexuel d’inverti. Le personnage de Charlus, un saturnien, qui incarne MONTESQUIOU, occupe un rôle important dans la description du vice. Sans doute que PROUST a été influencé notamment par le procès de Dorian Gray d’Oscar WILDE dont il fera connaissance à Paris en 1894. «Sodome et Gomorrhe» incarne l’amour-désir, le refus de l’amour, soutient cet ouvrage et exprime une impuissance d’aimer, un narcissisme foncier et typiquement des invertis. Cet ouvrage, consacré à cette «race maudite» est un puissant manifeste de l’antiracisme contre la communauté homosexuelle, une «communauté réprouvée» de la collectivité humaine, «une race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le parjure, (…), qui doit renier son Dieu, fils sans mère, ils sont obligés de mentir toute leur vie» dit-il. Marcel PROUST n’assumait pas son homosexualité ; il a plaidé pour l’inversion coupable, un amour qui ne dit pas son nom. Les fils de Sodome sont masochistes et les filles de Gomorrhe, sadiques : un sadique, comme elle, en évoquant Melle Vinteuil, «est l’artiste du mal, ce qu’une créature entièrement mauvaise ne pourrait être, (…) car le mal ne serait pas extérieur. Ce n’est pas le mal qui lui donnerait l’idée du plaisir, qui lui semblerait agréable ; c’est le plaisir qui lui semble malin» dit PROUST. L’amour avilissant apporte la rançon de la faute. André GIDE, un homosexuel assumé, n’est pas avec PROUST qui a traîné l’inversion dans la fange.

 

6 – La prisonnière

Le cinquième roman, au lieu d’épouser Albertine, l’une des jeunes filles en fleurs, il va se contenter de la séquestrer, d’où le titre «La prisonnière». Il est décrit la vie en commun avec Albertine, les Verdurin se brouillent avec Charlus et Albertine, qui est en fait un homme, finira par s’enfuir. Le héros aime Albertine lorsque ses inquiétudes sont ravivées par les mensonges et les démarches suspectes de son amante ; dès qu’elle a réussi, provisoirement, de le rassurer, il se trouve lui-même captif et ne songe qu’à secouer le jour. Inspiré du romantisme de BAUDELAIRE, il est développé la théorie suivant laquelle, on n’aime que les êtres en fuite, ceux qu’on ne possède pas sûrement, que l’on craint de perdre et que l’on ne connaît vraiment. C’est une étude psychologique d’un couple qui vit en vase clos et déchiré par la passion amoureuse : «les douleurs sont des folles, et qui les écoute est encore plus fou» dit-il. Ce roman est un puissant appel, «l'étrange appel que je ne cesserais plus jamais d'entendre» écrit PROUST. Lors d’une fête organisée chez Mme VERDURIN, riche mais d’ascendance roturière, la haute société invitée par Charlus, refuse de parler à Mme Verdurin qui, pour se venger de ce baron le brouille avec son amant, un violoniste.

7 – La fugitive

Dans «La fugitive», excédée par l’esclavage, Albertine s’enfuit, et au moment où elle s’apprêtait à revenir, elle se tue accidentellement. Dans «Albertine disparue» PROUST note ceci : «Mademoiselle Albertine est partie» venaient de produire dans mon cœur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j'avais cru n'être rien pour moi, c'était tout simplement toute ma vie» dit-il. Le héros a cru qu’il n’aimait plus Albertine. Il s’aperçoit qu’il souffre cruellement. Cela prouve qu’il s’est trompé. Ne pas tenir à ce qu’on possède, et le regretter dès qu’on l’a perdu, c’est classique. PROUST n’adopte pas une démarche intellectualiste, mais intuitive. Cependant, c’est parce que la douleur se renouvelle selon les circonstances qui lui rappellent de doux souvenirs et avivent ses regrets, le narrateur considère qu’à «chaque instant, il y avait quelqu’un des innombrables et humbles moi qui nous composent qui était ignorant encore du départ d’Albertine et à qui il fallait le notifier (…). J’avais oublié ce moi-là, son arrivée fit éclater mes sanglots». Ainsi, il y aussi le moi qui s’assied pour la première fois dans un fauteuil en l’absence d’Albertine, le moi qui aperçoit le piano dont les mules d’Albertine ne presseront plus les pédales. Finalement, pour PROUST l’amour est toujours enfanté dans la douleur, et ne subsiste qu’à la même condition. On n’aime d’abord que quand il y a un obstacle ; on ne continue d’aimer que qui vous fait souffrir. PROUST s’inspire d’Arthur SCHOPENHAUER pour qui l’amour est par «essence, pitié» ; il préfère le bûcher à cette extinction des feux de l’amour, et s’ennuyait avec Albertine, quand elle était avec lui, excepté lorsqu’il le tourmentait. Finalement, pour PROUST le bonheur n’existe pas ; ce qui compte vraiment dans la vie c’est la souffrance. La douleur est la véritable arme pour pénétrer le cœur des autres. L’amour n’est que souffrance, renoncement, sacrifice, perte de soi, immolation dostïesvkienne. La sourde souffrance du cœur sont une inspiration de l’Idée platonicienne « notre âme bout, fermente, palpite et porte son regard vers les hauteurs où se tiennent les Idées, comme un oiseau nouveau-né, impatient de voler » dit-il. Dans cette conception proustienne de l’amour et de la douleur, la sourde souffrance du cœur qui nous torture devient une force, met en mouvement l’imagination et la pensée, engendre la connaissance spirituelle et produit la lumière d’une Idée. Les amours masculines de PROUST, pour Reynaldo HAHN, Alfred AGOSTINELLI (1888-1953), Lucien DAUDET (1878-1946), Antoine BIBESCO (1878-1951) et Bertrand FENELON (1878-1914), ne furent que déceptions et douleurs.

8 – Le temps retrouvé

Dans le «Temps retrouvé», Marcel PROUST ayant atteint la maturité, et vivant à l’écart des passions et ambitions, sans rien perdre de son sens de l’observation, quitte Paris pendant la guerre et vit une nouvelle matinée chez les Venturin, devenue princesse des Guermantes. Marcel PROUST évoque d’emblée cette ambition littéraire, en buttant sur les pavés inégaux dans la cour des Guermantes, comme par une félicité ou un éblouissement de la lumière, son découragement, sur ses dons littéraires, s’évanouit : «devant la même félicité qu’à travers diverses époque de ma vie, m’avaient données la vue d’arbres que j’avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion, tant d’autres sensations dont j’avais parlées (…). Comme au temps où je goûtais la madeleine, toute inquiétude sur l’avenir, tout doute intellectuel, étaient dissipés». Devant cette sensation subite de joie, Marcel PROUST reste rêveur comme si les dalles inégales lui lançaient ce défi : «Saisis-moi au passage, si tu en as la force, et tâche à résoudre l’énigme du bonheur que je te propose». En fait, ce que rejette Marcel PROUST c’est cette mémoire uniforme : «Je comprenais que la vie pût être jugée médiocre bien qu’à certains moments, elle part belle, parce que dans le premier cas c’est tout sur tout autre chose qu’elle-même, sur des images qui ne gardent rien d’elles qu’on la juge et qu’on la déprécie». En fait, avec la mémoire accidentelle, Marcel PROUST nous invite à respirer «un air nouveau», à renouer avec le «Paradis perdu», cette impression bienheureuse : «au vrai, l’être qui alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu’elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu’elle avait d’extra-temporel, un être qui n’apparaissait que quand par une ces identités entre le présent et le passé, il pouvait se trouver, dans le seul milieu où il put vivre, jouir de l’essence, des choses, c’est-à-dire en dehors du temps». PROUST retrouve ainsi les joies de la vie spirituelle, «J’avais pu trouver le monde et vie ennuyeux parce que je les jugeais d’après mes souvenirs sans vérité, alors que j’avais un tel appétit de vivre maintenant que venaient de renaître en moi, (…) un véritable moment du passé». Le temps retrouvé nous permet ainsi est retrouvé «une minute affranchie de l’ordre du temps a recréé en nous pour la sentir l’homme affranchi de l’ordre du temps». Pietro CITATI, un des biographes de PROUST a résumé ainsi sa conception de la vie : «Peu d’êtres humains ont désiré le bonheur avec de tant de véhémence, la douceur, l’ivresse fiévreuse de Marcel Proust adolescent. (…). Il voulait que toute la vie demeurât elle-même, rien qu’un fragment de temps». Et ce biographe poursuit la conception de PROUST du bonheur «Une surabondance d’amour, d’enthousiasme et d’adoration gonflait son cœur. Chaque sensation suscitait un écho. Il ne se contentait pas d’aimer. Il voulait être aimé : des hommes, des femmes, des arbres et des choses sur lesquels il avait répandu son flot d’amour inépuisable». Dans son plaisir égoïste, l’homme peut trier et sélectionner les meilleurs moments de sa vie et les revivre à travers sa mémoire accidentelle «J’ai tout de même vu de belles choses» écrit Marcel PROUST.

Le temps n’est pas de l’argent ; le temps est beaucoup plus précieux que l’argent, et la valeur de l’argent lui vient de ce qu’il est capable d’économiser du temps, d’être une réserve accumulée de temps, une «véritable machine de temps» écrit Valery LARBAUD. A chaque fois que le miracle de la vie lui faisait échapper au présent, grâce à cette mémoire accidentelle, PROUST se sentait un «être extra-temporel» dont les inquiétudes à l’égard de la mort disparaissent, par conséquent, il devient heureux et «insoucieux vicissitudes de l’avenir».

Marcel PROUST meurt le 18 novembre 1922, à Paris. PROUST a toujours été d’une santé fragile, qu’on a fini par croire qu’il allait vivre plus de cent ans : «il me semble qu’après avoir touché les abîmes, ma santé se relève» dit-il. Hanté par la maladie et la mort, Marcel PROUST, en doloriste et mystique, finira par leur trouver du charme «Dans la mort, et même en ses approches résident des forces cachées, des aides secrètes, une grâce qui n’est pas dans la vie. Comme les amants quand ils commencent à aimer, comme les poètes au temps où ils chantent, les malades se sentent plus près de leur âme». Dans l’avant-propos la traduction de la Bible d’Amiens de John RUSKIN, «puis vint le travail ; puis la mort, qui dans les vies heureuses est très court». François MAURIAC écrira : «Voici donc l’homme de lettres à son paroxysme : celui qui a fait de son ouvrage son idole, et que l’idole a dévoré».

Pourquoi il faut lire ou relire Marcel PROUST ?

«Le plaisir de lire Marcel PROUST est directement issu, sans doute, du plaisir qu’il eut d’écrire. (…) ; Chez Proust, la création n’est qu’allègement, confidence, découverte aussi. Le don de communiquer avec le lecteur, certaine façon de dire qui éveille l’inquiétude ou la mélancolie, il en a le secret. Son imagination s’empare directement de la nôtre et lui procure tous les ravissements» écrit M. C MARX, dans l’hommage de la NRF de 1923. Admettons que l’œuvre de PROUTS renferme quelques passages arides et même parfois ennuyeux. Même si c’est une œuvre difficile et exigeante, pour le lecteur du XXIème siècle, elle procure une grande culture générale et des connaissances sur l’histoire, l’art, la musique, la littérature et la philosophie. «Déconcertés au premier instant, intrigués, retenus ensuite, nous ne tardions pas à nous laisser gagner par une attirance mystérieuse» dit Robert-Ernest CURIUS. La lecture de PROUST éveille, en nous, le désir impératif d’écrire nous-mêmes dans un français impeccable, d’adopter un niveau de langue plus relevé. Nous sommes en face de la nostalgie d’un français châtié qui déploie toutes ses ressources. Bref, À la Recherche du temps perdu célèbre les possibilités de la langue française, et constitue un exceptionnel répertoire d’observations, de sensations, d’images décrivant la Belle époque. L’œuvre de PROUST nous fait renouer avec un glorieux patrimoine culturel, historique, littéraire et linguistique français. La puissance créatrice de Marcel PROUST offre un magnétisme d’autant plus admirable qu’est l’expression de la plus riche culture littéraire et intellectuelle qui brasse la psychologie, la poésie, la science, l’observation et l’émotion. Instigateur du cœur humain, la Recherche du temps perdu, teintée d’impressionnisme, « sa force suprême, c’est cette révélation que tout ce qui est caché dans les limbes les plus lointaines de notre conscience, c’est qu’il a donné une forme souveraine à ce qui n’avait pas de forme encore. (…). Lire Proust, c’est un interminable apprentissage de soi-même » dit Christian RIMESTAD.

A la mort de Marcel PROUST, la Nouvelle Revue Française, par un numéro spécial de 1923, rendit un vibrant hommage, à l’auteur, avec des signatures prestigieuses. «La mort de Marcel Proust est le plus grand deuil que nous pouvions avoir à subir. Mon impression a été d’abord nettement défavorable. Je me perdais dans le dédale de phrases interminables. (…). Je perdis patience ; et, irrité je jeté le livre. Mais j’ai la crainte maladive d’être injuste. Je repris plus tard le livre (…). J’y trouvai même ce qui, en littérature, me séduit le plus : l’expression frappante et une atmosphère attiédie, singularisée, et comme imprégnée d’une odeur de peau ; une ironie voilée et non pas amère ni dédaigneuse, mais celle qui chez les grands écrivains, est la marque d’un jugement porté vers le haut ; enfin, ce qui dépasse tout, la vertu sans laquelle un livre ne me plaît jamais à tout à fait : la poésie» dit René BOYLESVE. Si on est subjugué par l’étendue et la puissance de son intelligence, de sa fantaisie, de sa sensibilité, de sa faculté d’introspection, on est également conquis par la variété la richesse des thèmes qu’il a développés : «Marcel Proust est le premier écrivain qui a fait de la mémoire le fondement, le sujet et le centre d’une grande œuvre. (…). Toute son œuvre est une conservation ou une poursuite du passé et met d’abord en oeuvre la mémoire, l’instrument à conquérir le passé», dit Jacques RIVIERE. Il est marqué par la connaissance de l’esprit humain. Anne de NOAILLES parle d’une œuvre pleine de «sublimes lueurs», et Maurice BARRES évoque, déjà pour la Recherche, «un culte ardent». «Son ouvrage marque une date, un tournant. La nouveauté en est merveilleuse. Il nous offre une vue toute nouvelle du monde intérieur et extérieur. (…). Proust se moque de la perspective, et il n’a pas de sujet dramatique, pas dut tout : son livre est un voyage de découverte dans sa mémoire, une exploration de botaniste, (…) ; et rien ne l’intrigue davantage que le travail de la mémoire » dit Jacques BOULENGER. Peintre de l’amour, «son travail essentiel a consisté à dissocier, à diviser, dans ses éléments primordiaux, chacune des émotions qui nous frappent» écrit Edmond JALOUX. Marcel PROUST renouvelle l’éternelle leçon du génie : «l’art n’est pas l’ennemi de la vie, l’art c’est la vie, c’est plus que la vie, mais il y faut le génie», dit Pierre DRIEU de la ROCHELLE. La Recherche est «le plus beau film du monde», s’écrit Paul FIERENS.

«J'avais admiré l'amabilité ingénieuse de Marcel, sa miraculeuse rapidité de compréhension, son sens du comique ; mais je ne soupçonnais pas son génie, dont je n'eus la révélation que petit à petit, et je ne me doutais même pas qu'il fût quelqu'un d'extraordinaire» dit Reynaldo HAHN, son compagnon.

 

BIBLIOGRAPHIE TRES SELECTIVE

1 – La contribution de Marcel PROUST

1 – 1 La recherche du temps perdu de Proust

PROUST (Marcel), Du côté de chez Swann, Combray, Paris, Gallimard, 1913, et 2013, 197 pages ; (Vol I, 1ème partie, de la Recherche) ;

PROUST (Marcel), Du côté de chez Swann, un amour de Swann, Paris, Gallimard, 1930 et 2016, pages 198 à 442 ; (Vol I, 2ème partie, de la Recherche) ;

PROUST (Marcel), A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Paris, Gallimard, 1919, 1987, et 1988, préface Pierre-Louis Rey, 568 pages ; (vol II de la Recherche) ;

PROUST (Marcel), Le côté de Guermantes, Paris, Gallimard, 1920-1921, collection Folio, vol 1, 375 pages, vol 2, 421 pages, et 1994, 800 pages ; (vol III de la Recherche) ;

PROUST (Marcel), Sodome et Gomorrhe, Paris, vol 1, 1954, 599 pages et vol 2, 1921, et 1992, 492 pages ; (vol IV et V de la Recherche) ;

PROUST (Marcel), La prisonnière, Paris, Gallimard, 1923, t 1, 384 pages et t 2 1931, tome 2, 288 pages ; (vol VI de la Recherche) ;

PROUST (Marcel), Albertine disparue, Paris, Gallimard, 1925, 333 pages, 1954 collection Folio, 374 pages ; (vol VII de la Recherche) ;

PROUST (Marcel), Le temps retrouvé, Paris, Gallimard, 1927, 210 pages et 1990, 442 pages ; (vol VIII de la Recherche).

1 – 2 Les autres contributions de Proust

PROUST (Marcel), Chardin et Rembrandt, Paris, Bruit du temps, 2009, 53 pages ;

PROUST (Marcel), Chroniques, Paris, La Nouvelle Revue Française, 1927, 236 pages ;

PROUST (Marcel), Contre Sainte-Beuve, préface de Bernard de Fallois, Paris, Gallimard, 1995, 307 pages ;

PROUST (Marcel), Pastiches et mélanges, Paris, Gallimard, 1992, 286 pages ;

PROUST (Marcel), Jean de Santeuil, précédé de Les plaisirs et les jours, préface de Pierre Clarac et Yves Sandre, Paris, Gallimard, 1971, 1 123 pages ;

PROUST (Marcel), Journées de lecture, suivi de «Le souci de vérité», préface de Pierre Bergounioux et Pierre Alechinsky, 2006, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 84 pages ;

PROUST (Marcel), Correspondances (1914-1922), préface de Jean Mouton, Paris, Gallimard, 1976, 360 pages ;

PROUST (Marcel), Les plaisirs et les jours, préface de Anatole France, Paris, Gallimard, 1924, 310 pages.

2 - Proust préfacier et traducteur de Ruskin

RUSKIN (John), La Bible d’Amiens, traduction, avant-propos et préface de Marcel Proust, Paris, 1904, Mercure de France, 347 pages ;

 

RUKSIN (John), Sésame et les Lys, des trésors des rois, des jardins des reines, Notes et préface de Marcel Proust, Paris, 1906, Mercure de France, 224 pages.

3 – Les critiques de Marcel PROUST

ABRAHAM (Pierre), Proust : recherche sur la création intellectuelle, Rieder, 1930, 91 pages et éditeurs français réunis, 1971, 144 pages ;

 

ANDRE-DONZE (Roland), Le comique dans l’œuvre de Marcel Proust, Neuchâtel et Paris, V. Attinger, 1955, 186 pages ;

 

ARESY (Lucien), A la recherche de Marcel Proust, Paris, Triptique, 1930, 194 pages ;

 

AUTRET (Jean), L’influence de Ruskin sur la vie, les idées et l’œuvre de Marcel Proust, Genève, Droz, 1955, 178 pages ;

 

BARDECHE (Maurice), Marcel Proust : romancier, Paris, Les sept couleurs, 1971, vol 1, 440 pages ;

 

BEEBE (Marie Elisabeth), Les sources de l’œuvre de Marcel Proust, Thèse faculté des Lettres, Université de McGill, 1940, 114 pages ;

 

BLOCH-DANO (Evelyne), Mme Proust, Jeanne Clémence Weil, mère de Marcel Proust, (1849-1905), Paris, LGF, 2006, 380 pages ;

BLOOM (Harold), Marcel Proust, Infobase Publishing, 2004, 295 pages ;

BONNET (Henri), Les amours et la sexualité de Marcel Proust, 1985, Nizet, 101 pages ;

BOULANGER (Jean-Baptiste), Le drame intime de Marcel Proust et la psychologie de l’amour dans la recherche du temps perdu, Thèse, Université de McGill, 1950, 85 pages ;

BREE (Germaine), Du temps perdu au temps retrouvé, Paris, Les Belles lettres, 1950, 280 pages ;

BRUN (Bernard), Marcel Proust, Paris, Cavaliers Bleus, 2007, 126 pages ;

BUUREN (Maartens, van), Marcel Proust et l’imaginaire, Amsterdam, Rodopi, 2008, 174 pages ;

CARRIER-LAFLEUR (Thomas), «Le rôle des déceptions dans A la recherche du temps perdu de Marcel Proust», Etudes Littéraires, 2011, vol 42, n°2, pages 139-159 ;

CATTAUI (George), L’amitié de Marcel Proust, préface de Paul Morand, Paris, Gallimard, 1935, 6ème édition, 228 pages ;

CHANTAL de (René), Marcel Proust, critique littéraire, préface Georges Poulet, Montréal, Les presses de l’université de Montréal, 1967, 2 vol 766 pages ;

CITATI (Pietro), La colombe poignardée : Proust et la recherche, Paris, Gallimard, 1995, 400 pages ;

CREMIEUX (Benjamin), Du côté de chez Marcel Proust, suivi de lettres inédites de Marcel Proust à Benjamin Crémieux, Paris, Tusson, du Lérot, 1929, 189 pages ;

DAUDET (Charles), Répertoire des personnages de A la recherche du temps perdu, précédé La vie sociale dans l’œuvre de Marcel Proust de Ramon FERNANDEZ, Paris, Gallimard, 2ème édition, 1928, 174 pages ;

DELEUZE (Gilles), Proust et les signes, Paris, P.U.F., 2003, 219 pages ;

DESCHAMPS (Nicole), «Ecrire, rêver, accomplissement du désir de lire chez Proust», Etudes Littéraires, 1995, vol 28, n°1, pages 21-29 ;

DOUBROSVKY (Serge), La place de la madeleine écriture et fantasmes chez Proust, Paris, Mercure de France, 1974, 198 pages ;

DREYFUS (Robert), Souvenirs sur Marcel Proust, Paris, Grasset, 2001, 280 pages ;

EGAL (Yves-Michel), Marcel Proust : 1871-1922, Paris, S.E.M., 2010, 125 pages ;

ERMAN (Michel), Marcel Proust, une biographie, Paris, La table ronde, 374 pages ;

ETHIER-BLAY (Jean), «Marcel Proust, critique littéraire», Etudes françaises, 1967, vol 3, n°4, pages 389-409 ;

FEUILLERAT (Albert), Comment Marcel Proust a composé son roman, Genève, Slatkine, 1972, 314 pages ;

FISER (Emeric), LARBAUD (Valérie), L’esthétique de Marcel Proust, 1933, A. Rieder, 217 pages ;

FOURNIER (Michel), La table mystique des Guermantes, Ottawa, thèse à l’école des études supérieures, 1999, 139 pages ;

GRAVEL-BERNIER (Ghislaine), Le personnage de Swann et sa fonction romanesque dans «la recherche du temps perdu», thèse de doctorat de lettres, sous la direction de Roland Bourneuf, Université de Laval, 1976, 414 pages ;

GRUNSPAN (Cyril), Marcel Proust : tout dire, Paris, Portaparole, 2005, 92 pages ;

GUINDET (Albert), Quelques progrès dans l’étude du cœur humain (Freud et Proust), Paris, Librairie de France, 1927, 196 pages ;

HENRY (Anne), La tentation de Marcel Proust, Paris, PUF, collection perspectives antiques, 2000, 224 pages ;

HENRY (Anne), Marcel Proust : théories pour une esthétique, Paris, Klincksiek, 1983, 390 pages ;

HILLERIN (Laure), La comtesse Greffulhe, à l’ombre des Guermantes, Paris, Flammarion, 2014, 591 pages ;

IFRI (Alain, Pascal), Proust, Paris, Pradaes, 2008, 127 pages ;

KINDS (Edmond), Marcel Proust, Paris, Richard-Masse, 1947, 115 pages ;

KINDS (Edmond), Etudes sur Marcel Proust, Paris, Masson, 1933, 109 pages ;

LUPE, de (Albert, Marie, Pierre), Chez Marcel Proust snob et mondains, Paris Champion, 1928, 95 pages ;

MAURIAC (Claude), Marcel Proust par lui-même, Paris, Seuil, 1961, 191 pages ;

MASSIS (Henri), Le drame de Marcel Proust, Paris, Grasset, 1937, 196 pages ;

MAUROIS (André), A la recherche de Marcel Proust, avec de nombreux inédits, Paris, Hachette, 1960, 94 pages ;

MAUROIS (André), Le monde de Marcel Proust, Paris, Hachette, 1949 et préface de Jean Lacretelle 1970, 348 pages

MIGUET-OLLAGNIER (Marie), La mythologie de Marcel Proust, Paris, Les belles lettres et Besançon, P.U.F., Franche-Comté, 1982, 425 pages ;

NEWMAN (Pauline), Marcel Proust et l’existentialisme, Paris, Nouvelles éditions latines, 1952, 170 pages ;

Nouvelle Revue Française, Hommage à Marcel Proust : souvenirs, l’œuvre, témoignages étrangers, tome XX, n°112, janvier 1923, 336 pages ;

 

OUELLET (François), «Du roman au «je» au roman social : lire Proust et Balzac chez Pierre Bost», Etudes Littéraires, 2005, vol 36, n°3, pages 43-60 ;

PAINTER (George D), Marcel Proust, traduit de l’anglais par G. Cattaui et RP Vial et préfacé par George Cattaui, Paris, Mercure de France, 1959, vol 1 «1871-1903 : les années de jeunesse», 466 pages et vol 2, 1965 «les années de maturité : 1904-1922» 517 pages ;

PASCHULEW (Boris, Nikolow), Proust et la nature dans le cadre de son roman à la recherche du temps perdu, Thèse, Université McGill, mars 1961, 122 pages ;

PIERRE-QUINT (Léon), Marcel Proust : sa vie, son œuvre, Paris, éditions du Sagittaire, 1946, 445 pages ;

PIERRE-QUINT (Léon), Proust et la stratégie littéraire avec des lettres à Marcel Proust à René Blum, Bernard Grasset, Paris, Buchet Chastel, Corréa, 1954, 184 pages ;

PERRIER (Guillaume), «Architecture médiévale et art de la mémoire dans A la recherche du temps perdu», Etudes Littéraires, 2011, vol 42, n°1, pages 13-22 ;

PIPERNO (Alessandro), Proust antijuif, traduit de l’italien par Franchita Gonzalez Batlle, Milan, 2007, Liana Lévi, 220 pages ;

PLANTEVIGNES (Marcel), Avec Marcel Proust, Paris, AG Nizet, 1966, 685 pages ;

POMMIER (Jean), La mystique de Marcel Proust, Genève, Droz, 1939, 63 pages ;

 

POUQUET (Jeanne), Le salon de Madame Arman de Caillavet ses amis Anatole France, Commandant Rivière, Jules Lemaître, Pierre Loti, Marcel Proust, préface Gabriel Hanoteaux, Paris, 1926, 268 pages ;

 

REVEL (Jean-François), Sur Proust : remarques A la recherche du temps perdu, Paris, Julliard, 1960, 244 pages et Paris Robert Laffont, 1987, 234 pages ;

 

RIVIERE (Jacques), Quelques progrès dans l’étude du cœur humain, Freud et Proust, Paris, 1927, Librairie de France, 196 pages ;

 

ROBITAILLE (Martin), Proust épistolier, Montréal, Presses de l’université de Montréal, Espace littéraire, 1989 et 2003, 232 pages ;

 

TICHOUX (A.G.), Le thème de la mort dans A la recherche du temps perdu, thèse, Université McGill, août 1965, 93 pages ;

 

SOELBERG (Nils), Recherches et narration : lecture narratologique de Marcel Proust, à la recherche du temps perdu, Copenhague, Museum Tusculanum Press, 2000 - 417 pages ;

 

SOUDAY (Paul), Marcel Proust, Paris, Les Documentaires, Simon Kra, 1927, 106 pages ;

 

SOUZA de, (Sybil), La philosophie de Marcel Proust, Paris, Rieder, 1939, 176 pages ;

 

TURMEL (Emilie), Du portrait chez Sainte-Beuve au pastiche chez Proust, un parcours historique et poétique, mémoire maîtrise Université de Laval, 2015, 182 pages ;

 

ZEPHIR (Jacques, J), «Nature et fonction de la mémoire dans A la recherche du temps perdu», Philosophiques, 1990, vol 17, n°2, pages 147-168.

Paris, le 19 mars 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922) et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost 0
Published by Le blog de BA Amadou - dans Littérature
commenter cet article

commentaires

Articles Récents

Liens