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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 22:38

 

Artiste à la destinée d’exception Jacques BREL est avant tout un humaniste. En effet, on est bouleversé, en temps de fêtes de fin d’année, quand on relit encore ses vœux de Nouvel An du 1er janvier 1968, sur Europe 1, pleins de poésie et chargés de sens :

«Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns.

Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier.

Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences.

Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants.

Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.

Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque.

Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.

Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable».

Prodigieux interprète, parolier, chanteur et musicien autodidacte, Jacques BREL est aussi un poète. En effet, ses biographes, d’abord Jean CLUZET, puis Bruno HONGRE et Paul LIDSKY, ont exposé, avec brio, l’approche poétique de Jacques BREL. En effet, quelles que soient la richesse, la diversité et la complexité de la personnalité de cet artiste, Jacques BREL ne serait pas n'existerait pas s'il n'avait pas écrit. Il fut certes excellent acteur, bon pilote, homme de mouvement, d'intelligence et de tendresse. Il fut certes un très grand chanteur, tantôt prince de la scène subjuguant le public, tantôt animal blessé vivant l'éternel psychodrame des destinées humaines. Mais le génial interprète n'aurait pas eu un tel écho s'il n'avait été porteur d'un univers personnel patiemment tissé avec des mots. Il a chanté et écrit la vie, la mort et l’amour. Parce qu'en effet, un univers est sans limite, parce qu'il est rempli d'étoiles, parce qu'il est à la fois fortement structuré et toujours en mouvement, nous pensons que le mot "univers" convient particulièrement à l'oeuvre poétique de Jacques BREL. Tout d’abord, Jacques BREL se considère comme un artisan des mots, qui travaille ses textes sans relâche, et en fait varier le sens selon ses interprétations, comme c’est le cas pour «Les Bonbons». Ensuite, on peut appliquer à Jacques BREL le même terme de «sympathie poétique» que l’on applique déjà aux poètes lyriques : il a «mal aux autres», il entre en résonance avec les maux de la terre. Le public refuse toutefois de reconnaître son propre mal dans leur expression, d’où un malentendu, une certaine solitude pour le chanteur. Jacques BREL est, de plus, sensible à la contradiction qui règne entre l’intimité de ses sentiments et la nécessité de les exhiber : lorsque l’interprète met son énergie au service du poète, il permet au public de partager son univers, mais il le trahit inévitablement en l’extériorisant. Enfin, le rôle de la quête, du mouvement, est fondamental dans l’univers de Jacques BREL, qui a besoin d’aller vers les autres pour exprimer ce qu’il y a au fond de lui, qui a besoin de s’étonner de tout et de nous étonner.

Poète, chanteur, rêveur, cinéaste, acteur, artiste et passionné, Jacques BREL est un des plus grands mythes de la chanson francophone. Elevé jusqu'au rang d'idole, il séduit un large public en mettant en musique et en voix l'émotion de vivre, les valeurs et les sentiments. Magicien des mots de BREL évoque sur les contrastes de la société, les travers de chacun, la vieillesse, la force de l'amitié, les souffrances et joies de l'amour, le bonheur des enfants, les femmes, les mères et les maîtresses, la beauté des villes, la chaleur des souvenirs ou l'ironie de la vie et de la mort.

Jacques Romain Georges BREL, un artiste compositeur belge qui a composé et interprété des chansons, est né le lundi 8 avril 1929, à Schaerbeek, à Bruxelles. Attaché au pays plat, Jacques BREL avait inventé «la Belgitude».

Son père, Romain BREL (1883-1964), un flamand francophone libéral, est associé à une entreprise de cartonnerie familiale, VANESTE-BREL. Romain BREL a séjourné en Afrique, au Congo belge, de 1911 à 1919 et semble être acquis aux idées colonialiste : «un Noir c’est gentil, mais ça reste un Noir» dit-il. Romain BREL est un homme calme, taiseux, ponctuel et aime à travailler debout. Il est libéral en politique, défend le conservatisme ferme dans sa modération, mais c’est un partisan de religion sans foi. En fait, quand Jacques BREL vitupère contre le bigotisme et les bourgeois, il songe à la famille VANESTE, les associés de son père qui «ne doutent jamais de Dieu, de la Monarchie et de l’ordre» dit Jean TODD. Il a fustigé les «Flamandes» et les «Bourgeois». N’étant ni Voltaire, ni Casanova, il a pour ambition de rester lui-même.

Jacques reçoit une éducation rigide et catholique ; il fréquente des écoles privées. Rebelle contre l’autorité, il chahute en classe et redouble plusieurs fois de classe. Cette enfance étouffante a été adoucie par une bienveillante attention de la mère, Elisabeth LAMBERTINE, dite Lisette, un francophone belge. Jacques BREL tient de sa mère l’extraordinaire de l’énergie qu’il dégage et le silence de son père.

Jacques BREL, après l’école, s’inscrit à un mouvement de jeunesse Scoute, «La France Coudée» s’occupant d’enfants des quartiers pauvres. Ce mouvement antiallemand et patriote, insiste sur la perfectibilité de l’homme, la discipline et persévérance ainsi que l’altruisme. Il commence à chanter dans les kermesses et fêtes paroissiales. Ce mouvement aura une influence considérable sur lui ; Jacques BREL se révolte contre le conformisme et l’étroitesse d’esprit de son milieu bourgeois et embrasse une démarche idéaliste, avec un souci constant de se dépasser. Il devient anticlérical et antimilitariste. C’est dans ce mouvement, que BREL rencontre Thérèse MICHIELSON, dite Miche, qu’il épousera le 1er juin 1950, et qui lui donnera trois filles : Chantal née le 6 décembre 1951, France née 1953, date de son immigration en France, et Isabelle, née en 1958.

Jacques BREL débarque le 20 juin 1953 à Paris pour rencontrer un découvreur de talent français, Jacques CANETTI. Notre artiste avait un léger préjugé sur les Français qui seraient «chauvins et les Parisiens insulaires». Pourtant, il est réaliste : «il faut que je reste à Paris car c’est ici que tout se joue» dit-il. Il s’installe à Montreuil-sous-Bois, au numéro 71 de la rue du Moulin-à-Vent, dans la proche banlieue parisienne. Le succès n’étant pas au rendez-vous. Cependant, l’artiste pense qu’il n’y a pas de génie, le vrai succès, avant de devenir une valeur commerciale, s’enracine dans le travail, BREL étant un autodidacte, François RAUBER a été toutefois, son mentor musical. Jacques CANETTI propose à BREL de composer une chanson d’amour. Le tube «Quand on n’a que l’amour» le sort de l’anonymat et connaît un succès immédiat. BREL commence à mener une double vie, à la suite d’une rencontre avec Suzanne GRABIELLO. Quand sa femme le découvre c’est naturellement la crise. Jacques BREL compose une chanson autobiographie «Ne me quitte pas». Les paroles de cette chanson s’adressent-elles à sa femme ou à sa maîtresse ? :

«Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus et le temps perdu
À savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois à coups de pourquoi
Le cœur du bonheur (…)».

Suzanne GRAVIELLO va le quitter et Jacques BREL ne divorcera jamais tout en continuant à mener cette double vie ; il a admis ses «faiblesses coupables».

Jacques BREL est conscient qu’il n’est pas un beau garçon. Il est même laid comme un pou. «J’ai toujours considéré, à juste titre, que j’avais une sale tête», admet-il. Mais l’artiste se fixe d’autres buts à sa vie : «on s’aperçoit, très vite quand on n’est pas beau, ce n’est pas du tout un complexe, mais un constat, l’intérêt qu’on peut avoir n’est pas en soi, mais dans l’apport que l’on peut faire aux autres» dit-il. Il s’estime, cependant, satisfait de sa vie : «je trouve que j’ai eu une vie formidable et que je n’espérais pas du tout du fond de moi, quand j’ai eu l’âge de la raison. Je n’ai jamais espéré avoir eu la vie que j’ai eue. Je considère cela comme un cadeau. Encore, je suis ébloui chaque matin». Jacques BREL a toujours aimé vivre intensément sa vie : «La folie n’est-elle pas de voir la vie telle qu’elle est, et non telle qu’elle devrait être» nous dit BREL qui veut savourer chaque instant : «L’important c’est de faire, d’aller, d’être au pied du mur».

Proche du Parti Socialiste Unifié, fonde par Michel ROCARD, Jacques BREL, une tumultueuse et prodigieuse énergie, n’est heureux que dans le mouvement perpétuel. Il veut vivre avant tout sans une logique financière. Libertaire, désireux de voyages, d’évasions, d’amour, ivre de lui-même et des autres, Jacques BREL avait la rage de vivre. «Dans le fond, la vie ça ne sert à rien, mais qu’est-ce c’est passionnant» dit-il. Jacques BREL qui ne chantait jamais en playback et un artiste qui ne trichait pas. Ainsi, le 3 octobre 1966, BREL annonce, après une tournée d’adieu qu’il va quitter la scène, après quinze années d’activités. Il donnera son dernier spectacle 16 mai 1967 à Roubaix. Il part en Suisse et obtient le 17 avril 1970, un brevet de pilote d’avion, sans nouvelle passion. En 1971, il entamera une carrière cinématographique et rencontre Lino VENTURA et Claude LELOUCHE. Le film «l’aventure, c’est l’aventure» connaît un succès. En revanche, le public boude «Farwest».

Dépité, il achète un bateau et part avec le 24 juillet 1974, avec sa fille, et Maddly, rencontrée lors du tournage du film «l’aventure, c’est l’aventure» faire le tour du monde. Jacques BREL décrète «il est urgent de vivre». Il a chanté ce désir d’évasion : «rêver un impossible rêve. Porter le chagrin des départs. Brûler d’une possible fièvre. Partir où personne ne part» dit-il. L’aventure commence le 24 juillet 1974, à Anvers, Jacques BREL largue les amarres de l’Askoy, son voilier, pour un voyage vers cette «île en partance» dont il rêvait «depuis l’enfance».

Le 20 octobre 1974, arrivé aux Canaries, il sent des douleurs intenses à la poitrine. Rapatrié, discrètement, en Suisse, les médecins diagnostiquent un cancer du poumon. Jacques BREL fumait plus de quatre paquets de cigarettes par jour et menait une vie faite d’excès. Le 6 novembre 1974, avec Maddy, il est opéré à Bruxelles. Il arrive le 20 juin 1975 aux Antilles, mais sa fille regagne l’Europe. Bientôt seul avec sa compagne Maddly BAMY, il traverse le Pacifique et jette l’ancre aux Marquises, à Hiva Oa dont Stevenson assurait que c’était «l’île la plus jolie et de loin l’endroit le plus inquiétant au mode». Arrivé en septembre 1975 aux Iles Marquises, Jacques BREL contribue à adoucir la vie des habitants de cette île isolée. Il fait venir des médecins, achète un avion et s’occupe de l’acheminent du courrier ainsi que des malades, à titre gratuit. Il implante une salle de cinéma.

Ce devait être une simple escale : ce sera sa dernière demeure, soixante-quinze ans après Gauguin. BREL arrête les traitements en 1978. Mais il sera rapatrié d’urgence en France le 6 octobre 1978. Fuyant les paparazzi, il va se réfugier un instant en Suisse, mais très faible, il sera contraint de revenir en France, dans une clinique de Neuilly. Sa carrière exceptionnelle n’aura durée que quelques années ; il est décédé à l’hôpital Avicenne, le lundi 9 octobre 1978, à Bobigny, à l’âge de 49 ans et six mois. Il sera inhumé le 13 octobre 1978 à Hiva Oa, non loin de la tombe Paul GAUGUIN. Bien après sa disparition, l'œuvre de Jacques BREL continue d'influencer profondément la chanson française. De Benjamin Biolay à Noir Désir, nombre d'artistes se réfèrent à lui. Jacques BREL est moderne, justement parce qu'il ne l'a jamais été, parce qu'il ne comprenait rien aux modes et qu'il ne s'en souciait guère, il a construit une œuvre intemporelle. Bien qu’il a enregistré la plupart de ses chansons en français, Jacques BREL est devenu une influence majeure sur les auteurs-compositeurs anglophones et des artistes tels que David BOWIE, Alex HARVEY, Marc ALMOND et Léonard COHEN. En parcourant Paris, j’entends parfois, les murs de ma capitale chanter BREL. En fait, «le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants» disait Jean COCTEAU.

Bibliographie très sélective

BREL (Jacques), LEFEBVRE (Gabriel), Jacques Brel, Paris, Renaissance du Livre, 2001, 141 pages ;

BATON (Patrick), Jacques Brel, éditions Labor, 1990, 212 pages ;

CLUZET (Jean), Jacques Brel, introduction de Chantal Derycke, Paris, Seghers, 1984, 201 pages ;

HIDALGO (Frédéric), Jacques Brel, l’aventure commence à l’aurore, Archipoche, 2014, 456 pages ;

HONGRE (Bruno), LIDSKY (Paul), L’univers poétique de Jacques BREL, Paris, L’Harmattan, 1998, 126 pages ;

MONESTIER (Martin), Jacques Brel : le livre du souvenir, Tchou, 1978, 253 pages ;

RICHARD (Jean-Yves), Jacques Brel, une île au large du désespoir, éditions France-Québec, 1968, 116 pages ;
 

TODD (Olivier), Jacques Brel, une vie, Paris, Robert Laffont, 2003, 464 pages.

VASSAL (Jacques), Jacques Brel, vivre debout, Place des éditeurs, 2013, 254 pages.

Paris, le 24 décembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Jacques BREL (1929-1978), un artiste et un poète inspiré d’un impossible rêve», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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