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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 23:23

Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 20 novembre 2016.

«Quiconque a voyagé longtemps aux côtés d’une ombre, éprouve le désir de connaître l’homme auquel appartient cette ombre» dit Paul SEIPPEL un des biographes de Romain ROLLAND, un homme illustre qui a allumé la lampe de Diogène. Romain ROLLAND ayant renoncé aux foires des vanités, est en rupture avec la littérature de son époque classée dans la catégorie des industries insalubres. En effet, la plupart des auteurs de son époque pratiquent la prostitution intellectuelle pour tenir le haut du pavé. Remplis d’eux-mêmes, ces auteurs ne recherchent que le succès immédiat, et n’ont pour but unique, en bons commerçants, que de parler d’eux-mêmes. Mais la jeunesse française, de l’époque, était éprise de hauteur de point de vue et de propreté morale. Romain ROLLAND est, quant à lui, un bretteur, un idéaliste qui poursuit une haute exigence de renouveler les valeurs morales : «Combien nous avons souffert ! Et tant d’autres avec nous, quand nous voyons s’amasser, chaque jour, autour de nous, une atmosphère plus lourde, un art corrompu, une politique immorale et cynique, une pensée veule, s’abandonnant au souffle du néant» dit Romain ROLLAND. Écrivain engagé, épistolier, pacifiste, poète et humaniste, musicologue, biographe, essayiste, romancier et dramaturge, figure majeure de la littérature française du XXe siècle, Romain ROLLAND nous a légué une oeuvre exigeante et ambitieuse, distinguée par le prix Nobel en 1915, et dont la pièce maîtresse demeure Jean-Christophe, roman auquel il consacra dix ans de sa vie. Passionné de musique, il y retrace le destin et la formation d'un compositeur de génie, héros romantique et «âme libre» à l'image du Werther de Goethe. «Ma tâche est de dire ce que je crois juste et humain» dit Romain ROLLAND.

Romain ROLLAND, extraordinaire épistolier, a senti, à travers sa correspondance avec Stefan ZWEIG, la montée du fascisme. En effet, Romain ROLLAND et Stefan ZWEIG (1881-1942) : deux écrivains humanistes, symbole d’une «Europe des esprits» humiliée par la Grande Guerre. Au-delà de l’amitié qui les lie Romain ROLLAND et Stefan ZWEIG partagent une même conscience du danger face aux nouvelles idéologies de l’Europe d’après-guerre, où violences et assassinats politiques revêtent déjà un caractère antisémite. D’une richesse inouïe, leur correspondance nous entraîne dans l’entre-deux-guerres, avec en toile de fond la montée des totalitarismes et l’engrenage qui mena l’humanité d’un conflit à un autre. «Au-dessus la mêlée» est le plus célèbre manifeste pacifiste de la Grande Guerre. Comparable au «J'accuse» d’Emile ZOLA, il fut publié par Romain ROLLAND le 24 septembre 1914 dans le Journal de Genève. Ce texte exceptionnel, qui exhorte les belligérants à prendre de la hauteur pour saisir l'ampleur du désastre, provoqua aussitôt de nombreuses réactions violentes et haineuses envers son auteur, dont la lucidité, l'idéal de non-violence et de communion entre les peuples furent néanmoins récompensés, dès 1915, par le prix Nobel de littérature. En effet, les conservateurs avaient tenté de salir Romain ROLLAND en mettant en doute son patriotisme, notamment quand il a écrit Jean-Christophe, un héros allemand : «c’est une camelote à l’allemande, des petits pioupious de Nuremberg, entrés chez nous par contrebande, sans envergure, sans âme» disent-ils. La remarquable étude de René CHEVAL « Romain Rolland, l’Allemagne et la guerre » a disculpé Romain ROLLAND qui n »a jamais été envoûté par une Allemagne belliciste. Romain ROLLAND qui n’a jamais cessé d’être clairvoyant à l’égard de l’Allemagne depuis la défaite de Sedan, entrevoyait le bruit des bottes. Pacifiste, il est resté en Suisse pendant la Première guerre mondiale : «Je n’aurais jamais pu être un soldat ; j’aurais déserté ; je me serai suicidé» dit-il. Victime de partis pris et de préjugés, Romain ROLLAND vécut une Histoire qui a bouleversé l'Europe, avec deux guerres mondiales et l'avènement du communisme ainsi que le fascisme. Pacifiste en 1914, il a voulu se placer «au-dessus de la mêlée». Dans les années 30, il a accepté d'être le «compagnon de route» des communistes. Il a rencontré Joseph STALINE par l’intermédiaire de l’écrivain russe, Maxime GORKI. Lorsqu’il a appris la Révolution russe, il s’est écrié : «de grandes nouvelles qui nous arrivent de Russie me battre le cœur de joie et d’espérance». Européen convaincu qui a lutté contre le fascisme et le nazisme, internationaliste et cosmopolite, il a jeté un pont entre l'Occident et l'Orient. Romain ROLLAND est un personnage contradictoire, avec ses grandeurs et ses erreurs. Il n’en reste pas moins que cet intellectuel, à travers sa contribution littéraire, a joué un rôle majeur dans les affrontements idéologiques du XXème siècle. «Je suis fait de trois choses : un esprit ferme, un corps très faible et un cœur constamment livré à quelque chose» dit-il.

Le Prix Nobel de littérature de 1915 a rendu hommage «au grand idéalisme de ses écrits, ainsi qu’à la symphonie et à la vérité avec laquelle il a peint les différents types humaines. La foi de Romain ROLLAND est humaine et laïque. Inspiré du stoïcisme et de l’hindouisme, il hait l’idéalisme couard. Ascétique et mystique, pour lui, la douleur est la purification : «La souffrance et la lutte qu’y a –t-il de plus normal ? ». Romain ROLLAND le culte des héros «Il y a un Dieu dans l’homme : c’est l’homme». Il ne souhaite pas idolâtrer des héros inaccessibles. Ses héros sont des hommes au grand cœur qui se débattent dans la misère tenace de l’existence. Ils souffrent de la maladie, de l’injustice, de la bêtise et du désespoir. Romain ROLLAND vit de la solitude, mais il déteste le mensonge : «J’étais isolé. J’étouffais comme tant d’autres en France, dans un monde moral ennemi ; je voulais respirer ; je voulais réagir contre une civilisation malsaine, contre une pensée corrompue par une fausse élite ; je voulais dire à cette élite : vous mentez, vous ne représentez pas la France» dit Romain ROLLAND. C’est pour cela qu’il fallait un héros, comme son «Jean-Christophe », aux yeux et au cœur pur, qui eût l’âme assez intacte pour avoir le droit de parler, et la voix assez forte pour se faire entendre.

Romain ROLLAND, né le 29 janvier 1866, à Clamecy, dans la Nièvre. Dans l’épisode d’Antoinette on sent racontées les premières années de Romain ROLLAND. Il y décrit une «petite ville endormie qui mire son visage dans l’eau trouble d’un canal endormi, sans monuments, sans souvenirs. Rien n’est fait pour attirer, tout est fait pour retenir» écrit Romain ROLLAND. Il y retrace les couleurs grises de la vie provinciale. Romain ROLLAND fait ses études à Clamcy jusqu’au collège. Il s’inscrit, par la suite au Lycée Louis Le Grand, et y rencontre Paul CLAUDEL (1868-1955), dramaturge, poète, essayiste et diplomate. Bernard DUCHELET consacre un ouvrage sur les deux hommes «amitié perdue et retrouvée». Tout les séparait : religion, philosophie, politique - et même la littérature. L'un était poète d'abord, créateur de ses formes d'art, l'autre romancier, sagement fidèle à l'idiome reçu de ses pères. Et pourtant... après un demi-siècle d'éloignement et de mutuelle incompréhension, ils se rencontrent ; avec une heureuse surprise ils se découvrent très proches, voire fraternellement unis dans leur vision des êtres et des choses. Une seule faille subsiste, irréductible ; l'un et l'autre sont pénétrés d'esprit religieux ; tous deux fréquentent la Bible et les Pères de l'Église ; mais, en dépit des efforts infatigables de Paul, Romain reste «sur le seuil de la dernière porte» : celle de l'accès aux sacrements. Ils sont tous les deux romantiques wagnériens, révoltés contre les conventions bourgeoises. Ils parlent de poésie et de musique. En effet, passionné par la musique et excellent pianiste, Romain ROLLAND envisage, un moment, de devenir musicien ; ce goût pour la musique marquera son œuvre. Sa passion de la musique lui vient de sa mère qui aurait voulu qu’il poursuive une carrière musicale. Son père le destinait à Polytechnique. Mais il s’inscrit à l’école normale en 1886. Passionné de la littérature et de la philosophie, il choisit l’histoire et la géographie. Ses maîtres, Paul GUIRAUD, élève de Numa Denis FUSTEL de COULANGES (1830-1889), historien, et Gabriel MONOD, élève de Jules MICHELET (1798-1894), père de l’histoire de France, lui inculquent une bonne méthode travail et le goût de la précision scientifique.

Dans sa vie intellectuelle et douloureuse, ses spéculations philosophiques, Romain ROLLAND est à la recherche de la Vérité. Il entreprend de lire les pré-socratiques, notamment Empédocle, puis par la suite SPINOZA. Son essai panthéiste et philosophique, «Crédoquia Verum» contient ses idées fondamentales. Ce n’est pas «Je pense, je suis», de Descartes, mais «Je suis, donc il est». Romain ROLLAND introduit la «pensée-sensation », une conception de Dieu et du monde extérieur, une explication de la liberté, des régles morales et esthétiques. Romain ROLLAND voue un culte absolu à Léon TOLSTOI, dans ses années à l’école normale supérieure : «chacun s’y retrouvant soi-même, et, pour tous, c’était une porte qui s’ouvrait sur l’immense univers, une révélation de la vie». L’influence de TOLSTOI a été grande sur Romain ROLLAND, sur ses idées morales et esthétiques, sur sa conception de la vie.

Agrégé d’histoire à vingt-trois ans, en 1889, Romain ROLLAND fut admis à l’école française de Rome. Il fut immédiatement conquis par la «Ville Eternelle» : «L’ensorceleuse Rome que j’ai tant aimée» dira-t-il. Dans les années passées, entre 1889 et 1891, à Rome, il y rencontre, sur recommandation de son professeur Gabriel MONOD, une grande dame protestante, origine d’Allemagne et de souche française, Malwida Von MEYSENBUG (1816-1903), Prix Nobel de littérature. Tous les deux sont passionnés de Wagner et de Nietzsche. Malwida l’invite à jouer, Mozart et Beethoven, à son salon, près du Colisée. Féministe et mondaine, Malwida incarne, aux yeux de Romain ROLLAND, un idéal élevé d’émancipation par la culture, de liberté orgueilleuse et de fraternité distinguée. Il fera un autre séjour à Rome entre 1892 et 1893 pour préparer sa thèse soutenue à la Sorbonne en 1895. Il est chargé des cours de l’histoire de l’art à l’Ecole normale supérieure et aura comme élève un certain Charles PEGUY, fondateur des Cahiers de la Quinzaine.

Romain ROLLAND enseigne d’abord l’histoire de l’art à l’École normale supérieure et l’histoire de la musique à la Sorbonne. Après un accident grave de la circulation, en 1910, Romain ROLLAND s’isole progressivement et privilégie ses activités d’écrivain. Dans son penchant pour l’héroïsme et la tristesse, il dénonce, dans l’affaire Dreyfus, «la grandeur et la vilénie indicibles des deux parties en lutte». Ascète, mystique, réservé, sobre et distant, Romain ROLLAND se réfugie dans l’écriture : « j’aimais l’art avec passion ; depuis l’enfance, je me nourrissais d’art, surtout de musique ; je n’aurais pu m’en passer ; je puis dire que la musique m’était un aliment aussi indispensable à ma vie que le pain» dit Romain ROLLAND. Pour lui, la musique embrasse l’univers entier et l’infini de la pensée humaine : «tout est musique, pour un cœur de musicien» dit-il. La corruption de l’art isole les hommes, les déprave et contribue à développer la frustration. L’âme reflète le tranquille et le lumineux de l’âme cette âme où «tout est raison et charité» dit Romain ROLLAND. Dans son étude «Qu’est-ce que l’art ?», Léon TOLTSOI estime que «l’art est inutile, à moins qu’il ne renonce à son objet, et qu’il devienne une simple dépendance et un simple moyen à son service. L’art doit nous inspirer des sentiments nobles et courageux et produire du Bien». L’artiste doit être un prophète et désintéressé, il ne doit pas rechercher un avantage personnel, mais il est «exclusivement un serviteur de la vérité». En effet, pour Romain ROLLAND, la dignité de l’art est souillée par des milliers de parasites. «Tout ce qui réunit les hommes est le Bien et le Beau ; tout ce qui les sépare est le Mal et le Laid» dit Léon TOLSTOI. C’est cette «conception religieuse» de l’art et de l’activité intellectuelle qui a inspiré Romain ROLLAND.

Romain ROLLAND s’installe à Paris, dans le quartier de Montparnasse, près de Denfert-Rochereau. Proche de la nature, Romain ROLLAND sent Dieu partout : «ma foi est un instinct incontestable. Et, avec les années, la vie, au lieu de l’émousser, l’aiguise davantage» dit-il.

I – Romain ROLLAND, un culte voué à l’art

Romain ROLLAND, l’âme raisonneuse et mystique, commence par collaborer avec les «Cahiers de la Quinzaine de Charles PEGUY», dont le premier volume est paru en 1900. Il y publie ses drames populaires, ses biographies de héros et son œuvre-maîtresse «Jean-Christophe» qui prétendait faire son chemin en se passant des «marchands de gloire». Il a bousculé toute cette intelligentsia cupide et a installé une magnifique culture de l’esprit pur.

Romain ROLLAND cultive l’amour-propre ; ce qu’on appelle un «bourgeon» et le «bourgeon» le plus florissant de Romain ROLLAND est l’ultime satisfaction d’avoir été le tout premier parler de «Jean-Christophe». Juché de ses épaules de géant, il a passé, fort à son aise, le fleuve aux eaux tumultueuses. C’est une invitation à l’espoir et à l’espérance.

Romain ROLLAND commence à écrire pour le théâtre, puis devient célèbre avec les dix volumes de son cycle romanesque Jean-Christophe (1904-1912), l'histoire d'un musicien allemand qui essaie de faire de sa vie une œuvre. «Jean-Christophe» est une pensée de jeunesse, réalisée à l’âge mûr ; un roman dont le principal personnage musicien, un héros inspiré de Wagner, l’homme au cœur pur, aux yeux purs, jugeant librement le monde libre, s’imposant à lui comme une brusque intuition.  Prix Fémina de 1905, son ouvrage «Jean-Christophe KRAFFT» relate la vie d’un musicien allemand, incarnant l'espoir d'une humanité réconciliée en montrant notamment la complémentarité entre l'Allemagne et la France. De l'enfance à la maturité, Jean-Christophe Krafft découvre la douleur, l'injustice, affronte les épreuves de la vie pour enfin s'accomplir, trouver l'équilibre et la paix. Dégoûté par l’amour, le héros reporte sur la musique toute sa pensée. Maintenant qu’il a souffert et aimé, il se rend compte qu’il n’a traduit que des sentiments superficiels. Il souffre dans sa ville et raille le goût allemand de tout idéaliser. Il ne peut plus vivre en Allemagne et s’exile en France. Il se sentait tout seul au départ : «il ne savait pas qu’une grande âme n’est jamais seule, si dénuée qu’elle soit d’amis, par la fortune, elle finit toujours par en créer. Elle rayonne autour d’elle l’amour dont elle est pleine».

Roman d'apprentissage, tableau du monde intellectuel européen de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, cette vaste fresque qui mêle pensée et poésie, réalisme et symbolisme, est autant une réflexion sur la création artistique que l'exploration sensible et profonde de l'âme humaine. Un chef-d'oeuvre et un classique. Le parcours personnel de ce héros romantique est la quête d'une sagesse visant à l'harmonie avec le rythme de la vie universelle.

Dans son «Jean-Christophe» Romain a mis beaucoup de lui-même. Il s’y est mis tout entier, avec ses idées, ses expériences de vie, avec une part d’autobiographie. Le génial Jean-Christophe est un intuitif doué d’une vitalité puissante. Comme un grand enfant joyeux, il va droit devant lui, brisant les obstacles qu’il ne voit pas. Il crée, il ne raisonne pas. Le personnage d’Olivier, est le produit d’une vieille civilisation raffinée, un esprit réfléchi et ultra-critique. La pensée paralyse en lui la force active. Jean-Christophe serait l’idéal de vie de Romain ROLLAND. On pourrait le reconnaître, en lui-même, tel qu’il fut à l’époque la plus troublée de sa jeunesse.

Idéaliste et humaniste, Romain ROLLAND a rédigé de nombreuses biographies de grands hommes (Beethoven, Michel-Ange, Haendel, Tolstoï, etc.). Pour Romain ROLLAND, Michel-Ange, c’est la Pythie visitée par Apollon : «Qui ne croit pas au génie, qui ne sait pas ce qu’il est, qu’il réponde Michel-Ange. Jamais l’homme n’en faut aussi la proie» dit Romain ROLLAND.

«La première condition, pour un digne membre de notre grande famille, est d’aimer la musique. Que ceux qui, d’aventure, ne porteraient pas Beethoven dans leur cœur passent leur chemin ! Nous n’avons rien à voir avec ces gens-là» dit-il. Romain ROLLAND rédige de nombreuses biographies, dont «Beethoven» entre 1928 et 1945 et «Charles Péguy» en 1944, qui fut son ami. Beethoven, le sourd, l’infirme a fait tout ce qui est en son pouvoir, pour devenir un homme digne de ce nom. Une monumentale biographie de Beethoven, parue en sept volumes, à laquelle Romain ROLLAND consacra les vingt-cinq dernières années de sa vie. Il se fait un peintre profond de Beethoven et un analyste sensible et clairvoyant de l’œuvre de celui dont il a pu dire : «Je suis bien sûr de connaître plus intimement Beethoven qu’aucun de ceux qui l’ont connu de son vivant». Beethoven c’est la grande «âme fraternelle», on a loué sa grandeur artistique : «Il est bien davantage que le premier des musiciens. Il est la force héroïque de l’art moderne. Il est le plus grand et le meilleur pour ceux qui souffrent et qui luttent. (…). Quand la fatigue nous prend de l’éternel combat inutilement livré contre la médiocrité des vices et des vertus, c’est un bien indicible de se retremper dans cet océan de volonté et de foi» dit Romain ROLLAND. Beethoven est une victoire éclatante de l’esprit.

Romain ROLLAND s’intéresse à l’histoire immédiate : «Nous envions dans notre histoire bien des siècles disparus, des époques de gloire, et il n’en est guère de plus belle que la nôtre ; il n’en est pas une seule qui soit plus passionnante. Seulement il faut être fort pour l’embrasser. C’est un âge de crise et de résurrection. Je crois voir dans le Jugement Dernier de Michel-Ange, les groupes de corps qui tombent comme des raisins, les formes moites qui s’écroulent, la poussière qui fermente, la vie nouvelle qui fleurit, un tumultueux appel des trompettes qui sonnent».

II – Romain ROLLAND, un culte voué à l’harmonie, à la paix et à la fraternité

Epris de justice et de paix, Romain ROLLAND a été témoin de deux grandes guerres mondiales. En 1915, en plein conflit mondial, dans «Au-dessus de la mêlée», Romain ROLLAND prône la paix et condamne la violence, passant aux yeux de certains pour un traître à la patrie. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1915, Romain ROLLAND ne reçoit cette récompense qu'en 1916. Étonnamment, il a pu écrire : «Je me moque de la littérature. Si on lit ce que je fais comme de la littérature, on ne me comprend certainement pas». Romain ROLLAND a, en effet, une passion, une sorte de mystique, qui habite son œuvre : la recherche de l’harmonie, de la communion entre les hommes.

Romain ROLLAND considère Léon TOLTSOI comme étant celui qui a la haine du mensonge, le souci de la sincérité, le besoin d’être utile, la nécessité du sacrifice, et surtout l’universalité de l’art. «Jamais voix pareille à celle de Tolstoï n'avait encore retenti en Europe. Comment expliquer autrement le frémissement d'émotion que nous éprouvions alors à entendre cette musique de l'âme, que nous attendions depuis si longtemps et dont nous avions besoin ? Mais c'était trop peu pour nous d'admirer l'oeuvre : nous la vivions, elle était nôtre», dit-il dans la biographie qu’il a consacrée à TOLSTOI. Romain ROLLAND pense comme TOLSTOI que l’art doit rester une pensée élevée, très généreuse et plus fraternelle : «L’art est lourd autour de nous. La vieille Europe s’engourdit dans une atmosphère pesante et viciée. Un matérialisme sans grandeur pèse sur la pensée, et entrave l’action des gouvernements et des individus. Le monde meurt d’asphyxie dans son égoïsme. Le monde étouffe. Ouvrons les fenêtres. Faisons rentrer l’air libre. Respirons le souffle des héros» dit Romain ROLLAND.

Il est marqué par la pensée de l’Inde, notamment la non-violence, et devient l’ami de Gandhi, dont il rédige une biographie, «Mahatma Gandhi» en 1924. ROLLAND s’intéresse de près au mouvement socialiste, dont il est un compagnon de route. Romain ROLLAND se tourne vers l’Inde, dès 1914, attiré par «la ruche de son esprit antique» et «sa divine polyphonie». Sans jamais s’être rendu en Inde, aidé par sa soeur Madeleine qui lui sert d’interprète, il accumule une importante documentation sur l’Inde politique, engagée dans la lutte nationaliste, et sur l’Inde mystique des penseurs hindous.

Le jeune Stefan ZWEIG écrit alors que «Jean-Christophe est un événement éthique plus encore que littéraire» ; Romain ROLLAND devient un maître pour lui et ils échangent une riche correspondance. Grand humaniste, admirateur de l’Inde, contradictoire, avec ses grandeurs et ses erreurs, Romain ROLLAND souligne le rôle majeur de cet intellectuel dans les affrontements idéologiques du XXème siècle et évoque l'aventure intérieure d'un être passionné qui a cherché avec obstination à donner un sens à son existence.

En 1924, il publie une Étude sur Tagore, séduit par la pensée universaliste du poète Rabindranath TAGORE (1861-1941), prix Nobel de littérature en 1913, qui lui fait découvrir la culture indienne et avec lequel il partage une même passion pour la musique et la peinture. Après ses visites à Paris et Boulogne-sur-Seine, Rabindranath TAGORE écrit en 1922 : «De tous les hommes que j’ai rencontrés en Occident, c’est Rolland qui me frappa comme étant le plus proche de mon coeur et le plus apparenté à mon esprit».

En 1924, Romain ROLLAND publie un essai sur l’action politique du Mahatma GANDHI (1869-1948), apôtre de la non-violence, qu’il reçoit à Villeneuve en 1931. Mohandas GANDHI qualifia Romain ROLLAND «d’homme le plus sage de l’Europe». Romain ROLLAND présente l’itinéraire d’un ami, un homme qui s'est voulu résolument modeste et qui a voué sa vie à l'apologie de la non-violence, au refus des exclusions et à l'amour du peuple de l'Inde. Publié pour la première fois en 1924, cette biographie propose une réflexion toujours actuelle.

Romain ROLLAND rêvait de réformer le théâtre française, but ultime de sa vie et voue un culte absolu à William SHAKESPEARE. Il écrit des tragédies de la foi, comme Aërt, Saint-Louis et Du triomphe de la raison. Saint-Louis, c’est l’exaltation religieuse, c’est ce Roi triomphant de nombreux obstacles par la vertu de sa foi, puis meurt, pieusement, au pied de la montagne, du haut de laquelle les soldats aperçoivent Jérusalem. Aërt est l’exaltation nationale, désespéré de n’avoir pas pu libérer la Hollande, il se suicide.

Mort le 30 décembre 1944 à Vézelay, Romain ROLLAND, homme de théâtre, essayiste, biographe et fondateur en 1923 de la revue Europe, a profondément marqué la littérature française de la première moitié du XXème siècle.

Bibliographie

ROLLAND (Rolland), Le cloître de la rue d’Ulm : un journal de Romain Rolland à l’école normale de 1886 à 1889, Paris, Albin Michel, 1952, 327 pages ;

ROLLAND (Romain), Au-dessus de la mêlée, préface Christophe Prochasson, Bernard Duchatelet, Paris, Payot, 2013, 215 pages ;

ROLLAND (Romain), Beethoven : les grandes époques créatrices, Paris, A. Michel, 1980, 2ème édition, 1515 pages ;

ROLLAND (Romain), Correspondances 1920-1927, Romain Rolland, Stefan Zweig, Paris, Albin Michel, 2015, 730 pages ;

ROLLAND (Romain), Danton, Paris, éditions de la Revue d’Art Dramatique, 1900, 124 pages ;

ROLLAND (Romain), Essai sur la mystique et l’action de l’Inde vivante, la vie de Ramakrishna, Paris, Stock, 1929, 440 pages ;

ROLLAND (Romain), Inde : journal 1915-1943, Paris, Albin Michel, 2013, 628 pages ;

ROLLAND (Romain), Jean-Christophe. Éd. Définitive, Paris, A. Michel, 1966, 1607 pages ;

ROLLAND (Romain), L’éclair de Spinoza, Paris, Pagine Arte, collection Ciel vague, 2012, 130 pages ;

ROLLAND (Romain), La tragédie de la foi : Saint-Louis, Aërt, le temps viendra, Paris, Albin Michel, 2012, 296 pages ;

ROLLAND (Romain), La vie de Michel-Ange, Paris, Hachette, 1906, 1908, 1917 et 1923, 210 pages et L’Harmattan, 2004, 220 pages ;

ROLLAND (Romain), La vie de Tolstoï, préface Stéphane Barsaque, Paris, Albin Michel, 2010, 260 pages ;

ROLLAND (Romain), Les Origines du théâtre lyrique moderne, histoire de l'opéra avant Lully et Scarlatti, Paris, éditions Thorin, 1895, 338 pages ;

ROLLAND (Romain), Les précurseurs, Paris, L’Humanité, 1920, 226 pages ;

ROLLAND (Romain), Liluli, Paris, Albin Michel, 2013, 218 pages ;

ROLLAND (Romain), Mahatma Gandhi, Paris, Stock, 1993, 153 pages ;

ROLLAND (Romain), Mémoires et fragments du journal, Paris, Albin Michel, 1956, 379 pages ;

ROLLAND (Romain), Musiciens d’autrefois, l’opéra avant l’opéra, préface de Gîlles Cantagrel,  Paris, Actes Sud, 2014, 256 pages ;

ROLLAND (Romain), Péguy, Paris, La Découverte, 2015, 615 pages ;

ROLLAND (Romain), Pour l’honneur de l’esprit : correspondances de Romain Rolland à Charles Péguy, (1898-1914), Paris, Albin Michel, Cahier n°22, 2012, 352 pages ;

ROLLAND (Romain), Printemps romain : choix de lettres de Romain Rolland à sa mère, (1889-1890), Paris, Albin Michel, 2012, 360 pages ;

ROLLAND (Romain), Robespierre, Paris, éditions de la Revue d’Art Dramatique, 1939, 317 pages ;

ROLLAND (Romain), Sur Berlioz, Paris, éditions Complexe, 2003, 92 pages ;

ROLLAND (Romain), Un beau visage à tous sens, Paris, Albin Michel, 1967, 400 pages.

Paris, le 20 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Romain ROLLAND (1866-1944) : un écrivain français cosmopolite et un intellectuel majeur du XXème siècle», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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