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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 23:01

Le président Jacques CHIRAC en créant en 2006 le Musée du Quai Branly, à Paris dans le 7ème arrondissement, dédié aux arts primitifs, a réalisé un vieux rêve d’André MALRAUX, Ministre de la Culture du général de Gaulle. Cet engouement pour les arts primitifs, même s’il est resté pendant longtemps minoritaire, vient de loin. En effet, c’est au Grand Palais, en 1906 qu’eut lieu la première «Exposition coloniale de Paris», avec un «Salon colonial des beaux-arts». Cette même année, Georges BRAQUE (1882-1963) achetait un masque Tsogho du Gabon, André LHOTE (1885-1962), un masque Wé de Côte-d’Ivoire. André DERAIN (1880-1953) se porte acquéreur de statuettes africaines. Pablo PICASSO fut influencé, dans sa peinture, par l’art africain. Après le Festival mondial des arts nègres de Dakar, en 1966, et sous l’impulsion d’André MALRAUX (1901-1976), une grande exposition eut lieu au Grand Palais sur le thème «L’Art nègre, sources évolution et expansion». «Les cultures se changent en s’échangeant, et s’échangent en se changeant», souligne Edouard GLISSANT. Le Quai Branly est un musée «où dialoguent les cultures» en référence à une expression de Léopold Sédar SENGHOR.

Des esprits étriqués, comme Pierre ROSENBERG, ont estimé que le Louvre, à la différence du Metropolitan Museum de New York, devrait être consacré, uniquement, à l’art occidental et à ses sources. Amoureux érudit et discret des combats de Sumo, du Japon, de la Chine, des arts Inuits, africains et précolombiens, Jacques CHIRAC plaide pour le multiculturalisme : «alors que le monde voit se mêler les nations comme jamais dans l’histoire, il est nécessaire d’imaginer un lieu original qui rende justice à l’infinie la diversité des cultures, un lieu qui manifeste un autre regard sur le génie des peuples et des civilisations d’Afrique, d’Océanie et des Amériques», dit-il dans son discours du 20 juin 2006, à l’occasion de l’inauguration du Quai Branly. Le président CHIRAC précise encore sa pensée «au cœur de notre démarche, il y a le refus de l’ethnocentrisme, de cette prétention déraisonnable et inacceptable de l’Occident à porter, à lui seul, le destin de l’humanité». Ce sont là des préjugés absurdes et choquants. Ils doivent être combattus. Nommer les choses n’est jamais innocent. En effet, Jacques CHIRAC prend soin de nommer la vocation de ce Musée : il ne s’agit pas d’un espace dédié aux arts «primitifs», concept folklorique qui renvoie à la hiérarchie des civilisations, mais aux «arts premiers». En raison de leur valeur éminente, ces civilisations doivent être préservées : «car ces peuples dit premiers, sont riches d’intelligence, de culture, d’histoire. Ils sont dépositaires de sagesses ancestrales, d’un imaginaire raffiné, peuple de mythes merveilleux, de hautes expressions artistiques n’ont rien à envier aux plus belles productions de l’art occidental».

A l’occasion de son dixième anniversaire, le Musée du Quai Branly abrite du 4 octobre 2016 au 15 janvier 2017, une exposition «The Color Line : les artistes afro-américains et la ségrégation». Pour W.E.B du BOIS, dans son ouvrage «Les âmes du peuple noir», avec une lumineuse préface du professeur Nathalie BESSONE, «le problème du XXème siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs» (voir mon post sur du BOIS). Il est indubitable que l’art a joué un rôle majeur dans la quête d’égalité et d’affirmation de l’identité noire dans l’Amérique de la ségrégation. L’exposition du Quai Branly rend hommage aux artistes et penseurs afro-américains qui ont contribué, pendant plus de 150 ans, à estomper cette «ligne de couleur» discriminatoire. Si à la fin de la guerre de sécession en 1865 l’esclavage a été aboli, la ligne de démarcation raciale a été instaurée notamment dans les Etats du Sud à travers des lois dites «Jim CROW». Instaurées en 1876, les lois dites Jim Crow créent un nouvel ordre social dans le sud des Etats-Unis : la ségrégation raciale. Ces textes interviennent pour hiérarchiser et ré organiser la société sudiste après l’abolition de l’esclavage et la guerre de Sécession. Ils légalisent la ségrégation raciale : les écoles, les églises, les transports, les restaurants, les lieux publics comme les parcs et jardins, doivent être séparés. Les lois dites Jim CROW indiquent que les citoyens doivent être «separate but equal», mais dans la réalité, ils cantonnent les Noirs à une infériorité de rigueur dans tous les instants de la vie publique et privée. Dès lors, le système ségrégationniste remplace le système esclavagiste. La majorité des lois Jim Crow resteront en vigueur jusqu’au vote du «Civil Rights Act» en 1964. Dans ce contexte, les lynchages, devenus monnaie courante, ont inspiré la chanson mythique de Billie HOLIDAY (1915-1959) : «Strange Fruit» (voir mon post sur Billie).

Harlem est considéré entre 1918 et 1937, comme la capitale mondiale  de la culture noire, avec le mouvement «Harlem Renaissance» (New Negro) dirigé notamment par Langston HUGUES (1902-1967), Claude McKAY, (1889-1948), Richard WRIGHT (1908-1960) Alain LOCKE (1885-1954), Louis AMSTRONG (1901-1971) et Duke ELLINGTON (1889-1974). Même si le mouvement évolue dans plusieurs domaines de création, c'est en littérature qu'il s'épanouit le plus. En effet, il est porté par une jeune génération d'écrivains noirs qui s'inscrivent spécifiquement dans trois directions complémentaires : la volonté de s'approprier leur héritage africain, la revendication de leur identité américaine et la dénonciation des conditions déplorables des Noirs aux États-Unis. La marginalisation devient donc une force pour cette communauté depuis longtemps rejetée socialement, qui y trouve une énergie artistique productive, affirmée et collective. Harlem devient attractif, tout comme la communauté noire elle-même qui impose, à sa façon, sa place au sein de la société américaine. «Harlem Renaissance» se définit aussi et surtout par cet accès aux savoirs et aux connaissances pour les populations marginalisées. Le retournement de la situation discriminatoire et l'idéal d'égalité sont donc ici portés par l'enseignement et la scolarisation en études supérieures, représentée comme une première étape pour accéder aux plus hautes sphères de la société.  «Harlem Renaissance» influença directement la Négritude, portée par Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR à Paris, dessina les prémices du «Black Power», forma les idées du Panafricanisme de Marcus GARVEY (1887-1940). Mais les Noirs pour trouver leur propre moyen d'affirmation pour exister personnellement et collectivement, devront à la suite de ce mouvement entamer un travail sur la vie politique, les recherches universitaires ou encore par la création artistique et culturelle. Et ainsi affirmer, comme le scandait si bien Jesse JACKSON au festival de Wattstax : «I am somebody». Dans les manifestations pour l’égalité des pancartes indiquaient : «The New Negro has no fear».

Cependant et à progressivement, à partir de 1965, Harlem devient  le ghetto noir. «I Am a Man», est une photo géante qui plastronne à l’entrée du Musée Quai Branly. Si vous venez visiter ce musée, observez attentivement cette photo qui symbolise les souffrances du peuple noir aux Etats-Unis. En effet, mort en martyr le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee, Martin Luther KING (Atlanta, 15 janvier 1929 – Memphis, 4 avril 1968) est venu soutenir la grève du Syndicat des égoutiers et des éboueurs, essentiellement composés des Noirs, réclamant une revalorisation salariale. Ces ouvriers victimes, une fois de plus, de brutalités policières, scandaient un slogan : «I am a man», (Je suis un homme). Le regard que Martin Luther KING porte sur la société américaine en ce milieu du XXème siècle est particulièrement sévère. «Ce qui caractérise principalement la vie d’un Noir, c’est la souffrance, une souffrance si ancienne et si profonde qu’elle fait partie de presque tous les instants de sa vie», souligne t-il. Homme d’Eglise, puisant dans la tradition noire américaine, Martin Luther KING a dépassé les frontières ethniques pour se projeter dans l’action, et réclamer l’égalité des droits pour toutes les personnes défavorisées. En effet, Martin Luther KING avait un rêve, partiellement réalisé par OBAMA dont les deux mandats n’ont pas totalement aboli la ségrégation raciale : un mouvement est né face aux meurtres des  Noirs par des policiers «Black Lives Matter» et Ta-Nehesi COATES a écrit un best-seller : «Une colère noire» (voir mes posts sur ce mouvement et sur le livre de COATES).

Cette exposition au Musée du Quai Branly, «The Color Line», s’adresse aussi aux Républicains en France face au désastre qui s’annonce pour les présidentielles de 2017. La bête immonde qu'est le racisme n'est pas encore morte. Ainsi, aux Etats-Unis, la poussée des idées racistes d’un candidat blanc aux présidentielles du 8 novembre 2016, devrait interpeler chaque démocrate, quelque soit l’issue du scrutin. Cette libération de la parole raciste dans les grandes démocraties occidentales, est un sujet de préoccupation majeure. En effet, «La Color Line», telle que la décrivait WEB du BOIS, est toujours omniprésente. En effet, la démocratie est une belle idée que les Occidentaux ont élaborée, mais une démocratie sans égalité réelle n’est qu’une savante escroquerie. Il n’y a pas de paix durable dans une société fondée sur les inégalités et l’injustice. «La prochaine fois, le feu», avait prévenu James BALDWIN. Par conséquent, nous devons rester vigilants et défendre, sans failles, la République et l’égalité réelle. «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai», dit Martin Luther KING. Comme Nelson MANDELA, face à l’injustice, je reprendrai à mon compte le poème «Invictus» de William Ernest HENLEY (1843-1903) :

«Dans les ténèbres qui m'enserrent
Noires comme un puits où l'on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient
Pour mon âme invincible et fière.
Dans de cruelles circonstances
Je n'ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.
En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l'ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.
Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme
».

Indications bibliographiques :

MARTIN (Stéphane), Musée du Quai Branly, là où dialoguent les cultures, Paris, Découvertes Gallimard, Culture et Société, 2011, 127 pages ;

ABERJHANI (Sandra, L. West), Encyclopedia of the Harlem Renaissance, Infobase Pushing, 2003, 449 pages ;

BESSONE (Magali), «Le peuple noir s’est couvert des principes de la grande République : WEB du Bois et la réalisation de l’idéal américain de sympathie», in RAISONS POLITIQUES, 2006, n°24, pages 33-53 ;

Du BOIS (William Edward Burghardt), Les Ames du peuple noir, traduction Jean-Jacques Fol, Paris, Présence Africaine, 1959, 232 pages ; traduction, annotations et postface de Magali BESSONE, Paris, éditions rue d'Ulm, 2004, 339 pages et éditions la Découverte, 2007, 339 pages, avec une nouvelle introduction de Nathalie BESSONE.

DUALE (Christine), Harlem Blues : Langston Hugues et la poétique de la Renaissance afro-américaine, Paris, L’Harmattan, études diasporiques, 2014, 171 pages ;

KILIGOWSKI (David, Anothony, Stéphanie), Langston Hugues : Harlem Renaissance Writer, Teacher Created Materials, 2011, 32 pages ;

LOCKE (Alain), The New Negro, Simon and Schusters, 1925, 452 pages ;

LOCKE, (Alain), Le rôle du nègre dans la culture des Amériques, Paris, l’Harmattan, 2009, traduction Alain MANGEON, 240 pages ;

McKAY (Claude), Home to Harlem, UNPE, 1928, 340 pages ;

MANGEON (Anthony), «Who and What is “Negro” ?, La littérature nègre en débat, de la Harlem Renaissance à la négritude parisienne», Actes du Colloque du Quai Branly, Exposition sur «Présence Africaine» du 29 janvier 2010, in Littératures Noires, mise en ligne le 26 avril 2011 ;

MOURALIS (Bernard), Littérature et développement : essai sur le statut, fonction et représentation de la littérature négro-africaine d’expression française, Paris, Silex, 1984, 572 pages ;

WRIGHT (Richard), Native Son, And How Bigger Was Born, Buccaneer Books, 1993, 594 pages.

Paris, le 29 octobre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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