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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 21:59

Cet article a été publié dans le journal FERLOO, édition du 12 septembre 2016.

«Je ne suis un écrivain qu’à titre accessoire» aime à rappeler le Sénégalais Cheikh Hamidou KANE, auteur de deux romans : «l’aventure ambiguë» en 1961 et «les gardiens du temple», en 1996. Agronome et homme politique, Cheikh Hamidou KANE a consacré peu de temps à l’écriture. L’aventure ambiguë, d’une actualité brûlante, notamment pour la diaspora, est une rencontre douloureuse et difficile entre l’Occident et l’Afrique traditionnelle, dans un monde globalisé. Avec la colonisation «Le matin de l’Occident en Afrique noire fut constellé de sourires, de coups de canons et de verroteries brillantes. Ceux qui n’avaient point d’histoire rencontraient ceux qui portaient le monde sur leurs épaules» dit ironiquement Cheikh Hamidou KANE. Le canon contraint les corps, et l’école fascine les âmes. L’école française est une victoire totale de l’Occident sur l’Afrique, de façon durable. Entre répulsion et attraction, désir de vie incarné par l’école française et nécessité de conserver les traditions africaines, le coeur balance : «le bonheur n’est pas fonction de la masse des réponses, mais de leur répartition. Il faut équilibrer» souligne Cheikh Hamidou KANE. Par conséquent, l’aventure ambiguë est une aventure intellectuelle, mystique et philosophique de rencontre entre deux cultures que tout semble, en apparence, opposer ; c’est l’histoire dramatique, et essentiellement double, comme l’indique le titre du roman, «d’une fidélité et d’un déracinement spirituels». En effet, le colonisateur français a offert aux Africains sa culture, son identité, comme la culture et l’identité de référence. Les Occidentaux «nous ont conquis, par leur force militaire. Et au bout de quelques temps, ils nous ont conquis grâce à l’école par laquelle se transmettaient leur savoir, leur langue. Dans un contexte de pays qui appartiennent à une culture de l’oralité, l’intrusion d’une langue écrite a été peut-être un des moyens les plus efficaces de conquérir ceux qu’on avait assujettis simplement par la force». On a souvent abordé, avec une dimension réductrice, l’aventure ambiguë sous l’angle de la Négritude : «nous sommes tous des métis culturels. Si nous nous sentons nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue universelle» dit Léopold Sédar SENGHOR. Or, Cheikh Hamidou démontre qu’il n’est pas aisé de choisir et que la tentation de l’Occident ne se limite pas au choix de la langue. L’aventure ambiguë est cri déchirant sur l’identité africaine, une crise de conscience qui s’accompagne de la prise de conscience de notre condition d’aliéné. L’Africain est un hybride qui n’est plus ni lui-même, ni les autres. En effet, «L’aventure ambiguë» a le grand mérite de présenter l’effet de la mécanique coloniale dans ce qu’elle a de plus ténu et, au fond, de plus décisif, son impact sur les esprits, la double relation mortifère qu’elle introduit avec le colonisé : l’acculturation et son revers, la déculturation. Face à elle, «on voit les hommes se disposer, conquis, le long de lignes de forces invisibles et impérieuses». Voici en quoi réside l’ambiguïté de la situation des colonisés : «C’est le même geste de l’Occident qui maîtrise la chose et nous colonise tout à la fois», dit Samba DIALLO. Le colonisé est chosifié et la diaspora ravalée au rang d’indigènes de la République. Mais le monde occidental commence à devenir ambigu parce qu’il subit les influences du tiers monde. L’Occident qui avait projeté son image qu’il offrait un peu comme un modèle universel, en retour, a commencé à recevoir l’influence des autres.

L’Aventure ambiguë, qui raconte le drame du métissage culturel, est un récit emblématique de la littérature africaine. Ce roman a marqué l’esprit de générations d’Africains qui se reconnaissent dans le parcours de son héros, Samba DIALLO, pour qui la rencontre avec l’Occident est un déchirement. «Je ne suis pas un pays des Diallobé distinct, face à un Occident distinct, et appréciant d’une tête froide ce que je puis lui prendre et ce qu’il faut que je lui laisse en contrepartie. Je suis devenu les deux. Il n’y a pas une tête lucide entre deux termes d’un choix. Il y a une nature étrange, en détresse de n’être pas deux» dit le héros du roman. Grâce au succès phénoménal de son premier roman, il s’est rapidement imposé comme une des figures incontournables des Lettres africaines, «Et je continue de m’étonner du retentissement qu’il a sur toutes les générations, non seulement les adultes et les anciens, comme moi, mais également les jeunes. Quand je suis sorti de mon terroir, musulman et peul, musulman et noir, et que je me suis trouvé en pays bantou, jusqu’au Kenya, j’ai toujours rencontré des gens qui considéraient que ce que j’avais écrit les concernait autant que cela ne me concernait moi-même». Le style littéraire de Cheikh Hamidou flamboyant, frappe par sa beauté et la rigueur de son questionnement. «Et voila un beau livre ! le récit est bien campé, dans un style précis un peu juridique. Et il ne datera pas, parce qu’il pose le problème de l’ambiguïté, un des fondements de la coexistence des hommes» disait en juillet 1961, Olympe BHELY-QUENUM. En effet, c’est un roman à haute teneur philosophique opposant le monde du rationalisme matérialiste (Pascal, Descartes, Bergson) et l’Islam dans ses deux variantes : le soufisme, une doctrine mystique orientée vers la vie, et une démarche rigoriste et dogmatique lorgnant constamment vers la mort.

Les Africains qui ont étudié en Europe, confrontés à leur double culture, et acculturés, ont été perturbés ; ce qui a donné naissance à une littérature abondante, «Le voyage comme déplacement dans le temps et l’espace est à considérer comme un espace-temps de recomposition» dit Cheikh Hamidou. La rencontre avec l’autre est un choc culturel, “Il arrive que nous soyons capturés au bout de notre itinéraire, vaincus par notre aventure même» dit Samba DIALLO. En rupture avec la littérature dite exotique, l’aventure ambiguë rappelle «Le livre des jours» de Hussein TAHA paru en 1926, une admirable autobiographie d’un égyptien qui a séjourné en France, à travers un récit au fond mélancolique, une extraordinaire leçon d'énergie. Etudiant en droit et philosophie, Cheikh Hamidou KANE est arrivé en 1952, à Paris, en pleine période coloniale a subi choc culturel : «j’ai rencontré un autre visage de la France, quand j’ai eu accès, sans restriction, à la culture, alors que quand j’étais au Sénégal, il y avait des restrictions à l’accès aux connaissances et aux valeurs de l’Occident. J’ai commencé à changer de point de vue par rapport à l’identité de l’homme blanc. Et donc, le choc créé par cette rencontre m’a conduit à tenir un cahier pour dire mes impressions, mes problèmes, mes rencontres, et c’est ce cahier qui était surtout un journal intime, qui a été la première forme de L’aventure ambiguë», dit-il.

D'origine peule, né le mardi 3 avril 1928 à Matam, Cheikh Hamidou KANE est le fils de Mamadou Lamine KANE (1894-1992) et de Yeyya Racine KANE (1904-1972). Il a vu le jour de façon fortuite à Matam et non à Louga, au moment où son père y passait ses congés annuels auprès de son grand-père paternel lui-même dénommé Cheikh Hamidou KANE, un Cadi, jurisconsulte. Son grand-père maternel, Racine Abdoulaye KANE a été le chef de canton du Dimar (Podor) de 1903 à 1906, et exerçait les fonctions de commis expéditionnaire, depuis 1921, à Louga, où il fut accueilli par Yacine Gaye Massar, la grand-mère d’Abdou DIOUF, futur premier ministre et président du Sénégal. En fait, la famille de Cheikh Hamidou est originaire de Saldé, et c’est là où il situe les personnages de Samba DIALLO, la Grande Royale et Thierno : «Ma famille est originaire de deux petits hameaux à quelques kilomètres de Saldé : Seitou Diobi et Wallah. Nous sommes une famille de Peuls, notre nom est Diallo. Mais il y a des équivalences patronymiques entre ethnies. Nous sommes des peuples dont le nom patronymique est Diallo. Et il se trouve que mon aïeul, mon oncle, a été élevé par ses oncles maternels, des Toucouleurs du Dimar à qui il a été confié par sa mère, car son père est mort quand il avait 5 ans. Ces oncles étaient donc des Kane du Dimar» dit Cheikh Hamidou deuxième fils, on l’appelle Samba, du prénom du héros de l’aventure ambiguë.

En 1938, Cheikh Hamidou KANE fut envoyé à Saldé auprès de son grand-oncle Hamidou Abdoulaye KANE pour entreprendre des études coraniques, sous la férule de Thierno Moctar Gadio (1870-1938), un marabout austère et sévère. Pour échapper aux violentes colères de son maître, le jeune Cheikh Hamidou allait se réfugier fréquemment au cimetière. Devant la multiplication de ses fugues, en 1936, sa grande tante Bineta Racine KANE (1885-1974) qui incarnera le personnage de la Grande Royale, suggéré à ce que Cheikh Hamidou retourne auprès de sa famille. En 1937, un instituteur Issa Mérim KANE, en voie de mutation à Kédougou, pour des raisons disciplinaires, en transit à Louga, prit alors la décision de faire inscrire Cheikh Hamidou, alors âgé de 9 ans, à l’école française. Il aura comme condisciples notamment Souleymane NIANG, futur recteur à l’université de Dakar et Seydou CISSOKO qui sera un dirigeant du Parti de l’indépendance et du travail.

Voulant devenir philosophe, Cheikh Hamidou passa et réussit avec brio, le concours des bourses qui lui permettra de poursuivre, durablement, ses études. Pressenti pour seconder son oncle, Mamadou Lamine Racine KANE, chef de canton à Saldé, il préféra rester à Saint-Louis. Sur intervention de son oncle Abdoul Baïdy Souwadou, il se fit délivrer son livret scolaire afin de poursuivre des études secondaires.

En 1948, il pourra s’inscrire au Lycée Van Vollenhoven à Dakar, où il fut élu délégué des élèves au conseil de discipline. A la suite d’une grève ayant éclaté dans le lycée, cinq jours après son arrivée et craignant d’en faire les frais, pour conserver sa bourse, il adresse une lettre à Laurent Marcel VILTORD, un Noir antillais gouverneur du Sénégal de 1947 à 1950. Il sera nommé surveillant à l’école normale William Ponty, grâce à l’intervention d’Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, à l’époque chef de cabinet du gouverneur de l’A.O.F.

En 1951, il obtient son baccalauréat et s’inscrit à l’Institut des Hautes Etudes de Dakar, future université de Cheikh Anta DIOP et obtient un certificat de licence en droit et une propédeutique en lettres. En 1952, Cheikh Hamidou débarque à Paris, au lycée Louis Le Grand et obtient son dernier certificat de licence en droit et un certificat de licence en philosophie.

En 1956, il réussit au concours de l’école de la France d’Outre-mer et épouse en 1957 sa cousine Yaye Oumou Amadou KANE qui lui donnera deux filles.

En 1959, à la fin de ses études, il retourne au Sénégal, et il est nommé fonctionnaire au ministère du développement économique dirigé par Karim GAYE. Le 3 mars 1960, dans le cadre du Plan triennal initié par le premier ministre Mamadou DIA, il est nommé le premier gouverneur de la région de Thiès. L’aventure ambiguë, commencée en 1952 est publiée en 1961, avec une préface de Vincent MONTEIL, alors Directeur de l’IFAN. En mai 1962, Cheikh Hamidou contractera son second mariage avec Marie-Thérèse BORIS, une sage-femme d’Etat, rencontrée en France et affectée à l’hôpital Le Dantec. Lors de la crise de 1962 entre Léopold Sédar SENGHOR et Mamadou DIA, pour éviter le grand écart, il remit sa démission en application d’un dicton peul, «qui sert deux maîtres, à l’un des deux doit mentir». En 1963, il sera nommé au poste de premier conseiller de l’ambassade du Sénégal à Monrovia. Le 31 décembre 1963, il démissionne de la fonction publique, «J’ai été membre du gouvernement du Sénégal depuis l’indépendance, et après une période d’absence consécutive à la rupture entre Senghor et Mamadou Dia, je n’étais pas d’accord avec l’arrestation de Mamadou Dia par Senghor, j’ai donc quitté le Sénégal pendant une dizaine d’années. J’ai été fonctionnaire international, et ensuite je suis revenu au Sénégal quand Mamadou Dia a été libéré» dit-il.

Grâce à l’intervention d’un ami Français, il sera recruté à l’UNICEF. Mamadou DIA, son mentor est libéré le 27 mars 1974, après douze années de privation de liberté. Cheikh Hamdou KANE, en 1976 qui était au Centre de Recherches pour le développement international (CRDI) à Ottawa, décide de rentrer au Sénégal. Le président SENGHOR lui confie différents grands projets industriels, puis le nomme, en 1978, ministre du développement industriel et de l’artisanat. De 1981 à 1988, il occupe le poste de ministre de Plan et de la Coopération, sous Abdou DIOUF. En 1995 il publie «les Gardiens du temple». Il est élu en 2002, le président de «Tabital Poulagou», une association qui œuvre les valeurs culturelles des peuls. En 2009, aux côtés d’Amadou Mactar M’BOW, il est nommé vice-président des Assises Nationales du Sénégal.

I - L’aventure ambiguë ou le défi de la rencontre avec l’autre

A – Le résumé de l’aventure ambiguë

On peut résumer brièvement l’aventure ambiguë comme suit. Samba Diallo est un enfant qui a été confié par son père, Le Chevalier, au chef de la tribu des Diallobé afin qu'il suive l'enseignement d'un sévère maître d'école coranique, Thierno. Ce dernier a très vite repéré chez l'enfant des qualités exceptionnelles. Alors qu'il est arrivé à l'âge de se rendre à l'école européenne, les avis sont partagés: le chef des Diallobé hésite à l'y envoyer, le maître d'école le déconseille vivement et la Grande Royale, sœur du chef, y est au contraire favorable. Suivant les recommandations de la Grande Royale, Samba Diallo fréquente l'école européenne, s'y montre excellent élève, apprend très vite et se voit proposer de poursuivre ses études à Paris. À Paris, Samba Diallo vit très mal son isolement et son déchirement entre ses deux cultures. Il rencontre Lucienne, une communiste, et Pierre-Louis, un avocat antillais militant, avec lesquels il débat de la confrontation et du bien-fondé de l'interpénétration des cultures. À la demande de son père, il regagne l'Afrique. Il rencontre un homme, devenu fou après un séjour en Europe, qui lui propose de prendre la succession du maître Thierno, décédé. Mais Samba DIALLO a abandonné la pratique religieuse. Le fou poignarde Samba et met ainsi fin à l'ambiguïté de son aventure.

Le roman de l’aventure ambiguë se termine par la mort tragique de son héros, Samba DIALLO. La rencontre avec l’autre comporte des dangers qu’il faudrait éviter : «Ce chemin ne pouvait aboutir à un déni de soi - c'est-à-dire que l’on considère que nous, nos valeurs sont faillies puisqu’elles ont été défaites par l’autre, qu’il faut donc abdiquer et juste s’assimiler à l’autre». La rencontre avec l’autre est possible et souhaitable ; elle est une source d’enrichissement. Par conséquent, il faudrait combattre toute crispation sur les valeurs identitaires aussi ou sur leurs croyances religieuses. «J’appelais l’attention sur le danger. Déjà, quand j’écrivais ce livre, j’étais conscient de ce qui pouvait apparaître, ce qui aujourd’hui existe sous le nom d’intégrisme, aussi bien culturel, refus de l’autre, que religieux, musulman ou chrétien ou autre».

B – Le débat autour de l’école nouvelle

Dans l’aventure ambiguë deux visions du monde s’affrontent : Comment «assimiler, sans être assimilé ?» suivant une expression empruntée au président SENGHOR. Samba DIALLO, le héros de l’aventure ambiguë est l’incarnation d’un «homme des deux mondes» suivant une expression de Jacques CHEVRIER. Ce roman s'articule autour du drame d'un jeune Sénégalais déchiré entre sa culture maternelle et la pensée pragmatique de l'Occident qu'on lui propose. Comment s’ouvrir aux autres, en restant soi-même ? La crise identitaire qui caractérise le personnage naît du conflit intérieur entre la tradition africaine et la culture française, dont on l'exhorte à faire une difficile synthèse qui servirait de base à «la cité future». C’est un parcours initiatique, du pays des Diallobé à Paris, qui pose les questions de l'identité noire et de la spécificité de la littérature africaine. En effet, dès le jeune âge, l’enseignement coranique, le soir autour de bûches incandescentes (Le Foyer Ardent), est un lieu austère, où on apprend à psalmodier la Parole de Dieu, sous la férule d’un maître (Marabout, Maître ou Thierno), rigide. Le marabout estime que face aux dangers menaçant son peuple dans son existence, seules les valeurs traditionnelles les pourraient constituer un bouclier solide, une espèce de ceinture de protection face au colonialisme. Pour lui, l’Islam demeure «une des sources où s’abreuve l’homme Diallobé» et le rôle du marabout est «d’ouvrir à Dieu l’intelligence des fils de l’homme». Mais le «Foyer ardent» est austère, dur et impitoyable. Les premières pages de L’aventure ambiguë montrent bien à quel point la vie au Foyer-Ardent était dure. Samba DIALLO savait son verset de Coran, mais sa langue avait fourché et il reçut une correction exemplaire. Notre sensibilité de lecteur est en effet mise à rude épreuve. L’image de ce garçon gémissant de douleur, râlant même parfois, nous touche profondément. Thierno ne badine pas. Il s’est assigné une mission : apprendre au fils de l’homme la parole de Dieu. Cette parole, elle est «perfection», car ayant été effectivement dite par «l’Etre Parfait». Interdiction est faite au fils de l’homme, cette «misérable moisissure de la terre», d’oblitérer cette parole prononcée véritablement par le «Maître du Monde». Le petit garçon, cousin de la Grande Royale souffre d’autant plus qu’il est considéré par le maître comme un «véritable don de Dieu». Le disciple doit rester humble, «tant qu’il cherche Dieu, il ne saurait vivre que de mendicité quelle que soit la richesse de ses parents». Si l’Occident a presque partout interdit le châtiment corporel dans ses institutions éducatives, l’école africaine traditionnelle, qu’elle soit d’obédience musulmane ou animiste, n’a jamais cessé, quant à elle, d’utiliser ce moyen qui a fait ses preuves. La mission du maître ne sera ni agréable ni facile ; il s’agit en traditionnaliste de préserver les valeurs susceptibles de façonner un citoyen Diallobé «docte et démocrate, aguerri et lucide», un homme toujours proche de Dieu : voilà en peu de mots l’idéal que s’est tracé le vieillard. En tant que noble, les parents de Cheikh Hamidou avaient fréquenté l’école française dite «école des fils des chefs» créé par Louis FAIDHERBE en 1855. «Il y avait dans le refus et la méfiance des sociétés africaines traditionnelles une raison que je n’ai pas explicitée clairement dans mon roman L’Aventure ambiguë. Le refus d’envoyer les enfants à l’école vient du fait que les colons qui étaient là, se saisissaient des enfants africains à l’époque ; initialement pas nécessairement pour les mettre à l’école, mais pour en faire des tirailleurs, ou des travailleurs forcés» dit Cheikh Hamidou. L’objectif du colon n’était pas de former des cadres indigènes, «L’objectif n’était pas de former, d’éduquer les enfants des colonies pour en faire des citoyens, mais d’en prendre une minorité, pour en faire des auxiliaires» précise Cheikh Hamidou.

«L’école apprend aux hommes seulement de lier le bois au bois pour faire des édifices de bois» souligne le Directeur d’école. Si le maître est conscient que «les hommes doivent apprendre à se construire des demeures qui résistent au temps», il pense qu’il faut sauver Dieu à l’intérieur de ces demeures. Fuyant les agitations vaines de ce monde ici bas, le maître ne s’intéresse qu’à deux occupations : les travaux de l’esprit et les travaux des champs. «Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle» dit l’Evangile selon Saint Jean qui se rapproche de ce point de vue de la doctrine traditionnelle de l’Islam. Le maître croit profondément que l’adoration de Dieu n’est pas compatible avec aucune exaltation de l’homme, «la pensée de la mort tient le croyant éveillé» ou Thierno de rajouter «notre monde est celui qui croit à la fin du monde. Qui l’espère et qui le craint à la fois». En effet, Thierno voudrait œuvrer à l’émergence d’un nouveau Diallobé, plus fort, plus apte intellectuellement et moralement à s’opposer colons français. «Nous refusons l’école pour demeurer nous-mêmes et pour conserver Dieu à sa place dans nos cœurs» dit le maître qui précise «si Dieu a assuré leur victoire nous (colonisation), c’est qu’apparemment, nous qui sommes ses Zélateurs, nous L’avons offensé». Le maître voudrait tuer tout désir de vie, les moindres signes de manifestation de l’orgueil légendaire des nobles Diallobé. C’est une conception de la religion tournée vers la mort : «Etrange cette fascination du néant sur ceux qui n’ont rien. Leur néant, ils l’appellent l’absolu. Ils tournent le dos à la lumière, mais ils regardent fixement l’ombre». Samba DIALLO se rend, lui-même, régulièrement sur la tombe de tante Rella, parfois de nuit, pour lui parler. Samba DIALLO donne son avis sur la façon dont l’Islam est conçue dans la société traditionnelle : «Mon père ne vit pas, il prie». Le maitre méprise l'enseignement des Blancs qu'il regarde comme uniquement utilitaire. Pour lui, les Occidentaux sont aveuglés par leur volonté de conquête, obnubilés par la puissance économique, industrielle et commerciale. Il craint qu'à leur contact, Samba perde la dimension spirituelle de sa formation première et son dialogue privilégié avec Dieu. «Au Foyer, ce que nous apprenons aux enfants, c’est Dieu. Ce qu’ils oublient, c’est eux-mêmes, c’est leur corps et cette propension à la rêverie futile, qui durcit avec l’âge et étouffe l’esprit» dit le chef des Diallobé. A la fin de sa vie, Thierno fait une confession : «j’ai depuis longtemps, senti que j’étais le seul obstacle au bonheur de ce pays. J’ai feint de n’être pas cet obstacle». Il précisera sa pensée avec un regain de tristesse : «j’ai pensé cette chose infâme : que Dieu pouvait être un obstacle au bonheur des hommes».

Face à cette vision traditionnaliste le débat autour de l’école française fait rage. Est-ce que le travail qui vise à conserver la vie, diminue la place de Dieu dans l’attention de l’homme ? «Si un homme croit en Dieu, le temps qu’il prend à sa prière pour travailler est encore une prière» dit KANE. Femme de poigne et de conviction, dans un monde masculin, la Grande Royale, sœur aînée du chef des Diallobé, tout en étant convaincue de cet objectif de résistance aux colons, estime que la vraie place de Samba DIALLO ne se trouve pas au «Foyer-Ardent» : «Le maître cherche à tuer la vie en toi. Mais je vais mettre un terme à tout cela» ou que ces valeurs traditionnelles «se tiendront encore au chevet du dernier humain». La Grande Royale est en faveur de l’école française, «Le temps est venu d’apprendre à nos fils à vivre. Je pressens qu’ils auront affaire à un monde de vivants où les valeurs de la mort seront bafouées et faillies». Pour elle, les Africains, s'ils veulent échapper à la misère et, peut-être, prendre leur revanche sur l’Occident, doivent fréquenter l’école coloniale «il faut aller apprendre chez eux l’art de vaincre sans avoir raison. Au surplus, le combat n’a pas cessé encore. L’école étrangère est une forme nouvelle de la guerre que nous font ceux qui sont venus, il faut y envoyer notre élite». Dans ces conditions, Samba DIALLO devient un éclaireur, celui qui ouvre le chemin à une autre génération. «S’il y a un risque, elle (élite) la mieux préparer pour la conjurer, parce qu’elle est la plus fermement attachée à ce qu’elle est. S’il y a un bien en tirer, il faut qu’elle soit elle qui l’acquière la première» précise la Grande Royale. Parce qu'il appartient à l'élite, classe la plus attachée aux valeurs traditionnelles, Samba DIALLO paraît le plus apte à tirer de l'enseignement européen ce qu'il a de bénéfique sans pour autant renier ses racines. L’opposition de la Grande Royale à la poursuite de l’action éducative coranique de Thierno pour­rait signifier une condamnation de la religion, perçue comme facteur d’inhibition des forces vives du peuple. Le débat autour de l’école française montre que la société traditionnelle doute d’elle-même : «J’ai mis mon fils à l’école et j’ai prié Dieu de nous sauver tous, vous et nous», confie le père de Samba DIALLO à Paul LACROIX. La finalité dernière de l’éducation est de don­ner à l’homme toutes les chances de s’épanouir «Chaque jour, nous conquérons un peu plus de vérité, grâce à la science. (…). Mais cette vérité est partielle, et tant qu’il y aura l’avenir, toute vérité sera partielle. La vérité se place à la fin de l’histoire» dit KANE en hégelien. Or, l’éducation traditionnelle semble ne laisse aucune marge d’appréciation aux enfants. «Le balan­cement perpétuel entre des pôles d’attraction opposés, entre les conceptions de Thierno et celles de la Grande Royale, entre l’attrait qu’exerce le Foyer-Ardent et la fascination émanant de l’école nouvelle, les différentes sollicitations auxquelles ce jeune cœur est soumis, tout cela ne peut qu’accentuer son malaise» dit Fadel KANE. La Grande Royale est consciente de cette déchirure, mais pense que le défi en vaut la chandelle, dans cette recherche balbutiante de la Vérité : «L’école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu’aujourd’hui nous aimons et nous conservons avec soin, à juste titre. Peut-être notre souvenir lui-même mourra-t-il en eux. (…). Ce que je propose c’est que nous acceptions de mourir en nos enfants et que les étrangers qui nous ont défaits prennent en eux toute la place que nous aurons laissée libre». Pour cultiver nos champs, il faut que la graine meure. «Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits» dit l’Evangile selon Saint Jean.

C – Le dilemme dans la religion de la vie et de la mort

Cheikh Hamidou KANE, en philosophe dans une démarche métaphysique et métaphorique, a débattu de l’homme, la vie, la mort, Dieu. Il est en quête de la Vérité, quête du Sens, autrement dit, quête de la Réalité suprême, de Dieu. Ce qui donne à son roman un sens sa complexité, sa profondeur qu’il peut paraître parfois déroutant. La Grande Royale incar­ne en partie le monde que le soufisme proscrit. Le Maître des Diallobé, avec son ascétisme, son rigorisme et son effroi, a pour mission de tuer en Samba DIALLO, tout penchant à la vie méprisable du commun des mor­tels. Samba DIALLO n’a pas été tué par le fou, mais par Cheikh Hamidou KANE : «En définitive, le véritable meurtrier de Samba Diallo est Cheikh Hamidou Kane. Le crime a été froidement exécuté pour faire germer une nouvelle génération d’intellectuels africains plus portés à l’ac­tion qu’à la spéculation» dit Jacques CHEVRIER. De son séjour en Occident, Samba DIALLO, en adepte de Platon, n’a pas réussi à tirer ce qui constituait l’objet primordial de sa mission. «Nous n’avons pas cessé de nous métamorphoser, et que nous voila devenus autres. Quelquefois, la métamorphose ne s’achève même pas, elle nous installe dans l’hybride et nous y laisse. Alors, nous nous cachons, remplis de honte» tel est le bilan que tire Samba DIALLO de son expérience en France. L’Occident s’est immiscé en lui, insidieusement, avec les pensées dont il s’est nourri chaque jour depuis qu’il fréquente l’école française. Le héros du roman a le sentiment de perdre chaque jour une partie de lui-même : Les Africains «avaient Dieu. Ils avaient la famille qui n’était qu’un seul être. Ils possédaient intimement le monde». Pourtant, Samba aimé l’école française, mais Cheikh Hamidou fait remarquer que «les haines les plus empoisonnées sont celles qui naissent sur de vieilles amours». Samba n’a pas finalement appris «l’art de vaincre sans avoir raison». Les certitudes de son enfance ont fait place à ce qui constitue le cœur même de la philosophie, discipline qu’il s’était choisie : le questionnement et le doute. Aussi, revenu au pays des Diallobé, Samba DIALLO se retrouve-t-il en déphasage absolu avec son groupe et repousse-t-il jusqu’à ce qui mani­feste le plus l’identité de celui-ci, ce qui rythme la vie et en constitue la justification : la prière. La perte de cet élan spirituel commence avec l’influence de René DESCARTES. Samba Diallo adhère à l’idée que développe le philosophe dans les Méditations métaphysiques selon laquelle c’est la volonté de l’homme qui le fait ressembler à Dieu. Car la volonté humaine, à l’image du Divin, est libre, libre de faire ou de ne pas faire. Ainsi, Samba Diallo s’enthousiasme : “Le rapport entre Dieu et l’homme est d’abord un rapport de volonté à volonté. Peut-il y avoir de rapport plus intime ?” Si la reconnaissance de la loi divine est bien une affaire de volonté à volonté, c’est cette trop grande proximité rationnelle avec l’ordre divin qui conduira Samba Diallo à sa perte. «Jadis le monde m’était comme la demeure de mon père. (…) Ici, maintenant, le monde est silencieux et je ne résonne plus. Je suis comme un balafon crevé, comme un instrument de musique mort », dit-il. En choisissant des études philosophiques, Samba Diallo a choisi, dit-il, “l’itinéraire le plus susceptible de [le] perdre». Il faut observer la place particulière du fou et non de la folie, dans ce roman. Chez les Occidentaux le fou est une figure codifiée engageant la communauté entière. En revanche, dans la philosophie africaine, le fou attire l’attention sur l’ordre social à rétablir. Il dit le non-dit.

La tragique figure de Samba DIALLO, assassiné par le dément, a donné lieu à un examen de conscience de la société traditionnelle des Diallobé, dans le roman «Les gardiens du temple». En dépit de la brièveté de sa vie, le sacrifice de Samba n’a pas été vain. La société traditionnelle a bien saisi que le monde occidental ne recelait pas que des maléfices. Les Diallobé possèdent des richesses spirituelles et culturelles qu’il faut préserver, à tout prix, d’autant plus que le monde à venir va en avoir cruellement besoin. «L’Afrique ne doit pas prendre de l’Occident que le moindre et le meilleur. Le moindre, c’est le savoir le plus strict, le plus dépouillé, le plus proche de la raison, celui laisserait dans l’entendement des Africains sa place entière à leur être propre» dit Cheikh Hamidou KANE.

«Cheikh Hamidou KANE, son aventure ambiguë et ses gardiens du temple», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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«Cheikh Hamidou KANE, son aventure ambiguë et ses gardiens du temple», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

II – Les gardiens du temples ou le décalage entre les élites et le peuple

A – Une continuation et un approfondissement du dialogue

des thèmes engagés par l’aventure ambiguë

Dans une certaine mesure, «Les Gardiens du temple», répond à un certain nombre de questions qui avaient été posées dans L’Aventure ambiguë et qui n’avaient pas trouvé leur réponse évidente. Salif BA, le héros de Gardiens du temple est un Diallobé, comme Samba DIALLO, originaire du même coin, ayant subi la même éducation traditionnelle, étant entré à l’école moderne. Cheikh Hamidou a fait revivre Samba DIALLO dans la personne de Salif BA, ingénieur agronome qui a étudié en France : «il est le bâtisseur d’un monde nouveau et il a le pouvoir de l’enraciner profondément dans ce monde ancien». On peut donc apprendre sans oublier. En effet, Salif BA, nommé gouverneur d’une région, a pensé qu’il pouvait moderniser l’agriculture en association avec les paysans, à partir du savoir traditionnel agricole. Par conséquent, la question de savoir s’il fallait oui ou non entrer à l’école est résolue dans son cas. «J’ai voulu démontrer qu’il ne fallait pas penser que la rencontre et la synthèse sont impossibles» dit Cheikh Hamidou KANE. Il a une admiration pour les Français pour leur puissance de travail et leur rigueur, «ils sont d’une maîtrise, sans égale, dans l’art de rendre le monde utile à l’homme». Ils savent soigner les hommes, les nourrir les vêtir et les protéger, avec une maîtrise plus efficace du monde. Les Occidentaux proposent à l’Afrique un grand nombre de manières nouvelles. «Nous devons les examiner avec nos sens, notre bon sens, notre intelligence, notre cœur et y prendre le bien qu’il nous faut» dit Farba, un maitre griot. Une des valeurs essentielles de l’Afrique est la solidarité. Les biens matériels ne sont que des moyens destinés à combler les besoins essentiels de l’homme ; ils ont une utilité sociale. Or, les Occidentaux sont marqués par l’envahissement des objets ; ils peuvent manger ensemble, mais ce n’est pas une relation de proximité et de solidarité, mais un rapport de compétition. «Le partage inégal, l’accaparement, la loi du plus fort ne sont pas une fatalité, dans les sociétés humaines» dit Cheikh Hamidou KANE. Les Européens sont des travailleurs incomparables, mais ils sont individualistes et habités par une compétition féroce. «L’homme blanc vit de façon plus frénétique et plus âpre». La conception africaine de la vie est marquée par un dicton peul «Niam n’Gourra, Wonna Niam Paaya», en d’autres termes «une chose est de manger pour vivre, une autre chose de manger pour être gras et beau». On a un dicton Ouolof équivalent qui dit que «l’Homme est le remède de l’homme». Tout en rejetant la frénésie, l’agressivité, l’âpreté et la violence des êtres, il faut acquérir le savoir-faire des Occidentaux tout en nous préservant de leurs travers, tout en préservant le sens que nous accordons à la vie. «Pour nous, les biens matériels n’ont pas de valeur en soi. Ils n’ont de valeur que celle que leur confère le besoin, le besoin et l’usage qu’en ont les hommes» précise Cheikh Hamidou. Il faudrait rejeter dans la politique des Nations, comme le font les Occidentaux, cette conduite «déprédatrice, égoïste, et donc déraisonnable». L’homme n’existe pas la famille, sans la société, sans la communauté, sans la chaîne des générations. La figure tragique de Samba DIALLO avait annoncé un avenir sobre et fertile, «il ne faut pas négliger notre part de ce monde». En effet, l’humanité aura besoin des valeurs traditionnelles africaines : «le monde qui sera aura soif et faim de nous» dit Cheikh Hamidou KANE. Une valeur essentielle de l’Afrique, c’est l’éthique de la disponibilité. L’être disponible s’oppose à celui qui est occupé ou encombré de lui-même. Il est au contraire tendu hors de soi, tout prêt à se consacrer à une cause qui le dépasse, mais qu’en même temps il fait sienne. «Tout progrès technique devrait être équilibré par une sorte de conquête intérieure, orientée vers une maîtrise toujours plus grande de soi» disait BERGSON.

On voit d’autres personnages : un maître des Diallobé, un «Tierno» moderne qui pense que dans le souci de rendre le monde plus utile à l’homme, «la volonté du créateur est que l’homme jouisse des biens de ce monde». Dans L’Aventure ambiguë, le maître coranique n’a pas voulu se prononcer sur le fait de savoir si on devait aller à l’école nouvelle ou pas. Il dit : «Mon rôle était de vous initier à Dieu, ou vos enfants. Je l’ai fait. Ne me demandez pas de faire de la politique». Tandis que dans «Les Gardiens du temple», le représentant de la religion, Tierno Seydou Barry, dit qu’on doit chercher la connaissance partout, que c’est un devoir qu’impose Dieu, dans la mesure où Dieu nous a confié cette planète pour que nous la travaillions, nous l’utilisions pour la défense de l’Homme, «Deux lumières éclairent le pays des Diallobé : la haute lumière qui tombe du ciel et son reflet tendre dans l'âme des hommes". En effet, Thierno Saïdou BARRY, qui a été à l’école de Thierno Ahmet Baba BAL, alors maître des Diallobé pense que «Dieu veut et permet le bonheur des hommes». C’est un marabout orienté vers la vie, en rupture avec la doctrine traditionnelle austère et orientée vers la mort professée jusqu’ici au sein de l’islam qui considérait que toute exubérance de la vie devenait honteuse d’elle-même. L’attention portait à l’au-delà et à la mort réfrénait, disciplinait et orientait toute existence. Dans les «gardiens du temple», Thierno Saïdou BARRY représente une doctrine soufie de l’islam, tout en étant exigeant et rigoureux, il est habité par une joie et un optimisme qui inspire confiance. «Je suis un homme et, je crois, rien de ce qui est humain ne m’est étranger» dit en substance un poète berbère TERENCE.

Vous avez aussi un personnage qui est un peu une réincarnation de la Grande Royale, Daba Paye, une fille de griotte qui a un culte pour le savoir griotique mais qui a dû aller à l’école et qui, docteur en Histoire, regrette de n’avoir pas su pendant son enfance – parce qu’elle a été à l’école nouvelle – apprendre l’art du griot que sa grand-mère pratiquait avec distinction. En devenant historienne, elle pense pouvoir récupérer les savoirs, historique et griotique. Et il y a le personnage du griot qui n’a pas été à l’école. Ces deux, la griotte qui a été à l’école, agrégée d’Histoire, et le griot traditionnel, j’en ai fait un couple, ils se sont mariés. Pour montrer que vraiment la rencontre est nécessaire, possible.

B – Le décalage entre les élites et les besoins des populations

Salif BA, le héros du roman, «les gardiens du temple» est affecté en pays Sessene, une partie de cette tribu s’est agrégée en noyau refermé, repliée sur les traditions défendues avec une grande intransigeance. Certains Sessene croient encore en la religion traditionnelle suivant laquelle l’inhumation des griots défunts écartait de leurs terres les pluies d’hivernage. Les griots étaient réduits à ranger leurs morts, debout, dans les creux de quelques baobabs gigantesques. Les premiers conflits apparurent lorsque les griots commencèrent à se convertir à l’islam et voulurent enterrer leurs morts suivant le rite imposé par leur religion nouvelle. Il en résulta une crise majeure et une violente polémique, comme le débat autour de l’école dans «l’aventure ambiguë». Le Sénégal étant encore dirigé par un administrateur colonial, M. DANGLADE, celui-ci fait remarquer que la France enterre ses morts et en dépit de cela, il pleut en toute saison. Réplique de Mabigué M’BAYE, un griot «votre terre de France et ici, ce n’est pas la même chose».

Dans ce débat du décalage entre élites et populations Cheikh Hamidou KANE fait intervenir des personnages avec différents profils qui ressemblent à s’y méprendre à Léopold Sédar SENGHOR et Mamadou DIA, lors de la crise de décembre 1962. Cheikh Hamidou avait pour mentor, l’ancien premier ministre Mamadou DIA. Face ce conflit entre tradition et modernité le Tarman DANKORO, le vice-président, en première ligne dans la gestion de l’autonomie interne du territoire, prône la fermeté, «le temps est venu, pour moi, de briser les dirigeants de cette opposition réactionnaire, chez les Sessene». Pour lui, il suffit d’arrêter les meneurs, de les fouetter ignominieusement sur la place publique et de les relâcher. Jérémy LASKOL, le gouverneur du territoire, plaide pour la prudence, le fouet a été un instrument du colonialisme et du racisme.

Jérémie LASKOL, gouverneur indigène, avec une parfaite maîtrise de la culture française, est décrit comme un «Nègre-blanc» avec un risque de couper de ses racines et de la compréhension de son peuple. En effet, il appartient à cette race, sans même s’en apercevoir, tant qu’il vécut dans son milieu, donc avant qu’il ne s’en fut éloigné physiquement et intellectuellement qu’il «n’est pas aisé d’être Négre et Blanc à la fois». La rencontre entre l’Occident et l’Afrique installa la souffrance et la passion. Dans la tradition colonialiste, esclavagiste et raciste «Le Blanc, qui se croit homme, croit que le Nègre ne l’est pas».

Cheikh Hamidou considère que la brouille entre SENGHOR et DIA de décembre 1962 a été «un gâchis à cause de querelles politiciennes, à cause des clans qui s’étaient formés autour de chacun des deux hommes, et ils ont eu la faiblesse, l’un comme l’autre, de céder à ces clans et de se diviser, de se séparer». Aussi, dans les gardiens du temple, face à l’impasse politique, il image une sortie de crise, une thérapie de la palabre. Jeremy LASKOL est confronté dans une caserne à un tribunal du peuple composé notamment d’un marabout intègre, d’un curé et d’une griote. «Le cœur du problème est que les hommes ont faim et ils ont honte. Ils ont soif de justice. Ils veulent une règle du jeu. Le colonisateur lui-même en avait, quelque détestable que fut son jeu. Aujourd’hui, où est la loi où est seulement la règle ?». Le peuple doit pouvoir choisir son destin. «Toute notre vie, chacun de nous en fin de compte s’est battu contre lui-même, dans la solitude et notre entreprise était même plus insensée, car celui que nous cherchions à vaincre, et qui est nous-mêmes, avait été façonné pour nier, pour se renier !». En fait, on a cherché «l’homme noir avec les yeux d’un autre, les yeux de quelqu’un dont le regard l’anéantit». Pour édifier une règle du jeu acceptable par tous «nous devons ouvrir les portes de la réconciliation et de la confiance». Le salut est d’abord l’œuvre de l’homme avant d’être l’œuvre de Dieu. Il faut donc préparer le «rendez-vous de l’Afrique avec elle-même».

Pour Salif BA, gouverneur d’une région, face à l’urgence accrue des problèmes que rencontrent les populations africaines, il y a de fortes attentes à l’égard des gouvernants : «il est clair qu’ils (Les Sessene) qu’ils sont attachés à ce qu’ils sont, mais en même temps, ils attendent quelque chose de nous, ils nous observent avec confiance et espoir». La fidélité que les populations attendent de l’Etat c’est la fidélité du cœur et de l’esprit, «ils attendent que nous les aidions tout à la fois à persévérer dans leur être et à changer leur vie». Le personnage de Salif BA est profondément attaché à la culture africaine et à ses sources. «La mort des vrais griots est le malheur de notre race» dit Cheikh Hamidou. Certains Africains ne sont Noirs qu’en apparence : «je parle de nous tous, dont les cerveaux et les cœurs ont été capturés, annexés, pris en otages ou subtilisés. Nous sommes des zombies. Nos os, notre chair, notre sang sont bien là (…) ; mais notre le dedans est creux, vide ou trafiqué». Il a fait marier la griotte, Daba M’BAYE à son ami et griot, compagnon d’enfance, Farba MARI. C’est sur le plan agraire que Salif BA a concilié modernité et tradition. La terre étant la propriété de tous, comme l’air et l’eau, n’a pas à faire l’objet d’une appropriation privée. Salif BA a mis en place de nouveaux repères pour rebâtir un monde à l’endroit, fondé sur la raison, l’intelligence et le labeur des Sessene à qui il a redonné voix au chapitre et valorisé leurs savoir-faire ancestraux. Grâce à cette confiance rendue et à la responsabilité restituée aux Sessene «la vision qu’ils avaient d’eux-mêmes, de leur passé comme de leur présent, n’était plus frappée d’aucune malédiction». Salif a priorisé la production de la nourriture, en surveillant l’échosystème permettant ainsi une meilleure maîtrise de l’utilisation des terres. Là où les politiques ont échoué, Salif BA a redonné confiance aux populations locales qui ont loué ses qualités à travers le griot Mabigue M’BAYE «Le monde des Sessene était en train de partir en lambeaux, (…) du pays des Diallobé, notre parent est venu, notre courage il a ramassé, nos il a réunis. Du pays des Blancs notre parent est revenu, nous-mêmes à nous-mêmes, il a réconciliés». Avec le débat ouvert dans «l’aventure ambiguë», Cheikh Hamidou conclut dans les «gardiens du temple» qu’il «est possible d’apprendre sans oublier, et même d’apprendre à nouveau ce qui a été oublié».

Par ailleurs, Cheikh Hamidou rappelle que l’Afrique a souffert d’une triple dépossession. Celle de l’initiative politique ; on dirait que l’Afrique n’a jamais eu de rois ou d’empereurs ou de constitutions qui règlementent politiquement la coexistence des Hommes depuis son contact avec l’Occident. Il dit aussi que l’Afrique a été dépossédée de son identité endogène, de ses langues, de son Histoire. Il dit en troisième lieu que l’Afrique a vu une dépossession de l’espace. Dans le passé, on avait des empires, des royaumes, des provinces traditionnelles. L’unité de l’Afrique se fera par la culture. Pour Cheikh Anta DIOP il y a une unité culturelle profonde dans le continent africain. «Notre échec principal est de ne pas avoir été fidèles à notre identité. Nous devons, comme je l’ai dit, écrire, transcrire nos langues, les enseigner. Nous n’avons pas fait assez pour cela» dit Cheikh Hamidou.

«L’aventure ambiguë n’est plus ma propriété. Comme une bouteille à la mer, ce livre appartient désormais à tous ceux qui l’ont lu, et à tous ceux qui l’ont apprécié», dit Cheikh Hamidou KANE.

Bibliographie sélective,

1 – Contributions de Cheikh Hamidou KANE

A – Ouvrages de Cheikh Hamidou KANE

KANE (Cheikh Hamidou), L’aventure ambiguë, préface de Vincent-Mansour Monteil, Paris, R. Julliard, 1961, 207 pages ; 1971, Paris, Union générale d’éditions, 192 pages, et 1993, Paris, Union générale d’éditions, 191 pages et 1998, 191 pages ;

KANE (Cheikh Hamidou), Les gardiens du temple, Paris, Stock, 1995, 337 pages ;

KANE (Cheikh Hamidou), «Comme si nous nous étions donnés rendez-vous», in Esprit n°2, 1961, pages 47-62.

B – Interviews de Cheikh Hamidou Kane

KANE (Cheikh Hamidou), «Interview accordée à Sabine CESSOU : Cheikh Hamidou Kane au festival Etonnants voyageurs», in SlateAfrique, 17 juin 2011 ;

KANE (Cheikh Hamidou), «Interview accordée Antoinette DELAFIN et Tirthankar CHANDA : Cinquante ans d’aventures ambiguës, entretien avec Cheikh Hamidou Kane», Jeune Afrique 12 août 2011 ;

KANE (Cheikh Hamidou) «Entretien avec Cheikh Hamidou Kane Conversation animée par le professeur Amadou Ly (UCAD), et les doctorants Maguette Gueye, Abdoulkhadr Sarr, Ibrahima Diagne (UCAD) et Célia Sadai (Paris-Sorbonne). Propos recueillis et transcrits par Célia Sadai à Dakar, le 5 février 2011», La Plûme Francophone 6 septembre 2014.

LY (Harouna, Amadou ) «Biographie anecdotique de Cheikh Hamidou Kane», mise en ligne le 14 août 2013 ;

«Cheikh Hamidou Kane et l’aventure ambiguë» La Plume francophone du 11 juin 2013 ;

KANE (Cheikh Hamidou) «Je suis plus un témoin qu’un écrivain, interview à Nicolas Michel», in Jeune Afrique du 29 décembre 2010.

2 Critiques de Cheikh Hamidou Kane

ANOZIE (S.O.) «L’humanisme existentialiste chez Cheikh Hamidou Kane», in Sociologie du roman africain, Paris, Aubier, pages 148–159 ;

BA (Mamadou Kalidou), «Cheikh Hamidou Kane de l’aventure ambiguë au gardien du temple ou l’accomplissement d’une réflexion sur une cohabitation conflictuelle», Ethiopiques, 2009, n°82, 1er semestre ;

BA (N’Dèye), «Le plurilinguisme dans l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane», in Les Cahiers du GRELLEFF, n°2, mai 2011, pages 283-295 ;

BATTESTINI (Simon et Monique), MERCIER (Roger), Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais, Paris, F. Nathan, 1965, 64 pages ;

BERND, (Zila), «La quête d’identité: une aventure ambiguë», Voix et Images 1986 vo 12 n°1 34 pages 21–26 ;

BISANSWA (Justin), «Aux sources des littératures d’Afrique et des Antilles», Québec français, 2002, n°127, pages 24-29 ;

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CARRABINO (Victor), «Kane and Badiane : the Search for the Self», Rocky Mountain Review of Languages and Literatures, 1987, 47 pages 65–72 ;

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LY (Amadou), «Le soufisme dans le chapitre 10 de l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou KANE», in Ethiopiques, 2001, 1er et 2ème semestre, n°66-67 ;

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MEKA OBAM (Jean-Marcel), La structure symbolique de l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane et le monde s’effondre de Chinua Achebé, étude de critique discursive, Paris, L’Harmattan, DL 2008, 84 pages ;

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ZILPHA (Ellir), «La foi dans l’aventure ambiguë» in Ethiopiques n°7, 1976.

3 – Autres références

CHEVRIER (Jacques), La littérature nègre, Paris, Armand Colin, 1999, 300 pages ;

MOUPOUMBOU (Clément), La représentation de la mort dans le roman négro-africain d’expression française, thèse sou la direction du professeur Gîlles Ernst, Université de Nancy 2, 19 mars 2004, 414 pages, spéc. pages 66-71, 116-199, 125-135 et 150 ;

RIESZ (Janos), «Visages de l’Islam dans la littérature africaine d’expression française au Sud du Sahara», Actes colloque Universidade do Porto, Centro de Estudos Africanos, 2004, pages 131-147 ;

TAHA (Hussein), Le livre des jours (Al Ayyam), traduction de l’arabe par Jean Lecerf et Gaston Wiet, préface d’André Gide, Paris, Gallimard, collection Blanche, 1947, 288 pages.

Paris, le 11 septembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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