Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • Contact

Recherche

31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 20:33

Je n’ai pas pu attendre le rendez-vous organisé, le 19 septembre, par le Musée Dapper, c’est avec les yeux plein d’émerveillement, d’enchantement et d’admiration que j’ai rencontré le vendredi 16 septembre 2016, soir, à la Maison d’Amérique Latine, Paris dans le 7ème arrondissement, l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU. Je suis venu avec huit de ses livres qu’il m’a tous dédicacés (bibliographie jointe). Autant dire que la file de ceux qui attendaient leur tour s’est allongée. Alain MABANCKOU m’avait également dédicacés une longue liste de ses ouvrages. M. CHAMOISEAU, comme toutes les personnes investies d’une lumière, a été merveilleux dans sa patience et dans sa bonté. C’est pour cela que je retournerai le revoir au Musée Dapper, dans le 16ème arrondissement de Paris, qui organise cette soirée animée par Valérie MARIN La MESLEE, journaliste au Point. J’ai été agréablement surpris de constater que cette immense salle de la Maison d’Amérique était remplie d’Européens, autant dire que ces écrits témoignent que le particulier et l’universel sont indissociables. Quel bonheur de découvrir en chair en os, d’illustres contacts sur Facebook que je voyais pour la première fois, dont Mme Sylvie GLISSANT et notre Felwine SARR, national, dont le brillant esprit flatte notre égo. Le 21 septembre 2015, Patrick CHAMOISEAU, en magicien du verbe, a rendu hommage à Edouard GLISSANT, son ami et mentor, devant Christiane TAUBIRA et George PAU-LANGEVIN : «Il écrivait la nuit. La nuit, disait-il, l’amenait à relation immédiate avec presque la totalité de l'existant, tout le possible, tout l’invisible. (…) Ensuite, il y a la plume, l’encre et la plume, jamais de stylo-bille, sans doute là-aussi, par ce biais de la plume, le rappel des soifs de connaissance sur les bancs de l'école, le souvenir invoqué d’une écriture d'enfant». «Et puis, cet amour du papier, pas seulement du papier, mais du cahier, avec autant que je m’en souvienne, ces couvertures rigides, ces reliures cartonnées, noires, qui figuraient le livre » a-t-il encore évoqué. «Pendant longtemps nous avons vécu avec des absolus. Nous Antillais, du fait que l’on soit le produit d’une histoire éclatée, nous sommes déjà composites. Le pluriel est déjà présent. A partir de cette nouvelle complexité, Edouard Glissant s’est rendu compte que tous les peuples, les civilisations, et les individus se déplacent et se rencontrent. Il y a véritablement un processus de mise en relation généralisée. L’idée est de savoir comment penser son identité lorsque l’on est dans un flux relationnel permanent. La notion de "Tout-Monde" nous indique le nouvel espace à partir duquel et dans lequel nous devons vivre. C’est la totalité du monde» ajoute-t-il.

La rencontre concerne le nouveau livre de Patrick CHAMOISEAU, «La Matière de l'absence» sorti aux Editions du Seuil le 2 septembre 2016. «Ce que les poètes écrivent ne constitue que les décombres de ce qu'ils ont su vivre. Et ce qu'ils ont su vivre n'est que l'écume de ce qu'ils ont pu deviner et dont le manque leur reste à vie, comme le sillage d'une lumière». Man Ninotte, la mère de l’auteur, meurt le 31 décembre 1999. Cet événement emporte l’écrivain dans une vaste réflexion poétique sur la Martinique, les origines de l’homme, l’évolution contemporaine du monde. La vie de cette femme énergique et lyrique lui permet d’évoquer le destin du peuple antillais, depuis la cale des bateaux négriers jusqu’au cauchemar des plantations où les victimes durent inventer de nouvelles formes de résistance. Le livre se structure à partir d’évocations de la vieillesse, de la mort, des obsèques de Man Ninotte, qui permettent des explorations de la petite enfance de l’auteur, associée à de multiples origines, celles de la Caraïbe, celles des Amériques, celles de l’humanité. Le défi qu’il se lance – de mener de front un récit très intimiste, souvent bouleversant, sur sa famille, dominée non seulement par la mère, mais aussi par la sœur aînée surnommée « la Baronne», et une analyse qui remonte au temps préhistorique de l’Homo sapiens, jusqu’à une géopolitique de l’urbanisme, du paysage, du rapport entre les cultures – est parfaitement relevé, avec tendresse, humour et légèreté. Parfois intervient «la Baronne» à laquelle le narrateur s’adresse et qui apporte une touche de dérision à l’intellectualisme de son frère. Mais il n’en est pas perturbé et poursuit ses réflexions sur différents sujets : la mort, mais aussi les marchés, les petits magasins, les repas, les vêtements, les carnavals, l’école, l’église, la danse et la musique. Avec en arrière-plan de cette origine tragique (appelée «digenèse» par Édouard Glissant) qui n’est autre que le ventre du bateau négrier : lieu terrible d’une initiation à une autre poétique de l’existence au monde. «Ce que les poètes écrivent ne constitue que les décombres de ce qu’ils ont su vivre. Et ce qu’ils ont su vivre n’est que l’écume de ce qu’ils ont pu deviner et dont le manque leur reste à vie, comme le sillage d’une lumière», celle sans doute d’un très grand livre.

La Matière de l'absence est ce nouveau roman, qui succède à «L'Empreinte à Crusoë sorti chez Gallimard, en 2009, sans oublier un petit détour de l'auteur par le genre policier (Hypérion victimaire : Martiniquais épouvantable, La Branche, 2013) conjugue la mémoire intime et la mémoire collective : il a pour point de départ la disparition de la mère de l'auteur, Man Ninotte, le dernier jour de l'année 1999. Un nouveau millénaire s'ouvre sans la figure maternelle, que le narrateur et sa soeur évoquent dans une superbe complicité. L'héritage de l'enfance croise celui de l'histoire des Antilles dont Patrick CHAMOISEAU revisite genèses, rituels, modes de vie, géographie, retraçant avec humour et profondeur l'étonnante créativité d'un peuple.

Cet ouvrage est un concentré et une synthèse de l’œuvre de CHAMOISEAU. Il y a plusieurs étapes dans la contribution littéraire de l’auteur : l’histoire antillaise, l’enfance intime et les mythes fondateurs. Cet ouvrage est une synthèse de tout cela. Traditionnellement, la littérature antillaise était focalisée sur les questions identitaires, du NOUS, le domaine de l’intime existait, comme le «Moi, Laminaire » de CESAIRE, CHAMOISEAU pense que dans le NOUS, il y a l’individuel, mais comment s’approprier le collectif ? Ce que refuse CHAMOISEAU c’est cette autofiction impudique. Certes, il faut aller dans les lieux obscurs, difficiles, impensables comme la mort d’une mère, mais pour aboutir à cette force créatrice de la beauté, du «soleil de la conscience».

Le prix Goncourt 1992 avec son «Texaco », y avait entamé sa réflexion sur les relations entre les cultures et leurs mémoires, s'ouvrant à ses enjeux dans le monde contemporain. Le tissage de l'intime et du collectif sera le fil conducteur de cette rencontre avec l'écrivain de passage à Paris pour la sortie de son livre.

Patrick CHAMOISEAU est né le 3 décembre 1953 à Fort-de-France en Martinique. Prix Goncourt pour Texaco (en 1992), il est l'auteur de récits intimes (Une enfance créole, en trois volumes), de romans (Chronique des sept misères, Solibo Magnifique, Biblique des derniers gestes), d'essais (Éloge de la créolité, Lettres créoles, Écrire en pays dominé), de pièces de théâtre, de poèmes et de scénarios. Il vit à Lamantin. J’ai acheté ce merveilleux livre qu’est Texaco. «Une vieille femme câpresse, très grande, très maigre, avec un visage grave, solennel, et des yeux immobiles. Je n’avais perçu autant d’autorité profonde irradier de quelqu’un. Elle mélangeait le créole et le français, le mot vulgaire et le mot précieux, le mot oublié, le mot nouveau», c’est ainsi que l’héroïne de ce roman raconte à l’auteur plus de cent cinquante d’histoire, d’épopée de la Martinique, depuis les sombres plantations esclavagistes jusqu’au drame contemporain de la conquête des villes. Dès le début, on est pris dans un tourbillon coloré. C'est vivant et réaliste, parsemé d'expressions créoles. Extravagance et sagesse cohabitent chez les personnages hauts en couleur. Les difficultés de la prise de liberté, la conquête de «l'En-ville», la misère qui succède à l'espoir, l'importance des traditions, la peine à trouver sa place, l'auteur dépeint tout cela magistralement. Texaco est un quartier populaire de Fort-de-France. Bidonville pour les uns, lieu de richesse pour les autres. Texaco est un récit de l'histoire de ce quartier en l'insérant dans l'histoire d'une île, la Martinique, marquée par l'esclavage et la culture de la canne. Le narrateur, un urbaniste, rencontre la fondatrice du quartier de Texaco qui lui raconte son histoire familiale, prétexte à une histoire insulaire. Depuis l'abolition de l'esclavage, Patrick CHAMOISEAU raconte la naissance de l'industrie sucrière, puis le désastre de la montagne Pelée en 1902, et donc l'exil qui condamne Saint-Pierre au profit de Fort-de-France. Ville militaire, Fort-de-France n'était pas faite pour accueillir les masses de Martiniquais qui quittent les campagnes. le récit devient alors une longue suite de débrouilles, de petites affaires, d'espoirs aussi quand Aimé CESAIRE devient maire de la ville en 1946. Texaco est fondé près de la concession de l'entreprise pétrolière du même nom et, après les efforts de l'entreprise pour mettre fin à cette zone de vie, la municipalité envoie le narrateur, urbaniste rappelons-le, signe que le quartier survivra. Evidemment, le roman vaut pour son histoire incroyable qui retrace 150 ans de la vie martiniquaise. Patrick CHAMOISEAU décrit à merveille une société très cosmopolite, diverse et complexe aussi parfois : s'y mêlent des Noirs, des Blancs venus d'Europe, des békés, des Syriens et Libanais, des Coolies (descendants d'Indiens et de Chinois). Il vaut aussi pour sa langue d'une richesse incomparable dans la littérature contemporaine française, mélange de français d'un niveau remarquable et de créole qui enrichit considérablement la langue française. L'utilisation du créole est aussi un marqueur d'identité pour un peuple toujours en quête de la sienne. Patrick CHAMOISEAU a sans doute écrit, avec «Texaco», le grand livre de l'espérance et de l'amertume du peuple antillais, depuis l'horreur des chaînes jusqu'au mensonge de la politique de développement moderne. Il brosse les scènes de la vie quotidienne, les moments historiques, les fables créoles, les poèmes incantatoires, les rêves, les récits satiriques. Monde en ébullition où la souffrance et la joie semblent naître au même instant.

J’ai hautement apprécié l’univers poétique, onirique, philosophique et envoûtant du roman «Le papillon et la lumière» de Patrick CHAMOISEAU. A la nuit tombée, les papillons tourbillonnent autour des lampadaires, s’en exaltent, s’y brûlent le plus souvent. Parmi, eux, un jeune aux ailes fringantes s’élance comme les autres, tournoie dans les halos de la clarté, et foncent dans les éblouissements. Seulement, plutôt que de heurter cette féérie brûlante, il opère chaque fois un prompt demi-tour. Il survit, mais sent bien qu’une expérience fondamentale lui échappe : il ne connaît pas la lumière. Il s’en ouvre à un vieux papillon aux ailes intactes. Ce dernier semble d’abord éluder ses questions, avant de l’entraîner dans un voyage inattendu à travers la ville, au cœur de la nuit d’abord, puis au lever du jour vers le soleil. Et si la véritable lumière ne se trouvait pas là où on l’attend ?

Il faut accepter, reconnaître l'ignorance des choses pour laisser leur intelligence nous atteindre. Il ne s'agit pas d'accepter mais de recevoir la juste connaissance: un instant de beauté. Ni durée, ni poids, ni mesure, ni justification. Vivre pour la beauté du geste. Ce mouvement du devenir. Devenir c'est ne jamais cesser d'être, ne jamais y renoncer. «Celui qui n'a pas connu la mort ne saurait prétendre avoir connu la vie». Si l'on ne sait pas l'obscurité alors comment prétendre connaître la clarté ?

«Le papillon et la lumière» est un conte philosophique, la métaphore du papillon de nuit "irrésistiblement" attiré par la lumière artificielle qui le tuera propose aux petits comme aux grands une intense réflexion sur le sens de l'existence, le rôle qui jouent la connaissance, la curiosité, les choix, la patience, l'amitié, la sagesse. «Je n’attends rien ni personne. C’est pourquoi je ne suis jamais surpris de ce qui arrive. (…) Attendre quelque chose, s’attendre à quelque chose, soupire le vieux, n’est-ce pas fermer la porte à tout ce que l’on n’attend pas : à tous les autres possibles ?» dit le vieux papillon.

Bibliographie sélective

CHAMOISEAU (Patrick), La matière de l’absence, Paris, Seuil, 2016, 364 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), Une enfance créole, vol I, Antan d’enfance, Paris, Hatier 1990, Gallimard, collection Folio, 1993 et 1996, 185 pages et vol II, Gallimard 1994 et 1996, 202 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), Le papillon et la lumière, Paris, Gallimard, collection Folio, 2011, 98 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), A bout d’enfance, Paris, Gallimard, 2005, 283 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), L’empreinte à Crusoé, Paris, Gallimard, collection Folio, 2012 et 2013, 329 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), Texaco, Paris, Gallimard, collection Folio, 1992, 497 pages ;

Paris, le 16 septembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0

commentaires

Liens