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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 10:54

Le 28 août 1963, Martin Luther KING prononçait ce célèbre discours «I have a dream». En effet, en 1963, il se rend à Birmingham, en Alabama, pour soutenir le mouvement local pour les droits civiques. Devant la violence des émeutes interraciales qui s’y produisent et l’émotion dans le pays, le président KENNEDY propose une loi en faveur des droits civiques. Le docteur KING organise alors une marche de 250 000 personnes pour soutenir et porter ce projet. C’est au terme de celle-ci, devant le mémorial de LINCOLN, à Washington, que le docteur KING prononce son discours resté encore dans les mémoires : «Je rêve, qu’un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son crédo : nous tenons ces vérités pour évidentes, par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux. Je rêve, qu’un jour, sur les collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je rêve, qu’un jour, l’Etat du Mississipi lui-même, tout brûlant des feux de l’injustice tout brûlant des feux de l’oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits enfants vivront, un jour, dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau, mais à la nature de leur caractère». Le président KENNEDY est assassiné quelques mois plus tard, le 22 novembre 1963, mais son successeur, Lyndon B JOHNSON, fait voter la loi sur les droits civiques.

Martin Luther KING obtiendra, en 1964, le prix Nobel de la paix pour cette révolution non-violente. Humaniste, prédicateur, philosophe, brillant orateur, prix Nobel de la paix, disciple de GANDHI, Martin Luther KING a mis en œuvre la théorie de la non-violence dans sa lutte pour l’égalité des droits. Même quand les temps sont durs, le pasteur KING nous invite à entrer dans l’espérance et à ne jamais abandonner nos rêves. Il a fait un rêve de délivrer l’Amérique et le monde des démons du racisme. Pour cela, il a utilisé une arme redoutable : son exceptionnel talent d’orateur. Plaire, émouvoir, convaincre : telle est, depuis Cicéron, la recette du discours qui mobilise. Tous les grands hommes de l'Histoire se sont confrontés à cet art difficile, et ont eu cette ambition de toucher le cœur des hommes pour changer le monde, conquérir les foules et, parfois, modifier le cours de l'Histoire. C’est à ce titre, que le discours de Martin Luther KING, prononcé le 28 août 1963, devant le mémorial de Lincoln, à Washington, est devenu légendaire, et marquera encore longtemps les esprits

Mort en martyr le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee, Martin Luther KING a été crucifié pour libérer les hommes de l’intolérance et de l’injustice. Il était venu à Memphis soutenir la grève du Syndicat des égoutiers et des éboueurs, essentiellement des Noirs, qui réclamaient une revalorisation salariale. Ces ouvriers victimes, une fois de plus, de brutalités policières, scandaient un slogan : «I am a man», (Je suis un homme). «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai», dit Martin Luther KING. Le regard qu’il porte sur la société américaine en ce milieu du XXème siècle est particulièrement sévère. «Ce qui caractérise principalement la vie d’un Noir, c’est la souffrance, une souffrance si ancienne et si profonde qu’elle fait partie de presque tous les instants de sa vie», souligne t-il. Homme d’Eglise, puisant dans la tradition noire américaine, Martin Luther KING a dépassé les frontières ethniques pour se projeter dans l’action, et réclamer l’égalité des droits pour toutes les personnes défavorisées. «La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis», proclame Martin Luther KING.

Le docteur KING a exposé, dans un remarquable ouvrage intitulé «la révolution non-violente», ce qui l’a conduit à mener cette action en faveur de la justice, pour l’égalité et la paix. C’est incontestablement la pauvreté et l’exclusion dont sont victimes les noirs. L’hiver de 1962 a été particulièrement rude. Et le docteur KING pose cette question : pourquoi la misère hante-t-elle constamment les Noirs ? Partout les Noirs ont fait, plus que leur part, partout où le travail était dur, sale et dangereux. Et pourtant, une bonne partie de l’Amérique blanche est convaincue de la légitimité de l’esclavage.

On peut dire que, dans une certaine mesure, l’élection et la réélection de Barack OBAMA à la Maison blanche, ont réalisé le «rêve» de Martin Luther KING. Mais il existe d’autres causes à la colère des Noirs ; ce sont les inégalités économiques et sociales. L'élection et la réélection de Barack OBAMA, dans un pays miné par le racisme, est hautement symbolique. Toutefois des meurtres impunis des Noirs sont monnaie courante, même sous le mandat d'OBAMA. Un écrivain noir américain, qui réside maintenant en France, Ta-Néhisi COATES, a produit un remarquable brûlot, à ce sujet, intitulé «La colère noire» (voir mon post) et un mouvement de protestation, «Black Lives Matter» relayé en France avec l’affaire Adama TRAORE, a vu le jour (voir mon post). A l'approche des élections présidentielles américaines de 2016, avec un des candidats ouvertement raciste qui prône la revanche des petits Blancs et injurie les musulmans, le rêve de Martin Luther KING conserve encore tout son sens.

I – LES CIRCONSTANCES DU DISCOURS DU 28 AOUT 1963

En février 1961, le président KENNEDY accepte d’envoyer les troupes fédérales afin de permettre à un étudiant noir, James MEREDITH, de s’inscrire à l’université du Mississipi. En guise de retour d’ascenseur, le président KENNEDY fait, le 11 juin 1963, une déclaration retentissante à la télévision ; il va déposer un projet de loi sur les droits civiques : «Chaque américain devrait être traité, comme s’il voudrait que ses enfants soient traités. Maintenant le moment est venu pour cette nation de tenir sa promesse. La semaine prochaine, je vais demander au Congrès de prendre un engagement qu’il n’a pas pleinement pris en ce siècle. L’idée que la race n’a pas sa place dans la vie américaine».

En janvier 1963, Martin Luther KING a rencontré le président KENNEDY pour réclamer une loi sur les droits civiques. Mais on ne l’a écouté que d’une oreille distraite. Il a compris que la bataille à Birmingham pourrait contraindre le gouvernement fédéral à agir. Comme c’est une ville d’affaires, Martin Luther KING a été stratège : il va, contrairement, au mouvement d’Albany, concentrer la campagne à Birmingham, sur les magasins pourvus d’un snack-bar. Il est, particulièrement, humiliant, pour un Noir, de voir qu’on accepte son argent à tous les rayons, sauf au bar. Pour la première fois, il demande aux enfants des établissements scolaires de se joindre aux manifestations pour dramatiser les événements, et favoriser ainsi un large écho dans la presse. Martin Luther KING a recherché dans le pays, des soutiens de personnalités, comme Harry BELAFONTE, pour rassembler des fonds, en vue de faire libérer sous caution, les protestataires interpelés. Dans un contexte électoral, cette fois-ci, Martin Luther KING décide de ne pas respecter l’interdiction de manifester, et refuse le paiement d’une caution pour lui-même, son incarcération popularisera la lutte. Le sinistre chef de la Police, Bull Connor, l’arrêta. C’est de sa prison de Birmingham, en réaction à une partie de l’Eglise blanche qui le critiquait estimant que ces actions seraient l’œuvre d’étrangers, ou seraient prématurées et déraisonnables, que Martin Luther KING écrit la fameuse lettre du 16 avril 1963. Il y formule notamment sa théorie des «lois injustes». Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste, car la ségrégation déforme l’âme, et endommage la personnalité. L’interdiction d’un défilé, utilisée pour maintenir la ségrégation, est donc injuste. L’intervention de KENNEDY, sollicitée par Coretta SCOTT KING, a relancé et encouragé le mouvement de protestation à Birmingham. Après de graves violences (lances à incendies, brutalités, morsures de chiens), dont la presse a rendu compte, un accord a été trouvé le 10 mai 1963 mettant fin à la ségrégation des magasins et améliorant les conditions d’embauche des Noirs. C’est une victoire importante qui a déterminé le président KENNEDY à déposer un projet de loi sur les droits civiques.

C’est dans ces circonstances que Martin Luther KING organise la très célèbre marche du 28 août 1963, à Washington «pour l’emploi et la liberté», durant laquelle il a prononcé son «I have a Dream» (Je fais un rêve). Cette marche, pacifique, devant le symbolique Mémorial de Lincoln qui a aboli l’esclavage, rassemble, contre toute attente, 250 000 personnes, aussi bien noires (Harry BELAFONTE, Sidney POITIER, James BALDWIN, Joséphine BAKER, Joan BAEZ, Sammy DAVIS, Mahalia JACKSON, etc.), que blanches (Bob DYLAN, Paul NEWMAN, Joseph Léo MANKIEWICZ, Charlton HESTON, etc.). La marche coordonnée par Bayard RUSTIN, est le couronnement du succès de diverses campagnes de désobéissance civile organisées par Martin Luther KING, qui est maintenant mondialement connu. Cette initiative constitue, surtout, une étape clé, au plan national de l’affirmation de la communauté noire, tant du point de sa dignité que des revendications civiques et économiques. Il s’agit de rendre le combat des Noirs plus visible, donc plus efficace. En réaction à ces succès de Martin Luther KING, le 15 septembre 1963, des extrémistes blancs posent une bombe dans une église à Birmingham, en Alabama, qui tue 4 jeunes filles noires. Auparavant, le 12 juin 1963, le lendemain du discours de KENNEDY, Medgar EVERS, un dirigeant de la NAACP, à Jackson, en Mississipi, est assassiné. Ses deux meurtriers sont acquittés par deux fois par des juridictions du Sud. Il a fallu exporter le procès, hors du Sud, pour qu’ils soient condamnés.

Mais le 22 novembre 1963, le président KENNEDY est assassiné à Dallas. Lyndon B. JOHNSN (1908-1973), vice-président, est devenu, automatiquement, président des Etats-Unis. Mais c’est un sudiste, né à Stonewall, au Texas. Il tarde à répondre aux demandes des Noirs. Martin Luther KING, en homme pressé, lance une offensive pour l’inscription sur les listes électorales, du 21-25 mars 1964 à Selma, chef lieu comté de Dallas, ville moyenne située entre Montgomery et Birmingham. Au cours de la marche du 1er février 1964, Martin Luther KING et ses compagnons sont arrêtés, et jetés en prison. Après sa libération, il engage, le 7 mars 1963, une marche de 80 km entre Selma et Montgomery pour protester contre la lenteur de l’inscription des Noirs sur les listes électorales. Ces marches sont émaillées de graves violences policières. James REEB, un Blanc qui dînait dans un restaurant tenu par des Noirs, à Selma, est assassiné. A Marion, on enregistre le premier assassinat d’un jeune Noir.

II - L’INTEGRALITE DU DISCOURS DU 28 AOUT 1963
de Martin Luther KING « I
HAVE A DREAM».

"Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour participer à ce que l’histoire appellera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation.

Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité.

Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays.

C’est pourquoi nous sommes venus ici aujourd’hui dénoncer une condition humaine honteuse. En un certain sens, nous sommes venus dans notre capitale nationale pour encaisser un chèque. Quand les architectes de notre République ont magnifiquement rédigé notre Constitution de la Déclaration d’Indépendance, ils signaient un chèque dont tout Américain devait hériter. Ce chèque était une promesse qu’à tous les hommes, oui, aux Noirs comme aux Blancs, seraient garantis les droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur.

Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a manqué à ses promesses à l’égard de ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple Noir un chèque en bois, qui est revenu avec l’inscription “ provisions insuffisantes ”. Mais nous refusons de croire qu’il n’y a pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance, en notre pays. Aussi, sommes-nous venus encaisser ce chèque, un chèque qui nous donnera sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

Nous sommes également venus en ce lieu sacrifié pour rappeler à l’Amérique les exigeantes urgences de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure de tenir les promesses de la démocratie. C’est l’heure d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvant de l’injustice raciale et de l’établir sur le roc de la fraternité. C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu. Il serait fatal pour la nation de fermer les yeux sur l’urgence du moment. Cet étouffant été du légitime mécontentement des Noirs ne se terminera pas sans qu’advienne un automne vivifiant de liberté et d’égalité.

1963 n’est pas une fin, c’est un commencement. Ceux qui espèrent que le Noir avait seulement besoin de se défouler et qu’il se montrera désormais satisfait, auront un rude réveil, si la nation retourne à son train-train habituel.

Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Amérique jusqu’à ce qu’on ait accordé au peuple Noir ses droits de citoyen. Les tourbillons de la révolte ne cesseront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’à ce que le jour éclatant de la justice apparaisse.

Mais il y a quelque chose que je dois dire à mon peuple, debout sur le seuil accueillant qui donne accès au palais de la justice : en procédant à la conquête de notre place légitime, nous ne devons pas nous rendre coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique.

Le merveilleux esprit militant qui a saisi la communauté noire ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de tous les Blancs, car beaucoup de nos frères blancs, leur présence ici aujourd’hui en est la preuve, ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée bi-raciale. Nous ne pouvons marcher tout seul au combat. Et au cours de notre progression il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière.

Il y a des gens qui demandent aux militants des Droits Civiques : “ Quand serez-vous enfin satisfaits ? ” Nous ne serons jamais satisfaits aussi longtemps que le Noir sera la victime d’indicibles horreurs de la brutalité policière. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos corps, lourds de la fatigue des voyages, ne trouveront pas un abri dans les motels des grandes routes ou les hôtels des villes.

Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que la liberté de mouvement du Noir ne lui permettra guère que d’aller d’un petit ghetto à un ghetto plus grand. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos enfants, même devenus grands, ne seront pas traités en adultes et verront leur dignité bafouée par les panneaux “ Réservé aux Blancs ”. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New-York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable.

Je n’ignore pas que certains d’entre vous ont été conduis ici par un excès d’épreuves et de tribulations. D’aucuns sortent à peine d’étroites cellules de prison. D’autres viennent de régions où leur quête de liberté leur a valu d’être battus par les orages de la persécution et secoués par les bourrasques de la brutalité policière. Vous avez été les héros de la souffrance créatrice. Continuez à travailler avec la certitude que la souffrance imméritée vous sera rédemptrice.

Retournez dans le Mississippi, retournez en Alabama, retournez en Caroline du Sud, retournez en Georgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos des villes du Nord, sachant que de quelque manière que ce soit cette situation peut et va changer. Ne croupissons pas dans la vallée du désespoir.

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “ Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ”.

Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots “ opposition ” et “ annulation ” des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair.

Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud.

Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de fraternité.

Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres. Ce sera le jour où tous les enfants de Dieu pourront chanter ces paroles qui auront alors un nouveau sens : “ Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la liberté ! ” Et, si l’Amérique doit être une grande nation, que cela devienne vrai.

Que la cloche de la liberté sonne du haut des merveilleuses collines du New Hampshire !


Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de l’Etat de New-York !
Que la cloche de la liberté sonne du haut des sommets des Alleghanys de Pennsylvanie !
Que la cloche de la liberté sonne du haut des cimes neigeuses des montagnes rocheuses du Colorado !
Que la cloche de la liberté sonne depu
is les pentes harmonieuses de la Californie !

Mais cela ne suffit pas.

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Stone de Géorgie !
Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Look-out du Tennessee !
Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Mississippi ! Du flanc de chaque montagne, que s
onne le cloche de la liberté !

Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque Etat, nous pourrons fêter le jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les non-Juifs, les Protestants et les Catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux Negro Spiritual : “ Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres !».

Paris, le 28 août 2016, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

«Martin Luther King (Atlanta, 15 janvier 1929 – Memphis, 4 avril 1968), son discours du 28 août 1963 ou le rêve d’un monde plus fraternel et plus juste», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/.

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