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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 11:43

Je ne voudrais pas, en cette année 2016, et 240 ans après, commettre le sacrilège d’oublier un haut fait accompli par un mes ancêtres pour l’histoire du Sénégal : la révolution des Torodos de Thierno Sileymane BAL. En effet, c’est au Fouta-Toro, dans le Nord du Sénégal, en 1776 que le parti des marabouts, dirigé par Thierno Souleymane BAL a renversé le dernier Satigui, Soulèye N’DIAYE, et a instauré un Etat théocratique, électif, que l’on a appelé l’Almamiyat entre 1776 et 1890. En effet, Thierno Sileymane BAL a fondé une État théocratique inspiré d’un idéal de justice, de compassion et d’égalité, s'opposant notamment aux Maures pratiquant l’esclavage et abolissant les castes ainsi que toutes formes de servitudes. Cet Etat théocratique s’étendait de Dagana à l’ouest, jusqu’à Dembankani, à l’Est. Toutes provinces du Fouta-Toro sont incluses dans cet Etat, comme le Dimat, le Toro, le Halaybé, le Lao, le Yirlaabé Yebbiayabé, le Bosséya, le N’Guénaar et le Damga.

Chef de guerre et lettré musulman, Thierno Souleymane BAL, «Mouddo Horma», a fait ses études coraniques en Mauritanie, au Boundou, au Fouta Djallon et à Pire, est fils de Racine Samba Boubacar Ibrahima et de Maïmouna Oumou DIENG. Thierno Sileymane BAL dans sa stratégie de prise de pouvoir commença d’abord à consulter les grandes familles du Fouta-Toro. Il réussit notamment à convaincre Tafsirou Boggué, Amadou LY de Diaaba, Thierno Mollé, Mamadou Aly LY de Thilogne, El Féki MATT de Gaol. Il réussit à fédérer l’ensemble des notables et intellectuels arabisants du Fouta-Toro, dont Abdoul Khadiri KANE de Kobbilo, qui sera désigné le premier Almamy. En raison de son leadership charismatique, en grand stratège, intègre, pieux et humble, Thierno Sileymane BAL, dans la construction de son parti maraboutique, gagna la cause des Peuls et les Sebbé Colyyaabé, grands guerriers et alliés traditionnels de la dynastie des Satigui. C’est cette lame de fond qui  va constituer le Parti qui renversera la dynastie des Satiguis largement discréditée par son pouvoir abusif. Il mit fin à ce racket des Maures et réactiva l’islamisation du Fouta-Toro. Souleymane Baal était un homme de grande taille, bien bâti, le teint très noir. Il portait initialement le patronyme BA. Il changea son nom de famille BA pour prendre celui de BAL, car les membres de la dynastie «Ceddo Dénianké» portaient le nom BA, il voulait ainsi se démarquer d'eux, en raison de leur cruauté et du caractère arbitraire de leur pouvoir.

Le chef de cet Etat, doté à la fois d’un pouvoir temporel est religieux est désigné, démocratiquement, par l’assemblée générale des notables du Fouta-Toro : «Le battou». Le régime des Almamy étant un Etat théocratique, démocratique, fondé sur principes et valeurs morales, notamment de probité, il en résulte que le vrai pouvoir est détenu par le «Baatou», l’assemblée des notables du Fouta-Toro. Les décisions sont prises après la concertation au sein d’une instance des grands notables ; les décisions sont prises après consultations des Ministres, de l’assemblée des délégués et des grands dignitaires représentant les différentes couches sociales.

L’Almany, qui est à la fois chef politique et religieux, était élu ; ce n’était pas un simple héritage familial, le titre devait revenir au musulman le plus noble, le plus intègre et donc le plus méritant. On ne connaissait pas le système de déclaration de patrimoine, mais l’Almamy qui s’enrichissait de trop était évincé du pouvoir et ses biens confisqués.

En définitive, cet Etat est fondé outre sur les principes de démocratie, mais aussi et surtout des valeurs morales et éthiques, comme la probité, la prohibition du conflit d’intérêts, le critère de compétence, le sens du service public, de l’intérêt général et l’égalité de tous, et de chaque province, devant les charges publiques. En effet, c’est Thierno Sileymane BAL, lui-même qui a fixé ces règles de fonctionnement de l’Etat, fondées sur une action presque désintéressée. Sentant sa fin prochaine, il laisse aux populations du Fouta-Toro les huit recommandations suivantes, comme pour la Charte du Mandé (Mali) qui sont encore d’une grande actualité à l’aube du XXIème siècle :

- détronnez tout imâm dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez-le et expulsez-le s’il s’entête ;

- veillez bien à ce que l’imâmat ne soit pas transformé en une royauté héréditaire où seuls les fils succèdent à leurs pères ;

- l’imâm peut être choisi dans n’importe quelle caste ;

- choisissez toujours un homme savant et travailleur ;

- il ne faut jamais limiter le choix à une seule et même province ;

- fondez-vous toujours sur le critère de l’aptitude

- l’impôt, le produit des amendes et tous les revenus de l’Etat doivent être utilisés pour des actions d’intérêt général.

Cette révolution des Torodos, bien avant la révolution française, était une réaction énergique contre le pouvoir arbitraire des Satiguis Peuls, qui étaient animistes et violents. En effet, le Royaume du Tékrour (Fouta-Toro, au Nord du Sénégal) avait été fondé avant le Xème siècle. Il fut d’abord dirigé par la dynastie des Dia Ogo. A la fin du Xème siècle, le dernier roi de cette dynastie fut tué par War Diabi, qui prit le pouvoir et donna naissance à une nouvelle dynastie, celle des Manna. War Diabi se convertit à l’Islam et lança la guerre sainte contre ses voisins non-musulmans. Le Tékrour était alors la première région islamisée du Sénégal. Bien situé sur les routes transsahariennes et grâce au fleuve Sénégal navigable, le Tékrour participait activement au commerce de l’or et des esclaves. Il devint un pays riche et puissant mais tomba sous la domination successive du Ghana (XIème siècle), du Mali (XIIIème siècle) puis du Djolof (XIVème siècle).

A la fin du XVème siècle, le Tékrour fut conquis par Coly Ténguélla BA, un chef peul venu du Sud, qui lui redonna son indépendance et créa un nouveau royaume, le Fouta Toro, et une nouvelle dynastie, les Déniankobé. Au XVIème siècle, le Fouta Toro se lança dans des guerres de conquête et agrandit son territoire aux dépens de ses voisins : le Djolof et le Cayor. Par la suite, la dynastie des Déniankobé dut faire face à des guerres de succession et à des attaques extérieures. Le Fouta-Toro devenu faible et la dynastie des «Déninankobé» fondée sur le pillage et le pouvoir arbitraire, livra le pays aux Maures.

Parti venger la mort injuste de Mohamadou Aly Racine, l’Almamy Souleymane BAL fut lui aussi tué lors de la deuxième expédition en Mauritanie, en 1776, à Ulad Abdallah, dans le Diowol. L’imposition du turban est le rite principal intronisant chaque nouvel Almamy. Abdoulkader KANE succéda à Thierno Souleymane BAL. Parti poursuivre le Damel du Cayor, Amary N’Goné, qui a assassiné par surprise Hamady Ibrahima (il faisait la prière), Abdelkader fut fait prisonnier, pendant un an. Les gens de Bossoya qui l’accompagnaient se sont enfui la nuit et l’ont lâché. Pendant cette capture, il fut remplacé par Hamady Lamine BAL. Les gens du village d’Ogo contestèrent, un certain temps, sa légitimité, et il avait plus de 80 ans. Il fut tué le jeudi 4 avril 1807, au village de Gouriki. Il fut remplacé, à titre intérimaire, par Moctar Koudédié TALLA de Dionto, par Hamady Lamine BAL de Pire jusqu’en 1810.

On a recensé 85 désignations d’un Almamy, entre (1776-1890) ou «La Révolution des Torodo» avec de courtes périodes de vacance du pouvoir. La durée moyenne de règne de chaque Almamy est entre 3 mois et un an et demi. Chacun a le droit de postuler au titre d’Almamy ; ce qui en renforce l’aspect démocratique. On est loin de certains régimes africains actuels, de président à vie, fondés sur la cupidité, l’arbitraire et l’autoritarisme. En conséquence, les grandes familles du Fouta-Toro sont accédé à l’Almamat (KANE, BAL, BA, ANNE, TOURE, DIA, SY, THIAM, TALLA, BARRO, LY, WANE, N’DIACK). Mais deux familles qui ont dominé cette dsynatie : le LY ont été 30 fois au pouvoir et les WANE 23 fois, tandis que les BAL, à l’origine de cet Etat, n’ont été désignés que 4 fois Almamy. Les différents Almamy sont issus de différents villages, notamment de Bodé, Ogo, N’Guidjilone, Haïré Lao, M’Boumba, Diaba, Sinthiou Bamambé, etc. Certains Almamy ont été 2 ou 3 fois au pouvoir. Il est vrai qu’un certain Youssoufa a été 13 fois Almamy, mais à chaque fois, c’est à la suite d’une élection. Lorsqu’El Hadji Omar TALL tenta d’inférer dans ce jeu de désignation de l’Almamy, ce fut une grave crise.

Siré Abbas SOH cite la liste, sans qu’elle soit exhaustive, sans établir une chronologie précise, des Almamy suivants : Youssoufou Siré Demba LY de Diaba, Aboubacry Lamine BAL de Bodé, retour de Youssoufa, puis Siré Amadou Siré Aly d’Ogo, Youssoufa Siré, Aly Thierno Ibrahima de M’Boumba, Youssoufa Siré encore lui, il engagea une guerre contre Bocar Lamine BAL, Siré Lamine Hassane de Haïré, retour de Youssoufa, Bocar Modibo Soulèymane de Dondou, retour de Youssoufa, Ibra Diattar Attoumane de Gawol, Mohamadou Tapsirou Siré ANNE de N’Guidjilone, Youssoufa, Birane Thierno Ibra de M’Boumba, Mamadou Siré Malick BA d’Agniam Thiodaye, Mahmoudou Siré Malick d’Agniam Wouro Siré, Amadou Bouba LY d’Ogo, Siré Amadou Siré de Diama Halwaly, Youssoufa Siré LY (13ème fois Almamy), Almany Birane de Horé Fondé. Le Fouta-Toro resta un certain temps sans Almamy, en raison d’une grande famine. Ensuite ce furent, à partir de 1836, Baba LY Tapsirou Bogguel de Diaba, Mohamadou Birane WANE de M’Boumba, Mohamadou Mamoudou Siré d’Agniam Wouro Siré, Mohamadou Birane, Siré Aly Thierno Ibra WANE de M’Boumba, Amadou Hamat Samba SY de Pété, Racine Mahmoudou Hamady Ibra, de Médina N’Diatibé, Mohamadou Birane et ce fut l’avénèment d’El Hadji Oumar qui l’envoya avec Thierno Mollé Ibra pour une mission dans le Fouta. Ce furent ensuite Sibaway Siré Ahmadou d’Ogo, Amadou Hamat Samba, Racine Mahmoudou Hamady, Mahamadou Birane (vers 1859, fort de Matam). Ce dernier accompagna El Hadji Oumar à N’DIOUM qui recommandait aux Foutankais la nomination d’Amadou Thierno Demba, comme nouvel Almamy, contre Moustapha, pendant un certain au Fouta-Toro. Ensuite, les Foutankais élirent : Mahmoudou Elimane Malick de Bababé, Ahmady Thierno Demba de Diaba, Hamat N’DIAYE dit Alhassane de Haïré, (construction du fort de Haïré), Racine Mahamadou de Sinthiou Bamambé, Sada Ibra Amadou de M’Bolo Birane, Mohamadou Mamadou Aliou Tacko de Haïré (incursion d’une armée des Foutanakais, avec Demba War, chez Lat-Dior pour délivrer Ibra, le fils de l’Almamy Mohamadou), Malick Mohamadou de Diaba Deklé, Racine Mamadou pour la seconde fois. Le dernier Almamy est Boubou Abba LY de 1884 à 1890.

Les contemporains de Thierno Sileymane BAL ont loué ses qualités morales, intellectuelles et d’organisation. Ainsi, Jérôme PETION de VILLENEUVE (3 janvier 1756-20 juin 1794), un girondin, un des acteurs de la révolution française et élu maire de Paris, en succession de BAILLY en novembre 1791, souligne que «ce roi (Thierno Sileymane BAL), ayant été élevé dans la classe des prêtres, a apporté sur le trône plus de lumière que ses prédécesseurs». Pour Carl Bernhard WADSTROM (1746-1799), humaniste suédois mort à Paris, explorateur en Afrique et partisan de l’abolition de l’esclavage, Thierno Sileymane BAL est «homme dont l’esprit a été plus cultivé que celui des autres princes noirs, qui s’est rendu tout à fait indépendant des Blancs». En contraste avec ce régime éclairé de la dynastie des Almamy, WADSTROM est très sévère à l’égard des Rois abusant de leur pouvoir, et qui ne font que «partager leur temps entre les femmes et la table». Ces rois honnis se livrent à un commerce infâme (l’esclavage) avec un bénéfice et un usage médiocres (achat d’alcool). On sait que Thierno Sileymane BAL, partisan d’un Etat modeste, a interdit justement l’esclavage.

240 ans après que m’inspire encore cette révolution de Thierno Sileymane BAL ?

Thierno Sileymane BAL avait une conception particulière de l’Etat qu’il voulait instaurer : un Etat démocratique, éthique, fondé sur des valeurs morales, un pouvoir religieux inspiré par la compassion, le respect de l’individu et la compassion. A l’aube du XXIème siècle, mon ancêtre à certains égards serait fier de son héritage, à d’autres points, il serait carrément en colère. Thierno Sileymane BAL sera ravi d’apprendre que la nation sénégalaise, à plus de 95% de musulmans, est un pays tolérant, pacifique dans la diversité des croyances religieuses. Naturellement, je n’ai pas de photos de Thierno Sileymane BAL. Cependant, j’ai mis en illustration de ce post deux images de ses descendants : Ibrahima BAL et Badara BAL (disparu en automne 2015), qui sont mes oncles. Grands mabarouts, ils sont modestes, honnêtes et très religieux, à l’image de la grande majorité des Sénégalais que Thierno Sileymane BAL a fait islamiser.

Cependant, Thierno Sileymane BAL serait, je crois, particulièrement triste d’apprendre, même si c’est à la marge, le détournement des principes religieux par certains marabouts du Sénégal (Egocentriques, grands parasites cupides et affairistes, immixtion arbitraire dans la politique, exploitation d’enfants réduits à la mendicité, etc.). Thierno Sileymane BAL, qui voulait fonder un Etat inspiré par la compassion et abolir l’esclavage, condamnerait, probablement, sans réserve, les malades mentaux qui tuent des innocents, au nom de l’Islam. Pour Thierno Sileymane BAL, Dieu est amour. La religion c’est avant dans le cœur, les actes et la pensée ; une religion dépourvue de compassion n’est que mystification et barbarie. «Je suis plus proche de vous que votre nœud gordien» dit une sourate du Coran. L’individu n’est religieux que s’il est inspiré par la justice, l’équité et la liberté, bref par l’humanisme, c’est-à-dire tout ce qui fait que l’individu est déclaré par le Seigneur comme un être sacré qu’il faut honorer et protéger.

Mort en martyr, Thierno Sileymane BAL ainsi que ses descendants n'avaient pas cette forme actuelle de patrimonialisation du pouvoir de certains présidents africains à vie qui préparent la succession de leur progéniture. Cet affaissement des valeurs éthiques et morales, à travers notamment toutes les formes de corruption, de népotisme et de pouvoir arbitraire et violent, sont la honte de notre continent noir. Le Fouta-Toro n'a pas encore aboli les castes tel que le préconisait Thierno Sileymane BAL ; cet objectif d'égalité réel devrait poursuivi et consolidé. Jusqu'à preuve du contraire et en dépit de ma faiblesse en mathématiques, je reste convaincu que Un égale Un.

A titre personnel, je considère que Thierno Sileymane BAL est le grand oublié de l’histoire au Sénégal. Peu d’institutions, de places ou rues significatives portent son nom. Les jeunes générations, notamment les éColyers, ignorent son nom. On connaît de faux héros dont l’histoire a été montée en épingle afin de les transformer en grand résistant. Mais Thierno Sileymane BAL, lui, dont l’action a été décisive dans la construction de la nation sénégalaise, est resté le grand inconnu de son pays, confiné à la confidentialité. Il n’est jamais trop tard, même 240 ans, de réparer cette injustice.

Albi, le 20 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Les marabouts, Ibrahima et Badara BAL, de Danthiady, descendants de Thierno Sileymane BAL.
Les marabouts, Ibrahima et Badara BAL, de Danthiady, descendants de Thierno Sileymane BAL.

Les marabouts, Ibrahima et Badara BAL, de Danthiady, descendants de Thierno Sileymane BAL.

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commentaires

Dienaba Agne 10/08/2019 21:49

Bonsoir,
Très touchée par ce texte, merci. Ça fait du bien de connaître son ancêtre qui est un grand homme, et nous fait rappeller les valeurs à porter.

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