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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 19:53

Le plus grand boxeur, de tous les temps, nous a quittés le vendredi 3 juin 2016. Par ses combats, sur et en dehors des rings, son charisme, sa truculence et son énergie, Mohamed ALI, ce boxeur hors norme, a marqué nos esprits. Ali, en roi de la boxe, dans le film «When we were Kings», résume ainsi ses différents combats : «J'ai lutté avec un alligator, je me suis battu avec une baleine, j'ai passé les menottes à un éclair et emprisonné la foudre. La semaine dernière encore, j'ai tué un rocher, blessé une pierre, fait hospitaliser une brique. Je suis si méchant que je rends la médecine malade». Ou encore Ali décrit ainsi son métier : «L’herbe pousse, les oiseaux volent, les vagues mouillent le sable. Moi, je tabasse des gens». Spécialiste des phrases provocantes, il se fait aussi poéte : «Je me suis battu avec un alligator, j’ai catché une baleine, mis des menottes aux éclairs et foutu la foudre en taule» dit-il.

Le palmarès des combats d’Ali, en qualité de boxeur amateur, est déjà impressionnant : médaille d’or olympique des mi-lourds (75-81 kg) aux jeux de Rome en 1960, 108 combats, et 100 victoires. En sa qualité de boxeur professionnel, son palmarès est encore plus étonnant : 61 combats, 56 victoires, dont 37 par K.O. et 5 défaites. Ainsi, Ali a, notamment, battu Sonny LISTON, en 1965, Joe FRAZIER, le 8 mars 1971, au Madison Square Garden. Lors du combat mythique et historique du 30 octobre 1974, contre Georges FOREMAN, à Kinshasa, grâce à un don de 10 millions de dollars de dollars de Mobutu, Ali a encore fait sensation. «Ali boma yé !», «Ali, tue-le !», crient ses supporters en Lingala, une langue zaïroise. Norman MAILER retrace, chez Gallimard, «ce combat du siècle», organisé par Don King et récupéré à des fins politiques par le président Mobutu, dans une ambiance survoltée au milieu de 68 000 spectateurs. Les armes de Georges FOREMAN sont le silence, la sérénité et la ruse. Jamais encore il n'a été battu. Ses mains sont le seul instrument qu'il possède : «Il les tenait dans sa poche comme un chasseur laisse son fusil dans un étui de velours». Ali a, pour lui, l'intimidation, la rapidité, une intelligence tactique hors du commun et un charisme exceptionnel : «Je suis le maître de la danse, un grand artiste». Leur rencontre est celle de deux volontés de fer, deux ego monumentaux. «Ali, Frazier et Foreman. Nous ne faisions qu'un. Une partie de moi s'en est allée», dit Georges FOREMAN, son challenger au match épique de Kinshasa.

Né le 17 janvier 1942, à Louisville, dans le Kentucky, sous le nom d’un général blanc, de Cassius Marcelly CLAY junior, Mohamed ALI a livré, pendant 20 ans, des combats de boxe. «Cassius Clay est un nom d’esclave. Je ne l’ai pas choisi, je ne l’ai pas voulu. Je suis Mohamed Ali, un nom libre, et j’insiste pour que les gens l’utilisent quand ils parlent à moi et de moi» dit-il. À cette époque, le racisme qui touche les Noirs du sud américain atteint une de ses formes les plus violentes et les plus choquantes : la ségrégation. La vie quotidienne de la population noire américaine est faite d'inégalités, d’agressions physiques et de discriminations dans tous les domaines : emploi, école, santé, mariage, logement, droit de vote. Considérés comme des citoyens de seconde zone, les Noirs n’étaient pas autorisés à fréquenter certains lieux publics réservés exclusivement aux Blancs.

C’est dans ce décor d’injustices que Mohamed ALI grandit dans un quartier noir de Louisville. Il commence à prendre des cours de boxe à l’âge de 12 ans. Très rapidement, il remporte ses premières victoires et passe professionnel. Aux Jeux Olympiques d’été de 1960 à Rome, Mohamed Ali, alors âgé de 18 ans, remporte la médaille d’or des poids mi-lourd. Au-delà de son style de boxe hors du commun et de ses résultats spectaculaires, la personnalité du boxeur ne laisse personne indifférent. Ses déclarations publiques et son sens de la répartie lui vaudront le surnom de «Louisville Lip» (La lèvre de Louisville). Tantôt provocateur, tantôt poète, son verbe est aussi percutant que son poing. N’hésitant pas à chanter ses propres louanges et à revendiquer sa négritude, le jeune athlète brille sur le ring et en dehors. ALI est résolument antiraciste : «Détester des personnes en raison de leur couleur est une erreur. Et peu importe la couleur de celui qui hait. Il a tout simplement tort» dit ALI. Il affiche sa fierté d’être Noir «Je suis de l’Amérique. Je suis de cette partie du pays que vous ne voulez pas reconnaître. Mais habituez-vous à moi : Noir, sûr de moi, présomptueux», dit-il.  Il appelle les Noirs à prendre leur destin, et à abandonner le défaitisme : «L’impossibilité est juste un gros mot prononcé par des petits hommes qui trouvent plus facile de vivre avec le monde qu’ils ont reçu plutôt que d’explorer le pouvoir qu’ils ont de le changer. L’impossible n’est pas un fait. C’est une opinion. L’impossible n’est pas une déclaration. C’est un courage. L’impossibilité c’est une potentialité. L’impossible est temporaire. L’impossible n’est rien du tout» dit-il.

Tandis que d'autres boxeurs grognent et s'épuisent sur le ring, Ali, lui, s'enflamme, danse et combat jusqu'à ce que le monde entier parle de lui. «Flotter comme un papillon, piquer comme une abeille» tel est son slogan ou encore «Danse. Je suis le maître de la danse. Danse, je cogne, je frappe, je balance, je danse. Danse» s’exclame-t-il. «Les génies rencontrent-ils leur art par hasard ?» s’interroge Patrice LELORAIN dans sa biographie d’Ali, chez Gallimard. Probablement pas. Mais les légendes exigent une accroche forte et celle de Mohamed ALI débute avec le vol de son vélo. Un beau vélo bariolé et chromé à 60 dollars, un Schwin, venu illuminer le Noël 1954 du jeune Cassius, alors âgé de douze ans. Furieux et affolé, il sillonne les rues de Louisville jusqu'à ce qu'un type l'oriente vers le Columbia Gym, où l'officier de police blanc, Joe MARTIN, occupe son temps libre à la formation de jeunes boxeurs. Cassius CLAY est fasciné par l'ambiance, l'odeur de la salle.

Le génie vient de découvrir son art. «Les champions ne naissent pas dans un gymnase. Les champions naissent de l’intérieur d’un désir, d’un rêve, d’une vision» dit-il. «Il boxait aussi avec des mots» dit Nimrod BENA, un écrivain franco-tchadien. Fier de ses racines africaines et de sa religion, l'islam, Cassius se fait appeler Mohamed Ali. Plus qu'un boxeur, il est un porte-parole, un militant, un espoir pour les Afro-américains. En effet, Ali, est aussi et surtout, un humaniste qui a combattu pour les droits civiques. Ali exige qu’on l’appelle Cassius X, renonçant ainsi à son nom d’esclave légué par d’anciens propriétaires blancs. Il fréquente un certain Malcolm X, et la secte politico-religieuse «Nation of Islam» dirigée par Elijah Muhammad. En 1964, Cassius X devient Mohamed Ali et exige qu’on l’interpelle uniquement par son nom musulman. Durant la guerre du Vietnam, en 1966, Ali refuse d’aller au front car sa religion le lui interdit. Pour lui, «les Vietcongs sont des Asiatiques noirs», et il n’a pas à «combattre des Noirs». «Je n’ai rien contre le Vietcong. Aucun Vietnamien ne m’a jamais appelé "négro"», dit-il pour justifier son refus de combattre au Vietnam. Il est condamné le 21 juin 1967 à cinq ans de prison et 10 000 dollars d’amende. On lui retire son titre et sa licence de boxe. Mais il ne baisse pas la garde. En 1970, on lui réattribue sa licence, un tribunal ayant reconnu qu’une condamnation pour insoumission ne justifiait pas qu’on lui retire son moyen d’existence. «L'Homme, petit ou grand, a besoin d’étoiles pour se repérer. Il a besoin de modèles pour se construire, bâtir son estime de soi, changer son imaginaire, casser les préjugés qu'il projette sur lui-même et sur les autres» souligne Lilian THURAM, un ancien footballeur et champion du monde. Dans son enfance, une de ses idoles était Mohamed ALI.

Martin Luther KING a compris, avec l’appui d’un intellectuel noir, James BALDWIN, que pour interpeller, fortement, la conscience des Blancs et de politiques, il fallait mobiliser les artistes et les sportifs noirs. Dans le film, «When We Were Kings» (quand nous étions rois), Ali prend l'avion pour se rendre au Zaïre pour le combat contre FOREMAN. Dans l'avion il se rend dans la cabine des pilotes. Et là surprise les pilotes africains étant noirs, il relève, devant la caméra, qu'aux Etats-Unis on ne parle jamais des noirs qui ont réussi comme ces pilotes.

En 1984, on lui diagnostique la maladie de Parkinson. L’image d'Ali, vieux avant l'âge, tremblant pour allumer la flamme olympique d'Atlanta, en 1996, bouleverse le monde entier. L’homme consacre alors son existence à délivrer un message de paix, celui qu’il dit avoir trouvé dans l’islam la sérénité. ALI est mort en Roi, le 3 juin 2016. L’hommage rendu, ce géant de l’histoire, est planétaire. «Il avait du style, un sourire incroyable. Merci d'avoir inspiré des générations de combattants. Dieu est venu chercher son champion. Il était le plus grand», souligne Mike TYSON. «Personnellement, ce qu'il m'a montré, c'est qu'il ne faut jamais avoir peur, jamais arrêter de croire et jamais se contenter de moins", a dit Floyd Mayweather, ancien champion des welters. Pour Barack OBAMA, président des Etats-Unis, ALI est un «homme qui a secoué le monde et qui s’est battu pour ce qui est juste».

Bibliographie sélective

BARRES (Jean-Charles), «Mohamed Ali, The Greatest, est mort», L’Equipe du 4 juin 2016 ;

BELLEFROID (Thierry) BARRUTI (Barly), Chaos debout à Kinshasa, Glenat BD, 2016, 112 pages (sur le combat contre Foreman) ;

HAUSSER (Thomas), Mohamed Ali : sa vie, ses combats, avant-propos Hugues Mcllanney, traduction Christine Motti, Christine Leclere, Muriel Levet, Enghein-Les-Bains, 2011, 633 pages ;

HEINMANN (Benoît), Les combats de Muhammad Ali, Bordeaux, Le Castor Astral, 1998, 122 pages ;

HUFNAGEL (Johan), «Mohamed Ali ou l’art de la Punchline» Libération du 4 juin 2016.

KESSOUS (Mustapha), «Mohamed Ali, légende de la boex est mort»,  Le Monde du 4 juin 2016 ;

KESSOUS (Mustapha), «Mohamed Ali, une icône olympique»,  Le Monde du Sport du 4 juin 2016 ;

LELORIAN (Patrice), La légende de Muhammed Ali, Paris, Gallimard, Collection la Petite Vermillon, n°280, 2008, 216 pages ;

MAILER (Norman), Le combat du siècle, Paris, Gallimard, Collection Folio n°3714, 2002, 336 pages ;

NIANGOUNA (Dieudonné), M’appelle Mohamed Ali, Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2014, 60 pages ;

PHILONENKO (Alexis), Mohammed Ali, un destin américain : essai, Paris, Bartillat, 2007, 218 pages ;

TAELMAN (René), Les 100 plus grands sportifs de tous les temps : de Jesse Owens à Lionel Messi, Primento, éditions La Boîte à Pandore, 2015, 312 pages ;

THURAM (Lilian), Mes étoiles noires, Paris, Philippe Ray, 2014, 400 pages ;

WINTER (Jonah) JUSFORGUES (Pasquale), Mohamed Ali, champion du monde, illustrations de  François Roca, Paris, Albin Michel, 2016, 40 pages.

Paris, le 4 juin 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Mohamed ALI ou Cassius CLAY (1942-2016), un boxeur pour des causes justes», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
«Mohamed ALI ou Cassius CLAY (1942-2016), un boxeur pour des causes justes», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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commentaires

Brandie57 13/06/2016 18:42

Salut. J’ai été très triste d’apprendre le décès de ce grand homme. Je te remercie pour cet article sur lui, car je sais qu’il m’aidera à en apprendre plus sur Cassius Clay. A+

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