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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 14:05

Joseph ZOBEL est un écrivain martiniquais qui a longtemps séjourné et au Sénégal. Il s’était retiré, à la fin de sa vie, dans les Cévennes en France. J’avais rencontré, le samedi 21 mars 2015, au salon du livre, à Paris, Mme Jenny ZOBEL, la fille de Joseph ZOBEL ; elle vit à Londres. Son père, Joseph ZOBEL est un fidèle ami du Sénégal. En 2015, les Martiniquais ont célébré le centenaire de la naissance de Joseph ZOBEL, écrivain et artiste. Jenny me dédicace son livre consacré à son père «A Amadou BA, ces écrits de mon père qui était aussi un frère du Sénégal». Il faut dire que Joseph ZOBEL est venu, pour la première fois, au Sénégal, en 1957. Il est recruté par Amadou Maktar M’BOW, ministre de l’éducation, pour diriger un collège à Ziguinchor, en Casamance, dans le sud du Sénégal (actuellement, Lycée Djignabo). Le collège n’étant pas terminé, Joseph ZOBEL rejoindra, en 1958, Dakar pour occuper les fonctions de surveillant général du Lycée Van Vollenhowen. Il entrera par la suite à la radio nationale du Sénégal, pour y créer un service culturel.

En 1961, Joseph ZOBEL est chargé de réorganiser l’école des Arts de Dakar. Il obtient son détachement à la radio du Sénégal, pour former le service culturel et ne quitte le Sénégal qu’en 1974. Jenny exhume un écrit de Joseph ZOBEL, datant de 1958, datant de 1958 sur le «Sabar», danse au tam-tam : «Elles arrivaient par groupes, dans leurs boubous légers comme des tissus de brume et de lumière». Joseph ZOBEL décrit encore un peu plus l’atmosphère du sabar «Toute une foule debout formait autour d’eux une clôture bourdonnante de gaité admirative. D’autres arrivaient encore lorsque les tam-tams commençaient à battre. Six tam-tams que portaient en bandoulière de jeunes batteurs au torse nu. Devant eux, à l’intérieur du cercle, un tam-tam plus gros, posé par terre, qui, sous les doigts d’un batteur plus âgé, parlait d’une voix grave, alors que les six autres, frappés avec le plat d’une main et une baguette, alternativement, sonnaient plus clair».

1 – Joseph ZOBEL, un écrivain de l’identité culturelle et de la fierté martiniquaise

Joseph ZOBEL est né à Rivière-Salée, au quartier Petit Bourg, en Martinique, le 26 avril 1915. Issu d’une famille très modeste (une mère employée de maison et un père cocher de l’administration), il est élevé par sa grand-mère, Marie ROCHER, dite «Manman Marie», ou «Man Time», dans le film «La Rue Cases-nègres», ouvrière dans les plantations à sucre. Ce roman écrit en 1950, est tiré de ces souvenirs d’enfance. L'identité individuelle et antillaise est opposée à une identité française clairement distincte, inculquée par l'école. Celle-ci étouffe aux yeux du personnage principal, José, toute expression de l’univers antillais. L’école doit rester un lieu de conquête de la liberté, et non un instrument qui «étouffe et débilite». L’instituteur noir écrit au tableau que «l’instruction est la clé qui ouvre la deuxième porte de notre liberté». La plantation est le symbole du rejet de l’assistanat et de la dépendance. «C’est la première fois que l’Antillais se regarde, lui-même, avec fierté» dit Edouard GLISSANT à propos de ce roman qui s’inscrit dans la démarche de la Négritude initiée par Aimé CESAIRE Léopold Sédar SENGHOR. Douta SECK (1919-1991), une gloire nationale du Sénégal, est l’un des acteurs du film «La Rue Cases-nègres», en 1983, réalisé par Euzhan PALCY que j’ai rencontré le 15 juin 2015, avec ma petite Arsinoé.

Sage du village et mémoire de la communauté, M. Médouze (personnage que joue Douta SECK) a pris José sous son aile et lui apprend de nombreuses choses sur la vie, la nature, le passé d’esclaves de leurs ancêtres. La famille de Douta SECK était également dans ce cinéma aux Champs-Elysées. Que d’émotion ce jour-là ! «Mon film, c’est la haine du colonialisme» dira, à Cannes, Euzhan PALCY.

Brillant élève, ne pouvant pas avoir une bourse, pour poursuivre ses études en France, après le baccalauréat, il accepte, en 1937, un emploi de secrétaire comptable qui le conduit, successivement, au Saint-Esprit et au Diamant, où il découvre la vie des pêcheurs, différente du monde agricole. Après des articles sous un pseudonyme dans un journal, «Le Sportif», et afin d'éviter la censure vychiste, Joseph ZOBEL écrira, en 1942, son premier roman, «Diab’la» qui est l’histoire d’un paysan qui voulait s’émanciper en vivant dans une communauté de pêcheurs. «Je sens comme si je suis un peuple, tout un peuple» écrit Joseph ZOBEL. Dans sa lumineuse préface Georges PILLEMENT souligne que «les écrivains martiniquais ont décidément droit de cité dans la littérature française, ils s’imposent à nous autant par la qualité de terroir, par leur particularisme, que leurs accents profondément humains, par leur esprit  généreux et social qui les anime».  En effet Joseph ZOBEL nous séduit, dans ce roman par sa peinture savoureuse des Noirs dans un petit village de pêcheurs de Martinique, avec des coutumes curieuses et sympathiques. Il décrit un cabaret, «Les Sept pêchés» avec l’envie d’y prendre un punch. Les fêtes, les danses, la nuit de la Toussaint dans le cimetière, les jeux des enfants sur la plage, sont autant une atmosphère envoûtante. Ce chef-d’œuvre de la littérature régionale ne s’illustre pas seulement par son particularisme, mais c’est avant tout l’histoire d’un homme costaud, fort qui ne veut pas travailler dans la plantation. Il se veut se consacrer à la terre ingrate et rocailleuse.  Et c’est en même temps, l’histoire  de «la libération de l’homme, dans l’espoir d’une vie meilleure, libre des servitudes et des exploitations» dit Georges PILLEMENT. Joseph ZOBEL brosse un hymne à la liberté, une revendication d’une société mieux organisée où les Martiniquais auront la place qui leur est due. C’est un roman social, «sans acrimonie, sans haine, qui apporte aux Noirs de la Martinique et d’ailleurs, la confiance dans un destin nouveau» dit PILLEMENT.

En 1946, Joseph ZOBEL quitte la Martinique, pour suivre, à Paris, des cours à la Sorbonne, d’ethnologie et d’art dramatique. Il s’installe à Fontainebleau avec sa famille, en qualité de surveillant au lycée François 1er. En 1953, il publie son roman, «La Fête à Paris». En effet, dans les années 50, l’activité culturelle à Paris est intense. Il existe un vrai engouement pour la culture noire et notamment pour le jazz. Dans les caves, Joseph ZOBEL participe à ces fêtes en déclamant des poèmes. Pour Joseph ZOBEL «chaque jour qui passe est une victoire contre la mort». Aussi la vie, comme à Paris de son époque, est une fête.

2 – Joseph ZOBEL, un poète

«Le Soleil m’a dit» est un recueil de poèmes réédité en 2002, dans lequel, Joseph ZOBEL donne à voir une facette moins connue mais tout aussi intéressante d'un des écrivains antillais les plus populaires. Incantation pour un retour au pays natal, dont le titre fait un clin d'œil au chef-d'œuvre d'Aimé Césaire, est un bref recueil daté de 1965, composé de trois chants d'amour à la Martinique, à son peuple chaleureux et aux racines familiales de l'auteur, chants qui laissent sourdre l'angoisse que lui cause l'exil.

Les «Poèmes de moi-même», publiés pour la première fois en 1984 lors d'un séjour de Joseph ZOBEL en Martinique, mêlent les évocations de l'enfance villageoise, les références à l'expérience sénégalaise et des poèmes plus intemporels où le spectacle de la nature et du jardin de l'auteur le disputent à l'introspection et au thème de l'amour, traité avec une légèreté empreinte de mélancolie. Présentés une première fois en 1994 dans l'ouvrage du même nom, qui mêlait poésie, dessin et extraits du journal personnel de Joseph ZOBEL, les Poèmes d'Amour et de Silence poursuivent les mêmes thèmes avec une esthétique empreinte de compassion et de sérénité. Les poèmes les plus récents de Joseph ZOBEL ont pour leur part été regroupés sous le titre «Le Soleil m'a dit», et sont présentés dans un essai de classement thématique : qui voit se succéder l'évocation du monde de l'enfance de Joseph ZOBEL, le processus de création artistique, le spectacle de la nature et des tableaux plus intimistes sur les rêves, l'Amour, les voyages et le temps qui passe.

3 – Joseph ZOBEL, un conteur

«Et si la mer n’était pas», atteste que Joseph ZOBEL est le plus populaire des écrivains antillais. Cette popularité, il la doit à son talent de conteur, mais aussi à sa remarquable faculté de faire revivre les Antilles d'antan. Dans ce recueil, on croise un campagnard qui entreprend une longue marche pour découvrir la mer, on participe à la vie d'un bourg qui s'anime autour de la boutique du coiffeur puis ZOBEL parle, sans émotion, d'une famille qui illustrait "la négritude en action"; les Nardal. Ce recueil (c'est un peu La Rue Cases-Nègres sous des angles nouveaux), procure un plaisir de lecture aussi grand que le célèbre roman.

Dans «Gertal» un recueil de nouvelles inédites, Joseph ZOBEL donne une fois de plus la mesure du talent de conteur qui a fait de lui un des écrivains antillais les plus populaires. La première nouvelle, «Gertal», nous ramène un étonnant personnage qui nous était apparu dans «Laghia de la Mort», et qui nous reçoit chez lui quelques décennies plus tard, dans une situation aussi tendue. Le récital, une soirée en Guadeloupe. Escale dans un bar branché faisant suite, sur fond de James BROWN, au concert d'un guitariste virtuose, sert de prétexte au narrateur pour nous parler de l'amour fraternel et de la magie du spectacle, qui meurt quand s'éteignent les projecteurs. L'homme au baiser de silence est le récit d'une rencontre aussi brève que singulière dans le Paris de l'immédiat après-guerre, un hymne à l'amitié par delà les frontières et les circonstances. Avec L'étrangère, nous retrouvons le petit yacht assurant la liaison entre Fort-de-France et Petit-Bourg, et qui ramène cette fois une femme partie faire fortune bien des années plus tôt à Panama. Joseph ZOBEL partage enfin, avec humour et légèreté, les petits tracas du quotidien dans le récit intitulé Le porte-monnaie. Ce recueil de nouvelles est suivi d'extraits du Journal de l'auteur, de 1946 à 2002, dont les premiers avaient été publiés dans le livre D'Amour et de Silence en 1994. A travers quelques moments de la vie de Joseph Zobel, nous avons le privilège de découvrir son parcours et son entourage au fil des ans, ainsi que le regard qu'il pose sur le monde contemporain.

Joseph ZOBEL n’est pas seulement qu’un romancier et un conteur, il est aussi un poète, même quand il écrit ses romans : «La mer dansait au soleil comme un banc de sardines vives. Soudain, l’air se mit à trépider, et se confondit dans un chaos d’éblouissement» écrit-il dans «Les mains pleines d’oiseaux».

Joseph ZOBEL s’intéressait à la poterie, aux fleurs, à la vie et à la rencontre avec les autres. Joseph ZOBEL est un amoureux de la France. Il achète, en 1955, à Générargues, petit village du Gard, non loin d’Anduze, dans les Cévennes, une petite maison. Celle-ci lui servira de maison de vacances, jusqu’à sa retraite où il s’y installera, définitivement. Il est mort le 17 juin 2006, à Alès, dans le Gard, en France. José LE MOIGNE a écrit un titre évocateur sur cet homme de métissage culturel : «Joseph Zobel : le cœur en Martinique, les pieds dans les Cévennes».

Bibliographie sélective

1 – Contributions de Joseph ZOBEL

ZOBEL (Joseph), D’amour et de silence, Provesta, 1994, 203 pages ;

ZOBEL (Joseph), Diab’la, roman antillais, préface de Georges Pillement, Paris, Bibliothèque de l’Union française, 1940, et 1979, Nouvelles éditions Latines, 174 pages ;

ZOBEL (Joseph), Gertal et autres nouvelles, éditions Ibis Rouge, 2002, 222 pages ;

ZOBEL (Joseph), Jours immobiles, Kraus Reprint, 1970, 217 pages ;

ZOBEL (Joseph), La Fête à Paris, Periodical Service Company, 1953, 256 pages ;

ZOBEL (Joseph), La rue Cases-Nègres, Paris, Présence Africaine, 1974, 240 pages ;

ZOBEL (Joseph), Laghia de la mort, Paris, Présence Africaine, 1978, 111 pages ;

ZOBEL (Joseph), Le soleil m’a dit, Paris, éditions Ibis Rouge, 2002 207 pages ;

ZOBEL (Joseph), Le soleil partagé, Paris, Présence Africaine, 1984, 215 pages ;

ZOBEL (Joseph), Les mains pleines d’oiseaux, Paris, Nouvelles éditions Latines, 1978, 157 pages ;

ZOBEL (Joseph), Mas Badara, Paris, Nouvelles éditions Latines, 1983, 150 pages ;

ZOBEL (Joseph), Quand la neige aura fondu, Paris, éditions Caribéennes, 1979, 145 pages ;

ZOBEL (Joseph), Si la mer n’était pas bleue,  Paris, éditions Caribéennes, 1982, 88 pages.

2 – Critiques de Joseph ZOBEL

CESAR (Sylvie), La «rue Cases-Nègres» du roman au film, Paris, L’Harmattan, 1994, 221 pages ;

LE MOIGNE (José), Joseph Zobel : le cœur en Martinique, les pieds en Cévennes, Ibis Rouge, 2008, 172 pages ;

TAHER (Amode), Analyse critique : la rue Cases-nègres, Vacoas (Maurice), Le Printemps, 1989, 67 pages ;

VALDOR (Sylvie), L’image de la femme dans les romans de Joseph Zobel : Diab’la, La rue Cases-Nègres, Les mains pleines d’oiseaux, 1993, 90 pages ;

ZOBEL (Jenny), Joseph ZOBEL : écrits inédits, Rivière Pilote, Collection régionale de Martinique, Connaissance du patrimoine, 34 pages ;

Paris, le 4 juin 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Joseph ZOBEL (1915-2006), un écrivain au carrefour de plusieurs civilisations, entre
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