Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • Contact

Recherche

7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 20:33

«Paris est tout petit, c’est sa grandeur. Tout le monde s’y rencontre" souligne le poète Jacques PREVERT. J'avais rencontré le professeur M’BEMBE au Collège de France le 2 mai 2016. Il m'a impressionné par sa docte contribution. De par son bouillonnement culturel Paris est bien la capitale culturelle de l’Afrique. J'en profite pour demander à Mme Anne HIDALGO qu'une maison de la culture et des arts pour l’Afrique soit enfin créé à Paris. C’est ainsi que le samedi 7 mai 2016, à 14 h 30, j’ai revu, au Musée Dapper, à Paris 16ème, le professeur Achille M’BEMBE autour de son nouvel ouvrage : «Politiques de l’inimitié» qu'il m'a dédicacé. Cet essai explore cette relation particulière qui s'étend sans cesse et se reconfigure à l'échelle planétaire : la relation d'inimitié, pour ne pas dire de la haine. S'appuyant en partie sur l'œuvre psychiatrique et politique de Frantz FANON, le professeur M’BEMBE montre comment, dans le sillage des conflits de la décolonisation du XXème siècle, la guerre, sous la figure de la conquête et de l'occupation, de la terreur et de la contre-insurrection, est devenue le sacrement de notre époque. Cette transformation a, en retour, libéré des mouvements passionnels qui, petit à petit, poussent les démocraties libérales à endosser les habits de l'exception, à entreprendre au loin des actions inconditionnées, et à vouloir exercer la dictature contre elles-mêmes et contre leurs ennemis.

Le professeur M’BEMBé part du constat que le monde est tout petit, en raison de la finitude des ressources et de l’accélération de la vitesse qui abolit les distances. Nous vivons un emboîtement ; l’ici est ailleurs et l’ailleurs est ici. Pourtant, ce qui frappe c’est le désir de séparer, d’exclusion des minorités (Noirs, Arabes, Juifs, immigrés, etc.) de rétablir les frontières. L’inimitié c’est la mise en valeur de l’adversité, la haine, tout ce qui repousse. C’est un contexte caractérisé par des guerres, des polémiques et le terrorisme. Comment se fait-il que les démocraties libérales font appel, si facilement, à la guerre comme un moyen de résolution des conflits, alors que les solutions sont ailleurs ?

La guerre est toujours une défaite de l’imagination morale avec des prétextes fallacieux vitaux, Dans cette démarche de recours à la guerre qu’est-ce qui est accidentel ? Quest-ce qui est structurel ?

Les «ennemis de l’intérieur» comme l’immigré, le Noir, l’Arabe, le Juif sont exclus, parce que la différence de la différence n’est pas tolérée. La différence est traduite en hiérarchisation. C’est finalement une démocratie d’esclaves ; ceux qui ne sont pas autochtones sont marginalisés. L’universel devient une indifférence à la différence, c’est un universel ethnique.

Les explications purement matérialistes ne permettent pas de comprendre la crise actuelle des démocraties libérales qui est de l’ordre de la pulsion, du désir ou du non désir. Pour comprendre ces passions qui se déchaînent, le professeur fait à la psychanalyse de Sigmund FREUD et à la psychiatrie de Frantz FANON. FANON était médecin ; il soignait les gens atteints de folie. Il se trouve que des sociétés entières peuvent être atteintes de folie, soit par le racisme ou le terrorisme. Quelles perspectives ?

«L’ignorance, c’est le privilège des puissants» dit le professeur M’BEMBé. Il faut faire appel à «la pharmacie du passant». C’est la fête de l’imagination. Il y a des luttes essentielles et des luttes qui ne valent pas la peine d’un recours à la guerre. Le désir d’élimination de l’autre doit être réprimé et combattu, comme l’idéologie coloniale. Il pose par-delà l’humanisme, les fondements d’une politique de l’humanité.

Discret, modeste mais accessible et savant dans ses lumineuses démonstrations, le professeur M’BEMBE redonne confiance et espoir aux Africains, dans le respect de la diversité et de la rencontre avec les autres cultures.

Dans «De la postcolonie», le professeur estime ce que l'Afrique en tant que notion met en crise, c'est la façon dont la théorie sociale a, jusqu'à présent, pensé le problème du basculement des mondes, de leurs oscillations et de leurs tremblements, de leurs retournements et de leurs déguisements. C'est aussi la façon dont cette théorie a échoué à rendre compte du temps vécu dans sa multiplicité et ses simultanéités, sa volatilité, sa présence et ses latences, au-delà des catégories paresseuses du permanent et du changeant qu'affectionnent tant d'historiens.

«Sortir de la grande nuit : essai sur l’Afrique décolonisée», est un essai critique dans lequel le professeur Achille MBEMBE montre qu'au-delà du mélange de choses qui prévaut aujourd'hui, le mérite de la décolonisation africaine fut d'ouvrir sur une multitude de trajets historiques possibles. À coté du monde des ruines et de la destruction, de nouvelles sociétés sont en train de naitre. Il convient certes de décrypter ces mutations africaines, mais aussi de les confronter aux évolutions des sociétés postcoloniales européennes, en particulier celle de la France, qui décolonisa sans s'auto-décoloniser, pour en finir avec la race, la frontière et la violence continuant d'imprégner les imaginaires de part et d'autre de la Méditerranée. C'est la condition pour que le passé en commun devienne enfin un passé en partage. Écrit dans une langue tantôt sobre, tantôt incandescente et souvent poétique, cet essai constitue un texte essentiel de la pensée postcoloniale en langue française.

Dans «Critique de la raison nègre», Achille M’BEMBE constate que dans l'ordre de la modernité, le Nègre est le seul de tous les humains dont la chair fut faite marchandise. Mais dans un retournement spectaculaire, ce nom honni est devenu le symbole du désir de vie, une force pleinement engagée dans l'acte de création. Dans cet essai à la fois érudit et iconoclaste, Achille M’BEMBE engage une réflexion critique indispensable pour répondre à la principale question sur le monde de notre temps : comment penser la différence et la vie, le semblable et le dissemblable.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

M’BEMBE (Achille), Politiques de l’inimitié, Paris, La Découverte, hors collection, 2016, 184 pages ;

M’BEMBE (Achille), La naissance de maquis dans le Sud Cameroun, 1920-1960, Paris, Karthala, 1996, 438 pages ;

M’BEMBE (Achille), Du gouvernement privé indirect, Dakar, Codesria, 1999, 113 pages ;

M’BEMBE (Achille), L’intégration régionale dans le monde : innovations et ruptures, Paris, Karthala, 1994, 305 pages ;

M’BEMBE (Achille), La postcolonie, Paris, Karthala, 2005, 300 pages ;

M’BEMBE (Achille), Sortir de la grande nuit : essai sur l’Afrique décolonisée, Paris, La Découverte, 2013, 227 pages ;

M’BEMBE (Achille), Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, 2015, 245 pages.

Paris, 7 mai par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Rencontre avec Achille M’BEMBé autour de son livre : Politiques de l’inimitié», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0

commentaires

Liens