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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 20:51

La rencontre, avec cette femme hors du commun, pleine de talents et de dignité, a eu lieu le dimanche 8 mai 2016, aux éditions Adyar, au Square Rapp, dans le 7ème arrondissement de Paris. Mme TAUBIRA, après un échange avec le public, m'a dédicacé ses livres. Les organisateurs avaient annoncé la venue de l'écrivain Patrick CHAMOISEAU. Je suis allé, en ce jour férié, acheter ses romans à la F.N.A.C, dont Texaco, à la Défense. Hélas c'était une fausse alerte. A une autre fois, pour les dédicaces de M. CHAMOISEAU, mon idole.

On est ému de rencontrer celle qui a mené le combat victorieux pour le vote de la loi du "mariage pour tous". Cette bataille avait déchaîné une hystérie sans précédent, dont on ressent encore les secousses telluriques, et mobilisé toutes les forces du conservatisme. Mme TAUBIRA n'a pas tremblé. Poétique, impétueuse et mordante, elle a fait aboutir la seule grande réforme de société engagée par François Hollande. Que dire des attaques racistes dont elle a fait l'objet quand elle était Garde des sceaux qu'elle a affrontés, seule, dignement, sans un soutien énergique du Président de la République ? N'est-ce pas Mme TAUBIRA, alors membre du gouvernement, qui a énoncé, publiquement, son hostilité du projet de loi sur la déchéance de la nationalité, au point d'être sacrifiée, fort injustement, pour avoir réaffirmé les valeurs de gauche ? Ce projet de loi avorté, inspiré d'un esprit esclavagiste et colonialiste nous considérant encore comme des indigènes de la République, témoigne bien de la lepénisation des esprits et de la trahison de l'héritage de Jean JAURES et du Front populaire. Mme TAUBIRA est une femme de conviction, l'égérie de la gauche ; elle représente l'honneur en politique. "Parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l'éthique et au droit" dit-elle lorsqu'elle a été contrainte à la démission du gouvernement.

Lors du combat sur l'adoption de la loi du 21 mai 2001 déclarant l'esclavage et la traite négrière crimes contre l'humanité, Mme TAUBIRA a consulté les plus grands spécialistes. Sous le poids de la documentation accumulée, alors qu'elle se rendait au debat à un débat à l'assemblée nationale, Mme TAUBIRA est tombée dans le métro, et s'est foulée la cheville qui présente encore des séquelles douloureuses. Pourtant, dans sa grande dignité, elle n'a pas déclaré un accident de travail. Les forces de l'esprit protégeront ceux qui combattent pour le Bien.

L'esclavage est caractérisé par le droit de propriété qu'un homme peut avoir sur un autre. Cette «chose» n'est plus une personne juridique. Des artistes ont dit, brillamment, un texte de Mme TAUBIRA relatant comment elle a préparé, défendu et fait voter la loi de 2001, en dépit de nombreuses embûches. Ce texte est une belle bataille victorieuse, contre l'amnésie et pour la mémoire, en souvenir de la plus grande déportation que les nations européennes aient jamais organisée, avec plus de 70 millions de victimes sur quatre siècles. «Il ne s’agit pas de se morfondre, ni de se mortifier, mais d’apprendre à connaître et à respecter une histoire forgée dans la souffrance. D’appréhender les pulsions de vie qui ont permis à ces millions de personnes réduites à l’état de bêtes de somme de résister ou simplement de survivre» souligne Mme TAUBIRA. Entre histoire, mémoire et loi, Mme TAUBIRA s’est évertuée à défendre l’honneur des vivants et la mémoire des morts.

La France, 3ème puissance esclavagiste, préfère mettre en avant l'abolition et oublier le phénomène qu'a été ce crime contre l'humanité. "J'avais depuis plusieurs années un pacte avec cette histoire. Je la ferai connaître inlassablement mais, juré sacré, elle ne m'écraserait pas. Pas de sauvetage par naufrage. J'avais éradiqué ma haine. Je cultivais ma rage parce que je la croyais encore plus féconde. Elle me maintient en vigilance contre les injustices. La traite négrière et l'esclavage furent et sont un crime contre l'humanité. Je n'avais nul besoin qu'une parole officielle le déclarât" dit-elle dans son livre "Mes Météores".

L'innommable a été dit à travers la loi de 2001 qu'il convient de faire appliquer. L'esclavage dans le Code Noir était considéré comme une marchandise. Même affranchi l'esclave devait respect à vie pour ses anciens maîtres.

Cette loi n'est une revanche, de la repentance ou un acte de contrition, c'est un devoir de mémoire. C'est une question éthique, de justice et d'humanité. Une personne humaine a des droits fondamentaux qui s'attachent à cette qualité et ne peut donc être vendue comme une marchandise et soumise à des traitements dégradants.

Il est paradoxale de constater que l'esclavage et la traite négrière ont été pratiqués au Siècle des Lumières qui défendait la tolérance l'humanité et la liberté. Voltaire était pourtant esclavagiste.

Le vote du projet de loi, soutenu notamment par Jean-Marc Ayrault, Mme Tasca et Louis Mermaz, n'a pas été pourtant facile à faire voter. Certains esprits malins ont soulevé des questions tendancieuses, pour torpiller le projet de loi. Ainsi, certains ont invoqué que ce sont les Africains qui ont vendu les Antillais. Pourquoi parler de "deportation" ou mettre en cause "les puissances européennes" ? Qu'est-ce qu'il y aurait comme réparation ?

Mme TAUBIRA a été surprise de constater que lors des débats les députés antillais ont estimé qu'ils ne voteront pas la partie concernant les réparations. Sans doute que le concept de réparation prête à confusion et fait appel à une logique de marchandisation qui est par nature condamnable. Mais il ne faudrait pas oublier que les anciens propriétaires d'esclaves ont obtenu de substantiels dédommagements et ont récupéré des surfaces importantes de terre ; ce qui encore aujourd'hui de situations graves d'injustices aux Antilles. La réparation est morale ; elle est dans le vote de la loi, l'obligation de l'intégrer dans l'enseignement et l'injonction faite d'oeuvrer en ce sens auprès des puissances européennes. Les États-Unis pays de judiciarisation par excellence se sont engagés dans une logique de compensation matérielle. En effet certaines banques financent les études des Afro-américains dans les universités où les droits d'inscription sont prohibitifs. Il est question dans la campagne des présidentielles de 2016 de généraliser cette expérience.

En fait, l'esclavage a été une vraie entreprise commerciale organisé par les nations européennes, avec la bénédiction de l'Eglise. La déportation même si elle a été appliquée dans le cadre de l'extermination des Juifs s'applique parfaitement au cas de l'esclavage. Un esclave sur quatre a été jeté en mer en raison du fort de moralité de ces personnes enchaînées dans les cales des négriers.

Mme TAUBIRA a refusé de se prononcer sur son éventuelle candidature pour les primaires de 2017. On peut déduire de ce silence qu'elle réfléchit sérieusement à sa candidature et ne l'a pas écartée d'emblée. Tout est possible.

Mme TAUBIRA s'est confiée sur sa capacité de résistance, notamment par rapport aux ignobles attaques racistes dont elle a été l'objet. Mme TAUBIRA considère que le refus de l'autre relève de la démence. Ceux qui sont là en France ne partiront. «La seule bataille qui vaille consiste à s’arracher à soi, à ses enlisements, à se désengluer des douleurs et des rancœurs et entreprendre la traversée vers l’autre, jusqu’à la rencontre» dit

Mme TAUBIRA.

Mme TAUBIRA appelle les citoyens à trouver dans la culture et la beauté, les raisons de défendre, avec la plus farouche détermination, les valeurs de la République. En effet, dans le passé, des hommes, au péril de leur vie ou de leur liberté, avaient défendu de nobles causes. Aujourd'hui, Mme TAUBIRA estime qu'elle ne risque rien de tout cela. C'est pour cette raison qu'elle continuera à défendre les idées auxquelles elle croit, sans les trahir. Impétueuse, déterminée et énergique Mme TAUBIRA est une femme de conviction. «Je ne suis assez sûre de rien, sauf de ne jamais trouver la paix si je m’avisais de bâillonner ma conscience», dit-elle.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

TAUBIRA (Christiane), Mes météores, combats politiques au longs cours, mémoires, témoignages, Paris, Flammarion, 2012, 761 pages ;

TAUBIRA (Christiane), Egalité pour les exclus, le politique face à l’histoire et à la mémoires coloniales, Paris, Temps Présent, 2009, 90 pages ;

TAUBIRA (Christiane), Murmures à la jeunesse, Paris, éditions Philippe REY, 2016, 93 pages ;

TAUBIRA (Christiane), L’esclavage raconté à ma fille, Paris, éditions Philippe REY, 2016, 188 pages ;

TAUBIRA (Christiane), Paroles de liberté, Paris, Flammarion, 2014, 143 pages ;

TAUBIRA-DELANNON (Christiane), DEVRILLON (Elisabeth), Une campagne de folie, comment j’en suis arrivée là, Paris, First éditions 2002, 261 pages ;

TAUBIRA (Christiane), introduction, Code noir, de l’esclavage aux abolitions, Paris, Dalloz 2006, 192 pages ;

TAUBIRA (Christiane), ouvrage collectif, Esclaves noirs, maîtres blancs. Quand la mémoire de l’opprimé s’oppose à la mémoire de l’oppresseur, Paris, Homnisphères, 2006, 315 pages ;

TAUBIRA (Christiane), Rendez-vous avec la République, Paris, La découverte, 2007, 204 pages.

Paris, le 8 mai 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Christiane TAUBIRA et sa loi du 21 mai 2001 reconnaissant l’esclavage et la traite négrière crimes contre l’humanité», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
«Christiane TAUBIRA et sa loi du 21 mai 2001 reconnaissant l’esclavage et la traite négrière crimes contre l’humanité», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
«Christiane TAUBIRA et sa loi du 21 mai 2001 reconnaissant l’esclavage et la traite négrière crimes contre l’humanité», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

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